Monde en Question

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Archives de Tag: Guerre contre le terrorisme

Vers la guerre totale


Le projet de loi permettra au président américain de mettre en oeuvre des actions militaires unilatérales à l’échelle nationale et à l’étranger, contre tous les États, les organisations et les individus soupçonnés d’avoir à l’heure actuelle ou dans le passé, soutenu ou participé à des actions militaires, ou appuyé des hostilités envers les États-Unis ou tout État allié des États-Unis.

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Obama revendique le meurtre d’Oussama


Un homme prétend avoir tué l’ancien copain d’un copain et annonce son crime à la télévision sans donner aucune preuve – pas même le corps qu’il aurait fait disparaître en le balançant à la mer -, mais glorifie le mobile de son crime en invoquant la justice divine :

Et un soir comme celui-ci, nous pouvons dire aux familles qui ont perdu des êtres chers par le terrorisme d’Al-Qaïda : justice a été faite.

Souvenons-nous que nous pouvons accomplir ces choses, pas simplement grâce à notre richesse ou notre puissance, mais grâce à ce que nous sommes : une nation, selon Dieu, indivisible, avec la justice et la liberté pour tous.

Dans un monde normal, vous diriez que c’est un fou, mais dans celui où nous vivons, Barack Obama Président des États-Unis a revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden à la télévision américaine le 1er mai 2011 sous les applaudissements de tout le monde occidental [1].

La mort de ben Laden fut annoncée antérieurement par d’autres sources :

Les médias dominants reprennent en boucle les déclarations des autorités américaines sans les discuter. Ils jouent à fond la carte de l’émotion, qui fait vendre, sans poser les questions classiques : Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Pourquoi.

Ben Laden est certainement mort, mais nous ne saurons peut-être jamais où, quand et comment. La question est de savoir pourquoi les États-Unis ont choisi d’annoncer sa mort maintenant et donc de se débarrasser d’un ennemi (ancien ami) si utile… pour justifier leurs crimes au nom de la guerre contre le terrorisme.
Plusieurs hypothèses sont envisageables :

  1. Les élections de novembre 2012
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour se placer comme le candidat favori aux prochaines élections présidentielles américaines.
  2. L’Afghanistan
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour justifier le prochain retrait des troupes américaines d’Afghanistan sans avoir gagner la guerre.
  3. Le Pakistan
    Barack Obama aurait revendiqué le meurtre d’Oussama ben Laden pour justifier une intervention militaire au Pakistan et détruire les preuves des alliances contractées, entre la CIA et l’ISI d’une part et les divers groupes jihadistes d’autre part, au temps de l’occupation soviétique de l’Afghanistan.

Aucune hypothèse ne s’exclut l’une l’autre. La troisième est aussi envisagée par Syed Salim Shahzad dans un article publié par Asia Times : « la mort de ben Laden marquera probablement aussi le début du déplacement du théâtre de guerre, de l’Afghanistan vers le Pakistan » [2].

03/05/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.


[1] En France, Jospin a déclaré « Les États-Unis ont appliqué le droit de légitime défense » et Sarkozy « L’élimination de Ben Laden est un succès, ce n’est pas la fin d’Al-Qaïda ».
[2] Lire aussi :
• 15/10/2008, La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan, Monde en Question.
• 02/12/2008, Serge LEFORT, La guerre contre le Pakistan a commencé, Monde en Question.
• 03/12/2008, Le grand jeu asiatique, Monde en Question.
• 13/08/2009, Serge LEFORT, Guerre sans fin de l’Afghanistan au Pakistan, Monde en Question.

Permis de tuer


On tue beaucoup dans le monde de l’après-11-Septembre. Al-Qaida et les djihadistes tuent, et sont tués. Les Américains et leurs alliés tuent, et sont tués. Afghans et Irakiens, morts par dizaines de milliers ces dernières années, sont les premiers à pâtir de ces affrontements. On tue avec un kamikaze solitaire ou une armée de 100 000 hommes. On tue au grand jour, et on tue dans l’ombre.

Al-Qaida a décrété que sa mission était de tuer « juifs et croisés », de libérer la planète des « infidèles ». Un permis de tuer a été délivré à tout « bon musulman » souhaitant participer au combat.

Face aux djihadistes, des pays sont partis en guerre. Les États-Unis, attaqués sur leur sol en 2001, ont pris la tête de la lutte antidjihadiste. Avec un soutien international initialement unanime, contre Al-Qaida et les talibans afghans, puis de façon de plus en plus contestée, en Irak et aujourd’hui en Afghanistan.

On découvre que, dans cette guerre, Washington a délivré un permis de tuer à des hommes qui ne sont ni soldats, ni policiers, ni en aucune manière agents au service de l’État. La CIA a autorisé, par contrat, une société de mercenaires, Blackwater USA, à tuer des djihadistes. L’une des questions posées est simple : qui a le droit de tuer, au nom de l’Amérique ?

Blackwater est une firme militaire privée créée par un ex-commando des Navy Seals, Erik Prince. L’homme appartient à la mouvance des faucons républicains et des chrétiens conservateurs et revendique l’idée d’une « croisade » américaine et chrétienne contre l’islam. Devenu milliardaire grâce à la « guerre contre le terrorisme », M. Prince s’est hissé, sans aucune fonction officielle, jusqu’aux niveaux supérieurs du pouvoir à Washington, signant des contrats secrets pour des « opérations noires » connues des seuls Bush, Cheney, Rumsfeld et chefs des services de renseignements. M. Prince et les « soldats » de Blackwater sont devenus l’un des bras armés de l’Amérique en guerre. Des privés rémunérés partageant la même idéologie que leurs commanditaires.

