Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Les défis de la Catalogne au tournant du siècle (1996-2006)


Bibliographie histoire

 

Le modèle d’autonomie sociopolitique, culturelle et linguistique qu’est, vue de l’extérieur, la Catalogne, « nation sans état » arc-boutée contre l’Espagne à laquelle elle inspire toujours défiance, est aujourd’hui en proie au doute.

À vingt-trois ans de stabilité politique incarnée par Jordi Pujol, ont succédé depuis 2003 des coalitions incertaines ; après avoir assis la normalisation linguistique dans le cadre espagnol, comment faire face à la mondialisation, qui désormais menace les acquis, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur, du fait de l’immigration ? Sous différents angles, sept études – autant de regards croisés – tentent de mettre en évidence les enjeux et les défi s de la Catalogne en ce début de siècle.

Christian LAGARDE (sous la direction de), Les défis de la Catalogne au tournant du siècle (1996-2006), Presses universitaires de Perpignan, 2008 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

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Reel Injun – Hollywood et les Indiens


 

Réalisateur : Neil Diamond
Durée : 1h27
Année : 2009
Pays : Canada
Genre : Documentaire
Résumé : Hollywood a représenté l’Amérindien dans pas moins de 4000 films depuis ses débuts et a construit l’image réductrice de l’Indien rusé, cavalier hors pair et assoiffé de sang.
Le réalisateur Neil Diamond, lui-même Indien Cree, donne la parole à des personnalités du cinéma connues pour leur regard sur l’image et la place des Amérindiens dans le western américain. Il s’entretient avec Clint Eastwood, le musicien Robbie Robertson, dont la mère est originaire de la tribu des Mohawks, le réalisateur Jim Jarmusch et de nombreux acteurs d’origine amérindienne, comme Wes Studi ou Graham Greene.
Fiche : IMDb

Partage proposé par : Anonyme DVD VF (Film rare)

Lire aussi :
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier Cinéma Canada, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

Un monde sous surveillance


Bibliographie médias

 

Depuis une vingtaine d’années, les démocraties occidentales se sont transformées en sociétés de plus en plus vigilantes et répressives. Elles se sont dotées d’un ensemble de règles qui réduisent la liberté des individus au nom de la sécurité collective. Si Orwell avait posé la propagande comme complément indissociable de Big Brother, il apparaît que le point d’orgue des politiques répressives soit la question sécuritaire. Or, celle-ci est fondée – comme l’avait également vu l’auteur de 1984 – sur l’existence d’un ennemi permanent (le terroriste, le pirate informatique, la grande criminalité, etc.).

Dès lors, la contrepartie de l’exigence de sécurité est l’abandon d’une large part de la liberté. Ce livre s’intéresse à cette conséquence majeure pour le devenir de notre société en termes de surveillance individuelle. Il recense les diverses modalités de la traçabilité électronique de l’individu aujourd’hui et s’attache aux problèmes juridiques nouveaux qu’elles soulèvent, notamment en matière de protection des droits et des libertés, et de garantie de la vie privée.

L’impact juridique et politique des nouvelles technologies telles que la vidéosurveillance, les cartes bancaires, les puces RFID, la biométrie, l’Internet et le piratage électronique, y fait donc l’objet d’une particulière attention. Une large place est également accordée aux techniques policières (systèmes d’écoute, fichage) et aux techniques militaires de surveillance (système ECHELON, système HERISSON) ainsi qu’aux méthodes plus subtiles de contrôle social en matière de communication.

L’ambition de cet ouvrage est enfin de présenter la question de la surveillance d’une manière à la fois thématique, synthétique et documentée à partir des diverses technologies qui peuvent affecter tout un chacun dans sa vie quotidienne.

Émilie LABROT et Philippe SÉGUR (sous la direction de), Un monde sous sourveillance ?, Presses universitaires de Perpignan, 2011 [Texte en ligne].

Lire aussi :
La censure programmée par Google – Facebook – Twitter, Monde en Question.
Index Medias, Monde en Question.
Dossier documentaire Médias, Monde en Question.

