Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Bibliographie histoire

Une histoire populaire de la France (NOIRIEL)


Bibliographie histoire

 

En 1841, dans son discours de réception à l’Académie française, Victor Hugo avait évoqué la “populace” pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu’il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot “misérable”, qu’il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les mystères de Paris d’Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, Eugène Sue découvrit les réalités du monde social qu’il évoquait dans son roman. L’ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d’être décrit comme une race pour devenir une classe sociale.

La France, c’est ici l’ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l’État français. Dans cette somme, l’auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé son histoire depuis la fin du Moyen Âge : les guerres, l’affirmation de l’État, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l’esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.

Gérard NOIRIEL, Une histoire populaire de la France – De la guerre de Cent Ans à nos jours, Agone, 2018 [Texte en ligne].
Avis de : LibérationNonfiction.
Entretiens : Le Media – YouTubeLà-bas si j’y suis.

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Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

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L’Iran des changements


Bibliographie histoire

 

Suivre l’actualité
courir après le vent.
Penser l’actualité
marcher à contre-courant.

La présente livraison d’Échogéo est largement consacrée à l’Iran, puissance régionale du Moyen-Orient, qui s’ancre dans une brillante histoire plurimillénaire. Nous avons déjà publié plusieurs articles ainsi que des dossiers sur le Moyen-Orient, mais pas encore sur l’Iran en tant que tel.

Il nous a semblé important de nous y intéresser à un moment où le pays connaît des changements intérieurs notables et affiche une volonté d’ouverture sur l’étranger. Il a d’ailleurs fait souvent la une de l’actualité dans les médias occidentaux ces dernières années : des résultats des élections à la politique d’ouverture, des accords de Genève sur le nucléaire à la remise en cause de la levée des sanctions internationales par l’administration des États-Unis. Mais ici, moins que de s’attarder sur une actualité par nature changeante, il s’agit de s’intéresser aux dynamiques profondes de l’espace et de la société iraniens et de s’interroger sur les bouleversements de fond que le pays a connus depuis la révolution de 1979 et la guerre contre l’Irak.

Pour ce faire, la parole a été donnée à des auteurs français, mais aussi iraniens, géographes, architectes… à même de nous présenter leur façon de voir ou d’étudier leur pays.

Jean-Louis CHALÉARD, L’Iran des changements, EchoGéo juillet-septembre 2018 [Texte en ligne].

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L’Europe de la première croissance


Bibliographie histoireBibliographie économie

 

S’il est des siècles obscurs dans l’histoire européenne, ce sont bien les IXe et Xe siècles. Obscurs certes parce que les sources sont maigres, mais obscurs surtout parce que les historiens les ont réputés tels : négligeant le siècle et demi qui sépare le glorieux règne de Charlemagne du surgissement de la dynastie capétienne, ils n’ont pas tous su voir combien cette période a été importante. Qu’on l’envisage à travers l’évolution du statut des personnes, des techniques ou encore de la monnaie et des échanges, il est en effet évident, à qui sait vraiment lire les textes et faire siennes les découvertes de l’archéologie, que c’est au Xe siècle – et non après – qu’il faut situer la première croissance de l’Occident. Dans l’Allemagne occidentale comme dans la France et l’Italie d’aujourd’hui (pays sur lesquels s’étendait jadis à peu près l’Empire carolingien), les phénomènes sont concomitants : mieux exploitée par davantage d’hommes socialement insérés dans une famille de type nouveau, la terre donne de meilleurs rendements, ce qui enclenche le cercle vertueux d’une première croissance.

A cette aune, les successions dynastiques, les révolutions de palais et les guerres sont des épiphénomènes sur lesquels on aurait tort de s’attarder trop longuement. Multipliant les enquêtes et études de cas précis sur des questions qui passaient pour insolubles en déployant une érudition époustouflante – et toujours passionnante -, Pierre Toubert donne ici un livre pionnier qui sera, n’en doutons pas, le point de départ d’un profond renouvellement historiographique.

Pierre TOUBERT, L’Europe de la première croissance – De Charlemagne à l’an mil, Fayard , 2004 [Texte en ligne].

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Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.
Index Économie, Monde en Question.
Veille informationnelle Géoéconomie, Monde en Question.

