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Archives de Tag: Guerre contre Chine

Pékin, Washington, Pyongyang – Du tambour de guerre aux conflits commerciaux


 

Après les diatribes menaçantes échangées entre Donald Trump et Kim Jong-un, sous l’œil inquiet de Pékin qui craint un dérapage, voilà que la véhémence du discours s’est insinuée dans la relation sino-américaine sur les thèmes de la disparité des relations commerciales, de l’absence de réciprocité et du viol de la propriété intellectuelle.

Suite à la signature, le 14 août, par la Maison Blanche d’une directive enjoignant au représentant au commerce extérieur Lighthizer d’enquêter sur les discriminations infligées aux intérêts américains en Chine, Pékin a réagi avec d’autant plus de véhémence que les discours accompagnant la feuille de route reprenaient les thèmes antichinois de la campagne électorale de D. Trump.

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Lire aussi :
Dossier documentaire USA, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

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La prochaine guerre américaine


 

Les États-Unis, qui se croient investis dune mission divine, sont en guerre permanent depuis 1776.
Ils firent d’abord la guerre contre les peuples autochtones pour conquérir leurs terres puis contre le Mexique pour accroître encore leur rapine (Texas, Nouveau Mexique, Arizona, Californie) au nom bien sûr de la liberté, la démocratie et autres fadaises.
Depuis 1945, ils ont conquis l’Europe via le plan Marchall, le FMI et l’OTAN et ont fait la guerre à de nombreux pays d’Asie, d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique (plus récemment).

Aujourd’hui, les États-Unis sont prêts à entrainer le monde dans une guerre nucléaire pour maintenir leur économie en déclin. Au-delà du prétexte de la Corée du Nord, c’est la Chine qui est dans le collimateur.
Comme Barack Obama, Donald Trump fut élu parce qu’il avait promis de mettre fin aux guerres américaines pour se consacrer aux affaires intérieures. Il a encore beaucoup de chemin à parcourir pour égaler Obama dans le reniement de ses promesses électorales.

Les provocations verbales des États-Unis, majoritairement derrière leur chef, paraissent plus de la forfanterie qu’une menace réelle à moins d’un dérapage incontrôlé. Le résultat immédiat est plutôt contre-productif pour les États-Unis car la Russie et la Chine renforcent leur alliance stratégique, l’Allemagne soutient l’initiative russo-chinoise et la Corée du Sud se tourne vers la Chine pour assurer sa protection.

18/08/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
01/08/2017, Patrick J. BUCHANAN, Combien de guerres les USA peuvent-ils mener simultanément ?, Entelekheia.

Avec plus de 800 bases militaires dans le monde, des dépenses militaires à hauteur de la moitié de leur budget fédéral, un état de guerre permanent soutenu par une propagande belliciste omniprésente, des membres du Congrès dits « neocons » qui réclament, jour après jour, toujours plus d’interventions militaires, de bombardements, de changements de régimes, de sanctions (récemment contre la Corée du Nord, le Vénézuela, l’Iran, la Russie et incidemment l’Allemagne et la France), de livraisons d’armes à des forces par procuration (ces derniers jours, à l’Ukraine de l’ouest) et de projets de guerres futures (l’Iran, la Corée du Nord), les USA, dont l’économie se centre sur les guerres depuis la Deuxième Guerre mondiale, cherchent à perpétuer coûte que coûte leur système, quittes à provoquer des puissances nucléaires et à mettre la planète entière en danger. De plus, comme tout système capitaliste, l’appareil guerrier des USA implique une croissance. Traduction : toujours plus de guerres. Jusqu’où, et jusqu’à quand ?

10/08/2017, John PILGER, Le dernier rivage 2017, Entelekheia.

J’ai lu Le dernier rivage pour la première fois l’autre jour, et je l’ai fini juste au moment où le Congrès votait une guerre économique contre la Russie, la deuxième puissance nucléaire mondiale. Il n’y avait aucune justification à ce vote délirant, sauf la promesse d’un pillage.
Les « sanctions » sont ciblées sur l’Europe, également, en particulier l’Allemagne, qui dépend du gaz naturel russe, et sur les compagnies européennes qui font du business légitime avec la Russie. Dans ce qui a tenu lieu de débat sur la colline du Capitole, les sénateurs les plus volubiles n’ont laissé aucun doute sur le but réel de l’embargo : forcer l’Europe à importer du gaz américain plus cher.
[…]
La menace est multiple. La Russie d’abord, puis la Chine. Les USA viennent de terminer un énorme exercice militaire avec l’Australie, « Talisman Sabre ». Ils ont répété un blocus du Détroit de Malacca et de la Mer de Chine méridionale, à travers laquelle passent les lignes de vie économiques chinoises.
L’amiral qui commande la flotte du Pacifique des USA a dit que, « S’il en reçoit l’ordre », il est prêt à lancer des missiles nucléaires contre la Chine. Qu’il dise publiquement une chose pareille, dans l’atmosphère délétère actuelle, commence à faire entrer la fiction de Nevil Shute dans le domaine du possible.

