Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

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1830-2012 – Les leçons de l’histoire grecque



Caricature de 1893 toujours d’actualité

 

La Grèce d’aujourd’hui n’est pas le produit de l’histoire antique à laquelle se réfèrent trop souvent les observateurs. Ce sont bien plutôt les deux siècles qui ont suivi l’indépendance qui sont à l’origine de la crise actuelle. Une histoire qui met à mal les certitudes européennes et en relief les responsabilités des grandes puissances.

Lire la suite… Tlaxcala

Lire aussi :
• « Négociations » sur la dette grecque : les dirigeants impérialistes imposent leur loi, Lutte de Classe nº169, juillet-août 2015.
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Veille informationnelle Europe – Russie, Monde en Question.

La carte n’est pas le territoire


Selon un lieu commun bien établi, une carte vaut mieux qu’un long discours. Le problème que pose cette assertion est l’absence d’analyse critique de la construction d’une carte. Elle sous-entend que, tracée à partir de données chiffrées, une carte ne peut être que vraie. Or, il convient de s’interroger à la fois sur la construction des données et de leur représentation graphique.

L’étude de cas suivante illustre la problématique de la construction d’une carte et des conclusions, hâtives, que certains en tirent.
L’auteur de l’article Arabités numériques (1/2) : Facebook et les virtualités d’un nouveau monde arabe tire des conclusions politiques hasardeuses à partir de cartes construites sur les liens amis Facebook entre Israël et les territoires occupés de la Palestine :

[…] la comparaison des « amitiés numériques » palestiniennes et israéliennes, qu’on imagine a priori très différentes, est en fait assez éclairante : absents ou presque de l’espace politique israélien, les « Palestiniens de l’intérieur » (les Palestiniens de 48, les Arabes israéliens, etc.) retrouvent toute leur présence dans la visualisation des amitiés numériques d’un Israël très ami avec les Territoires occupés mais aussi avec l’Egypte ou la Jordanie ! Une réalité virtuelle que finira bien par se traduire un jour sur le terrain.

Comme je l’ai indiqué dans un commentaire à chaud, la méthodologie de la construction de ces cartes est bancale. Le code des couleurs, basé soit sur le continent dont chaque pays fait partie soit sur la langue officielle, ne pose pas problème. La taille des cercles, basée sur le nombre de « liens d’amitié », ne rend pas compte des données quantitatives.

Ainsi, l’ensemble des « liens d’amitié » des États-Unis est de la même taille que celui de l’Andorre alors que les États-Unis comptent plus de 314 millions d’habitants et l’Andorre seulement 78 mille, soit plus de 4000 fois moins !

De même, pour Israël et les Territoires palestiniens, on ne connaît ni le nombre total des « liens d’amitié » Facebook de chaque entité ni le nombre de « liens d’amitié » échangés entre chacune des entités. Y-a-t’il plus ou moins de liens échangés entre Israël et les Territoires palestiniens que entre les Territoires palestiniens et Israël ? Dans quelle proportion ? Mystère.

Le classement (de 1 à 5) des « liens d’amitié » Facebook échangés entre un pays et d’autres est basé sur l’ensemble des « liens d’amitié » du pays et le nombre des « liens d’amitié » échangés avec chaque pays. Cela indique une proportion, mais trop vague car non chiffrée. C’est pourquoi il est impossible de tirer des conclusions, politiques ou autres, sur la base de cartes construites sur des données quantitatives totalement inconnues et dont le système de représentation ne permet pas de les apprécier même approximativement.

Voici un exemple de cartographie de données statistiques qui est significative car la carte contient une échelle des valeurs représentées par les deux demi-cercles (clients/prospects).

05/10/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Michèle BÉGUIN et Denise PUMAIN, La représentation des données géographiques – Statistique et cartographie, Armand Colin, 1994 [Érudit].
Il est si facile de faire mentir une carte ou des statistiques… Dans une société où la carte et l’image ont acquis une importance considérable, il est donc essentiel de connaître les techniques et les méthodes qui permettent de traiter l’information statistique et de la cartographier correctement.
• Joseph KLATZMANN, Attention, statistiques ! – Comment en déjouer les pièges, La Découverte, 1996.
Si, dans chaque région française, les agriculteurs consomment plus de pommes de terres par personnes que les non-agriculteurs, comment se fait-il que, pour l’ensemble du pays ce soit le contraire ? « Très simplement », répondrez-vous… quand vous aurez lu l’explication. De nombreux autres exemples de données piégées ou erronées sont cités dans ce livre : comment peut-on « truquer » l’indice des cours de la Bourse ? Pourquoi y a-t-il moins de décès quand les médecins sont en grève ? Pourquoi les comparaisons internationales des revenus ne signifient-elles rien ? Comment des instituts de sondage peuvent-ils aboutirent à des résultats opposés ? Pourquoi les taux de dévaluation sont-ils à peu près tous faux ? Pourquoi votre espérance de vie est-elle plus élevée que ce que disent les statistiques ?
Dossier documentaire Statistiques & Sondages, Monde en Question.

Coupable, forcément coupable


Tous ceux qui accusent ou défendent l’accusé Dominique Strauss-Kahn ou la plaignante X étalent complaisamment des spéculations fondées sur leurs préjugés et non sur des faits que personne ne connaît aujourd’hui et que personne ne connaîtra peut-être jamais, ce qui alimentera les spéculations…

Nous ne connaissons rien ou presque rien des faits de cette affaire :

  1. Dominique Strauss-Kahn fut arrêté à l’aéroport de New York le 14 mai 2011 vers 16h40 (source : The New York Times) ;
  2. suite à une plainte déposée le jour même (l’heure est incertaine) : L’accusé a tenté d’avoir, par la force, une relation sexuelle anale et orale avec une autre personne ; l’accusé a tenté d’avoir des rapports vaginaux avec une autre personne ; l’accusé a forcé une autre personne à un contact sexuel ; l’accusé a séquestré une autre personne : l’accusé a obligé une autre personne à un contact sexuel sans le consentement de cette dernière ; l’accusé a de façon intentionnelle et sans raison légitime touché les parties sexuelles et autres parties intimes d’une autre personne dans le but d’avilir une autre personne et d’abuser d’elle, et dans le but d’assouvir le désir sexuel de l’accusé (source : ABC News).
  3. Il fut incarcéré puis libéré sous caution et placé en résidence surveillée. Il est libéré sur parole le 1er juillet, mais les charges de la plaignante sont maintenues (source : The New York Times).

Les médias fabriquent un récit qui semble cohérent, mais qui reste un récit fictionnel. Un jour, l’accusé est présenté comme un porc. Un autre jour, la plaignante est présentée comme une pute. Les récits en faveur de la plaignante (les plus nombreux) ou de l’accusé (plus rares [1]) ne reposent sur aucun fait, mais sur des préjugés – une construction a priori – qui alimentent les spéculations et les rumeurs.

Les récits en faveur de la plaignante jugent Dominique Strauss-Kahn par principe coupable et justifient leur parti pris par la défense d’une cause juste : la cause des travailleurs, la cause de l’antiracisme, la cause des Palestiniens et surtout la cause des femmes.

La cause des travailleurs

• 04/07/2011, Derrière leur spectacle, l’affrontement à préparer, Lutte Ouvrière [2] :
Il y a le feuilleton DSK, ses frasques, son fric, son déjeuner entre amis à 600 dollars, et la lancinante question qui taraude les journalistes et les sondeurs : quel avenir politique pour l’ex-directeur général du FMI, ex-candidat présumé du Parti socialiste à la présidence de la République ? À peine ce feuilleton a-t-il connu une brève interruption qu’on lui a substitué le conte de fée d’un prince épousant une roturière dans une principauté d’opérette, entre banques et casinos. Et comme ces deux affaires commencent à lasser sérieusement un téléspectateur normal, voilà le Tour de France avec ses affaires de dopage réel ou supposé, ses vrais et faux suspenses !
Pendant qu’on amuse la galerie, les nuages d’une nouvelle crise financière s’amoncellent partout dans le monde.

La cause de l’antiracisme

• 05/07/2011, Qui est le plus nuisible ?, Les mots sont importants :
Sans préjuger de ce que décidera la Justice américaine, on ne peut pas ne pas être écoeuré-e par la manière dont, en France en tout cas, les possibles « mensonges » et « accointances délinquantes » de Nafissatou Diallo, aussi dérisoires soient-elles, et surtout éloignées de l’affaire en cours, tendent à blanchir Dominique Strauss-Kahn d’un crime d’une tout autre gravité : une tentative de viol. En soutien à Nafissatou Diallo, qui est, pour le moins, victime d’un ahurissant déballage sexiste et raciste…

La cause des Palestiniens

• 02/07/2011, DSK : le coup du « coup monté », CAPJPO – EuroPalestine :
« Tout ça va finir avec un gros chèque » : conclusion tout à fait plausible de Franz Olivier Giesbert ce jeudi soir sur France 2″, écrivions-nous sur le site le 19 mai à propos de l’affaire DSK. Bien entendu, l’affaire ne sera jamais présentée de la sorte et il faut que Strauss-Kahn essaie de s’en sortir par le haut.
Quant aux autres « casseroles » que se traînent DSK dans ce domaine et qui sont de notoriété publique, il serait de mauvais goût d’en faire étalage face à une telle « réhabilitation » promise de la victime.

• 06/07/2011, La pensée tribale : POLANSKY, DSK., Islam et engagement :
C’est ainsi que l’un des plus ardents porte-parole de la pensée tribale raciste n’est autre que le sioniste BHL, qui a pris successivement la défense de Polansky et de DSK.
C’est au nom de ce même instinct primitif que vous le verrez célébrer de façon continue Tsahal, alors même que les soldats israéliens commettent les pires atrocités. Toujours au nom de la tribu.

