Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: OTAN

Les guerres illégales de l’OTAN


Bibliographie politiqueBibliographie histoire

 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fondation de l’Organisation des Nations Unies, prévaut l’interdiction de faire la guerre. Seules 2 exceptions permettent le recours à la force armée. D’une part subsiste le droit à l’autodéfense, et d’autre part l’action guerrière contre un pays est autorisée en cas de mandat préalable et explicite du Conseil de Sécurité de l’ONU. Hormis ces deux cas précis, la guerre est, depuis plus de 70 ans, proscrite par le droit international.

Cependant la réalité est toute autre. De nombreuses guerres dévastent le globe, et la fin des conflits militaires n’est pas en vue. Durant ces 7 dernières décennies, certains pays membres de l’OTAN ont trop souvent mené des guerres illégales, ce qui demeure encore aujourd’hui lourd de préjudices pour les populations des pays visés… mais sans conséquences pour les responsables.

Ce livre décrit, à travers l’exemple de 13 pays, comment des guerres illégales furent menées dans le passé (Iran, Guatemala, Égypte, Cuba, Vietnam, Nicaragua, Serbie), et le sont encore dans le présent (Afghanistan, Irak, Libye, Ukraine, Yémen et Syrie). Il montre comment les fondements de l’organisation pacifique qu’est l’ONU, et en particulier l’interdiction de faire la guerre, furent clairement sapés. Une terrifiante description d’une angoissante actualité, un plaidoyer pour la paix, un réquisitoire contre l’OTAN…

Daniele GANSER, Les guerres illégales de l’OTAN – Une chronique de Cuba jusqu’à la Syrie, Demi Lune, 2017 avec extraits au format pdf [Horizons et débats].


Les guerres illégales
Conférence organisée par l’Université des Dresde le 1er novembre 2016

Lire aussi :
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Daniele GANSER, Articles : Arrêt sur InfoRéseau InternationalRéseau VoltaireSam La TouchSilvia CattoriSputnikYouTube.
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1950-1990 – Le scandale des armées secrètes de l’OTAN


 

Réalisateur : Emmanuel Amara
Durée : 0h53
Année : 2010
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé : Après la Seconde guerre mondiale, la CIA et le MI6 ont mis en place, dans toute l’Europe de l’Ouest, des armées secrètes destinées à être activées en cas d’invasion soviétique. Ces réseaux, dirigés par l’OTAN et souvent adossés à des groupes d’extrême droite, furent appelés stay behind. Bientôt, de chaque côté du Rideau de Fer, l’Europe s’installait dans le statu quo, et la probabilité d’une offensive soviétique devenait infime.
Pourtant, les réseaux stay behind ne furent jamais démantelés. Au contraire, ils allaient user de leur force pour interférer, en temps de paix, dans les processus démocratiques nationaux. Chaque fois que la gauche menaçait d’accéder au pouvoir, le bras armé de l’OTAN pouvait intervenir.
À plusieurs reprises, cet usage de la force est allé jusqu’au terrorisme et la mort de civils innocents. Pire, dans certains cas, les forces de police et les services de sécurité ont préféré protéger les coupables afin de préserver leur capacité de combat. Grâce à ces protections, le réseau stay behind a pu jouir du secret le plus total.
Ce film entend ainsi jeter une lumière nouvelle sur toute une série de meurtres, de trafics et d’exactions dont beaucoup n’ont pas été élucidés, mais qui peuvent être imputés aux armées secrètes de l’OTAN.
Fiche : IMDbLe MondeTélérama
Avis de Ciné Monde : Cet éclairage inédit permettra de mieux comprendre l’Europe dans laquelle nous vivons. Une Europe en partie fondée sur le mensonge. Une Europe démocratique qui a pu, au nom de la liberté, se livrer à la manipulation, à l’assassinat politique et au terrorisme d’Etat.
Partage proposé par : YouTube Streaming HD 720 FR

Lire aussi :
Daniele GANSER, Les armées secrètes de l’OTAN, Demi Lune, 2007 réédition 2011 et 2016 avec extraits au format pdf [Revue de presseTexte en ligne* – Texte en pdf sur demande].
*Histoire E-book publie beaucoup de livres néo-nazis [un exemple parmi d’autres], mais c’est le seul site qui publie l’ouvrage de Daniele Ganser dans l’édition originale.
Articles OTAN :
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Les armées secrètes de l’OTAN


Bibliographie politiqueBibliographie histoire

 

Ce livre raconte comment, après la seconde guerre mondiale, la CIA et le MI6 britannique mirent en place des armées secrètes anti-communistes dans tous les pays d’Europe de l’Ouest, et par quels processus ces réseaux Stay-Behind de l’OTAN s’allièrent dans certains pays à des groupes terroristes d’extrême droite, avec des conséquences particulièrement tragiques.

L’existence de « Gladio », l’armée secrète italienne, fut révélée par le Premier ministre Giulio Andreotti en 1990 ; à la suite de quoi la presse parla du « secret politico-militaire le mieux gardé,… depuis la fin de la deuxième guerre mondiale » et nota que : « L’histoire semble tout droit sortie des pages d’un thriller politique ». Depuis, ces armées secrètes de l’OTAN, ont également été découvertes en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège, en Suède, en Finlande, en Autriche, en Grèce et en Turquie. Au niveau international, leurs actions étaient coordonnées par le Pentagone et l’OTAN, et leur dernière réunion connue se déroula à Bruxelles en octobre 1990.

A l’heure de la menace de « l’hyperterrorisme », ce livre de référence revient sur les attentats de la gare de Bologne, de la Piazza Fontana, les attaques des tueurs fous du Brabant, l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro et demande, s’il s’agit d’actes de terrorisme sous fausse bannière, fabriqués pour accroître la stratégie de la tension…

Daniele GANSER, Les armées secrètes de l’OTAN, Demi Lune, 2007 réédition 2011 et 2016 avec extraits au format pdf [Revue de presseTexte en ligne* – Texte en pdf sur demande].
*Histoire E-book publie beaucoup de livres néo-nazis [un exemple parmi d’autres], mais c’est le seul site qui publie l’ouvrage de Daniele Ganser dans l’édition originale.


Stratégie masquée de la guerre
Conférence organisée par Anti-Zensur-Koalition le 26/07/2014

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Daniele GANSER, BiographieSiteSIPER Swiss Institute for Peace and Energy Research.
Daniele GANSER, Les guerres illégales de l’OTAN – Une chronique de Cuba jusqu’à la Syrie, Demi Lune, 2017 avec extraits au format pdf [Horizons et débatsYouTube].
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Daniele GANSER, Filmographie : IMDb.
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La prochaine guerre américaine


 

Les États-Unis, qui se croient investis dune mission divine, sont en guerre permanent depuis 1776.
Ils firent d’abord la guerre contre les peuples autochtones pour conquérir leurs terres puis contre le Mexique pour accroître encore leur rapine (Texas, Nouveau Mexique, Arizona, Californie) au nom bien sûr de la liberté, la démocratie et autres fadaises.
Depuis 1945, ils ont conquis l’Europe via le plan Marchall, le FMI et l’OTAN et ont fait la guerre à de nombreux pays d’Asie, d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique (plus récemment).

Aujourd’hui, les États-Unis sont prêts à entrainer le monde dans une guerre nucléaire pour maintenir leur économie en déclin. Au-delà du prétexte de la Corée du Nord, c’est la Chine qui est dans le collimateur.
Comme Barack Obama, Donald Trump fut élu parce qu’il avait promis de mettre fin aux guerres américaines pour se consacrer aux affaires intérieures. Il a encore beaucoup de chemin à parcourir pour égaler Obama dans le reniement de ses promesses électorales.

Les provocations verbales des États-Unis, majoritairement derrière leur chef, paraissent plus de la forfanterie qu’une menace réelle à moins d’un dérapage incontrôlé. Le résultat immédiat est plutôt contre-productif pour les États-Unis car la Russie et la Chine renforcent leur alliance stratégique, l’Allemagne soutient l’initiative russo-chinoise et la Corée du Sud se tourne vers la Chine pour assurer sa protection.

18/08/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
01/08/2017, Patrick J. BUCHANAN, Combien de guerres les USA peuvent-ils mener simultanément ?, Entelekheia.

Avec plus de 800 bases militaires dans le monde, des dépenses militaires à hauteur de la moitié de leur budget fédéral, un état de guerre permanent soutenu par une propagande belliciste omniprésente, des membres du Congrès dits « neocons » qui réclament, jour après jour, toujours plus d’interventions militaires, de bombardements, de changements de régimes, de sanctions (récemment contre la Corée du Nord, le Vénézuela, l’Iran, la Russie et incidemment l’Allemagne et la France), de livraisons d’armes à des forces par procuration (ces derniers jours, à l’Ukraine de l’ouest) et de projets de guerres futures (l’Iran, la Corée du Nord), les USA, dont l’économie se centre sur les guerres depuis la Deuxième Guerre mondiale, cherchent à perpétuer coûte que coûte leur système, quittes à provoquer des puissances nucléaires et à mettre la planète entière en danger. De plus, comme tout système capitaliste, l’appareil guerrier des USA implique une croissance. Traduction : toujours plus de guerres. Jusqu’où, et jusqu’à quand ?

10/08/2017, John PILGER, Le dernier rivage 2017, Entelekheia.

J’ai lu Le dernier rivage pour la première fois l’autre jour, et je l’ai fini juste au moment où le Congrès votait une guerre économique contre la Russie, la deuxième puissance nucléaire mondiale. Il n’y avait aucune justification à ce vote délirant, sauf la promesse d’un pillage.
Les « sanctions » sont ciblées sur l’Europe, également, en particulier l’Allemagne, qui dépend du gaz naturel russe, et sur les compagnies européennes qui font du business légitime avec la Russie. Dans ce qui a tenu lieu de débat sur la colline du Capitole, les sénateurs les plus volubiles n’ont laissé aucun doute sur le but réel de l’embargo : forcer l’Europe à importer du gaz américain plus cher.
[…]
La menace est multiple. La Russie d’abord, puis la Chine. Les USA viennent de terminer un énorme exercice militaire avec l’Australie, « Talisman Sabre ». Ils ont répété un blocus du Détroit de Malacca et de la Mer de Chine méridionale, à travers laquelle passent les lignes de vie économiques chinoises.
L’amiral qui commande la flotte du Pacifique des USA a dit que, « S’il en reçoit l’ordre », il est prêt à lancer des missiles nucléaires contre la Chine. Qu’il dise publiquement une chose pareille, dans l’atmosphère délétère actuelle, commence à faire entrer la fiction de Nevil Shute dans le domaine du possible.

11/08/2017, Pepe ESCOBAR, Corée du Nord : le feu, la fureur et la peur, Entelekheia.

Les spéculations sur les têtes nucléaires miniaturisées « possibles » de Pyongyang déclenchent des signaux d’alarme.
Attention aux chiens de guerre. Les mêmes « officiels » des renseignements qui vous avaient vendu les bébés arrachés aux incubateurs par des « mauvais » irakiens, ainsi que les armes de destruction de masse inexistantes, colportent aujourd’hui une théorie selon laquelle la Corée du Nord a produit une tête nucléaire miniaturisée adaptée à ses missiles intercontinentaux récemment testés.
[…]
Les médias grand public occidentaux, chaînes de télé du câble et presse, ne se sont pas retenus de transformer ces spéculations pures en frénésie de gros titres affirmant que « La Corée du Nord a miniaturisé des armes nucléaires ». Avec, à la clé, une anesthésie du public due à la peur.

11/08/2017, Les propos virulents de Donald Trump contre la Corée du Nord ne font que compliquer la situation, RT (média russe).

En promettant « le feu et la colère » à Pyongyang, le président américain a commis, selon le géopolitologue Olivier Guillard, « une énorme maladresse malvenue » dans ce climat de tensions, qui décrédibilise sa gestion de l’épineux dossier coréen.

11/08/2017, USA vs Corée du Nord : « Quand on est dépassé par les événements, on menace de faire tout sauter », RT (média russe).

Les fanfaronnades des dirigeants étasuniens expriment surtout l’incapacité du régime américain à faire de la diplomatie et la frustration qui en résulte, estime l’écrivain politique Diana Johnstone.

12/08/2017, L’impérialisme américain et la menace d’une guerre nucléaire contre la Corée du Nord, WSWS.

La doctrine de la « guerre préventive » invoquée par Trump et ses conseillers pour justifier une attaque, et même une frappe nucléaire, contre la Corée du Nord a d’abord été énoncée par le président George W. Bush comme prétexte à l’invasion et à l’occupation de l’Irak. Le président Barack Obama a développé la doctrine de Bush pour déclarer que toute menace sur les « valeurs et intérêts » américains, serait une cause suffisante pour que les États-Unis attaquent militairement un autre pays. Cette nouvelle doctrine est une violation flagrante du droit international. Mener une guerre d’agression a été le crime principal pour lequel les dirigeants nazis ont été accusés et condamnés lors des procès de Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale.
S’inspirant de la position du gouvernement de Trump, il y a maintenant un bombardement médiatique dans les pays occidentaux pour diaboliser le leader nord-coréen Kim Jong-un, le présenter comme un fou et gonfler grossièrement la menace que constituent les « armes de destruction massive » de son régime. Cela suit un mode opératoire bien rodé qui a été utilisé pour mettre l’opinion publique au pas derrière les guerres dirigées par les États-Unis contre la Serbie, l’Irak, la Libye et la Syrie.

13/08/2017, Pepe ESCOBAR, La Corée du Nord montre-t-elle que l’empereur est nu ?, Entelekheia.

En ce qui concerne la guerre de mots elle-même, une source des renseignements américains habituée à cogiter hors de la pensée unique de Washington désigne une variable fondamentale, la Corée du Sud ; « La Corée du Sud ne maintiendra pas son alliance avec les USA, si elle pense que les USA attaqueraient la Corée du Nord pour se protéger aux dépens de la mort de trente millions de Coréens du Sud. La Corée du Sud est en palabres secrètes avec la Chine pour un accord de sécurité majeur, à cause de la position officielle des USA selon laquelle ils bombarderont la Corée du Nord pour leur propre défense, sans considération pour la destruction de la Corée du Sud, que les USA considérait comme des plus malheureuses. »
N’espérez pas trouver ces discussions secrètes Pékin-Séoul dans les médias grand public occidentaux. Et elles ne sont qu’une partie de l’équation. La source ajoute, « Il y a des discussions secrètes entre l’Allemagne et la Russie sur les sanctions américaines contre les deux pays, et un réalignement de l’Allemagne sur une ostpolitik bismarckienne qui pourrait déboucher sur une nouveau Traité de réassurance avec la Russie. »
Si ces négociations sont fructueuses, les conséquences en seront cataclysmiques : « Les systèmes de sécurité européens et asiatiques des USA peuvent être au bord de l’effondrement à cause des remous, à Washington, qui sont en train de miner toutes les alliances des USA. Alors que le Congrès tente de saboter le mandat de Trump, les États-Unis mettent en péril leurs principales relations stratégiques. »
[…]
L’effet cumulatif démontre au monde que l’obsession du changement de régime de Washington (Iran, Venezuela, etc) et des sanctions illégales (Russie, Iran, Corée du Nord, etc) n’a plus de limites, alors que le duo Russie-Chine continue subtilement à miner la chaîne logistique de Washington – la dette en dollars – et les menaces d’interventions militaires (bombarde la Corée du Nord si tu l’oses). Rien d’étonnant si le partenariat Russie-Chine, en ce qui concerne la Corée du Nord, favorise la démocratie, alors que l’État profond des USA a une envie folle de guerre.