11/08/2017, Pepe ESCOBAR, Corée du Nord : le feu, la fureur et la peur, Entelekheia.

Les spéculations sur les têtes nucléaires miniaturisées « possibles » de Pyongyang déclenchent des signaux d’alarme.
Attention aux chiens de guerre. Les mêmes « officiels » des renseignements qui vous avaient vendu les bébés arrachés aux incubateurs par des « mauvais » irakiens, ainsi que les armes de destruction de masse inexistantes, colportent aujourd’hui une théorie selon laquelle la Corée du Nord a produit une tête nucléaire miniaturisée adaptée à ses missiles intercontinentaux récemment testés.
[…]
Les médias grand public occidentaux, chaînes de télé du câble et presse, ne se sont pas retenus de transformer ces spéculations pures en frénésie de gros titres affirmant que « La Corée du Nord a miniaturisé des armes nucléaires ». Avec, à la clé, une anesthésie du public due à la peur.

11/08/2017, Les propos virulents de Donald Trump contre la Corée du Nord ne font que compliquer la situation, RT (média russe).

En promettant « le feu et la colère » à Pyongyang, le président américain a commis, selon le géopolitologue Olivier Guillard, « une énorme maladresse malvenue » dans ce climat de tensions, qui décrédibilise sa gestion de l’épineux dossier coréen.

11/08/2017, USA vs Corée du Nord : « Quand on est dépassé par les événements, on menace de faire tout sauter », RT (média russe).

Les fanfaronnades des dirigeants étasuniens expriment surtout l’incapacité du régime américain à faire de la diplomatie et la frustration qui en résulte, estime l’écrivain politique Diana Johnstone.

12/08/2017, L’impérialisme américain et la menace d’une guerre nucléaire contre la Corée du Nord, WSWS.

La doctrine de la « guerre préventive » invoquée par Trump et ses conseillers pour justifier une attaque, et même une frappe nucléaire, contre la Corée du Nord a d’abord été énoncée par le président George W. Bush comme prétexte à l’invasion et à l’occupation de l’Irak. Le président Barack Obama a développé la doctrine de Bush pour déclarer que toute menace sur les « valeurs et intérêts » américains, serait une cause suffisante pour que les États-Unis attaquent militairement un autre pays. Cette nouvelle doctrine est une violation flagrante du droit international. Mener une guerre d’agression a été le crime principal pour lequel les dirigeants nazis ont été accusés et condamnés lors des procès de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale.
S’inspirant de la position du gouvernement de Trump, il y a maintenant un bombardement médiatique dans les pays occidentaux pour diaboliser le leader nord-coréen Kim Jong-un, le présenter comme un fou et gonfler grossièrement la menace que constituent les « armes de destruction massive » de son régime. Cela suit un mode opératoire bien rodé qui a été utilisé pour mettre l’opinion publique au pas derrière les guerres dirigées par les États-Unis contre la Serbie, l’Irak, la Libye et la Syrie.

13/08/2017, Pepe ESCOBAR, La Corée du Nord montre-t-elle que l’empereur est nu ?, Entelekheia.

En ce qui concerne la guerre de mots elle-même, une source des renseignements américains habituée à cogiter hors de la pensée unique de Washington désigne une variable fondamentale, la Corée du Sud ; « La Corée du Sud ne maintiendra pas son alliance avec les USA, si elle pense que les USA attaqueraient la Corée du Nord pour se protéger aux dépens de la mort de trente millions de Coréens du Sud. La Corée du Sud est en palabres secrètes avec la Chine pour un accord de sécurité majeur, à cause de la position officielle des USA selon laquelle ils bombarderont la Corée du Nord pour leur propre défense, sans considération pour la destruction de la Corée du Sud, que les USA considérait comme des plus malheureuses. »
N’espérez pas trouver ces discussions secrètes Pékin-Séoul dans les médias grand public occidentaux. Et elles ne sont qu’une partie de l’équation. La source ajoute, « Il y a des discussions secrètes entre l’Allemagne et la Russie sur les sanctions américaines contre les deux pays, et un réalignement de l’Allemagne sur une ostpolitik bismarckienne qui pourrait déboucher sur une nouveau Traité de réassurance avec la Russie. »
Si ces négociations sont fructueuses, les conséquences en seront cataclysmiques : « Les systèmes de sécurité européens et asiatiques des USA peuvent être au bord de l’effondrement à cause des remous, à Washington, qui sont en train de miner toutes les alliances des USA. Alors que le Congrès tente de saboter le mandat de Trump, les États-Unis mettent en péril leurs principales relations stratégiques. »
[…]
L’effet cumulatif démontre au monde que l’obsession du changement de régime de Washington (Iran, Venezuela, etc) et des sanctions illégales (Russie, Iran, Corée du Nord, etc) n’a plus de limites, alors que le duo Russie-Chine continue subtilement à miner la chaîne logistique de Washington – la dette en dollars – et les menaces d’interventions militaires (bombarde la Corée du Nord si tu l’oses). Rien d’étonnant si le partenariat Russie-Chine, en ce qui concerne la Corée du Nord, favorise la démocratie, alors que l’État profond des USA a une envie folle de guerre.

