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Ebriété guerrière


 

Quelques remarques sur le carnage de Paris

1) L’État islamique [EI] est passé à l’offensive : en dix jours, il a abattu un avion de ligne russe, massacré des Hazaras chiites en Afghanistan, fait sauter une bombe dans la banlieue de Beyrouth et maintenant Paris.

2) Les gouvernements occidentaux, les USA et la France en particulier, avec leurs alliés saoudiens, qataris et turcs, sont directement responsables de l’arrivée et de l’expansion de l’EI, à travers leurs politiques en Syrie qui ont choyé et nourri l’EI et ses organisations terroristes sœurs.

3) Il n’existe pas sur terre de moyen d’éliminer la menace que constituent l’EI et les organisations du type Al-Qaïda sans aller à la source, en Arabie saoudite, qui est le QG officiel de l’interprétation terroriste de l’islam [inspirée d’]Ibn Taymiyya.

5) Les gouvernements occidentaux ET les médias sont restés assez cyniquement silencieux au sujet des victimes du terrorisme de l’EI si ces victimes civiles se trouvaient appartenir à la catégorie des « ennemis » des gouvernements occidentaux. Les gouvernements ET les médias – regardez les dépêches du [New York] Times et du [Washington] Post sur la Syrie depuis quatre ans – ont constamment ignoré et même applaudi aux massacres sectaires de civils syriens et libanais s’ils semblaient perpétrés par des adversaires du régime syrien.

6) Exactement comme l’EI et Al-Qaïda ont apporté le terrorisme au cœur de l’Occident, les gouvernements occidentaux ont exporté la mort et la destruction au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : du Mali à la Libye, à l’Egypte, au Soudan, en Somalie, en Irak, au Pakistan, en Afghanistan. Le terrorisme qui a frappé les habitants de ces pays est celui de l’EI et d’Al-Qaïda, celui des bombes, des missiles et des drones des gouvernements occidentaux.

9) Exactement comme des puissances occidentales ont créé et nourri les précurseurs d’Al-Qaïda en Afghanistan, pour vaincre le régime communiste qui s’y trouvait alors, les mêmes puissances ont créé et nourri un cocktail des pires terroristes moyen-orientaux qu’on ait jamais vu en Syrie en espérant qu’ils allaient provoquer la chute du régime.

10) L’histoire du terrorisme de l’EI a commencé, non seulement avec l’invasion de l’Irak et ses répercussions, en 2003, mais également avec la création d’un vaste refuge pour le terrorisme islamiste en Libye. La Libye a été le plus beau cadeau fait au jihadisme terroriste depuis la chute des Talibans.

11) Les USA et la France ont (avec leurs alliés au sein du Conseil de coopération du Golfe) créé la culture du terrorisme dans la région, en créant imprudemment un refuge terroriste en Syrie au nom de la lutte pour « la démocratie et la laïcité » (pour reprendre les mots stupides de John Kerry), en créant de fort discutables distinctions entre les divers terroristes en Syrie, en y passant des alliances avec le Front Al-Nosra et ses filiales.

19) Les gouvernements ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre ; ils ne peuvent pas continuer à soutenir les régimes du Golfe, et à les armer, tout en prétendant lutter contre le terrorisme. [c’est moi qui souligne]

20) Les gouvernements et les médias occidentaux sont responsables de la dénonciation et de la condamnation fort sélective de cette culture : ils se taisent à propos des crimes commis chaque jour à l’encontre de la population civile palestinienne par l’allié clé de l’Occident, l’État israélien terroriste.

26) L’islam des régimes arabes est un islam dangereux et conservateur. Il ne peut pas être changé par les chefs militaires des forces occidentales, mais il peut l’être par les peuples de la région si on les laisse penser et choisir librement [et non imposer la « démocratie » avec des bombes]. Mais ni l’Occident, ni les régimes arabes ne le veulent.

Source : Culture et politique arabes

Ebriété guerrière

Décidée de manière solitaire, sans débat public, sans participation autre que purement décorative du Parlement, dans un alignement médiatique conforme aux habitudes du journalisme de guerre, l’intervention militaire française soulève néanmoins plusieurs questions de fond.

[…]

L’autre question fondamentale tient à la légitimité et à l’efficacité des interventions militaires occidentales par rapport même aux buts qu’elles s’assignent. L’OEI n’est que l’avatar un peu plus sanglant d’un salafisme djihadiste encouragé par le wahabbisme d’Arabie saoudite, une monarchie obscurantiste que les capitales occidentales n’ont cessé de dorloter. Au demeurant, à moins d’imaginer que l’objectif que visent à présent les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, etc., soit simplement de s’assurer que le Proche-Orient et les monarchies obscurantistes du Golfe demeureront un marché dynamique pour leurs industries de l’armement, comment ne pas avoir à l’esprit le bilan proprement calamiteux des dernières expéditions militaires auxquelles Washington, Paris, Londres, etc. ont participé, ou que ces capitales ont appuyées ?

Entre 1980 et 1988, lors de la guerre entre l’Iran et l’Irak, les pays du Golfe et les puissances occidentales ont largement aidé le régime de Saddam Hussein, en espérant ainsi affaiblir l’Iran. Objectif atteint au prix d’un million de victimes. Quinze ans plus tard, en 2003, une coalition emmenée par les États-Unis et le Royaume-Uni (mais sans la France) détruisait l’Irak de Saddam Hussein. Résultat, ce pays, ou ce qu’il en reste, est devenu un allié très proche… de l’Iran. Et plusieurs centaines de milliers de ses habitants ont péri, principalement des suites d’affrontements confessionnels entre sunnites et chiites. Pour que le désastre soit tout à fait complet, l’OEI contrôle une partie du territoire irakien.

Même scénario en 2011 quand, outrepassant le mandat d’une résolution de l’Organisation des Nations unies, les Occidentaux ont provoqué la chute de Mouammar Kadhafi. Ils prétendaient ainsi rétablir la démocratie en Libye, comme si ce souci avait jamais déterminé la conduite de leur politique étrangère dans la région. Aujourd’hui, la Libye n’est plus un pays, mais un territoire où s’affrontent militairement deux gouvernements. Elle sert d’arsenal, de refuge aux groupes terroristes les plus divers, dont l’OEI, et de facteur de déstabilisation régionale.

[…]

Comme toujours, le discours de « guerre » se double d’un dispositif sécuritaire et policier renforcé. On sait à quels excès cela a donné lieu aux États-Unis. En France, il est déjà question de rétablissement des contrôles aux frontières, de déchéances de nationalité et de modification de la Constitution afin, comme vient de l’expliquer le président de la République, de « permettre aux pouvoirs publics d’agir contre le terrorisme de guerre« .

Source : Le Monde diplomatique

Au-dessus de la mêlée

Ces guerres, je le sais, les chefs d’État qui en sont les auteurs criminels n’osent en accepter la responsabilité; chacun s’efforce sournoisement d’en rejeter la charge sur l’adversaire. Et les peuples qui suivent, dociles, se résignent en disant qu’une puissance plus grande que les hommes a tout conduit. On entend, une fois de plus, le refrain séculaire : « Fatalité de la guerre, plus forte que toute volonté » – le vieux refrain des troupeaux, qui font de leur faiblesse un dieu, et qui l’adorent. Les hommes ont inventé le destin, afin de lui attribuer le désordre de l’univers, qu’ils ont pour devoir de gouverner. Point de fatalité! La fatalité, c’est ce que nous voulons. Et c’est aussi, plus souvent, ce que nous ne voulons pas assez. Qu’en ce moment, chacun de nous fasse son mea culpa ! Cette élite intellectuelle, ces Eglises, ces partis ouvriers, n’ont pas voulu la guerre… Soit ! Qu’ont-ils fait pour l’empêcher ? Que font-ils pour l’atténuer ? Ils attisent l’incendie. Chacun y porte son fagot.