La cause des femmes

• 02/07/2011, DSK. Les féministes gardent le cap, NouvelObs :
Même menteuse, Nafissatou Diallo ne met pas en péril le discours des féministes… Pas d’inquiétudes donc, pour ces femmes qui continueront à porter haut leur combat. « On se bat depuis trente ans, conclue Emmanuelle Piette, je savais qu’on n’allait pas tout gagner en une fois, mais la parole des femmes a été entendue. »

• 04/07/2011, Ivan RIOUFOL, Pourquoi DSK est coupable, Blog Le Figaro :
Dominique Strauss-Kahn, dont on a appris qu’il redoutait les pièges et les complots liés à son goût pour les femmes, persistait néanmoins à jouer avec le feu. C’est cette légèreté qui lui est reprochée. Un probable candidat à la présidence de la République s’interdit d’inutiles comportements à risques, sauf à estimer pouvoir tout se permettre.

• 04/07/2011, Clémentine AUTAIN et Audrey PULVAR, Non au procès du féminisme !, Le Monde :
S’il était prouvé que Nafissatou Diallo avait menti, ce serait un camouflet pour la justice, une délivrance pour DSK et ses proches après une terrible épreuve, ainsi qu’un coup très dur porté aux femmes victimes de viol.

L’article La bonne sœur et la putain, publié par Agnès Maillard le 05/07/2011, est symbolique de la dérive d’un discours construit sur les a priori d’une cause – la cause des femmes en l’occurrence.

Une grande partie de ma vie d’adulte, je me suis appliquée à ne porter que des chaussures sans talon, des pulls informes, des pantalons et non des jupes, les cheveux courts, des coupes amples, des couleurs ternes, et surtout, j’ai réussi à me convaincre que c’était par goût. Le goût du sobre, le rejet de la mode, la nécessité de n’exister que sur le registre mental, de ne jamais incorporer ma pensée. Bien sûr, un bon fond féministe m’a permis de justifier ce genre de choix politiquement, comme refus de subir la dictature de la futilité et de l’apparence. Jusqu’à ne pas me reconnaître dans un miroir. Mais cela me rassurait. Et me donnait l’illusion que je pouvais réussir à exister en dehors de mon statut de femme, dans un strict rapport d’égalité, désincarné, asexué.

La vérité, c’est que j’avais peur. […] Parce que, finalement, j’avais parfaitement bien intériorisé ce savoir commun qui laisse entendre qu’une femme qui se fait chopper, elle l’a bien un peu cherché. Parce qu’elle a traîné au mauvais endroit, au mauvais moment, parce qu’elle a peint ses lèvres de la couleur de sa vulve, parce qu’elle a montré une cheville évocatrice que surmonte un mollet bien galbé, parce que la chevelure dansante appelle à l’empoignade, parce que la robe qui souligne sa taille et magnifie ses fesses est un hymne à l’enculade, parce que ses seins qui l’empêchent de courir sont arrogants sous le tissu trop tendu de sa chemise cintrée, parce qu’une femme séduisante et épanouie est forcément un appeau à bites. Parce que nous savons toutes et on nous le rappelle sans cesse, qu’il nous suffit de ne pas être des saintes pour que tout mâle normalement constitué ait une irrépressible envie de nous fourrer son pénis dans notre vagin sans nous demander notre avis. Et c’est tout.

Cette affirmation péremptoire méritait des explications que l’auteure n’était pas disposée à donner et qu’elle ne pouvait pas donner sans renoncer au dogme.

L’auteure croit que Dominique Strauss-Kahn est coupable, forcément coupable, parce que cet homme symbolise la dépravation masculine dont seraient victimes les femmes… de toute éternité. Amen.

Le dernier rebondissement de l’affaire DSK ne raconte jamais rien d’autre que l’histoire éternelle de la femme pécheresse, tentatrice, manipulatrice et coupable par défaut de la chute de l’homme. Qu’importe si l’homme en question avait un lourd passif dans les affaires de mœurs des plus éloquentes, ce qui compte c’est l’idée, finalement, que si la femme n’est pas une sainte, c’est qu’elle est forcément une catin et que ce simple retournement suffit à absoudre l’homme de tout soupçon de viol.

Ce « Coupable, forcément coupable » rappelle le « Sublime, forcément sublime » de Marguerite Duras dans l’affaire Grégory, construit sur la même croyance :

Il y a un para chez tout homme. […] ils le sont tous, je crois que tout homme est beaucoup plus près d’un général, d’un militaire que de la moindre femme.
Marguerite DURAS, Xavière GAUTHIER, Les parleuses, Éditions de Minuit, 1974 p.33.

08/07/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.


[1] Les récits en faveur de Dominique Strauss-Kahn sont le plus souvent construits sur la thèse d’un complot. Lire par exemple WSWS (groupe trotskyste américain) :
• 19/05/2011, David NORTH et David WALSH, Les questions sérieuses soulevées par l’affaire Dominique Strauss-Kahn, WSWS :
La présomption d’innocence sert d’argument à WSWS pour défendre la thèse d’un complot : « la destruction de la réputation politique de Strauss-Kahn ».
• 04/07/2011, L’accusation de viol à New York contre l’ex-chef du FMI s’effondre, WSWS :
Il n’est pas encore possible de déterminer si la relation avec la femme de chambre était un coup monté délibéré, comme de nombreux partisans de Strauss-Kahn en France l’ont suggéré. Mais le déroulement des faits après son arrestation montre clairement que, au minimum, l’affaire a été manipulée pour atteindre un but politique.
[2] La démagogie de LO rappelle étrangement celle des maoïstes dans l’affaire de Bruay-en-Artois.

Contre Raymond ABELLIO


Raymond Abellio est surtout connu aujourd’hui par les cercles « ésotériques » et proches de l’extrême droite. Georges Soulès (son vrai nom) fut un militant socialiste qui s’embourba dans la collaboration avant de devenir Raymond Abellio (son pseudonyme) après sa rencontre avec un « maître spirituel » [1].

Son biographe prétend que « son engagement dans la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale aura été une croix sa vie durant » et que « son cheminement vers la collaboration s’avère emblématique d’une dérive psycho-idéologique qui a touché nombre de militants de gauche de l’entre-deux-guerres ». Pour justifier la dérive de Raymond Abellio, il prétend même que de nombreux trotskystes ont collaboré durant la guerre [2].

En fait Georges Soulès – Raymond Abellio fut un activiste socialiste patriote (plus nationaliste que socialiste comme Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui) et un métaphysicien appelant à une « Europe spirituelle » (masque libéral de l’extrême droite) [3].

La biographie de Nicolas Roberti est donc une tentative révisionniste pour réhabiliter Raymond Abellio auprès de nouvelles générations. Entreprise facilitée par le fait que les courants socialistes et communistes ont trahi leurs idées et leurs programmes et ont déserté la lutte des classes au profit de la démagogie d’une politique spectacle obsédée par l’ordre moral.

02/06/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Note du 11/06/20111
Nicolas Roberti se présente ainsi :

Nicolas Roberti Serebriakov, Conseil en ressourcement interne/externe, 35 ans, Docteur ès Philosophie ; a été enseignant à l’Université et journaliste au Journal du Parlement.
Source : L’équipe d’Anastase

Ce CV masque quelques détails :
– Né en 1972, il habite Rennes depuis 2009.
Source : Blog de Jiès Arles
– Docteur ès Philosophie et Sciences religieuses. De quelle Université ? L’Institut Catholique de Paris ? Sa thèse, soutenue en 2004, portait sur Raymond Abellio.
Source : La vie littéraire
– Enseignant à l’Université. Laquelle ? L’Institut Catholique de Paris ? Où donc enseigner les Sciences religieuses ?
– Journaliste au Journal du Parlement institution « qui ne respecte pas la Convention française du journalisme et enfreint la législation française du travail ».
Source : Dossiers du Journal du Parlement
– Conseil en ressourcement interne/externe. Il se présente aussi comme « communicant » dans le Club de la presse de Rennes et de Bretagne et dans Tout ça, le magazine qui touche à tous ou comme « directeur associé conseil en développement dans une agence de communication et d’accompagnement stratégique » sur le Blog de Jiès Arles. Il s’agit de la société HERMES qui ne publie pas ses bilans et dont la solvabilité est en chute libre.

Ce n’est pas tout, il est aussi :
– Critique gastronomique de restaurants rennais, mais pas encore chef en cuisine Gourmet.
Sources : L’AmiralTaverne de La Marine 
– Rédacteur du site Unidivers.
Source : Blog de xefolius

Bref, ce VRP multicartes est tout sauf historien !

Lire aussi :
• Bio-blibliographie, Metapedia.
• Raymond Abellio, Mecanopolis.
Dossier documentaire & Bibliographie Trotskysme, Monde en Question.


[1] Raymond Abellio Aujourd’hui (2002), Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle.
[2] Sélection bibliographique :
• Nicolas ROBERTI, Le romanesque chez R. Abellio, La vie littéraire.
• Nicolas ROBERTI, Raymond ABELLIO 1907-1944 – 1.Un gauchiste mystique, L’Harmattan, 2011 [Blog de xefolius].
• Nicolas ROBERTI, Raymond ABELLIO 1944-1986 – 2.La structure et le miroir, L’Harmattan, 2011 [Blog de xefolius].
[3] Hommage à Raymond Abellio, héros européen, Forum du PSUNE (mouvement pour l’Europe-Nation).

Présumé coupable – Victime présumée


Que savons-nous exactement de ce qui s’est réellement passé ? Rien, absolument rien ! Mais tout le monde commente cette affaire sans connaître les faits en prenant soit le parti du présumé coupable soit celui de la victime présumée.

Voici une petite revue de blogs qui hurlent au complot, de ceux qui hurlent avec les loups (le présumé coupable est coupable ou la victime présumée est victime) et de ceux qui ne hurlent pas avec les loups (plus rares) [1].

