Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: Cisjordanie

Le livre noir de la colonisation de Jérusalem Est


 

Mediapart publie le rapport confidentiel des consuls européens à Jérusalem et Ramallah, qui vient d’être transmis à Bruxelles. Selon ce texte, dont nous publions quelques extraits, « la situation à Jérusalem n’a jamais été aussi menaçante depuis 1967 ».

« L’expansion des colonies et l’exclusion politique, économique, sociale des Palestiniens, qui ne cesse de s’aggraver, ont un impact négatif sur la situation à Jérusalem. La polarisation et la violence croissante dans la ville menacent de plus en plus la viabilité de la solution à deux États, avec Jérusalem comme capitale commune. Et le niveau des tensions risque de s’élever encore en 2017 avec le cinquantième anniversaire de l’annexion de la ville, compte tenu de ce que prévoient, à cette occasion, les autorités israéliennes », écrivent les chefs de missions diplomatiques de l’Union européenne à Jérusalem et à Ramallah, récemment transmis au Comité politique et de sécurité du Service européen d’action extérieure – le ministère des affaires étrangères de l’Europe, alors que cette politique de colonisation impunie d’Israël vient d’être condamnée, fin décembre, par l’adoption au Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2334, qui demande, avec l’aval des USA, à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de respecter toutes ses obligations légales dans ce domaine ».

Première constatation des diplomates européens : le mécanisme complexe de règles, de pratiques bureaucratiques, de lois ad hoc et d’impératifs sécuritaires que met en œuvre Israël à Jérusalem-Est, véritable machine infernale contre une paix négociée et pérenne, obéit à un choix de planification ethnique arrêté en 2007 par la municipalité de Jérusalem. La population palestinienne de la ville ne doit pas excéder, en effet, 40 % de la population municipale totale.

Dans cet arsenal de lois kafkaiennes, les Palestiniens de Jérusalem-Est disposent d’une carte d’identité spéciale qui leur permet de résider à Jérusalem-Est et de circuler en Israël, mais pas d’y voter lors des élections législatives. Un statut particulièrement précaire puisqu’il peut être révoqué par les autorités, si elles estiment que Jérusalem-Est n’est pas le « centre de vie » du résident.

Entre 1967 et 2015, 14 500 Palestiniens ont ainsi perdu leur droit de résidence. En outre, le statut de résident permanent, déjà difficile à préserver, ne s’applique pas automatiquement, en cas de mariage, aux conjoint(e)s des résident(e)s et ne se transmet pas automatiquement aux enfants. Et la procédure « d’unification de famille » nécessaire pour tenter de régler un telle situation est longue et coûteuse. Selon le ministère israélien de l’Intérieur, près de 8 000 Palestiniens vivaient ainsi en 2015 à Jérusalem, avec un simple permis de séjour temporaire. Autrement dit, ils étaient expulsables du jour au lendemain. Une bonne partie d’entre eux étaient des enfants dont l’un des parents possède une carte d’identité de résident à Jérusalem-Est et l’autre des papiers d’identité de Cisjordanie. Benjamin Netanyahou l’a admis publiquement en octobre 2015, rappellent les auteurs du rapport : la révocation du droit de résidence est l’une des mesures qui peuvent être prises à titre de punition ou de dissuasion, en cas d’escalade de la violence.

Autre obstacle quotidien à la liberté de mouvement des Palestiniens : le mur ou la barrière de séparation construite par Israël en Cisjordanie, officiellement pour des raisons de sécurité, en réalité pour annexer de fait à Israël de larges sections du territoire palestinien, en particulier celles où se trouvent les principaux blocs de colonies. En matière de commerce et d’emplois, le préjudice causé à l’économie palestinienne est évalué par le rapport à 200 millions de dollars par an. « La barrière de séparation et le régime de permis qui lui est associé, écrivent les diplomates européens, continuent d’avoir un impact social, humanitaire et économique très négatif sur Jérusalem-Est et son arrière-pays palestinien. Elle déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare physiquement des communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est. Et, en même temps, elle incorpore des colonies israéliennes, situées au-delà de la Ligne verte de 1967 [limite de la Cisjordanie – ndlr] dans la ville. »

Selon le document européen, au moins 70 000 Palestiniens résidant à Jérusalem-Est qui vivent dans des zones rejetées en Cisjordanie par les méandres savants de la barrière ou du mur ont désormais besoin de franchir un check-point pour se rendre à leur travail ou avoir accès aux services – santé, éducation – auxquels leur donne droit leur statut de résidents et de contribuables de Jérusalem. Pour les Palestiniens qui n’ont pas de permis de résidence à Jérusalem-Est, c’est-à-dire ceux de Cisjordanie, la vie est en encore plus compliquée, relèvent les diplomates. Ils doivent disposer d’un permis, très difficile à obtenir car soumis à une multitude de conditions. Ils ne sont pas autorisés à entrer à Jérusalem en automobile et à y passer la nuit. Et ils ne peuvent entrer que par 4 des 16 check-points qui entourent la ville.