Le trait le plus frappant de cette monstrueuse épopée, le fait sans précédent est, dans chacune des nations en guerre, l’unanimité pour la guerre. C’est comme une contagion de fureur meurtrière qui, venue de Tokio il y a dix années, ainsi qu’une grande vague, se propage et parcourt tout le corps de la terre. A cette épidémie, pas un n’a résisté. Plus une pensée libre qui ait réussi à se tenir hors de l’atteinte du fléau. Il semble que sur cette mêlée des peuples, où, quelle qu’en soit l’issue, l’Europe sera mutilée, plane une sorte d’ironie démoniaque. Ce ne sont pas seulement les passions de races, qui lancent aveuglément les millions d’hommes les uns contre les autres, comme des fourmilières, et dont les pays neutres eux-mêmes ressentent le dangereux frisson; c’est la raison, la foi, la poésie, la science, toutes les forces de l’esprit qui sont enrégimentées, et se mettent dans chaque État, à la suite des armées. Dans l’élite de chaque pays, pas un qui ne proclame et ne soit convaincu que la cause de son peuple est la cause de Dieu, la cause de la liberté et du progrès humains. Et je le proclame aussi !…

[…]

Mais les deux puissances morales, dont cette guerre contagieuse a le plus révélé la faiblesse, c’est le christianisme, et c’est le socialisme. Ces apôtres rivaux de l’internationalisme, religieux ou laïque se sont montrés soudain les plus ardents nationalistes.

[…]

Quant à vous, socialistes, qui prétendez, chacun, défendre la liberté contre la tyrannie – Français contre le Kaiser, Allemands contre le tsar – s’agit-il de défendre un despotisme contre un autre despotisme ? Combattez-les tous les deux, et mettez-vous ensemble !

Romain Rolland
15 septembre 1914
Source : Journal de Genève

Lire aussi :
• La stratégie du chaos, il manifesto – Tlaxcala.
• Une histoire de la Françafrique, Polémix et la Voix off.
comment expliquer le terrorisme qui frappe la France ? Outre les actuels facteurs sociaux et économiques, parce que les puissances occidentales ont – depuis des siècles – le pouvoir de faire n’importe-quoi dans le monde entier. Coloniser. Massacrer. Piller. Contrôler. Mettre en place et soutenir des dictatures. Exterminer les oppositions intelligentes et donc laisser la place, voire favoriser les religieux… Exemple : l’Histoire de la France en Afrique est une suite d’horreurs et d’erreurs.
• Le mythe de la « destinée manifeste » des États-Unis, Les Yeux du Monde.
Syrie, Monde en Question.
Dossier documentaire Afghanistan, Monde en Question.
Dossier documentaire Irak, Monde en Question.
Dossier documentaire Libye, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

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Propagande massive pour la guerre



Principes élémentaires de propagande de guerre

 

Les médias dominants classiques (presse, radio et télévision) et modernes (les réseaux Facebook et Twitter) mènent une campagne massive de propagande en faveur de la croisade occidentale contre les musulmans.
Les officines qui opèrent derrière les réseaux sociaux relaient les médias classiques qui relaient les réseaux sociaux. Cette collaboration en boucle rappelle les méthodes bien documentées de la CIA (voir biblio).

Comme lors des croisades du Moyen Âge, la croisade du XXIe siècle fabrique des images pieuses de croisés :


Photographie diffusée sur Facebook et Twitter

et mobilise les enfants dès l’âge de 6 ans :

Pourquoi les terroristes s’en prennent-ils à nous ? L’ont-ils fait pour se venger ?
La France, comme d’autres pays (ex. : les États-Unis), est en guerre contre les terroristes de l’Etat islamique (appelés djihadistes) qui ont pris le contrôle d’une partie de deux pays : la Syrie et l’Irak. Depuis 2014, des avions français ont lancé des bombes en Irak contre ces terroristes. Et depuis quelques semaines, ils en ont lancé contre eux en Syrie. Ils visaient des camps où s’entraînaient peut-être des Français pour commettre ensuite des attentats dans notre pays. Ces terroristes ont décidé de se venger en semant la terreur en France et en tuant des gens. Le groupe Etat islamique a d’ailleurs dit ce samedi que c’est lui qui avait organisé ces attentats. Notre pays avait déjà été attaqué en janvier par des terroristes.
Éditions spéciales pour les enfants

La dictature de l’émotion et du slogan domine tout l’espace communicationnel et médiatique. Quasi plus personne ne raisonne ni n’argumente. Et déferlent des torrents de haine contre les musulmans comme en témoigne une modératrice pour la presse sur Internet :

Cette fois ci les internautes n’ont pas pris leur dix minutes réglementaires pour pleurer les victimes ; ils se sont jetés sur leurs cibles fétiches – les musulman-es – pour les accuser de tous les maux, les sommer de se désolidariser, accuser ceux qui le faisaient d’avoir un double visage. Alors je pleure.
[…]
J’écris parce que je ne comprends pas comment ce merveilleux outil qu’est Internet est devenu ce torrent de boue haineuse racisme, antisémite et islamophobe (il n’est pas que cela mais c’est ce qu’il est là aujourd’hui pour moi).
[…]
Aujourd’hui je lis qu’il faut interdire l’islam en France, fermer définitivement les frontières, traduire la quasi totalité de la classe politique devant un tribunal militaire comme Pétain le fut en son temps, rouvrir Cayenne, organiser des milices, fermer toutes les mosquées, demander un pardon collectif de la part des musulmans, enquêter pour voir si les juifs n’ont pas organisé tout cela. Et je lis des menaces de crimes racistes.
La peur, la colère et leur haine

17/11/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• La CIA (série de cinq émissions), RTS.
• William BLUM, Les Guerres scélérates : les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Parangon, 2004.
• John K. COOLEY, CIA et Jihad, 1950-2001 : contre l’URSS, une désastreuse alliance, Autrement, 2002.
Syrie, Monde en Question.
Dossier documentaire Afghanistan, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

État d’urgence pour intensifier la guerre



Principes élémentaires de propagande de guerre

 

En 1955, le gouvernement de René Coty décréta, pour la première fois en France l’état d’urgence [Loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relatif à l’état d’urgence].
En 2015, , le gouvernement socialiste de François Hollande non seulement recourt à l’état d’urgence, mais pire encore veut le prolonger pendant trois mois.

L’état d’urgence permet aux autorités « d’interdire la circulation des personnes » et d’instituer « des zones de protection ou de sécurité » où le séjour des personnes est réglementé, selon la loi de 1955, qui a instauré cette procédure exceptionnelle au début de la guerre d’Algérie.
[…]
Plusieurs fois mis en œuvre durant la guerre d’Algérie, l’état d’urgence n’a été décrété que deux fois depuis : en 1985, en Nouvelle-Calédonie, lors des affrontements qui avaient alors touché l’archipel, et en 2005, face aux émeutes dans les banlieues, à l’initiative du gouvernement de Dominique de Villepin.
François Hollande veut modifier la loi pour que l’état d’urgence dure trois mois

Dans les deux cas, le gouvernement utilise cet artifice sécuritaire pour mobiliser la population contre le FLN en 1956 et contre les islamistes en 2015 et intensifier la guerre contre l’Algérie en 1956 et la Syrie en 2015.

