Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

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Crise du système démocratique occidental


Bibliographie politique

 

Lors de notre rencontre dans un café du 14e arrondissement de Paris, j’avais de la difficulté à identifier le monsieur devant moi à son âge réel. Ayant 87 ans, Nils Andersson donnait l’impression d’un intellectuel militant à la soixantaine, toujours dynamique et prêt à défendre sa position sang froid pour suivre ce qui se passe dans le monde entier. Né en Suisse, il a été expulsé par le gouvernement helvétique en 1966 pour avoir soutenu la guerre d’indépendance de l’Algérie, s’être opposé à la guerre du Vietnam et avoir soutenu les pensées communistes. Nils Andersson connaît ce que pourrait être un système démocratique dans tous ses états…

Installé depuis longtemps en France, il a maintenant choisi de se retirer de la vie publique. Ayant été un des premiers éditeurs européens à traduire et à publier dans les années 1960 les ouvrages de Mao, le rôle actuel de Nils Andersson est de réfléchir et d’écrire sur son passé : le vécu personnel pendant un demi-siècle. Il a publié en 2016 Mémoire éclatée, un récit de 500 pages pour retracer son parcours dans la seconde moitié du 20e siècle, témoignant de la lutte anticoloniale du Tiers monde jusqu’à la mondialisation économique, pour s’interroger comment le monde occidental est-il entré petit à petit dans le déclin.

Une Europe en perte de vitalité

Ayant vécu la chasse impitoyable des pensées communistes en Europe dans les années 1960, Nils Andersson restait vigilant pour tout type de slogan prônant la liberté d’expression. Sa prospective sur l’avenir du monde s’appuie davantage sur les statistiques, insistant sur le rôle déterminant de la géographie, de la démographie, de l’économie et du pouvoir militaire dans les rapports de force entre pays.

Il a récemment publié un article intitulé « Relations internationales : prévisions de l’imprévisible ? » dans la revue La Pensée, dans lequel il a cité les chiffres de la Fondation Gapminder pour estimer les modifications des relations internationales dans les trente ans à venir. Selon la Fondation Gapminder, « de 2018 à 2050, la population de l’Asie devrait croître de 4 544 millions à 5 255 M (+ 711 M), celle de l’Afrique de 1 286 M à 2 525 M (+ 1 239 M), de l’Amérique centrale et du sud de 515 M à 610 M (+ 95 M), de l’Amérique du Nord de 495 M à 599 M (+ 104 M), de l’Océanie de 40 M à 56 M (+ 16 M), celle de l’Europe au contraire devrait décroître de 744 M à 717 M (- 27 M). Ainsi, l’Asie et l’Afrique représenteraient-elles 80 % de la population mondiale ».

La fondation Gapminder a également indiqué que « en 2019, les enfants de moins d’un an constituent la plus importante classe d’âge en Afrique, il en sera de même en 2050. Pour l’Asie, la classe d’âge la plus importante passerait, toujours entre 2019 et 2050, de 31 à 37 ans, pour les Amériques de 26 ans à 50 et pour l’Europe de 32 ans à 63 ». La conclusion de Andersson sur l’avenir de l’Europe n’est donc pas très optimiste : « Si, pour l’Afrique, la pyramide des âges représente une quadrature du cercle économique et sociale, celles des Amériques et plus encore de l’Europe signifient inéluctablement une perte de vitalité de la société. »

Le classement de l’économie mondiale repositionné

Sur le classement économique mondial, Andersson a souligné : « selon Audit PWC France, si l’on regarde les prévisions, entre 2016 et 2050, le classement des vingt premières puissances économiques sur la base du PIB en parité du pouvoir d’achat, alors pour les pays membres de l’Union européenne : l’Allemagne reculerait de la 6e place à la 9e, le Royaume-Uni de la 9e à la 10e, la France de la 10e à la 12e, l’Italie de la 12e à la 21e, l’Espagne de la 15e à la 26e. »