Si ce programme secret a été interrompu, l’attitude de l’administration Obama à l’égard de Blackwater et d’autres sociétés militaires n’est pas encore claire. Des contrats ont été signés en 2009 pour la protection de diplomates et de chefs militaires américains.

Les autres démocraties occidentales, alliées des États-Unis, sont silencieuses. De même qu’elles s’étaient tues sur la sous-traitance de la torture, elles se taisent sur la sous-traitance de l’assassinat.

Beaucoup de valeurs ont été bafouées et beaucoup de repères perdus depuis le 11-Septembre, et le recours à des mercenaires est certes un phénomène aussi ancien que l’histoire des guerres. Il faudra pourtant réaffirmer un jour qui, dans une guerre, a le droit de tuer l’ennemi. La mythique Licence to Kill, généralement réservée à des agents secrets et à des soldats en mission, peut-elle être confiée à des tueurs à gages, pour une poignée de dollars ?

Rémy Ourdan
27/08/2009
Le Monde

Lire aussi :
• 14/08/2009, SCAHILL Jeremy, Blackwater Still Armed in Iraq, The Nation
• 20/08/2009, SCAHILL Jeremy, Blackwater: CIA Assassins?, The Nation
• 26/08/2009, SCAHILL Jeremy, Flushing Blackwater, The Nation
• Autres articles sur Blackwater, The Nation
• Blackwater, WikipédiaWikipedia
• SCAHILL Jeremy, Wikipedia
• SCAHILL Jeremy, Blackwater – L’ascension de l’armée privée la plus puissante du monde, Actes Sud, 2008 [Revue historique des arméesSite]
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Irak, Monde en Question

Guerre sans fin de l’Afghanistan au Pakistan


La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est loin d’être assurée face au scepticisme croissant des démocrates à propos de cette guerre, à la fois ruineuse et incertaine. D’où les contradictions entre ses déclarations et celles du commandant des forces américaines en Afghanistan alors que les cadavres des civils afghans s’accumulent :

La Maison Blanche a déclaré lundi que la stratégie de Barack Obama en Afghanistan était « gagnante ».
« La stratégie du président n’a pas encore été totalement mise en oeuvre. Mais nous croyons réellement qu’avec notre statégie, avec les moyens que nous déployons sur le terrain, nous allons être capables d’atteindre les objectifs que nous essayons d’atteindre ».
Cette déclaration contraste avec les propos du général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan.
Ce dernier, qui doit présenter prochainement un rapport d’évaluation sur le conflit, a déclaré dans un entretien au site internet du Wall Street Journal que la résurgence de la guérilla islamiste imposait un changement de tactique aux forces étrangères.
Romandie News

Dans une interview au Wall Street Journal, le général Stanley McChrystal, commandant des forces américaines en Afghanistan, estime que les talibans ont pris le dessus sur les troupes de la coalition. Selon lui, cela devrait forcer les États-Unis à modifier leur stratégie sur le terrain, en déployant notamment plus de troupes à Kandahar.
Courrier international

La manchette du Wall Street Journal, lundi 10 août, ne laissait pas place au doute : « Les Talibans sont en train de gagner. » Elle résumait fidèlement les propos que le général Stanley McChrystal, commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan, avait tenus dans son quartier général-bunker de Kaboul aux journalistes du quotidien américain.
Le Monde

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan est très proche de celle de l’armée française en Algérie :

L’objectif consiste à se concentrer d’abord sur la population afghane et ses besoins, et ensuite seulement à chasser les talibans.
« On tente de séparer les talibans de la population ordinaire, et ça provoque des combats avec les insurgés. On veut les repousser dans des zones moins peuplées, ce qui permettra ensuite de lancer des projets de développement et de reconstruction dans les villages. »
Maintenant, lors d’une opération militaire, les soldats restent sur place après les combats et la déroute des talibans. L’armée tente alors de créer une bulle de protection autour du village pour que les projets de développement et de reconstruction voient le jour. Auparavant, les forces se retiraient après l’opération militaire, faute de soldats en nombre suffisant pour rester sur place. Les militaires devaient aller chasser les insurgés dans un autre village.
Armees

La stratégie de Barack Obama d’étendre la guerre au Pakistan n’est pas avouée publiquement, mais se déroule implacablement sur le terrain :

Une nouvelle attaque de drone américain sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan a tué mardi au moins 10 rebelles, selon des responsables locaux […] Le drone a tiré plusieurs missiles sur un camp d’entraînement rebelle présumé dans le village montagneux et reculé de Kanniguram, selon plusieurs responsables pakistanais de sécurité.
AFP-Google

Les États-Unis multiplient les frappes sur le Pakistan. Plusieurs missiles tirés à partir d’un drone auraient fait ainsi dix nouvelles victimes hier, présentées comme des combattants talibans pakistanais. Une allégation bien difficile à confirmer alors que plusieurs autres attaques du même type se sont soldées par la mort de civils.
l’Humanité

La stratégie de Barack Obama d’intensifier la guerre en Afghanistan et de l’étendre au Pakistan est présentée par les médias dominants comme légitime puisqu’elle viserait à chasser les Talibans (des terroristes islamistes), à reconstruire le pays (détruit par qui ?) et à imposer par les armes un « gouvernement démocratique » (comme dans les colonies africaines).

