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Étrange remaniement


Étrange remaniement réalisé le dimanche 27 février 2011 et annoncé par le Président de la République lui-même au cours d’une allocution radiotélévisée à 20h00.
Étrange remaniement rapporté, mais peu commenté par les médias dominants alors que les remaniements en Tunisie et en Egypte le sont abondamment [1].
Étrange remaniement dont le texte n’est même pas analysé alors qu’il n’est pas habituel de réaliser un remaniement ministériel sous la pression d’événements internationaux.

L’allocution radiotélévisée du Président de la République [2] se décompose ainsi :
1) Un préambule sur la situation au Maghreb et au Moyen Orient (504 mots soit 62%).
2) Les détails du remaniement (137 mots soit 17%).
3) Une conclusion (170 mots soit 21%)

1) Préambule

Nicolas Sarkozy fait un lien entre la crise économique de 2008 et les révoltes populaires en Tunisie, en Egypte et en Libye. L’explication de ce lien se trouve un peu plus loin dans le texte sous la forme d’une injonction négative « Nous ne devons pas en avoir peur ».

Nicolas Sarkozy justifie a posteriori le soutien aux dictatures du Maghreb et du Moyen Orient parce ces régimes « apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme ». Il répète la version bushienne de l’histoire : on construit un ennemi imaginaire (le « monde arabo-musulman« ) contre lequel on mène une croisade en s’alliant avec les gouvernements les plus réactionnaires.

Mais les peuples remettent en cause cette stratégie. En chassant du pouvoir Zine Ben Ali et Hosni Moubarak, les peuples tunisien et égyptien ont forcé les gouvernements occidentaux à abandonner leurs alliés de la veille. Alors Nicolas Sarkozy propose d’accompagner (formule récurrente de la novlangue) les peuples c’est-à-dire faire beaucoup de bruit autour du dogme de la démocratie et masquer la réalité : le maintien au pouvoir de l’armée.

Ce qui préoccupe Nicolas Sarkozy n’est pas le sort des peuples, mais la politique intérieure et particulièrement les élections de 2012 c’est pourquoi il agite le spectre « des flux migratoires » dont nous devrions avoir peur en faisant explicitement le lien entre les « flux migratoires » et le « terrorisme ».

2) Remaniement

L’enjeu de ce remaniement n’est pas de remplacer la ministre des Affaires étrangères, devenue trop encombrante, mais le ministre de l’Intérieur et de l’Immigration. L’argument de « protéger le présent des Français » et d’assurer « notre sécurité » ne colle pas avec le contexte de « printemps arabe » tant vanté par les médias dominants.

La nomination de Claude Guéant prend tout son sens au vu de son passé de flic qui a fait ses classes sous la direction de Charles Pasqua [3]. Par comparaison Brice Hortefeux était un pied-tendre. Claude Guéant s’occupera non seulement de la sécurité et de l’immigration (en France les deux questions sont liées) mais aussi de l’organisation des élections, cantonales d’abord, présidentielle ensuite.

3) Conclusion

Nicolas Sarkozy veut rassembler « tous les Français autour de nos valeurs républicaines » c’est-à-dire autour de son obsession lepéniste de l’immigration, qui viendrait aujourd’hui de Tunisie, d’Egypte ou de Libye.

28/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Immigration, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.

Revue de presse :
• 27/02/2011, La lettre de démission de Michèle Alliot-Marie, NouvelObs.
Voici la lettre de démission de Michèle Alliot-Marie de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, remise dimanche en début d’après-midi « en mains propres » au président Nicolas Sarkozy, selon l’entourage de l’ex-chef de la diplomatie française :

Monsieur le président de la République, cher Nicolas (ajouté à la main),
Depuis neuf ans, je sers notre pays avec fierté et bonheur, à la tête des ministères régaliens que le président Jacques Chirac puis vous-même avez bien voulu me confier.
C’est un honneur. C’est une responsabilité.
Je me suis efforcée d’y répondre en veillant, dans mes fonctions comme dans mon comportement personnel, à toujours respecter les exigences, non seulement de la légalité, mais aussi de la dignité, de la moralité et de la loyauté.
Depuis quelques semaines, je suis la cible d’attaques politiques puis médiatiques véhiculant, pour créer la suspicion, contre-vérités et amalgames. J’y ai répondu point par point afin de rétablir la vérité.
Depuis quinze jours, c’est ma famille qui subit de la part de certains médias un véritable harcèlement dans sa vie privée, pour tenter d’y chercher de quoi m’affaiblir à défaut de l’avoir trouvé chez moi.
Cette campagne n’entrave en rien mes relations avec mes partenaires internationaux ni ma capacité à remplir la mission que vous m’avez confiée, comme chacun a pu le constater récemment au Brésil ou hier encore dans le Golfe. Je ne puis néanmoins accepter que certains utilisent cette cabale pour essayer de faire croire à un affaiblissement de la politique internationale de la France.
J’ai trop de considération pour les hommes et les femmes du ministère des Affaires étrangères et européennes qui servent notre pays avec dévouement et compétence, pour accepter que leur action puisse être affectée par cette manipulation.
J’ai une trop haute idée de la politique au service de la France pour accepter d’être utilisée comme prétexte à une telle opération.
J’ai une trop grande loyauté et amitié à votre égard pour accepter que votre action internationale puisse, en quoi que ce soit, en souffrir.
Bien qu’ayant le sentiment de n’avoir commis aucun manquement, j’ai donc décidé de quitter mes fonctions de ministre des Affaires étrangères et européennes.
En conséquence, je vous demande donc de bien vouloir accepter ma démission.
Je vous prie de croire, Monsieur le président de la République, à l’assurance de ma haute considération. Avec ma fidèle amitié (ajouté à la main).
Michèle Alliot-Marie 

• 27/02/2011, Juppé au Quai d’Orsay, Longuet à la Défense, Guéant à l’Intérieur, NouvelObs.

Dans une intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a annoncé le remaniement du gouvernement afin de pallier à la démission de Michèle Alliot-Marie pour laquelle le chef de l’Etat n’a pas eu un mot. Brice Hortefeux quitte le gouvernement. Le président a également évoqué les révolutions arabes.
Nicolas Sarkozy a au contraire lié le remaniement aux « révolutions arabes » qui ouvraient « une ère nouvelle ».

• 27/02/2011, Reuters-Yahoo! Actualités.