En ce qui est hors l’Union européenne, « la Russie se maintiendrait à la 6e place et la Turquie avancerait de la 14e à la 11e. Pour l’Amérique du Nord, les États-Unis 2e en 2016, sont 3e en 2050, le Canada 17e deviendrait 22e et dans l’Océanie l’Australie reculerait de la 18e à la 28e place. En Asie, la Chine, déjà 1ère en 2016, le resterait en 2050, l’Inde, 3e, deviendrait 2e. l’Indonésie 8e serait 4e, l’Arabie saoudite passerait de la 15e à la 13e place, l’Iran, 18e deviendrait 17e, au contraire, le Japon reculerait de la 4e à la 8e, la Corée du Sud de la 13e à la 18e et la Thaïlande de la 20e à la 25e. Pour l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, le Brésil 7e, deviendrait 5e et le Mexique 11e avancerait à la 7e place ».

Andersson a ainsi indiqué : « les États membres de l’Union européenne perdent-ils tous des places, l’Italie, l’Espagne avec le Canada, l’Australie et la Thaïlande ne sont plus dans les vingt premiers, remplacés par le Nigéria (14e), l’Égypte (15e), le Pakistan (16e), les Philippines (19e) et le Vietnam (20e). La tendance économique démontre le transfert du centre de gravité du monde de l’espace euro-atlantique vers l’espace Asie-Pacifique et la montée en influence des puissances émergentes, principalement la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil et le Mexique. »

Déséquilibre dans le système social des pays occidentaux

Sur l’état actuel de la plupart des pays occidentaux, Andersson a exprimé son inquiétude : « l’une des conséquences du néolibéralisme dans les années 80 a été la privatisation du revenu national et l’augmentation de la richesse privée par rapport à la richesse publique. Dans une large mesure, le rôle des gouvernements occidentaux en tant que décideurs a été affaiblis. Cela est devenu une raison importante du déclin de l’Occident. » En Allemagne, en Grande-Bretagne, en France, au Japon et aux États-Unis, a-t-il rajouté, le résultat de la privatisation du revenu national a entraîné la montée de la dette nationale, et le gouvernement s’est ainsi appauvri, ce qui a conduit la gouvernance des pays occidentaux à une impasse.

« La croissance de la richesse privée, notamment des revenus des grandes sociétés multinationales nées dans les années 50, a largement inversé l’équilibre entre la richesse publique et le système social dans les pays occidentaux », a insisté Andersson. « Aujourd’hui, environ 1000 multinationales occidentales contrôlent 80% de la production industrielle mondiale. Cette forte concentration de capitaux, ainsi que la concurrence féroce entre les entreprises et leurs relations complexes avec les partis politiques, ont créé des freins et contrepoids majeurs sur les politiques publiques des pays occidentaux. En conséquence, la participation politique des citoyens a été constamment réduit, aggravant encore les crises politiques et sociales des démocraties occidentales », a-t-il conclu.

Andersson a ainsi résumé : « la crise écologique, la crise financière, l’écart entre les riches et les pauvres, l’expansion des inégalités sociales, les migrations causées par les guerres, la crise de la démocratie représentative, le déclin de l’idée d’État-nation, la radicalisation de la conscience de l’identité, l’augmentation de l’égoïsme national, le rejet de l’idéologie, l’évitement de la réalité par la religion… Voilà les principaux problèmes auxquels sont confrontés les pays occidentaux aujourd’hui et à l’avenir. »

Néanmoins, il a insisté le fait que les États-Unis restent toujours dans une position majeure, comme l’OTAN en dépend dans les affaires militaires, et c’est aussi la première puissance mondiale qui domine encore les institutions et les organisations internationales, avec des moyens financiers et économiques considérables. Les pays anglophones maintiennent ainsi, avec les États-Unis, une forte influence dans le monde entier.