Dictionnaire amoureux de la Belgique


Bibliographie histoire

 

Au risque de décevoir beaucoup de mes lecteurs, j’avoue que je ne suis pas Français de souche, mais je suis triplement criminel car d’origine belge, émigré au Mexique et anti-Charlie.

Voici donc aujourd’hui quelques livres sur la Belgique qui traînent dans ma bibliothèque :

Jean Baptiste BARONIAN, Dictionnaire amoureux de la Belgique, Plon, 2015 [Texte en ligne].

Thomas BEAUFILS, Belgique l’utopie d’une nation – Idées reçues sur les Belges d’hier et d’aujourd’hui, Le Cavalier Bleu, 2012 [Texte en ligne].

Fred STEVENS, Axel TIXHON, L’histoire de la Belgique pour les nuls, First, 2010 [Texte en ligne].

Astrid VON BUSEKIST (sous la direction de), Singulière Belgique, Fayard, 2012 [DébatTexte en ligne].

Patrick WEBER, La grande histoire de la Belgique, Perrin, 2013 [Texte en ligne].

12/10/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Écouter aussi :
Histoire de la Belgique, France Culture 1/42/43/44/4, 12-15/11/2007.

Lire aussi :
Dossier Cinéma Belgique , Monde en Question.
Dossier documentaire Géographie, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

L’Histoire est une littérature contemporaine


Bibliographie histoire

 

L’histoire n’est pas fiction, la sociologie n’est pas roman, l’anthropologie n’est pas exotisme, et toutes trois obéissent à des exigences de méthode. À l’intérieur de ce cadre, rien n’empêche le chercheur d’écrire.

Concilier sciences sociales et création littéraire, c’est tenter d’écrire de manière plus libre, plus originale, plus juste, plus réflexive, non pour relâcher la scientificité de la recherche, mais au contraire pour la renforcer. L’histoire est d’autant plus scientifique qu’elle est littéraire.

Réciproquement, la littérature est compatible avec la démarche des sciences sociales. Les écrits du réel – enquête, reportage, journal, récit de vie, témoignage – concourent à l’intelligibilité du monde. Ils forment une littérature qui, au moyen d’un raisonnement, vise à comprendre le passé ou le présent.

Des sciences sociales qui émeuvent et captivent ? Une littérature qui produit de la connaissance ? Il y a là des perspectives nouvelles pour le siècle qui s’ouvre.

Ivan JABLONKA, L’Histoire est une littérature contemporaine – Manifeste pour les sciences sociales, Seuil, 2014 [Texte en ligne].
Avis de :
Dimitri JULIEN, Écritures historiques, 2015.
Anna SAIGNES, Recherches & Travaux, 2015.

Lire aussi :
Dossier documentaire Épistémologie, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Histoire de la publicité en France


Bibliographie histoire

 

Contrairement aux pays anglo-saxons, la France a longtemps méprisé la « réclame », considérée comme l’arme des charlatans et dénigrée par des groupes sociaux hostiles (clergé, médecins, voyageurs de commerce). Cependant, depuis la Belle Epoque, la publicité a été valorisée par l’affiche et a conquis les milieux populaires avec les émissions de divertissement des radios privées. Avec les Trente Glorieuses, la France est entrée enfin dans l’âge publicitaire où les médias se disputent des crédits sans lesquels ils ne pourraient plus vivre.

Des annonces des gazettes de l’Ancien Régime à celles des commerçants des villes de province, des placards des quotidiens aux chansonnettes des radios privées des années trente, jusqu’à l’entrée de la publicité à la télévision au lendemain de Mai 1968, le lecteur voyage ici dans le passé de la publicité française.

Marc MARTIN, Histoire de la publicité en France, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012 [Texte en ligne].

Lire aussi :
COLLECTIF, Affiches publicitaires 1840-1966 – 166 affiches publicitaires datées et légendées, [Texte en ligne].
Index Techniques, Monde en Question.
Index Géographie-Histoire, Monde en Question

Une histoire populaire de la France (ZANCARINI-FOURNEL)


Bibliographie histoire

 

Une histoire de la France « d’en bas », celles des classes populaires et des opprimés de tous ordres, pour un livre monumental : une histoire des résistances, des révoltes et des rébellions face à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, une histoire qui restitue le champ des possibles non aboutis dans leur contexte politique, économique et social, mais qui passe aussi par l’histoire du quotidien, de l’intime et du sensible, attentive aux émotions, aux bruits et aux sons.