Alors que les 316 000 Palestiniens de Jérusalem-Est représentent environ 37 % de la population de la ville, la part du budget municipal affecté à leurs quartiers ne dépasse pas 10 %. Ce qui se traduit par un manque criant de classes dans les écoles, de services d’urgence médicale, de bureaux de poste, de véhicules et de personnels pour la collecte des ordures. En matière d’éducation, note le rapport, Jérusalem-Est manque de 2 672 classes. Plutôt que de mettre en chantier des classes nouvelles, la municipalité de Jérusalem s’est limitée, pour contenir le mécontentement, à louer 800 locaux, pour la plupart mal adaptés à l’enseignement.

À ce manque de locaux scolaires s’ajoute, comme pour les six hôpitaux de Jérusalem-Est, un sérieux problème de liberté de circulation du personnel. Entre 70 et 80 % du personnel des hôpitaux de Jérusalem-Est a besoin d’un permis – renouvelable tous les six mois – pour entrer en ville. Et le quota d’employés originaires de Cisjordanie, qui est variable, est notifié verbalement aux directeurs d’hôpitaux. Une centaine de médecins sont autorisés à entrer à Jérusalem en voiture, les infirmières et le reste du personnel doivent franchir les check-points à pied.

On imagine bien que, dans de telles conditions, l’économie de Jérusalem-Est, qui repose essentiellement sur un tissu de petites ou très petites entreprises, vit des temps difficiles, d’autant que « le secteur du tourisme palestinien ne reçoit qu’une part très modeste des revenus générés par le tourisme international ». « En raison de son isolement et du système strict des permis israéliens, la ville a largement cessé d’être un centre économique et commercial, constatent les diplomates. Surtout, la contribution globale de Jérusalem-Est au PNB palestinien a décliné de 15 % avant les Accords d’Oslo à moins de 7 % aujourd’hui. » Le taux de chômage avoisine 35 % chez les jeunes et 19,9 % chez les femmes. Et le taux de pauvreté est passé entre 2006 et 2016 de 64 à 75 %.

Quant aux infrastructures de transport, « elles servent surtout, constate le rapport, à renforcer le contrôle israélien sur Jérusalem-Est ». « Le tramway illustre la politique israélienne qui consiste à relier les colonies israéliennes de Jérusalem-Est avec le centre-ville à Jérusalem-Ouest, affirme le document. À l’exception de quelques stations, à Shu’afat et Beit Hanina, le tram ne dessert pas les quartiers palestiniens. La municipalité de Jérusalem prévoit de doubler pratiquement la longueur de la ligne de tram existante jusqu’à la colonie de Neve Yaakov, pour relier d’autres colonies (Neve Yaakov, Gilo, Ramot) à Jérusalem-Ouest. » D’autres infrastructures, notamment un téléphérique urbain et des routes en construction ou en projet dont la liste figure dans le rapport, illustrent l’intention israélienne de « consolider la liaison entre les principales colonies israéliennes et Jérusalem ».

C’est pourquoi, en dépit d’une diminution des actes de violence depuis le milieu de l’année 2016, le tramway demeure un détonateur des tensions ». Tensions que les responsables palestiniens ont de plus en plus de mal à contrôler. D’autant que leur absence a été organisée par Israël. La fermeture par le gouvernement israélien des principales institutions palestiniennes de la ville – Orient House, siège de l’OLP, ou la Chambre de commerce –, comme le harcèlement dont sont victimes les institutions culturelles ou la répression qui se poursuit contre toute forme de vie politique palestinienne à Jérusalem-Est, ont « largement contribué à la fragmentation de la société palestinienne, à l’isolement des communautés locales palestiniennes et à l’affaiblissement de l’identité collective ».

Après avoir rappelé que pour l’UE « les colonies sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la solution à deux États et à la paix », et que 211 000 colons, sur les quelque 600 000 implantés dans les territoires occupés, vivent aujourd’hui à Jérusalem-Est, à côté de 316 000 Palestiniens, les auteurs du rapport passent en revue les différentes stratégies employées par Israël pour densifier la population juive de Jérusalem-Est. Et cela, tout en séparant les quartiers palestiniens les uns des autres par des colonies urbaines qui bloquent l’extension de l’habitat palestinien et en coupant la ville de la Cisjordanie par un chapelet de colonies périphériques qui interdisent tout développement des faubourgs palestiniens vers le nord, l’est et le sud. Aujourd’hui, constate le document, 2 500 colons vivent dans des « enclaves » au cœur des quartiers palestiniens de Jérusalem-Est.