Nicolas Sarkozy a annoncé dimanche soir, sous prétexte de réagir aux crises arabes, le remplacement de ses ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, 106 jours après le dernier remaniement ministériel.
Le remaniement du 14 novembre, après le vote de la réforme des retraites, était censé renforcer le professionnalisme du gouvernement, afin que celui-ci tienne jusqu’à l’élection présidentielle de 2012, à quelques ajustements près.
Nicolas Sarkozy a habillé ce remaniement de crise par une discours sur la nécessité d’adapter la politique française à la nouvelle donne créée par les crises de Tunisie, d’Egypte et de Libye et leur onde de choc dans le reste du monde arabe.
Pour François Miquet-Marty, président de l’institut Viavoice, « la mise en avant des enjeux internationaux camoufle ce remaniement qui répond à la situation difficile de Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux ».
« Il y a une double poupée russe qui vise à masquer aussi les difficultés de Nicolas Sarkozy – tombé à 30% d’opinions favorables dans la dernière enquête Viavoice – face à l’opinion, quoi qu’il fasse », a-t-il déclaré à Reuters.

• 28/02/2011, Nouvelle géopolitique ou fiasco diplomatique : pourquoi ce remaniement ?, Les Matins.

Ce matin, nous avons un nouveau gouvernement. Mais au fait, pourquoi ? Hier, dans son discours télévisé, Nicolas Sarkozy expliquait le remaniement politique par une forme d’insécurité nouvelle : une insécurité liée à un « immense bouleversement » dans les pays « de l’autre côté de la méditerranée ». Il ne faut pas avoir peur, a-t-il annoncé, en même temps qu’il ne manquait pas de souligner le risque migratoire. Et à l’opposé, pour l’opposition, si l’on en croit Benoit Hamon qui a immédiatement réagi, ce remaniement politique est la suite d’un véritable fiasco : celui de la diplomatie française (MAM, Ollier, Marly).

• 28/02/2011, Le départ d’Alliot-Marie est une décision politique, dit Fillon, Reuters-Yahoo! Actualités.

Michèle Alliot-Marie n’a pas commis de faute mais il fallait l’écarter du ministère des Affaires étrangères parce que sa position affaiblissait la voix de la France, a déclaré lundi François Fillon.

• 28/02/2011, France : remaniement ministériel dans un contexte de bouleversement du monde arabe, Xinhua.

Nombre d’observateurs relèvent que c’est la première fois que la France procède à un remaniement ministériel sous pression d’événements internationaux.
D’aucuns voient là la volonté de Nicolas Sarkozy de reprendre en main la politique étrangère dont les soubresauts commençaient à peser sur sa popularité, à l’approche des présidentielles de 2012.

• 28/02/2011, Liste de la nouvelle composition du gouvernement français, Xinhua.

C’est le seul site, à ma connaissance, qui fournit la liste mise à jour du gouvernement français.

• 28/02/2011, Nicolas Sarkozy contraint à un remaniement dans l’urgence, 20 minutes.

Une forme inédite. Dimanche, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a annoncé à 20 h à la télévision le remaniement ministériel. Il a fait précéder l’annonce elle-même par une allocution dans laquelle il justifie le jeu de chaises musicales par l’«immense bouleversement» que représentent les révolutions dans le monde arabe.


[1] Il est significatif que l’im-Monde s’inquiète pour l’avenir de Michèle Alliot-Marie.
[2] Allocution radiotélévisée du Président sur la situation internationale, Présidence de la République :

Mes chers compatriotes,

À peine la plus grave crise économique et financière depuis la deuxième guerre mondiale semble-t-elle s’estomper, à peine l’Europe a-t-elle dominé la crise de l’euro que, de l’autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement. Certains peuples arabes prennent leur destin en main, renversant des régimes qui, après avoir été, au temps de la décolonisation, les instruments de leur émancipation avaient fini par devenir ceux de leur servitude. Ces régimes, tous les États occidentaux et tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis la fin des colonies ont entretenu avec eux des relations économiques, diplomatiques et politiques, malgré leur caractère autoritaire parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme.

Mais voici qu’à l’initiative des peuples s’esquisse une autre voie. En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par l’histoire et par la géographie. Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Il porte en lui une formidable espérance car il s’est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de l’homme et de la démocratie. Pour la première fois dans l’histoire, elles peuvent triompher sur toutes les rives de la Méditerranée. Nous ne devons avoir qu’un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d’être libres. Entre l’ingérence qui ne serait pas acceptée et l’indifférence qui serait une faute morale et stratégique, il nous faut tout faire pour que l’espérance qui vient de naître ne meure pas car le sort de ces mouvements est encore incertain. Si toutes les bonnes volontés ne s’unissent pas pour les faire réussir, ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes.

Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C’est toute l’Europe alors qui serait en première ligne. Nous avons donc le devoir d’agir avec une ambition qui soit à la dimension des événements historiques que nous vivons. C’est pourquoi la France a demandé que le Conseil européen se réunisse pour que l’Europe adopte une stratégie commune face à la crise libyenne dont les conséquences pourraient être très lourdes pour la stabilité de toute la région. De même l’Europe doit se doter sans tarder de nouveaux outils pour promouvoir l’éducation et la formation de la jeunesse de ces pays du Sud de la Méditerranée, imaginer une politique économique et commerciale pour favoriser la croissance de ces jeunes démocraties qui veulent naître.

L’Union pour la Méditerranée, fondée à l’initiative de la France le 13 juillet 2008, doit permettre à tous les peuples de la Méditerranée de bâtir enfin une destinée commune. Le moment est venu de refonder cette Union à la lumière des événements considérables que nous vivons. La France fera des propositions en ce sens à ses partenaires.

Mon devoir de Président de la République est d’expliquer les enjeux de l’avenir mais tout autant de protéger le présent des Français. C’est pourquoi, avec le Premier Ministre François Fillon, nous avons décidé de réorganiser les ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité.

Alain Juppé, ancien Premier ministre, homme d’expérience qui a déjà exercé ces fonctions avec une réussite unanimement reconnue sera Ministre des Affaires étrangères. Pour le remplacer au ministère de la Défense, j’ai choisi Gérard Longuet, lui aussi homme d’expérience. J’ai souhaité dans le même temps confier la responsabilité de ministre de l’Intérieur et de l’Immigration à Claude Guéant qui m’a accompagné depuis neuf ans dans toutes les responsabilités que j’ai exercées, en particulier au ministère de l’Intérieur dont il connaît tous les rouages et dont il a occupé tous les postes de responsabilité.