Il reste à François Hollande à demander le vote des pouvoirs spéciaux, comme Guy Mollet en 1956, et à suivre les bons conseils de Laurent Wauquiez.

16/11/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Syrie, Monde en Question.
Dossier documentaire Algérie, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Revue de presse Attentats Paris



Así amanecía hoy Francia…
Ah, no, espera.
Esto es Siria y a la prensa no le importa.

 

Suivre l’actualité, courir après le vent.
Penser l’actualité, marcher à contre-courant.

14/11/2015, Bachar El Assad sur les attaques terroristes à Paris : la France récolte ce qu’elle a semé

Journaliste : Quelle est votre réaction à ce qui s’est passé hier à Paris ?
Bachar al-Assad : Tout d’abord, nous présentons nos condoléances aux familles françaises qui ont perdu leurs proches hier. Nous sommes les personnes les plus à même de comprendre leur situation car nous avons souffert de ce type de terrorisme durant les 5 dernières années en Syrie.

Et il n’est pas possible de dissocier ce qui s’est passé hier en France de ce qui s’est produit à Beyrouth il y a deux jours, car le terrorisme reste le terrorisme. Il ne faut pas le considérer comme frappant dans des lieux différents, le terrain syrien, le terrain yéménite, le terrain libyen ou le terrain français : en réalité, c’est un seul et même terrain mondial.

Journaliste : Vos services de renseignement ont-ils des informations sur les personnes qui ont commis cette opération terroriste, étaient-ils Syriens ou en relation avec des gens en Syrie ?
Bachar al-Assad : Non, nous n’avons aucune information sur ce qui s’est passé. Mais la question n’est pas de connaître le nom des terroristes ou de savoir d’où ils venaient. Cela fait 3 ans que nous avons averti que de telles choses allaient se produire en Europe. Nous avons dit : ne participez pas à ces événements cataclysmiques en Syrie, car les conséquences de cela s’étendront à toutes les régions du monde.

Malheureusement, les responsables européens n’ont pas accordé d’importance à nos déclarations, mais ils ont pensé que nous les menacions, de même qu’ils n’ont pas tiré les leçons des événements de janvier à Charlie Hebdo.

Leurs déclarations selon lesquelles ils sont contre le terrorisme n’ont aucune valeur. Ils doivent combattre sérieusement le terrorisme, et appliquer les bonnes politiques.

Journaliste : Les services de renseignement français ont-ils demandé l’assistance des vôtres, et êtes-vous prêts à les aider à combattre le terrorisme ?
Bachar al-Assad : La question n’est pas de demander de l’aide. Ils n’ont qu’une chose à faire, c’est d’être sérieux (dans leur lutte contre le terrorisme), et nous serons alors prêts à combattre le terrorisme à leurs côtés. Nous sommes prêts à combattre le terrorisme aux côtés de tout partenaire sérieux dans cette lutte, mais le gouvernement français n’est pas sérieux jusqu’à présent.

Journaliste : Avez-vous un message à adresser au Président Hollande ?
Bachar al-Assad : Agissez dans l’intérêt de votre peuple. La première question que pose tout citoyen français aujourd’hui est celle-ci : est-ce que la politique (extérieure) française de ces cinq dernières années a apporté le moindre bénéfice au peuple français ?

Et de fait, la réponse est non.

Donc ce que je lui demande est d’agir dans l’intérêt du peuple français. Et s’il veut faire cela, il doit changer sa politique.

Journaliste : Quelle est la condition pour que le gouvernement syrien puisse collaborer avec le gouvernement français, ou les services de renseignement syrien avec leurs homologues français ?
Bachar al-Assad : Il n’est pas possible d’envisager une coopération sur le plan du renseignement avant qu’il y aie une coopération politique. Il n’est pas possible d’avoir une coopération des services de renseignement pour la lutte contre le terrorisme tant que la politique française continuera à soutenir le terrorisme. Voilà ce que j’ai appelé le sérieux (dans la lutte contre le terrorisme).

Journaliste : Merci beaucoup.

14/11/2015, Laurent Wauquiez veut ouvrir des « centres d’internement »

La dernière fois que la France a installé sur son sol des centres d’internement remonte à la guerre d’Algérie sous la IVe République. En mars 1956, l’état d’urgence est remplacé par les pleins pouvoirs. Le gouvernement de Guy Mollet est alors autorisé par les députés « à prendre toutes mesures exceptionnelles en vue du rétablissement de l’ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire ».
En métropole, quatre camps accueilleront jusqu’à 5000 internés algériens. En 1957, seules des personnes ayant été frappé d’une condamnation judiciaire préalable pouvaient y être enfermées. L’ordonnance du 7 octobre 1958 lèvera cette restriction en étendant l’assignation à résidence à toutes les « personnes dangereuses pour la sécurité publique en raison de l’aide matérielle, directe ou indirecte, qu’elles apporteraient aux rebelles des départements algériens ».

15/11/2015, François Hollande veut modifier la loi pour que l’état d’urgence dure trois mois

L’état d’urgence permet aux autorités « d’interdire la circulation des personnes » et d’instituer « des zones de protection ou de sécurité » où le séjour des personnes est réglementé, selon la loi de 1955, qui a instauré cette procédure exceptionnelle au début de la guerre d’Algérie.
[…]
Plusieurs fois mis en œuvre durant la guerre d’Algérie, l’état d’urgence n’a été décrété que deux fois depuis : en 1985, en Nouvelle-Calédonie, lors des affrontements qui avaient alors touché l’archipel, et en 2005, face aux émeutes dans les banlieues, à l’initiative du gouvernement de Dominique de Villepin.

14/11/2015, Le gouvernement allemand projette une offensive militaire mondiale

Sous prétexte de « combattre les causes du flot de [réfugiés] », des groupes de réflexion sur la politique de défense et la politique étrangère discutent et préparent de nouvelles interventions militaires de l’armée allemande (Bundeswehr) en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.
[…]
« Des missions militaires allemandes sont planifiées, élargies ou étendues du Mali à l’Irak et jusqu’à l’Afghanistan – à un point que personne n’aurait pu imaginer il y a juste quelques mois, » écrivent ses auteurs. Le gouvernement est actuellement en train d’évaluer « la possibilité d’affecter des avions de reconnaissance Tornado en périphérie du conflit syrien. »
[…]
De plus, le déploiement de la Bundeswehr devait être étendu au Mali et le ministère de la Défense réfléchissait même à une éventuelle mission militaire dans « l’Etat failli de Libye ».
[…]
Des officiers allemands plus éloquents sont allés encore plus loin. Domröse a déjà évoqué d’éventuelles missions en Syrie et en Irak.

15/11/2015, Les attentats de Paris – « Passeport »

Dans le cadre de l’enquête sur les massacres à Paris, un passeport syrien a été retrouvé près de l’un des kamikazes du Stade de France. Après avoir été désigné comme responsable des attentats par le président Hollande, « l’Etat Islamique », a reconnu être à la base de ces actions. Pour l’exécutif français qui avait déclaré vouloir intervenir en Syrie contre l’EI, en réalité contre Bachar El Assad qui « doit partir», il s’agit là d’un indice important devant conforter une opération militaire.
[…]
Concernant les massacres parisiens, il semblerait qu’une des premières préoccupations des terroristes soit d’être identifiés le plus rapidement possible. Cependant ce paradoxe nous étonne à peine. Un papier d’identité, trouvé miraculeusement et désignant l’auteur des attentats venant d’être commis, est devenu un classique. Il s’agit d’un évènement qui se répète, une compulsion de répétition désignant à chaque fois un coupable appartenant à une « mouvance jihadiste ».
[…]
Dans l’affaire Charlie Hebdo, les enquêteurs ont retrouvé la carte d’identité de l’aîné des frères Kouachi dans la voiture abandonnée dans le nord-est de Paris. A partir de ce document, la police s’aperçoit qu’il s’agit d’individus connus des services antiterroristes, des « pionniers du djihadisme français. » La « traque » peut alors commencer. Comment des tueurs, commettant un attentat avec un sang froid et une maîtrise qualifiés de professionnels, peuvent-ils commettre une telle erreur. Ne pas s’encombrer de ses papiers fait pourtant partie de l’abc du simple cambrioleur.

