Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: 1492-2001

L’âge d’or des cartes marines


Parmi les trésors de la Bibliothèque nationale de France, figurent des documents scientifiques d’exception dont la contemplation renvoie spontanément aux légendaires Grandes découvertes [L’histoire des « Grandes découvertes » est aussi celle de la colonisation européenne du monde].
Il s’agit des cartes marines enluminées sur parchemin, souvent rehaussées d’or, appelées couramment « cartes portulans », de l’italien portolano (livre d’instructions nautiques). Ces cartes donnent la succession des ports le long des côtes, tandis que l’espace maritime est sillonné par des lignes qui correspondent aux directions de la boussole. Ce système graphique permettait aux marins de s’orienter et de faire le point, en reportant sur la carte la distance qu’ils estimaient avoir parcourue.

L’âge d’or des cartes marines – Quand l’Europe découvrait le monde
Exposition 23 octobre 2012 – 27 janvier 2013
BNFExposition virtuelleCatalogue

Lire aussi :
• En des mers inconnues – Autour de l’exposition « L’âge d’or des cartes marines », Tout un mondemp3. Beaucoup de liens en bas de page.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.

Revue des podcasts Haïti


Haïti, de la 1ère république noire à nos jours – Résistances, mémoire et oubli, Citéphilo

Haïti a ouvert deux pistes pour l’avenir du commun de l’humanité : celle de la première république noire (1804) face à l’ordre esclavagiste ; celle d’une pratique radicale de l’émancipation, qui interroge le lien de subordination et le travail salarié. Pour autant, cette contribution à un universel concret s’est accompagnée, dans la société haïtienne elle-même, d’une tension récurrente entre mémoire des origines et oubli, entre résistances et mythologies. Les ressources de la littérature et des sciences humaines sont mobilisées dans cette table ronde pour explorer la diversité des stratégies de vie et la voie étroite de sortie du despotisme issues de ces tensions. L’usage par les élites d’un mythe fondateur pérennise-t-il les inégalités sociales ? Le rôle transversal du religieux entraîne-t-il une sortie du politique ?

Citéphilo est un événement annuel organisé par l’association PhiloLille. Cette année, du 05 au 28 novembre 2010, retrouvez plus de 100 conférences, avec en invitée, La Caraïbe [Archives Audio et Vidéo].

Lire aussi :
• L’actualité des podcasts
DKPOD
Tous les podcasts
RSS One
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Haïti, Monde en Question.

Amérique latine 1492-1992


Avec les navigateurs espagnols et portugais de la fin du XVème siècle commence l’occidentalisation du monde et de l’Amérique en particulier. À cet égard, l’Amérique latine est sans doute l’espace qui a vécu un des processus d’occidentalisation les plus violents et les plus irréversibles par le biais de la christianisation.

C’est pourquoi de nombreuses questions surgissent aujourd’hui autour du sens à attribuer à l’événement de longue durée lié à la date symbolique du 12 octobre 1492, jour de l’arrivée de la caravelle de Colomb au large d’une île [Haïti] qu’il croyait être les Indes [plus précisément la Chine]. Était-ce une découverte comme l’affirment certains ? D’autres, au contraire, se demandent comment on peut découvrir ce qui existait déjà : des cultures indigènes très développées qui, de fait, ont été recouvertes par l’Occident chrétien. Mais n’est-ce pas un euphémisme d’utiliser ce terme quand, en réalité, il y eut plutôt un choc d’une violence extrême et la destruction des sociétés indiennes ?

Jean-Pierre BASTIA, Amérique latine 1492-1992 – Conquête, résistance et émancipation, Labor et Fides, 1991 [BooksGoogle].

Lire aussi :
• BASTIA Jean-Pierre, Université de StrasbourgRevistas del Colegio de MéxicoScientific Commons.
• COVO-MAURICE Jacqueline, Quel Cinquième centenaire ? – Les ambiguïtés d’une commémoration, Matériaux pour l’histoire de notre temps, 1992.
• DUMONT Juliette, Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine.
– Histoire précoloniale et moderne de l’Amérique latine, Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine.
– L’Amérique latine de la Conquête à nos jours, Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine.
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Haïti, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Mexique, Monde en Question.