Ainsi les fonctions régaliennes de l’État se trouveront-elles préparées à affronter les événements à venir dont nul ne peut prévoir le déroulement.

Mes chers compatriotes, c’est mon devoir de prendre les décisions qui s’imposent quand les circonstances l’exigent. Je connais vos attentes qui sont grandes à juste titre. Je me suis engagé à moderniser la France pour que notre modèle survive à tous les changements si brutaux de ce début du XXIème Siècle. Pour obtenir les résultats que vous attendez et que nous obtiendrons, je me dois de ne faire prévaloir aucune autre considération que le souci de l’efficacité et de l’intérêt général dans le choix de ceux auxquels sont confiées les plus hautes responsabilités de l’État.

Dans ces circonstances si troublées la nécessité du rassemblement de tous les Français autour de nos valeurs républicaines est plus nécessaire que jamais. La peur, l’affrontement, l’exclusion n’ont jamais permis de préparer l’avenir, au plan international comme au plan national. A l’inverse le refus de voir les réalités en face exacerbe les tensions.

Mes chers Compatriotes, vous pouvez compter sur ma détermination et sur mon engagement.

Vive la République !
Vive la France !

[3] Portraits de Claude Guéant :
• Claude Guéant, portrait du bras droit de Sarkozy devenu ministre de l’Intérieur, Politique.net, 02/03/2011.
• En six minutes cinquante, Sarkozy s’est chiraquisé, Les Inrocks, 02/03/2011.
• Claude Guéant prend la tête du ministère de l’Intérieur, France Info, 27/02/2011.
• Claude Guéant, vice-président de la République, Nonfiction, 22/10/2008.

Morts aux frontières de l’Europe


Plus de 14 000 réfugiés sont « morts aux frontières » de l’Europe depuis 1988.
La majeure partie, plus de 11 000, sont morts avant même d’entrer sur le territoire européen, dont 4 696 en Afrique. Près de 10 000 sont morts noyés, dans la Méditerranée, lors du naufrage de leurs bateaux, mis à l’eau par leurs passeurs, en pleine mer ou à l’approche de la côte, ou fuyant les policiers qui cherchaient à les interpeller.

Lire la suite… OWNI

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Revue des podcasts Roms


Rom sur Loire, Sur les docks

Indre est une des plus petites villes de l’agglomération nantaise, environ 3000 habitants. Pourtant, à l’automne 2009, après l’expulsion d’un campement voisin par la ville de Nantes le maire d’Indre a accueilli sans hésiter cette vingtaine de caravanes. Son argument : « On ne va pas se refiler la patate chaude éternellement, ils s’arrêtent là et on discute de l’avenir ».
Jean-Luc Le Drenn, maire de gauche non encarté réquisitionne alors le gymnase pour pour s’expliquer dans une vaste réunion publique sans concession et sans éluder les problèmes que cette situation allait poser, devant la population. Les indrais éprouvent dans leur grande majorité une certaine fierté vis-à-vis de ce geste. Rapidement on s’organise en collectif d’habitants qui prend en charge les distributions de vêtements, l’installation de toilettes sèches, l’organisation hebdomadaire de douches, l’alphabétisation des plus petits et la scolarisation des grands, etc.
Moins qu’aux Rom eux-mêmes, c’est aux activités comme aux personnalités de ce collectif nommé Romsi (indépendant de Romeurope) que ce documentaire de Sur les docks s’intéressera. Puisqu’à lui seul il est parvenu, non sans problèmes, à l’intégration digne et relativement bien admise par tous de ces Rom dans la commune.

Tziganes, Sur les docks

Ce documentaire retrace les origines des Tziganes éparpillés depuis plus de cinq siècles à travers les continents ainsi que la situation des tsiganes en France et dans le monde. Le sociologue Nicolas Georghe évoque les différents groupes de tsiganes : Rom, Gitan, Manouche, Gipsy… leurs traditions, leur musiques, leurs métiers. Mateo Maximov écrivain et pasteur retrace le succès des Pentecôtistes, courant religieux issu du protestantisme, dans le monde tsigane. En contrepoint Marie Christine Navarro partage l’ordinaire des tziganes à Herblay et Argenteuil dans les années 90.

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• Roms, Monde en Question.
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Casse-toi pauvre Rom !


Il est fier, Monsieur Besson, du nombre de Roms expulsés, de camps démantelés. Il ne fait pourtant, avec le gouvernement, que s’inscrire dans une longue tradition de xénophobie et de racisme envers les Roms, tsiganes ou gens du voyage.
Là-bas si j’y suis

On les appelait autrefois des Bohémiens, aujourd’hui des Tsiganes, des Manouches, des Gitans ou des Roms. Depuis 600 ans qu’ils sont arrivés en Europe partout où ils passent, ils inspirent tantôt la curiosité, tantôt la méfiance qu’éprouvent toujours les sédentaires pour les « gens du voyage ». Accusés naguère d’être des sorciers, aujourd’hui des voleurs traqués, fichés, emprisonnés ou expulsés, et même exterminés pendant la deuxième guerre mondiale, ils ont toujours été persécutés. « Contre tous ceux se disant Bohémiens, leurs femmes, enfants et ceux de leur suite, en cas qu’ils soient rencontrés dans quelques bourgs ou villages, il est enjoint de sonner le tocsin, et aux communes leur courir sus. » pouvait on lire dans une ordonnance du Châtelet à la fin du Moyen Âge. Bien avant une circulaire du directeur de cabinet de Brice Hortefeux qui, il y a quelques jours demandait aux préfets d’évacuer les campements de Roms conformément aux mesures sécuritaires prises par le gouvernement.
2000 ans d’Histoire

Aujourd’hui, à Opéra, une charmante cité aux portes de Milan. En décembre 2006, les habitants ont assiégé pendant plus d’un mois un camp de Roms et mis le feu à leurs tentes. Cet évènement fut le premier de toute une série d’actes anti-roms à Rome, Naples, et installe un vrai vent de romophobie à travers toute la péninsule.
Là-bas si j’y suis