Les racines orientales de l’Europe


Bibliographie sciencesBibliographie histoire

 

L’idée selon laquelle les mathématiques seraient apparues avec Thalès et Pythagore a eu la vie longue. On sait désormais que la notion de calcul est apparue bien avant, de manière à peu près certaine avec les civilisations paléo-babyloniennes et peut-être même avant.
Une équipe de mathématiciens australiens vient de proposer la relecture d’une célèbre tablette babylonienne comme posant les rudiments de la trigonométrie, la question reste entière : quand et comment les humains ont-ils appris à calculer ?

Quand l’humanité a-t-elle appris à compter ?, France Culture.

Zeus, s’étant épris d’Europe, envoya Hermès pour mener le troupeau d’Agénor jusqu’au rivage de Tyr [Liban], où elle et ses compagnes avaient coutume de se promener. Il se joignit lui-même au troupeau ayant pris la forme d’un taureau blanc avec de grands fanons et de petites cornes pareilles à des bourgeons et séparés par une bande noire. Europe fut frappée par sa beauté et, trouvant qu’il était doux comme un agneau, elle surmonta sa frayeur et se mit à jouer avec lui ; elle lui mit des fleurs dans la bouche et suspendit des guirlandes à ses cornes ; à la fin elle grimpa sur ses épaules et il descendit tout doucement jusqu’à la mer. Brusquement il entra dans l’eau et se mit à nager tandis qu’elle, la tête tournée vers la terre ferme, était prise de panique à la vue du rivage qui s’éloignait ; d’une main elle était agrippée à sa corne droite, et de l’autre elle retenait encore un panier de fleurs.
Zeus toucha terre non loin de Gortyne, en Crète ; là il devint un aigle et viola Europe dans un bois de saules, auprès d’une source ; ou, selon certains, sous un platane.
Robert GRAVES, Les mythes grecs, Fayard, 1967 p.211.

Ce récit est symbolique des origines orientales de l’Europe car les Grecs ont hérité, en plus des sciences et techniques du Moyen-Orient, de l’alphabet inventé par les Phéniciens.

13/10/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Bill CASSELMAN,The Babylonian tablet Plimpton 322, University of British Columbia, 2003.
Christine PROUST, Trouver toutes les diagonales – Plimpton 322 : à la recherche des rectangles sexagésimaux, une version mésopotamienne de la recherche des « triplets pythagoriciens », Images des mathématiques, 2015.

BRUINS, Aperçu sur les mathématiques babyloniennes, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, 1950.
Alain HERREMAN, La mise en texte mathématique, Methodos, 2001.
L’auteur commence par rappeler la diversité d’aspects des textes mathématiques. Il s’appuie pour cela sur plusieurs études historiques récentes consacrées à l’analyse et aux conséquences de cette diversité dans le cas des mathématiques babyloniennes, grecques et chinoises. Il propose ensuite une analyse sémiotique de la transcription de l’un des textes latins par lesquels l’arithmétique fondée sur les chiffres arabes a été diffusée en Occident.
Benoît RITTAUD, À un mathématicien inconnu ! – Tablette YBC 7289, entre 1900 et 1600 avant notre ère, à Babylone, BibNum, 2008.
Christine PROUST, Mathématiques en Mésopotamie, Images des mathématiques, 2014 – Autres articles sur la Mésopotamie .

Jean-Louis HUOT, Vers l’apparition de l’État en Mésopotamie – Bilan des recherches récentes, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2005.
Calendrier et calcul du temps en Mésopotamie, France Culture, 2012.
Dominique CHARPIN, Comment peut-on être assyriologue ?, Collège de France, 2014 [Texte en ligne].
Lettres d’une Assyrienne à son mari et réponse de ce dernier (XIXe siècle av. J.-C.) : comptes entre époux, Images des mathématiques, 2015.
Dominique CHARPIN, Faire revivre la civilisation mésopotamienne, France Culture, 2015.
Histoire de la Mésopotamie, France Culture 1/4France Culture 2/4France Culture 3/4France Culture 4/4, 2016.
Dominique CHARPIN, Civilisation mésopotamienne, Collège de FranceFrance Culture, 2014-2017.