Dans certains quartiers, tel Silwan, au pied des remparts de la Vieille ville et de l’Esplanade des Mosquées, où les organisations privées de colonisation comme El’ad ou Ataret Cohanim sont particulièrement actives, ces « récupérations » de propriétés ont donné lieu à un nombre croissant d’expulsions d’habitants palestiniens. Selon le rapport, près de 500 Israéliens vivent aujourd’hui sous haute protection militaire parmi les 10 000 Palestiniens du secteur de Silwan, où le nombre de colons a quadruplé en moins de deux ans.

Parmi les autres procédés utilisés par les planificateurs de la colonisation pour contenir, voire empêcher le développement des quartiers palestiniens tout en étendant la présence juive dans Jérusalem-Est, le rapport examine longuement la multiplication des parcs nationaux et des espaces archéologiques, qui servent, en outre, à établir un « récit historique national » destiné à exalter « la continuité de la présence juive dans le secteur, au détriment des autres religions et cultures ». L’avantage, pour les autorités israéliennes, est que dans de tels cas, l’autorité sur le terrain est transférée de la municipalité de Jérusalem à l’Autorité des parcs et des réserves naturelles, qui n’a aucune obligation à l’égard des habitants palestiniens et peut donc obtenir leur expropriation et leur expulsion sans indemnité.

Et les restrictions et interdictions de construction créent une évidente pénurie de logements pour les résidents palestiniens, souvent obligés de construire sans obtenir de permis de la municipalité, s’exposant ainsi au risque d’être expulsés. Aujourd’hui, relève le rapport, le nombre de constructions palestiniennes menacées de démolition par un ordre administratif, judiciaire ou militaire s’élève à 24 000, ce qui expose 144 000 Palestiniens au risque d’expulsion.

À cette accumulation d’inégalités, d’injustices, d’abus et d’humiliations, génératrice de frustration et de révolte, s’ajoute une série d’initiatives et de déclarations, à propos de la gestion des lieux saints juifs et musulmans, qui visent à modifier un statu quo vieux de deux siècles et ont favorisé l’accroissement des tensions sur le terrain. Sous la pression des religieux juifs extrémistes et des colons, qui exercent une influence croissante au sein de sa majorité parlementaire, Benjamin Netanyahou a fait preuve d’une « tolérance accrue » à l’égard de ceux qui entendent modifier le régime des accès aux lieux saints, au bénéfice des seuls fidèles juifs.

« Compte tenu de l’importance du Haram al-Sharif/Mont du Temple pour les juifs et les musulmans, écrivent les auteurs du rapport, toute menace ou perception de menace sur son intégrité ou sur le statu quo ne risque pas seulement de saper toute reprise du processus de paix, mais a le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions sur la planète entière, tout en amplifiant la dimension religieuse du conflit. »

Cette politique israélienne, selon les auteurs du rapport, a fortement contribué au renforcement de la polarisation et au regain de violence. Entre le début de l’année et les premiers jours de décembre, notent les consuls, trois Israéliens et vingt-six palestiniens ont été tués à Jérusalem. En représailles, certains Palestiniens, auteurs d’attaques individuelles, ont apparemment été tués dans des situations où ils ne représentaient plus une menace. Parallèlement, les autorités israéliennes ont remis en vigueur la pratique punitive de démolition des maisons des Palestiniens accusés d’attentats. Approuvée par la Cour suprême, cette technique de dissuasion a provoqué la colère des Palestiniens, qui la jugent unilatérale : elle n’a pas été appliquée, en effet, aux trois Israéliens qui avaient tué un jeune Palestinien en juillet 2014.

Les auteurs de ce rapport rappellent qu’il revient aux États membres de l’UE d’appliquer les mesures qui permettent de distinguer clairement les produits fabriqués en Israël et ceux en provenance des territoires occupés…

« On a déjà vu plus audacieux. Mais peut-on en attendre davantage de l’Union européenne », s’interroge Mediapart ?

Source : CAPJPO-EuroPalestine.