16/08/2017, Berlin soutient l’initiative russo-chinoise pour la désescalade sur la péninsule coréenne, Sputnik (média russe).

Dans un entretien téléphonique avec son homologue chinois Wang Yi, le chef de la diplomatie allemande a indiqué que Berlin voyait d’un bon œil l’appel lancé par Moscou et Pékin à cesser simultanément les tirs nord-coréens et les exercices militaires conjoints menés par Washington et Séoul.

16/08/2017, Négociations secrètes entre les USA et la Corée du Nord, Sputnik (média russe).

Mais les Américains reconnaissent que l’impasse dans les négociations n’est pas due uniquement à Pyongyang. Même si l’administration Trump débouchait sur un accord temporaire avec la Corée du Nord, il serait tout de même difficile de s’assurer le soutien des congressistes.

17/08/2017, L’échec de la politique étrangère US correspond paradoxalement aux promesses de Trump, Sputnik (média russe).

En un peu plus de six mois de présidence, Donald Trump a significativement détérioré les relations des USA avec le monde, notamment certains alliés fiables et de longue date.
Premièrement, une nouvelle ligne de conflit s’est dessinée entre les USA et la Chine.
Deuxièmement, le président iranien Hassan Rohani a annoncé que Téhéran pourrait quitter l’accord sur son programme nucléaire en quelques heures si Washington continuait de renforcer les sanctions.
Troisièmement, le vice-président américain Mike Pence a dit que « l’État déchu » du Venezuela menaçait la sécurité et la prospérité de tout l’hémisphère, ainsi que celle du peuple des USA. Sa déclaration a suivi les récents propos de Trump, qui disait n’écarter aucune mesure envers ce pays, y compris une opération militaire.
Quatrièmement – même si ce thème devrait être en première place – la crise sur la péninsule coréenne continue de s’aggraver. La tension entre la Corée du Nord et les USA (et leurs alliés) est à son comble.
Sur cette toile de fond, on pourrait se passer de mentionner les « broutilles » de la situation internationale des USA comme la confrontation avec la Russie et la détérioration significative des relations avec l’Europe (notamment à cause de la sortie des USA de l’accord de Paris sur le climat).

America Has Been At War 93% of the Time – 222 Out of 239 Years – Since 1776, Infowars.
William BLUM, Les guerres scélérates, Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Editions Parangon, 2004].
Pourquoi les États-Unis ont-ils soutenu les mouvements contre-révolutionnaires en Colombie, au Guatemala, au Salvador dans de nombreux autres pays ? Pourquoi avoir joué les dictateurs contre des hommes politiques démocratiquement élus, Pinochet contre Allende, le chah d’Iran contre Mossadegh, Mobutu contre Lumunba… Pourquoi avoir envahi la petite île de la Grenade et Panam ? Pourquoi avoir soutenu des guerres contre des gouvernements progressistes au Nicaragua, en Angola, en Indonésie ou au Timor oriental ?… Pourquoi avoir provoqué la mort de millions de personnes ? Pourquoi avoir empêché le développement de nombreux pays ? Toujours au nom de la démocratie et de la liberté !
Dossier documentaire USA, Monde en Question.

Revue des podcasts Chine


Grâce à tous ces petits ouvriers, Là-bas si j’y suis

Aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre de patrons français qui se sont installés en Chine : bonheur et prospérité à la clé.
« Françaises, Français, encore un effort pour être chinois ! ». Voilà peut-être ce que veulent nous dire ces patrons français…

La Chine vue du bord, Sur les docks – Hong-Kong : 1/4, 2/4, 3/4 – Belleville : 4/4

Le dernier épisode, titré « Belleville : chronique d’une colère jaune ! », a des relents de « péril jaune ».
Lire : LEFORT Serge, Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Monde en Question.

Lire aussi :
• L’actualité des podcasts
DKPOD
Tous les podcasts
RSS One
• Chine, France Culture.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.

Propagande anti-chinoise et pro-israélienne


L’attribution du prix Nobel de la paix est l’occasion rêvée pour les médias dominants de reprendre en chœur le refrain de la propagande anti-chinoise.

En 2009, le prix Nobel de la paix fut attribué à Barack Obama « pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » alors qu’il poursuivait la guerre contre l’Afghanistan et menaçait de l’étendre au Pakistan.

En 2010, le prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo pour sa lutte de longue durée et sans violence, en faveur des droits de l’Homme en République Populaire de Chine.