La France en 1500



du 6 octobre 2010 au 10 janvier 2011

L’exposition « France 1500, entre Moyen Âge et Renaissance » explore un moment de rencontres artistiques et d’effervescence créatrice sans précédent en France, et pourtant encore souvent méconnu. Il s’agit de la première manifestation d’envergure consacrée à la période charnière constituée par les règnes de Charles VIII (1483-1498) et de Louis XII (1498-1515), dominée par la personnalité d’Anne de Bretagne, épouse successivement de ces deux rois.

Époque de reprise économique, de croissance démographique, d’ambitions territoriales avec les fameuses guerres d’Italie, et d’un développement culturel placé sous le signe de l’humanisme, ce fut surtout un temps d’épanouissement comme de contrastes sur le plan artistique. Néanmoins ces mouvements restent souvent ignorés, à tel point que la plupart des ouvrages consacrés à l’art européen de la période ne mentionnent pas ou peu la France.

Exposition Paris
Galeries nationales du Grand Palais

Le « Moyen Âge », période de l’histoire occidentale qui commencerait en 395 (naissance des Empires d’Orient et d’Occident) et finirait en 1492 (fin de la Reconquista contre les musulmans et début de la Conquista des « Indes » en fait l’Amérique), fut nommé ainsi par les intellectuels de la Renaissance.

L’usage du terme « Moyen Âge » était alors polémique car il s’agissait d’annuler la chute de l’Empire romain en renouant les liens soi-disant perdus avec LA civilisation gréco-latine du fait de la « barbarie musulmane ». Ce retour aux sources a un côté réactionnaire car, en tentant d’effacer les apports de la civilisation musulmane, il s’agissait de d’imposer au monde la civilisation européenne – son modèle économique, politique, social et idéologique – comme universelle [1].

La « Renaissance » est un terme polysémique qui fut appliqué rétroactivement (autour de 1840) à cette période de l’histoire occidentale. Il ne s’appliquait à l’époque qu’au mouvement artistique italien. Les intellectuels de l’époque se nommaient humanistes c’est-à-dire érudits en rhétorique latine et grecque.

Le paradoxe est que cet ancrage idéologique dans le passé s’accompagna d’un changement de représentation du monde lié au développement des techniques (imprimerie, horloge mécanique, cartographie, boussole et sextant), des échanges commerciaux et des grandes découvertes, qui permirent la colonisation économique, politique et religieuse de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie.

07/12/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• La France en 1500, 2000 ans d’HistoireFrance Inter.
• Exposition France 1500, France Inter.
• LE FUR Didier, Le royaume de France en 1500, Réunion Musées Nationaux, 2010.
C’est un temps mal connu parce que longtemps délaissé par les historiens. Pourtant, c’est dans ces années 1500, sous le règne de Charles VIII puis de Louis XII, que la France, redevenue prospère et ambitieuse, put oublier la guerre et les épidémies qui l’avaient ravagée pendant plus de cent ans. Tout en affichant la volonté de structurer un sentiment national puissant, ces monarques rêvèrent d’empire, et imaginèrent conquérir l’Italie. Ce rêve n’aboutit jamais, mais leur ambition sut donner un nouveau visage à la France : elle entrait dans ce qui allait s’appeler la Renaissance.
• BOUCHERON Patrick (sous la direction de), Histoire du monde au XVe siècle, Fayard, 2009 Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.


[1] Lire sur l’universalisme européen :
• JULLIEN François, De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, Fayard, 2008 Monde en Question.
• WALLERSTEIN Immanuel, L’universalisme européen : de la colonisation au droit d’ingérence, Démopolis, 2008 Monde en Question.

Haïti occupé par l'humanitaire militaire


Des corps décharnés sur des paillasses, des êtres humains gisant par terre et mourant du choléra, des hommes, des femmes, portant sur leur dos le corps malade de leur enfant ou de leur compagnon : les images qui parviennent d’Haïti suscitent la compassion, mais plus encore l’indignation.

La catastrophe humaine que connaît aujourd’hui Haïti était une catastrophe annoncée. Elle est la deuxième en cette année, dix mois après le tremblement de terre qui a dévasté le pays et sa capitale, faisant plus de deux cent mille victimes.

Devant l’émotion internationale que cela a suscitée, les dirigeants des grandes puissantes avaient juré la main sur le cœur qu’ils aideraient à reconstruire le pays. De Clinton à Sarkozy, ils ont fait un petit tour sur l’île dévastée pour promettre de l’argent, les yeux fixés sur les caméras. Une fois passée cette émotion, on a remballé les caméras et on a laissé la population, une des plus pauvres de la planète, seule face aux conséquences du tremblement de terre.