14/11/2015, Èric Lluent, El peligro de ponerse la foto de perfil con el filtro de la bandera francesa

A raíz del atentado de este viernes en París, Facebook ha impulsado un filtro opcional para todos los usuarios de la red. En esta ocasión, el filtro pretende solidarizarse con las víctimas del atentado convirtiendo tu foto de perfil en una imagen que funde la original con los colores de la bandera de Francia. Por supuesto, minuto tras minuto los usuarios van utilizando la herramienta, llevados por el choque emocional que suponen los ataques en la capital francesa. Es evidente (aunque no creo que sea deseable) que en el mundo hay muertos de primera y muertos de segunda, incluso de tercera y cuarta. Es hasta cierto punto entendible que a un ciudadano europeo le aflija más un atentado en París que otro en Beirut.
[…]
Utilizar el filtro de Facebook para solidarizarse con las víctimas de los atentados en París es apoyar una visión del mundo en la que sólo preocupan las muertes de ciudadanos occidentales.

14/11/2015, Carlos Aznárez, ¿El horror en París es diferente al de Siria, Iraq, Palestina y El Líbano?

Con esas y otras actitudes similares dejan al descubierto que junto con los asesinos de un yihadismo que no representa de ninguna manera al Islam, ellos -los Hollande, Sarkozy, Rajoy, Merkel y quienes los auspician desde el Pentágono, son los principales responsables de estas acciones bárbaras. Las han alimentado persiguiendo hasta el cansancio a los musulmanes de la periferia de Paris y las diversas ciudades francesas, negándole el uso de recintos para hacer sus oraciones o generando allanamientos en las mezquitas donde era común practicar pacíficamente su derecho al rezo. Allí están como ejemplo esas leyes que prohíben desde 2011 el uso del velo y también la pollera islámica y la burka en los espacios públicos, no obligando de la misma manera a ciudadanos franceses que comulgan con el judaísmo.

Segregando al mundo islámico y exhibiéndolo ante la sociedad francesa como « el enemigo », de la misma manera que Israel hace con los palestinos desde hace más de seis décadas. No es misterio para nadie y menos para los devaluados Servicios de Inteligencia francesa, que muchos de los humillados, desempleados y perseguidos por leyes draconianas y racistas que habitaban en la « Banlieue » parisina, fueron cooptados primero por el Frente Al Nusra y luego directamente por el ISIS para que sean parte de la experiencia de sembrar el terror en Siria e Iraq y lo más paradójico es que salieron desde el territorio francés en numerosas ocasiones con el visto bueno de un gobierno que los sintió como sus « soldados de avanzada ».

Lire aussi :
Syrie, Monde en Question.
Dossier documentaire Afghanistan, Monde en Question.
Dossier documentaire Irak, Monde en Question.
Dossier documentaire Libye, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

L’Occident ne peut combattre le jihadisme en soutenant ses parrains !


 

Depuis plusieurs années, j’ai pu comprendre, étayer et documenter le fait que les réseaux jihadistes sont non seulement des ennemis mortels des peuples à travers le monde, mais qu’ils sont aussi des forces clandestinement utilisées par les États occidentaux et leurs alliés du golfe Persique dans la satisfaction d’intérêts profonds inavouables. En mars dernier, dans un important article intitulé « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », Nafeez Ahmed avait résumé cette instrumentalisation récurrente de milices jihadistes par les principales puissances de l’OTAN et leurs partenaires afin de déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye puis la Syrie. Comme l’a souligné le journaliste Marc de Miramon dans L’Humanité en juillet 2015, « pour Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, la guerre de civilisation et celle contre le terrorisme brandies par le gouvernement [français] comme par l’opposition de droite constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l’alliance militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du djihad. » Dans le contexte de cette interview, Alain Chouet désignait les pétromonarchies wahhabites, essentiellement l’Arabie saoudite et le Qatar, auxquelles la France vend des armements sophistiqués malgré leur soutien notoire aux principaux réseaux jihadistes – et pas seulement en Syrie. Soulignons-le : Monsieur Chouet est un ancien officier de renseignement qui a travaillé de nombreuses années en tant que chef du contre-terrorisme à la DGSE, les services secrets extérieurs français. Cet homme plus que tout autre sait de quoi il parle lorsqu’il affirme que nos « alliés » du Golfe sont « les parrains financiers du djihad ». Ainsi, son constat est aussi alarmant que révoltant en ce funeste 13-Novembre, dans notre France déjà meurtrie par les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge.

En janvier 2015, à la suite de ces attentats abominables, j’avais écrit dans un élan de rage et de tristesse que « notre actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ouvertement soutenu en décembre 2012 le Front al-Nosra – c’est-à-dire la branche syrienne d’al-Qaïda. [À cette époque, cette organisation incluait Daech, ces deux factions s’étant séparées en avril 2013]. (…) Selon les informations du journal Le Monde, « la décision des États-Unis de placer Jabhat Al-Nosra, un groupe djihadiste combattant aux côtés des rebelles, sur leur liste des organisations terroristes, a été vivement critiquée par des soutiens de l’opposition [en Syrie]. M. Fabius a ainsi estimé, mercredi, que « tous les Arabes étaient vent debout » contre la position américaine, « parce que, sur le terrain, ils font un bon boulot ». « C’était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne », a ajouté le ministre. (…) Plus grave encore : en août 2014, le journal Le Monde a révélé que le Président Hollande avait ordonné aux services spéciaux français de livrer clandestinement des armes de guerre à des rebelles « modérés » en Syrie – ce qui est contraire à la Charte des Nations Unies [et à l’embargo sur les armes alors en vigueur]. Malheureusement, il s’est avéré [que, selon le Canard Enchaîné du 21 janvier 2015, la plupart] des armements livrés par les services français sont – d’une manière ou d’une autre – tombés entre les mains de groupes jihadistes, qui se réjouissent aujourd’hui de la vague d’attentats qui déstabilise la France en profondeur. » Et l’État français n’est pas le seul fautif dans ce fiasco syrien. Selon l’expert Joshua Landis, « entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie [depuis 2011] sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ».