16/08/2017, Berlin soutient l’initiative russo-chinoise pour la désescalade sur la péninsule coréenne, Sputnik (média russe).

Dans un entretien téléphonique avec son homologue chinois Wang Yi, le chef de la diplomatie allemande a indiqué que Berlin voyait d’un bon œil l’appel lancé par Moscou et Pékin à cesser simultanément les tirs nord-coréens et les exercices militaires conjoints menés par Washington et Séoul.

16/08/2017, Négociations secrètes entre les USA et la Corée du Nord, Sputnik (média russe).

Mais les Américains reconnaissent que l’impasse dans les négociations n’est pas due uniquement à Pyongyang. Même si l’administration Trump débouchait sur un accord temporaire avec la Corée du Nord, il serait tout de même difficile de s’assurer le soutien des congressistes.

17/08/2017, L’échec de la politique étrangère US correspond paradoxalement aux promesses de Trump, Sputnik (média russe).

En un peu plus de six mois de présidence, Donald Trump a significativement détérioré les relations des USA avec le monde, notamment certains alliés fiables et de longue date.
Premièrement, une nouvelle ligne de conflit s’est dessinée entre les USA et la Chine.
Deuxièmement, le président iranien Hassan Rohani a annoncé que Téhéran pourrait quitter l’accord sur son programme nucléaire en quelques heures si Washington continuait de renforcer les sanctions.
Troisièmement, le vice-président américain Mike Pence a dit que « l’État déchu » du Venezuela menaçait la sécurité et la prospérité de tout l’hémisphère, ainsi que celle du peuple des USA. Sa déclaration a suivi les récents propos de Trump, qui disait n’écarter aucune mesure envers ce pays, y compris une opération militaire.
Quatrièmement – même si ce thème devrait être en première place – la crise sur la péninsule coréenne continue de s’aggraver. La tension entre la Corée du Nord et les USA (et leurs alliés) est à son comble.
Sur cette toile de fond, on pourrait se passer de mentionner les « broutilles » de la situation internationale des USA comme la confrontation avec la Russie et la détérioration significative des relations avec l’Europe (notamment à cause de la sortie des USA de l’accord de Paris sur le climat).

America Has Been At War 93% of the Time – 222 Out of 239 Years – Since 1776, Infowars.
William BLUM, Les guerres scélérates, Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Editions Parangon, 2004].
Pourquoi les États-Unis ont-ils soutenu les mouvements contre-révolutionnaires en Colombie, au Guatemala, au Salvador dans de nombreux autres pays ? Pourquoi avoir joué les dictateurs contre des hommes politiques démocratiquement élus, Pinochet contre Allende, le chah d’Iran contre Mossadegh, Mobutu contre Lumunba… Pourquoi avoir envahi la petite île de la Grenade et Panam ? Pourquoi avoir soutenu des guerres contre des gouvernements progressistes au Nicaragua, en Angola, en Indonésie ou au Timor oriental ?… Pourquoi avoir provoqué la mort de millions de personnes ? Pourquoi avoir empêché le développement de nombreux pays ? Toujours au nom de la démocratie et de la liberté !
Dossier documentaire USA, Monde en Question.

Winter on Fire – Ukraine’s Fight for Freedom


Cycle Propagande

 

Je n’aurais certainement jamais vu ce documentaire si le site anarchiste Résistance (rebaptisé Libertaire.net depuis) n’en avait fait un éloge qui nécessitait une critique argumentée.

Les deux premières phrases, dites en voix off sur un fond noir, illustrent la volonté de crédibiliser un projet conçu et planifié avant même que se produisent les événements que le documentaire est censé décrire.

Fais quelque chose. Fais quelque chose pour la révolution.
Je filme.

[00’17]

Ce détail de mise en scène montre, comme les images qui suivent, que les réalisateurs avaient prévu de filmer et de mettre en scène le déroulement d’une révolution spontanée avant même sa première manifestation pour être opérationnels dès le 21 novembre 2013. Il y a eu une préparation en amont non seulement de l’enregistrement filmique (les équipes techniques devaient savoir à l’avance où et quand déployer le matériel nécessaire), mais aussi de l’événement lui-même.
Un autre indice est donné par l’infographie des dates et des lieux (cartes animées) qui ponctuent le documentaire, ce qui sous-entend la planification d’une chronologie et des objectifs à atteindre.

Le plus important se situe dans ce qui n’est ni montré ni dit ni commenté en voix-off. Le documentaire occulte délibérément l’organisation des diverses manifestations. Or elles ne s’improvisent pas, mais mobilisent des hommes et des femmes, nécessitent une logistique, des moyens et une direction qui coordonne le tout.

Quelques indices sont néanmoins visibles ou audibles.
En premier lieu cette réflexion, en apparence anodine, pointe l’essentiel de ce qui occulté :

Ce qui était bien à Maïdan, c’était l’organisation.
[24’32]

En second lieu la militarisation du processus qui nécessite une logistique aussi qui ne s’improvise pas. On voit des hommes cagoulés en première ligne [20’08], la présence d’une unité d’autodéfense juive [37’56], des hommes lourdement équipés [54’58], un homme en treillis disant dans une radio-téléphone « Je suis sur la ligne de front rue Instytutska » [1h22’01]. Beaucoup de militaires commentent après coup les événements. L’un d’entre eux, très présent, menace même le gouvernement au nom de son « Unité de Défense » :

Je vous jure que nous passerons à une offensive armée !
[1h27’47]

Sur le fond, le documentaire est construit pour raconter une histoire celle de gens qui seraient descendus dans la rue, y compris au péril de leur vie, pour réclamer l’adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne et donc à l’OTAN !

L’Ukraine fait partie de l’Europe [05’47]
L’Ukraine fait partie de l’Europe [06’03]
L’Ukraine fait partie de l’Europe [06’12]
On vaincra, et l’Ukraine fera partie de l’Europe, fera partie du monde libre ! [1h19’29]

Il faut être bien naïf de croire à cette fable. L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’est naturellement pas dite car trop explicite. Or il s’agit bien de cela. Le mouvement Euromaïdan, nommé ainsi par Radio Free Europe (organisme de propagande américaine créé en 1949 contre l’URSS et relayé aujourd’hui par Facebook et Twitter), s’appuyant sur le nationalisme ukrainien anti-russe

Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [33’15]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [39’37]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [39’44]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [39’49]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [48’36]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [56’19]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [1h24’36]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [1h27’35]
Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! [1h31’37]
Gloire aux héros ! [1h32’03]

fut planifié et organisé par des hommes de l’ombre, à la solde ou manipulés par les États-Unis, pour contraindre le gouvernement d’adhérer à l’Union Européenne et à l’OTAN et donc donc à rompre avec la Russie. Ce qui fut fait avec les conséquences que l’on sait.

Maïdan a été une expérience particulière, où chacun a senti une véritable unité, un vrai patriotisme et la présence de Dieu.
[1h32’27]

En plus de la forte présence de militaires, on remarque en effet l’omniprésence des religieux (chrétiens orthodoxes ou catholiques, musulmans, juifs et même bouddhistes) qui prouve non l’alliance du sabre et du goupillon sous la bannière des États-Unis, mais celle du Peuple en Lutte ! selon certains anarchistes !

07/12/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Réalisateur : Evgeny Afineevsky
Durée : 1h42
Année : 2015
Pays : USA
Genre : Documentaire
Résumé : Winter on Fire couvre les troubles publiques en Ukraine sur 93 jours, entre 2013 et 2014, au cours desquels des manifestations d’étudiants eurent lieu. Ces dernières n’ont pas tardé à engendrer une violente révolution appelant à la démission du président Viktor F. Yanukovich.

Partage proposé par : Zone Telechargement DVD VF

Lire aussi :
• Ukraine : ce que l’Europe refuse de voir, La Tribune, 03/12/2013.
Tous les gouvernements de l’Europe des 27 se sont retrouvés sur la défense des « bons manifestants » de Kiev contre le « mauvais pouvoir tyrannique » du président Viktor Ianoukovitch. Une vision, du reste, largement partagée par la plupart des médias occidentaux.
• Ukraine : « quelle position » ?, Mondialisation, 18/12/2013.
Je crois que notre vision occidentale – y compris « à gauche » – de l’Ukraine est largement tributaire de préjugés anticommunistes et antirusses.
Je pense que le « désir d’Europe » que l’on voit s’exprimer sur Maïdan est surtout le fruit de fantasmes, et sans doute d’intérêts d’une nouvelle bourgeoisie, d’une jeunesse très excitée par notre « look », mais aussi de l’action tentaculaire des fondations et médias financés par les États-Unis et l’Union Européenne pour promouvoir l’idéologie occidentaliste, le libre échange, le consumérisme, la russophobie. Prétendre « analyser » ou même « soutenir » la contestation en cours (comme la « révolution orange » il y a dix ans) sans mentionner ou en minimisant ces interventions extérieures relève de l’aveuglement ou de la manipulation intellectuelle. Or, je constate que celle-ci a lieu dans les médias habituels, sans surprise, mais encore dans les milieux « de gauche » qui, de facto, participent à cette espèce d’idéologie coloniale se réclamant des « valeurs » de l’Europe.
• L’Otan s’élargit encore – Stratégie d’encerclement de la Russie, Mondialisation, 07/12/2015.
Ainsi continue l’expansion de l’Otan à l’Est. En 1999 elle englobe les trois premiers pays de l’ex Pacte de Varsovie : Pologne, République tchèque et Hongrie. En 2004, l’Otan s’étend à sept autres : Estonie, Lettonie, Lituanie (auparavant partie de l’URSS) ; Bulgarie, Roumanie, Slovaquie (auparavant partie du Pacte de Varsovie) ; Slovénie (auparavant partie de la Yougoslavie). En 2009, l’Otan englobe l’Albanie (à un moment membre du Pacte de Varsovie) et la Croatie (auparavant partie de la Yougoslavie).
A présent, malgré la forte opposition interne durement réprimée, on veut faire rentrer le Monténégro, suivi par quelques « pays aspirants » – Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Ukraine – et par d’autres encore à qui on laisse « la porte ouverte ». En s’étendant à l’Est de plus en plus au bord de la Russie, l’Otan, avec ses bases et ses forces militaires y compris nucléaires, ouvre en réalité la porte à des scénarios catastrophiques pour l’Europe et le monde.
Dossier documentaire Ukraine, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

L’Occident ne peut combattre le jihadisme en soutenant ses parrains !


 

Depuis plusieurs années, j’ai pu comprendre, étayer et documenter le fait que les réseaux jihadistes sont non seulement des ennemis mortels des peuples à travers le monde, mais qu’ils sont aussi des forces clandestinement utilisées par les États occidentaux et leurs alliés du golfe Persique dans la satisfaction d’intérêts profonds inavouables. En mars dernier, dans un important article intitulé « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », Nafeez Ahmed avait résumé cette instrumentalisation récurrente de milices jihadistes par les principales puissances de l’OTAN et leurs partenaires afin de déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye puis la Syrie. Comme l’a souligné le journaliste Marc de Miramon dans L’Humanité en juillet 2015, « pour Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, la guerre de civilisation et celle contre le terrorisme brandies par le gouvernement [français] comme par l’opposition de droite constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l’alliance militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du djihad. » Dans le contexte de cette interview, Alain Chouet désignait les pétromonarchies wahhabites, essentiellement l’Arabie saoudite et le Qatar, auxquelles la France vend des armements sophistiqués malgré leur soutien notoire aux principaux réseaux jihadistes – et pas seulement en Syrie. Soulignons-le : Monsieur Chouet est un ancien officier de renseignement qui a travaillé de nombreuses années en tant que chef du contre-terrorisme à la DGSE, les services secrets extérieurs français. Cet homme plus que tout autre sait de quoi il parle lorsqu’il affirme que nos « alliés » du Golfe sont « les parrains financiers du djihad ». Ainsi, son constat est aussi alarmant que révoltant en ce funeste 13-Novembre, dans notre France déjà meurtrie par les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge.

En janvier 2015, à la suite de ces attentats abominables, j’avais écrit dans un élan de rage et de tristesse que « notre actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ouvertement soutenu en décembre 2012 le Front al-Nosra – c’est-à-dire la branche syrienne d’al-Qaïda. [À cette époque, cette organisation incluait Daech, ces deux factions s’étant séparées en avril 2013]. (…) Selon les informations du journal Le Monde, « la décision des États-Unis de placer Jabhat Al-Nosra, un groupe djihadiste combattant aux côtés des rebelles, sur leur liste des organisations terroristes, a été vivement critiquée par des soutiens de l’opposition [en Syrie]. M. Fabius a ainsi estimé, mercredi, que « tous les Arabes étaient vent debout » contre la position américaine, « parce que, sur le terrain, ils font un bon boulot ». « C’était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne », a ajouté le ministre. (…) Plus grave encore : en août 2014, le journal Le Monde a révélé que le Président Hollande avait ordonné aux services spéciaux français de livrer clandestinement des armes de guerre à des rebelles « modérés » en Syrie – ce qui est contraire à la Charte des Nations Unies [et à l’embargo sur les armes alors en vigueur]. Malheureusement, il s’est avéré [que, selon le Canard Enchaîné du 21 janvier 2015, la plupart] des armements livrés par les services français sont – d’une manière ou d’une autre – tombés entre les mains de groupes jihadistes, qui se réjouissent aujourd’hui de la vague d’attentats qui déstabilise la France en profondeur. » Et l’État français n’est pas le seul fautif dans ce fiasco syrien. Selon l’expert Joshua Landis, « entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie [depuis 2011] sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ».