Lire aussi :
Henry LAURENS, Les accords Sykes-Picot, Arrêt sur Info.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Au nom du temple – Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif


 

Réalisateur : Charles Enderlin
Année : 2014
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé : A l’aide de témoignages de rabbins, de colons, de militants nationalistes et d’images d’archives rares, « Au nom du temple » décrit le développement du sionisme religieux, sa conquête de la Cisjordanie et son combat contre les négociations avec les Palestiniens. A présent, ils promeuvent la reconstruction à Jérusalem du Temple juif, là où il se dressait il y a 2 000 ans, sur le lieu même de la mosquée Al Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam. Ce document montre le décalage entre les initiatives diplomatiques et la détermination des colons et des forces nationalistes. Un nouveau conflit que la gauche israélienne n’a pas réussi à empêcher. Désormais le conflit ne semble plus politique ou territorial, mais religieux.
Dossiers :
France 24
Rue 89
Télérama

Partage proposé par : Zone Telechargement DVD FR

Lire aussi :
• Charles ENDERLIN, Au nom du temple – Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013), Seuil, 2013 [Introduction].
Plongeant ses sources dans la haute antiquité biblique, le fondamentalisme messianique juif a pris son essor en juin 1967, après la conquête de la Cisjordanie et, surtout, du Haram Al-Sharif, le troisième lieu saint de l’Islam – là où se trouvent aussi les ruines du Temple d’Hérode, là où le patriarche Abraham avait prétendu sacrifier son fils Isaac.
Convaincus que le monde est entré dans l’ère eschatologique, les militants de ce mouvement religieux, allié à la droite nationaliste, s’opposent à toute concession territoriale, et a fortiori à la création d’un État palestinien souverain et indépendant. Les idéaux, la politique, les principes qui avaient inspiré le sionisme des origines, libéral et pragmatique, ont été, à mesure que progressait la pénétration du fondamentalisme juif dans la société israélienne, de plus en plus marginalisés.
Dans ce nouveau document d’enquête, Charles Enderlin décrit la lente diffusion de l’idée messianique et son corollaire, le développement de la colonisation juive en Cisjordanie, qui rend impossible toute solution à deux États. Un nouvel Israël est-il en train de naître, menant le Proche-Orient à un point de non-retour ?
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Veille informationnelle Palestine, Monde en Question.

Pour les Palestiniens


 

Le processus de paix israélo-palestinien n’est plus, depuis longtemps que le nom de code d’une politique du mensonge et de la violence. L’histoire, le déséquilibre des forces en présence, les enjeux mondiaux : tout concourt à polariser le débat. Loin du prêt-à-penser médiatique, dans un soucis constant de clarté et de pondération, Rony Brauman met en lumière la complaisance française vis-vis du gouvernement israélien et dénonce la troublante situation d’apartheid vécue par les Palestiniens.

Né en Israël, Rony Brauman a grandi en France. Figure emblématique de l’action humanitaire, professeur à Sciences Po et à l’université de Manchester, il a notamment dirigé Médecins sans frontières France de 1982 à 1994. Auteur de plusieurs essais, il s’est distingué par ses mises en garde sur les dangers du devoir d’ingérence.

Lire aussi :
• Rony BRAUMAN, Pour les Palestiniens, Autrement, 2014 [Guy Delisle].
• Ziyad CLOT, Il n’y aura pas d’État Palestinien, Monde en Question.
• Serge LEFORT, Le Fatah et le Hamas unis contre les Palestiniens, Monde en Question.
• Serge LEFORT, Échec du nationalisme palestinien, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Veille informationnelle Palestine, Monde en Question.

Colonisation israélienne vs Détermination palestinienne


 

Presented below are a series of rare and historic photographs donated to the Institute for Palestine Studies by the Foundation for Middle East Peace. The photographs date from the early 1980’s as the rate of Israeli settlement growth on the West Bank accelerated. Many of the photographs were published in Prescription for Conflict: Israel’s West Bank Settlement Policy (Washington, D.C.: Foundation for Middle East Peace, 1984). Attendant captions in italics are from Prescription for Conflict or were printed on the backside of the photographs.

Lire la suite… The blog of the Institute for Palestine Studies

Lire aussi :
• Sumud : L’âme du peuple palestinien, Mission de Palestine en France
• Sumud, Wikipedia
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.
Veille informationnelle Palestine, Monde en Question.

The Gatekeepers


Face à la caméra de Dror Moreh, Avraham Shalom, Yaakov Peri, Carmi Gillon, Ami Ayalon, Avi Dichter et Yuval Diskin, successivement patrons du Shin Beth de 1980 à 2011, témoignent pour la toute première fois. Depuis la guerre des Six-​​Jours, en 1967, le service de renseignements est chargé du contrôle des opérations dans les territoires occupés, en Cisjordanie et à Gaza. « Je suis allé trouver chacun d’eux et je leur ai demandé de me raconter leur histoire. Je voulais qu’ils témoignent sur leur vision unique du conflit israélo-​​palestinien », explique Dror Moreh, le réalisateur.