Le lecture religieuse des conflits en Afghanistan, pratiquée en Occident, est d’autant plus absurde que la population est à 99% musulmane – sunnites (81%) et chiites (19% les Hazaras). On a diabolisé les Talibans pour justifier la guerre, en omettant de dire que tous les combattants afghans contre l’occupation russe étaient des moudjahidines – des combattants du jihâd – et que les Talibans ont pris le pouvoir en 1996 grâce aux divisions entre les principaux « chefs islamistes » : Gulbuddin Hekmatyar (Pachtoune), Ahmad Shah Massoud (Tadjik) et Rachid Dostum (Ouzbek).

Depuis 2001, l’Empire américain ne parvient pas à atteindre les objectifs publiquement affichés. L’occupation militaire et les bombardements de la population civile ont détruit l’économie du pays et ont imposé un gouvernement corrompu par le trafic de la drogue (le frère du président Karzai et le frère du commandant Massoud sont largement impliqués) et ne contrôlant que la capitale.

On oublie que l’Afghanistan a été au cœur d’un échiquier géostratégique entre la sphère d’influence britannique (l’Empire des Indes) et la sphère d’influence russe (l’Iran). C’est pour avoir cherché à assurer son indépendance, à l’origine par les jeux diplomatiques, que le pays s’est ainsi retrouvé à trois reprises en guerre contre le Royaume-Uni (1839-1842, 1878-1880 et 1919). En 1893, l’Empire britannique a fixé autoritairement la frontière (la ligne Durand) entre son Empire des Indes et l’Afghanistan, séparant ainsi l’ethnie pachtoune en deux.

L’imbrication des deux pays [Afghanistan et Pakistan] est donc évidente. Elle l’est encore plus si on prend en compte un élément largement oublié et occulté par le côté islamiste du mouvement taliban : son unité ethnique. Les Talibans sont des Pachtounes et leur objectif n’est peut-être pas de prendre le pouvoir à Islamabad, mais de réunir dans un État taliban les Pachtouns des deux pays séparés par la colonisation britannique. Car dans des frontières artificielles, une fois de plus, se trouve l’origine d’un mouvement qui n’est pas, loin s’en faut, que religieux.
[…]
Le conflit d’aujourd’hui est donc en fait un conflit frontalier issu de la colonisation puis de la décolonisation et transformé par le contexte actuel de l’islamisme taliban.
C’est la ligne Durand qui coupe les territoires pachtounes entre l’Afghanistan et le Pakistan depuis 1893 qui est à la base d’un conflit majeur entre les deux pays. En effet, les territoires pachtounes sont divisés alors par un officier britannique en 1893 pour 100 ans entre l’Afghanistan et le Pakistan qui était une colonie de sa très gracieuse majesté britannique, impératrice des Indes. Mais le Pakistan indépendant n’a jamais accepté le retour de « ses » Pachtounes à l’Afghanistan même pas à la date technique de rétrocession, soit 1993. Ces Pachtouns pakistanais peuplent des zones où depuis toujours l’État pakistanais n’exerce qu’un contrôle distant, laissant aux autorités coutumières un grand pouvoir. C’est dans ces territoires que se sont naturellement consolidés à partir de 2003 divers groupes talibans pakistanais dont l’emprise s’étend donc aujourd’hui à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) voisine, où se trouvent Swat et Buner. C’est dans ces mêmes zones tribales qu’auparavant, à l’automne 2001, s’étaient réfugiés les Talibans afghans chassés du pouvoir par l’offensive américaine postérieure aux attentats du 11 septembre.
Le Reporter

Alors que le commandement américain s’enlise en Afghanistan, les tentatives de dialogue avec certains Talibans, qualifiés de « modérés » (qui sont-ils ?), s’avèrent une propagande illusoire :

Karzai ne semble pas être l’homme des négociations si on rappelle que, pour sa réélection, le président afghan a choisi comme potentiels vice-présidents, deux anciens chefs de guerre ayant combattu les talibans dans les années 1990, Mohammad Qasim Fahim et Karim Khalili. Il est également allié au chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostom, accusé d’avoir tué des milliers de combattants talibans, y compris en massacrant ceux qui s’étaient rendus après l’invasion américaine de la fin de 2001. De plus, qu’est-ce qui pousserait aujourd’hui les talibans à négocier ? Sont-ils en position de faiblesse ? C’est loin d’être le cas puisque ces derniers continuent à opérer normalement depuis le Pakistan. Ils s’en tiendront donc à leur première requête, défendue depuis 2001 : pas de négociation sans départ préalable des quelque 100 000 soldats étrangers déployés dans le pays pour soutenir le gouvernement. «Nous ne parlerons jamais au gouvernement de marionnettes de Karzai», a déclaré l’un des porte-parole des talibans, Yousuf Ahmadi, cité par l’AFP.
La Tribune Online

Quand Le Monde dit «Les forces étrangères mènent depuis plusieurs mois de nombreuses opérations dans la province afin de chasser les talibans de leurs bastions et de permettre aux habitants de voter.», cela revient justifier la guerre contre les Pachtounes des deux côtés de la frontière tracée par l’Empire britannique… en 1893.