Que d’hypocrisies ! Les droits de l’Homme sont invoqués contre la Chine, mais ignorés quand ils sont violés par les puissances occidentales. Les médias dominants sont beaucoup plus discrets quand, par exemple, Mairead Maguire (prix Nobel de la paix en 1976) est expulsée d’Israël. L’Apartheid et le nettoyage ethnique contre le peuple palestinien ne sont pas considérés comme une atteinte aux droits de l’Homme par les puissances occidentales et les médias dominants [1].

11/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Currency Rift With China Exposes Shifting Clout, The New York Times.
• Jugar con fuego, El País.
• A China no la para nadie, El Periódico.
Plus personne n’arrête la Chine ! C’est avec ce titre queEl Periódico de Barcelone prévient ce matin. La Chine est au centre de toutes les préoccupations mondiales !Au centre de cette guerre des monnaies qui en vérité est une façon de faire pression sur les chinois pour qu’ils dévaluent le Yuan. Au centre des espoirs et inquiétudes des dissidents depuis que le prix Nobel de la paix a été attribué à Liu Xiaobo. Au centre des attentes du sommet sur le climat prévu a Cancun le 29 novembre. Et la Chine et tout ce qu’elle concentre de peur est même au centre des élections de mid term américaines du 4 novembre… termine ce constat d’El Periódico.
• Chine : la grande peur !, Revue de presse internationale.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Chronique Colonisation de la Palestine 2010, Monde en Question.


[1] Lire :
• Mairead Maguire, Mairead Maguire.
• Le prix Nobel de la paix Mairead Maguire expulsé d’Israël, AFP-NouvelObs.

 

Iuxta propria principia


Des lecteurs de gauche s’alimentent de la propagande anti-chinoise de l’im-Monde sans sourciller. Ainsi, cette affirmation ne déclenche aucun commentaire :

La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, accueille, lundi 4 octobre, une conférence des Nations unies sur le réchauffement climatique qui doit préparer le rendez-vous de Cancun (Mexique), censé rattraper l’échec de Copenhague (Danemark) l’année dernière.
Le Monde

Or, Le Monde se garde bien de rappeler que les États-Unis, première puissance mondiale et premier éetteur mondial de gaz à effet de serre, n’ont pas ratifié le protocole de Kyōto ! L’Union Européenne dénonce aussi la Chine et non les États-Unis.

Selon Xie Zhenhua (vice-ministre chargé de la Commission nationale pour le Développement et la Réforme de Chine), certains pays développés n’ont toujours pas atteint leur pic d’émissions, malgré un PIB par habitant de plus de 40 000 dollars par an, et leurs émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter.
« Dans de telles circonstances, comment peut-on demander à la Chine, pays avec un PIB par habitant tout juste supérieur à 3 000 dollars, de prévoir son pic d’émissions ? « , a-t-il demandé.
Agence de Presse Xinhua

Cette hypocrisie consensuelle relève d’un réflexe colonial :

Les Occidentaux ont souvent interprété les événements chinois avec les systèmes de jugement et les paramètres historiques de leur monde au lieu d’étudier la Chine iuxta propria principia [suivant son propre principe].
On a pu voir combien l’indignatio dont le régime chinois a longtemps été l’objet n’était en réalité que pure propagande lorsqu’en octobre 2001 le président des États-Unis s’est précipité à Pékin pour courtiser la hiérarchie de l’État-parti et obtenir sa neutralité dans la guerre insensée « contre le terrorisme » déchaînée par l’Amérique aux confins de la Chine [Afghanistan].
CANFORA Luciano, L’imposture démocratique p.27 et 29.

04/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Protocole de Kyoto, Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiquesSite en anglais.
• Département chinois pour le changement climatique, Site en anglais.
• Environnement, Agence de Presse Xinhua.

L’im-Monde propagande anti-chinoise



PSA Peugeot Citroën séduit la Chine

Quand une entreprise chinoise investit à l’étranger les médias dominants ont recours au champ lexical de la guerre. Ainsi l’im-Monde assimile l’investissement de deux compagnies pétrolières publiques chinoises dans une société brésilienne à la colonisation de l’Amérique latine par les « conquistadors chinois » [1]. L’Amérique latine fut en effet conquise et colonisée, mais, petit détail, par l’Europe catholique à partir de la fin du XVe siècle.

Quand une entreprise française investit en Chine les médias dominants ont recours à un autre champ lexical, celui du darwinisme social c’est-à-dire de la saine compétition entre prédateurs. Ainsi au Mondial de l’automobile, tous les constructeurs rêvent de croissance par la conquête du marché chinois.

En Chine, où [Volkswagen] est leader, il compte investir plus de 6 milliards d’ici à 2012 pour porter ses capacités à 3 millions contre 2 millions actuellement. Mais il a invité ses salariés à ne pas commettre l’erreur d’être « arrogants ». [Ne pas réclamer des augmentations se salaire, de meilleures conditions de travail, etc.] « Chaque jour, nous devons être les meilleurs et ne pas nous reposer sur nos lauriers. » [Travailler plus pour gagner moins !]
Le Monde

L’éditorial de l’im-Monde du jour précédent a fait encore plus fort dans le racisme anti-chinois.