Ce documentaire éclaire trente ans de lutte anti-terroriste et d’errements face à la question palestinienne. Chacun à leur tour, ils racontent, intensément, quelque trente ans de lutte anti-terroriste et de gestion désastreuse de la question palestinienne. Un flot d’aveux précis, circonstanciés, d’une remarquable liberté et d’une sidérante acuité. Six anciens chefs du Shin Beth, l’équivalent israélien du FBI, expliquent comment, depuis la guerre des Six Jours en 1967, dont la victoire vaut à l’État hébreu d’occuper Gaza et la Cisjordanie et de faire face à un million de Palestiniens, les responsables politiques n’ont jamais vraiment cherché à construire la paix. Une succession d’erreurs qu’inaugurent les mots d’arabe approximatif avec lequel les jeunes réservistes s’adressent aux populations des nouveaux territoires occupés, leur annonçant qu’ils viennent les « castrer », au lieu de les « recenser ».

Bavures, tortures, méthodes iniques de renseignements et de recrutement d’indicateurs qui amplifient la haine de l’occupé… Ils disent surtout l’absence de vision stratégique ; la résistance et l’hostilité des Palestiniens oubliés explosant avec la première Intifada ; le laxisme face à l’extrémisme juif qui anéantira, avec l’assassinat de Yitzhak Rabin, la seule réelle lueur de paix. « On a gagné toutes les batailles, mais on a perdu la guerre », lâche Ami Ayalon, à la tête du service de 1996 à 2000, quand Avraham Shalom, le plus ancien d’entre eux, compare l’armée d’occupation à celle de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. « Quand vous quittez le Shin Beth, vous devenez gauchiste… », conclut avec ironie Yaakov Péri (1988-1994).

Dror MOREH, The Gatekeepers, 2012, AlloCinéArteDossier de presse ArteSite du filmVoir VF.

Lire aussi :
• 30/12/2012, Gideon LEVY, The gatekeepers?, Ha’aretz.
• 18/01/2013, Les confessions des espions du Shin Beth secouent Israël, Le Figaro-AFPS.
• 01/02/2013, Olivier MILLOT, « The Gatekeepers », un documentaire ravageur pour les dirigeants israéliens, Télérama-CCIPPP.
• 02/02/2013, Ex-Israeli security chiefs speak out in Oscar documentary nominee, Reuters.
• 20/02/2013, Yossi KLEIN, « The gatekeepers » should be nominated for best horror film, Ha’aretz.
• 01/03/2013, Démocratie et espionnage : comment faire face au terrorisme ?, France Culturemp3.
Revue de presse Palestine colonisée 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Palestine, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.

Un État non-membre et occupé



Photo publiée par Ha’aretz avant la connaissance du vote :
138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions

Le 14 novembre, Benyamin Netanyahou a lancé une opération militaire contre les Palestiniens de Gaza puis l’a brusquement arrêtée au bout d’une semaine. En acceptant un cessez-le-feu négocié par Mohamed Morsi, il a permis à Ismaël Haniyeh d’apparaître comme le « vainqueur » d’une guerre qui n’a pas eu lieu.

Le 29 novembre, Benyamin Netanyahou a été incapable d’empêcher le vote par l’ONU en faveur de la reconnaissance de la Palestine comme État observateur non-membre des Nations Unis. Mahmoud Abbas apparaît comme le « vainqueur » d’une guerre diplomatique contre l’État d’Israël qui se retrouve plus isolé que jamais.

En moins de quinze jours, Ismaël Haniyeh fut promu comme l’interlocuteur incontournable d’une solution militaire et Mahmoud Abbas comme l’interlocuteur incontournable d’une solution diplomatique au règlement du partage de la Palestine, selon les frontières de 1947 pour le Hamas et celles de 1967 pour l’OLP.

Bien que Benyamin Netanyahou soit pratiquement assuré de gagner les prochaines élections, il devra affronter la réalité d’une occupation coloniale qui s’enlise dans les sables mouvants du projet sioniste d’établir un État juif sur les deux rives du Jourdain.