À partir de l’année 2014, deux parlementaires de l’opposition ont successivement dénoncé le rôle trouble des services spéciaux français dans ce conflit, l’un d’entre eux ayant même déclaré en juin 2015 sur La Chaîne Parlementaire que « la France soutient al-Qaïda en Syrie ». En effet, d’après le député Claude Goasguen, « la France [appuie] des rebelles syriens, qui sont soi-disant des rebelles démocrates. (…) Qui a récupéré les rebelles syriens démocrates ? [Le Front] al-Nosra. Qu’est-ce que c’est qu’al-Nosra, al-Nosra c’est pas al-Qaïda ? (…) [C]ertains rebelles ont été récupérés par al-Qaïda avec des armes françaises[.] (…) Monsieur [le député (PS) Olivier Dussopt], nous continuons à fournir des armes à al-Nosra, par l’intermédiaire des rebelles syriens ! Je le dis, je l’ai dit à Monsieur le Drian en Commission de la Défense, je l’ai dit à Monsieur Fabius, comme tous les autres députés [sic]. Il va falloir éclairer tout ça ! L’attitude de la France en Syrie n’est pas nette ! » Comme je l’avais souligné à l’époque, ces révélations fracassantes du député Goasguen ont été quasiment ignorées par les médias français. J’avais également relevé le fait que ce « député LR accus[ait] l’actuel gouvernement de soutenir al-Qaïda en Syrie (Front al-Nosra), alors que la majorité précédente, dont il est issu, s’était accommodée du fait qu’al-Qaïda en Libye (GICL) [L’Express] avait été intégrée aux opérations de l’OTAN ! Voila à quel niveau notre État s’est abaissé, depuis quelques années, dans sa « post-politique arabe de la France ». Néanmoins, même en cas de changement de majorité, le prochain gouvernement continuera certainement de vendre des armements sophistiqués au Qatar et à l’Arabie saoudite – qui restent les principaux soutiens du jihadisme à travers le monde. » [LibérationChallenges]

Plus globalement, depuis le 11-Septembre, les intérêts profonds évoqués au début de cet article représentent un nombre inestimable de milliards de dollars de bénéfices pour différentes entreprises privées, principalement générés par la soi-disant « guerre contre le terrorisme ». Financées à perte par les contribuables occidentaux [Courrier international], ces interventions militaires catastrophiques et meurtrières ont engendré d’immenses profits pour les multinationales impliquées dans ce désastre mondial [Peter Dale Scott] – tout en déstabilisant le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie centrale au point que les groupes extrémistes qui y sévissent aujourd’hui semblent inarrêtables. La catastrophe qu’a constitué jusqu’à présent cette soi-disant « guerre contre le terrorisme » est sans précédent : elle aurait tué au moins 1,3 millions de civils rien qu’en Irak et en « AfPak » depuis 2001 [iTélé], les foyers jihadistes se sont multipliés à travers le monde, et tant Daech qu’al-Qaïda semblent plus menaçants, fanatiques et enracinés que jamais. Affirmons-le clairement : dans le monde occidental, ce fléau jihadiste justifie des guerres à la légalité, à l’efficacité et à la légitimité douteuses, tout en accélérant un basculement autoritaire de nos États – ce qui s’est notamment traduit en France par la dangereuse « loi Renseignement ». À l’heure où j’écris ces lignes, le Président Hollande vient de décréter l’état d’urgence national, et nul doute qu’un durcissement sécuritaire majeur est en vue – sans parler d’une escalade militaire qui aggravera certainement ces conflits trop lointains et complexes pour que les citoyens s’y opposent. Au vu de l’échec retentissant de la « guerre globale contre le terrorisme », il serait peut-être temps de réfléchir collectivement à son utilité, au lieu de céder à la tentation de répondre à la violence par la violence.

Néanmoins, ces guerres auto-génératrices [Dedefensa] ne doivent plus masquer une réalité aussi cruelle que scandaleuse : depuis la fin des années 1970, des puissances occidentales majeures et leurs alliés du Golfe ont soutenu l’essor des principaux réseaux islamistes à travers le monde [Middle East], que ce soit de manière directe ou non selon les circonstances et les acteurs concernés. En octobre 2015, après qu’une parlementaire états-unienne ait dénoncé sur CNN le soutien d’al-Qaïda par la CIA pour renverser Bachar el-Assad [Maxime Chaix], un ancien officier de la CIA spécialisé dans le contreterrorisme m’a confirmé la collaboration de l’Agence avec cette nébuleuse terroriste pour faire tomber le gouvernement syrien [Maxime Chaix]. Récemment, j’ai étudié en profondeur l’implication massive et clandestine des services spéciaux occidentaux et moyen-orientaux dans le soutien de réseaux jihadistes combattant le régime el-Assad, dont la branche « syrienne » d’al-Qaïda [Maxime Chaix]. Insistons sur ce point : cet engagement clandestin de l’Agence et de ses alliés contre le gouvernement syrien implique militairement la France. En effet, en la comparant à la guerre secrète de la CIA en Afghanistan, l’éditorialiste du Point Michel Colomès a récemment écrit que les « Américains et [les] Français, depuis l’entrée de la Russie dans la guerre syrienne, fournissent des armes à des islamistes réputés fréquentables. Ils ont la mémoire courte ». D’autres « islamistes réputés fréquentables » qui seraient revenus de Syrie sont-ils à l’origine de ces terribles attentats du 13-Novembre ? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, mais il est clair que ces terroristes ont agi de façon coordonnée selon un mode opératoire clairement militarisé et jihadiste – deux, voire trois kamikazes ayant actionné leurs bombes devant notre Stade de France, symbole de l’unité, de la liesse populaire et du rassemblement.

Dans notre pays meurtri par ce funeste 13-Novembre, le fait que le gouvernement français soutienne des jihadistes à l’étranger, et qu’il commerce sereinement avec leurs principaux parrains étatiques est grave, dangereux et inacceptable [Courrier international] ! Aucune raison d’État, aucun intérêt supérieur, aucun impératif économique, diplomatique ou géopolitique ne peuvent le justifier. Ce constat doit susciter la mobilisation générale de tous les citoyens français. Nous devons faire pression sur notre gouvernement afin qu’il cesse d’armer et de soutenir les États qui répandent le fléau jihadiste à travers le monde depuis des décennies, au premier rang desquels l’Arabie saoudite et le Qatar. En effet, comme l’avait déclaré Alain Chouet dans l’interview citée au début de cet article, « ce que nous appelons salafisme, en arabe, cela s’appelle wahhabisme. Et là nous sommes à contre-emploi de manière systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire, puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc., nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène terroriste. »

Mes chers compatriotes, je vous remercie d’envoyer massivement cet article au Président de notre République, à nos élus et à votre entourage, puisque l’État français et ses alliés occidentaux ne peuvent combattre le fléau jihadiste en soutenant ses parrains du golfe Persique. Ils ne pourront pas non plus lutter efficacement contre le terrorisme s’ils appuient clandestinement des réseaux islamistes pour renverser des gouvernements étrangers, comme en Libye puis en Syrie. Mobilisons-nous pour mettre en échec ces politiques profondes dangereuses et inacceptables !

Maxime Chaix
Source : MondialisationDedensa.

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Leçons de l’intervention occidentale au Mali


Au moment où des avions français bombardent le Mali, une statistique toute simple explique le contexte : cette nation de l’Afrique de l’Ouest de 15 millions d’habitants est le huitième pays où les puissances occidentales ont, ces dernières années, bombardé et tué des musulmans, après l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, le Yémen, la Libye, la Somalie et les Philippines (sans parler des nombreuses tyrannies mortifères soutenues par l’Occident dans cette région du globe). Pour des raisons évidentes, la rhétorique selon laquelle l’Occident n’est pas en guerre avec le monde musulman sonne de plus en plus faux chaque fois que le militarisme progresse. Mais cette nouvelle campagne massive de bombardements nous révèle des enseignements essentiels concernant l’interventionnisme occidental, des leçons qui, comme toujours, sont résolument ignorées.

Premièrement, comme l’a souligné le New York Times, l’instabilité que connaît le Mali est, pour une large part, la conséquence directe de l’intervention de l’Otan en Libye. En particulier, « des combattants islamistes lourdement armés, très aguerris par les combats en Libye », « les importants stocks d’armes sortis de Libye, ainsi que des combattants différents, plus islamisés de retour de ce pays » ont joué un rôle de catalyseur dans l’effondrement d’un gouvernement soutenu par les États-Unis. Pour reprendre l’excellente analyse d’Owen Jones dans le quotidien britannique The Independent :

Cette intervention est la conséquence d’une autre intervention. On a fréquemment vendu la guerre en Libye comme un modèle de réussite pour un interventionnisme à visées progressistes. Pourtant, le renversement de la dictature de Kadhafi a eu des conséquences que les services de renseignement occidentaux ne se sont probablement pas donné la peine d’envisager. Les Touaregs – qui traditionnellement venaient du nord du Mali – constituaient une proportion importante de son armée. Lorsque Kadhafi fut éjecté du pouvoir, ils retournèrent chez eux : parfois sous la contrainte lorsque des Africains noirs subirent des agressions dans la Libye post-Kadhafi, une donnée gênante largement ignorée des médias occidentaux. La guerre en Libye fut considérée comme un plein succès, seulement nous en vivons actuellement le contrecoup.

À chaque fois, les interventions occidentales s’achèvent par incompétence ou par manque d’objectifs, et elles sèment les graines d’interventions futures. Étant donné la très grave instabilité qui affecte la Libye actuellement, couplée à la colère durable consécutive à l’attaque contre Benghazi, dans combien de temps nous annoncera-t-on que des bombardements et des envois de troupes dans ce pays sont – une fois encore – nécessaires pour combattre les forces « islamistes » au pouvoir : des forces mises en place grâce au renversement par l’Otan du gouvernement de ce pays ?

Deuxièmement, le renversement du gouvernement du Mali fut facilité par la désertion de soldats entraînés et armés par les États-Unis. Selon le New York Times, des cadres d’unités d’élite de cette armée, « entraînés minutieusement par les États-Unis, firent défection quand on eut vraiment besoin d’eux, en emportant chez l’ennemi, au plus fort de la bataille, des troupes, des armes, des camions et leurs compétences récentes, selon des responsables de l’armée malienne. » Puis, « un officier entraîné par les États-Unis a renversé le gouvernement élu du Mali, préparant le terrain pour la prise de la moitié du pays par des forces extrémistes islamistes. »

Autrement dit, l’Occident est de nouveau en guerre avec les forces mêmes qu’il a entraînées, financées et armées. Personne n’est plus compétent que les États-Unis et ses alliés pour créer ses propres ennemis, perpétuant ainsi un état de guerre sans fin. Lorsque les États-Unis ne trouvent pas d’ennemis à combattre, il les créent. Tout simplement.

Troisièmement, les bombardements de musulmans dans un nouveau pays provoqueront à l’évidence toujours plus de sentiments anti-occidentaux, ce qui alimentera le terrorisme. Déjà, comme l’a observé le Guardian, les avions de chasse français « ont tué au moins 11 civils, dont trois enfants ». Le long passé colonial de la France au Mali ne peut inévitablement exacerber que de la colère. En décembre dernier, après que le Conseil de sécurité des Nations Unies eut autorisé une intervention au Mali, Salvatore Saguès, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest pour Amnesty International, prévenait : « Une intervention armée internationale risque d’amplifier la violation des droits humains dont nous sommes déjà témoins dans ce conflit. »

Comme toujours, les gouvernements occidentaux sont parfaitement conscients de ce risque, et pourtant ils agissent comme ils l’ont planifié. Le New York Times observe que les bombardements français ont commencé « en dépit d’avertissements proférés depuis longtemps par les États-Unis selon lesquels une offensive de l’Occident contre un bastion islamiste pourrait battre le rappel de djihadistes dans le monde entier et susciter des attentats terroristes jusqu’en Europe. » De fait, au moment même où les Français tuent des civils au Mali, un raid conjoint franco-étatsunien en Somalie à causé la mort « d’au moins huit civils, dont deux femmes et deux enfants ».

Croire que les États-Unis et leurs alliés peuvent continuer de la sorte dans le monde entier, un pays après l’autre, peuvent bombarder et tuer des innocents – musulmans – et ne pas être la cible d’attentats « terroristes » est, pour des raisons évidente, pure folie. Comme Paul Rogers, professeur à l’université de Bradford, le disait récemment, le bombardement du Mali sera décrit comme « un nouvel exemple d’agression contre l’islam ». Les espoirs que l’on pouvait nourrir concernant la fin de la « guerre contre le terrorisme » sont totalement anéantis par l’agression en cours.

Quatrièmement, en dépit de la rhétorique d’autosatisfaction dont les démocraties occidentales adorent se délecter, il est sidérant de constater à quel point ces guerres sont menées sans aucune référence à un quelconque processus démocratique. À propos de la participation du gouvernement britannique dans l’attaque contre le Mali, l’Independent estime « troublant, pour ne pas dire plus, que Cameron ait engagé la Grande-Bretagne dans ce conflit sans même avoir fait semblant de consulter le Parlement. » De même, le Washington Post révèle que le président Obama n’a reconnu qu’après coup que des chasseurs étatsuniens ont pénétré dans l’espace aérien somalien dans le cadre de l’opération menée par la France dans ce pays. Il s’agit, selon le Post, « d’un aveu rare des menées militaires des États-Unis dans la Corne de l’Afrique », donc du secret anti-démocratique qui entoure systématiquement les actes de guerre des États-Unis dans la région :

L’armée des États-Unis avait basé un nombre croissant de drones Prédateurs, de F-15 au Camp Lemonnier, qui est devenu une base clé pour les opérations secrètes de contre-terrorisme en Somalie et au Yémen. Le ministère de la défense a refusé de donner l’identité des avions utilisés dans cette mission de récupération des otages, déclarant simplement qu’il s’agissait de chasseurs et non de drones… Cependant, on ne sait pas clairement pourquoi Obama s’est cru obligé de révéler l’existence de cette opération particulière alors qu’il n’avait pas évoqué d’autres missions bien précises menées en Somalie. Les porte-parole de la Maison Blanche et du Pentagone refusent de fournir des réponses à ces questions.

Naturellement, le gouvernement Obama a drapé toute sa campagne d’assassinats par drones dans le manteau impénétrable du secret, s’assurant que cette campagne resterait hors de portée d’une quelconque investigation par les médias, les tribunaux et les citoyens. Les États-Unis et leurs alliés occidentaux ne se contentent pas de mener une guerre sans fin, systématiquement, contre les musulmans. Ils le font dans un secret quasi complet, sans aucune transparence ni responsabilité. Bonjour les « démocraties » occidentales !

Finalement, la propagande utilisée pour justifier tout ceci est d’une banalité déprimante, même si elle est extrêmement efficace. Un gouvernement occidental qui souhaite bombarder des musulmans se contente de leur accoler méchamment l’étiquette de « terroristes », et le moindre débat, le moindre jugement critique sont instantanément étouffés dans l’œuf. Comme l’a proclamé le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, « le président Hollande est totalement déterminé à éradiquer ces terroristes qui menacent la sécurité du Mali, notre propre pays et l’Europe. »

Comme toujours, cette vision simpliste déforme la réalité plutôt qu’elle ne la décrit. À l’évidence, les rebelles maliens ont commis toutes sortes d’atrocités odieuses (amputations, flagellation, lapidation jusqu’à la mort pour ceux qui s’opposent à leur interprétation de l’Islam), mais les forces gouvernementales maliennes ont, selon Amnesty, « arrêté, torturé et tué des Touaregs sur des bases ethniques. » L’Independent nous prévient à juste titre : « ne vous laissez pas mener en bateau par la version offerte par les médias occidentaux : il s’agit d’une simplification perverse, comme celle qui nous a été imposée dans la cruelle guerre civile syrienne. »

Les bombardements français au Mali, avec peut-être la participation des États-Unis, sont une illustration du mode d’intervention occidental. La « guerre contre le terrorisme » est une guerre qui assure sa propre pérennité, précisément parce quelle crée sans fin ses propres ennemis et qu’elle fournit l’huile garantissant que le feu brûlera jusqu’à la fin des temps. Mais la propagande à base de slogans qui sert à justifier tout ceci est à ce point facile et de pacotille (« il faut tuer les terroristes ! ») qu’il est difficile de percevoir quand tout cela s’arrêtera. La peur aveugle – pas seulement de la violence, mais de l’Autre – qui a été greffée avec succès dans le cerveau de nombreux citoyens occidentaux est telle que ce simple vocable vide de sens (terroristes) est capable, à lui seul, d’engendrer un soutien inconditionnel à toute initiative prise en leur nom, quel que soit le secret ou le manque de preuves qui l’entoure.