La mer de Chine vient de connaître un avis de tempête politico-stratégique. Un de ces moments qui resteront dans l’histoire de la région ; un épisode qui a marqué tous les riverains et mis en lumière le profil inquiétant de la Chine – celui d’une puissance brutale, au nationalisme à vif, prête à intimider ses voisins.
Le Monde

Cette affaire est un vieux conflit territoriale d’îlots en mer de Chine entre le Japon et la Chine. L’éditorialiste, qui prend parti pour le nationalisme japonais contre le nationalisme chinois, oublie de dire que ces huit îles et rochers sont aussi revendiquées par la République de Chine de Taïwan et il passe un peu vite sur la prétention des États-Unis à maintenir ses « intérêts en mer de Chine » comme si cela allait de soi.

L’im-Monde se contente de publier par copier-coller une dépêche AFP sur un fait beaucoup plus important que ce conflit frontalier à savoir le fait que la Chine apporte un soutien financier à la Grèce abandonnée par l’Europe comme elle l’avait fait en faveur de l’Islande minée par sa dette après la crise financière mondiale de septembre 2008 [2].

Derrière l’anonymat de l’éditorialiste du Monde se cache peut-être Jean-Luc Domenach, membre de la Société Hubert Beuve-Méry (Le Monde) et chroniqueur régulier à La Croix (quotidien catholique dirigé par Bruno Frappat, ancien directeur de la rédaction du Monde), qui est complaisamment reçu partout pour baver contre la Chine [3].

02/09/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.


[1] La Chine part à la conquête du Nouveau Monde, Le Monde du 27/09/2010.
[2] Dans la tourmente financière, la Grèce soutenue par la Chine, Le Monde du 02/10/2010.
Lire aussi :
• Signature de 13 accords entre la Chine et la Grèce, Agence de Presse Xinhua.
• Le PM chinois fait une proposition en cinq points sur les relations entre la Chine et la Grèce, Agence de Presse Xinhua.
• Le PM chinois appelle au renforcement des relations Chine-UE, Agence de Presse Xinhua.
• La Chine va renforcer ses liens avec l’Islande , Agence de Presse Xinhua.
• La dette de l’Europe de l’Est ne sera pas remboursée, ContreInfo.
[3] Écouter ses diatribes haineuses sur la radio de l’Empire colonial français : RFI.

L’im-Monde racisme anti-chinois



La lutte des classes révélée à l’Insee, BakchichFakir

Selon les médias dominants la lutte des classes aurait disparu… dans les pays civilisés. Le Monde redécouvre les bienfaits de ce concept marxiste… en Asie pour le détourner en racisme anti-chinois. Pour l’éditorialiste anonyme, les chinois sont ces salopards qui minent l’économie occidentale et sont en train de reprendre la place qu’ils occupaient dans le monde avant que les puissances coloniales aient tenté de les ramener à l’âge de pierre grâce au trafic de la drogue [1].

En matière sociale aussi, c’est en Asie que le monde se transforme à toute allure. Les pays asiatiques connaissent aujourd’hui des conflits sociaux de grande ampleur, alors qu’en Occident les salariés restent – pour l’instant – tétanisés par la crise, le chômage, la pression sur les salaires et les plans de rigueur budgétaire.

Au Bangladesh, la colère des ouvriers du textile ne retombe pas, malgré une hausse de 80% du salaire mensuel minimum, passé de… 19 à 32 euros. Usines saccagées, manifestations violemment réprimées par un gouvernement qui, depuis vingt ans, a voulu faire de son pays un « eldorado » de l’habillement pour les fabricants étrangers.

Au printemps, en Chine, les salariés de Foxconn et de Honda avaient obtenu, à la suite de grèves très dures, des hausses de salaires de 30% à 60%.

Ces mouvements sociaux marquent la fin d’une grande illusion, largement répandue chez les économistes et les chefs d’entreprise occidentaux. A leurs yeux, l’Asie constituait un réservoir de main-d’oeuvre docile, quasi inépuisable et exploitable à l’infini. Il n’y avait donc guère à redouter de pressions salariales : le coût du travail était censé y rester dérisoire pendant des décennies.

C’était oublier un peu trop vite Marx, et la capacité de la classe ouvrière à se révolter contre « le capitaliste qui essaie continuellement d’abaisser les salaires à leur minimum physiologique ».

C’était surtout oublier qu’avec la forte croissance et la diffusion rapide de la richesse dans ces pays, leurs populations veulent goûter à cette prospérité matérielle qui les entoure au quotidien et les nargue. A cet égard, les conflits sociaux en Chine ou au Bangladesh sur les salaires expriment moins une révolte contre le système qu’une volonté d’en profiter enfin. Ils témoignent du désir des populations de bénéficier d’un bien-être dont elles ont été longtemps privées et qui est désormais à leur portée ; le désir, par exemple, pour les salariés de Foxconn, de posséder l’iPhone qu’ils fabriquent.