À partir de l’année 2014, deux parlementaires de l’opposition ont successivement dénoncé le rôle trouble des services spéciaux français dans ce conflit, l’un d’entre eux ayant même déclaré en juin 2015 sur La Chaîne Parlementaire que « la France soutient al-Qaïda en Syrie ». En effet, d’après le député Claude Goasguen, « la France [appuie] des rebelles syriens, qui sont soi-disant des rebelles démocrates. (…) Qui a récupéré les rebelles syriens démocrates ? [Le Front] al-Nosra. Qu’est-ce que c’est qu’al-Nosra, al-Nosra c’est pas al-Qaïda ? (…) [C]ertains rebelles ont été récupérés par al-Qaïda avec des armes françaises[.] (…) Monsieur [le député (PS) Olivier Dussopt], nous continuons à fournir des armes à al-Nosra, par l’intermédiaire des rebelles syriens ! Je le dis, je l’ai dit à Monsieur le Drian en Commission de la Défense, je l’ai dit à Monsieur Fabius, comme tous les autres députés [sic]. Il va falloir éclairer tout ça ! L’attitude de la France en Syrie n’est pas nette ! » Comme je l’avais souligné à l’époque, ces révélations fracassantes du député Goasguen ont été quasiment ignorées par les médias français. J’avais également relevé le fait que ce « député LR accus[ait] l’actuel gouvernement de soutenir al-Qaïda en Syrie (Front al-Nosra), alors que la majorité précédente, dont il est issu, s’était accommodée du fait qu’al-Qaïda en Libye (GICL) [L’Express] avait été intégrée aux opérations de l’OTAN ! Voila à quel niveau notre État s’est abaissé, depuis quelques années, dans sa « post-politique arabe de la France ». Néanmoins, même en cas de changement de majorité, le prochain gouvernement continuera certainement de vendre des armements sophistiqués au Qatar et à l’Arabie saoudite – qui restent les principaux soutiens du jihadisme à travers le monde. » [LibérationChallenges]

Plus globalement, depuis le 11-Septembre, les intérêts profonds évoqués au début de cet article représentent un nombre inestimable de milliards de dollars de bénéfices pour différentes entreprises privées, principalement générés par la soi-disant « guerre contre le terrorisme ». Financées à perte par les contribuables occidentaux [Courrier international], ces interventions militaires catastrophiques et meurtrières ont engendré d’immenses profits pour les multinationales impliquées dans ce désastre mondial [Peter Dale Scott] – tout en déstabilisant le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie centrale au point que les groupes extrémistes qui y sévissent aujourd’hui semblent inarrêtables. La catastrophe qu’a constitué jusqu’à présent cette soi-disant « guerre contre le terrorisme » est sans précédent : elle aurait tué au moins 1,3 millions de civils rien qu’en Irak et en « AfPak » depuis 2001 [iTélé], les foyers jihadistes se sont multipliés à travers le monde, et tant Daech qu’al-Qaïda semblent plus menaçants, fanatiques et enracinés que jamais. Affirmons-le clairement : dans le monde occidental, ce fléau jihadiste justifie des guerres à la légalité, à l’efficacité et à la légitimité douteuses, tout en accélérant un basculement autoritaire de nos États – ce qui s’est notamment traduit en France par la dangereuse « loi Renseignement ». À l’heure où j’écris ces lignes, le Président Hollande vient de décréter l’état d’urgence national, et nul doute qu’un durcissement sécuritaire majeur est en vue – sans parler d’une escalade militaire qui aggravera certainement ces conflits trop lointains et complexes pour que les citoyens s’y opposent. Au vu de l’échec retentissant de la « guerre globale contre le terrorisme », il serait peut-être temps de réfléchir collectivement à son utilité, au lieu de céder à la tentation de répondre à la violence par la violence.

Néanmoins, ces guerres auto-génératrices [Dedefensa] ne doivent plus masquer une réalité aussi cruelle que scandaleuse : depuis la fin des années 1970, des puissances occidentales majeures et leurs alliés du Golfe ont soutenu l’essor des principaux réseaux islamistes à travers le monde [Middle East], que ce soit de manière directe ou non selon les circonstances et les acteurs concernés. En octobre 2015, après qu’une parlementaire états-unienne ait dénoncé sur CNN le soutien d’al-Qaïda par la CIA pour renverser Bachar el-Assad [Maxime Chaix], un ancien officier de la CIA spécialisé dans le contreterrorisme m’a confirmé la collaboration de l’Agence avec cette nébuleuse terroriste pour faire tomber le gouvernement syrien [Maxime Chaix]. Récemment, j’ai étudié en profondeur l’implication massive et clandestine des services spéciaux occidentaux et moyen-orientaux dans le soutien de réseaux jihadistes combattant le régime el-Assad, dont la branche « syrienne » d’al-Qaïda [Maxime Chaix]. Insistons sur ce point : cet engagement clandestin de l’Agence et de ses alliés contre le gouvernement syrien implique militairement la France. En effet, en la comparant à la guerre secrète de la CIA en Afghanistan, l’éditorialiste du Point Michel Colomès a récemment écrit que les « Américains et [les] Français, depuis l’entrée de la Russie dans la guerre syrienne, fournissent des armes à des islamistes réputés fréquentables. Ils ont la mémoire courte ». D’autres « islamistes réputés fréquentables » qui seraient revenus de Syrie sont-ils à l’origine de ces terribles attentats du 13-Novembre ? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, mais il est clair que ces terroristes ont agi de façon coordonnée selon un mode opératoire clairement militarisé et jihadiste – deux, voire trois kamikazes ayant actionné leurs bombes devant notre Stade de France, symbole de l’unité, de la liesse populaire et du rassemblement.

Dans notre pays meurtri par ce funeste 13-Novembre, le fait que le gouvernement français soutienne des jihadistes à l’étranger, et qu’il commerce sereinement avec leurs principaux parrains étatiques est grave, dangereux et inacceptable [Courrier international] ! Aucune raison d’État, aucun intérêt supérieur, aucun impératif économique, diplomatique ou géopolitique ne peuvent le justifier. Ce constat doit susciter la mobilisation générale de tous les citoyens français. Nous devons faire pression sur notre gouvernement afin qu’il cesse d’armer et de soutenir les États qui répandent le fléau jihadiste à travers le monde depuis des décennies, au premier rang desquels l’Arabie saoudite et le Qatar. En effet, comme l’avait déclaré Alain Chouet dans l’interview citée au début de cet article, « ce que nous appelons salafisme, en arabe, cela s’appelle wahhabisme. Et là nous sommes à contre-emploi de manière systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire, puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc., nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène terroriste. »

Mes chers compatriotes, je vous remercie d’envoyer massivement cet article au Président de notre République, à nos élus et à votre entourage, puisque l’État français et ses alliés occidentaux ne peuvent combattre le fléau jihadiste en soutenant ses parrains du golfe Persique. Ils ne pourront pas non plus lutter efficacement contre le terrorisme s’ils appuient clandestinement des réseaux islamistes pour renverser des gouvernements étrangers, comme en Libye puis en Syrie. Mobilisons-nous pour mettre en échec ces politiques profondes dangereuses et inacceptables !

Maxime Chaix
Source : MondialisationDedensa.

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Le prix de la croisade


 

Depuis le 8ème siècle, la France monarchiste et chrétienne puis républicaine et laïque, fait la guerre contre les musulmans.

Lors des croisades (1095-1291), la France participa à la conquête de la Palestine, la Jordanie, le Liban et la Syrie. Cette guerre sainte visait à détruire par le feu et par le sang les populations locales qui avaient le tort de vivre sur des terres que l’Occident chrétien revendiquaient comme siennes.
Ainsi furent détruites Jérusalem et Damas, villes saintes pour les chrétiens. Les croisés ne contentèrent pas, le 15 juillet 1099, de conquérir Jérusalem, mais ils massacrèrent tous les musulmans et brulèrent les juifs dans leurs synagogues au nom de la civilisation.
À l’inverse, Saladin, le barbare arabo-musulman, permit aux chrétiens, après la prise de Jérusalem le 2 octobre 1187, de quitter la ville et de regagner la côte sains et saufs avec une partie de leurs biens.