Serge LEFORT
13/08/2009

Propagande contre l'Afghanistan


Selon l’agence Reuters «la moitié de l’Afghanistan» serait «sous la menace des talibans». Il s’agit en fait d’un nouvel épisode du feuilleton scénarisé par les États-Unis qui veulent remporter la bataille décisive pour se venger de l’attentat du 9 septembre 2001 perpétué par leur ancien complice.

Dans la version des années 1980, les gentils (États-Unis, France, Allemagne, Israël) armaient, formaient et payaient les talibans (moudjahidines à l’époque) pour qu’ils fassent la guerre aux méchants d’hier (les bolcheviks).
Dans la version des années 2000, les talibans jouent le rôle des méchants et les troupes de la coalition celui des gentils croisés contre le terrorisme… qui bombardent la population civile afghane.

Le document, publié par Reuters, viendrait «du ministère afghan de l’Intérieur, de l’armée afghane et du département des Nations unies chargé de la sécurité». En clair, la source est américaine car Hamid Karzaï ne dirige qu’un gouvernement fantoche.
Dans un document antérieur, il avait avoué que les talibans contrôlaient 72% du territoire. Il s’agirait donc plus d’un recul que d’une avancée des talibans.

La publication de ce document intervient «à deux semaines des élections présidentielle et provinciales» et alors que les États-Unis cherchent à remporter la bataille décisive qui leur échappe toujours. En attendant cette improbable victoire, les armées de la coalition (réduite de plus en plus aux troupes américaines et aux supplétifs français) poursuivent leur guerre contre la population civile afghane. Le bombardement de Bala Buluk du 4 mai 2009 a tué 130 civils.

Les médias dominants [1] sont complices de la propagande américaine en faveur d’une guerre juste en Afghanistan («le combat contre Al-Qaida et ses soutiens est légitime»), qui est une fiction masquant leur intérêt de contrôler une région stratégique située au carrefour entre la Russie, la Chine, le Pakistan et l’Iran.

Serge LEFORT
06/08/2009

Lire aussi :
• Afghanistan, Monde en Question.
– 21/09/2008, La guerre en questions ?, Jean-Luc MÉLENCHON.
– 15/10/2008, La guerre américaine : escalade de l’Irak vers l’Afghanistan et le Pakistan, Monde en Question.
– 31/10/2008, Crimes de guerre en Afghanistan, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Géopolitique : Arc de crise, Monde en Question.


[1] Revue de presse :
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 03/08/2009.
• La guerre en Afghanistan, NouvelObs, 04/08/2009.

Analyse et réactions au discours de Obama


Traduction réalisée selon la transcription du discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin 2009 à l’université du Caire (Égypte), Un nouveau départ.

1. Critique de l’expression monde arabo-musulman.
2. Critique de l’expression monde musulman.
3. Critique de la thèse du choc des civilisations.
4. Analyse du discours de Barack Obama.
5. Revue de presse mise à jour le 12/06/2009.
6. Réactions d’Israéliens contre la colonisation de la Palestine.

Lire aussi :
• Articles de l’agence de presse chinoise, Xinhua.
• Articles de l’agence de presse russe, RIA Novosti.
• Articles du quotidien israélien, Ha’aretz.
• 02/06/2009, David P. Goldman, Wrong venue for Obama’s Muslim speech, Asia Times Online.
Une excellente critique de l’adresse de Barack Obama aux musulmans.
• 04/06/2009, Noam Chomsky, Les omissions éloquentes du discours d’Obama au Caire, CCIPPP selon AlterNet.
• 05/06/2009, Pierre Rousselin, Israël et Obama après le discours du Caire, Le Figaro.
Une analyse du point de vue d’Israël.
• 06/06/2009, Bernard Guetta, Obama et le commencement par le Verbe, Le Temps.
Un exemple parmi beaucoup d’autres de la logique du choc des civilisations.
• 07/06/2009, Alain Gresh, Quelques réactions au discours d’Obama au Caire, Les blogs du Diplo.
Alain Gresh résume les événements qui vont marquer la première quinzaine du mois de juin au Proche-Orient sans faire aucune analyse des changements en cours qui bouleversent ses convictions d’une solution à deux États, solution utopique après la dernière guerre israélienne à Gaza.
• 09/06/2009, Thierry Meyssan, Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans, Voltaire.
Une des rares analyses de la totalité du discours de Barack Obama.

Réactions au discours de Obama


Le discours de Barack Obama analysé par des Israéliens contre la colonisation de la Palestine :

• Uri AVNERY
– 04/06/2009, Obama and Israel’s true interests, MWC News.
– 09/06/2009, The Tone and the Music, Gush ShalomDaily TimesContreInfo.