Ces conflits sociaux et les fortes augmentations des rémunérations qui en résultent en Asie sont une excellente nouvelle. Pas seulement d’un point de vue moral, avec la possibilité de sortir de l’extrême pauvreté et de la misère, ce qui a été le cas de plusieurs centaines de millions de Chinois depuis vingt ans. La mondialisation ne peut être durable que si elle est équitable, c’est-à-dire si elle favorise la convergence des niveaux de vie entre les différentes régions de la planète.

De façon beaucoup plus égoïste, la hausse des salaires en Asie est une aubaine pour les économies occidentales. Certes, les consommateurs devront payer un peu plus cher leurs vêtements. Mais les délocalisations dans les pays asiatiques vont devenir de moins en moins attractives au fur et à mesure que le coût du travail y progressera. En outre, tous ces salariés mieux payés constitueront peu à peu de nouveaux clients à qui vendre des sacs à main et des automobiles, ou de nouveaux touristes à accueillir. En se battant pour leurs salaires, les ouvriers chinois ou bangladais défendent aussi nos emplois.

Editorial du 10/08/2010

11/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Sélection bibliographique :
• MADDISON Angus, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [BooksGooglePerspectives chinoisesTélécharger].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
• TIBON-CORNILLOT Michel, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa.
• TIBON-CORNILLOT Michel, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.

中國 zhōng guó Pays du milieu


Que savons nous de la Chine ? Rien, pratiquement rien. Le volume d’informations quotidiennes est inversement proportionnel à l’importance de ce pays. Yahoo! Actualité est un bon indicateur. En temps ordinaire, ce site publie moins de 5 dépêches par jour, qui sont reprises en boucle par tous les médias dominants. Mais dès que le dalaï-lama s’exprime, les médias dominants se prosternent aux pieds de sa Sainteté, la 14e réincarnation d’une divinité tibétaine, pour recueillir sa parole en copiant-collant les dépêches d’agences [1].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la Chine ne fut pas et n’est pas un objet de connaissance, mais de convoitise des puissances occidentales. Christophe Colomb mourut sans savoir qu’il avait découvert l’Amérique car il croyait avoir trouvé le chemin le plus court pour conquérir Cathay, nom donné à la Chine par Marco Polo [2].
La colonisation de la Chine fut donc retardée et finalement réalisée par d’autres puissances occidentales, principalement l’Angleterre et la France entre 1839 et 1949, avec une brutalité non moins raffinée que celles des Conquistadores espagnols. Les chercheurs anglo-saxons, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle [3]. Il ne faut jamais oublier cette barbarie quand les mêmes puissances occidentales prétendent donner des leçons de démocratie à la Chine.

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que, pour commencer, nous lui attribuons un nom qui n’est pas le sien. 中國 en chinois, transcrit zhōng guó en pinyin, se traduit par « pays du milieu » et non par « empire du milieu » comme on le fait couramment, y compris dans Wikipédia qui comporte beaucoup d’autres erreurs dont l’usage du terme « sinogramme » au lieu de « caractère chinois » [4].
L’usage de l’expression volontairement fautive « empire du milieu », qui induit l’idée de domination voire d’assujettissement, était le lieu commun des colonisateurs et est resté le lieu commun de la propagande des médias dominants.
Pays s’écrit 國 en graphie classique et 国 en graphie simplifiée. 國 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos), 口 kǒu (bouche), 一 yī (le chiffre un) et 戈 gē (lance / hallebarde). 国 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos) et 玉 yù (jade). Ainsi, le mot pays évoque, en graphie classique, un espace délimité par une frontière, protégé par une force militaire et administré efficacement et, en graphie simplifiée, un espace délimité par une frontière et précieux comme le jade [5].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la majorité des sinologues français, plus encore les prétendus tels, ont conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la philosophie occidentale. C’est le cas des contributions de La pensée en Chine aujourd’hui [6] et notamment celle de Joël Thoraval qui annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que les médias dominants simplifient à l’extrême comme toujours et surtout parce qu’ils sont unanimes à relayer les idéologies les plus réactionnaires. Conformément à un processus classique d’évolution, les petits maîtres à penser, hier pro-chinois parce que disciples béats du grand timonier, sont aujourd’hui anti-chinois parce que prosélytes zélés du consensus néo-libéral droite-gauche [7]. La réalité chinoise est beaucoup plus complexe, mais qui s’en soucie ?