29/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Assemblée générale, ONU, 29/11/2012.
• With Palestinians near certain to win UN recognition, Israel increasingly isolated, Ha’aretz, 29/11/2012.
The General Assembly vote, which will be broadcast live around the globe, is expected to be an unprecedented achievement for the PA and Abbas. In contrast, Prime Minister Benjamin Netanyahu, Foreign Minister Avigdor Lieberman and Defense Minister Ehud Barak are said to understand that the Palestinian victory at the United Nations means an Israeli defeat and a personal defeat for each of them.
The significance of the outcome has not been lost on Jerusalem. While the ruling party in Israel is moving to the right, the international community, including Israel’s friends, is moving to the left. They are no longer willing to accept Israel’s occupation of the West Bank.
• La question de Palestine, ONU – The Question of Palestine, UN.
• Permanent Observer Mission of Palestine to the United Nations, UN.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Etz Limon – Les citronniers


Salma vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie situé sur la Ligne verte qui sépare Israël des territoires occupés. Sa plantation de citronniers est considérée comme une menace pour la sécurité de son nouveau voisin, le ministre israélien de la Défense.

Il ordonne à Salma de raser les arbres sous prétexte que des terroristes pourraient s’y cacher. Salma est bien décidée à sauver coûte que coûte ses magnifiques citronniers. Quitte à aller devant la Cour Suprême afin d’y affronter les redoutables avocats de l’armée soutenus par le gouvernement.

Mais une veuve palestinienne n’est pas libre de ses actes surtout lorsqu’une simple affaire de voisinage devient un enjeu stratégique majeur. Salma va trouver une alliée inattendue en la personne de Mira l’épouse du ministre. Entre les deux femmes s’établit une complicité qui va bien au-delà du conflit israélo-palestinien.

Etz Limon – Les citronniers

Critiques d’un point de vue non cinématographique (centrées sur le synopsis) :

Ciné-club de Caen
Critikat
Fiches du cinéma
Le Monde
Libération
Télérama

Lire aussi :
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Anarchistes contre le mur de l’Apartheid


Leehee Rothschild, militante anticolonialiste israélienne, est en Grande-Bretagne pour quelques semaines, dans le cadre de son soutien à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions à l’égard d’Israël). Les discussions avec la militante des Anarchistes contre le Mur sont l’occasion de s’informer sur la situation en Israël et en Palestine, tout autant que de débattre des modalités de notre soutien à la résistance palestinienne. C’est dans ce but que nous nous sommes rencontrés.

Après avoir fait connaissance, la conversation porte rapidement sur l’évolution de la situation en Israël dont, selon Leehee, la politique prouve de plus en plus le racisme inhérent à l’idée d’un « État juif ». A titre d’exemples, l’élargissement à toute personne sans-papiers du statut d’ « infiltré » (qui concernait initialement les Palestiniens non autorisés à résider en Israël ou en Cisjordnaie) symbolise l’extension du racisme anti-arabes à tous ceux qui ne sont pas blancs, et la construction d’un nouveau camp pour immigrés dans le Néguev en est une des conséquences. Pour ce qui est de la nature du régime israélien, Leehee Rothschild définit le sionisme comme un mouvement colonial et raciste ayant, au profit d’une partie des Juifs occidentaux, séparé les Juifs des Palestiniens, ainsi que les Juifs européens des Juifs orientaux. Par ailleurs, la place occupée par l’armée dans l’appareil d’État israélien, ainsi que la glorification de valeurs guerrières et machistes, ont des conséquences délétères en ce qui concerne la situation des femmes.

Nous en venons à la question des luttes sociales en Israël. Comme beaucoup de militants des Anarchistes contre le Mur, Leehee trouve que de nombreux aspect du « Mouvement des tentes » (ou « Mouvement des indignés israéliens ») sont très problématiques, dans la mesure où aucune des questions soulevées par le mouvement n’entre en opposition avec les fondamentaux du sionisme. Pour la direction du « Mouvement des tentes », composée en majorité d’hommes blancs issus de la « classe moyenne », l’idéal serait de revenir à l’époque où la sociale-démocratie israélienne garantissait des conditions de vie satisfaisantes aux Juifs ashkénazes, tout en tenant les situations des autres populations (dont les Palestiniens) à l’écart des préoccupations exprimées. Dans cette démarche, le « Mouvement des tentes » a accouché de trois organisations politiques appartenant à la gauche sioniste : la première est liée au Parti travailliste, la seconde se rattache à la mouvance écologiste, et la troisième est l’embryon d’un parti politique qui mettrait la question de l’accès au logement des « classes moyennes » au cœur de son programme. Leehee est assez déçue que le Parti Communiste d’Israël travaille avec ces derniers.