• Zvi BAR’EL
– 07/06/2009, The power of humility, Ha’aretz.
– 09/06/2009, Egypt, Saudis threaten to rescind Arab peace plan, Ha’aretz.
– 12/06/2009, Week in review/ after Cairo, The National Newspaper

In Haaretz, Zvi Bar’el said: « Obama is a political philosopher who seeks to forge a new constitution of international politics that can replace the old paradigm, which drew a line separating Islam from the West. The old paradigm also built the temples of Orientalism, where the Middle East was researched as a holding area of natives, which attributed wisdom to the West and backwardness to ‘Islam,’ and juxtaposed a West of diplomatic finesse and honest handshakes with an Islam of fraud and violence.
Obama, as he explained in a press interview, removed the masks in Cairo. No one is absolutely right and there are no clear villains. There are no good and bad religions. »

• Akiva ELDAR
– 04/06/2009, Obama put Arabs and Israel on an equal footing, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama’s Cairo speech signals end of the 9/11 era, Ha’aretz.
– 12/06/2009, Obama’s Cairo’s speech: A compilation of views, Webdiary

Obama left Egypt with two tablets of the commandments – one for Jews and the other for Muslims. He left no room for doubt: An Israel that continues to discriminate against Palestinians and prevent them from exercising their rights to self-determination and freedom of movement cannot expect affirmative action from the US.
Obama placed violence against Israel on a par with the settlements and the humiliation of Palestinians in the territories. He spoke in the same breath about the struggle of Palestinians who lost their homes more than 60 years ago and the struggle of African slaves in the U.S. The Israelis could see themselves in the sentence that mentioned the apartheid state of South Africa.

• Gideon LEVY
– 05/06/2009, Future of Mideast is a domestic American issue, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama emerged in Cairo as a true friend of Israel, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama est un véritable ami d’Israël, AgoraVox selon Ha’aretz.
– 11/06/2009, Meanwhile, back in Israel, Ha’aretz.

• Tom SEGEV
 – 07/06/2009, Obama’s Buchenwald visit seen as balance to Cairo speech, Ha’aretz.

Lire aussi :
• Revue de presse (mise à jour le 12/06/2009), Monde en Question.
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Analyse du discours de Obama


Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama, et le paradigme du choc des civilisations, qui constitue la trame de son discours, cet article fait l’analyse politique de son contenu.

La traduction de référence du discours de Barack Obama fut réalisée selon la transcription publiée par America.gov.

Plan du discours de Barack Obama :

Introduction
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
4. La démocratie
5. La liberté de religion
6. Les droits des femmes
7. Le développement et les opportunités économiques
Conclusion

Analyse statistique du discours de Barack Obama :

Introduction

L’introduction est particulièrement longue, la première quantitativement (26,82%), et elle contient le plus grand nombre d’occurrences liées à la religion (35,20%).
Barack Obama parle abondamment des «musulmans» (38,30%) et de l’«islam» (65,22%) en termes positifs car il souhaite réduire la «tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier». Il va plus loin en disant que «les tensions ont été nourries par le colonialisme» et par la «guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés».

Ce discours tourne incontestablement la page de l’idéologie qui soutendait la politique étrangère américaine depuis vingt ans (depuis le mandat de George H. W. Bush) et surtout pendant les huit années du mandat de George W. Bush.

Mais Barack Obama a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter ce que ce changement de doctrine modifiera concrètement. Il entend poursuivre la politique antérieure en Afghanistan et en Irak et il n’avance aucune proposition nouvelle sur la question de la Palestine.

Reconnaître l’erreur tragique du «combat du Bien contre le Mal», en proposant «le respect mutuel» entre «l’Amérique et l’islam», ne suffit pas pour inaugurer une nouvelle politique. Barack Obama, restant acquis au choc des civilisations, propose une paix absurde… aux musulmans parce que les États-Unis n’ont plus les moyens de poursuivre la guerre absurde contre l’islam.

Barack Obama, président de l’Empire en déclin, a réduit les ambitions géopolitiques des États-Unis à son pré-carré au Moyen-Orient et en Afghanistan. Il faut lire aussi son discours en creux en pointant ce qu’il omet de dire pas ou ce qu’il dissimule.

1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes

Ce chapitre, le troisième quantitativement (15,36%), n’apporte rien de nouveau sur les objectifs de contrôle militaire et politique de l’Afghanistan et de l’Irak.

Barack Obama évite de prononcer le mot «terrorisme», qui fut le prétexte de la guerre contre l’Afghanistan, mais parle de manière alambiquée «de l’extrémisme violent sous toutes ses formes» en commençant par un mensonge : «l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam». C’est pourtant bien une croisade que George W. Bush a lancé en 2001.

Sur l’Afghanistan, Barack Obama reprend à son compte l’argumentaire de George W. Bush pour justifier la guerre : «les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans». Pire encore, il est prêt à étendre la guerre au Pakistan, qui abrite des «éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains». Mais il ne rappelle pas que les groupes mercenaires se revendiquant de l’islam furent armés, instruits et payés par les États-Unis pour chasser l’armée soviétique de l’Afghanistan [1].

Sur l’Irak, Barack Obama paraît en retrait des objectifs de George W. Bush, mais il assume le choix de son prédécesseur en prétendant que le peuple irakien est «libéré de la tyrannie de Saddam Hussein». Une libération imposée par la destruction des infrastructures économiques, par le bombardement de la population, par l’occupation militaire et la mise en place d’un gouvernement dominé par les religieux chiites et sunnites. Belle exemple de l’imposition de la démocratie par les armes !

Sur Guantánamo, Barack Obama justifie l’usage d’une prison de non-droit au nom de «la peur et la colère [… ] provoquées» par «les événements du 11 Septembre». Argument dérisoire car les attentats du 11 septembre 2001 furent la conséquences de l’instrumentalisation des groupes islamistes en Afghanistan, au Pakistan, au Moyen-Orient et au Maghreb.

2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe

Cet chapitre, le deuxième quantitativement (17%), n’apporte rien de nouveau sur l’absence de réel engagement des États-Unis pour une solution qui reconnaisse les droits des peuples israélien et palestinien.