L’avantage de la mémoire longue de la Chine

Selon Andersson, l’émergence de la Chine au cours des 40 dernières années est une réalité généralement inattendue dans le monde occidental, ce qui a conduit la Chine et les États-Unis à devenir les deux pays qui auront le plus d’influence sur l’équilibre des relations internationales à l’avenir. Il a ainsi estimé : « bien que les États-Unis et la Chine soient les deux pays qui ont la dette la plus élevée, la nature de leur dette est très différente. Par rapport à la croissance économique, ces deux pays ont encore beaucoup de marge de manœuvre financière. » Toutefois, l’ancien éditeur reste très optimiste quant au potentiel de développement de l’économie numérique en Chine. Il a conviction que les entreprises informatiques à grande échelle de la Chine, telles que Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, Huawei, pourront rivaliser avec les géants américains.

Sur l’ordre mondial, Andersson a aussi estimé : « bien que la Chine et les États-Unis aient un impact plus important sur la structure internationale, ce n’est pas la même chose que la confrontation entre les États-Unis et le bloc militaire dirigé par les Soviétiques pendant la guerre froide. L’avenir de la structure mondiale est une hiérarchie des contradictions primaires et secondaires. En tant que deux grandes puissances, les États-Unis et la Chine ont une influence structurelle sur l’ordre mondial, mais les forces régionales ne peuvent pas être sous-estimées, comme les crises régionales en Turquie, en Amérique latine et en Inde. »

Andersson a notamment critiqué la « mémoire courte » des politiciens occidentaux, c’est-à-dire l’oubli de leur propre histoire les amenant à juger le développement actuel de la Chine selon des normes inopportunes. Il a déploré : « la critique des politiciens occidentaux envers la Chine est irresponsable ! » À ses yeux, c’est précisément la Chine d’aujourd’hui qui incarne les avantages de la « mémoire longue ». La Chine sait comparer sa propre histoire avec celle des pays occidentaux, en prenant en considération les intérêts du peuple pour élaborer un plan de développement à long terme.

Gilet jaune : les crises politiques, sociales et culturelles de la France

Sur les mouvements des « gilets jaunes » qui ont duré plus d’un an en France, Andersson a gardé un œil distant. Selon lui, il s’agit de l’aggravation de la crise institutionnelle provoquée par la libération sociale dans le pays depuis 1968. « La politique néolibérale mise en œuvre par la France depuis les années 80 a désormais considérablement aggravé l’insécurité sociale », a-t-il souligné. « Cela rend les pauvres encore plus pauvres, et la classe moyenne dans une instabilité extrême. La classe moyenne risquerait ainsi de devenir une couche sociale défavorisée, et ce genre de peur a conduit la France à des crises sociales ».

Il a poursuivi : « la crise institutionnelle des démocraties occidentales se reflète également dans la crise des systèmes de représentation et des partis politiques. Le pouvoir est désormais entre les mains des oligarques financiers, tandis que les représentants élus du gouvernement n’ont plus le pouvoir de décision. Cela rend difficile le fonctionnement du système parlementaire et il est aussi peu probable pour le nouveau type de représentation des citoyens de trouver leur voix. » Enfin, « les deux types de crise – crise sociale et crise institutionnelle – sont finalement liés à la crise culturelle provoquée par la récession européenne », a conclu Andersson.

Source : Le Quotidien du Peuple

Lire aussi :
Nils Andersson, éditeur militant, En attendant Nadeau.
Nils Andersson, éditeur, IMDb.
Nils Andersson, éditeur d’Alleg, Le Temps.
Nils Andersson, Une répression coloniale oubliée au Niger, Histoire coloniale et postcoloniale.
Articles Nils Andersson, ATTAC.
Articles Nils Andersson, Cairn.
Articles Nils Andersson, L’Humanité.
Articles Nils Andersson, Le Monde diplomatique.
Blog, Le Club de Mediapart.
Blog, Nils Andersson.
Dossier Nils Andersson, Éditions d’en bas.
Nils ANDERSSON, Mémoire éclatée – De la décolonisation au déclin de l’Occident, Éditions d’en bas [Dépliant].
Livres Nils Andersson, L’Harmattan.
Index Politique, Monde en Question.
Dossier Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.

Les luttes de classes en France au XXIe siècle


Bibliographie société

 

Macron et les Gilets jaunes ont ouvert une page nouvelle de l’histoire de France, qui mêle retour des luttes sociales et apathie politique, sursaut révolutionnaire et résignation devant les dégâts de l’euro, regain démocratique et menace autoritaire.