14/01/2013
Glenn GREENWALD
The Guardian
Traduction Bernard Gensane pour Le Grand Soir

Lire aussi :
Revue de presse Mali 2013 Français – English – Español, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Revue de presse Libye 12/09/2011


12/09/2011, La ville fantôme de Kadhafi après le retrait des loyalistes, Info-Palestine

Jusqu’au mois dernier, la ville de Tawergha abritait 10 000 civils. Mais à l’heure du crépuscule la semaine dernière, les immeubles d’habitation s’étirent noirs et morts, au loin, et les seuls êtres à se mouvoir sont des moutons.
Ce secteur pro-Kadhafi a été vidé de sa population, vandalisé et partiellement incendié par les forces rebelles. Le Sunday Telegraph a été le premier à visiter les lieux de ce qui semble avoir été les premières représailles majeures contre des partisans de l’ancien régime.
Pour la première fois dans [la couverture médiatique de] la révolution libyenne, nous avons pu voir un grand nombre de maisons et pratiquement chaque boutique, systématiquement saccagés, pillés ou incendiés.
Même l’hôpital local a été saccagé. Les lits ont été tirés hors des chambres et lacérés. Les vitres des fenêtres et des portes ont été cassées. Les médicaments, les ordonnanciers et les feuilles d’imprimante ont été éparpillés dans les couloirs, et les médecins et les infirmières ont disparu avec tous les autres.
Au bord de la route qui mène à Tawergha, la brigade de Misurata a peint un slogan qui dit « la brigade de nettoyage des esclaves [et] des peaux noires ».
Et ce n’est pas la première fois que des civils pro-Kadhafi ont souffert de représailles. En juillet, alors que les rebelles quadrillaient les montagnes du Nefousa, le village de Gawalish a subi un sort tout à fait similaire. Beaucoup de ses habitants, des retraités et de jeunes enfants ne pouvaient tout simplement pas avoir participé à une quelconque action militaire pour le régime.

09/09/2011, Libye : les secrets de Kadhafi, France Inter

L’ONG Human Rights Watch a découvert des document dans les locaux du renseignement de l’ancien régime libyen qui montrent que les services secrets occidentaux collaboraient avec Tripoli.

08/09/2011, 9/11 dans les sables libyens, Dedefensa

On parle de la situation politico-militaire, étrange, à la fois prévisible et imprévisible, qui s’est installée. La question centrale, qui envahit désormais la scène de la communication à propos de cette affaire libyenne, c’est celle des islamistes. Elle est tellement brûlante que les Israéliens, ou dans tous les cas certains d’entre eux dans les milieux de la sécurité nationale, jugent que la Libye est devenue l’une des “menaces les plus graves” qu’a à craindre Israël, parce qu’elle est d’ores et déjà aux mains des islamistes.
[…] la scène est bien campée pour que les islamistes tiennent un rôle majeur dans l’avenir de la Libye, ce qui ne correspondrait pas vraiment, sur le fond des choses et dans les circonstances qu’on décrit, à la planification américaniste-occidentaliste mais qui, par contre, constitue une potentialité particulièrement intéressante, et hautement symbolique à l’approche du dixième anniversaire de l’attaque du 11 septembre 2001.
L’étonnant miracle de l’affaire libyenne, avec ces islamistes qui pullulent, proches de prendre le pouvoir à Tripoli, et qui seront naturellement baptisés “démocrates” s’ils y parviennent puisque les robots congénitaux qui nous dirigent ne peuvent imagine de se dédire, c’est bien que la mouvance islamiste est en train de retourner contre le bloc BAO sa méthodologie de “métaphysique de la force”. Cette position prééminente des islamistes est en effet une complète inversion de l’essence frelatée de la politique de force justifiée et inspirée par 9/11. L’affaire libyenne est en train d’opérer une inversion d’un processus qui constituait lui-même une subversion de la politique extérieure et des relations internationales.

07/09/2011, Le marché de la reconstruction en Libye nous donne une idée de l’ampleur des destructions infligées par l’armée française et ses consoeurs humanitaires, Mounadil al Djazaïri

400 chefs d’entreprise français viennent de se réunir à Paris, au siège du MEDEF (le patronat français) en présence de Pierre Lellouche, le secrétaire d’Etat au commerce extérieur.
Cette réunion qui rassemblait la fine fleur de l’industrie française, dont Total, Alcatel et Bouygues avait pour thème le marché de la reconstruction en Libye.
Pour avoir une idée de l’ampleur des destructions infligées à la Libye par les forces de l’OTAN et les monarchies démocratiques du Moyen Orient, il suffit de savoir à combien est estimé le marché de la reconstruction de la Libye: 200 milliards de dollars selon l’organisation patronale française.

06/09/2011, Hier allié, aujourd’hui voyou, ou les intrigues autour de Kadhafi : les cables diplomatiques US wikifuités apportent un éclairage utile, Tlaxcala

La transformation du Président libyen Mouammar Kadhafi de voyou en allié puis en dictateur que selon les besoins du jour l’on bombarde, encense ou met hors jeu au moyen d’une guerre d’agression témoigne des intrigues stratégiques tissées par les USA et leurs alliés. Soutenir et subventionner ou diaboliser et renverser par les armes des États, des gouvernements ou des fractions sociétales relève des opportunités qui s’offrent aux puissances en place. Se servir de régimes répressifs précisément en raison de leur capacité à s’imposer par la force ou les mettre hors-la-loi pour exactement la même raison n’a rien à voir avec des normes telles que liberté, démocratie ou droits humains, qu’on peut à son gré ignorer ou utiliser comme prétexte à sanctions.

06/09/2011, Les problèmes auxquels fait face la Libye, Renmin Ribao

Le détonateur qui a conduit aux troubles sociaux en Libye et dans d’autres pays arabes est le fort taux de chômage dans la jeunesse. La forte proportion de la jeunesse dans la population du pays n’est pas devenue un « dividende démographique » pour la vitalité économique et sociale. Au lieu de cela, elle est devenue une source d’instabilité. Le fort taux de chômage, dans une grande mesure, peut être attribué à la croissance désordonnée de la population, à la structure économique déraisonnable de la Libye et à la prédominance du pétrole, du gaz et des autres industries de ressources, qui n’étaient pas propices à la création de suffisamment d’emplois pour une force de travail nouvelle et importante.
Pour rétablir la stabilité politique dès que possible, la nouvelle direction Libyenne doit éviter une épuration politique extrême, et évaluer de manière objective les mérites et les erreurs du régime Kadhafi. Car après tout, c’est Kadhafi qui a fait de la Libye un pays moderne. C’est Kadhafi qui a nationalisé les ressources qui étaient auparavant contrôlées par les compagnies pétrolières occidentales. D’autres pays arabes, ainsi que l’Iran et les pays exportateurs de pétrole d’Amérique du Sud ont suivu l’exemple de la Libye, qui a fait que les compagnies pétrolières occidentales ont dû donner plus de 50% -contre 5% auparavant- des revenus, enrichissant les pays arabes, et autres, producteurs de pétrole.
Les principaux chefs rebelles comme Abdel Jalil et le chef de l’exécutif du CNT Mahmoud Jibril sont d’anciens fonctionnaires du Gouvernement de Kadhafi. Si la nouvelle direction lance une épuration politique aggressive, cela pourrait porter préjudice aux deux nouveaux dirigeants. Quant à Ali Tarhouni, autre leader potentiel, responsable du pétrole et des affaires financières, et qui bénéficie du soutien américain, il pourrait ne pas avoir de bases solides en Libye du fait de ses 38 années d’exil aux Etats-Unis.

05/09/2011, Pseudo-al Qaïda versus tortureurs de la CIA : cela se plaide…, Dedefensa

Tout le monde connaît désormais le “général” Abdul Hakim Belhadj, commandant des forces armées rebelles, dans tous les cas à Tripoli, maître d’œuvre de la prise de Tripoli, homme fort manifestement des forces armées ex-rebelles et libyennes officielles de la Libye new age… Qui plus est et particulièrement, ex-proche d’al Qaïda, sinon al Qaïda lui-même dans le temps, et torturé dans les années 2004-2006 par la CIA, avec des interférences du MI6 britannique et des services secrets et également tortureurs du colonel Kadhafi.
Le désordre libyen est bien, semble-t-il, d’abord et avant tout, l’extraordinaire bordel américaniste-occidentaliste, entre terroristes et non-terroristes, les uns et les autres se mélangeant, dictateurs diaboliques et quasi-hitlériens et loyaux et vertueux alliés de l’Occident et de sa civilisation, l’un et l’autre se mélangeant, entre services de renseignement, torture et coopération, trahisons et retournements de veste. Il y a beau temps qu’il ne s’agit plus de renseignement, ni même d’“espionnage”, ni même d’agent double ou d’agent triple, mais de désordre absolu dans ces activités parallèles, qui sont menées par le bout du nez par les écarts et les soubresauts extraordinaires d’une “politique” anti-terroriste définie selon les analyses des services de communication liées aux directions politiques et influencées de main de maître par des stratèges de l’école-BHL. Il n’y a plus aucune logique de renseignement dans ces changements de côté et ces retournements de veste, mais bien le renseignement mis au service des caprices d’une évaluation “politique” uniquement et exclusivement faite, désormais, en fonction des impacts de communication par rapport aux dirigeants politiques, sans plus rien de haute politique et de vision élargie aux réalités du monde.

05/09/2011, Pierre KHALAF, Le projet occidental pour l’Orient : des régimes parlementaires sous protectorat, Réseau Voltaire

Ce qui se passe en Libye constitue le modèle que réserve au monde arabe une alliance politique composée des Frères musulmans, des milieux de la bourgeoisie libérale et de certains mouvements de la gauche. Avec quelques nuances imposées par les nombreuses spécificités entre un pays et un autre, l’exemple libyen offre un échantillon du projet politique vers lequel sont entrainées les sociétés arabes, qui bâtissent les illusions de leur salut sur l’idée de l’intervention étrangère pour répandre la démocratie et se débarrasser du joug despotisme et de la tyrannie.
Dans le cas libyen, nous assistons à un renouvellement de l’hégémonie coloniale sur le pays et sur ses richesses pétrolières, basé sur un partage de l’influence et du butin entre les puissances occidentales. L’élément nouveau est l’entrée en jeu de la France en tant que partenaire principal, après que le Conseil national de transition (CNT) se soit engagé à accorder aux compagnies françaises 35 % du pétrole, comme l’a révélé un haut responsable du CNT au Parisien. La présence états-unienne, britannique et italienne est préservée, tandis que les influences chinoises et russes sont en voie de liquidation, non pas à cause des positions de ces deux pays dans la crise libyenne mais parce que ces influences sont considérées comme des vestiges de la Guerre froide qu’il faut absolument éliminer.
Sur le plan interne, le système qui est concocté sous la férule de l’Occident colonial et triomphateur est un régime républicain, parlementaire sous l’intitulé de démocratie. Rien de nouveau car il s’agit d’un calque des régimes que les puissances mandataires avaient installés dans les années 20 du siècle dernier : des élites qui se partageaient des Parlements dans le cadre d’élections et d’une vie politique, le tout sous la stricte surveillance d’un haut commissaire. Tout ce monde évoluait sous un plafond fixé par la puissance mandataire, qui disposait d’un mandat « légal » délivré par l’ancêtre des Nations unies, la Société des nations (SDN). C’est pratiquement le même système qui est en train d’être mis en place aujourd’hui, avec certainement plus de subtilité, vu que les temps ont changé.
Il y a un siècle, les pays arabes vivaient sous des monarchies constitutionnelles, ou des régimes parlementaires, avec des partis politiques qui « remportaient » des élections et « formaient » des gouvernements, l’ensemble du processus étant réglé, régi et dirigé par la puissance coloniale.
L’histoire se répète avec des acteurs nouveaux, le plus important étant la Confrérie des Frères musulmans, qui, après 60 ans d’exclusion des cercles du pouvoir, n’a pas trouvé de meilleur cheval que celui de l’Occident pour accéder aux plus hautes sphères de la société.
Le drame est que cette alliance ne propose aucun projet politique ou vision économique pour sortir les sociétés arabes du sous-développement. Prendre le pouvoir est son but et tous les moyens sont bons pour y parvenir. Tout le reste n’a plus aucune importance, pas même la cause de la Palestine, que ces nouvelles élites dirigeantes excluent de leur discours politique. La réussite de ce projet risque de plonger les pays arabes dans un siècle d’obscurantisme et de livrer les richesses au pillage par de l’Occident qui ne laissera que les miettes à ceux qu’il aura aidé à arracher le pouvoir aux despotes pour le monopoliser à leur tour.

04/09/2011, Pepe ESCOBAR, C’est une guerre [de] TOTAL, Monsieur, Questions Critiques

Les gagnants de cette chose « cinétique » en Afrique du Nord (l’administration Obama jure qu’il ne s’agit pas d’une guerre) – qui se décrivent collectivement comme the « Friends Of Libya » (FOL) [« les amis de la Libye »] – étaient d’humeur enjouée lorsqu’ils se sont réunis à Paris jeudi, sans air-conditionné mais avec des odeurs puissantes de brie et de roquefort, pour se réjouir de leur « opération » de changement de régime en Libye, mise en oeuvre par l’Otan et autorisée par les Nations-Unies.

04/09/2011, Bienvenue dans la « nouvelle Libye démocratique », Solidarité Ouvrière

Les premiers éléments publiés par la presse sur le nouveau régime du CNT en Libye montrent à quel point, la chute d’un dictateur ne signifie en rien la fin d’un régime dictatorial.