20/02/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Dictionnaire chinois français – français chinois en caractères simplifiés, Chine nouvelle.
• L’étude des caractères classiques permet de comprendre les subtilités de la langue et donc de la pensée chinoise. Ces deux livres, de lecture facile, constituent une excellente introduction :

– FAZZIOLI Edoardo, Caractères chinois – Du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, Flammarion, 1987 et 1993.
– JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 [DjohiZénith FM].
Dossier documentaire & Bibliographie Chine Tibet Xinjiang, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Cyrille JAVARY, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question.


[1] Les médias droite-gauche de la France catho-laïque se complaisent à encenser le dalaï lama, qui est leur héros contre la Chine. Il est vrai que, à l’heure où la démocratie s’exporte à coups de missiles contre le peuple afghan, il est logique que le chef religieux d’un secte puisse incarner à la fois une divinité tibétaine et la démocratie occidentale.


Dalaï Lama, sculpture d’Eugenio Merino

Et l’im-Monde récite son catéchisme : «le traitement réservé à cet homme en Europe et aux Etats-Unis est un marqueur de l’attachement que les Occidentaux éprouvent encore à l’égard des droits de l’homme». Le respect des droits de l’homme, invoqué contre les anciennes colonies, n’est qu’un discours néo-colonial… sans effets.
[2] Le terme grandes découvertes masque la réalité du projet colonial de la Monarchie catholique. La Conquista des Amériques commença en 1492 c’est-à-dire l’année où s’achevait la Reconquista chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique. La colonisation se traduisit par le vol des terres, le pillage des richesses, le massacre des résistants, l’esclavage et la conversion des survivants, l’imposition des mœurs et coutumes occidentales notamment vestimentaires.
[3] Un bon résumé par Michel TIBON-CORNILLOT : Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa et La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
[4] Le terme sinogramme ne fut pas inventé par Delphine Weulersse et Nicolas Lyssenko beaucoup le répète par copier-coller. C’est une appellation typiquement coloniale :

En France, il était déjà en usage au XIXe siècle : on le trouve employé, par exemple, dans un article d’Alexandre Ular, Notes sur la littérature en Chine. Il était également utilisé par les auteurs anglo-saxons : ainsi George Ripley et Charles A. Dana dans The New American Cyclopaedia: A Popular Dictionary of General Knowledge, dont l’édition fut entreprise dès 1858. Le premier usage attesté le serait en 1830, en langue latine : « sinogrammatum. » Cette année-là, l’abbé Janelli Cataldo publia un ouvrage dont le titre est : Tabulae Rosettanae Hieroglyphicae et Centuriae Sinogrammatum polygraphicorum interpretatio per Lexeographiam Temuricosemiticam (Neapoli Typis Regiis).
Wikipédia

Pour la petite histoire, Delphine Weulersse est une religieuse chrétienne orthodoxe que les éditions du Cerf présentent ainsi :

Après une licence de russe et un doctorat de chinois en Sorbonne, une année d’étude à l’université de Pékin et quatre au Japon, Delphine Weulersse, mariée et mère de trois enfants, a enseigné la langue et la littérature chinoises classiques pendant près de trente ans à l’université de Paris-VII. […] En 1993, à la suite d’une conversion fulgurante, elle devient orthodoxe au monastère russe de Bussy-en-Othe où elle fera sa profession monastique en 2002 sous le nom d’Anastasia.

Quant à Nicolas Lyssenko, il a auto-édité avec Delphine Weulersse en 1986 une Méthode programmée du chinois moderne.
[5] 國, Wiktionary – 国, Wiktionary. Étymologie de 國, Chine nouvelle et JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 p.277 à 279.
Usages du caractère 國 à partir d’une recherche dans Google.
[6] CHENG Anne (sous la direction de), La pensée en Chine aujourd’hui, Folio Gallimard, 2007.
[7] HOCQUENGHEM Guy, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary, Agone, 1986 et 2003.

Le Dalaï Lama et Obama


La nouvelle est à présent officielle. Sous peu le Dalaï Lama sera reçu par Obama à la Maison Blanche. La rencontre entre ces deux âmes jumelles était inévitable : à vingt ans d’écart l’un de l’autre (1989 et 2009), tous les deux ont reçu le Prix Nobel pour la paix, et tous les deux ont reçu cette distinction ad maiorem Dei gloriam, ou, pour plus d’exactitude, pour la plus grande gloire de la « nation élue » par Dieu. 1989 était l’année où les USA obtenaient le triomphe dans la guerre froide et s’apprêtaient à démanteler l’Union soviétique, la Yougoslavie et aussi – comme ils l’espéraient – la Chine. Dans ces conditions, celui qui allait être couronné champion de la paix ne pouvait être que le moine intrigant qui depuis trente ans déjà, encouragé et financé par la CIA, se battait pour détacher de la Chine un quart de son territoire (le Grand Tibet).