Blogs qui hurlent au complot

• DSK : terrassé !, Seriatim

A qui profiterait la chute de Dominique Strauss-Kahn : A Nicolas Sarkozy ?
[…]
Coup monté et si oui par qui : les services français ou américains ou les deux ? Sinon, serait-ce une simple affaire de mœurs ?

• Le dézingage d’un gêneur, Dedefensa

Quoi de mieux que frapper le FMI à la tête. La réputation de DSK était ainsi faite qu’il suffisait d’une petite manipulation bien montée pour l’abattre, sans même que la victime y mette du sien, c’est-à-dire sans même attendre que DSK adopte le comportement criminel qui lui est reproché. On ne prête qu’aux riches.

Blogs qui hurlent avec les loups

• Agression sexuelle : La parole de la victime existe-t-elle encore ?, Actualités du droit

DSK conteste les charges. Dont acte. Nous ne savons rien de la thèse de DSK. Ne s’est-il rien passé ? S’est-il passé quelque chose, mais qui n’était qu’une équivoque ? Est-ce un complot, une manipulation ? Ses avocats s’exprimeront. […]

Mais, en parallèle, quel mépris pour ce que dit cette femme ! Comment accuser d’être l’outil d’un complot cette jeune femme humble, vivant avec sa fille, salariée appréciée par son employeur dans sa manière de servir et dans son comportement ?

• DSK : l’ivresse du pouvoir, Le Monolecte [2]

Parce que franchement, à quoi ça sert d’être le maître du monde si tu ne peux pas faire strictement tout ce que tu veux ?
Comment penser une demi-seconde que les questions de consentement d’une boniche et autres pinailleries du genre puissent intéresser des gens tellement puissants, tellement ivres de leur pouvoir sur le reste de l’humanité, eux qui, d’un trait de plume, peuvent décider qui va vivre ou mourir, qui va manger ou crever, qui va se soigner, qui va être éduqué dans la plupart des pays du monde ? DSK, c’est le maître après Dieu, c’est le grand ordonnateur des purges financières qui vont plonger des peuples entiers dans une misère que nous ne voulons même pas envisager et vous pensez vraiment qu’il considère la boniche de sa suite à 3 000 $ la nuit autrement que comme un dû, un service annexe, quelque chose entre la serviette de bain brodée et la collection de mignonnettes du minibar ?

Blogs qui ne hurlent pas avec les loups

• Présomption d’innocence : ce que dit la loi française, Blog de Laurent Mucchielli

Article 9-1 du code civil :

Chacun a droit au respect de la présomption d’innocence.

Lorsqu’une personne est, avant toute condamnation, présentée publiquement comme coupable de faits faisant l’objet d’une enquête ou d’une instruction judiciaire, le juge peut, même en référé, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que l’insertion d’une rectification ou la diffusion d’un communiqué, aux fins de faire cesser l’atteinte à la présomption d’innocence, et ce aux frais de la personne, physique ou morale, responsable de cette atteinte.

• De quelques aspects juridiques de l’affaire DSK, Journal d’un avocat

Il ne s’agit pas ici de démontrer la culpabilité ou l’innocence du directeur général du FMI : des confrères plus compétents que moi – et bien mieux payés – s’en chargent. Pas plus que de tenter de démontrer un hypothétique complot, dans un sens ou dans l’autre, mais de décrire et expliquer la procédure pénale dont il fait l’objet pour comprendre ce qui se passe et ce qui va se passer.

18/05/2011
Serge LEFORT

Lire aussi : Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.


[1] Blogs qui étaient ou qui sont encore les Favoris de Monde en Question.
[2] C’est l’argumentation démagogique développée à l’extrême gauche et à l’extrême droite :

Tout aussi significative dans ce jeu des commentaires, la mue du Front National. Si son ancien président Jean-Marie Le Pen s’est contenté de proférer des propos grivois en réaction à l’affaire, sa fille qui lui a succédé n’a pas manqué d’affirmer le nouveau visage du FN. Dès dimanche matin, sur RTL, Marine Le Pen estimait que « la justice française devrait prendre quelques leçons de la justice américaine, puisque la plainte d’une simple employée d’hôtel face au patron du FMI a été entendue ». Un discours de classe, là encore, qui vient confirmer les inquiétudes de Terra Nova et ne manquera pas de faire réfléchir le PS de l’après-Strauss-Kahn : « Le FN se pose en parti des classes populaires, et il sera difficile à contrer ».
Les employées dans l’angle mort d’une certaine gauche.

Selon certains féministes la parole de la victime présumée est suffisante pour fabriquer un coupable :

« J’ai empêché ma fille de porter plainte » : une élue socialiste, dont la fille aurait été agressée sexuellement par Dominique Strauss-Kahn, regrette aujourd’hui son silence. Comme dans bien des cas de viol, la victime s’est tue. Pour préserver la paix. Celle du coupable.

L’affaire DSK et l’omerta sur les violences sexuelles
.

Obama revendique le meurtre d’Oussama


Un homme prétend avoir tué l’ancien copain d’un copain et annonce son crime à la télévision sans donner aucune preuve – pas même le corps qu’il aurait fait disparaître en le balançant à la mer -, mais glorifie le mobile de son crime en invoquant la justice divine :

Et un soir comme celui-ci, nous pouvons dire aux familles qui ont perdu des êtres chers par le terrorisme d’Al-Qaïda : justice a été faite.

Souvenons-nous que nous pouvons accomplir ces choses, pas simplement grâce à notre richesse ou notre puissance, mais grâce à ce que nous sommes : une nation, selon Dieu, indivisible, avec la justice et la liberté pour tous.

Dans un monde normal, vous diriez que c’est un fou, mais dans celui où nous vivons, Barack Obama Président des États-Unis a revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden à la télévision américaine le 1er mai 2011 sous les applaudissements de tout le monde occidental [1].

La mort de ben Laden fut annoncée antérieurement par d’autres sources :

Les médias dominants reprennent en boucle les déclarations des autorités américaines sans les discuter. Ils jouent à fond la carte de l’émotion, qui fait vendre, sans poser les questions classiques : Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Pourquoi.

Ben Laden est certainement mort, mais nous ne saurons peut-être jamais où, quand et comment. La question est de savoir pourquoi les États-Unis ont choisi d’annoncer sa mort maintenant et donc de se débarrasser d’un ennemi (ancien ami) si utile… pour justifier leurs crimes au nom de la guerre contre le terrorisme.
Plusieurs hypothèses sont envisageables :

  1. Les élections de novembre 2012
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour se placer comme le candidat favori aux prochaines élections présidentielles américaines.
  2. L’Afghanistan
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour justifier le prochain retrait des troupes américaines d’Afghanistan sans avoir gagner la guerre.
  3. Le Pakistan
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour justifier une intervention militaire au Pakistan et détruire les preuves des alliances contractées, entre la CIA et l’ISI d’une part et les divers groupes jihadistes d’autre part, au temps de l’occupation soviétique de l’Afghanistan.

Aucune hypothèse ne s’exclut l’une l’autre. La troisième est aussi envisagée par Syed Salim Shahzad dans un article publié par Asia Times : « la mort de ben Laden marquera probablement aussi le début du déplacement du théâtre de guerre, de l’Afghanistan vers le Pakistan » [2].

03/05/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.


[1] En France, Jospin a déclaré « Les États-Unis ont appliqué le droit de légitime défense » et Sarkozy « L’élimination de Ben Laden est un succès, ce n’est pas la fin d’Al-Qaïda ».
[2] Lire aussi :
• 15/10/2008, La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan, Monde en Question.
• 02/12/2008, Serge LEFORT, La guerre contre le Pakistan a commencé, Monde en Question.
• 03/12/2008, Le grand jeu asiatique, Monde en Question.
• 13/08/2009, Serge LEFORT, Guerre sans fin de l’Afghanistan au Pakistan, Monde en Question.

Libye – Revue de presse à contre-courant



Manifestants « pacifiques » libyens

Agences de presse

Reuters-Yahoo! Actualités, 20/03/2011

Le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a critiqué dimanche les frappes aériennes internationales sur la Libye, estimant qu’elles allaient au-delà de la zone d’exclusion aérienne réclamée par l’organisation et causaient des pertes civiles.

La France, la Grande-Bretagne et les États-Unis sont entrés en action samedi en fin de journée en Libye. La coalition dit cibler des objectifs militaires, notamment des bases aériennes et défenses antiaériennes, pour tenter de contraindre les forces de Mouammar Kadhafi à cesser les attaques contre l’insurrection.

Mais le régime libyen affirme que des civils sont visés par ces frappes et que 64 d’entre eux sont morts depuis samedi.

Il n’était pas possible de vérifier l’information mais Moscou, opposé à l’intervention militaire, lui a donné du crédit en reprenant les chiffres officiels libyens et en demandant à Paris, Londres et Washington de « cesser le recours non sélectif à la force ».

Plus grave pour la coalition, Amr Moussa a demandé un rapport sur les opérations en Libye « qui ont provoqué la mort et les blessures de nombreux civils libyens« .

« Ce qui se passe en Libye diffère de l’objectif d’imposition d’une zone d’exclusion aérienne, et ce que nous voulons est la protection des civils et non le bombardement de davantage de civils », a dit Amr Moussa, cité par l’agence égyptienne Mena.

Un haut responsable américain a rétorqué que « la résolution approuvée par les Arabes (…) incluait une zone d’exclusion aérienne tout en allant au-delà ».

Le soutien de la Ligue arabe à la résolution 1973 de l’Onu a grandement facilité la mise en place de la plus grosse intervention militaire dans le monde arabe depuis l’invasion de l’Irak en 2003.

Si l’organisation désapprouvait son déroulement, cela compliquerait grandement la tâche des Occidentaux. Certains analystes militaires soulignent déjà que cette campagne sera dans tous les cas difficile, et son issue incertaine.

L’amiral Mike Mullen, chef d’état-major interarmes de l’armée américaine, a concédé que l’opération pourrait déboucher sur une impasse.