C’est une ville faite de barres d’immeubles désolés… qui datent de l’époque soviétique et qui semblent devoir tomber incessamment sous peu… mais aucun de ces immeubles n’est plus immonde que ceux réservés aux Roms… Ainsi commence ce matin le reportage du new York Times à lire en une de l’International Herald Tribune.
Nous sommes juste à côté de la décharge à l’extérieur de Bucarest …là les gens vivent dans des studios qui partagent toilettes et salles de bains, sans eau chaude bien évidemment… c’est là que Maria 62 ans s’occupe de son mari mourant dans un appartement aussi grand qu’une cellule, infestée de moustique et de mauvaises odeurs… elle n’a pas travaillé depuis 5 ans. « C’est qu’il n’y a pas grand chose pour nous ici en Roumanie…alors maintenant que nous sommes dans l’Union Européenne nous avons le droit d’aller chercher mieux ailleurs non ? »
C’est ainsi que des milliers de Roms appelés aussi gitans partent vers l’ouest de l’Europe chercher fortune comme d’autres avant eux… la plupart sont peu qualifiés voir illettrés… certains trouverons des emplois de ferrailleurs ou de main d’œuvre dans le BTP mais beaucoup aussi, les plus visibles se distinguent dans la mendicité ou des petits délits… c’est aujourd’hui l’épine que l’Union Européenne n’arrive pas à sortir de son pied écrit le journal… car elle met l’UE face aux responsabilités prises lors de l’élargissement…
Revue de presse internationale

Il y a quelques semaines, frappé par l’expulsion des Roms, un collectif de chercheurs faisait l’hypothèse d’un racisme d’Etat à l’œuvre dans l’Hexagone. Nul doute que ces chercheurs auront vu dans la circulaire du cabinet Hortefeux une confirmation de leur thèse. La fameuse circulaire exigeant l’évacuation systématique des campements illicites « en priorité ceux des Roms » peut en effet passer pour la traduction administrative d’une volonté de ciblage ethnique. Pour certains, l’analogie entre cette politique et celle, xénophobe et raciste menée à la fin des années 1930, voire sous Vichy, ne relève plus de l’anachronisme. Non que les expulsions de Roms puissent être comparées à des déportations, mais parce que la désignation comme bouc émissaire d’une fraction de la population déclenche la même infernale mécanique de stigmatisation. C’est bien ce qu’a tenté de dire la commissaire de la Justice et des Droits fondamentaux Viviane Reding.
Ce ne sont que d’absurdes parallèles, répondent d’autres, insistant bien sur le fait que c’est au nom de la sécurité que les Roms sont chassés et non d’une quelconque appartenance ethnique.
Commentaires : Brice Couturier noie le poisson en opposant Eric Fassin (sociologue) et Malika Sorel (Membre du Haut Conseil à l’Intégration) dont il partage le racisme.
Du grain à moudre

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Célébrations contre l’Histoire


Le Mexique célèbre le même jour le bicentenaire de l’Indépendance et le centenaire de la Révolution. Les célébrations hollywoodiennes de ces deux événements et le pont exceptionnel de quatre jours, dont bénéficie les fonctionnaires, masquent les enjeux historiques [1].

La Jornada (centre gauche) fait sa Une sur les mesures de sécurité dans la capitale. Signe des temps où les questions sociales, au Mexique comme en France, sont occultées au profit de l’instrumentalisation des questions sécuritaires.

L’éditorial de La Jornada [2] revendique une souveraineté nationale que « le modèle néolibéral dicté par Washington » aurait balayé. Or ce n’est pas Felipe Calderón (PAN) qui a introduit le néolibéralisme au Mexique, mais Miguel de la Madrid (PRI) entre 1982 et 1988 – politique consolidée par Carlos Salinas entre 1988 et 1994 notamment par les accords de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain).
De même en France, c’est le gouvernement Pierre Maurois, soutenu par le Parti socialiste et le Parti communiste, qui introduisit le néolibéralisme par le biais du « tournant de la rigueur« .

Un article de La Jornada [3] rappelle opportunément que, 200 ans après l’Indépendance (contres les Espagnols) et 100 ans après la Révolution (sociale), les peuples autochtones restent « marginalisés, exclus, exploités et victimes du racisme ». Or, Felipe Calderón n’est pas l’initiateur mais l’héritier d’une politique menée par « les pères fondateurs », semblable à celle menée aux États-Unis contre les Amérindiens, et l’hériter de 72 ans de gouvernement du parti unique (PRI) qui avait acheté la paix sociale par la corruption des élites syndicales et politiques.
De même en France, Nicolas Sarkozy poursuit ouvertement une politique contre les émigrés – Arabes hier et Roms aujourd’hui, qui fut celle de tous les gouvernements depuis 1830 (date de la conquête de l’Algérie). Il est symptomatique que Éric Besson, ancien directeur de campagne de Marie-Ségolène Royal, et Bernard Kouchner, ancien ministre socialiste (colonialisme humanitaire), soient les promoteurs – actif pour l’un et à l’insu de son plein gré pour l’autre – d’une politique initiée par l’Empire français.

Au Mexique, Felipe Calderón est fustigé par une gauche qui partage les mêmes valeurs, mais qui est en pleine déroute (perte de 7 789 277 voix entre 2006 et 2009).
De même en France, Nicolas Sarkozy est devenu le symbole de tous les maux alors qu’il ne fait qu’appliquer une politique partagée par une gauche qui n’offre pas d’alternative.

16/09/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] La celebración, show de Disney e infomercial del gobierno: especialistas, La Jornada.
[2] Bicentenario: festejo fallido, La Jornada.
[3] ¿Qué tenemos que celebrar?, La Jornada.

Ces Roms qui font peur à l’Europe


Minorité transnationale répartie sur le territoire de plusieurs États européens, les Rroms font régulièrement la une de l’actualité en raison de la stigmatisation dont ils sont victimes.

Cependant, au-delà de leur apport culturel ils sont mal connus. Cet ouvrage permet de découvrir l’histoire de ce peuple sans État qui revendique une existence et des droits. Après avoir abordé la situation et l’histoire de cette communauté en Roumanie, République tchèque et France, l’auteur décrit la vie de cette communauté à travers ses associations et mouvements politiques qui se sont structurés à l’échelle européenne.

Si l’histoire de la nation rrom n’a pas été à ce jour écrite, cet ouvrage est un des premiers à synthétiser le parcours de ce peuple parti d’Inde au 11e siècle, qui a tout d’abord connu l’esclavage, puis au 20e siècle une tentative d’extermination par les nazis (Samudaripen).