Sur Israël, Barack Obama a réaffirmé les «liens solides qui unissent l’Amérique à Israël». Les gouvernements des États-Unis et d’Europe justifient tous les crimes des gouvernements d’Israël pour se faire pardonner d’avoir abandonné les Juifs entre 1933 et 1947.

Il n’a pas évoqué le fait que les gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la Palestine depuis 1948. Il n’a pas dit que l’occupation coloniale depuis 1967 était une la violation du droit international. Il n’a rien dit des crimes de guerre commis contre la population palestinienne à Gaza.

Sur la Palestine, Barack Obama a dénié le droit à la résistance du peuple palestinien. Il n’a pas dit un mot sur la violence de l’occupation, dénoncée par de nombreux Israéliens, mais a condamné celle de la résistance. C’est toujours le deux poids, deux mesures.

Il a réitéré le vœu pieux de la création d’un État palestinien. Vœu pieux quand on sait que les gouvernements israéliens ont toujours refusé cette solution en faisant à chaque fois monté les enchères :

Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
Yahoo! Actualités [2]

Vœu pieux quand on sait que les gouvernements américains n’ont jamais usé de leur influence pour faire respecter le plan de partage voté par l’ONU en 1947.

L’analyse statistique révèle l’importance du facteur religieux – troisième en importance (16%) après l’introduction (35,20%) et le chapitre sur la religion (18,40%) – dans l’approche d’Obama de la question israélo-palestinienne. Elle reflète les obsessions religieuses du gouvernement israélien (application de la halakha – code de jurisprudence juive, notamment les lois sur le mariage et le divorce – à tous les Israéliens et reconnaissance du «caractère juif de l’État d’Israël») et celles du Hamas (application de la charia – code de jurisprudence musulmane – à tous les Palestiniens).

3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires

Ce chapitre très court (5,46%) est néanmoins le plus important car il précise le tournant politique des États-Unis au Moyen-Orient, tournant qui impliquent surtout l’Iran et Israël.

C’est en des termes alambiqués que Barack Obama a parlé de l’Iran. En quelques mots, il a effacé trente années de conflits avec la république islamique instituée par l’ayatollah Khomeini. Il a avoué, en passant, que «les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu» [3].

À propos du «Traité de non-prolifération nucléaire», il a souhaité «que tous les pays de la région pourront partager cet objectif». Ce qui implique directement Israël, qui n’a jamais annoncé publiquement posséder l’arme nucléaire et qui n’a pas signé le traité.

Obama ne dit rien sur les autres pays, ceux qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (Inde, Israël et Pakistan) et celui qui s’est retiré (Corée du Nord en janvier 2003).

On voit bien que l’essentiel du discours de Barack Obama concerne le Moyen-Orient et, plus précisément, l’Iran et Israël. Le lien entre la question israélo-palestinienne avec la question nucléaire iranienne a été analysé par Philippe Grasset :

La question de la divergence des « intérêts stratégiques » entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la « menace existentielle » contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (« menace existentielle ») que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
Dedefensa

4. La démocratie

Ce chapitre court (6,43%) n’apporte rien de nouveau sinon cette phrase «aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre», qui annule la légitimité de la guerre de libération contre l’Irak.

Barack Obama ne dit rien sur les régimes des pays du Moyen-Orient, notamment de l’absence de démocratie des pays soutenus par les États-Unis : Arabie saoudite (monarchie absolue), Bahreïn (monarchie pétrolière), Égypte (Mohammed Hosni Moubarak réélu par référendum depuis 1981), Émirats arabes unis (sept émirs non élus dirigent le Conseil suprême), Jordanie (monarchie constitutionnelle qui légalisa les partis politiques en 1992), Koweït (monarchie pétrolière), Oman (monarchie pétrolière), Qatar (monarchie pétrolière).

5. La liberté de religion

Ce chapitre court (6,22%) apporte une idée nouvelle par rapport à la longue introduction consacrée à la religion en générale et à l’islam en particulier : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques.».

Cet appel, venant du président des États-Unis et non d’une autorité religieuse, paraît totalement décalé. Seule la dernière partie est de nature politique : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak».

Barack Obama supporte l’absence de démocratie au Moyen-Orient, mais ne supporte pas les divisions religieuses qui ont compliqué l’occupation de l’Irak.

6. Les droits des femmes

Ce chapitre, le plus court (4,22%), fait partie de la novlangue du politiquement correct.

Barack Obama innove pourtant en rappelant ce que la gauche française semble ignorer à savoir que «En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.»

Quant à la question du voile, qui obséde les médias franco-français, Obama a remis les pendules à l’heure par deux fois :

«il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.»

«Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité.»

7. Le développement et les opportunités économiques

Ce chapitre, le quatrième quantitativement (9,75%), fait partie de la novlangue du économiquement correct sur le thème de la mondialisation.

Barack Obama innove pourtant en associant la religion à l’économie. L’occurrence «musulman» est la seconde en importance (21,28%). Il conclue d’ailleurs ce chapitre par cette phrase ahurissante : «Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.»

Conclusion

La conclusion est plus dense (8,73%) que les chapitres sur l’Iran (5,46%), la démocratie (6,43%), la religion (6,22%) et les femmes (4,22%). Elle vient en quatrième position pour le nombre d’occurrences liées à la religion (10,40%).