Pour la comprendre, Emmanuel Todd examine, scrupuleusement et sans a priori, l’évolution rapide de notre société depuis le début des années 1990 : démographie, inégalités, niveau de vie, structure de classe, performance éducative, place des femmes, immigration, religion, suicide, consommation d’antidépresseurs, etc.

Les faits surprendront. Les interprétations que propose l’auteur doivent, quant à elles, beaucoup à Marx, mais à un Marx mis « sous surveillance statistique ». À gauche, comme à droite, elles paraîtront à beaucoup étonnantes, amusantes, contrariantes, ou angoissantes. Cet empirisme sans concession conduit même Emmanuel Todd à réviser radicalement certaines de ses analyses antérieures.
À la lecture de ce livre riche, stimulant, provocateur, la vie politique des années 1992-2019 prend tout son sens : une longue comédie politique où s’invitent les classes sociales.

Bienvenue donc dans cette France du XXIe siècle, paralysée mais vivante, où se côtoient et s’affrontent des dominés qui se croient dominants, des étatistes qui se croient libéraux, des individus égarés qui célèbrent encore l’individu-roi, avant l’inéluctable retour de la lutte des classes.

Emmanuel TODD, Les luttes de classes en France au XXIe siècle, Seuil, 2020 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Index Société, Monde en Question.
Dossier Sociologie, Monde en Question.
Veille informationnelle Livres, Monde en Question.
Veille informationnelle Culture, Monde en Question.

Propagande à l’alerte jaune


Suivre l’actualité, courir après le vent.
Penser l’actualité, marcher à contre-courant.

 

Cela faisait longtemps que les médias français n’avaient pas eu l’occasion de faire leurs gros titres sur le fameux « péril jaune » qui fait toujours vendre.

Tout démarre avec le coronavirus, une nouvelle forme de syndrome respiratoire, analogue au SRAS, qui est apparu à Wuhan (province du Hubei, Chine) début décembre 2019.

L’occasion était trop belle pour la presse de l’établissement qui se permet des titres comme « Alerte jaune », une référence ouvertement raciste à la couleur de peau des Asiatiques.

Aujourd’hui, la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis fait rage et la France a choisi son camp qui est bien entendu celui du maître américain. Dès qu’une occasion de dénigrer la Chine se présente, cette presse méprisable aux ordres ne manque pas de se jeter dessus comme un chien qui se jette sur un os.

Tous les ans, la grippe tue des milliers de personnes mais cela n’intéresse pas ce genre de presse. Les médias adorent faire peur. C’est un peu leur fond de commerce. Et dès qu’il s’agit de dénigrer la Chine, ils sautent sur l’occasion.

Il est grand temps pour ceux qui souhaitent vraiment s’informer de boycotter les médias français et de se tourner vers certains organes de la presse étrangère ou de certains blogs francophones plus informés que cette presse de l’établissement qui désinforme plus qu’autre chose.

Source : La gazette du citoyen

Lire aussi :
Articles péril jaune, Chine en Question.
Revue de presse Chine, Chine en Question.
Dossier Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Forgerons d’hier et d’aujourd’hui


 

Adèle Chartier a rédigé un bel hommage à Alice, une artiste forgeron qui mérite d’être connue, et m’a demandé de réaliser un dossier documentaire.

L’art de la forge est partagé par beaucoup de cultures dans presque toutes les aires géographiques, mais à des époques différentes avec parfois des influences voire des transmissions. Dans la plupart des cultures traditionnelles le forgeron a un statut à part, marginal ou ambivalent. Les récits mythologiques décrivent un personnage à la fois craint et respecté. Souvent associé à la magie il suscita des cultes dédiés dont les plus connus sont Héphaïstos en Grèce, Vulcain en Italie, Thor en Scandinavie et en Allemagne, celui des griots au pays Dogon ou des chamans en Sibérie.