Enfin, l’ouvrage interroge, à l’heure du danger d’ethnicisation des sociétés européennes, une autre conception du vivre-ensemble des peuples qui ne soit pas fondée sur les liens du sang mais sur des communautés de destin, respectueuses de ses minorités.

GARO Morgan, Les Rroms – Une nation en devenir ?, Syllepse, 2009 [Cafés GéographiquesLa Brèche].

Lire aussi :
• GARO Morgan, La langue rromani au cœur du processus d’affirmation de la nation rrom, Hérodote n°105, 2002.
• GARO Morgan, Les Rroms et les organisations évangéliques : entre culte religieux et stratégie « politique » ?, Hérodote n°119, 2005.
LIÉGEOIS Jean-Pierre (sous la direction de), L’accès aux droits sociaux des populations tsiganes en France, ENSP, 2007 [Lien SocialRésumés].
• Les Rroms (ou Roms), Biblioweb.
• Bibliographie, CRPVEMesemrom.
• 23/10/2008, DUEZ Jean-Baptiste, Ces Roms qui font peur à l’Europe, La vie des idées.
• Janvier 2010, COSSÉE Claire, Médias tsiganes en France et en Hongrie : re-présentation de soi dans l’espace public, Revue Européenne des Migrations Internationales, vol. 26, n° 1.
• 29/06/2010, Les Roms sur France Culture, URBA-ROM.
• 07/07/2010, FILHOL Emmanuel, La France contre ses Tsiganes, La vie des idées.
• 23/07/2010, Les Tsiganes, « éternels étrangers de l’intérieur » ?, Observatoire des inégalités.
• 20/08/2010, Roms en errance, la polémique monte, France 24.
• 26/08/2010, Les Roms, ces boucs émissaires, Télérama.

Droite-Gauche contre les Roms


Une manifestation unitaire aura lieu à Paris le 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, contre l’actuelle offensive « sécuritaire » du gouvernement Fillon : Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité.


Camp de concentration NON !

Déportation NON !

En complément du dossier documentaire sur Les pestiférés de l’Europe, il est utile de lire le chapitre qu’a consacré le collectif Cette France-là à la discrimination et à la violence étatique que subissent, en France de manière particulièrement spectaculaire et brutale, mais plus largement dans toute la «Communauté européenne», des populations qu’en bonne logique, on accuse en même temps de tous les maux.

Ces dernières années, le sentiment d’hostilité à l’égard des Roms et l’anti-tsiganisme se sont considérablement accrus en Europe. Il est regrettable que les actions de nombreux pouvoirs publics, notamment au niveau local, aient consisté à approuver cette intensification de la haine anti-rom. En conséquence, le taux et le nombre d’expulsions forcées de Roms ont considérablement augmenté, et la ségrégation ainsi que la ghettoïsation dans le domaine du logement se sont renforcées et enracinées. Les expulsions forcées s’accompagnent souvent de menaces ou d’actes de violence à l’encontre des Roms.
Déclaration conjointe de Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’homme au Conseil de l’Europe, et Miloon Kothari, rapporteur des Nations unies sur le logement convenable, 25 octobre 2007.
LMSI

Par ailleurs la Ligue des Droits de l’homme rappelle que

Au cours de l’année 2009, près de 11 000 Roms ont été reconduits en Roumanie ou en Bulgarie. Rien de véritablement nouveau donc. À part le fait que jusqu’à présent cela se faisait dans la discrétion.
LDH-Toulon

Cette discrétion était partagée à droite… comme à gauche. Ainsi, le 13 juillet 2010 le conseil général (PS) de Loire-Atlantique assigna en référé deux femmes roms, «occupantes sans droit ni titre avec caravanes et véhicules d’un terrain lui appartenant sur le territoire de la commune de Bouguenais, afin d’obtenir leur expulsion, au besoin par la force publique, en raison des nuisances causées à la population environnante» [Rue89].
Ironie de l’histoire, en révélant au grand jour ce qui se pratiquait dans l’ombre depuis longtemps, Nicolas Sarkozy fait une belle publicité aux Roms.

24/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Cette France-là, volume 1 06/05/2007-30/06/2008 [Texte en ligne]
Cette France-là, volume 2 01/07/2008-30/06/2009
• L’Union européenne et les Roms, UE.
• Roms – Gens du voyage, Ligue des Droits de l’Homme.
• Les Roms dans les médias
Google Actualités
Yahoo! Actualités
20 minutes
France 24
L’Humanité
Le Figaro
Libération
Nouvel Obs
Rue89

Les pestiférés de l’Europe


Pendant que le Président de la République Française poursuit la déportation d’hommes, de femmes et d’enfants étiquetés Roms, à la satisfaction du plus grand nombre, la gauche s’affaire fiévreusement dans la cuisine électorale pour préparer sa soupe de 2012…
Au-delà des discours de circonstance, la gauche partage la même culture des actes forgée par la conquête de l’Algérie sous l’Empire et la colonisation de l’Algérie sous la IIIe République, légitimée par le droit de civilisation qui deviendra le droit d’ingérence humanitaire sous la République mitterrandienne.

Nous admettons le droit, et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas arrivées à un même degré de culture et de les appeler au progrès.
Léon Blum à la chambre des députés le 9 juillet 1925
2000 ans d’HistoireFrance Inter

S’il est utile de rappeler que la construction de l’étranger comme ennemi de l’intérieur est la construction du bouc émissaire, victime expiatoire de toutes nos peurs.

Les passions populaires sont promptes à s’échauffer, en particulier dans les périodes de crise économique, comme celle que nous traversons. La passion conduit à l’abolition de la réflexion, au passage à l’acte, à la décharge immédiate des désirs les plus primitifs. Quoi de plus passionnel, de plus irréfléchi et de plus primitif que la haine ou la peur de l’étranger. Surtout, s’il vit parmi nous, s’il s’infiltre à travers des frontières, érigées pour nous protéger, s’il viole ainsi continuellement le sentiment du chez-soi, l’étranger, quoi qu’il fasse ou ne fasse pas, est, en lui-même, une source potentielle d’insécurité. Il engendre inévitablement, dans les sociétés humaines archaïques comme dans les sociétés animales, la violence.
Lettre ouverte au président de la République

Il convient aussi de rappeler que les migrations des Roms en Europe s’inscrivent dans un long contexte historique.