04/09/2011, Libye : le piège, Le Quotidien d’Oran

Il fallait s’y attendre: la prise de Tripoli a aiguisé les appétits de l’OTAN envers d’autres pays arabes.
Dans les pays arabes, dont l’Algérie, elle a redonné vigueur aux partisans de l’ingérence occidentale. Ayant craint, un moment, l’enlisement de l’OTAN en Libye, ils manifestent d’autant plus leur joie à cet évènement. Ils y voient la confirmation de la justesse de leurs thèses sur «le bien fondé de cette ingérence du moment qu’elle débarrasse la Libye d’un tyran».
Mais peut-on s’en réjouir. Comment ne pas tenir compte que l’entrée des insurgés à Tripoli s’est faite sous les bombardements de l’OTAN. Rien ne ressemble moins à l’entrée triomphale d’une révolution populaire. Comment ne pas voir que ceux qui applaudissent à l’intervention de l’OTAN applaudissent les forces militaires des mêmes pays qui bombardent et massacrent en Afghanistan et en Irak, qui protègent le colonialisme israélien, et qui soutenaient, il y a quelques mois à peine, les dictatures arabes. Comment ne pas dire que cette joie est mauvaise lorsqu’ils la partagent par exemple avec une personnalité islamophobe et arabophobe comme Bernard Henry Levy qui applaudit aux bombardements sur la Libye comme il l’avait fait pour ceux sur Gaza et le Liban.
La perversité de la politique occidentale actuelle est qu’elle arrivée à construire, notamment par une campagne médiatique de propagande d’une violence intense, un faux dilemme, qui est celui ci: ou le droit d’ingérence et donc la démocratie sous protectorat occidental, où la dictature et la tyrannie. Beaucoup parmi les élites politiques arabes tombent dans le piège. Outre, évidemment, celles d’entre elles traditionnellement liées à l’Occident, cette propagande trouvent un écho chez des forces politiques et sociales plus larges, soient qu’elles ont peu d’influence et de forces dans la société, et ne voient pas donc d’autre solution pour se débarrasser de la dictature que dans une «alliance même avec le diable» , soient qu’elles sont impatientes ou fatiguées par une longue opposition, Du coup la société désormais se divise sur la question de la démocratie, car il lui est substitué une autre question, celle de l’attitude par rapport à l’intervention étrangère. Les cartes s’en trouvent alors faussées. On croit toujours parler de démocratie mais c’est la question nationale qui ressurgit, et avec elle celle de la souveraineté, celle de l’indépendance du pays, celle de l’unité nationale. Les ex-puissances coloniales reviennent pour proposer de protéger les aspirations démocratiques arabes et ce protectorat réactive alors le protectorat colonial. Ceci explique que du même coup se trouvent relancés des débats qu’on croyait dépassés et qui déchiraient les différentes tendances du mouvement national à la veille des luttes pour l’indépendance: en 1936, l’illusion que la libération allait arriver du Front populaire de la gauche française, en 1942-43, les espoirs mis par Ferhat Abbas dans la Charte atlantique, et plus généralement la position du courant assimilationniste qui attendait le progrès et la civilisation de la France.

04/09/2011, Libye, de l’audace à la lucidité, actualité de l’été 2011, Canal Académiemp3

Thierry de Montbrial et François d’Orcival, de l’Académie des Sciences morales et politiques, reviennent sur la campagne de Libye remportée par les troupes de la coalition internationale et la chute de Kadhafi.

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Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Revue de presse Libye, Monde en Question.
Dossier documentaire Libye, Monde en Question.

Revue de presse Libye 03/09/2011


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03/09/2011, Quand la CIA écrivait un discours pour Kadhafi, Dedefensa

Effectivement, c’étaient en quelque sorte “les temps bénis des colonies”, du temps de la coopération intense, voire parfois amicale, entre deux des principaux services du bloc BAO, la CIA américaniste et le MI6 britannique, et le régime libyen du colonel Kadhafi… Un long article du New York Times du 2 septembre 2011 détaille le contenu d’un certain nombre de documents découverts dans les bureaux de la direction des services de renseignement libyens.

02/09/2011, Le gros gâteau, Presseurop

02/09/2011, Rencontre du chef islamique de Tripoli, et ami de l’OTAN…, Dedefensa

David Cockburn a rencontré Abdulhakim Belhadj, chef militaire de Tripoli pour les rebelles libyens (The Independent du 2 septembre 2011). Belhadj est l’objet de bien des spéculations et hypothèses, à cause de son passé de militant islamiste, ancien combattant islamiste anti-soviétique en Afghanistan, dans les années 1980 (Voir le 27 août 2011 et le 28 août 2011).
D’une façon générale, Belhadj confirme la version soft (façon de dire) des hypothèses à son égard : certes, entraîné en Afghanistan, certes torturé par la CIA puis par les services de Kadhafi quand Kadhafi était le meilleur ami de la CIA et de l’OTAN ; mais nullement d’accord avec al Qaïda, aujourd’hui acharné à œuvrer pour l’unité tranquille et modéré de la Libye et ainsi de suite… Belhadj admet tout de même qu’il lui est assez difficile d’oublier le traitement que lui a fait subir la CIA.

02/09/2011, Libye : la conférence de Paris laisse bon nombre de questions sans réponse, Xinhua

La France et la Grande-Bretagne, qui soutiennent la prise de mesures militaires pour évincer le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, ont mis l’accent sur l’importance d’une présence continuelle de l’OTAN dans le pays afin de protéger les Libyens.
Les Etats-Unis ont exigé le bon usage des avoirs libyens dégelés et ont mis en garde contre l’extrémisme et le terrorisme.
La conférence de Paris « est d’assez mauvais signe », car « commencer un processus de construction étatique et national par une conférence internationale qui donne le rôle principal aux puissances occidentales [..] rendra probablement encore plus difficile la mise en place d’un régime consensuel et accepté par la population » libyenne, a confié à l’agence Xinhua Bertrand Badie, expert en relations internationales de l’université SciencesPo de Paris.
La rébellion libyenne est « formée de courants politiques très contradictoires puisqu’on y trouve des démocrates, des libéraux mais aussi des islamistes », a souligné M. Badie, avant d’ajouter qu’ainsi il s’agit d’abord de savoir « qui va l’emporter à l’intérieur de cette coalition très mystérieuse [du CNT] et dans quelle mesure ceux qui vont l’emporter vont imposer leur volonté à ceux qui auront connu la défaite ».
Concernant le poids des puissances étrangères dans la Libye post-Kadhafi, M. Badie a constaté que ce pays pétrolier riche et stratégique, en tant que « trait d’union entre le Moyen-Orient et le Maghreb, entre le monde arabe et l’Afrique » et « lieu de transit pour l’immigration », intéresse beaucoup « tant la communauté internationale que les communautés régionales notamment la Ligue arabe et l’Union africaine) ».
Appelant au dégel des avoirs libyens, les puissances occidentales, notamment la Grande-Bretagne et la France, sont suspectées d’avoir signé des accords secrets pour obtenir une partie des ressources pétrolières riches de la Libye. Le quotidien français Libération rapporte que le CNT a signé un accord avec la France, promettant plus d’un tier du pétrole libyen aux entreprises françaises en échange de son soutien.
Outre les puissances occidentales, le Qatar, la monarchie du Golfe qui a participé à l’opération de l’OTAN, et l’Algérie, voisin de la Libye abritant les memblres de la famille du colonel Kadhafi, cherchent également à promouvoir leurs propres intérêts dans la transition politique libyenne.

02/09/2011, Serge LEFORT, Washington-Tripoli, une vieille histoire, Monde en Question

01/09/2011, Grand entretien : Edgar Morin, en partenariat avec le magazine Books, Du Grain à moudre

Edgar Morin tombe dans le travers pointé dans l’article Actualité, savoir se taire.

01/09/2011, Les États-Unis avaient programmé d’intervenir en Irak, Syrie, Libye, Somalie, Soudan, Iran, dès septembre 2001, Silvia Cattori

Le général Wesley Clark affirme, dans un enregistrement daté de 2007, que le Pentagone avait programmé d’intervenir militairement en Irak et en Libye, -ainsi qu’au Liban, en Syrie, en Somalie, au Soudan, en Iran- dix jours après les attentats du 11 septembre 2001.

01/09/2011, Dmitri KOSSYREV, Le sort de l’argent débloqué pour la nouvelle Libye, RIA Novosti

Les nouvelles des fronts libyens cèdent peu à peu la place à un tout autre problème, à savoir qui donnera l’argent libyen « dégelé », selon quelles modalités, quels en seront les bénéficiaires et à quoi ces sommes seront-t-elles utilisées. La Grande-Bretagne débloquera 1 milliard de livres, un demi-milliard de dollars sera alloué par l’ONU… Actuellement, le jeu diplomatique mondial se déroule autour de ce sujet.

01/09/2011, Libye : après la guerre, les affaires, Presseurop

Derrière l’entente affichée par les participants à la conférence de Paris sur la “Libye nouvelle” se cache la guerre souterraine que la France, l’Italie et le Royaume-Uni ont déjà entamée pour l’exploitation des ressources du pays, ainsi que le racontent les journaux français, italiens et britanniques.

01/09/2011, Donnant-donnant, Presseurop

01/09/2011, L’UE et son ancienne realpolitik libyenne, EurActiv

La conférence internationale convoquée à Paris pour discuter de l’avenir de la « Libye nouvelle » succède à une période, pas si lointaine, où l’Union européenne, comme les États, traitait d’égal à égal avec Kadhafi.

01/09/2011, À qui profitera la conférence des « amis de la Libye » ?, France 24

• La France et le Royaume-Uni :
Ce sont les deux grands gagnants du conflit libyen. Locomotives de l’intervention armée, initiateurs de la résolution 1973 ayant autorisé le recours à la force contre les troupes de Kadhafi, ils sont à l’initiative de cette première conférence chargée d’orchestrer la transition démocratique du pays.
Leur soutien inconditionnel au Conseil national de transition (CNT) devrait – sans surprise – leur permettre d’avoir une longueur d’avance dans la course aux contrats pétroliers et gaziers qui s’annonce…
• Les pays du Golfe :1. Qatar et Émirats arabes unis
Le Qatar et les Émirats ont été les seuls pays arabes à participer aux opérations militaires engagées en Libye dans le cadre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont aussi été parmi les premiers à reconnaître le CNT comme autorité légitime en Libye.
2.   Arabie saoudite (présence à confirmer)
« Quoi qu’il en soit, l’Arabie saoudite est un peu perdante aujourd’hui. C’est un pays qui a toujours été réticent aux changements qui ont eu lieu dans les pays arabes, relève Pierre Vermeren. Elle perd surtout un allié de poids dans l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole).
• La Chine et la Russie :
Ces deux pays vont devoir batailler ferme pour se relancer dans la course aux contrats pétroliers. Pourtant, partenaires de premier plan de la Libye avant la guerre, « Pékin et Moscou pourraient bien avoir perdu la course à l’or noir, du moins pour le moment », souligne Pierre Vermeren.

01/09/2011, Les puissances occidentales ne doivent pas profiter injustement de la reconstruction dans la Libye post-Kadhafi, Xinhua

La conférence de Paris doit être considérée comme une plate-forme permettant de réunir les forces internationales afin d’aider à accélérer la reconstruction de la Libye post-Kadhafi ; elle ne doit pas ressembler à une conférence du type de celle qui a débouché sur le traité de Versailles, avec des puissances occidentales s’efforçant avant tout de promouvoir leurs intérêts dans un pays meurtri par la guerre.
Depuis le début, les puissances occidentales ont pris la tête des opérations dans l’intervention militaire en Libye, et certaines compagnies occidentales, telles que le géant pétrolier français Total, préparent désormais activement leur retour dans le pays à travers des contacts étroits avec le Conseil national de transition (CNT).
Actuellement, certaines puissances occidentales sont davantage axées sur leurs intérêts commerciaux, avec notamment une visée sur les riches ressources pétrolières libyennes, que sur le processus de reconstruction qu’appelle de ses voeux la population du pays.
Etant donné cette situation, le Conseil de sécurité de l’ONU, généralement considéré comme un organe représentatif de la communauté internationale, et dont l’expérience, accumulée au fil des ans, en matière de gestion de la reconstruction dans les pays déchirés par la guerre, est reconnue, devra s’affirmer pour jouer le rôle qui lui revient dans la Libye post-Kadhafi sans se laisser marginalisé.
De plus, les organisations régionales de poids telles que l’Union africaine et la Ligue arabe doivent contribuer à la reconstruction globale en Libye.
Enfin, les opinions des différentes composantes de la nation libyenne devront être respectées afin d’assurer une reconstruction incluant tous les acteurs.

01/09/2011, Les preuves se multiplient sur les atrocités commises par les « rebelles » libyens, WSWS

Une série de reportages réalisés à Tripoli ont montré que les forces appuyées par l’OTAN avaient commis un massacre dans la guerre civile libyenne. Ces reportages, publiés dans des journaux largement en faveur de l’intervention des États-Unis et de l’OTAN pour renverser le régime de Mouammar Kadhafi, viennent une fois de plus exposer le mensonge que la guerre impérialiste contre la Libye est motivée par des visées humanitaires et la volonté de protéger les civils.
Une image effrayante émerge du nouveau régime qui est en train d’être consolidé à Tripoli. Il est consolidé dans le sang, tandis que se déroulent des massacres de civils pro-Kadhafi ainsi que des pogroms contre les travailleurs africains immigrants. Tout cela se passe sous la direction d’un allié d’Al-Qaïda qui reçoit ses ordres des quartiers généraux de l’OTAN et de la Maison-Blanche.

31/08/2011, Libye : des femmes immigrées africaines victimes de viols, Info-Palestine

Des travailleurs migrants vivant dans un bidonville en dehors de Tripoli ont affirmé que plus d’une vingtaine de femmes du camp ont été violées il y a deux semaines par les forces de l’opposition qui ont lancé leur assaut final contre la capitale.
Comme des centaines d’autres migrants en provenance du Nigeria, du Tchad, du Sénégal et d’autres pays africains, elles avaient fui vers ce camp pour échapper aux bombardements de l’OTAN et les batailles de rue imminentes.
Dans la nuit du 19 août, des hommes armés sont entrés dans le camp du port. Ils ont tiré en l’air, en criant « Dieu est grand ». Cette nuit-là, disent Johnson et Ikibueka , elles ont été violées sous la menace des armes.
Johnson, Ikibueka et plusieurs hommes parmi les réfugiés ont dit que les assaillants étaient des rebelles et qu’ils criaient des insultes contre Kadhafi. Au moment des viols, le camp était dans une zone contestée.
Mais Ogiexeri dit qu’il ne pouvait assurer qui avait mené les attaques. Il est possible que les forces des deux côtés, ou même des hommes armés sans affiliation, puissent avoir pris d’assaut le camp de port.

31/08/2011, L’Algérie et les « rebelles » de l’OTAN en Libye, Mounadil al Djazaïri

La cause humanitaire progresse en Libye grâce à l’action concertée des médecins de l’OTAN et de leurs infirmiers fondamentalistes, ceux qu’on appelle « rebelles ».
Je vous ai parlé sur ce blog des exactions que ces gens commettent, les uns par les bombardements de leur aviation sur des infrastructures civiles, les autres par des massacres perpétrés contre des innocents, avec une nette prédilection pour les personnes d’origine subsaharienne.
Ces terroristes, sûrs de l’impunité que leur confère leur alliance avec les « démocraties » occidentales, se permettent tout, non seulement en Libye mais dans les relations avec l’Algérie qui a une longue frontière commune avec ce pays.