Mésopotamie, Antikforever.
Mésopotamie [Ressources multilingues], ETANA.
Mésopotamie, Histoire du monde.

Jean BOTTÉRO, Babylone – À l’aube de notre culture, Découvertes Gallimard, 1994.
Dominique CHARPIN, Lire et écrire à Babylone, PUF, 2008.
COLLECTIF, L’histoire commence en Mésopotamie – Catalogue Exposition, Louvre, 2016.
Jean-Jacques GLASSNER, Écrire à Sumer – L’invention du cunéiforme, Seuil, 2000.
Frances JOANNÈS (sous la direction de), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Bouquins Laffont, 2001.
Samuel Noah KRAMER, L’histoire commence à Sumer, Flammarion, 1993 réédition Champs Flammarion, 2017.
Il y a plus de trente ans, l’auteur de ce livre révélait au grand public la civilisation sumérienne, née en Mésopotamie, le sud de l’actuel Irak, voici quelque 5 000 ans.
L’intérêt de ce livre, qui mériterait de s’intituler L’histoire connue commence à Sumer, est qu’il nous donne à lire les textes originaux, traduits en français bien sûr, dans les domaines aussi variés que : Relations entre époux, Relations parents-enfants, Éducation, Délinquance juvénile, Gouvernement, Littérature, Médecine, Philosophie, etc.
Georges ROUX, La Mésopotamie – Essai d’histoire politique, économique et culturelle, Seuil, 1985 réédition 1995.
« On commence à s’aviser qu’une meilleure intelligence de la continuité historique nous interdit d’arrêter la remontée de notre passé au monde grec, d’une part, biblique de l’autre, mais nous incite à poursuivre plus haut encore, jusqu’aux limites de la connaissance historique, jusqu’aux plus anciens documents écrits – en Mésopotamie, vers trois mille ans avant notre ère. C’est là qu’est née alors la plus vieille haute civilisation connue. » Jean Bottéro

Dossier documentaire Sciences, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Five Came Back – Cinq hommes et une guerre


 

Réalisateur : Laurent Bouzereau
Durée : 1h00 par épisode
Année : 2017
Pays : USA
Genre : Documentaire
Résumé : Adaptation du livre de Mark Harris Five Came Back: A Story of Hollywood and the Second World War (2014). Cinq cinéastes s’engagèrent dans l’armée pour réaliser des films de propagande : John Ford, William Wyler, John Huston, Frank Capra et George Stevens.
Fiche : IMDb

Partage proposé par :
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Lire aussi :
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier Cinéma USA, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

L’origine arabe de la littérature occitane


Bibliographie littérature

 

L’Occitanie fut à la mode dans les années 70. Ceux qui se disaient révolutionnaires créèrent le mythe d’une Occitanie victime de l’impérialisme français ! Il ne reste pas grand’chose aujourd’hui de cette fable. Il reste à écrire l’histoire de cette région linguistique devenue en 2016 une région administrative.

Les intervenants de l’émission diffusée en 1973 sur France Culture évoquent, en s’écoutant beaucoup parler, les troubadours sans naturellement mentionner qu’ils puisèrent leur inspiration chez le poète Ibn Dawoud (Iranien de langue arabe qui vécut à Bagdad), théoricien de « l’amour courtois », et Ibn Hazm (d’origine andalouse) surtout connu pour Le collier de la colombe.

09/10/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
L’influence arabe-andalouse sur les troubadours, Bulletin Hispanique, 1939.
Ibn Hazm et l’amour courtois, Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, 1985.
L’influence des poètes arabes préislamiques sur la naissance de l’amour courtois chez les troubadours de langue d’oc, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 2011.
Ibn HAZM, Le collier de la colombe, Actes Sud, [Texte arabe avec une étude traduite du russe en français].
Gabriel MARTÍNEZ-GROS, L’idéologie omeyyade – La construction de la légitimité du Califat de Cordoue (Xe-XIe siècles) , Casa de Velázquez, 1992 [Texte en ligne].
Deux chapitres sont consacrés à Ibn Hazm.
Index Littérature, Monde en Question.
Veille informationnelle Livres, Monde en Question.