1685, année terrible, est à la fois marquée par l’adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l’esclavage « à la française », et par la révocation de l’édit de Nantes, qui donne le signal d’une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d’une histoire de la France moderne et contemporaine, c’est vouloir décentrer le regard, choisir de s’intéresser aux vies de femmes et d’hommes « sans nom », aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs.

C’est cette histoire de la France « d’en bas », celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire de leurs luttes et de leurs rêves.

Pas plus que l’histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l' »Hexagone ». Les colonisés – des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l’Indochine – prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays.

Michelle ZANCARINI-FOURNEL, Les luttes et les rêves – Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, La Découverte, 2016 [Texte en ligne BookysTexte en ligne Zones].

Avis de : France CultureL’HumanitéLa vie des idéesLecturesSciences Humaines

Lire aussi :
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
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La France avant la France


Bibliographie histoire

 

L’histoire a longtemps juxtaposé des images simples pour définir les quatre siècles écoulés de 481 à 888 : aux Mérovingiens incultes et incapables, succédaient des Carolingiens glorieux et conquérants. Les recherches des dernières décennies, fondées sur une réévaluation des sources écrites et sur les progrès de l’archéologie, ont libéré cette période du carcan des idées reçues.

Ce livre, en forme de bilan, dresse des perspectives neuves. Il montre notamment que les rois mérovingiens furent les derniers continuateurs de l’Antiquité et que si les premiers Carolingiens rassemblèrent sous leur autorité presque toute l’Europe occidentale, l’Empire s’avéra une réalité fragile et diverse.

Ainsi, les auteurs ramènent-ils les faits aux réalités de l’époque, en rejetant les anachronismes et les outrances, et en appuyant leur exposé sur des textes et des cartes comme sur une iconographie abondante. Cette histoire renouvelée possède un attrait majeur : au-delà des représentations traditionnelles, elle s’efforce d’atteindre le réel.

Geneviève BÜHRER-THIERRY, Charles MÉRIAUX, La France avant la France (481-888), Belin, 2010 [Texte en ligne].

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Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Saladin


Bibliographie histoire

 

Pour le monde arabo-musulman, Saladin est une figure mythique : de Nasser à Saddam Hussein, nombreux sont les dirigeants qui se sont réclamés de lui, nombreux les poètes et les artistes qui ont exalté sa mémoire. À Damas, son mausolée est aujourd’hui encore un lieu de pèlerinage. En Occident aussi, une véritable légende s’est construite autour de ce sultan kurde (1137-1193) devenu champion de l’islam et souverain d’un immense empire. Il est celui qui sut reprendre Jérusalem aux croisés et susciter chez ses adversaires chrétiens, notamment Richard Cœur de Lion, une certaine admiration.

Dans cette biographie nourrie aux meilleures sources, Anne-Marie Eddé a voulu comprendre la formidable popularité qui fut celle de Saladin, une popularité à laquelle il veilla toujours de très près. Une propagande inlassable encensait le sultan, défenseur de l’islam, serviteur fidèle du calife de Bagdad, parangon de justice, magnanime et généreux envers ses sujets comme envers ses ennemis…

S’efforçant de faire la part de l’imaginaire et de la réalité, Anne-Marie Eddé replace le personnage dans l’époque tourmentée qui fut la sienne. Elle décrit l’ascension d’un homme doté d’un grand sens politique, qui parvint à étendre sa domination sur un territoire allant du Nil à l’Euphrate et du Yémen au nord de la Mésopotamie ; un homme authentiquement intéressé par la vie religieuse, soucieux d’appliquer la loi musulmane, sans concessions mais sans excès non plus, notamment à l’égard des communautés juives et chrétiennes ; un homme qui fut un guerrier infatigable, mais aussi un administrateur doué d’une prodigalité qui faisait le désespoir de ses proches. Un homme, enfin, qui montra autant de volonté dans la maladie, le deuil et les combats déçus que sur les chemins de la gloire.