31/08/2011, Jean-Jacques LAMY, Libye : comment les puissances impérialistes préparent l’après-Kadhafi, Lutte Ouvrière

Avant même la fin de la guerre, et alors que Kadhafi continue à échapper à ses poursuivants, ce sont désormais les problèmes de l’après-Kadhafi qui passent au premier plan, pour les Sarkozy, Cameron et Hillary Clinton comme pour les dirigeants du CNT. Officiellement, il s’agit de planifier la reconstruction de l’économie du pays, dévasté par la guerre, et de soutenir « les efforts menés par le CNT pour assurer la transition vers un régime démocratique ». En fait, il s’agit surtout, dans une situation où des groupes d’insurgés armés incontrôlés occupent le terrain abandonné par les troupes de Kadhafi, d’essayer d’éviter « d’être confrontés à un scénario d’anarchie à l’irakienne ». Une crainte relayée désormais en France par toute la presse.
Quand les premiers représentants du CNT ont rejoint Tripoli, après la bataille, la ville était contrôlée par le groupe armé originaire pour l’essentiel de la ville de Misrata, placé sous les ordres de son chef, Abdelhakim Belhadj, promu gouverneur militaire de fait de Tripoli.
Djihadiste bien connu des services secrets américains, qui selon la presse avait participé à des stages d’entraînement en Irak et en Afghanistan, fondateur il y a une dizaine d’années du Groupe islamique combattant de Libye (GICL) proche d’Al-Qaïda, Abdelhakim Belhadj fut arrêté par la CIA en 2004, puis interné par Kadhafi, avant d’être relâché après avoir renoncé officiellement à la guerre sainte. Après l’assassinat, dans des conditions restées obscures, le 28 juillet dernier du général Youness, ancien haut responsable de l’armée de Kadhafi passé à la rébellion anti-Kadhafi, il s’est imposé comme l’un des principaux chefs militaires des insurgés.

31/08/2011, Pepe ESCOBAR, Comment Al-Qaeda est arrivé à régner sur Tripoli, Le Grand Soir

Abdelhakim Belhaj, alias Abu Abdallah al-Sadek, est un djihadiste libyen. Né en mai 1966, il a fait ses premières armes avec les moudjahidin lors du djihad anti-soviétique en Afghanistan dans les années 80.
Il est le fondateur du Groupe islamique combattant en Libye et de facto son émir – avec Khaled Chrif et Sami Saadi comme adjoints. Après la prise de pouvoir par les Taliban à Kaboul en 1996, le GICL a maintenu deux camps d’entraînement en Afghanistan ; un de ces camps, à 30 km au nord de Kaboul et dirigé par Abu Yahya, est strictement réservé aux djihadistes proches ou appartenant à Al-Qaeda.
Après le 11/9, Belhaj s’est installé au Pakistan et aussi en Irak, où il s’est lié d’amitié avec ni plus ni moins que l’ultra radical AbuMusab al-Zarqawi – tout ceci avant qu’Al-Qaeda en Irak ne prête allégeance à Oussama Ben Laden et Ayman al-Zawahiri et ne renforce radicalement ses actions.
Le GICL a été sous la surveillance de la CIA depuis le 11/9. En 2003, Belahj a été finalement arrêté en Malaisie puis transféré, dans le plus pur style « rendition » dans une prison secrète à Bangkok où il était torturé quotidiennement.
En 2004, les Américains ont décidé d’en faire cadeau aux services secrets Libyens – jusqu’à sa libération par le régime de Kadhafi en mars 2010, en compagnie de 211 autres « terroristes », une opération publicitaire annoncée en grande fanfare.
Puis en 2007, Zawahiri, le numéro 2 d’Al-Qaeda à l’époque, annonça officiellement la fusion entre la GICL et Al-Qaeda du Maghreb Islamique (AQMI). Depuis, GICL et AQMI sont la même organisation et Balhaj était et est le chef (émir).
Venons-en à février 2011, Belahj, en homme libre, décide de retourner à ses activités djihadistes et d’engager ses hommes dans le soulèvement planifié de la Cyrénaïque.
Tous les services de renseignement des Etats-Unis, de l’Europe et du Monde arabe savent qui il est. Il a déjà fait savoir que lui et ses hommes ne se contenteront de rien de moins que l’application de la charia en Libye.
On aura beau chercher partout et se raconter des histories, il n’y a rien de « démocratique » chez lui. Mais l’OTAN n’a pas voulu s’en séparer sous prétexte qu’il n’aimait pas beaucoup les « infidèles ».
L’assassinat fin juillet du commandant militaire rebelle, le général Abdel Fattah Younis, par les rebelles eux-mêmes semble être l’oeuvre de Balhaj ou de gens très proches de lui.
Il est important de savoir que Younis – avant de se retourner contre le régime – avait dirigé les forces spéciales libyennes qui combattaient férocement le GICL dans la Cyrénaïque entre 1990 et 1995.
L’auteur accrédite le mythe de la survivance d’Al-Qaïda après 2002. Lire : Serge LEFORT, Washington-Tripoli, une vieille histoire, Monde en Question.

31/08/2011, Alexandre LATSA, Révoltes arabes : diplomatie 2.0 ?, RIA Novosti

Il faut remarquer que les révolutions qui ont eu lieu en Tunisie et en Egypte  ont rapidement débouché sur des problèmes économiques importants et n’ont pas encore livré de résultats clairs en matière de gains démocratiques. Mais les évènements en Libye ou en Syrie n’ont plus rien à voir avec ces mécanismes de tentatives de révoltes non violentes. Il s’agit de rebellions organisées, militarisées (par plusieurs puissances occidentales dans le cas de la Libye), et  basées sur des oppositions tribales, ethniques, ou  religieuses.
Bien sur la personnalité du guide Libyen, indéfendable sur la scène internationale a surement incité les états qui étaient opposés à l’intervention militaire, comme la Russie ou la Chine, à ne pas prendre position plus fermement. […] les représentants de l’opposition libyenne viennent d’affirmer qu’ils envisageaient de coopérer avec les pays industrialisés, y compris la Russie et la Chine, au nom de la renaissance et du redressement de la Libye.

31/08/2011, Libye : une « victoire pleine d’incertitudes », selon un expert français en relations internationales, Xinhua

Selon M. Badie, trois incertitudes sont à souligner : la grande diversité quasi-conflictuelle qui règne au sein du Conseil national de transition ou CNT (organe politique de l’opposition libyenne), la difficulté de mettre en place un nouveau régime politique et, enfin, le rôle que joueront les puissances étrangères dans cette nouvelle Libye.
Par ailleurs, pour cet expert en relations internationales, la Conférence des amis de la Libye, évènement international qui doit se tenir jeudi à Paris, à l’initiative du président français, Nicolas Sarkozy, et du premier ministre britannique, David Cameron, « est d’assez mauvais signe ».
« Commencer un processus de construction étatique et national par une conférence internationale qui donne le rôle principal aux puissances occidentales (..) rendra probablement encore plus difficile la mise en place d’un régime consensuel et accepté par la population (libyenne) », a-t-il expliqué.

31/08/2011, Il est encore trop tôt pour que les entreprises chinoises relancent leurs investissements en Libye, Renmin Ribao

Bien qu’un nombre croissant de pays reconnaissent le CNT (Conseil national de transition) comme le nouveau gouvernement de la Libye, et que certaines entreprises chinoises montrent une volonté de se relancer dans le pays, pour le ministère chinois du Commerce, il est encore trop dangereux d’investir ou d’augmenter les investissements en Libye.
« Pour l’heure, nous essayons de prendre contact avec le CNT et de fournir des aides humanitaires au peuple libyen », a déclaré Mme Xie.La Chine sait aussi parler en novlangue.

30/08/2011, Pierre KHALAF, Renaissance du projet colonial en Libye, Silvia Cattori

La chute inattendue de Tripoli avec la participation d’unités d’élite occidentales et de groupes de mercenaires acheminés de pays où les Israéliens sont très actifs, a focalisé l’attention de l’opinion publique et des observateurs.
La rébellion libyenne est confrontée à un défi de taille et porte le fardeau d’une responsabilité historique : construire la Libye de demain, libre, réellement indépendante, et prospère. Mais l’évolution des événements ces cinq derniers mois montre à quel point elle doit sa victoire à l’Occident. Dans ce contexte, il est peu probable que le Conseil national de transition (CNT) dispose d’une volonté politique assez autonome et solide pour pouvoir résister aux pressions occidentales et faire échouer les plans néocoloniaux américains et européens. Sans compter le fait que de nombreuses personnalités du CNT sont des acteurs de ce plan depuis longtemps.

30/08/2011, L’étrange triangle Paris-Tripoli-Alger, à l’ombre du “printemps arabe”, Dedefensa

La principale leçon étant que l’affaire libyenne et le “printemps arabe” ne cessent de nous réserver bien des surprises, dans le cours desquelles il est difficile de se retrouver. Un analyste politique bien informé se demanderait qui est le plus infréquentable, en termes de morale politique, d’intelligence diplomatique, de psychologie politique, entre le régime déchu du colonel Kadfhafi, les rebelles libyens, le régime algérien, le président français si agité. Il aurait du mal à trancher. L’Algérie pourrait se dire qu’une bonne crise avec la Libye new age qu’elle déteste avant même qu’elle n’existe, serait une bonne façon de ressouder une unité nationale si perturbée par le “printemps arabe” suivant des décennies de dictature corrompue et gérontocratique du parti évidemment unique et révolutionnaire. Il n’est pas assuré que l’OTAN ait des plans préparés pour l’invasion de l’Algérie. Il n’est pas assuré non plus que l’Algérie ne songe pas à prêter main forte à ce qu’il reste du colonel Kadhafi et de ses troupes.

30/08/2011, Dmitri BABITCH, Libye : l’optimisme sapé des « intervenants », RIA Novosti

Tous les pays responsables, y compris la Russie, sont unanimes pour condamner le colonel Kadhafi. Fin mars 2011 le président russe Dmitri Medvedev a déclaré que le colonel devrait répondre de ses crimes. Mais il y a une différence entre la condamnation d’un dictateur et l’invasion du territoire d’un pays indépendant pour le soutien militaire de l’un des camps en conflit.
Le principal instigateur de l’ingérence est le « philosophe » Bernard-Henri Lévy. Ce dernier a appelé début mars Sarkozy sur son portable et lui a dit familièrement: « Tu dois rencontrer les Massouds libyens » – c’est ainsi que BHL a qualifié le CNT en l’honneur du chef des moujahids afghans (Ahmad Shah Massoud). Sarkozy a accepté, et le surlendemain, le 10 mars 2011, le CNT était reconnu par la France.
Il convient d’ajouter que la population afghane est loin de partager l’admiration de BHL d’Ahmad Shah Massoud et le considère comme un chef de guerre. C’est ainsi que Massoud a été qualifié par Malalai Joya, une militante afghane pour les droits de l’homme, lauréate du Anna Politkovskaya Award de journalisme d’investigation en 2008, ainsi que d’autres récompenses.
Hélas, il est tout à fait possible que la paix dans la Libye de demain soit confrontée à la vengeance, au terrorisme et à l’islam radical. Il sera alors temps de parler de la responsabilité de Sarkozy: comment peut-on écouter des individus qui ont prouvé à maintes reprises qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent ?

30/08/2011, Akram BELKAID, A propos de la Libye, l’Otan et l’Algérie, Le Quotidien d’Oran

Dans ce pays [Algérie], comme ailleurs dans le monde arabe, on n’a peut-être pas pris la mesure de ce qui s’est passé au Soudan puis en Libye. Dans le premier cas, on réalise que les frontières héritées de la période coloniale ne sont plus un tabou. Dirigé par un dictateur soudain honni ? pour une raison ou pour une autre ? par la communauté international, un pays, arabe ou africain, peut désormais être découpé en tranches au nom de la défense d’une minorité qu’elle soit religieuse, ethnique ou même linguistique. La naissance du Sud-Soudan est donc un précédent majeur dont il serait temps de méditer les raisons et les conséquences futures.
Dans le second cas, la crise libyenne a montré que l’Otan peut très bien intervenir en Afrique du nord. En Libye aujourd’hui, en Algérie demain : plus rien n’est impossible. Durant des années, la diplomatie occidentale s’est attelée à rassurer les pays maghrébins en leur expliquant que la période de la canonnière coloniale était révolue à jamais. On voit bien que l’Histoire peut très bien se répéter. Se croire à l’abri grâce à sa fortune pétrolière, à ses liens supposés privilégiés avec tel ou tel service étranger ou grâce à la puissance supposée de son armée serait une erreur tragique. Tout peut partir d’un simple incident. Un village qui se soulève, une région qui s’embrase et réclame son autonomie, une autre qui revendique un meilleur partage des richesses, et les avions de l’Otan pointeront leur bec. Les Algériens passeront alors d’une servitude à une autre.
Cette conclusion de l’auteur, qui écrit depuis Paris, est en contradiction avec son soutien à la guerre contre la Libye menée par les puissanes coloniales.

30/08/2011, La Libye, un modèle pour la redivision du Moyen-Orient, WSWS

Une rubrique de Philip Zelikow, intitulée « La chute de Kadhafi renouvellera le printemps arabe, » et publiée lundi sur le site Internet du Financial Times, donne un aperçu des objectifs ambitieux poursuivis par Washington et les autres principales puissances impérialistes dans leur soi-disant intervention « humanitaire » en Libye.
La guerre, écrit-il, a été lancée en raison de « l’histoire particulière [de la Libye]et d’une géographie du pays qui ont dûment justifié des calculs pragmatiques de la part des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et de bien d’autres pays, selon lesquels il fallait saisir cette occasion pour aider les rebelles à se débarrasser de ce régime tout particulièrement dément. »
Comme le fait bien comprendre l’ancien responsable du Conseil de sécurité nationale (NSC) au Département d’Etat, ce processus ne s’arrêtera pas à la Libye. La guerre libyenne, dit-il, « renouvellera une dynamique. » Il poursuit en disant : « Le combat en Syrie, en s’intensifiant lentement, passera davantage encore au premier plan. »
« Une grande partie de la poussée de la politique du printemps arabe provient actuellement des Etats du Golfe persique, tels l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis (EAU) et le Qatar, » écrit-il. « C’est leur heure. Le gouvernement saoudien joue un rôle crucial dans l’isolement actuel de la Syrie par la diplomatie arabe. Les EAU, avec les Saoudiens, ont trouvé les fonds nécessaires qui ont permis aux dirigeants intérimaires de l’Egypte de ne pas se soumettre aux aides proposées sous conditions par les institutions financières internationales. Le gouvernement qatari a joué un rôle vital dans la révolution libyenne. »
La Libye n’est que le début d’une poussée impérialiste visant à réorganiser l’ensemble du Moyen-Orient. Compte tenu des intérêts conflictuels entre les principales puissances impérialistes même, ce processus risque de provoquer des affrontements bien plus sanglants dans un avenir proche.

29/08/2011, Dmitri BABITCH, La guerre libyenne de Sarkozy et de ses conseillers, RIA Novosti

L’une des principales questions après la cessation inévitable du conflit en Libye concerne l’avenir politique des initiateurs de l’ingérence occidentale: avant tout de Nicolas Sarkozy et de certains de ses conseillers. Ces gens vont-ils recueillir les lauriers de la victoire ou seront-ils tenus pour responsables de cet interminable conflit? Actuellement, cette question est soulevée en Europe: l’aviation française a tout de même lancé l’opération à laquelle les autres pays membres de l’OTAN se sont joints progressivement.
L’expérience tchétchène des initiateurs de l’ingérence en Libye ne parle pas en faveur de leur objectivité. Hélas, il est tout à fait possible que la paix dans la Libye de demain soit confrontée à la vengeance, au terrorisme et à l’islam radical. Et il serait alors très difficile de parler de victoire pour Sarkozy.