Les milliards promis sont restés des promesses. Et les médecins et infirmières des ONG, débordés face au choléra, ont beau implorer : il n’y a pas assez de personnel soignant, il n’y a pas assez de lieux pour soigner, et il n’y a pas de moyens de transport pour permettre aux malades d’atteindre rapidement les centres de soins. Il n’y a même pas assez d’argent pour des médicaments qui ne coûtent pas trop cher. Si le choléra tue vite, c’est aussi une maladie facile à soigner, il continue pourtant à tuer.

Lutte Ouvrière

Les puissances occidentales sont responsables de ces morts en particulier les États-Unis, qui ont profité du séisme pour occuper l’île, et les humanitaires, qui accompagnent les militaires, sont complices [1].

France Culture a organisé une journée politiquement correct sur Haïti. Ainsi, la revue de presse internationale était animée par Pierre Godson non seulement parce qu’il est journaliste et éditeur de l’agence en ligne AlterPresse mais surtout parce qu’il est noir. En bon chien de garde il a consacré l’essentiel de sa revue de presse aux élections en Haïti… [2]

28/11/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Articles Haïti, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Haïti, Monde en Question.
• Articles Colonialisme Humanitaire, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire – Colonialisme humanitaire, Monde en Question.


[1] Serge LEFORT, L’armée américaine occupe Haïti, Monde en Question.
[2] Revue de presse internationale de Godson Pierre, Revue de presse internationale.
Autres émissions :
• Une journée à Port-au-Prince, France Culture.
• La relation au monde caraïbe, Les Enjeux internationaux [voir les liens en bas de page].
• Une moitié d’île : le rapport à la République dominicaine, Les Enjeux internationaux.
• L’aide internationale : entre nécessité et dépendance, Les Enjeux internationaux.
• L’ONU en Haïti : de l’ingérence à la MINUSTAH, Les Enjeux internationaux.
• Haïti entre les États-Unis et la France, Les Enjeux internationaux.
• Haïti (1/5) : « Punta Cana – les Abricots : un rêve de paradis », Sur les docks [rediffusion].
• Haïti (2/5) : « Dajabon, une frontière pour deux », Sur les docks [rediffusion].
• Haïti (3/5) : « Les Frères de Saint-Jacques dans la tourmente », Sur les docks [rediffusion].
• Haïti (4/5) : « Welcome Gentils Yankees ! », Sur les docks [rediffusion].
• Haïti (5/5) – « Haïtiens : être ou ne pas être ? », Sur les docks [rediffusion].
• 24 heures en Haïti, Les Nouveaux chemins de la connaissance [voir la bibliographie en bas de page].
• Emission spéciale Haïti, Questions d’époque.
• Thème Amérique, France Culture.

Propagande coloniale


La Fabrique de l’Histoire a diffusé la semaine dernière quatre épisodes consacrés à l’Histoire du monde en 1510 [1]. Cette émission « fabrique » c’est-à-dire manipule l’histoire pour nous convaincre que la colonisation aurait été positive. Elle le fut certes pour l’Europe, qui accumula ainsi le capital nécessaire à sa croissance, mais certainement pas pour les peuples non seulement d’Amérique, mais aussi d’Afrique et d’Asie.

Au cours du premier épisode (42’45 » à 43’19 »), une intervenante prétend que les peuples autochtones d’Amérique seraient morts d’une simple grippe [2] ! Elle passe sous silence les massacres, le travail forcé, l’esclavage qui furent le lot commun de la colonisation des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie.

Au cours du troisième épisode, l’animateur pratique la novlangue politiquement correct. Il utilise à plusieurs reprises le verbe « sécuriser » pour dire « protéger militairement la colonisation commerciale ».

22/11/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.


[1] Histoire du monde en 1510, La Fabrique de l’Histoire 1/42/43/44/4.
[2] La même propagande fut utilisée à rebours à propos du virus de la grippe A/H1N1 qui serait venu du Mexique pour envahir l’Europe ! Lire : Revue de presse Grippe A/H1N1 2009 et Revue de presse Grippe A/H1N1 2010.