Sud Ouest, 21/03/2011

Le conflit s’éternise, le pays se divise
C’est bien davantage l’hypothèse privilégiée aujourd’hui. « L’état-major américain évoque déjà une impasse. Elle est en partie liée au flou de la résolution, à un objectif qui n’est pas clairement défini », explique Barah Mikaïl. Des pays de la Ligue arabe ont d’ailleurs déjà critiqué les frappes qui sortent, selon elle, du cadre d’intervention défini par la résolution 1973 de l’ONU.

Les actions aériennes de l’Alliance pourraient effectivement avoir pour effet de figer la situation au sol. On pourrait alors envisager que le conflit s’éternise au fil d’actions militaires sporadiques dans les deux camps, et que l’on se dirige vers une division du pays. « Le contexte libyen fait que les divisions y sont bien plus poussées qu’ailleurs. La Libye, c’était trois régions différentes avant sa création. Il y a une dimension tribale à prendre en compte », ajoute Barah Mikaïl.

RIA Novosti, 21/03/2011.

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada veulent que l’opération armée en Libye soit placée sous le commandement de l’OTAN, mais la France s’y oppose, a annoncé lundi la chaîne de télévision belge RTBF.

Analyses

• Patrick O’CONNOR, Explosion des prix du pétrole : Les États-Unis et l’Europe envisagent une intervention en Libye, WSWS, 24/02/2011.

La plus grande préoccupation des puissances impérialistes est de restabiliser l’État d’Afrique du Nord et de relancer les exportations de pétrole. Les diverses critiques des chefs occidentaux faites à l’endroit du gouvernement libyen et de son recours à la violence sont totalement hypocrites – Mouammar Kadhafi a profité de relations des plus chaleureuses avec les États-Unis et l’Europe durant la dernière décennie. Son régime a été financé et armé par ces puissances, en récompense de son appui aux objectifs géostratégiques de Washington dans la région et de sa collaboration avec les sociétés pétrolières étrangères établies en Libye. De nombreux politiciens et personnalités bien en vue du monde des affaires se sont enrichis en collaborant avec Kadhafi, notamment l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, qui visitait régulièrement Tripoli au nom de la banque d’investissement américaine JPMorgan Chase.

Hier, avant une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, un projet de résolution présenté par l’Union européenne (UE) a condamné « les récentes violations extrêmement graves des droits humains commises en Libye, dont les exécutions extrajudiciaires, les arrestations arbitraires, la détention et la torture de manifestants pacifiques, qui, si elles sont répandues et systématiques, pourraient constituer des crimes contre l’humanité ». Cette référence à des crimes contre l’humanité est importante – le même prétexte avait été utilisé par les interventions de l’OTAN dans les Balkans dans les années 1990.
Remplacer « violations extrêmement graves des droits humains commises en Libye » par « violations extrêmement graves des droits humains commises en Palestine par l’État israélien » pour mesurer le « deux poids, deux mesures.

Toute intervention menée par les États-Unis viserait d’abord à rétablir la production de pétrole en Libye et non à mettre un terme à la violence brutale déployée par les forces de Kadhafi. Les sociétés pétrolières étrangères, incluant Eni de l’Italie, Repsol YPF de l’Espagne, Wintershall de l’Allemagne et Total de la France, ont cessé la production ou l’ont diminué fortement.

• Manlio DINUCCI, La Libye dans le grand jeu du nouveau partage de l’Afrique, Mondialisation, 25/02/2011.

Grâce aux réserves de pétrole et de gaz naturel, la Libye a une balance commerciale en actif de 27 milliards de dollars annuels et un revenu moyen-haut par habitant de 12 mille dollars, six fois plus élevé que l’égyptien. Malgré les fortes disparités, le niveau de vie moyen de la population libyenne (à peine 6,5 millions d’habitants par rapport aux 85 millions en Egypte) est ainsi plus haut que celui de l’Egypte et des autres pays nord-africains. En témoigne le fait que travaillent en Libye environ un million et demi d’immigrés en majorité nord-africains. 85% des exportations énergétiques libyennes sont destinés à l’Europe : en premier lieu à l’Italie qui en absorbe 37%, suivie par l’Allemagne, la France et la Chine. L’Italie est au premier rang aussi des importations libyennes, suivie par la Chine, la Turquie et l’Allemagne.

Ce cadre saute à présent sous l’effet de ce qui se caractérise non pas comme une révolte de masses appauvries, comme celles en Egypte et Tunisie, mais comme une vraie guerre civile, due à une fracture dans le groupe dirigeant. Ceux qui ont fait le premier pas ont exploité le mécontentement contre le clan Kadhafi, mécontentement répandu surtout dans les populations de la Cyrénaïque et les jeunes des villes, à un moment où toute l’Afrique du Nord est parcourue de mouvements de rébellion. A la différence de l’Egypte et de la Tunisie, cependant, l’insurrection libyenne apparaît pré-commandée et organisée.

Ceci advient dans le grand jeu de la répartition des ressources africaines, qui voit s’amplifier le bras de fer surtout entre Chine et États-Unis.

• Pas d’intervention impérialiste en Libye !, WSWS, 01/03/2011.

Les États-Unis et les puissances européennes se dirigent vers une intervention militaire directe en Libye. Ils cherchent à exploiter un soulèvement populaire légitime contre le régime d’un Mouammar Kadhafi au pouvoir depuis 41 ans pour prévenir toute possibilité d’émergence d’un régime plus radical et pour installer à la place de cette dictature discréditée un gouvernement fantoche de type colonial.

Comme dans le cas de toute opération dans cette région du monde, les mobiles décisifs sont d’une double nature: mainmise sur les ressources de l’un des principaux pays producteurs de pétrole et poursuite des intérêts stratégiques d’ensemble de l’impérialisme américain au Moyen Orient et en Afrique du Nord. Des forces militaires impérialistes stationnées en Libye seraient en mesure d’influencer le cours futur des événements en Egypte, en Tunisie, en Algérie et au Maroc, qui sont tous à présent dans la tourmente tout comme le sont, au-delà du Sahara, le Soudan, le Tchad, le Niger et le Nigeria.

La pose de l’indignation humanitaire adoptée par les États-Unis et l’Europe n’est pas crédible. Jusqu’à il y a deux semaines, ces puissances ont courtisé Kadhafi pour l’obtention de contrats lucratifs dans l’exploitation des ressources pétrolières et du gaz libyen. Tout un cortège de prétendants occidentaux qui avaient suivi l’odeur du pétrole – Condoleezza Rice, le britannique Tony Blair, le français Chirac, Berlusconi d’Italie, Zapatero d’Espagne – avait fait le chemin de Tripoli. Ils n’avaient alors prêté aucune attention à l’État policier de Kadhafi et aux hurlements provenant de ses chambres de torture.

Une préoccupation supplémentaire pour les États-Unis est le rôle de la Chine qui prépare sa toute première opération militaire en Méditerranée. Beijing a envoyé la frégate Xuzhou qui fait partie d’une patrouille anti-pirate déployée au large des côtes somaliennes vers les côtes libyennes via le canal de Suez pour aider à l’évacuation de 30.000 citoyens chinois, pour la plupart des ouvriers du bâtiment, piégés par les combats.

En d’autres termes, la Libye doit être transformée en une semi colonie dirigée par les États-Unis et leurs confrères prédateurs d’Europe de l’Ouest qui prendront le contrôle des réserves pétrolières et transformeront le territoire de ce pays en une base stratégique pour le lancement d’opérations contre les soulèvements de masse qui déferlent présentement sur le Moyen Orient et l’Afrique du Nord.

• Andreï FEDIACHINE, Le scénario yougoslave pour la Libye, RIA Novosti, 05/03/2011.

Auparavant, on aurait appelé cela la « diplomatie de la canonnière », mais aujourd’hui cette expression ne convient plus tout à fait. On s’est souvenu du terme « interventionnisme libéral. » Et tout commence à rappeler le « schéma yougoslave. » On semble revivre les bombardements de 1999.

Barack Obama pourrait devoir faire face à un problème plus grave que le Kosovo : l’augmentation des prix du pétrole menace déjà de stopper le rétablissement économique et, par conséquent, de réduire considérablement ses chances d’être réélu l’année prochaine. On ne plaisante pas avec ce genre de choses.

• Mohamed HASSAN, Libye : révolte populaire, guerre civile ou agression militaire ?, Mondialisation, 07/03/2011.

Dans les années 50, une blague circulait à la Maison Blanche, au sein de l’administration Eisenhower qui se développa ensuite en véritable théorie politique sous Reagan. Comment distinguer les bons des mauvais Arabes ? Un bon Arabe fait ce que les États-Unis lui disent. En échange, il reçoit des avions, est autorisé à déposer son argent en Suisse, est invité à Washington, etc. Eisenhower et Reagan nommaient ces bons Arabes : les rois d’Arabie Saoudite et de Jordanie, les cheikhs et émirs du Koweït et du Golfe, le Shah d’Iran, le roi du Maroc et bien-sûr, le roi Idriss de Libye. Les mauvais Arabes ? Ceux qui n’obéissaient pas à Washington : Nasser, Kadhafi, Saddam plus tard…

Kadhafi n’est pas un mauvais Arabe parce qu’il fait tirer sur la foule. On fait la même chose en Arabie Saoudite ou au Bahreïn et les dirigeants de ces pays reçoivent tous les honneurs de l’Occident. Kadhafi est un mauvais Arabe parce qu’il a nationalisé le pétrole libyen que les compagnies occidentales considéraient – jusqu’à la révolution de 69 – comme leur appartenant. Ce faisant, Kadhafi a apporté des changements positifs en Libye, au niveau des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de la condition des femmes, etc.