Barack Obama conclue logiquement son discours par des citations du Coran («Saint Coran»), du Talmud et de la Bible et par une salutation œcuménique «Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.».

Tous ces trémolos sur le thème « aimons-nous les uns les autres », utilisé par Marie-Ségolène Royal pendant sa campagne à l’élection présidentielle de 2007, masquent l’absence de moyens pour changer l’ordre du monde.

L’Empire n’a plus les moyens de sa politique :

Pour un ensemble tel que le Pentagone, totalement improductif, constamment en état de dépassement de ses prévisions, vivant dans le gaspillage et l’absence complète de maîtrise de ses dépenses budgétaires, bref dans un état d’absence complète de contrôle de soi-même, passer de $634 milliards (chiffre nominal, en réalité destiné à être dépassé si l’on s’en tient aux habitudes établies depuis 2001, où les dépenses de fonctionnement et les dépenses opérationnelles sont mélangées sans contrôle) à $440 milliards en quatre ans signifie des contraintes extraordinaires sur les acquisitions et les processus bureaucratiques. Une telle programmation ne peut être obtenue par de simples mesures de rationalisation et de rentabilisation, de simples décisions de freinage d’équipements voire même d’abandons de programmes, etc. Si une telle programmation doit être tenue, elle supposera inéluctablement des réductions très importantes dans d’autres domaines, essentiellement dans les domaines de l’activité opérationnelle du Pentagone. Cela pose donc la question de savoir si les USA pourront continuer la politique d’engagement outre-mer de leur puissance militaire, qui pèse d’un fardeau considérable sur le budget; certes, poser la question dans les conditions où on le fait, c’est y répondre, et négativement cela va de soi.
Dedefensa

En réduisant les ambitions des États-Unis au Moyen-Orient, Barack Obama a amorcé un tournant politique. Aura-t-il le temps, le soutien du Congrès et surtout celui des Américains (la campagne pour l’élection de 2012 a déjà commencé) ou sera-t-il emporté par la poursuite de la guerre en Afghanistan, par le retrait de l’Irak, par l’inflexibilité des gouvernements israéliens ou iraniens ?

Serge LEFORT
10/06/2009


[1] Sélection bibliographique :
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L’Express, 2001.
[2] Revue de presse :
Au lendemain de son discours historique du Caire, le président américain Barack Obama a appelé vendredi la communauté internationale à redoubler d’efforts en faveur de la création d’un État palestinien au côté d’Israël. « Le moment est maintenant » venu « pour nous d’agir », a-t-il dit à l’issue d’un entretien en privé à Dresde avec Angela Merkel.
[…]
Barack Obama a observé que les États-Unis ne pouvaient pas contraindre les parties au Proche-Orient à la paix.
[…]
Barack Obama a annoncé que l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell allait retourner dans la région la semaine prochaine, dans le sillage de son discours du Caire, au cours duquel il a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à progresser sur le chemin de la paix.
Yahoo! Actualités
Au premier jour de sa nouvelle mission dans la région, le représentant spécial américain au Moyen-Orient, George Mitchell, a redit le souhait du président Barack Obama de voir la colonisation juive cesser et Israël accepter l’idée d’un État palestinien indépendant.
[…]
George Mitchell doit rencontrer dans la journée Benjamin Netanyahu, auquel le président Barack Obama a réitéré la veille au téléphone certains éléments du discours qu’il a prononcé jeudi au Caire sur le gel des colonies et l’avènement d’un État palestinien, ainsi que « son engagement à garantir la sécurité d’Israël ».
Yahoo! Actualités
Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
[…]
Barack Obama presse Israël d’arrêter les constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et relancer les pourparlers de paix en soutenant la création d’un État palestinien, ce que Benyamin Nétanyahou s’est abstenu jusqu’ici de faire.
[…]
Ces jours-ci, les éditorialistes israéliens annoncent que Nétanyahou va droit au clash avec Washington, citant des conseillers anonymes du Premier ministre qui disent penser que Barack Obama veut la tête de leur patron.
Yahoo! Actualités
George Mitchell a précisé que Washington était en quête d' »une paix régionale globale qui n’implique pas seulement Israël et les Palestiniens, mais aussi les Syriens, les Libanais et tous les pays environnants [Iran] ».
Yahoo! Actualités
[3] Lire l’analyse de Philippe Grasset : Obama et la chute de Mossadegh en 1953, Dedefensa.

Version policière des «sabotages SNCF» (3)


Coupat, l’ultragauche et la politisation du renseignement
Comment la menace terroriste a été créée de toutes pièces pour répondre aux impératifs politiques d’Alliot-Marie et des ex-RG.
Lire la suite… Rue89

Mouvance autonome libertaire ?
Au début de cette affaire, la presse (y compris de gauche) parlait d’une inquiétante résurgence du terrorisme (l’ultra gauche « déraille  » disait Libération). Six mois plus tard, la même presse (y compris de droite) commence à se demander s’il n’y a pas eu « emballement » judiciaire et médiatique. Comment est-on passé d’un dossier « en béton » de la police qui surveillait déjà les suspects (y compris la nuit du sabotage) à l’idée, suggérée ici ou là, que Michèle Alliot-Marie tenterait d’agiter le spectre du terrorisme « anarcho-autonome » pour raviver des réflexes sécuritaires.
Lire la suite… Huyghe