Depuis 2001, la France (de l’extrême-droite à l’extrême-gauche) participe à la croisade occidentale contre les musulmans, baptisés islamistes et donc terroristes par la propagande. Les croisés catho-laïques, à la mode Charlie, bombardent courageusement à plus de dix mille mètres d’altitude les populations d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, de Syrie, qui ont le tort de vivre sous une dictature soutenue par les mêmes gouvernements qui la combattent aujourd’hui.
La guerre au sol, plus dangereuse, est sous-traitée avec des mercenaires de tous bords y compris avec des groupes terroristes financés, armés et entrainés par ceux qui prétendent les combattre (voir les articles sur la guerre contre Afghanistan). Sans oublier le double jeu de l’Arabie saoudite, « grande démocratie » du Moyen-Orient et alliée indéfectible des États-Unis depuis le pacte du Quincy scellé entre le président Franklin Roosevelt et le roi Ibn Saoud en 1945.

Plus personne ne sait qui est qui, qui fait quoi avec qui ou contre qui. Cette confusion est non seulement voulue par les décideurs de la nouvelle croisade, mais elle est entretenue par une extrême-gauche déliquescente qui reprend à son compte le concept de « terrorisme islamo-fasciste » forgé en 1990 par le journaliste Malise Ruthven consultant du Middle Eastern affairs.

Je partage en partie la position de CAPJPO-EuroPalestine :

Notre association CAPJPO-EuroPalestine condamne les actes de barbarie commis par les terroristes qui se revendiquent de Daesh [selon la police], et partage l’émotion et la tristesse des proches des 128 victimes de ces tueries ignobles, ainsi que des centaines de femmes et hommes blessés durant les massacres de vendredi soir.
Et elle s’élève contre les déclarations et la politique d’un gouvernement qui loin de protéger la population, l’expose au risque de nouveaux attentats.
En effet, on ne voit pas comment les mesures de type uniquement « sécuritaires » pourraient représenter une protection efficace. Il est impossible de surveiller tout le monde partout. Plus de police, plus de caméras, n’arrêteront pas des tueurs déterminés.
Ne pas s’attaquer aux causes, c’est à dire à la propagande sur le « choc des civilisations » et aux menées guerrières de la France contre des pays et des populations qui ne nous ont jamais agressés, est dramatique.
Comment imaginer qu’il était possible de bombarder impunément l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie ?
De quel droit la France y est-elle intervenue militairement ?
Bombardements, qui ont fait, ne l’oublions pas, des milliers de victimes innocentes, dont des femmes et des enfants.
Les « victimes innocentes » n’ont pas l’air d’émouvoir François Hollande, quand elles ne sont pas françaises ?
Comment éviter que des individus s’identifiant aux victimes ou étant des proches de celles-ci deviennent des kamikazes ? Et qu’ils se laissent « manipuler » , « embrigader » dans des groupes souvent armés et financés, dans un premier temps, par les dirigeants occidentaux qui veulent renverser tel ou tel gouvernement, qui n’a pas l’heur de leur plaire ? Parce que ce sont des dictateurs ? Mais alors pourquoi entretient-on d’aussi bonnes relations avec d’autres dictatures, en Arabie Saoudite, en Egypte ou en Afrique ?
Le gouvernement français ne répond à aucune de ces questions fondamentales. Et il ne faut pas compter sur les journalistes des principaux médias pour les lui poser.
Pourquoi ne parle-t-on pas de la manière dont ces groupes terroristes sont nés ? Qui les a armés ? Qui les a financés ? Ni du fait qu’ils ont repris à leur compte la logique de la propagande occidentale sur le « choc des civilisations » avec ses concepts de « supériorité des civilisations judéo-chrétiennes » et de « peuple élu », mais en l’inversant et en proclamant qu’il fallait éliminer tous ceux qui ne se rangeaient pas derrière leur bannière et leur pratique religieuse ?
Oui, cela fait froid dans le dos. Mais tout autant que le fait d’entendre sur France 2 ce samedi matin un ancien policier des services d’intervention urgente évoquer les « conseils » qu’Israël pourra donner en matière de lutte contre des kamikazes !
Sachant que toute la population israélienne est sur le pied de guerre depuis des décennies et que la technologie de répression la plus sophistiquée n’a pu permettre à Israël de venir à bout des attentats, on a de quoi s’inquiéter ! Israël refuse de s’attaquer à la racine du mal, l’occupation et la colonisation de la Palestine, et sa population ainsi prise en otage par ses dirigeants, continuera à en payer le prix.
Comme nous risquons de payer toujours plus cher le terrorisme de nos Etats.
On nous appelle maintenant à « l’unité nationale ». Derrière qui ?
Ceux qui entretiennent le racisme dans notre pays ? Ceux qui criminalisent la solidarité envers les migrants ? Ceux qui font défiler des bourreaux et des tortionnaires d’enfants, au premier rang de manifestations en faveur de la liberté d’expression ?
Hollande vient de dire : « Les Français vont devoir faire des sacrifices ».
Lesquels ? Plus de police, plus d’armée, plus de « champs d’opérations extérieurs », moins d’éducation, de santé et de retraites ? Souvenons-nous de la phrase de Jean Jaurès : « le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage ».
Et rendons hommage aux victimes de la terreur à Paris vendredi, en évitant qu’il y en ait davantage, en faisant en sorte que des mots tels que « Liberté, Egalité, Fraternité » prennent tout leur sens. [il faut lire cette devise telle qu’elle s’inscrit aux frontons des monuments publics pour qu’elle prenne tout son sens : Liberté point Égalité point Fraternité point]

14/11/2015 13h à México
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

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Ça faisait longtemps que Charlie Hebdo ne faisait plus rire


 

Le fait que les journalistes de Charlie Hebdo abusent de la liberté d’expression pour faire la propagande d’un racisme politiquement correct ne justifie en aucune manière leur assassinat.

Les médias dominants, ainsi que les plumitifs de l’extrême gauche à l’extrême droite, n’ont pas attendu de connaître les faits pour qualifier ce crime d’attentat et l’attribuer à des islamistes. Depuis 2001, les adeptes du « choc des civilisations » mènent une croisade contre le « terrorisme islamique » en pratiquant l’amalgame selon les principes de la propagande nazie.

L’appel à l’Union sacrée révèle la démagogie de politiciens déboussolés. La mobilisation orchestrée illustre la volonté d’entretenir la peur en faisant des musulmans les responsables de tous les maux de notre société comme les juifs le furent par la propagande nazie.

À qui profite le crime ? Certainement pas aux auteurs présumés et encore moins aux français musulmans victimes de l’islamophobie. Ce crime profite à ceux qui, en France et dans le monde, attise la haine de l’autre pour prôner une nouvelle Reconquista.

08/01/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Ça faisait longtemps que Charlie Hebdo ne faisait plus rire, aujourd’hui il fait pleurer, Quartiers libres.
• Douze morts dans un attentat terroriste contre Charlie Hebdo à Paris : Que s’est-il réellement passé ?, Mondialisation.
• Qui a commandité l’attentat contre Charlie Hebdo ?, Mondialisation.
• De quoi le Djihad est-il le nom ?, Survie.
Articles Charlie Hebdo, Monde en Question.
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.

Permis de tuer


On tue beaucoup dans le monde de l’après-11-Septembre. Al-Qaida et les djihadistes tuent, et sont tués. Les Américains et leurs alliés tuent, et sont tués. Afghans et Irakiens, morts par dizaines de milliers ces dernières années, sont les premiers à pâtir de ces affrontements. On tue avec un kamikaze solitaire ou une armée de 100 000 hommes. On tue au grand jour, et on tue dans l’ombre.