Les États-Unis alimentent ces tensions afin de pouvoir intervenir militairement en Libye. Dès les premiers jours de l’insurrection, la secrétaire d’État Hillary Clinton a proposé d’apporter des armes aux opposants. Dans un premier temps, l’opposition organisée sous le Conseil National a refusé toute ingérence des puissances étrangères, car elle savait que cela jetterait le discrédit sur son mouvement. Mais aujourd’hui, certains opposants en appellent à une intervention armée.

Pour la Libye, il faut être très prudent avec les informations qui nous parviennent. Un jour, on parle de 2.000 morts et le lendemain, le bilan est revu à 300. On a aussi dit dès le début de la crise que Kadhafi avait bombardé son propre peuple, mais l’armée russe, qui surveille la situation par satellite, a officiellement démenti cette information. Si l’Otan se prépare à intervenir militairement en Libye, nous pouvons être sûrs que les médias dominants vont diffuser la propagande de guerre habituelle.

En fait, la même chose s’est passée en Roumanie avec Ceausescu. Le soir du réveillon de Noël 1989, le premier ministre belge Wilfried Martens a fait un discours à la télévision. Il a prétendu que les forces de sécurité de Ceausescu venaient de tuer 12.000 personnes. C’était faux. Les images du fameux charnier de Timisoara ont également fait le tour du monde. Elles étaient censées démontrer la violence aveugle du président roumain. Mais il s’est avéré plus tard que tout cela était une mise en scène : des cadavres avaient été sortis de la morgue et placé dans des fosses pour impressionner les journalistes. On a aussi dit que les communistes avaient empoisonné l’eau, que des mercenaires syriens et palestiniens étaient présents en Roumanie ou bien encore que Ceausescu avait formé des orphelins pour en faire des machines à tuer. C’était de la pure propagande pour déstabiliser le régime.

Finalement, Ceausescu et sa femme furent tués après un simulacre de procès qui dura 55 minutes. Bien sûr, tout comme Kadhafi, le président roumain n’était pas un enfant de chœur. Mais que s’est-il passé depuis ? La Roumanie est devenue une semi-colonie de l’Europe. La main d’œuvre bon marché y est exploitée. De nombreux services ont été privatisés au profit des compagnies occidentales et sont hors de prix pour une grande partie de la population. Et maintenant, chaque année, des tas de Roumains vont pleurer sur la tombe de Ceausescu. La dictature était une chose terrible, mais depuis que le pays a été économiquement détruit, c’est pire !

Il faut analyser tous ces événements à la lumière des nouveaux rapports de force dans le monde. Les puissances impérialistes sont en déclin alors que d’autres forces sont en plein essor. Récemment, la Chine a proposé de racheter la dette portugaise ! En Grèce, la population est de plus en plus hostile à cette Union Européenne qu’elle perçoit comme une couverture de l’impérialisme allemand. Les mêmes sentiments se développent dans les pays de l’Est. Par ailleurs, les États-Unis ont attaqué l’Irak pour s’emparer du pétrole mais au final, seule une compagnie US en profite, le reste étant exploité par des compagnies malaisiennes et chinoises. Bref, l’impérialisme est en crise.

Par ailleurs, la révolution tunisienne a fortement surpris l’Occident. Et la chute de Moubarak encore plus. Washington tente de récupérer ces mouvements populaires, mais le contrôle lui échappe. En Tunisie, le premier ministre Mohamed Ghannouchi, un pur produit de la dictature Ben Ali, était censé assurer la transition et donner l’illusion d’un changement. Mais la détermination du peuple l’a contraint à démissionner. En Egypte, les États-Unis comptent sur l’armée pour maintenir en place un système acceptable. Mais des informations me sont parvenues confirmant que dans les innombrables casernes militaires disséminées à travers le pays, de jeunes officiers s’organisent en comités révolutionnaires par solidarité avec le peuple égyptien. Ils auraient même fait arrêter certains officiers associés au régime de Moubarak.

La région pourrait échapper au contrôle des États-Unis. Intervenir en Libye permettrait donc à Washington de briser ce mouvement révolutionnaire et d’éviter qu’il ne s’étende au reste du monde arabe et à l’Afrique. Depuis une semaine, des jeunes se révoltent au Burkina-Faso mais les médias n’en parlent pas. Pas plus que des manifestations en Irak.

• Michel CHOSSUDOVSKY, Tentative de coup d’État des USA et de l’OTAN en Libye ?, Mondialisation, 07/03/2011.

Les États-Unis et l’OTAN appuient une insurrection armée dans l’est de la Libye dans le but de justifier une « intervention humanitaire ».

Il ne s’agit pas d’un mouvement de protestation non violent comme ceux de l’Égypte et de la Tunisie. Les conditions en Libye sont fondamentalement différentes. L’insurrection armée dans l’est de la Libye est directement soutenue par des puissances étrangères.

Le véritable objectif de l' »Opération Libye » n’est pas d’instaurer la démocratie mais de prendre possession des réserves de pétrole du pays, de déstabiliser la Compagnie pétrolière nationale de Libye (CPN ou NOC en anglais) et de privatiser tôt ou tard l’industrie pétrolière du pays, c’est-à-dire transférer le contrôle et la propriété de la richesse pétrolière libyenne dans des mains étrangères.

Le scénario stratégique consisterait à faire des pressions en faveur de la formation et de la reconnaissance d’un gouvernement intérimaire dans la province sécessionniste dans le but de faire éclater le pays tôt ou tard.

Des armes sont fournies aux forces de l’opposition et cela est confirmé par des déclarations des États-Unis et de l’OTAN. Malgré l’absence de preuves établies à ce jour, des signes indiquent que des armes ont été livrées aux insurgés avant l’attaque contre la rébellion.

Les objectifs stratégiques plus vastes sous-jacents à l’invasion proposée de la Lybie ne sont pas mentionnés par les médias. À la suite d’une campagne médiatique trompeuse, où les nouvelles ont littéralement été fabriquées sans que l’on rapporte ce qui se passait sur le terrain, un large secteur de l’opinion publique internationale a accordé son appui inflexible à une intervention pour des raisons humanitaires.

• Andreï FEDIACHINE, Le surréalisme de la révolte libyenne, RIA Novosti, 14/03/2011.

La révolte libyenne et tout ce qui l’entoure commencent à revêtir des formes peu compréhensibles, difficilement explicables et même surréalistes. Tous les événements à la périphérie de la révolte contre Kadhafi pourraient être qualifiés de grotesques n’était le sang coulant à son épicentre. Et en l’absence d’une opposition qui sombre déjà dans fatalisme des condamnés.

Difficilement crédible, mais c’est la réalité. L’Europe est contrainte d’essayer de convaincre Washington de faire pratiquement la même chose, à laquelle les États-Unis poussaient leurs alliés de l’UE au Kosovo et en Yougoslavie en 1999: instaurer en Libye une zone d’exclusion aérienne, détruire les systèmes de défense antiaérienne et commencer à armer les rebelles. Soit simplement armer l’opposition. Or à l’époque, à la fin des années 90, le « problème kosovar » ne représentait une menace ni pour l’Europe, ni pour les États-Unis de par la gravité des problèmes qui surviennent déjà en raison de l’instabilité libyenne et de la perturbation de l’approvisionnement en pétrole.

La France, la Grande-Bretagne et l’Italie devancent Washington dans les appels à instaurer un blocus aérien de la Libye et de faire des « frappes chirurgicales » sur les sites gouvernementaux (appel du président français Nicolas Sarkozy). Nicolas Sarkozy a, par ailleurs, décrété la reconnaissance du Conseil national de transition des rebelles à Benghazi et l’échange d’ambassadeurs, et il a été réprimandé pour cela par les autres membres de l’UE (nous devons agir ensemble, et cela ne sert à rien de se démarquer).

Les principaux alliés et les fournisseurs de pétrole des États-Unis, l’Arabie saoudite et d’autres rois du pétrole ne veulent pas que leur « plèbe » prenne des ailes grâce à l’aide extérieure. En s’inspirant notamment de l’exemple de la Libye. Personne ne défend Kadhafi détesté par tous : plaise à Dieu qu’il s’en aille. Mais il ne faut pas que cela se propage jusqu’à nous !

• Manlio DINUCCI, De l’Irak à la Libye, la guerre des vingt ans, Mondialisation, 17/03/2011.

La résolution du Conseil de sécurité qui, le 17 mars 2011, autorise à prendre « toutes les mesures nécessaires » contre la Libye rappelle celle qui, le 29 novembre 1990, autorisait l’usage de « tous les moyens nécessaires » contre l’Irak. Il y a vingt ans, profitant de la désagrégation de l’URSS et de son bloc d’alliances, les États-Unis et les plus grandes puissances européennes de l’OTAN déplaçaient le centre focal de leur stratégie dans le Golfe, en attaquant en 1991 l’Irak, un des principaux producteurs pétrolifères avec des réserves estimées parmi les plus grosses du monde. Aujourd’hui c’est la Libye qui se trouve dans le collimateur, une Libye dont les réserves pétrolifères sont les plus grosses d’Afrique, le double de celles des USA.

Aujourd’hui, comme en 1990, l’intervention armée se trouve motivée avec la « défense des droits humains » et la « protection des civils ». Et on félicite, dans la résolution, les gouvernements arabes qui participent à ce noble effort : comme la monarchie absolue du Bahrein, qui a appelé les troupes saoudiennes pour réprimer dans le sang la lutte de son peuple pour les plus élémentaires droits humains, et le régime yéménite qui est en train de massacrer des civils qui manifestent pour la démocratie.

• Andreï FEDIACHINE, Kadhafi, le colonel aux ailes bientôt rognées, RIA Novosti, 18/03/2011.