Controverse de Valladolid


La conquête coloniale des Amériques par les monarchies catholiques d’Espagne et du Portugal fut l’acte fondateur de la barbarie européenne et, par extension, de la barbarie occidentale qui s’autoproclame LA civilisation et se prétend LE modèle indépassable pour les peuples colonisés des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie.

Bartolomé de Las Casas fut un colonialiste version humanitaire – un Bernard Kouchner du XVIe siècle [1]. Son œuvre, intéressante rétrospectivement alors qu’elle fut interdite de publication jusqu’au XIXe siècle, n’eut aucun impact sur la colonisation qui se poursuivit imperturbablement. Elle est instrumentalisée aujourd’hui pour minimiser le crime contre l’humanité perpétré par la monarchie catholique.

On n’a pas attendu le XX° siècle et la fin des empires coloniaux pour que dès le début de la conquête de l’Amérique, un évêque qui y avait participé, Bartolomé de Las Casas, dénonce les crimes des conquistadors dans ce qu’on appelait encore les Indes. C’était en 1550, dans la vieille cité castillane de Valladolid où Charles Quint avait réuni les plus grands philosophes et théologiens de l’époque pour discuter de la légitimité de l’immense empire construit par les Espagnols en Amérique, 58 ans après sa découverte par Christophe Colomb en 1492.
2000 ans d’Histoire

Au Mexique, la hiérarchie catholique vénère Bartolomé de Las Casas comme un saint ; la gauche et l’extrême gauche, aussi débiles qu’en France, l’honorent en passant sous silence que, s’il critiqua les « excès » des colons, son objectif était concilier évangélisation et colonisation (maintenir en vie les colonisés pour les évangéliser) et que ses propriétés de terres indigènes lui rapportaient 100.000 castellanos par an – une petite fortune à l’époque.

12/11/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Controverse de Valladolid, Académie d’ Aix-MarseilleWikipédia.
• Bartolomé de Las Casas, Wikipédia.

• Bartolomé de LAS CASAS, La controverse entre Las Casas et Sepúlveda [introduit, traduit et annoté par Nestor Capdevila et précédé de Impérialisme, empire et destruction], Vrin, 2007 [BooksGoogleAcadémie de ParisErytheis].
La controverse entre Las Casas et Sepúlveda (1550-1551), connue sous le nom de controverse de Valladolid, est une interrogation des fondements de l’impérialisme européen qui le fait apparaître à ses propres yeux comme une entreprise civilisatrice ou génocidaire. Ce débat rigoureusement fondé sur les principes universalistes de la révélation et du droit naturel est un conflit politique pour une nouvelle détermination de l’empire rendue nécessaire par la « découverte » du Nouveau Monde et sa conquête. Sepúlveda légitime cette guerre en revendiquant pour l’Espagne, en tant que peuple chrétien et rationnel, un droit a priori sur l’Amérique et ses habitants idolâtres et barbares. Las Casas condamne toute la conquête en niant la barbarie des peuples indiens et en leur reconnaissant la souveraineté. Ce qui aux yeux de Sepúlveda est un usage légitime de la force au service de la foi et de la civilisation est pour Las Casas un sacrifice humain inavouable et occulté par la victoire du « faux » christianisme sur le « vrai ».

• CAPDEVILA Nestor, Las Casas et la tolérance, Fondation Ostad ElahiColloque L’invention de la tolérance, 08/09/2007.
Las Casas est un catholique orthodoxe qui combat l’infidélité en Amérique comme en Espagne. Son objectif a toujours été de supprimer l’idolâtrie des Indiens, de les convertir et de les soumettre à l’autorité impériale de Charles Quint. La condamnation de la conquête de l’Amérique (« la destruction des Indes ») l’amène ainsi à défendre les droits des peuples indiens (la souveraineté et la propriété). Il reconnaît également aux païens le droit et même le devoir de défendre leur religion. L’autre face de ses projets de colonisation et de conversion pacifiques est une rationalisation hétérodoxe de l’idolâtrie, et en particulier du sacrifice humain, dans le langage de l’orthodoxie catholique. La tolérance est chez lui cette contradiction rigoureusement argumentée par laquelle il défend ce qu’il combat et qui lui impose de fonder la soumission et la conversion des Indiens sur leur accord parfaitement libre.