29/08/2011, Rabeh SEBAA, L’imposture libyenne, Le Quotidien d’Oran

Jusqu’à la mise à prix de la tête du fugitif en dollars, et non en monnaie locale, et la photo du même fugitif frappée d’un wanted diagonal, tous les ingrédients d’un feuilleton yankee sont réunis. Le reste de la série qui se déroule en permanence, en Iraq, en Afghanistan, au Pakistan et bientôt en Syrie est déjà devenu d’une saisissante banalité. Mais le cas libyen permet d’observer, de façon frappante, et effrontément cynique, la voracité empressée des puissances occidentales, en l’occurrence les Etats-Unis et l’Union Européenne, à l’endroit des territoires à conquérir, aux fins d’une mainmise sur leurs ressources stratégiques. Cette voracité non déguisée, baptisée par l’euphémisme burlesque de printemps arabe, et curieusement relayé par l’ensemble des médias de la « bien pensance », a eu pour théâtre originel la Tunisie, l’Egypte puis le Yémen et ensuite la Libye et la Syrie, devient ouvertement insatiable. Elle compte bien s’étendre à d’autres pays dont le travail de fragilisation ou de déstabilisation à déjà commencé. Et tous les prétextes sont bons pour déclencher la sale besogne. C’est dans ce but, et seulement dans ce but, que les États-Unis et l’Union européenne introduisirent, soudainement dans leur vocabulaire idéologique la nouvelle panacée, comme variante droithommienne : la sacro-sainte Protection des Populations Civiles (PPC). Une protection à coups de bombes, dont ces mêmes populations sont, tout naturellement, les premières victimes. Etrange conception de la protection.

29/08/2011, L’occident n’a pas renoncé à son intention de déterminer l’orientation du développement du Moyen-Orient, Renmin Ribao

L’Occident n’a toujours pas renoncé à son intention de déterminer l’orientation du développement de l’Asie de l’Ouest et de l’Afrique du Nord. Cela est lié avec les intérêts économiques. Les fumées de la guerre en Libye ne sont pas encore dissipées que la dispute entre des compagnies pétrolières occidentales y a déjà commencé.
L’Occident tient encore à propager ses idées politiques et intervient directement dans la mise en place du régime politique des pays de la région. Des chercheurs estiment que les changements survenus dans la région d’Asie de l’Ouest et d’Afrique du Nord sont la conséquence de la stratégie géo-politique occidentale. En fait, c’est le résultat inévitable de la longue domination occidentale de l’ordre politique et économique mondial. Depuis des années, du fait que l’Occident est reconnu puissant sur le plan économique, beaucoup de choses portant l’empreinte occidentale sont devenues « universelles » et « obligatoires », surtout le « système démocratique » occidental.

– « Nous, on vous a libérés du joug de Kadhafi. Vous, vous allez bien nous donner un petit quelque chose en échange, n’est-ce pas ? »
– « Oui, Monsieur, Merci »

Lire aussi :
Revue de presse Libye, Monde en Question.
Dossier documentaire Libye, Monde en Question.

Revue de presse Libye 28/08/2011


Suivre l’actualité
courir après le vent.
Penser l’actualité
marcher à contre-courant.

28/08/2011, Les islamistes chez les rebelles libyens, Dedefensa

On trouve dans The Independent on Sunday du 28 août 2011 ample confirmation de l’identité du chef des rebelles à Tripoli, comme le signalait Pépé Escobar le 27 août 2011. On trouve d’autres précisions sur la présence (importante, de l’ordre de 30%) d’islamistes dans les rangs des rebelles libyens.

28/08/2011, Une guerre et des débiteurs, Le Quotidien d’Oran

La guerre en Libye n’a rien à voir avec le pétrole. C’est ce qu’on disait à Paris et à Londres. Et ceux qui, sans avoir la moindre once de sympathie pour Kadhafi, osaient mettre en avant l’enjeu pétrolier dans le grand engagement des Occidentaux pour la «liberté» des Libyens passaient pour des rabat-joie. Ou pire, pour des défenseurs des dictatures.
Il y avait pourtant quelques éléments factuels évidents. En 2007, alors que Mouammar Kadhafi, encore ami, plantait sa tente dans les jardins d’un grand hôtel parisien et au milieu des flatteries qui avaient suscité des sarcasmes indignés dans la presse française, on avait évoqué des contrats de plus de 10 milliards de dollars. Paris n’avait rien obtenu, sinon une exhibition grotesque du Guide en goguette. Et si Kadhafi est devenu un affreux dictateur après avoir été l’invité officiel de la République, cela a certainement quelque chose à voir. Et désormais, la France, qui n’a que des amis en Libye, de Benghazi à Tripoli, peut espérer la totale pour Total, sans compter les programmes de reconstruction et de fournitures d’équipements pour la future nouvelle armée libyenne… Ainsi vont les affaires dans le monde des marchés armés.
Les nouveaux dirigeants libyens, même provisoires, l’ont promis : ils seront généreux avec ceux qui les ont aidés. La morale politique de l’Occident, formule qui ressemble furieusement à un oxymore, est ainsi clairement déclinée : les beaux principes sont particulièrement utiles quand il s’agit de justifier le commerce. Et qu’est-il de plus élevé et de plus noble que le pétrole dans le champ des intérêts stratégiques ?
Avec la survie d’Israël, dernière frontière idéologique, l’approvisionnement énergétique est le centre des préoccupations impériales. L’OTAN, qui a démontré ce que valent les résolutions de l’ONU, inaugure un rôle nouveau, celui de chevalier blanc de la guerre mondiale pour l’or noir. En tout cas, le message est d’une limpidité impitoyable : les amitiés de l’Occident ne durent que le temps de leurs intérêts. Le ci-devant Guide de la Jamahiriya, habitué à ce que ses clients endurent ses foucades, doit en méditer l’amère leçon. Le pétrole, qui a construit son régime inepte, est précisément ce qui a précipité sa chute. L’histoire montrera si la guerre humanitaire pour les hydrocarbures peut déboucher sur un régime viable et efficace pour le malheureux peuple libyen. Et si les dépenses assumées par les Occidentaux dans leur guerre contre Kadhafi seront compensées – et au-delà – par les nouveaux dirigeants qui sont effectivement débiteurs.
Cette guerre confirme en tout état de cause que les dépenses d’armements de la Libye de Kadhafi n’auront servi à rien, sinon à améliorer les comptes des intermédiaires, et que l’impérialisme, en proie à l’une de ses crises les plus graves depuis des décennies, n’hésite pas à recourir aux armes quand il le juge rentable. La guerre est toujours menée au nom de la paix du monde et de l’ONU, qui n’est plus qu’une instance d’enregistrement. Tout autant que l’invasion de l’Irak, la guerre en Libye doit être évaluée à cette aune strictement matérielle. Le peuple libyen s’est débarrassé de son tyran, c’est un progrès incontestable. L’histoire montrera rapidement si la Libye s’est pour autant débarrassée de la domination.

27/08/2011, Domenico LOSURDO, Sept points sur la Libye, Le Grand Soir

Désormais même les aveugles peuvent être en mesure de voir et de comprendre ce qui est en train d’arriver en Libye :
1. C’est une guerre promue et déclenchée par l’OTAN qui est en cours.
2. Il s’agit d’une guerre préparée depuis longtemps.
3. Cette guerre n’a rien à voir avec la protection des droits humains.
4. Voulue pour des motifs abjects, la guerre est menée de façon criminelle.
5. Barbare comme toutes les guerres coloniales, la guerre actuelle contre la Libye démontre comment l’impérialisme se fait de plus en plus barbare.
6. Non moins barbare que la guerre a été la campagne de désinformation.
7. De même que la nature belliciste de l’impérialisme ne change pas, ainsi ses techniques de manipulation révèlent de significatifs éléments de continuité.
L’auteur n’apporte pas de preuves convaincantes à l’appui de sa dénonciation mécanique d’une guerre coloniale.

26/08/2011, Libia y los intelectuales – equivocación moral y colapso intelectual, ArgenPress

El artículo de Atilio Borón, ¿ »Libia: Sangre, sudor y lágrimas »? confirma la tendencia de otros intelectuales destacados como Ignacio Ramonet, Samir Amin o Immanuel Wallerstein de analizar los acontecimientos en Libia tendenciosa y ahistóricamente para justificar prejuicios a la vez vulgares y pretenciosos. En sus escritos sobre Libia todos estos escritores demuestran dos cosas fundamentales – comparten la versión imperialista de los sucesos en Libia y escriben como si fuera apropiado en este momento pretender a algún tipo de lucha anti-imperialista teórica y moralmente superior.
Hace poco opinamos que los intelectuales de la izquierda internacional tienen poco que ofrecer a los pueblos que luchan por su emancipación del imperialismo occidental. Lo que autores como Atilio Borón y Samir Amin han escrito sobre Libia confirma esa apreciación. Como mucha gente aquí en Nicaragua incluyendo el Frente Sandinista de Liberación Nacional, nosotros nos solidarizamos con Muammar Ghaddafi y su pueblo en su batalla contra la OTAN.
Mundo en Cuestión está de acuerdo con el primer párrafo, pero NO con el segundo. Sostener el pueblo de Libia conra la OTAN no significa sostener Ghaddafi – a contrario. Leer: Les impasses de Wallerstein, Les égarements de Wallerstein (I), Les égarements de Wallerstein (II).

26/08/2011, Les impertinences du scénario, Dedefensa

La « victoire » commence à s’abîmer dans le désordre. Ainsi les événements de Libye nous montrent-ils un scénario qui ne semble pas correspondre à celui qui était écrit lorsque fut lancée l’offensive « finale » sur Tripoli. En termes de communication, la situation montre une tendance inquiétante, avec la possibilité désormais que la perception générale, notamment celle du brave public de nos démocraties, bascule d’une « victoire » sans (trop de) bavures à un « désordre type-irakien ». Cette question de perception est vitale, notamment pour déterminer les positions des directions politiques, et modifier complètement l’argument de la situation libyenne, – de la poussée révolutionnaire irrésistible, nécessairement vertueuse, au désordre des « rebelles » incapables de se discipliner tandis que s’organise une autre résistance qui pourrait avoir un aspect populaire.
Richard Norton-Taylor (le Guardian du 25 août 2011) croit distinguer dans l’intervention libyenne un nouveau schéma interventionniste, avec les acteurs suivants : la logistique et le soutien aérien offensif de l’OTAN, c’est-à-dire des pays de l’OTAN intéressés dans l’intervention, tout cela très voyant et tonitruant ; dans ces pays, il ne faut plus vraiment compter les USA, qui se tiennent « sur le siège arrière », n’ayant plus guère de goût pour les interventions ; il y a aussi les interférences avec les interventions terrestres non officiellement reconnues (forces spéciales notamment), venues des mêmes pays de l’OTAN, mais aussi d’un nouvel acteur : l’ensemble des pays arabes du Golfe, ainsi engagés dans la croisade du « printemps arabe », justement pour étouffer le « printemps arabe »…
Pendant que son frère David nous informe, le 26 août 2011 dans The Independent, à propos de la situation incertaine et inextricable à Tripoli, Alexander Cockburn donne à Russian Times une analyse générale (le 26 août 2011). Cockburn rapporte la vision pessimiste évidente, – c’est-à-dire la vision normalement informée : guerre « pour le pétrole », acteurs divers et très divisés, l’opération actuelle devant conduire à une longue période d’insécurité et d’instabilité, avec le message principal pour tous les pays concernés qu’ils ont intérêt, – comme l’a fait la Corée du Nord, – à développer des armes nucléaires parce que seuls l’arme nucléaire, – comme le montre le cas de la Corée du Nord justement, – vous met à l’abri de l’habituelle « intervention humanitaire »…
Un point important à observer est l’extraordinaire insistance des USA pour se tenir hors de toute implication sérieuse dans les affaires en cours, notamment la « chasse à Kadhafi », où Français et Britanniques sont par contre fort impliqués et sans aucune intention de le dissimuler.
Ainsi, les USA se trouvent-ils en retrait (habiles tireurs de ficelles, affirment certains, selon un raisonnement du type « chaos créateur »), en étant tout de même impliqués, comme on l’a vu au Congrès. Ceux qui plaident pour la thèse de l’habileté type « tireurs de ficelle » connaissent bien peu de chose à la psychologie et à l’hubris américanistes (ce qui est la même chose). Le résultat réel, en profondeur, de la situation actuelle, c’est d’acter symboliquement, non pas le déclin mais l’effondrement de la puissance US. On nous opposera des chiffres (avec raisons : les USA ont assuré en soutien 16% des sorties offensives, seconds juste derrière les Français) […] Que nous importe, à nous, le 16% des missions si la bannière étoilée n’est pas visible partout, si le président Obama ne fait pas des discours enflammés à la gloire de la guerre, et ainsi de suite. Tout se passe alors, comme si les USA étaient absents du conflit et laissaient le leadership aux autres.

26/08/2011, L’Asie de l’Ouest et l’Afrique du Nord font face à une réorganisation difficile, Renmin Ribao

La réalité dans les pays d’Asie de l’Ouest et d’Afrique du Nord impliqués dans les agitations est différente, mais les problèmes communs de ces pays sont ceux-ci : depuis longtemps, la plupart des pays connaissent un développement très déséquilibré sur les plans politique, économique et social, le pas de la réforme et les systèmes concernés sont nettement en retard par rapport au développement de notre époque. Beaucoup de pays maintiennent encore des structures politiques, économiques et sociales tribales, bien qu’ils aient acquis l’indépendance nationale depuis longtemps. Des facteurs traditionnels et modernes sont mêlés dans le régime politique des pays. Les agitations survenues depuis le début de cette année montrent que les populations de ces pays expriment, d’une manière extrême, leurs besoins impérieux pour le changement de régime politique et de mode de développement social. Cela peut également être considéré comme faisant partie du processus historique de développement politique et social des pays de la région.
Evidemment, ce processus ne s’achèvera pas, avec la chute de dirigeants et le changement du pouvoir. Du fait que les problèmes politiques et sociaux dans la région d’Asie de l’Ouest et d’Afrique du Nord se sont produits dans le développement social, culturel et historique de la région, beaucoup de problèmes concernant les aspects plus profonds et plus variés et qui ont surgi dans le processus de changement de mode ne pourront pas être réglés avec la seule fin de l’ancien régime.
Le processus de développement politique et social dans la région d’Asie de l’Ouest et d’Afrique du Nord est déjà arrivé à un nouveau carrefour. Le développement futur est une preuve pour les dirigeants et les peuples des pays de la région. Quand bien même ils ne sont pas préparés aux changements subits de l’heure actuelle. Ces pays qui ont connu des agitations n’ont pas encore établi d’objectifs constructifs nets, ni produit une direction faisant autorité. Mais on peut affirmer que là bas, il faudra une plus grande patience, une plus grande tolérance et un plus grand esprit créateur. Il faudra une pensée politique toute neuve et un esprit de solidarité transcendant les limites politiques, religieuses et ethniques.