En 2009, la situation avait radicalement changé : les dirigeants de Pékin étaient arrivés à éviter la tragédie qu’on voulait infliger à leur pays ; au lieu d’être renvoyés aux décennies terribles de la Chine, opprimée, humiliée et souvent condamnée en masse à la mort par inanition, à la « Chine crucifiée » dont parle les historiens, un cinquième de la population mondiale avait connu un développement prodigieux, tandis que s’avéraient clairement le déclin et le discrédit qui frappaient la superpuissance solitaire qui en 1989 avait cru avoir le monde dans ses mains. Dans les conditions qui avaient émergé en 2009, le Prix Nobel pour la paix couronnait celui qui, grâce à son habileté oratoire et sa capacité de se présenter comme un homme nouveau et venant d’en bas, était appelé à redonner quelque lustre à l’impérialisme étasunien.

En réalité, la signification authentique de la présidence Obama est à présent sous les yeux de tous. Il n’est de zone au monde dans laquelle ne se soient pas accentués le militarisme et la politique de guerre des USA. Dans le Golfe Persique a été envoyée une flotte, équipée pour neutraliser la riposte possible de l’Iran aux bombardements sauvages qu’Israël prépare fébrilement grâce aussi aux armes fournies par Washington. En Amérique Latine, après avoir encouragé ou promu le coup d’état au Honduras, Obama installe sept bases militaires en Colombie, relance la présence de la IVème flotte, profite de l’urgence humanitaire en Haïti (dont la gravité est aussi la conséquence de la domination néocoloniale que les USA y exercent depuis deux siècles) pour occuper massivement le pays : avec un déploiement de forces qui est aussi un lourd avertissement aux pays latino-américains. En Afrique, sous prétexte de combattre le « terrorisme », les USA renforcent leur dispositif militaire par tous les moyens : sa tâche réelle est de rendre le plus difficile possible l’approvisionnement en énergie et matières premières dont la Chine a besoin, de façon à pouvoir l’étrangler au moment opportun. En Europe même, Obama n’a pas du tout renoncé à l’expansion de l’OTAN à l’Est, et à l’affaiblissement de la Russie ; les concessions sont formelles et ne visent qu’à isoler le plus possible la Chine, le pays qui risque de mettre en question l’hégémonie planétaire de Washington.

Oui, c’est en Asie que le caractère agressif de la nouvelle présidence états-unienne émerge dans toute sa clarté. Il ne s’agit pas seulement du fait que la guerre en Afghanistan a été étendue au Pakistan, avec un recours aux avions sans pilotes (et sa suite de « dommages collatéraux) nettement plus massif qu’à l’époque de l’administration Bush junior. C’est surtout ce qui arrive à Taïwan qui est significatif. La situation allait s’améliorant nettement : entre la Chine continentale et l’île, les contacts et les échanges ont repris et se développent ; les rapports entre le Parti Communiste Chinois et le Kuomindang ont été rétablis. Avec la nouvelle vente d’armes, Obama veut atteindre un objectif bien précis : si vraiment on ne peut pas démanteler le grand pays asiatique, du moins faut-il en empêcher la réunification pacifique.

Et c’est en ce point là qu’annonce son arrivée à Washington une vieille connaissance de la politique du containment et du démantèlement de la Chine. Voici qu’au moment opportun entre de nouveau en scène Sa Sainteté qui, avant même de mettre les pieds aux USA, bénit à distance le marchand de cannons qui siège à la Maison Blanche. Mais le Dalaï Lama n’est-il pas universellement connu comme le champion de la non-violence ? Je me permets, à propos de cette manipulation raffinée, de renvoyer à un chapitre de mon livre (La non-violence – Une histoire hors du mythe). Pour le moment je me borne à anticiper un seul point. Des ouvrages ayant pour auteur ou co-auteur des ex-fonctionnaires de la CIA révèlent une vérité qui ne doit jamais être perdue de vue : la non-violence est un « écran » (screen) inventé par le département des services secrets étasuniens majoritairement engagé dans la « guerre psychologique ». Grâce à cet « écran », Sa Sainteté était plongé dans une aura sacrée, alors que depuis longtemps, après sa fuite hors de Chine en 1959, il a promu au Tibet une révolte armée, alimentée par les ressources financières massives, par la puissante machine organisatrice et multi médiatique et par l’immense arsenal états-uniens ; révolte qui a cependant échoué à cause du manque d’appui de la part de la population tibétaine. Il s’agissait d’une révolte armée – écrivent encore les ex-fonctionnaires de la CIA – qui a permis aux USA d’accumuler de précieuses expériences pour les guerres en Indochine, c’est-à-dire pour des guerres coloniales – c’est moi qui ajoute, cette fois – qui sont à ranger parmi les plus barbares du XXème siècle.

Maintenant, le Dalaï Lama et Obama se rencontrent. C’était dans la logique des choses. Cette rencontre entre les deux Prix Nobel du mensonge sera plutôt affectueuse comme seule peut l’être une rencontre entre deux personnalités liées entre elles par des affinités électives. Mais elle ne promet rien de bon pour la cause de la paix.

Domenico Losurdo
Mondialisation Traduction : Marie-Ange Patrizio

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