• CARRIÈRE Jean-Claude, La controverse de Valladolid, Belfond, 1992 et Pocket, 1999 [Fiches de lectureIterevaWebLettresWikipédia].
• VERHAEGHE Jean-Daniel, La controverse de Valladolid, 1992 [TV5].

Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire – Colonialisme humanitaire, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Mexique, Monde en Question.


[1] Le colonialisme humanitaire, Monde en Question.

 

L’humanitaire s’engraisse à Haïti


Six mois après qu’un tremblement de terre a détruit une grande partie d’Haïti et fait plus de 300.000 morts, il n’y a eu guère de changement pour les survivants. Malgré les promesses faites par les Nations Unies et les grandes puissances, en particulier les Etats-Unis, très peu d’aide est parvenue à Haïti.

Lire la traduction de l’article « Suffering and struggle: Six months after the Haitian earthquake » publié par WSW. Le même site avait traduit l’article « Haiti and the Aid Racket – How NGOs are Profiting Off a Grave Situation » (Haïti et le racket de l’aide humanitaire – Comment les ONG tirent profit d’une tragédie) publié par Counter Punch.

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire – Colonialisme humanitaire, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Haïti, Monde en Question.

中國 zhōng guó Pays du milieu


Que savons nous de la Chine ? Rien, pratiquement rien. Le volume d’informations quotidiennes est inversement proportionnel à l’importance de ce pays. Yahoo! Actualité est un bon indicateur. En temps ordinaire, ce site publie moins de 5 dépêches par jour, qui sont reprises en boucle par tous les médias dominants. Mais dès que le dalaï-lama s’exprime, les médias dominants se prosternent aux pieds de sa Sainteté, la 14e réincarnation d’une divinité tibétaine, pour recueillir sa parole en copiant-collant les dépêches d’agences [1].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la Chine ne fut pas et n’est pas un objet de connaissance, mais de convoitise des puissances occidentales. Christophe Colomb mourut sans savoir qu’il avait découvert l’Amérique car il croyait avoir trouvé le chemin le plus court pour conquérir Cathay, nom donné à la Chine par Marco Polo [2].
La colonisation de la Chine fut donc retardée et finalement réalisée par d’autres puissances occidentales, principalement l’Angleterre et la France entre 1839 et 1949, avec une brutalité non moins raffinée que celles des Conquistadores espagnols. Les chercheurs anglo-saxons, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle [3]. Il ne faut jamais oublier cette barbarie quand les mêmes puissances occidentales prétendent donner des leçons de démocratie à la Chine.

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que, pour commencer, nous lui attribuons un nom qui n’est pas le sien. 中國 en chinois, transcrit zhōng guó en pinyin, se traduit par « pays du milieu » et non par « empire du milieu » comme on le fait couramment, y compris dans Wikipédia qui comporte beaucoup d’autres erreurs dont l’usage du terme « sinogramme » au lieu de « caractère chinois » [4].
L’usage de l’expression volontairement fautive « empire du milieu », qui induit l’idée de domination voire d’assujettissement, était le lieu commun des colonisateurs et est resté le lieu commun de la propagande des médias dominants.
Pays s’écrit 國 en graphie classique et 国 en graphie simplifiée. 國 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos), 口 kǒu (bouche), 一 yī (le chiffre un) et 戈 gē (lance / hallebarde). 国 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos) et 玉 yù (jade). Ainsi, le mot pays évoque, en graphie classique, un espace délimité par une frontière, protégé par une force militaire et administré efficacement et, en graphie simplifiée, un espace délimité par une frontière et précieux comme le jade [5].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la majorité des sinologues français, plus encore les prétendus tels, ont conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la philosophie occidentale. C’est le cas des contributions de La pensée en Chine aujourd’hui [6] et notamment celle de Joël Thoraval qui annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que les médias dominants simplifient à l’extrême comme toujours et surtout parce qu’ils sont unanimes à relayer les idéologies les plus réactionnaires. Conformément à un processus classique d’évolution, les petits maîtres à penser, hier pro-chinois parce que disciples béats du grand timonier, sont aujourd’hui anti-chinois parce que prosélytes zélés du consensus néo-libéral droite-gauche [7]. La réalité chinoise est beaucoup plus complexe, mais qui s’en soucie ?