« L’insurrection qui vient »
Julien Coupat est ce « dangereux terroriste » de « l’ultra-gauche » soupçpnné par les services de MAM des attentats contre les lignes électriques du TGV, maintenu en prison préventive faute de preuves, dans l’espoir d’en trouver, et dont les « complices » arrêtés à Tarnac ont tous dûs être libérés, faute de preuve sans espoir d’en trouver.
Lire la suite… Le blog à Jef

D’Hammet à Coupat, un même front du refus
Non. Simplement : dire non. Face aux pressions policières et judiciaires : répéter non. Refuser de répondre et de se prêter au rituel déjà écrit de l’interrogatoire politique. Que ce soit dans l’Amérique anti-communiste de McCarthy ou dans la France d’Alliot-Marie – vent debout contre le prétendu danger « anarcho-autonome » – se dessine ainsi un même front du refus.
Lire la suite… Article11

Inde-États-Unis-Pakistan (6)


Le ton monte entre le Pakistan et l’Inde, où les activistes des partis religieux, des partis nationalistes de droite et d’extrême-droite et le gouvernement indien lui-même attisent la haine contre le Pakistan. La carte majeure du gouvernement pakistanais, malgré sa faiblesse [1], est son alliance avec les États-Unis dans sa « guerre contre le terrorisme ». Ainsi, les USA seront obligé de faire pression sur l’Inde pour ne pas perdre ses ambitions de victoire militaire contre l’Afghanistan.

Le Pakistan ne livrera pas à l’Inde les personnes arrêtées récemment dans l’enquête sur les attaques de Bombay mais les jugera lui-même si elles sont soupçonnées d’y avoir participé, a annoncé mardi le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi.
[…]
« Nous ne voulons pas la guerre mais nous sommes totalement prêts pour le cas où elle nous serait imposée », a averti M. Qureshi. « Nous sommes conscients de nos responsabilités pour défendre notre terre mais nous ne souhaitons pas la guerre », a-t-il insisté.
AFP – Yahoo! Actualités

Le Pakistan a assuré mardi qu’il ne livrerait à l’Inde aucun éventuel suspect dans les attaques de Bombay et qu’il les jugerait lui-même si nécessaire, mais s’est dit prêt à faire face à une nouvelle guerre si New Delhi décidait d’une action militaire, même ciblée.
[…]
L’Inde a remis une liste de suspects au Pakistan, son rival de toujours, et exige qu’il les lui livre, en menaçant à demi-mot de représailles dans le cas contraire.
[…]
La presse indienne bruisse depuis plusieurs jours de rumeurs de frappes indiennes ciblées sur des camps d’entraînement de combattants islamistes de l’autre côté de la frontière, si les forces pakistanaises n’agissent pas elles-mêmes.
[…]
Aujourd’hui, la situation est encore plus dramatique et ni les États-Unis, ni l’Inde, ni le Pakistan ne peuvent se payer le luxe d’une guerre, estiment unanimement les experts de la région, les diplomates, mais aussi de hauts responsables pakistanais.
[…]
Or le Pakistan a averti qu’un simple mouvement de troupes indiennes vers la frontière impliquerait automatiquement le retrait de son armée des zones tribales pour un redéploiement à la frontière indo-pakistanaise. Ce que les États-Unis, empêtrés dans les combats contre l’insurrection des talibans qui gagne en intensité en Afghanistan, verraient évidemment d’un mauvais oeil.
AFP – Yahoo! Actualités.
AP – Yahoo! Actualités.

L’OTAN prétend ne pas être affecté par la répétition des attaques de convois militaires, mais dissimule les coûts de l’alternative du transport par voie aérienne.

L’Isaf sous commandement Otan peut aussi compter sur l’acheminement de matériel par la voie aérienne, en attendant la conclusion d’accords de transit ferroviaire pour le matériel non létal négociés avec les Républiques d’Asie centrale pour compléter celui déjà conclu cette année avec la Russie.
AFP – Yahoo! Actualités


[1] Les attentats qui ont visé Bombay fin novembre ont plongé le pays dans le désarroi. Car le pouvoir n’a pas les moyens de lutter efficacement contre le terrorisme.

[…]

Le gouvernement a beau se méfier des groupes terroristes, la droite et les militaires pakistanais semblent aujourd’hui plus puissants que lui, alors qu’il souhaite débarrasser le pays de ses éléments terroristes et rechercher un compromis de paix acceptable avec l’Inde. Mais ce que les gens doivent comprendre par-dessus tout, c’est qu’Islamabad aura du mal à combattre les menaces intérieures si les pressions extérieures deviennent trop fortes. L’accroissement des divergences entre pouvoirs politique et militaire au Pakistan ne pourra qu’aggraver les tensions dans la région. Les armées pakistanaise et indienne ne penseront qu’à une réponse militaire face à la menace terroriste actuelle. Un tel scénario augmenterait le risque d’une confrontation armée, peut-être nucléaire, entre les deux pays, et constituerait donc plus un danger qu’une réponse adéquate.

Courrier international.

Commentaires : Le Courrier international détaille les « groupes terroristes, la droite et les militaires pakistanais », mais ne dit rien des mêmes forces réactionnaires en Inde. Ce média entretient le mythe de « la plus grande démocratie du monde » où les activistes des partis religieux, des partis nationalistes de droite et d’extrême-droite et le gouvernement indien lui-même attisent la haine contre le Pakistan. Les deux pays ont hérité des pratiques du colonialisme britannique…