Les sciences en crise


Bibliographie sciences

 

Depuis quand la reproductibilité est elle un critère fondamental pour la science ? La complexité, la spécificité, la précision des méthodes rend-elle plus difficile la reproduction ? Les disciplines sont-elles inégales face à ce problème ?

La semaine dernière, la revue Peer Review Week organisait la semaine de l’évaluation, le système qui régit les principales revues scientifiques, sur le thème de la transparence. Or depuis plusieurs années, de nombreux domaines de recherche, et notamment les sciences expérimentales, traversent une crise dite de la « reproductibilité ». Soit l’incapacité d’aboutir à des résultats similaires en reproduisant une expérience ou une manipulation dans des conditions similaires. Quel contrôle exercer sur les publications ? Faut-il revoir la démarche expérimentale ? Ou, à l’inverse, la reproductibilité est-elle non seulement possible mais surtout nécessaire ?

Pourquoi les chercheurs ont-ils tant de mal à se reproduire ?, France Culture.

Lire aussi :
Pierre-Henri Gouyon : « Il y a une complicité de fait entre lobbyistes et scientifiques », Regards.
Benjamin SOURICE, Plaidoyer pour un contre-lobbying citoyen, ECLM, 2014 [Texte en ligne].
Dossier documentaire Sciences, Monde en Question.
Dossier documentaire Épistémologie, Monde en Question.

L’influence de Washington sur Hollywood


Bibliographie cinéma

 

Les dossiers que nous avons obtenus, pour la plupart via des requêtes FOIA [Freedom of Information Act] démontrent qu’entre 1911 et 2017, plus de 800 films ont reçu un soutien du Département de la Défense, un chiffre bien plus élevé que dans les estimations publiées jusque là. Ces films comprennent des franchises à grand succès comme Transformers, Iron Man et Terminator.

A la télévision, nous avons découvert que 1 100 titres ont reçu une aide du Pentagone – 900 depuis 2005 -, de Flight 93 à Convoi de l’extrême et Army Wives.

Si nous comptons aussi des épisodes de séries comme 24, Homeland et NCIS, et l’influence d’autres organisations majeures comme le FBI et la Maison-Blanche, nous pouvons établir avec assurance pour la première fois que les différents organismes de l’appareil washingtonien ont influencé des milliers d’heures de divertissement.

Lire la suite… Entelekheia.

Lire aussi :
Erwan BENEZET, Barthélémy COURMONT, Washington et Hollywood : l’arme fatale ?, Revue internationale et stratégique, 2004.
Nolwenn MINGANT, Hollywood et le département d’Etat : une liaison dangereuse ?, Géoéconomie, 2011.

Jean-Michel VALANTIN, Hollywood, le Pentagone et Washington – Les trois acteurs de la stratégie mondiale, Autrement, 2003 réédition Hollywood, le Pentagone et le monde – Les trois acteurs de la stratégie mondiale, Autrement, 2010 [CliothèquePolitique étrangère Questions de communication].
Erwan BENEZET, Barthélémy COURMONT, Hollywood-Washington – Comment l’Amérique fait son cinéma, Armand Colin, 2007.
Matthew ALFORD, Tom SECKER , National Security Cinema – The Shocking New Evidence of Government Control in Hollywood, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2017 [Spy Culture – Intelligence Agencies and Popular CultureYouTube].

Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier documentaire Cinéma – Livres, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

La thèse des racines grecques et de l’identité chrétienne du monde occidental


Bibliographie histoire

 

On sait qu’à la parution de cet Aristote au Mont-Saint-Michel, des organes de presse éminents (Le Monde, Le Figaro, etc.) ont applaudi ce qu’ils ont appelé une thèse courageuse, alors que la plupart des médiévistes, rappelant, comme le font ci-après Jean Jolivet et Abdelali Elamrani-Jamal, que cette thèse remontait à Renan, se sont indignés qu’on puisse faire abstraction des acquis de plus d’un siècle d’études médiévales. Essayons d’abord de préciser de quelle thèse il s’agit. Là encore, il faut lire attentivement le livre et ne pas se contenter des articles qui lui ont été consacrés ou des propos modérés de la quatrième de couverture.