Partis de l’Inde du Nord-Ouest aux alentours de l’an 1000, les groupes de nomades appelés Tsiganes (ou Gipsies, Gitans, Romani, Bohémiens, selon les pays) se sont répandus lentement dans une grande partie de l’Europe et, de là, sur tous les continents. Lorsqu’ils sont arrivés en Occident au début du XVe siècle, les Tsiganes semblent, dans un premier temps, avoir bénéficié de l’hospitalité que les chrétiens réservent aux pèlerins. Mais, vivement préoccupés par le vagabondage, les États ont très vite classé les Tsiganes parmi leurs indésirables, expliquent Jean-Yves Blum Le Coat, Christine Catarino et Catherine Quiminal, qui analysent la façon dont s’est construite la stigmatisation légale des « gens du voyage ». Ainsi, trois quarts de siècle après leur arrivée en Europe de l’Ouest, les premières mesures générales d’interdiction ou d’expulsion sont prises à leur encontre : en Suisse (1471), puis en Allemagne, en Espagne et en France (en 1498, 1499 et 1539). De plus en plus intense, la répression des Tsiganes aura pour effet, en France, la dispersion des grandes compagnies en petites bandes à la fin du XVIIe siècle et, après la Révolution française, l’installation de la plupart d’entre eux aux frontières du pays : en Alsace-Lorraine, au Pays basque et dans le Roussillon. Désignés en 1864, dans une circulaire du ministère de l’Intérieur, comme des « vagabonds étrangers connus sous la dénomination de Bohémiens », les Tsiganes nomades sont désormais assimilés à une « race dangereuse », suspectée de criminalité et devant être placée sous étroite surveillance. Cependant, la République française ne connaît que des citoyens. Aussi faut-il inventer une catégorie juridique spécifique pour distinguer un groupe ethnique qui ne peut être nommé en tant que tel. Ce sera celle de « nomade », instituée en 1912, qui regroupe des personnes définies par leur mobilité, et dont il convient de contrôler étroitement les déplacements et l’identité. « Partant, la définition discriminatoire légale de certains individus est produite », soulignent les auteurs. Elle se verra confirmée par une loi du 3 janvier 1969 qui reprend cette stigmatisation du nomadisme, cependant qu’entre temps, les Tsiganes sont devenus les « gens du voyage » – que l’itinérance caractérise, ou pas, leur mode de vie. Ce dernier reste, toujours aujourd’hui, inscrit sous le sceau de la précarité, les personnes légalement classées parmi les « gens du voyage » étant tenues en lisières et « reléguées aux marges de la société (urbaine, notamment), assignées à des espaces que ne fréquentent que les agents de l’État chargés de leur contrôle ».
Informations sociales n°2

Ce n’est donc pas Nicolas Sarkozy qui a inventé les classifications destinées à exclure.

Le rôle des migrations tsiganes transfrontalières dans l’évolution des réglementations anti-tsiganes en Europe, entre 1880 et 1939, demeure encore largement méconnu. L’étude du cas français montre comment cette population minoritaire focalisa progressivement l’attention des autorités entre la fin du Second Empire et le milieu de l’entre-deux-guerres. Durant cette période, marquée par l’adoption de mesures restrictives en matière de circulation des populations tsiganes et par la constitution d’une catégorie policière et administrative des « nomades », le contrôle des étrangers s’impose toujours davantage comme une priorité.
Cultures & Conflits n°76

La IIIe République a non seulement légitimé moralement la colonisation de l’Algérie mais a aussi proclamé des lois discriminatoires : le monstre juridique du Code de l’Indigénat et la loi de 1912.

À partir de la fin du XIXe siècle, un ensemble de facteurs d’ordre socio-économique, politique, idéologique concourent à assimiler les Tsiganes à des étrangers et des « asociaux indésirables ». L’attitude des pouvoirs publics à l’égard des « nomades » français et étrangers s’est déployée en effet autour d’un dispositif législatif et policier que l’on peut résumer ainsi : surveillance, identification, contrôle. Après le recensement général de 1895 de tous les « nomades, bohémiens et vagabonds », suivi du fichage des « nomades » par les Brigades régionales de police mobile créées en 1907 à l’initiative de Clemenceau, un projet de loi du gouvernement daté du 25 novembre 1908 voit le jour, « relatif à la réglementation de la circulation des nomades ». Le projet, conjugué avec les mesures émises plus tard à la Chambre et au Sénat par les commissions du vagabondage et de la mendicité, donnera lieu à la loi du 16 juillet 1912 sur le port du carnet anthropométrique d’identité. Cette loi discriminatoire et disciplinaire, qui allait durer près de soixante ans, sans susciter aucune critique au sein du discours juridique dominant, constitue l’étape majeure dans le processus de contrôle et d’identification utilisé par la République envers les Tsiganes.
Revue européenne des migrations internationales vol.23

Il faut encore rappeler l’amnésie collective du sort des Tsiganes internés dans les camps français entre 1940 et 1946.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’internement des Tsiganes en France se déroula dans l’indifférence générale. On aurait pu penser, grâce à la recherche entreprise depuis les années 1975 sur le régime de Vichy, que le sort réservé aux Tsiganes français ne demeure plus un drame ignoré. Il n’en est rien. À l’inverse des communautés tsiganes, qui gardent en mémoire cette période tragique, où l’âme d’un peuple s’est fracturée, la mémoire collective, telle qu’elle émane des pouvoirs publics, de l’opinion courante ou du discours historique dominant, témoigne aujourd’hui encore, à quelques exceptions près, d’un refus de savoir.
Guerres mondiales et conflits contemporains n°226

Après l’effondrement de l’URSS, la question rom a resurgit en Europe.

Le principal impact négatif pour les Roms de la chute du bloc soviétique a été la perte de la relative sécurité sociale que leur garantissaient les États socialistes – au prix d’un manque de liberté et d’un contrôle étatique exercé sur leurs vies. Les Roms, qui sont généralement moins qualifiés que le reste de la population et qui ont un mode de vie différent, sont plus touchés par le chômage que les membres des groupes ethniques majoritaires. La nouvelle situation a bien offert de nouvelles opportunités à certains Roms, relativement peu nombreux. Les nouvelles conditions économiques ont permis à certains groupes, en particulier les Roms Olassi, de développer leurs activités traditionnelles de commerce avec un nouveau type de produits : les chevaux ont été remplacés par les voitures Mercedes et le revenu de ces groupes dépasse de plusieurs fois la moyenne nationale. Cependant, pour la majorité des Roms d’Europe centrale et de l’Est, la transition vers une économie de marché a conduit à une insécurité et une pauvreté plus grandes. À ces difficultés s’ajoutent les pièges de la libéralisation politique – les jeux, la drogue et la prostitution. Enfin, les Roms ont commencé à être confrontés à des comportements racistes bien plus ouverts de la part des membres des groupes majoritaires des pays dans lesquels ils vivent.
Mouvements n°18

L’interprétation des événements du 18 juillet 2010 à Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher, comme ceux de Perpignan en mai 2005, s’inscrivent dans une longue tradition de culture coloniale [1].