Pas très loin, à Bahreïn, on assiste à quelque chose de diamétralement opposé. Les troupes d’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe sont entrées à Manama, la capitale de l’île-base de la 5e flotte américaine, afin de réprimer les manifestations de l’opposition qui exigeait la démocratisation du régime et l’octroi des droits politiques et sociaux. C’est ainsi qu’un voisin peu démocratique aide un autre régime aussi peu démocratique. En dehors de la région il faut expliquer pendant longtemps pourquoi il est nécessaire de planter à un endroit et de sarcler à un autre les mêmes « germes démocratiques. » Mais seulement en dehors de la région.

Les révolutions sont des substances dangereuses. Personne ne dira le contraire. Au Proche-Orient elles sont particulièrement dangereuses: le pétrole, le gaz, le canal de Suez, le conflit arabo-israélien, la guerre en Irak, l’Afghanistan… La « révolution libyenne » sera probablement le dernier changement violent d’un régime indésirable. Il est seulement question du prix que paieront les Libyens.

A en croire les journaux américains et britanniques, l’Egypte, après concertation avec les États-Unis, a déjà commencé à envoyer aux rebelles libyens des armes et des munitions. L’Egypte pourrait également commencer à patrouiller l’espace aérien libyen dès dimanche. L’Egypte possède plus de 100 chasseurs américains F-16. L’Arabie saoudite devrait envoyer en Libye ses chasseurs F-15s. Elle en possède près de 100 également. Kadhafi dispose seulement d’une douzaine de Mirages français et d’à peine plus de 100 MiG soviétiques obsolètes. De plus, Washington exhorte actuellement les membres de la Ligue arabe à non seulement participer à la « répression » de Kadhafi avec leurs matériels, mais également à financer une partie significative de toute l’opération contre la Libye.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le problème le plus important concernant l’aide militaire à la Libye réside dans le fait que personne ne sait exactement qui bénéficiera de cette aide. Les unités de l’opposition sont toujours disparates et amorphes. Et leurs chefs de file sont majoritairement des anciens cadres loyaux envers Kadhafi.

• Jean BONNEVEY, Guerre franco-britannique contre la Libye – Bons baisers de Suez, Mondialisation, 19/03/2011.

L’histoire, on le sait, ne se répète pas ; elle bafouille. Mais voir Sarkozy entraîner la G8 dans une opération militaire en Libye fait penser à Mollet et Eden… Sauf que la France et la Grande Bretagne ne sont plus ce qu’elles étaient, même à l’époque, et que, cette fois, les USA suivent, en traînant les pieds, et que l’Israël de Moshe Dayan n’est plus là.

Faire la guerre au dictateur libyen est peut être une obligation morale ; c’est aussi une aventure aux conséquences immaîtrisables. Sarkozy a trouvé son Irak et Juppé se prend pour Rumsfeld. La route de l’Élysée passerait-elle maintenant par Benghazi ? Peut être. Mais «remember Suez !»

• Arnaud KALIKA, Opérations en Libye : un point de vue français, RIA Novosti, 21/03/2011.

Le cas libyen a véritablement, vu de France, été une surprise stratégique. Comme souvent depuis son élection en 2007, le Président Sarkozy a développé une politique extérieure basé sur l’immédiateté et l’action à tout prix. Une politique influencée par les deux philosophes idéologiques MM. Glucksmann et Henri-Levy, qui ont pris le parti systématique des révoltés de ce monde scandant des slogans en faveur de la liberté et de la démocratie, qu’ils soient en Tchétchénie, au Tibet, au Cachemire ou en Libye. Pourtant, dans le cas libyen, même que ce soit Paris, à Londres ou à Langley, on ne connaît pas vraiment le pédigrée des « révolutionnaires ». Mais finalement, peu importe : ce sera toujours mieux que Kadhafi ! Reste que, comme le soulignait Tocqueville, il n’existe pas de révolution spontanée, il n’existe que des révolutions bourgeoises servant les intérêts de tel ou tel groupe social, voire telle ou telle communauté.

Lire aussi : Dossier Libye, RIA NovostiXinhua.

Le Fatah et le Hamas unis contre les Palestiniens


Alors que les peuples arabes du Maghreb et du Moyen Orient se révoltent contre leurs gouvernements y compris dans la sombre monarchie d’Arabie saoudite, rempart des puissances occidentales, les Palestiniens des bantoustans de Cisjordanie et du ghetto de Gaza ne peuvent manifester non du fait de l’armée d’occupation mais de celui du Fatah et du Hamas qui gèrent l’occupation israélienne [1].

Les manifestations de solidarité avec le peuple égyptien ont été impitoyablement réprimées tant dans la Bande de Gaza contrôlée par le Hamas qu’en Cisjordanie qui est sous contrôle de l’OLP.
Il y a quelques jours le Hamas a physiquement brisé une manifestation de solidarité avec l’Egypte. Selon Human Rights Watch et Spiegel Online, six femmes et dix hommes ont été arbitrairement arrêtés et matraqués.
En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne, dirigée par le président Mahmoud Abbas, a imposé une interdiction totale de manifester en solidarité avec l’Egypte.
WSWS, 10/02/2011

Pour détourner l’attention l’Autorité palestinienne va organiser des élections, reportées depuis janvier 2010, et le Hamas appelle à un gouvernement d’unité nationale [2]. Les deux organisations sont d’accord sur une chose : empêcher toute contestation de leurs privilèges d’intermédiaires entre l’occupant et l’occupé. C’est pourquoi ils maintiennent la fiction de négociations en vue de l’hypothétique création d’un futur État palestinien… sur quelques fragments de la Palestine mandataire.

Les organisations pro-palestiniennes se taisent sur la collaboration ou dénoncent les compromissions de l’Autorité palestinienne en dissimulant celles du Hamas. Beaucoup d’organisations pro-palestiniennes sont devenues « porteurs de valises » du Hamas [3]. En attendant d’approfondir cette question, voici un exemple parmi d’autres du soutien inconditionnel au Hamas de la part du Comité Action Palestine :

L’élément politique essentiel de l’année 2008 est la répression massive des résistants palestiniens en Cisjordanie, notamment ceux du Hamas, par les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne : 515 prisonniers politiques sont détenus par celle-ci, l’emploi de la torture est généralisé. La collaboration avec l’ennemi sioniste a quasiment été officialisée par le clan au pouvoir en Cisjordanie. Ses forces de sécurité sont équipées et entraînées par les Américains. Un article récent publié dans le journal israélien Yediot Aharonot décrit parfaitement la collaboration très étroite entre les appareils sécuritaires israéliens et palestiniens, pour maintenir la clique dirigeante actuelle en Cisjordanie, après la fin du mandat officiel d’Abbas en janvier 2009. Le Hamas est devenu l’ennemi commun d’Israël et de l’Autorité Palestinienne. La détermination de cette dernière semble maximale pour éliminer le Hamas mais aussi réprimer le peuple palestinien si la situation l’exige. Les massacres de Gaza en février 2008 ne l’ont aucunement dissuadé de continuer les « négociations » avec les sionistes.

Cette trahison a atteint le point de non-retour : en août 2008, Abbas remettait en question le droit au retour en déclarant : « Je ne peux pas demander qu’Israël accepte tous les réfugiés, mais ça ne veut pas dire qu’aucun d’entre eux ne rentrera ». Une lettre ouverte adressée à Abbas, et signée par 72 organisations (dont tous les partis politiques palestiniens, Fatah compris), rappelle notamment que ce droit est non négociable. Aucun dirigeant palestinien n’a la légitimité de le négocier au nom des réfugiés. Toutefois, malgré cette unité sur la défense du droit au retour, les divisions politiques demeurent très profondes. Il ne peut d’ailleurs en être autrement. Pour simplifier, il faut distinguer d’un côté ceux qui soutiennent la résistance comme le Hamas et le Jihad Islamique et, de l’autre, ceux qui soutiennent globalement la politique répressive et collaborationniste de Abbas. L’allégeance du leadership du FPLP à Abbas est totale, signe que ce parti autrefois leader de la résistance armée, a abandonné ses principes fondateurs. Des divisions sont également présentes au sein du Fatah où une polarisation croissante se développe entre le camp des nationalistes, fidèles à Yasser Arafat et le camp des pragmatiques, bénéficiaires d’Oslo et qui collaborent ouvertement avec l’occupant sioniste; les premiers considérant, à juste titre, les seconds comme des traîtres.

11/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde
Lire aussi :
• Manifestations unitaires palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie, Reuters-Yahoo! ActualitésAFP-Google, 15/03/2011.

Répondant à un mot d’ordre diffusé sur le réseau social Facebook, plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens ont manifesté mardi à Gaza et quelque 4.000 autres en Cisjordanie pour une réconciliation entre les mouvements rivaux Hamas et Fatah.
En fin de manifestation, des heurts ont opposé à Gaza quelques 2.000 manifestants à un demi-millier de miliciens du Hamas, qui tentaient de les disperser à coups de bâton, a rapporté un protestataire. On ignore s’il y a eu des blessés.
A Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne d’Abbas, où quatre mille personnes ont répondu à l’appel à manifester, Abbas a réitéré son invitation au Hamas à accepter le déroulement d’élections législatives et présidentielle simultanément à Gaza et en Cisjordanie, ce que le mouvement islamiste refuse.

Chronique Colonisation de la Palestine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.


[1] Lire aussi :
• Amira HASS, Palestinian security suppressing West Bank fervor over Egypt protests, Ha’aretz, 07/02/2011.
• Pourquoi l’Autorité palestinienne est mise à mal, L’Express, 16/02/2011.
[2] Références :
• Pourquoi l’Autorité palestinienne est mise à mal, L’Express, 16/02/2011.
• Hamas et Fatah, vers une réconciliation ?, Guysen News, 06/03/2011.
• Gaza : le Hamas mobilise pour « l’unité palestinienne », Romandie News, 11/03/2011.
[3] Sélection d’articles sur l’Autorité palestinienne :
• 21 articles, CAPJPO – EuroPalestine
• 28 articles, CCIPPP.
• 64 articles, Info-Palestine.
• 2790 articles, International Solidarity Movement.
• 827 articles, Palestine Solidarité.
Sélection d’articles sur le Hamas :
• 621 articles, CAPJPO – EuroPalestine.
• 50 articles, CCIPPP.
• 64 articles, Info-Palestine.
• 2930 articles, International Solidarity Movement.
• 6680 articles, Palestine Solidarité – Dossier Hamas baptisé « Mouvement de la résistance islamique », Palestine Solidarité.