Dans son introduction Sylvain Gouguenheim déclare qu’il va discuter ce qu’il appelle l' »opinion commune » : l’Europe a une dette envers le monde arabo-musulman de l’époque abbasside qui aurait assimilé l’essentiel du savoir grec, l’aurait transmis aux Européens, et ainsi serait à l’origine du réveil culturel et scientifique du Moyen Âge puis de la Renaissance ; corollairement, la pensée, la culture, l’art européens auraient pour origine, au moins partiellement, la civilisation des Abbassides. Gouguenheim souligne alors que l’opinion qu’il va s’efforcer de réfuter contredit la thèse des « racines grecques » et de l' »identité chrétienne » du monde occidental, dont on sait qu’elle n’est pas étrangère à une certaine actualité politique. Il accuse donc certains médiévistes d’avoir mis une « civilisation abbasside » en lieu et place de la civilisation grecque. Si on laisse de côté le fait qu’aucun historien sérieux n’a jamais soutenu une telle opinion, on ne peut refuser a priori une certaine légitimité au fait de la combattre malgré tout.

Mais les choses se compliquent si on compare cette déclaration d’intentions à la conclusion. Gouguenheim y oppose les civilisations chrétienne et islamique : la première « combinait l’héritage grec et le message des Évangiles, l’esprit scientifique et l’enracinement dans une tradition religieuse dont l’Église se voulait garante. L’autre était fille du livre de Dieu, du Livre incréé. Elle était fondamentalement amarrée à son axe central, le Coran ». Et il ajoute qu’il existe une « structure intellectuelle propre à la foi chrétienne d’où est né le savoir européen ». On comprend alors que Gouguenheim ne se propose pas simplement d’établir que les racines de la civilisation européenne sont grecques et ne doivent rien à peu près rien à la civilisation islamique, mais de montrer que, contrairement au monde occidental, le monde islamique, du fait de sa religion, ne pouvait pas intégrer le savoir grec puis le dépasser. C’est ce qu’il affirme quand il dit que « la façon dont l’héritage grec fut exploité constitue un solide critère d’identification des civilisations médiévales chrétienne et islamique ». En fait sa conclusion montre que son objectif, ou l’un de ses objectifs, est finalement d’établir qu’il existe entre ces civilisations une hiérarchie qu’on peut établir à partir de « leur rapport aux textes sacrés et du degré de liberté laissé à la raison humaine ».

Même si on n’éprouve pas la moindre sympathie pour un tel objectif, on peut avoir quelque curiosité pour son argumentaire ; pour qu’il réussisse une entreprise aussi risquée, on attend de l’auteur qu’il développe une démonstration habile et particulièrement serrée. Or il faut bien le reconnaître : sur le strict plan de la technique argumentative, la déception est grande.

Les silences sur les faits embarrassants, les incohérences, l’usage de concepts mal définis, les interprétations tendancieuses, les inventions pures et simples, les erreurs factuelles, pullulent. Les règles les plus communément admises du travail universitaire sont bafouées ; quant à celles de la vulgarisation, évoquée par l’auteur dans certaines interviews, elles le sont tout autant.

Nous donnons ci-dessous quelques exemples particulièrement caractéristiques de la rhétorique mise en œuvre dans Aristote au Mont-Saint-Michel. Bien entendu, nombre d’entre eux sont développés dans les contributions qui suivent, auxquelles, alors, nous renverrons pour une démonstration plus serrée.

Max LEJBOWICZ (sous la direction de), L’Islam médiéval en terres chrétiennes – Science et idéologie, Presses universitaires du Septentrion, 2009 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

FIBONACCI et les sciences de langue arabe


Bibliographie sciences

 

Qui est Fibonacci ? Comment ce savant a permis l’introduction au « monde occidental » des mathématiques arabes ? En quoi cela a été déterminant pour le développement des mathématiques en Europe à partir du Moyen-Age ? Fibonacci est connu pour la suite éponyme. Qu’est ce que la suite de Fibonacci ?