Durant les deux siècles de l’industrialisation, le forgeron est devenu un sous-prolétaire, témoin anachronique des sociétés agricoles tombées en désuétude. Karl Marx en parle en ces termes :

Travailler à mort, tel est l’ordre du jour, non seulement dans le magasin des modistes, mais encore dans n’importe quel métier. Prenons pour exemple le forgeron. Si l’on en croit les poètes, il n’y a pas d’homme plus robuste, plus débordant de vie et de gaieté que le forgeron. Il se lève de bon matin et fait jaillir des étincelles avant le soleil. Il mange et boit et dort comme pas un. Au point de vue physique, il se trouve en fait, si son travail est modéré, dans une des meilleures conditions humaines. Mais suivons‑le à la ville et examinons quel poids de travail est chargé sur cet homme fort et quel rang il occupe sur la liste de mortalité de notre pays. À Marylebone (un des plus grands quartiers de Londres), les forgerons meurent dans la proportion de 31 sur 1000 annuellement, chiffre qui dépasse de 11 la moyenne de mortalité des adultes en Angleterre. Cette occupation, un art presque instinctif de l’humanité, devient par la simple exagération du travail, destructive de l’homme. Il peut frapper par jour tant de coups de marteau, faire tant de pas, respirer tant de fois, exécuter tant de travail et vivre en moyenne 50 ans. On le force à frapper tant de coups de plus, à faire un si grand nombre de pas en plus, à respirer tant de fois davantage, et le tout pris ensemble, à augmenter d’un quart sa dépense de vie quotidienne. Il l’essaie, quel en est le résultat ? C’est que pour une période limitée il accomplit un quart de plus de travail et meurt à 37 ans au lieu de 50
Karl MARX, Le capital

Aujourd’hui, les survivants de cet art pluri-millénaires sont recherchés par un cercle restreint où se mêlent riches mécènes et conservateurs de musées nationaux. Mais comme hier, ils demeurent à part dans une ambivalence entre reconnaissance et méconnaissance d’un art manuel beaucoup moins prisé que la sculpture ou la peinture. Ce marché reste donc marginal. Ce qui semble ne pas déplaire à Alice…

Parmi les livres cités dans ma bibliographie, je recommande particulièrement ces deux ouvrages malheureusement non accessibles en ligne :
Association SEEA, La forge et le forgeron – TI Pratiques et croyances, L’Harmattan, 2002.
Association SEEA, La forge et le forgeron – T2 Le merveilleux métallurgique, L’Harmattan, 2003.

06/01/2020
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Alice sous les feux de la forge, Adèle.
Alice de KERCHOVE de DENTERGHEM, Homo Faber (œuvres).
Ludovic MARSILLE et Alice de KERCHOVE de DENTERGHEM, Ministère de la Culture (brochure p.15-16).
Alice de KERCHOVE de DENTERGHEM avec Ludovic MARSILLE à Néant-sur-Yvel, Institut National des Métiers d’Art (vidéo).
Bibliographie Forgerons, Monde en Question.
Bibliographie Dogon, Monde en Question.

Bonne année 2020 !



Je vous souhaite tout ce que vous souhaitez qu’on vous souhaite… mais en mieux !

Bonnes fêtes 2019 !



Monde en Question est en vacances 23 décembre 2019 – 05 janvier 2020

Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM ?


 

Vous pourrez découvrir plusieurs solutions en open source, y compris pour le public francophone, moins médiatisées, mais hautement performantes. Pour franchir le pas, il faut cependant être conscient que tous les réseaux commerciaux actuels fonctionnent selon les deux mêmes appâts : l’ego et le voyeurisme, alternativement au gré des usages. Et que les montagnes de données qui sont agrégées chaque minute servent à dresser un profilage de leurs membres d’une rare exactitude, lequel peut être mis à profit, outre pour du ciblage publicitaire, par les services de renseignement du monde entier, légalement par une obligation de coopération, illégalement par une intrusion maligne.
Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM ? Épisode I : les réseaux sociaux, Sputnik, 28/08/2019.