Les Roms sont ainsi au cœur d’une Europe marquée par le développement de la mobilité, par l’émergence ou la plus grande visibilité des minorités, par la multiculturalité que les Etats s’efforcent d’administrer. Leur situation est caractéristique de ce que l’Europe a de plus négatif, en termes de discrimination, de rejet, de racisme, d’impuissance à accepter et à gérer la diversité.
Le Courrier des pays de l’Est n°1052

En pleurnichant sur les manœuvres électoralistes de Nicolas Sarkozy sans rien faire pour sauver les Roms, la gauche avoue sa complicité avec un racisme d’État pratiqué en notre nom.

21/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Ressources :
• Centres d’information et associations dédiés aux gens du voyage, SCÉRÉN.
• Roms et gens du voyage, FNASAT.
• Centre de ressources, URBA-ROM.
La fin des années 2000 constitue un moment charnière dans la construction des politiques en direction des Roms/Tsiganes. D’une part, les institutions sont en train de définir une politique générale à l’échelle européenne : la « stratégie-cadre d’inclusion des Roms ». Celle-ci concerne les minorités roms des nouveaux pays-membres de l’Union européenne, ainsi que les Sintis, les Gitans et autres groupes d’Europe occidentale, assimilés aux Roms/Tsiganes. D’autre part, les politiques nationales et locales sont de plus en plus nombreuses. Le plus souvent fondées sur des représentations stéréotypées, ces politiques cherchent à résoudre des problèmes publics suscités par la présence de groupes en situation précaire ou caractérisés par l’habitat mobile. Pour cela, elles apportent des réponses spécifiques, qui oscillent entre rejet et inclusion. Dans ce contexte, il paraît nécessaire de faire le point sur les politiques en direction des Roms/Tsiganes, d’analyser les processus de catégorisation des groupes en question et, par ce biais, de participer aux réflexions sur les actions publiques en cours et à venir.
• La voix des Rroms, Ancien blogNoveau blog.
• Collectif National Droits de l’Homme, Romeurope.
• European Roma Rights Centre, ERRC.
• Observatoire nomade, Stalker.
Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.
Livres :
• Paroles Tsiganes, Edtions Wallâda.
• Bibliographie, SCÉRÉN.
• Bibliographie, CASNAV Amiens.
• Bibliographie, Libertaire.
• Bibliographie, Bibliothèque Grenoble.
• Bibliographie, FNASAT.
• ASSÉO Henriette, Les Tsiganes – Une destinée européenne, Découvertes Gallimard, 1991 [CRH-EHESS].
• AUZIAS Claire, Les Tsiganes ou le destin sauvage des Roms de l’Est, Michalon, 1995.
• Centre de recherche tsiganes, Textes des institutions internationales concernant les Tsiganes, L’Harmattan, 2001.
• FILHOL Emmanuel, JAYAT Sandra, La mémoire et l’oubli – L’internement des Tsiganes en France, 1940-1946, L’Harmattan, 2004.
• FILHOL Emmanuel, HUBERT Marie-Christine, Les Tsiganes en France – Un sort à part 1939-1946, Perrin, 2009.
• FORMOSO Bernard, Tsiganes et sédentaires – La reproduction culturelle d’une société, L’Harmattan, 2000 [Amazon].
• HUMEAU Jean-Baptiste, Tsiganes en France – De l’assignation au droit d’habiter, L’Harmattan, 1995 [Amazon].
• LIÉGEOIS Jean-Pierre, Roms et Tsiganes, La Découverte, 2009.
• MARCHAND Anna, La protection des droits des tsiganes dans l’Europe d’aujourd’hui, L’Harmattan, 2003.
• ROBERT Christophe, Eternels étrangers de l’intérieur, Desclée de Brouwer, 2007.
Revues :
• Revue, Études Tsiganes.
• Gitans de Barcelone à Perpignan : crise et frontières, Revue européenne de migrations internationales vol.13, 1997.
• Quand les yeux servent de langue – Regards gitans, actions payas en semaine sainte (Andalousie), Terrain n°30, 1998.
• « Terrain désigné », observation sous contrôle : quelques enjeux d’une ethnographie des Tsiganes, Ethnologie française vol.31, 2001.
• Les Roms à la croisée des chemins, Mouvements n°18, 2001.
• La langue rromani au cœur du processus d’affirmation de la nation rrom, Hérodote n°105, 2002.
• Familles tsiganes et protection de l’intimité, Ethnologie française vol.32, 2002.
• Politiques d’immigration : criminalisation ou tolérance ?, La pensée de midi n°10, 2003.
• Approche discrète d’un anthropologue au seuil de l’altérité – Conjugalité et parentalité, famille et communauté, le dedans et le dehors du monde gitan, Spirale n°26, 2003.
• Identité et ethnicité, Population vol.59, 2004.
• L’usage du savoir dans la formulation des politiques publiques : le cas des recherches sur la population rom en Slovaquie, Revue internationale des sciences sociales n°179, 2004.
• Les Gypsy Studies et le droit européen des minorités, Revue d’histoire moderne et contemporaine n°51, 2004.
• Des quartiers de mauvaise réputation – L’image de la criminalité dans deux quartiers en Belgique, Déviance et Société vol.28, 2004.
• La formation d’un sous-prolétariat rom – Enquête historique sur la condition des Gitans dans un village d’Europe centrale, Actes de la recherche en sciences sociales n°160 2005.
• Tsiganes, stéréotypes et idéal type – Une approche wébérienne de l’altérité, Ateliers du LESC n°28, 2004.
• Les Rroms et les organisations évangéliques : entre culte religieux et stratégie « politique » ?, Hérodote n°119, 2005.
• L’avènement politique des Roms (Tsiganes) et le génocide – La construction mémorielle en Allemagne et en France, Le Temps des médias n°5, 2005.
• Les Roms au cœur de l’Europe, Le Courrier des pays de l’Est n°1052, 2005.
• Les événements de Perpignan ou la fin d’un système géopolitique local, Hérodote n°120, 2006.
• Nous ne sommes pas des envahisseurs, Projet n°295, 2006.
• Sans territoire fixe, Projet n°295, 2006.
• La loi de 1912 sur la circulation des « nomades » (Tsiganes) en France, Revue européenne des migrations internationales vol.23, 2007 [Cairn].
• La justice des Tsiganes contre la loi des Gadjé, Ethnologie française vol.37, 2007.
• L’indifférence collective au sort des Tsiganes internés dans les camps français, 1940-1946, Guerres mondiales et conflits contemporains n°226, 2007 [APHGAron NatansonMémoire-Net].
• L’internement des nomades en Loire-Inférieure, Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest n°115, 2008.
• Les migrations des Roms balkaniques en Europe occidentale : mobilités passées et présentes, Balkanologie vol.XI n° 1-2, 2008.
• Roms en Bulgarie, Roms en Roumanie – quelle intégration ?, Méditerranée n°110, 2008.
• De la libre circulation au contrôle permanent – Les autorités françaises face aux mobilités tsiganes transfrontalières, 1860-1930, Cultures & Conflits n°76, 2009 [Cairn].
• Quand le voyage s’arrête pour de bon, Informations sociales n°155, 2009.
• Les détenus étrangers en Europe : quelques considérations critiques sur les données disponibles de 1989 à 2006, Déviance et Société vol.33, 2009.
• Une catastrophe invisible – La Shoah des Tziganes, Terrain n°54, 2010.
• Figures bohémiennes et fiction, l’âge des possibles 1770-1920, Le Temps des médias n°14, 2010.
• Roms, une question européenne, Etudes tome 412, 2010.
Articles :
• Roms, tsiganes et gens du voyage, Différences – MRAP.
• Roms et gens du voyage, LDH-Toulon.
• Roms et gens du voyage, Le Monde.
• Dénoncer l’anti-tsiganisme sans s’attaquer à ses racines ?, Le Monde.