L’économie des médias


Poursuivant l’analyse de l’évolution des médias, revenons sur un fait passé quasiment inaperçu. Libération, qui fut le premier quotidien des médias dominants en accès libre sur Internet, a cessé d’être en accès libre et gratuit à partir du 25 février 2011. Ce changement de cap est symbolique d’une évolution de l’économie des médias. Beaucoup s’apprêtent à « tuer la poule aux oeufs d’or ».

Mediapart, créé par François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit et Edwy Plenel en 2008, a pour ambition d’être « un journal d’information de référence, indépendant et participatif ». Autrement dit les quatre mousquetaires ambitionnent, comme Iznogood, d’être calife à la place du calife (Mediapart à la place du Monde). C’est ainsi qu’ils se sont associés à Julian Assange.
L’astuce financière est de faire payer non seulement les lecteurs mais aussi les rédacteurs qui, en adhérant, entrent « dans un club, dans un réseau social et dans une communauté ». Que deviennent les droits d’auteur dans cette affaire juteuse… pour les dirigeants du club BCBG ?

Le Monde s’est inspiré de cette formule d’abord en réservant aux seuls abonnés les commentaires de ses articles, puis l’hébergement d’un blog et enfin, consécration suprême, le droit d’écrire des chroniques.
Contrairement à son émule, Le Monde est bourré de publicités écrites et audiovisuelles dont il est difficile d’échapper. Les cochons de lecteur payent pour s’en gaver et les abonnés payent pour avoir la liberté d’écrire dans un support plus connu qu’un blog lambda – les plus narcissiques espérant être un jour sélectionnés par la rédaction. Que deviennent les droits d’auteur dans cette juteuse affaire ?

Dedefensa, blog animé par le journaliste Philippe Grasset, fut d’abord en accès libre et gratuit, puis payant et est revenu le 01/03/2011 à la formule accès libre et appel à donation. C’est si compliqué à suivre qu’il y a une rubrique dédiée à cette question. Entre temps, le 10/01/2010, Philippe Grasset a créé la rubrique Ouverture libre « destinée aux abonnés et donateurs qui souhaitent faire une intervention sous une forme élaborée » (les commentaires restant pour l’instant en accès libre). On se rapproche de la version club de Mediapart.

Le Monolecte, blog animé par Agnès Maillard, est en accès libre et gratuit et sans publicité. Depuis le 05/06/2009, elle a lancé un « appel aux dons » pour « maintenir la force d’écriture » c’est-à-dire « pour vivre ». Voilà une explication claire et compréhensible. Mais il semble qu’il soit difficile de vivre de sa plume hors des sentiers balisés y compris sur Internet malgré les faibles frais de production grâce à la baisse du coût d’un abonnement (30€ par mois) et au partage de ressources (WordPress par exemple).

Wikipédia, dont le contenu est alimenté gratuitement par des bénévoles motivés par le partage, fait périodiquement des campagnes de dons sans qu’on sache à quoi ils servent.

Les médias dominants justifient le paiement de l’information – payée par la publicité, par les auteurs-abonnés et par les lecteurs – en usant et abusant de l’argument de la qualité. Argument risible quand on sait que l’essentiel de leur contenu est le résultat d’un copier-coller des dépêches d’agence (AP, Reuters, AFP, etc.), disponibles en accès libre et gratuit sur Yahoo! Actualités, et le reste de la publicité rédactionnelle. Rappelons que L’im-Monde, qui bavait contre la presse dite gratuite d’une main, la finançait de l’autre.

Il existe un modèle alternatif pour des médias de qualité, celui des revues scientifiques disponibles en accès libre et gratuit selon le modèle freemium :

Ce modèle a été développé par les entreprises du Web qui ne pouvaient ou ne voulaient pas miser sur la publicité et souhaitaient s’inscrire dans la logique du libre accès. Il est appliqué avec succès par FlickR, le célèbre site de partage de photographies, et par Skype, le logiciel de téléphonie. Son modèle est simple : en étant gratuits, les services gagnent des millions d’utilisateurs et un faible pourcentage de ces utilisateurs est intéressé par des fonctionnalités Premium, payantes, qui financent la totalité de la plateforme. C’est le sens du mot freemium, qui associe free (gratuit) et Premium (payant pour des fonctionnalités avancées).
OpenEdition

En France, il existe trois portails de revues en sciences humaines :
Cairn
Persée (menacé de fermeture : argumentaire et pétition, mises au point contradictoires)
Revues.org

10/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Pourquoi la réutilisation des données publiques à des fins commerciales doit être gratuite, LiberTIC.
• Pierre MOUNIER, De l’édition électronique ouverte à OpenEdition », L’édition électronique ouverte.
• Marin DACOS, Pierre MOUNIER, L’édition électronique, La Découverte, 2010 [Blogo-Numericus].
• Articles « opendata », LiberTIC.
• Articles « données publiques », InternetActu.
Serge LEFORT, L’information n’est pas à vendre, Monde en Question.
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Agences de presse, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.

Étrange remaniement


Étrange remaniement réalisé le dimanche 27 février 2011 et annoncé par le Président de la République lui-même au cours d’une allocution radiotélévisée à 20h00.
Étrange remaniement rapporté, mais peu commenté par les médias dominants alors que les remaniements en Tunisie et en Egypte le sont abondamment [1].
Étrange remaniement dont le texte n’est même pas analysé alors qu’il n’est pas habituel de réaliser un remaniement ministériel sous la pression d’événements internationaux.

L’allocution radiotélévisée du Président de la République [2] se décompose ainsi :
1) Un préambule sur la situation au Maghreb et au Moyen Orient (504 mots soit 62%).
2) Les détails du remaniement (137 mots soit 17%).
3) Une conclusion (170 mots soit 21%)

1) Préambule

Nicolas Sarkozy fait un lien entre la crise économique de 2008 et les révoltes populaires en Tunisie, en Egypte et en Libye. L’explication de ce lien se trouve un peu plus loin dans le texte sous la forme d’une injonction négative « Nous ne devons pas en avoir peur ».

Nicolas Sarkozy justifie a posteriori le soutien aux dictatures du Maghreb et du Moyen Orient parce ces régimes « apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme ». Il répète la version bushienne de l’histoire : on construit un ennemi imaginaire (le « monde arabo-musulman« ) contre lequel on mène une croisade en s’alliant avec les gouvernements les plus réactionnaires.

Mais les peuples remettent en cause cette stratégie. En chassant du pouvoir Zine Ben Ali et Hosni Moubarak, les peuples tunisien et égyptien ont forcé les gouvernements occidentaux à abandonner leurs alliés de la veille. Alors Nicolas Sarkozy propose d’accompagner (formule récurrente de la novlangue) les peuples c’est-à-dire faire beaucoup de bruit autour du dogme de la démocratie et masquer la réalité : le maintien au pouvoir de l’armée.

Ce qui préoccupe Nicolas Sarkozy n’est pas le sort des peuples, mais la politique intérieure et particulièrement les élections de 2012 c’est pourquoi il agite le spectre « des flux migratoires » dont nous devrions avoir peur en faisant explicitement le lien entre les « flux migratoires » et le « terrorisme ».

2) Remaniement

L’enjeu de ce remaniement n’est pas de remplacer la ministre des Affaires étrangères, devenue trop encombrante, mais le ministre de l’Intérieur et de l’Immigration. L’argument de « protéger le présent des Français » et d’assurer « notre sécurité » ne colle pas avec le contexte de « printemps arabe » tant vanté par les médias dominants.

La nomination de Claude Guéant prend tout son sens au vu de son passé de flic qui a fait ses classes sous la direction de Charles Pasqua [3]. Par comparaison Brice Hortefeux était un pied-tendre. Claude Guéant s’occupera non seulement de la sécurité et de l’immigration (en France les deux questions sont liées) mais aussi de l’organisation des élections, cantonales d’abord, présidentielle ensuite.

3) Conclusion

Nicolas Sarkozy veut rassembler « tous les Français autour de nos valeurs républicaines » c’est-à-dire autour de son obsession lepéniste de l’immigration, qui viendrait aujourd’hui de Tunisie, d’Egypte ou de Libye.

28/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Immigration, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.