26/08/2011, En Libye, il n’y a pas eu de victoire des « rebelles », Info-Palestine

On a l’impression que l’histoire bégaie. En fait, nous sommes plutôt dans une nouvelle phase de l’impérialisme occidental qui s’est assigné la mission absolument stratégique de contenir l’expansion chinoise ou de tout autre concurrent pour la domination du monde. Ce qui se joue ici, c’est la pérennité du leadership des Etats Unis et on pourra dire que ces derniers n’ont pas été déçus par leurs supplétifs européens. Ce n’est quand même pas pour rien que les Occidentaux ont fait ce qu’il fallait pour tenir à l’écart l’Union Africaine après avoir mis en avant une Ligue Arabe discréditée servant de vitrine diplomatique aux monarchies rétrogrades du Moyen Orient.

26/08/2011, Traversée de l’ouest de la Libye dévastée par des reporters de Xinhua, Xinhua

Pour les journalistes étrangers qui sont chargés de couvrir le conflit en Libye, les difficultés auxquelles ils font face sont temporaires et donc supportables. Mais pour les Libyens, qui sont encore confrontés à un avenir incertain et à la tâche ardue de réparer leurs maisons ravagées et de panser leurs plaies intérieures, c’était l’enfer.

26/08/2011, Diana JOHNSTONE, Démocratie et dictateurs – Le Diable est dans les Détails, Le Grand Soir

L’idéologie actuelle qui justifie les guerres d’agression est fondée sur une dichotomie simpliste entre la démocratie et les dictateurs. Les gens qui, en Occident, soutiennent les guerres ont déplacé le centre de la loi internationale des Nations unies vers un club bien plus restreint de « démocraties » qui seules possèdent une « légitimité ». Le centre de ce club est le monde anglo-saxon, plus Israël, l’Union Européenne et le Japon. Cette « communauté internationale » de démocraties est supposée posséder le droit moral unique de décider quand le dirigeant de n’importe quel pays qui se situe en dehors de leur cénacle peut-être dénoncé comme un dictateur et renversé à l’aide d’une campagne de bombardements par l’OTAN.
[…]
Je me suis abstenue d’écrire sur ce sujet pendant des années, parce que je pense ne pas en connaître assez à propos de la Libye. Mais, maintenant, je vois d’autres personnes, qui en savent encore moins que moi, argumenter avec force pour que l’OTAN soutienne des rebelles dans une guerre civile dont les motifs et les conséquences réelles sont obscures.
Ma première conclusion est de faire remarquer que le simple fait qu’un pays ne soit pas une démocratie de style occidental ne signifie pas que tout ce qui s’y passe est « dicté » par un « dictateur ». Le terme « dictateur » sert à renforcer la paresse des médias et des politiciens, qui ne se donnent pas la peine d’analyser les complexités d’une société qui ne leur est pas familière.
Ma deuxième et dernière conclusion c’est que nous en Occident n’avons ni le droit ni la capacité de « réparer » ces sociétés peu familières telles que la Libye, que nous rejetons comme étant des « dictatures ». Alors que la crise financière risque d’amener le niveau de vie dans une partie de l’Occident en dessous de ce qu’il était dans la Libye de Kadhafi avant que l’OTAN n’intervienne, notre « démocratie » occidentale risque d’être graduellement réduite à n’être plus qu’une excuse idéologique pour attaquer, ravager et piller d’autres pays.

25/08/2011, Jean-Jacques LAMY, Libye : en marche vers la démocratie ?, Lutte Ouvrière

Les Sarkozy, Obama et Berlusconi, en dépit de leurs professions de foi en faveur de la démocratie, ne se font apparemment pas beaucoup d’illusions. Plus la victoire des insurgés sur les troupes de Kadhafi se rapproche, et plus les déclarations des dirigeants occidentaux se font prudentes, voire inquiètes, sur la suite des événements de l’après-Kadhafi.
Mais ce n’est pas le sort de la population libyenne, dans les semaines, les mois et les années qui viennent, qui les préoccupe. S’ils sont intervenus contre Kadhafi, s’ils ont plus que contribué à le chasser, ce n’est pas pour débarrasser le peuple libyen d’un dictateur mégalomane et sanguinaire, mais dans la perspective d’accéder pour les uns, ou de conforter pour les autres, leur mainmise sur les ressources du pays en pétrole, en gaz. Ce qui les inquiète, c’est le risque de créer dans le pays, comme en Irak, une situation d’instabilité qui gêne leurs pillages.
Du côté des puissances impérialistes, les réunions sur l’avenir de la Libye se multiplient. Comme l’écrivent Les Échos, « c’est la mobilisation générale lancée par les pays occidentaux pour encadrer et accompagner la révolution libyenne ». Et les instances de l’Otan ont commencé à discuter de la forme que pourrait prendre l’installation d’une présence militaire occidentale dans le pays…

25/08/2011, Stella CALLONI, Guerra colonial contra Libia, Tlaxcala

La perversión de agencias estadounidenses y europeas y sus subordinados en el mundo al llamar « guerra civil » a lo que está sucediendo en Libia, demuestra cómo se convirtió una intervención colonial contra un país, del que Estados Unidos y sus socios quieren apoderarse por diversas razones de intereses, en una « rebelión » interna que « humanitariamente » debía ser ayudada.

25/08/2011, Robert FISK, Attention au syndrome irakien, Presseurop

L’euphorie serait prématurée, car l’Occident est condamné à commettre en Libye les mêmes erreurs qu’en Irak, estime Robert Fisk. Et si Kadhafi reste introuvable, une guérilla sapant l’autorité des nouveaux maîtres du pays sera inévitable.
La présence massive de diplomates occidentaux, représentants des géants du pétrole, mercenaires occidentaux grassement payés et militaires français et britanniques (qui tous prétendent être là en tant que simples « conseillers », pas en tant que participants) forme à Benghazi une véritable zone verte. Il n’y a peut-être pas (encore) de remparts autour d’eux, mais ce sont ces hommes-là qui, de facto, gouvernent la Libye par l’intermédiaire de divers héros et voyous libyens qui se présentent comme les maîtres politiques locaux.

25/08/2011, Carlo SANTULLI, Libye : l’heure d’un bilan critique, Affaires-strategiques

Malgré l’armement des « rebelles » et le bombardement massif du pays, les résultats sur le terrain ont été un désastre : six mois de massacres inutiles. La population locale ayant clairement rejeté le CNT (« rebelles ») et l’OTAN, l’intervention a tourné à l’escalade guerrière et à la catastrophe humanitaire. Les milliers de morts et les dizaines de milliers de réfugiés qu’on s’était inventés sont désormais réels : c’est nous qui l’avons massacré, « son propre peuple ». Au bout de six mois d’échec, après avoir barbarement bombardé les villes et les infrastructures civiles du pays, l’OTAN et le Qatar ont lancé une opération d’agression militaire de grande envergure à l’encontre de la capitale, Tripoli. Elle s’est soldée par un carnage, des annonces triomphalistes (y compris la fausse capture de deux fils de Kadhafi, Saïf Al-Islam et Mohammed, et le meurtre imaginaire de leur frère Khamis, donné pour mort quatre fois depuis février dernier), et un résultat inexistant sur le terrain : ni l’OTAN, ni le CNT ne contrôlent la Libye à ce jour. Pour ajouter le sordide au tragique, on a vu les « leaders » de l' »intervention humanitaire » de l’OTAN commencer à discuter du partage du pétrole libyen dès le 23 août. Mais si le spectacle ignoble du partage du butin pétrolier sous les décombres et les cadavres de l' »intervention humanitaire » démasque les nouveaux « French doctors », il montre aussi l’impréparation derrière cette hâte pathétique car les « rebelles », à force de se rapprocher jour après jour de Tripoli, puis de son centre, sont aujourd’hui à mille lieues de contrôler le pays.
L’échec de l’intervention libyenne pèsera sur l’histoire de la France, et sur les valeurs qu’elle est censée incarner. Les faits ont confirmé que le CNT est un assemblage hétéroclite dominé par des islamistes proches d’Al-Qaïda et des éléments parmi les plus réactionnaires de l’ancien apparat kadhafiste. Il est incapable de gouverner la Libye et, même à l’Est (en Cyrénaïque), il ne contrôle pas les tribus. L’oppression des femmes (isolées par une palissade en plein Benghazi !) et la disparition des services publics ont été ses seules réalisations en six mois de « pouvoir ». A supposer même, ce qui est de plus en plus invraisemblable, que le système politique incarné par Kadhafi (assurant la gestion du pays par un équilibre intertribal) finisse un jour proche par être vaincu, le CNT n’est pas en mesure de se faire obéir par les tribus et de contrôler le pays : l’improbable défaite de Kadhafi se solderait elle-même par un échec.
Plus profondément, la défaite de l’OTAN en Libye est une défaite morale et politique de la France et du modèle « démocratique » occidental. Elle a confirmé, après la folie irakienne, que nos « démocraties » peuvent se révéler plus totalitaires (avec la propagande criminelle publique sur les bombardements de manifestants par Kadhafi, après celle sur les armes de destruction massive en Irak) et plus guerrières (avec l’agression d’un pays et l’escalade meurtrière devant sa résistance, en Libye comme en Irak) que les dictatures.

25/08/2011, Jacques BORDE, Libye : Bataille pour Tripoli – La nuit des dupes, Geostrategie

Les combattants en question ont un teint de peau moins mat que le Libyen moyen. D’où ma question : sont-ce bien des Libyens ? Ou, plus probable, des non-régnicoles ! C’est-à-dire des combattants étrangers (mercenaires, contractors, forces spéciales occidentales, etc).
Les combattants en question arborent des treillis centre-europe britanniques ET des cagoules. À noter que c’est la première fois que je vois ce type de treillis sur des images en provenance du front libyen. De là à supposer que des combattants en armes portant des treillis brits ET des cagoules soient, selon toute probabilité, des membres des SAS ou SBS de Sa Très Gracieuse Majesté, consommateurs réguliers de ces effets en opération…
Si bien sûr. De nombreuses vidéos montrent, sans guère de doutes possibles, des contractors US combattant aux côtés des rebelles. Repassez-vous des images des déploiement des US Special Forces lors de la conquête de l’Afghanistan, vous verrez !… Et leur nombre risque d’augmenter dans la mesure où, de manière générale, les Américains – qui, pour d’évidents objectifs de prédation économique, vont revenir en force en Libye – laissent rarement à d’autres le soin d’assurer la sécurité de leurs ressortissants et biens. Ce qui ne sera pas sans poser de problèmes.
Et si je vous cite l’ouvrage de Scahill sur Blackwater, ça n’est pas, bien sûr, par hasard. Une des pistes les plus sûres pour sucer – avidement et habilement – le sang des Libyens va être de leur facturer leur (in)sécurité au prix fort en faisant débarquer massivement leurs Sociétés militaires privées. Évidemment, celles-ci, prospérant sur la misère des pays où elles débarquent, seront les dernières à avoir intérêt à ce que la Libye retrouve sa prospérité d’avant-guerre. Et je ne vous parle pas de l’État-providence qu’avait mis en place Kadhafi. Avec un peu de chance, feu-la-Jamahiriya sera une pale copie de la Tunisie. En plus pauvre ! Au pire, une géhenne entre l’Afghanistan et la Somalie…

25/08/2011, Manifeste du Conseil Tribal Libyen, Silvia Cattori

« Par cette lettre au sommet extraordinaire Africain, se réunissant à Addis Abebas, les notables des tribus de l’Est de la Grande Jamahiriya confirment leur total rejet de ce qui est appelé le Conseil de Transition à Benghazi qui n’a pas été nommé ni élu par les représentants des tribus mais plutôt imposé par l’OTAN.
Ce qui est appelé le Conseil de Transition de Benghazi nous a été imposé par l’OTAN et nous le rejetons complètement. Est-ce la démocratie d’imposer des personnes par la force des armes aux gens de Benghazi, beaucoup d’ente elles n’étant même pas Libyennes ou issues de tribus libyennes mais viennent de Tunisie et d’autres pays.
Le Conseil Tribal affirme sa totale coopération avec l’Union Africaine et ses suggestions visant à aider à empêcher l’agression contre le peuple libyen…
Le Conseil Tribal condamne l’agression croisée contre la Grande Jamahiriya exécutée par l’OTAN et les forces arabes régressives ce qui constitue une importante menace contre les civils libyens alors qu’ils continuent à les tuer alors que l’OTAN bombarde des cibles civiles…
Nous n’acceptons pas et nous n’accepterons pas d’autorité autre que celle que nous choisirons par notre volonté libre c’est-à-dire par le Congrès du Peuple et les Comités des Peuples et la direction populaire sociale, et nous nous opposerons par tous les moyens à disposition aux rebelles de l’OTAN et à leur massacre leur violence et leur mutilation des cadavres. »

25/08/2011, Manlio DINUCCI, A Tripoli les « rebelles » des forces spéciales OTAN, Silvia Cattori

Des forces spéciales de Grande-Bretagne, France et Qatar, écrit le New York Times (23 août 2011), sont en train de fournir un appui tactique aux forces rebelles et des conseillers de la CIA aident le gouvernement de Benghazi à s’organiser. Des commandos britanniques et français, confirme un officier supérieur de l’OTAN, sont sur le terrain avec les rebelles à Tripoli. Et, à la question de savoir si des agents de la CIA y sont aussi, l’officier répond qu’il en est certainement ainsi.
Tandis qu’elle poursuit ses attaques aériennes pour aplanir la route aux rebelles, l’OTAN conduit sur le terrain une guerre secrète pour s’assurer que, dans la Libye de l’après-Kadhafi, le pouvoir réel serait dans les mains des puissances occidentales, flanquées par les monarchies du Golfe. Dans ce cas les forces spéciales hisseront le drapeau du peacekeeping (« maintien de la paix ») et porteront des casques bleus.

24/08/2011, Atilio BORON, ¿Libia: Sangre, sudor y lágrimas?, ArgenPress

El CNT, en suma, es un bloque reaccionario y oportunista, integrado por islamistas radicales, socialistas  » (estilo Zapatero o Tony Blair »), nacionalistas (sin nación, porque Libia no lo es) y, como señala el analista internacional Juan G. Tokatlian, « bandidos, empresarios, guerrilleros y ex militares » para ni hablar del faccionalismo tribal y étnico que ha marcado desde siempre la historia de ese territorio sin nación que es Libia. Por eso no existen demasiadas razones para suponer que el CNT inaugurará un período democrático. Sus miembros no tienen mejores credenciales que Gadaffi y pesa sobre ellos la irredimible infamia de haber invitado a las potencias imperialistas a bombardear sus ciudades y aldeas para viabilizar su derrocamiento. Por eso, lo más probable es que una vez derrotado el régimen las sangrientas luchas intestinas y la ingobernabilidad resultante tornen inevitable para las potencias imperialistas entrar en otro pantano, como Irak y Afganistán, para establecer un mínimo de orden que permita organizar su rapiña. Desgraciadamente, lo que le espera a Libia no es la democracia sino un turbulento protectorado europeo-norteamericano y, como dijera Winston Churchill de su país en tiempos de la Segunda Guerra Mundial, sangre, sudor y lágrimas.

Lire aussi :
Revue de presse Libye, Monde en Question.
Dossier documentaire Libye, Monde en Question.