[1] Sélection bibliographique :
• Les événements de Perpignan ou la fin d’un système géopolitique local, Hérodote n°120, 2006.
Les violences urbaines de mai 2005 à Perpignan ont cruellement mis en lumière la concentration des problèmes socio-économiques et « communautaires » dans le centre de la cité catalane. Pivot historique de la carte électorale de la droite municipale, le quartier est depuis plusieurs années au coeur de vastes mouvements de restructuration. Ceux-ci s’expriment simultanément dans le champ ethnique (progression de la population maghrébine), social (déliquescence des structures claniques gitanes traditionnelles), urbanistique (programme de renouvellement urbain d’un quartier insalubre) et aussi politique. En effet, symbole d’une forme de pouvoir politique local, le quartier aiguise, depuis les élections municipales de 1993, les appétits de la gauche départementale qui entend investir ce bastion aux mains de la droite depuis plus de cinquante ans.
• BLANCHARD Pascal et LEMAIRE Sandrine (dirigé par), Culture coloniale – La France conquise par son Empire 1871-1931, Autrement, 2003.
• BLANCHARD Pascal et LEMAIRE Sandrine (dirigé par), Culture impériale – Les colonies au cœur de la République 1931-1961, Autrement, 2004.
• BLANCHARD Pascal et BANCEL Nicolas (dirigé par), Culture post-coloniale – Traces et mémoires coloniales en France 1961-2006, Autrement, 2006.

Hommage aux Roms


En 1946, les Roms n’étaient pas considérés comme les principaux fauteurs de troubles d’une France lepénisée et le grand guitariste Django Reinhardt pouvait interpréter librement sa version manouche de La Marseillaise.


Django Reinhardt & Le Quintette du Hot Club de France avec Stéphane Grappelli

Le 24 janvier 2003, l’ensemble des députés a adopté, dans le cadre de la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, un amendement créant le délit d’outrage à l’hymne national. Ce délit est désormais sanctionné par un emprisonnement de 6 mois et 7 500 euros d’amende.

En 2010, les Roms sont déportés… par avion, alors qu’un certain Sarközi défend les Roms

Rom est un endonyme signifiant êtres humains adopté par l’Union Romani Internationale (IRU) et les Nations unies pour désigner un ensemble de populations, ayant en commun une origine indienne, dont les langues initiales sont originaires du nord-ouest du sous-continent indien, et constituant des minorités entre l’Inde et l’Atlantique (voire en Amérique du Nord), connues sous de nombreux exonymes dont les plus utilisés en français sont Gitans, Tsiganes ou Tziganes, Manouches, Romanichels, Bohémiens, Sintis, ou parfois gens du voyage (bien que cette dernière dénomination ne soit pas réservée aux Rom).
Wikipédia

20/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Django Reinhardt, Wikipédia.
• Django Reinhardt, Django Station.
• Vidéos Django Reinhardt, Google.
• Jazz manouche, Wikipédia.
• Jazz manouche, ACIM Portail des bibliothécaires musicaux.
• Roms, Gitans, Manouches, Citoyens à part…entière !, CCFD.
• Revue, Études Tsiganes.

Ulysse Clandestin


La création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale était en soi un acte d’une violence inouïe. Le débat sur l’identité nationale, et toutes les dérives verbales qui l’ont accompagné, ont confirmé les plus sombres prophéties. La prochaine étape dans ce parcours de l’ignominie sera la présentation du projet de loi Besson en septembre 2010 qui dégradera encore un peu plus la condition des immigrés en France.

Pour sortir des dangereuses problématiques autour de l’identité nationale que les pouvoirs cherchent à imposer, il faut rappeler ce qu’est l’histoire de l’immigration et ce que sont les caractéristiques du « creuset français ». Les origines de la nation française sont bien là, dans la multiculturalité. Ces films interrogent aussi la récurrence et les usages des thématiques racistes, notamment dans les périodes où le capitalisme entre en crise. Ils reviennent sur cette hydre, l’association de l’immigration et de l’insécurité, sans cesse renaissante.

Pour soutenir cette initiative, vous pouvez acheter le DVD 12€ (frais de port inclus) par paiement en ligne sur le site La Bande Passante ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris.

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Immigration, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.