Revue de presse :
• 27/02/2011, La lettre de démission de Michèle Alliot-Marie, NouvelObs.
Voici la lettre de démission de Michèle Alliot-Marie de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, remise dimanche en début d’après-midi « en mains propres » au président Nicolas Sarkozy, selon l’entourage de l’ex-chef de la diplomatie française :

Monsieur le président de la République, cher Nicolas (ajouté à la main),
Depuis neuf ans, je sers notre pays avec fierté et bonheur, à la tête des ministères régaliens que le président Jacques Chirac puis vous-même avez bien voulu me confier.
C’est un honneur. C’est une responsabilité.
Je me suis efforcée d’y répondre en veillant, dans mes fonctions comme dans mon comportement personnel, à toujours respecter les exigences, non seulement de la légalité, mais aussi de la dignité, de la moralité et de la loyauté.
Depuis quelques semaines, je suis la cible d’attaques politiques puis médiatiques véhiculant, pour créer la suspicion, contre-vérités et amalgames. J’y ai répondu point par point afin de rétablir la vérité.
Depuis quinze jours, c’est ma famille qui subit de la part de certains médias un véritable harcèlement dans sa vie privée, pour tenter d’y chercher de quoi m’affaiblir à défaut de l’avoir trouvé chez moi.
Cette campagne n’entrave en rien mes relations avec mes partenaires internationaux ni ma capacité à remplir la mission que vous m’avez confiée, comme chacun a pu le constater récemment au Brésil ou hier encore dans le Golfe. Je ne puis néanmoins accepter que certains utilisent cette cabale pour essayer de faire croire à un affaiblissement de la politique internationale de la France.
J’ai trop de considération pour les hommes et les femmes du ministère des Affaires étrangères et européennes qui servent notre pays avec dévouement et compétence, pour accepter que leur action puisse être affectée par cette manipulation.
J’ai une trop haute idée de la politique au service de la France pour accepter d’être utilisée comme prétexte à une telle opération.
J’ai une trop grande loyauté et amitié à votre égard pour accepter que votre action internationale puisse, en quoi que ce soit, en souffrir.
Bien qu’ayant le sentiment de n’avoir commis aucun manquement, j’ai donc décidé de quitter mes fonctions de ministre des Affaires étrangères et européennes.
En conséquence, je vous demande donc de bien vouloir accepter ma démission.
Je vous prie de croire, Monsieur le président de la République, à l’assurance de ma haute considération. Avec ma fidèle amitié (ajouté à la main).
Michèle Alliot-Marie 

• 27/02/2011, Juppé au Quai d’Orsay, Longuet à la Défense, Guéant à l’Intérieur, NouvelObs.

Dans une intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a annoncé le remaniement du gouvernement afin de pallier à la démission de Michèle Alliot-Marie pour laquelle le chef de l’Etat n’a pas eu un mot. Brice Hortefeux quitte le gouvernement. Le président a également évoqué les révolutions arabes.
Nicolas Sarkozy a au contraire lié le remaniement aux « révolutions arabes » qui ouvraient « une ère nouvelle ».

• 27/02/2011, Reuters-Yahoo! Actualités.

Nicolas Sarkozy a annoncé dimanche soir, sous prétexte de réagir aux crises arabes, le remplacement de ses ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, 106 jours après le dernier remaniement ministériel.
Le remaniement du 14 novembre, après le vote de la réforme des retraites, était censé renforcer le professionnalisme du gouvernement, afin que celui-ci tienne jusqu’à l’élection présidentielle de 2012, à quelques ajustements près.
Nicolas Sarkozy a habillé ce remaniement de crise par une discours sur la nécessité d’adapter la politique française à la nouvelle donne créée par les crises de Tunisie, d’Egypte et de Libye et leur onde de choc dans le reste du monde arabe.
Pour François Miquet-Marty, président de l’institut Viavoice, « la mise en avant des enjeux internationaux camoufle ce remaniement qui répond à la situation difficile de Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux ».
« Il y a une double poupée russe qui vise à masquer aussi les difficultés de Nicolas Sarkozy – tombé à 30% d’opinions favorables dans la dernière enquête Viavoice – face à l’opinion, quoi qu’il fasse », a-t-il déclaré à Reuters.

• 28/02/2011, Nouvelle géopolitique ou fiasco diplomatique : pourquoi ce remaniement ?, Les Matins.

Ce matin, nous avons un nouveau gouvernement. Mais au fait, pourquoi ? Hier, dans son discours télévisé, Nicolas Sarkozy expliquait le remaniement politique par une forme d’insécurité nouvelle : une insécurité liée à un « immense bouleversement » dans les pays « de l’autre côté de la méditerranée ». Il ne faut pas avoir peur, a-t-il annoncé, en même temps qu’il ne manquait pas de souligner le risque migratoire. Et à l’opposé, pour l’opposition, si l’on en croit Benoit Hamon qui a immédiatement réagi, ce remaniement politique est la suite d’un véritable fiasco : celui de la diplomatie française (MAM, Ollier, Marly).

• 28/02/2011, Le départ d’Alliot-Marie est une décision politique, dit Fillon, Reuters-Yahoo! Actualités.

Michèle Alliot-Marie n’a pas commis de faute mais il fallait l’écarter du ministère des Affaires étrangères parce que sa position affaiblissait la voix de la France, a déclaré lundi François Fillon.

• 28/02/2011, France : remaniement ministériel dans un contexte de bouleversement du monde arabe, Xinhua.

Nombre d’observateurs relèvent que c’est la première fois que la France procède à un remaniement ministériel sous pression d’événements internationaux.
D’aucuns voient là la volonté de Nicolas Sarkozy de reprendre en main la politique étrangère dont les soubresauts commençaient à peser sur sa popularité, à l’approche des présidentielles de 2012.

• 28/02/2011, Liste de la nouvelle composition du gouvernement français, Xinhua.

C’est le seul site, à ma connaissance, qui fournit la liste mise à jour du gouvernement français.

• 28/02/2011, Nicolas Sarkozy contraint à un remaniement dans l’urgence, 20 minutes.

Une forme inédite. Dimanche, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a annoncé à 20 h à la télévision le remaniement ministériel. Il a fait précéder l’annonce elle-même par une allocution dans laquelle il justifie le jeu de chaises musicales par l’«immense bouleversement» que représentent les révolutions dans le monde arabe.


[1] Il est significatif que l’im-Monde s’inquiète pour l’avenir de Michèle Alliot-Marie.
[2] Allocution radiotélévisée du Président sur la situation internationale, Présidence de la République :

Mes chers compatriotes,

À peine la plus grave crise économique et financière depuis la deuxième guerre mondiale semble-t-elle s’estomper, à peine l’Europe a-t-elle dominé la crise de l’euro que, de l’autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement. Certains peuples arabes prennent leur destin en main, renversant des régimes qui, après avoir été, au temps de la décolonisation, les instruments de leur émancipation avaient fini par devenir ceux de leur servitude. Ces régimes, tous les États occidentaux et tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis la fin des colonies ont entretenu avec eux des relations économiques, diplomatiques et politiques, malgré leur caractère autoritaire parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme.

Mais voici qu’à l’initiative des peuples s’esquisse une autre voie. En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par l’histoire et par la géographie. Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Il porte en lui une formidable espérance car il s’est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de l’homme et de la démocratie. Pour la première fois dans l’histoire, elles peuvent triompher sur toutes les rives de la Méditerranée. Nous ne devons avoir qu’un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d’être libres. Entre l’ingérence qui ne serait pas acceptée et l’indifférence qui serait une faute morale et stratégique, il nous faut tout faire pour que l’espérance qui vient de naître ne meure pas car le sort de ces mouvements est encore incertain. Si toutes les bonnes volontés ne s’unissent pas pour les faire réussir, ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes.

Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C’est toute l’Europe alors qui serait en première ligne. Nous avons donc le devoir d’agir avec une ambition qui soit à la dimension des événements historiques que nous vivons. C’est pourquoi la France a demandé que le Conseil européen se réunisse pour que l’Europe adopte une stratégie commune face à la crise libyenne dont les conséquences pourraient être très lourdes pour la stabilité de toute la région. De même l’Europe doit se doter sans tarder de nouveaux outils pour promouvoir l’éducation et la formation de la jeunesse de ces pays du Sud de la Méditerranée, imaginer une politique économique et commerciale pour favoriser la croissance de ces jeunes démocraties qui veulent naître.

L’Union pour la Méditerranée, fondée à l’initiative de la France le 13 juillet 2008, doit permettre à tous les peuples de la Méditerranée de bâtir enfin une destinée commune. Le moment est venu de refonder cette Union à la lumière des événements considérables que nous vivons. La France fera des propositions en ce sens à ses partenaires.

Mon devoir de Président de la République est d’expliquer les enjeux de l’avenir mais tout autant de protéger le présent des Français. C’est pourquoi, avec le Premier Ministre François Fillon, nous avons décidé de réorganiser les ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité.

Alain Juppé, ancien Premier ministre, homme d’expérience qui a déjà exercé ces fonctions avec une réussite unanimement reconnue sera Ministre des Affaires étrangères. Pour le remplacer au ministère de la Défense, j’ai choisi Gérard Longuet, lui aussi homme d’expérience. J’ai souhaité dans le même temps confier la responsabilité de ministre de l’Intérieur et de l’Immigration à Claude Guéant qui m’a accompagné depuis neuf ans dans toutes les responsabilités que j’ai exercées, en particulier au ministère de l’Intérieur dont il connaît tous les rouages et dont il a occupé tous les postes de responsabilité.

Ainsi les fonctions régaliennes de l’État se trouveront-elles préparées à affronter les événements à venir dont nul ne peut prévoir le déroulement.

Mes chers compatriotes, c’est mon devoir de prendre les décisions qui s’imposent quand les circonstances l’exigent. Je connais vos attentes qui sont grandes à juste titre. Je me suis engagé à moderniser la France pour que notre modèle survive à tous les changements si brutaux de ce début du XXIème Siècle. Pour obtenir les résultats que vous attendez et que nous obtiendrons, je me dois de ne faire prévaloir aucune autre considération que le souci de l’efficacité et de l’intérêt général dans le choix de ceux auxquels sont confiées les plus hautes responsabilités de l’État.

Dans ces circonstances si troublées la nécessité du rassemblement de tous les Français autour de nos valeurs républicaines est plus nécessaire que jamais. La peur, l’affrontement, l’exclusion n’ont jamais permis de préparer l’avenir, au plan international comme au plan national. A l’inverse le refus de voir les réalités en face exacerbe les tensions.

Mes chers Compatriotes, vous pouvez compter sur ma détermination et sur mon engagement.

Vive la République !
Vive la France !

[3] Portraits de Claude Guéant :
• Claude Guéant, portrait du bras droit de Sarkozy devenu ministre de l’Intérieur, Politique.net, 02/03/2011.
• En six minutes cinquante, Sarkozy s’est chiraquisé, Les Inrocks, 02/03/2011.
• Claude Guéant prend la tête du ministère de l’Intérieur, France Info, 27/02/2011.
• Claude Guéant, vice-président de la République, Nonfiction, 22/10/2008.