Fibonacci, une suite qui vaut de l’or, France Culture, 2017.

En France, on parle de « science arabe« , mais ici les Iraniens préfèrent employer l’expression plus large de « sciences en pays d’islam », ou « islamic sciences » en anglais. Nous avons pris l’habitude de dire science arabe, mais elle renvoie en réalité à la science élaborée par les pays musulmans qui était écrite en arabe. On situe en général son âge d’or entre le IXe et la fin du XIe siècle, mais en réalité nous savons maintenant que des apports tout à fait originaux ont continué à être produits jusqu’au XVIe et même au XVIIe siècle, en particulier en Iran.

Entretien avec Ahmed Djebbar, La Revue de Téhéran, 2007.

On parle aussi de « science arabo-musulmane« , ce qui exclut les Iraniens qui sont musulmans mais non arabes et tous les arabes qui sont chrétiens, juifs ou athées. L’arabe fut, comme l’anglais aujourd’hui, la langue de communication entre les pays conquis par l’islam. C’est pourquoi je préfère l’expression « sciences de langue arabe ».

Ceci dit, la culture européenne doit beaucoup à la culture de langue arabe, qui nous a non seulement transmis les textes grecs et latins, mais a aussi innové notamment dans les mathématiques, la médecine ou la littérature (Ibn Dawoud).

À partir la Renaissance, les intellectuels européens, ardents défenseurs de la Reconquista qui s’acheva en 1492, ont milité pour un « retour aux sources » de la civilisation européenne expurgées des connotations orientales : grecques d’Asie Mineure (Anatolie), arabes, iraniennes, indiennes ou chinoises. Ce fut le socle idéologique des conquêtes de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie.

29/09/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Biographie Fibonacci, Portail mathsGérard Villemin.
Mystères arithmétiques de la suite de Fibonacci, Images des mathématiques.
Fibonacci, les lapins, le nombre d’or et les calculs actuariels, Freakonometrics.
La suite arithmétique de Fibonacci et le nombre d’or, Futura Sciences.
Fibonacci, passeur des mathématiques du monde arabe au monde occidental, Université de Limoges [Texte en ligne].
Ahmed DJEBBAR, La circulation de l’algèbre arabe en Europe et son impact in The Impact of Arabic Sciences in Europe and Asia, Union Académique Internationale, 2016 – Texte sur demande [CRMH].
Jérôme GAVIN, Alain SCHÄRLIG, Léonard de Pise : un sujet anodin devenu référence, et une contribution considérable mais oubliée à l’arrivée de l’algèbre en Europe, BibNum, 2015.
Roshdi RASHED, Fibonacci et les mathématiques arabes, Histoire des sciences arabes.
Roshdi RASHED, Fibonacci et le prolongement latin des mathématiques arabes, Histoire des sciences arabesTexte sur demande.