Une certaine naïveté de la part d’une majorité d’utilisateurs les conduit à oublier le fait que les données envoyées au moteur de recherche sont le carburant de celui-ci. Focalisez-vous bien sur ce point : on utilise un moteur de recherche pour rechercher et bien évidemment, il faut l’alimenter en mots-clefs pour lui permettre de fournir un retour satisfaisant. Cependant, ses instructions sont doubles : la partie émergée est celle qui renvoie la réponse à une requête : la partie immergée est celle qui va aspirer les métadonnées (des informations connexes à la requête initiale). Et c’est là le jeu trouble des moteurs de recherche, qui fournissent leur service sans frais : la gratuité est illusoire. Autrement dit, si c’est gratuit, c’est toi le produit : Vos centres d’intérêt, votre localisation, votre profil sont des éléments exploitables commercialement et monnayables auprès de sociétés tierces. Sans oublier la participation active des propriétaires de moteurs de recherche à des programmes de surveillance de la population, facilitée par l’excès de confiance des internautes.
Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM ? Épisode II : les moteurs de recherche, Sputnik, 07/09/2019.

La première alternative, la plus importante en termes de popularité, est Firefox, émanant de la fondation Mozilla. Sa double particularité, au contraire d’un grand nombre de concurrents, est d’être alimentée par des milliers de contributeurs et d’ouvrir son code source pour tests et améliorations. Appelé Phoenix, puis Firebird à ses débuts en 2002, Firefox s’est imposé comme un poids lourd du secteur, poussant très loin la sécurisation des connexions, la confidentialité des données et l’ouverture vers des applications tierces, respectant la philosophie de la fondation. Il existe même une version ESR dédiée aux instituts pédagogiques et entreprises, privilégiant la stabilité. Le navigateur se targue en outre d’offrir une performance d’utilisation supérieure à ses concurrents par l’optimisation du code de programmation. Pour beaucoup, Firefox est le navigateur par défaut de ceux qui souhaitent se déplacer sur la toile en toute quiétude.
Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM ? Épisode III : les navigateurs, Sputnik, 18/09/2019.

La problématique de la sécurité des données a été davantage accentuée avec l’irruption et le développement massif de l’informatique dans le Cloud, qui ne nécessite plus d’installation logicielle, mais uniquement une connexion Internet pour accéder à des outils en ligne. Cette praticité se paie d’un risque encore accru sur la confidentialité et l’intégrité des données, d’autant que le Cloud Act, effectif depuis mars 2018, renforce le droit des agences d’État américaines à prendre connaissance de toute information transitant par du matériel états-unien, ce qui englobe naturellement les serveurs où sont stockées vos précieuses données. Le Cloud génère en outre une accoutumance, voire une dépendance vis-à-vis du fournisseur de services, le business model du Cloud étant celui de l’abonnement.
Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM ? Épisode IV : les suites bureautiques, Sputnik, 11/10/2019.

Des initiatives ont vu le jour afin d’offrir une alternative à ce duopole [Microsoft-Apple]. La principale, et plus pérenne d’entre elles puisqu’ayant encore un véritable impact, est Linux. Développé par le finlando-américain Linus Torvalds sur base Unix, Linux symbolisé par la mascotte du pingouin s’est rapidement posé comme véritable – et seul – choix face à macOS ou Windows.
Sur le plan des mobiles, la bataille a été gagnée par une solution… Linux.
Y a-t-il une vie en dehors des GAFAM ? Épisode V : les systèmes d’exploitation, Sputnik, 17/10/2019.

Lire aussi :
Bibliographie GAFAM (Google, Facebook et les autres), Monde en Question.
Index Médias, Monde en Question.
Dossier documentaire Médias, Monde en Question.
Veille informationnelle GAFAM, Monde en Question.

Des chercheurs auraient découvert un lien entre inversion du champ magnétique et climat



MAJ le 14/10/2019

 

Voici des extraits de deux articles évoquant cette question :

Notre planète n’a pas encore perdu le nord, mais une variation anormale du champ magnétique terrestre laisse les scientifiques dubitatifs sur la question. Les chercheurs ont en effet noté que la variation s’accentue bien plus rapidement que prévue, induisant des erreurs statistiques par rapport à ce qu’ils devraient enregistrer…

Arnaud Chulliat, géomagnétiste à l’Université de Colorado Boulder explique d’ailleurs que « L’erreur augmente constamment », ne laissant plus de doute possible : la variation du champ magnétique terrestre est en train de s’accélérer, sans que l’on en connaisse la raison.