20/02/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Dictionnaire chinois français – français chinois en caractères simplifiés, Chine nouvelle.
• L’étude des caractères classiques permet de comprendre les subtilités de la langue et donc de la pensée chinoise. Ces deux livres, de lecture facile, constituent une excellente introduction :

– FAZZIOLI Edoardo, Caractères chinois – Du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, Flammarion, 1987 et 1993.
– JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 [DjohiZénith FM].
Dossier documentaire & Bibliographie Chine Tibet Xinjiang, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Cyrille JAVARY, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question.


[1] Les médias droite-gauche de la France catho-laïque se complaisent à encenser le dalaï lama, qui est leur héros contre la Chine. Il est vrai que, à l’heure où la démocratie s’exporte à coups de missiles contre le peuple afghan, il est logique que le chef religieux d’un secte puisse incarner à la fois une divinité tibétaine et la démocratie occidentale.


Dalaï Lama, sculpture d’Eugenio Merino

Et l’im-Monde récite son catéchisme : «le traitement réservé à cet homme en Europe et aux Etats-Unis est un marqueur de l’attachement que les Occidentaux éprouvent encore à l’égard des droits de l’homme». Le respect des droits de l’homme, invoqué contre les anciennes colonies, n’est qu’un discours néo-colonial… sans effets.
[2] Le terme grandes découvertes masque la réalité du projet colonial de la Monarchie catholique. La Conquista des Amériques commença en 1492 c’est-à-dire l’année où s’achevait la Reconquista chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique. La colonisation se traduisit par le vol des terres, le pillage des richesses, le massacre des résistants, l’esclavage et la conversion des survivants, l’imposition des mœurs et coutumes occidentales notamment vestimentaires.
[3] Un bon résumé par Michel TIBON-CORNILLOT : Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa et La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
[4] Le terme sinogramme ne fut pas inventé par Delphine Weulersse et Nicolas Lyssenko beaucoup le répète par copier-coller. C’est une appellation typiquement coloniale :

En France, il était déjà en usage au XIXe siècle : on le trouve employé, par exemple, dans un article d’Alexandre Ular, Notes sur la littérature en Chine. Il était également utilisé par les auteurs anglo-saxons : ainsi George Ripley et Charles A. Dana dans The New American Cyclopaedia: A Popular Dictionary of General Knowledge, dont l’édition fut entreprise dès 1858. Le premier usage attesté le serait en 1830, en langue latine : « sinogrammatum. » Cette année-là, l’abbé Janelli Cataldo publia un ouvrage dont le titre est : Tabulae Rosettanae Hieroglyphicae et Centuriae Sinogrammatum polygraphicorum interpretatio per Lexeographiam Temuricosemiticam (Neapoli Typis Regiis).
Wikipédia

Pour la petite histoire, Delphine Weulersse est une religieuse chrétienne orthodoxe que les éditions du Cerf présentent ainsi :

Après une licence de russe et un doctorat de chinois en Sorbonne, une année d’étude à l’université de Pékin et quatre au Japon, Delphine Weulersse, mariée et mère de trois enfants, a enseigné la langue et la littérature chinoises classiques pendant près de trente ans à l’université de Paris-VII. […] En 1993, à la suite d’une conversion fulgurante, elle devient orthodoxe au monastère russe de Bussy-en-Othe où elle fera sa profession monastique en 2002 sous le nom d’Anastasia.

Quant à Nicolas Lyssenko, il a auto-édité avec Delphine Weulersse en 1986 une Méthode programmée du chinois moderne.
[5] 國, Wiktionary – 国, Wiktionary. Étymologie de 國, Chine nouvelle et JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 p.277 à 279.
Usages du caractère 國 à partir d’une recherche dans Google.
[6] CHENG Anne (sous la direction de), La pensée en Chine aujourd’hui, Folio Gallimard, 2007.
[7] HOCQUENGHEM Guy, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary, Agone, 1986 et 2003.

L’Occident malade de l’Occident


BULARD Martine et DION Jack, L’Occident malade de l’Occident, Fayard, 2009 [Blog de Malakinel’HumanitéMarianne].

L’Occident se vit aujourd’hui comme une citadelle assiégée. Miné de l’intérieur par une crise systémique, donc durable, voyant son leadership de plus en plus contesté, il se sent assailli par une multitude d’«ennemis» extérieurs. Vu à travers le prisme occidentalo-centriste, le monde se résume à un éternel affrontement entre «eux» — les Chinois, les Russes, les Arabo-musulmans… — et «nous». Singulière réécriture du passé, singulière lecture du présent.