Quand les sciences parlent arabe, Centre-Sciences, 2007.
AL KHWARIZMI, L’algèbre et le calcul indien, Editions du Kangourou 2013.
COLLECTIF, Les Sciences arabes, Actes Sud, 2005.
COLLECTIF, À La découverte de l’âge d’or des sciences arabes, Sciences.be, 2016 [Texte en ligne].
Pascal CROZET, Les sciences arabes entre antiquité et âge classique : la constitution d’un nouveau champ en histoire des sciences, HAL, 2004 [Texte en ligne].
C’est peu de dire que l’image des sciences arabes et la place qui leur est assignée dans l’histoire ne sont plus les mêmes depuis l’œuvre de Roshdi Rashed. Non seulement parce celui-ci a contribué, et de façon déterminante, à établir des normes de rigueur dans un domaine qui n’en connaissait guère avant lui ou parce que, grâce à lui, le champ de recherches sur les sciences arabes est désormais beaucoup mieux balisé. C’est aussi que Roshdi Rashed n’a cessé de porter un regard critique sur le domaine d’activités qui est le sien, l’histoire des sciences, et de s’interroger sur son objet, ses méthodes et son histoire ; or, loin d’être détachées de l’activité même de l’historien des sciences, ces réflexions n’ont cessé au contraire de l’alimenter et d’en infléchir les conclusions. Nous voudrions ici tenter de montrer comment ces réflexions ont puissamment concouru à modifier en profondeur l’historiographie des sciences classiques, non seulement en restituant aux sciences arabes la place qui est la leur, mais aussi en contribuant à définir mieux ce qu’on pouvait entendre par un tel terme.
Ahmed DJEBBAR, Une histoire de la science arabe – Introduction à la connaissance du patrimoine scientifique des pays d’Islam – Entretiens avec Jean Rosmorduc, Seuil 2001 [Extraits en ligneRevue d’histoire des sciences].
L’histoire des sciences occidentale a longtemps affirmé qu’entre « miracle grec » et Renaissance, l’obscurantisme le plus total avait régné. La raison revenant, il est apparu que les savants des pays d’Islam, du VIIIe au XVe siècle, avaient certes traduit les ouvrages grecs et indiens, mais surtout défriché des domaines des sciences et des techniques qui ne se constitueront que bien plus tard en Europe.
C’est la longue histoire de ce flamboiement culturel injustement méconnu qui est narrée ici. De Bagdad en Andalousie, des algorithmes d’al-Khwarizmi à la floraison des ouvrages savants, c’est toute une civilisation qui revit, où la liberté de pensée et la tolérance se sont alliées pour faire remarquablement progresser le patrimoine scientifique commun.
Ahmed DJEBBAR, L’âge d’or des sciences arabes, Le Pommier, 2013.
Astronomie, médecine, mathématiques, géographie… autant de domaines dans lesquels la civilisation arabe apporta des contributions originales. Non seulement elle assimila les savoirs grec, indien, babylonien, égyptien qu’elle sût transmettre au temps des grandes traductions, mais elle élabora aussi une grande tradition scientifique proprement arabe, avec de grands noms comme Ibn Sînâ (Avicenne), le mathématicien et astronome al-Khwârizmi ou encore le scientifique et polygraphe Al-Bîrûnî, pour ne citer qu’eux…
Salah Ould MOULAYE AHMED, L’apport scientifique arabe à travers les grandes figures de l’époque classique, Unesco, 2004 [Texte en ligne].
L’âge d’or de la pensée arabe décrit dans cet ouvrage s’étendit sur plusieurs siècles et se traduisit par un apport scientifique et technique particulièrement enrichissant pour le progrès humain. Il s’accompagna d’un esprit de tolérance et d’ouverture remarquable dans la recherche, l’assimilation et la diffusion du savoir. Ce livre aborde successivement les domaines de la philosophie, des mathématiques, de l’astronomie, des sciences physiques et naturelles, de la médecine et de la pharmacopée, des sciences géographiques et historiques.
Roshdi RASHED (sous la direction de), Histoire des sciences arabes (I Astronomie, théorique et appliquée – II Mathématiques et physique – III technologie, alchimie et science de la vie), Seuil, 1997 [Revue du monde musulman et de la MéditerranéeLa Recherche].
Entre le VIIIe et le XVe siècle, la recherche scientifique la plus avancée se faisait en arabe. L’arabe était alors la langue de la science, depuis l’Espagne jusqu’aux confins de la Chine. Ce livre en trois tomes entend replacer les sciences arabes dans l’histoire des sciences. C’est en fait la première synthèse jamais effectuée en ce domaine et dans cet esprit. Si, aujourd’hui, un tel panorama est possible, c’est en raison des recherches menées depuis le siècle dernier, et activées dans les dernières décennies. Les meilleurs spécialistes des multiples domaines des sciences arabes ont été sollicités pour restituer à la science arabe son visage et sa place en privilégiant l’analyse des sources anciennes (surtout grecques) et en consacrant quelques chapitres aux prolongements latins et hébraïques.

Dossier documentaire Sciences, Monde en Question.
Dossier documentaire Astronomie-Astrophysique, Monde en Question.
Dossier documentaire Mathématiques, Monde en Question.