Al-Qaida a décrété que sa mission était de tuer « juifs et croisés », de libérer la planète des « infidèles ». Un permis de tuer a été délivré à tout « bon musulman » souhaitant participer au combat.

Face aux djihadistes, des pays sont partis en guerre. Les États-Unis, attaqués sur leur sol en 2001, ont pris la tête de la lutte antidjihadiste. Avec un soutien international initialement unanime, contre Al-Qaida et les talibans afghans, puis de façon de plus en plus contestée, en Irak et aujourd’hui en Afghanistan.

On découvre que, dans cette guerre, Washington a délivré un permis de tuer à des hommes qui ne sont ni soldats, ni policiers, ni en aucune manière agents au service de l’État. La CIA a autorisé, par contrat, une société de mercenaires, Blackwater USA, à tuer des djihadistes. L’une des questions posées est simple : qui a le droit de tuer, au nom de l’Amérique ?

Blackwater est une firme militaire privée créée par un ex-commando des Navy Seals, Erik Prince. L’homme appartient à la mouvance des faucons républicains et des chrétiens conservateurs et revendique l’idée d’une « croisade » américaine et chrétienne contre l’islam. Devenu milliardaire grâce à la « guerre contre le terrorisme », M. Prince s’est hissé, sans aucune fonction officielle, jusqu’aux niveaux supérieurs du pouvoir à Washington, signant des contrats secrets pour des « opérations noires » connues des seuls Bush, Cheney, Rumsfeld et chefs des services de renseignements. M. Prince et les « soldats » de Blackwater sont devenus l’un des bras armés de l’Amérique en guerre. Des privés rémunérés partageant la même idéologie que leurs commanditaires.

Si ce programme secret a été interrompu, l’attitude de l’administration Obama à l’égard de Blackwater et d’autres sociétés militaires n’est pas encore claire. Des contrats ont été signés en 2009 pour la protection de diplomates et de chefs militaires américains.

Les autres démocraties occidentales, alliées des États-Unis, sont silencieuses. De même qu’elles s’étaient tues sur la sous-traitance de la torture, elles se taisent sur la sous-traitance de l’assassinat.

Beaucoup de valeurs ont été bafouées et beaucoup de repères perdus depuis le 11-Septembre, et le recours à des mercenaires est certes un phénomène aussi ancien que l’histoire des guerres. Il faudra pourtant réaffirmer un jour qui, dans une guerre, a le droit de tuer l’ennemi. La mythique Licence to Kill, généralement réservée à des agents secrets et à des soldats en mission, peut-elle être confiée à des tueurs à gages, pour une poignée de dollars ?

Rémy Ourdan
27/08/2009
Le Monde

Lire aussi :
• 14/08/2009, SCAHILL Jeremy, Blackwater Still Armed in Iraq, The Nation
• 20/08/2009, SCAHILL Jeremy, Blackwater: CIA Assassins?, The Nation
• 26/08/2009, SCAHILL Jeremy, Flushing Blackwater, The Nation
• Autres articles sur Blackwater, The Nation
• Blackwater, WikipédiaWikipedia
• SCAHILL Jeremy, Wikipedia
• SCAHILL Jeremy, Blackwater – L’ascension de l’armée privée la plus puissante du monde, Actes Sud, 2008 [Revue historique des arméesSite]
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Irak, Monde en Question

CIA et Jihad


Un documentaire de François-Xavier Trégan et Yassine Bouzar – Rediffusion de l’émission du 16 février 2009.

La fermeture programmée de Guantanamo scelle un scandale mais soulève, dans son sillage, des questions difficiles. Celles, notamment, de l’accueil et de la « réacclimatation » de ceux des détenus qui seront libérés. Après la décision du président Obama, la plupart des pays susceptibles de les recevoir affichaient leur hésitation tandis que le Pentagone indiquait que, sur cinq cent vingt détenus déjà transférés puis libérés à l’époque Bush, soixante-et-un étaient soupçonnés d’avoir repris le jihad à leur sortie.

L’itinéraire qu’affiche le yéménite Naser al Bahri, 36 ans, se veut tout différent. Il a été façonné par les jihad en Bosnie, en Somalie, au Tadjikistan, en Afghanistan enfin, où il préfère les talibans à Massoud. C’est à Jalalabad qu’il rencontre Oussama Ben Laden dont il deviendra le garde du corps. Ben Laden lui explique la guerre qu’il vient de déclarer aux Etats-Unis : « Abu Jandal, tu dois comprendre mon combat » lui murmure celui que Jandal appellera désormais le Cheikh. Débute une formation de sept mois dans les camps d’entrainement. Mais le Yéménite est plus assidu aux lectures qu’au maniement des armes à feu. Le responsable d’Al Qaida évolue lui-même au milieu d’une bibliothèque de « 3000 ouvrages », précise Nasser…. de quoi nourrir les discussions, et forger la confiance. Abu Jandal le garde du corps, le chargé des relations publiques, intègre le centre névralgique du mouvement. Aujourd’hui encore il répète les yeux fermés chaque mot du serment d’allégeance prêté devant l’Emir neuf ans plus tôt, la Baïa.

En fait, Abu Jandal n’est d’aucune des grandes opérations terroristes. A l’été 2000, il est fait prisonnier à Sanaa. Trois agents du FBI tentent de le faire parler après le 11 septembre 2001. Mais le Yémen préfère le libérer 21 mois plus tard en échange d’une totale renonciation à la violence armée. L’homme signe le document. Il moque dorénavant les opportunistes qui « au Yémen, à coup de feuilles de qat et de cassettes vidéo, vendent aux plus démunis et aux plus ignorants le sacrifice en Iraq ou en Afghanistan ». Ses critiques ne lui attirent pas que des sympathies dans les milieux islamistes de la capitale, qui le taxent « d’infidèle ». Au point de le cantonner à la sphère étroite d’un appartement situé à quelques pas de l’Ambassade américaine. Sans travail, le jihadiste pointe tous les mois au poste de police.

Il consacre tout son temps à la création d’un centre de réflexion dédié au jihadisme. Avec comme perspective affichée de remettre dans le « droit chemin » tous ces égarés croisés sur les terrains de guerre, les paumés venus du monde musulman et d’Europe, aveuglément embrigadés.

Les autorités yéménites soutiennent discrètement le principe de son centre baptisé « Al Jiâl » (« générations »), un laboratoire des expériences passées et à venir, annoncé pour le début de cette année. Mais pas question pour les officiels d’y mettre un seul riyal, de peur de crisper l’ami américain ou d’être démenti par l’avenir.

Sur les docks, France CultureRSS Podcast

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.