Nous discutons ensuite des mouvements de lutte en cours en Cisjordanie, qui portent sur la dégradation des conditions de vie dans les territoires occupés, et prouvent le mensonge du « développement économique » qui aurait lieu en Palestine grâce à l’Autorité Palestinienne et sa coopération avec Israël. Le mouvement de lutte des Palestiniens critique avec virulence les accords d’Oslo ainsi que le protocole de Paris, qui organisent les échanges économiques entre l’Autorité Palestinienne et l’Etat d’Israël au profit de ce dernier. Je dis être assez choqué que le mouvement de solidarité européen n’exprime pas de solidarité avec ces mouvements, et critique l’occupation sans démasquer les institutions « palestiniennes » mises en place par l’occupant. Puisqu’il n’y a pas de « processus de paix » en dehors des discours, et que l’Autorité Palestinienne n’existe que par sa bureaucratie et sa police, il nous semble à tous deux évident que celle-ci sera aussi la cible des prochains soulèvements palestiniens. Il paraît donc impossible d’imaginer un soutien à la lutte palestinienne sans soutien aux luttes contre la coopération avec Israël.

Passés les constats sur la situation en Palestine, nous discutons maintenant des moyens d’organisation face à la politique israélienne. Ayant rencontré il y a quelques années à Jérusalem des militants des Anarchistes contre le Mur, je dis avoir perçu une certaine hétérogénéité dans leurs cultures politiques respectives, et avoir entendu plusieurs fois l’antisioniste israélien Michel Warschawski dire que dans ce contexte, le terme « anarchiste » est plus à entendre comme un synonyme de « rebelle » ou « opposant radical ». Leehee me confirme que la plupart des militants de l’organisation ne sont pas anarchistes au sens idéologique du terme, et m’apprend que la plupart d’entre eux votent. Soit pour le Parti Communiste, soit pour les nationalistes arabes du Balad. Leurs références politiques se situent du côté de la gauche anticolonialiste ou encore du Bund, mouvement non-sioniste qui agissait en vue de l’autonomie politique des Juifs d’Europe de l’Est, et défendait un judaïsme intrinsèquement lié à la lutte contre l’oppression.

La plupart des membres des Anarchistes contre le Mur sont par ailleurs investis dans le collectif Boycott from Within (Boycott de l’Intérieur) qui vise à apporter une légitimité à la campagne BDS. Lorsqu’ils agissent dans ce collectif, leur activité est le plus souvent alignée sur la temporalité du mouvement de solidarité à l’international, et vise à fournir un argument face au chantage à l’antisémitisme. Leehee Rothschild a par exemple témoigné à Paris lors du procès de militants poursuivis en raison de leur appel au boycott des produits israéliens. Comme l’essentiel des militants de la campagne BDS, elle estime que la priorité n’est pas de se prononcer sur l’établissement d’un Etat binational (sur toute la Palestine historique, avec égalité des droits entre Palestiniens et Israéliens) ou sur une « solution à deux États » (dans le cadre des frontières reconnues par le droit international et les résolutions de l’ONU). Elle apprécie au contraire la campagne BDS car elle vise prioritairement à la satisfaction des revendications palestiniennes immédiates : la fin de l’occupation des territoires palestiniens, le droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs maisons, l’égalité entre Palestiniens et Israéliens.

Je décide enfin de demander à Leehee son point de vue sur l’un des débats qui traversent une partie du mouvement de solidarité depuis au moins deux ans : celui relatif au respect de l’autonomie de la lutte palestinienne. Pour beaucoup de militants, les références fréquente à une « nécessité de convaincre l’opinion publique internationale » dans l’élaboration des stratégies des Palestiniens semblent aller a contrario d’une autonomisation de la lutte. Je dis par ailleurs voir un décalage entre la couverture médiatique du rituel hebdomadaire de la manifestation non-violente jusqu’au mur de Cisjordanie, et les effets concrets d’une telle stratégie. Si la sincérité des soutiens israéliens et internationaux à la « résistance non-violente » n’est pas en cause, il conviendrait, je crois, de se demander si les militants israéliens et internationaux n’ont pas imposé leur vision de la lutte aux colonisés.

Leehee Rothschild défend aussi la nécessité de ne pas séparer artificiellement « lutte violente » et « lutte non-violente », et dit soutenir la résistance non-armée à l’occupation parce qu’elle correspond actuellement au choix des Palestiniens, et non parce qu’elle leur reprocherait de prendre les armes si telle était leur décision. Au cas où j’aurais peur que les anticolonialistes israéliens et européens aient rendu les manifestants palestiniens dépendants de leur présence, elle assure qu’un certain nombre de manifestations ne se font qu’entre Palestiniens, que ce sont les Palestiniens qui établissent leur propre agenda, et elle rappelle que contrairement à l’image déformée donnée par les médias et par certaines associations, ce type de résistance n’est pas nouveau en Palestine. Depuis plusieurs décennies, des défilés de manifestants seulement équipés de pierres et de drapeaux ont lieu en Palestine. Cependant, si les Israéliens antisionistes essaient d’organiser la lutte avec les Palestiniens, Leehee est aussi consciente de l’illusion représentée par l’idée de « rétablir l’égalité dans la lutte ». A titre d’exemple, un militant israélien arrêté dans une manifestation en Cisjordanie est libéré au bout de 3 jours, quand un Palestinien reste incarcéré 3 mois.