S’il est important de prévoir les changements dans notre champ magnétique, c’est que nos sociétés numériques sont sensibles au moindre changement, notamment au niveau des satellites qu’il faut recalibrer. De plus, n’oublions pas que le champ magnétique est le bouclier qui nous protège des particules chargées provenant du Soleil et qui peuvent endommager nos circuits imprimés. Espérons que les scientifiques sauront nous expliquer rapidement pourquoi les pôles magnétiques accélèrent leurs déplacements, afin de savoir s’il s’agit d’une simple excursion ou d’une inversion en cours.

Source : Presse citron, 16/01/2019.

Des chercheurs japonais de l’Université de Kobe pensent avoir trouvé un lien de cause à effet entre l’inversion des pôles magnétiques et le climat il y a 780 000 ans de ça. Des résultats surprenants – et en partie controversés – qui ont été rendus publics en juin dernier.

Il y a 780 000 ans se produisait la dernière inversion connue du champ magnétique terrestre. Au cours d’un tel événement, les pôles magnétiques se reconfigurent en phase ou en opposition de phase avec les pôles géographiques. Par ailleurs, durant la période de transition, le champ s’affaiblit significativement.

Dans une étude parue le 28 juin 2019 dans la revue Scientific Reports, des chercheurs japonais affirment avoir mis en évidence une influence mesurable sur le système climatique. Plus précisément, la mousson hivernale d’Asie de l’Est se serait accentuée au cours de la dernière inversion. Une période de 5000 ans durant laquelle l’intensité du champ magnétique terrestre était réduite de trois quarts.

Source : Science Post, 10/09/2019.

Cela signifie que la Terre est davantage exposée aux rayons électromagnétiques solaires, mais pas de manière uniforme du fait de l’inclinaison de l’axe de rotation d’environ 23º soumis lui aussi à des variations dans le temps (précession des équinoxes).

Le lobby écologiste, qui a échoué politiquement en France et en Allemagne mais garde une rente de situation dans les médias dominants, refuse farouchement de prendre en compte l’inversion du champ magnétique car cette donnée ruine son fond de commerce corporatiste.

Certains écologistes craignent tant la critique qu’ils censurent les commentaires non favorables à leur thèse. C’est le cas d’un certain Français, grand lecteur de l’im-Monde, qui appelle à placer l’Amazonie sous tutelle internationale, mais est bien en peine de dire à quel organisme il imagine de confier cette mission sans atteindre aux droits du Brésil.
Il a adopté la politique de l’autruche en censurant mon commentaire à sa proposition qui est d’autant plus suspecte qu’elle reste non argumentée. Voici la copie de mon commentaire posté deux fois, mais non publié à ce jour !

Je lui conseille d’écouter les propos de Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, Président de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, Président de la Fondation Prospective et Innovation, sur la déshérence des organismes internationaux à l’heure où les États-Unis se replient sur une économie protectionniste tout en instrumentalisant les organismes internationaux pour maintenir leur domination [1].

Je lui conseille aussi de sortir des ornières euro-centrées voire franco-française en écoutant les propos de Bertrand BADIE, Professeur à Sciences Po Paris, sur la Chine que la clique des intellectuels de gauche méprisent d’autant plus qu’ils ignorent son histoire – ceci expliquant cela – et la belle conclusion d’André CHIENG, Président-Directeur général de l’AEC et Vice-Président du Comité France-Chine [2].

Je lui conseille enfin de lire cet article : Notre planète est plus verte qu’il y a 20 ans… grâce à la Chine, Science Post, 14/10/2019.

07/10/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

Source : Comprendre le monde : Tour d’horizon géopolitique avec Jean-Pierre RAFFARIN, YouTube, 22/04/2019.