Anne-Marie EDDÉ, Saladin, Flammarion, 2016 [Texte en ligne].
Avis de : Les clés du Moyen-OrientREMMM.

Lire aussi :
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

L’expulsion [des musulmans d’Espagne]


Bibliographie littérature
Bibliographie histoire

 

1609-1610 : Philippe III d’Espagne et le duc de Lerma décident d’expulser les morisques de la Péninsule ibérique. Ces cinq cent mille hommes et femmes, nés en Andalousie, sont les descendants des populations musulmanes converties au christianisme plus d’un siècle auparavant, et, pour la plupart, travaillent sur les terres des Grands d’Espagne comme cultivateurs, jardiniers, artisans. Embarqués de force dans des navires loués aux Vénitiens, aux Génois et aux Français, les morisques sont envoyés malgré eux en Afrique du Nord, soupçonnés d’apostasie et de trahison.

Cette trame historique est la toile de fond du nouveau roman de Michel del Castillo, où se côtoient les figures emblématiques de cet épisode tragique de l’histoire d’Espagne : celles du roi et de son favori, des représentants de l’armée, des Grands, de l’Église, mais aussi celles, plus juvéniles et plus humbles, de leurs victimes ou de leurs ennemis.

Michel del Castillo livre un roman troublant dont les racines plongent dans cette Espagne qui lui est si chère et nous rappelle un épisode oublié qui fait écho à la sourde angoisse planant aujourd’hui sur l’Europe.

Michel DEL CASTILLO, L’expulsion, Fayard, 2018 [Texte en ligne].

Résumé de l’histoire de l’expulsion des morisques

L’avancée de la Reconquête au XIIe et XIIIe siècle a entraîné une conséquence : la naissance d’une nouvelle minorité, celle des mudéjares ou musulmans tributaires d’un souverain chrétien. La prise de Tolède (1085) et celle de Saragosse (1118) fait passer sous domination chrétienne des masses humaines que l’on ne peut pas ou que l’on ne veut pas chasser.

Les musulmans demeurés en terre devenue chrétienne se retrouvent placés dans une situation de subordination plus o moins bien supportée, malgré les proclamations rassurantes des souverains chrétiens qui promettent de respecter leur langue, leur culte, leur droit et leurs coutumes. On a ainsi vu Alphonse VI se proclamer « empereur des deux religions » au lendemain de la prise de Tolède, mais la grande mosquée sera transformée en cathédrale très tôt, en dépit des promesses d’Alphonse VI. Dans la plupart des régions concernées, la Reconquête entraîne, immédiatement ou à l’issue de révoltes ultérieures, une forte émigration des musulmans vers le royaume nasride de Grenade ou vers l’Afrique du Nord et les déclarations rassurantes des souverains chrétiens s’expliquent davantage par un calcul opportuniste (il s’agit de retenir et contrôler désormais les fortes populations musulmanes pour mettre le pays en valeur) que par un souci de « tolérance » bien anachronique. Des communautés mudéjares (de l’arabe muddagan qui évoque, pour un animal, le fait d’être apprivoisé, dompté) demeurent cependant dans les huertas de Valence et de Murcie, ainsi que dans la vallée de l’Èbre. Ils constituent une main-d’œuvre agricole experte et peu exigeante. Dans ces régions, les musulmans sont à la fois plus nombreux et plus regroupés que dans la Couronne de Castille où ils sont beaucoup plus dispersés.

Les morisques sont les descendants des musulmans d’Espagne convertis de force au catholicisme. Les capitulations de Grenade de novembre 1491 avaient garanti aux musulmans le libre exercice de leur culte. Les Rois Catholiques espéraient qu’ils finiraient par se convertir mais n’envisageaient pas de les y contraindre. Mais, étant donné que les conversions étaient trop lentes et trop peu nombreuses, en 1499 le cardinal Cisneros est chargé d’accélérer le mouvement. Les mudéjares de Grenade en 1501, puis ceux de l’ensemble du royaume de Castille en 1502, furent contraints de se convertir ou de quitter l’Espagne. À Valence, les mudéjares furent baptisés de force et la mesure fut étendue à tous les musulmans de la Couronne d’Aragon en 1525. À cette date, il n’y a plus officiellement de musulmans en Espagne. La réalité est tout autre et personne n’est dupe. Les morisques restent ce qu’ils étaient : des musulmans.