L’élite oublie que l’Occident ne représente qu’une partie de l’humanité et que d’autres puissances, anciennes ou nouvelles, sont en droit de revendiquer une place sur l’échiquier mondial. Elle omet de rappeler que la domination occidentale n’a pas toujours existé. Elle ignore les échanges perpétuels entre civilisations, entre cultures, entre peuples, qui ont bâti les fondements d’une humaine civilisation dont personne ne peut revendiquer le monopole.

À travers un vaste panorama des événements internationaux de ces dernières années – de la crise géorgienne d’août 2008 à l’élection de M. Barack Obama, en passant par le retour de la France dans le giron de l’OTAN -, Martine Bulard et Jack Dion prennent à contre-pied le discours dominant. Au lieu de s’arc-bouter sur des mythes qui ont disparu avec le XXe siècle, il est temps, selon eux, de prendre acte de la nouvelle donne planétaire et de définir un nouvel universalisme. Car de quoi l’Occident est-il malade, sinon de lui-même ?

Le Monde diplomatique qui, comme l’éditeur, ne dit pas que Martine Bulard fut aussi rédactrice en chef de l’Humanité-Dimanche pendant dix ans.

Il m’est difficile de critiquer un livre dont je n’ai lu que l’introduction. Néanmoins, me dérangent le ton journalistique de l’ouvrage, qui brasse beaucoup de faits sans idée directrice, et surtout le manque de perspective historique. Focalisée sur l’actualité de la crise financière de septembre 2008, l’auteur oublie de la situer dans le temps long des cycles économiques.

Post-américain ou pas, le monde ne sera plus le même. On peut même dire qu’un bouleversement planétaire est en train de s’opérer. Quatre siècles durant, du XVIe au XXe siècle, les Européens ont imposé leur domination. Puis la fin du XXe siècle a été marquée par la toute puissance de l’empire américain, lequel pouvait alors rêver d’un univers redessiné selon ses codes, ses mœurs, ses valeurs, ses rites.

Cette période est révolue. Une nouvelle commence, symbolisée à la fois par la fin brutale de la contre-révolution néo-conservatrice et l’amorce de déclin des Etats-Unis, malgré la volonté de Barack Obama de redonner sa place perdue à l’Amérique.

Beaucoup d’analystes évoquent le basculement du monde. Comme 1492 est la date symbolique de la naissance du monde moderne, 2001 est la date symbolique de sa chute. En 1492, l’Europe s’élança à la conquête du monde avec la bible dans une main et l’épée dans l’autre. Le 11 septembre 2001, s’écroulèrent les deux tours du World Trade Center de New York symbole du modèle européen imposé par la colonisation aux autres peuples en Amérique, en Afrique et en Asie et de la domination américaine de l’économie mondiale.

Une autre histoire s’écrit par les colonisés d’hier : «Le monde a basculé et il est en passe de devenir multipolaire. Les Etats-Unis ont plus de difficultés à imposer leur leadership, y compris à l’égard de leurs plus proches alliés. La Chine, l’Inde, le Brésil et, d’une façon plus générale, les pays émergents revendiquent un nouveau partage du pouvoir, mettant en cause un système international qu’ils jugent périmé. [1

Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• BULARD Martine, Finance, puissances… le monde bascule, Le Monde diplomatique, Novembre 2008.
• La Chine va-t-elle dominer le monde ?, Alternatives économiques.
À l’échelle de l’histoire, l’éclipse de la Chine est un phénomène très récent. Selon les estimations de l’historien de l’économie Angus Maddison, le produit intérieur brut (PIB) de la Chine aurait constamment représenté autour du quart de l’économie mondiale entre l’an 0 et 1820, avant de plonger brutalement jusqu’au milieu du siècle dernier. Cette part remonte à grande vitesse depuis les années 1980, tout en restant encore loin de son niveau historique.
Histoire du monde au XVe siècle, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.


[1] Une revue et un livre :
• Le basculement du monde – De la chute du Mur à l’essor de la Chine, Manière de voir n°107, Octobre – novembre 2009.
• BEAUD Michel, Le basculement du monde – De la Terre, des hommes et du capitalisme, La Découverte, 1997 et 2000 [UQAC].