[2] Lire :
Colloque « La Chine hors de Chine » : La Chine, créateur et acteur d’un nouveau monde par Bertrand BADIE, Fondation Prospective et Innovation, 02/09/2016.
olloque « La Chine hors de Chine » : Conclusion par André CHIENG, Fondation Prospective et Innovation, 02/09/2016.

Bonnes vacances 2019 !



Monde en Question est en vacances 15 juillet – 18 août 2019
C’est l’occasion de fouiller dans les archives !

Notre-Dame de Paris vs Les misérables



 

Les médias dominants se sont enflammés pour le spectacle de l’incendie de Notre-Dame de Paris qui occulte opportunément l’incendie social des gilets jaunes. Dans la France, plus catholique que laïque, on mobilise en quelques heures des centaines et des centaines de millions d’euros pour restaurer Notre-Dame de Paris, mais on ne trouve pas un centime pour les travailleurs en difficulté et encore moins pour les chômeurs – salauds de pauvres !

Les grands patrons, si pingres avec leurs travailleurs, annoncent des dons de 100 millions d’euros (la famille Pinault et le groupe pétrolier Total soit 200 millions d’euros) et de 200 millions d’euros (la famille Arnault, la famille Bettencourt-Meyers, le groupe l’Oréal et le groupe LVMH soit 800 millions d’euros) [RCI]. Le CIO, rivalisant avec les grandes fortunes françaises, promet un don 500 millions d’euros [AFP] !

Que d’émotions soudaine pour un bâtiment qui nécessitait d’importants travaux de restauration, au moins comparables à ceux du XIXe siècle, mais commencés sans beaucoup de ressources. L’engouement pour le roman de Victor Hugo avait suscité une campagne de donations qui financèrent les travaux menés par Eugène Viollet-le-Duc entre 1844 (il n’avait alors que 30 ans) et 1864. Il semble que cet incendie ait suscité des dons à la hauteur d’un chantier de longue haleine – au moins quinze ans selon les architectes les plus optimistes.

Il faut rappelé que la construction de Notre-Dame de Paris, qui dura presque deux cents ans (1163-1345), subit beaucoup de transformation au fil des siècles : camouflage des parties romanes (1250-1268), camouflage les piliers gothiques à la Renaissance, réaménagement complet du chœur au XVIIe siècle, destructions pendant la Révolution et restauration – en partie contestée – au XIXe siècle. Au total, la Notre-Dame de Paris du XXIe siècle ressemble de très loin à celle du XIIe siècle.

Il faut aussi rappelé que Notre-Dame de Paris fut construite, à la place de la cathédrale romane, après l’échec de la seconde Croisade sur l’initiative de l’évêque Maurice de Sully et avec l’aide de Louis VII. La deuxième Croisade, prêchée par Bernard de Clairvaux (le plus grand propagandiste de l’époque), s’acheva par un désastre en 1149 suite à l’échec du siège de Damas (l’histoire bégaie). Mais les chrétiens voulaient gagner la guerre contre les musulmans en construisant des lieux de culte de plus en plus grands – à la mesure de leurs ambitions.

Hier comme aujourd’hui, la caste des riches construisent de manière ostentatoire des bâtiments pour affirmer leur pouvoir économique et culturel sur l’immense majorité des peuples. N’en déplaise aux révolutionnaires [Révolution Permanente], la vie de millions de travailleurs qui se débattent quotidiennement pour survivre vaut plus que les pierres d’une église aussi prestigieuse soit-elle.

19/04/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Dossier Incendie Notre-Dame de Paris, Monde en Question, 15-19/04/2019.
La grande histoire de Notre Dame de Paris, Notre Dame de Paris.
Historique de la construction, Notre Dame de Paris.
Victor HUGO, Notre-Dame de Paris, 1831 [Texte en ligne].
Victor HUGO, Les misérables, 1862 [Texte en ligne].
André GUESLIN, D’ailleurs et de nulle part – Mendiants, vagabonds, clochards, SDF en France depuis le Moyen Âge, Fayard, 2013 [Texte en ligne].
Dossier Économie sociale, Monde en Question.
Dossier Inégalités & Précarité, Monde en Question.
Dossier pauvreté, Monde en Question.