Dans le nord, le centre et même en Andalousie –en dehors du royaume de Grenade- les morisques sont peu nombreux et dispersés dans de petites communautés urbaines où ils sont en voie d’assimilation. Les morisques sont surtout concentrés dans trois zones : l’Aragon, Valence et Grenade. Dans les deux premières, ils mènent une existence précaire sans chefs pour les guider et les conseiller. À Grenade, au contraire, ils ont conservé leurs élites religieuses et sociales. Partout, ils sont placés sous la domination de seigneurs qui les exploitent durement, mais les protègent contre les tracasseries de l’administration dans la mesure où ils représentent une main-d’œuvre laborieuse, docile et efficace.

En 1566 on publia à Madrid une série d’interdictions et de mesures pour contraindre la population à s’assimiler : il leur est interdit de parler arabe, de célébrer leurs fêtes traditionnelles, de porter de vêtements spécifiques… Après deux années de vaines négociations, les Morisques des Alpujarras se soulevèrent le 24 décembre 1568, tentant d’entraîner ceux de l’Albaicín. La guerre des Alpujarras avait commencé. En avril 1569, don Juan d’Autriche fut chargé de mater la rébellion. Le 1er novembre 1570, on décida d’envoyer tous les Morisques du royaume de Grenade en Castille, en Andalousie occidentale et en Estrémadure. Une première vague de 50.000 personnes fut ainsi déportée pendant l’hiver 1570-1571. On estime que 30% des Morisques moururent en route entre le 1er novembre 1570 et le printemps 1571.

Un thème prend de l’ampleur dans les années 1580, celui des morisques comme ennemis de l’intérieur, prêts à faire alliance avec l’ennemi extérieur, les Turcs. L’idée d’une expulsion fait des progrès L’expulsion définitive des Morisques de la Couronne d’Aragon fut décrétée le 4 avril 1609 et celle des Morisques d’Andalousie et de Murcie prit effet le 10 janvier 1610. Au total, 300.000 personnes furent expulsées d’Espagne. Les Morisques déportés trouvèrent refuge principalement au Nord du Maghreb. Au Maroc, ils s’installèrent surtout à Rabat, Salé, Fès et les principales villes du Nord-marocain comme Tanger, Tétouan, Chefchaouen, Asilah et Larache. En Algérie, ils s’installèrent notamment à Oran, Tlemcen, Alger, Cherchell, Nedroma, Koléa ainsi que d’autres villes. En Tunisie, les villes de Tunis et Testour sont connues pour avoir accueilli un grand nombre de réfugiés morisques.

Source : Mudejares et morisques, Histoire de l’Espagne

Lire aussi :
Fernand BRAUDEL, Conflits et refus de civilisation : espagnols et morisques au XVIe siècle, Annales, 1947.
Louis CARDAILLAC, Vision des morisques et de leur expulsion, quatre cents ans après, Cahiers de la Méditerranée, 2009.
Raphaël CARRASCO, Les morisques au XVIe siècle : de l’échec de l’évangélisation à la répression généralisée, Cahiers d’études du religieux, 2008.
Jean-Pierre DEDIEU, Les morisques, des étrangers sur leur propre sol, SITEpdf, 2011.
Bernard DUCHARME, Les Morisques : loyaux sujets ou maladie de la République ?, Cahiers d’histoire, 2014.
Isabelle POUTRIN, L’évêque Esteve et les morisques – Un projet policier pour la conversion (Espagne, fin XVIe siècle), Conversion/Pouvoir et religion, 2015.
Marc TERRISSE, La diaspora morisque : une histoire globale méconnue, Hommes & Migrations, 2016.
Rodrigo de ZAYAS, L’expulsion des morisques d’Espagne, Le Monde diplomatique, 1997.
Index Littérature, Monde en Question.
Veille informationnelle Livres, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.