Guerre sans fin de l’Afghanistan au Pakistan


La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est loin d’être assurée face au scepticisme croissant des démocrates à propos de cette guerre, à la fois ruineuse et incertaine. D’où les contradictions entre ses déclarations et celles du commandant des forces américaines en Afghanistan alors que les cadavres des civils afghans s’accumulent :

La Maison Blanche a déclaré lundi que la stratégie de Barack Obama en Afghanistan était « gagnante ».
« La stratégie du président n’a pas encore été totalement mise en oeuvre. Mais nous croyons réellement qu’avec notre statégie, avec les moyens que nous déployons sur le terrain, nous allons être capables d’atteindre les objectifs que nous essayons d’atteindre ».
Cette déclaration contraste avec les propos du général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan.
Ce dernier, qui doit présenter prochainement un rapport d’évaluation sur le conflit, a déclaré dans un entretien au site internet du Wall Street Journal que la résurgence de la guérilla islamiste imposait un changement de tactique aux forces étrangères.
Romandie News

Dans une interview au Wall Street Journal, le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan, estime que les talibans ont pris le dessus sur les troupes de la coalition. Selon lui, cela devrait forcer les États-Unis à modifier leur stratégie sur le terrain, en déployant notamment plus de troupes à Kandahar.
Courrier international

La manchette du Wall Street Journal, lundi 10 août, ne laissait pas place au doute : « Les Talibans sont en train de gagner. » Elle résumait fidèlement les propos que le général Stanley McChrystal, commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan, avait tenus dans son quartier général-bunker de Kaboul aux journalistes du quotidien américain.
Le Monde

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan est très proche de celle de l’armée française en Algérie :

L’objectif consiste à se concentrer d’abord sur la population afghane et ses besoins, et ensuite seulement à chasser les talibans.
« On tente de séparer les talibans de la population ordinaire, et ça provoque des combats avec les insurgés. On veut les repousser dans des zones moins peuplées, ce qui permettra ensuite de lancer des projets de développement et de reconstruction dans les villages. »
Maintenant, lors d’une opération militaire, les soldats restent sur place après les combats et la déroute des talibans. L’armée tente alors de créer une bulle de protection autour du village pour que les projets de développement et de reconstruction voient le jour. Auparavant, les forces se retiraient après l’opération militaire, faute de soldats en nombre suffisant pour rester sur place. Les militaires devaient aller chasser les insurgés dans un autre village.
Armees

La stratégie de Barack Obama d’étendre la guerre au Pakistan n’est pas avouée publiquement, mais se déroule implacablement sur le terrain :

Une nouvelle attaque de drone américain sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan a tué mardi au moins 10 rebelles, selon des responsables locaux […] Le drone a tiré plusieurs missiles sur un camp d’entraînement rebelle présumé dans le village montagneux et reculé de Kanniguram, selon plusieurs responsables pakistanais de sécurité.
AFP-Google

Les États-Unis multiplient les frappes sur le Pakistan. Plusieurs missiles tirés à partir d’un drone auraient fait ainsi dix nouvelles victimes hier, présentées comme des combattants talibans pakistanais. Une allégation bien difficile à confirmer alors que plusieurs autres attaques du même type se sont soldées par la mort de civils.
l’Humanité

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est présentée par les médias dominants comme légitime puisqu’elle viserait à chasser les Talibans (des terroristes islamistes), à reconstruire le pays (détruit par qui ?) et à imposer par les armes un « gouvernement démocratique » (comme dans les colonies africaines).

Le lecture religieuse des conflits en Afghanistan, pratiquée en Occident, est d’autant plus absurde que la population est à 99% musulmane – sunnites (81%) et chiites (19% les Hazaras). On a diabolisé les Talibans pour justifier la guerre, en omettant de dire que tous les combattants afghans contre l’occupation russe étaient des moudjahidines – des combattants du jihâd – et que les Talibans ont pris le pouvoir en 1996 grâce aux divisions entre les principaux « chefs islamistes » : Gulbuddin Hekmatyar (Pachtoune), Ahmad Shah Massoud (Tadjik) et Rachid Dostum (Ouzbek).

Depuis 2001, l’Empire américain ne parvient pas à atteindre les objectifs publiquement affichés. L’occupation militaire et les bombardements de la population civile ont détruit l’économie du pays et ont imposé un gouvernement corrompu par le trafic de la drogue (le frère du président Karzai et le frère du commandant Massoud sont largement impliqués) et ne contrôlant que la capitale.

On oublie que l’Afghanistan a été au cœur d’un échiquier géostratégique entre la sphère d’influence britannique (l’Empire des Indes) et la sphère d’influence russe (l’Iran). C’est pour avoir cherché à assurer son indépendance, à l’origine par les jeux diplomatiques, que le pays s’est ainsi retrouvé à trois reprises en guerre contre le Royaume-Uni (1839-1842, 1878-1880 et 1919). En 1893, l’Empire britannique a fixé autoritairement la frontière (la ligne Durand) entre son Empire des Indes et l’Afghanistan, séparant ainsi l’ethnie pachtoune en deux.

L’imbrication des deux pays [Afghanistan et Pakistan] est donc évidente. Elle l’est encore plus si on prend en compte un élément largement oublié et occulté par le côté islamiste du mouvement taliban : son unité ethnique. Les Talibans sont des Pachtounes et leur objectif n’est peut-être pas de prendre le pouvoir à Islamabad, mais de réunir dans un État taliban les Pachtouns des deux pays séparés par la colonisation britannique. Car dans des frontières artificielles, une fois de plus, se trouve l’origine d’un mouvement qui n’est pas, loin s’en faut, que religieux.
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Le conflit d’aujourd’hui est donc en fait un conflit frontalier issu de la colonisation puis de la décolonisation et transformé par le contexte actuel de l’islamisme taliban.
C’est la ligne Durand qui coupe les territoires pachtounes entre l’Afghanistan et le Pakistan depuis 1893 qui est à la base d’un conflit majeur entre les deux pays. En effet, les territoires pachtounes sont divisés alors par un officier britannique en 1893 pour 100 ans entre l’Afghanistan et le Pakistan qui était une colonie de sa très gracieuse majesté britannique, impératrice des Indes. Mais le Pakistan indépendant n’a jamais accepté le retour de « ses » Pachtounes à l’Afghanistan même pas à la date technique de rétrocession, soit 1993. Ces Pachtouns pakistanais peuplent des zones où depuis toujours l’État pakistanais n’exerce qu’un contrôle distant, laissant aux autorités coutumières un grand pouvoir. C’est dans ces territoires que se sont naturellement consolidés à partir de 2003 divers groupes talibans pakistanais dont l’emprise s’étend donc aujourd’hui à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) voisine, où se trouvent Swat et Buner. C’est dans ces mêmes zones tribales qu’auparavant, à l’automne 2001, s’étaient réfugiés les Talibans afghans chassés du pouvoir par l’offensive américaine postérieure aux attentats du 11 septembre.
Le Reporter

Alors que le commandement américain s’enlise en Afghanistan, les tentatives de dialogue avec certains Talibans, qualifiés de « modérés » (qui sont-ils ?), s’avèrent une propagande illusoire :

Karzai ne semble pas être l’homme des négociations si on rappelle que, pour sa réélection, le président afghan a choisi comme potentiels vice-présidents, deux anciens chefs de guerre ayant combattu les talibans dans les années 1990, Mohammad Qasim Fahim et Karim Khalili. Il est également allié au chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostom, accusé d’avoir tué des milliers de combattants talibans, y compris en massacrant ceux qui s’étaient rendus après l’invasion américaine de la fin de 2001. De plus, qu’est-ce qui pousserait aujourd’hui les talibans à négocier ? Sont-ils en position de faiblesse ? C’est loin d’être le cas puisque ces derniers continuent à opérer normalement depuis le Pakistan. Ils s’en tiendront donc à leur première requête, défendue depuis 2001 : pas de négociation sans départ préalable des quelque 100 000 soldats étrangers déployés dans le pays pour soutenir le gouvernement. «Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai», a déclaré l’un des porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP.
La Tribune Online

Quand Le Monde dit «Les forces étrangères mènent depuis plusieurs mois de nombreuses opérations dans la province afin de chasser les talibans de leurs bastions et de permettre aux habitants de voter.», cela revient justifier la guerre contre les Pachtounes des deux côtés de la frontière tracée par l’Empire britannique… en 1893.

Serge LEFORT
13/08/2009