En ce qui concerne le rapport de domination qu’il faut s’efforcer de ne pas reproduire, et l’autonomie à respecter, Leehee fait le parallèle avec les rapports entre hommes et femmes, et affirme que si un homme peut se joindre aux luttes féministes, il ne risque pas d’être violé ou harcelé sexuellement dans la rue. Selon Leehee, de ce fait, l’identité de genre range les hommes du côté des oppresseurs, et leur connaissance de l’oppression des femmes ne peut être que théorique, comme la connaissance qu’un Israélien peut avoir de la situation des Palestiniens. Tout en étant d’accord sur l’ampleur de la domination masculine, sur la manière dont elle est reproduite par les militants (ne serait-ce que dans la répartition de la parole ou dans la division du travail), et sur la nécessité de luttes ou d’expression non-mixtes, le parallèle me semble avoir certaines limites. Ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de séparation physique entre hommes et femmes comme entre Israéliens et Palestiniens de Cisjordanie …

Leehee revient sur la question de l’élaboration des stratégies, et insiste sur le fait que dans les « comités de résistance populaire », l’avis des Israéliens qui s’y joignent quelques heures par semaine n’est que consultatif. De plus, les Israéliens anticolonialistes qui pourraient exprimer un point de vue sur une éventuelle reprise de la lutte armée contre l’occupation militaire le feraient en fonction de considérations stratégiques. Il n’y a chez eux aucune condamnation morale de la lutte armée contre une occupation.

Je lui dis qu’une lutte cohérente contre la colonisation signifierait se positionner de manière autonome, sans se demander ce que les citoyens de l’État colonial (ou des autres États occidentaux) penseront du chemin emprunté par la lutte. Aussi, nous pouvons nous demander si les éventuels « conseils » n’entretiennent pas les complexes coloniaux. Je compare notamment la lutte palestinienne à celle du peuple algérien, qui – bien qu’elle accueillait volontiers dans ses rangs les français souhaitant fournir un appui – cherchait à porter des coups au colonisateur plus qu’à convaincre l' »opinion publique » française. Mais pour Leehee, il est important de ne pas oublier qu’à l’inverse des Français d’Algérie, qui furent rapatriés, un certain nombre d’Israéliens n’a pas d’autre nationalité, et ceux qui luttent doivent donc être attentifs à la construction de l’égalité et du vivre ensemble. Si cette préoccupation est légitime, et si personne dans le mouvement de solidarité ne remet en cause la présence des Israéliens au Proche-Orient, il me paraît assez exigeant de demander aux Palestiniens d’agir en fonction de la garantie du statut des Israéliens dans le cadre de l’hypothétique société post-sioniste à venir …

Ce débat touche cependant à des problématiques qui vont bien au delà de la seule cause palestinienne. En réalité, la question semble plus globalement liée aux tabous autour et de la lutte armée, et au recul de la réappropriation de la violence, y compris dans les luttes anticoloniales. Les discours en faveur de la « non-violence » comme les références à une opinion publique homogène qu’il s’agirait de convaincre ne sont qu’un des aspects d’un mode de gouvernance dont nombre d’activités semblent converger dans le but de masquer la violence des rapports de force. Il serait donc à la fois absurde et injuste de faire porter la responsabilité première de cette situation aux internationaux et aux israéliens qui agissent dans le cadre du mouvement de solidarité avec la Palestine …

06/11/2012
Agence Médias Palestine

Lire aussi :
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine – Israël, Monde en Question.

Comprendre le régime d’occupation israélien


Initié en 2002 par Israël, le Mur de Cisjordanie est le dispositif de contrôle le plus imposant, le plus visible et le plus coûteux réalisé depuis l’occupation de cette région et de la Bande de Gaza en juin 1967. Construit pour matérialiser la politique israélienne de séparation (hafrada) unilatérale, il est devenu le lieu et la cible des contestations locales et internationales. Surmédiatisé, il est désormais l’emblème du conflit israélo-palestinien : murs de béton ou portions de barrières érigés par Israël en Cisjordanie s’affichent sur les couvertures des publications journalistiques ou scientifiques. Dès lors, les évolutions actuelles et les enjeux du conflit semblent bien souvent devoir être résumés et compris à travers la seule analyse de cet édifice. Cet édifice peut pourtant aussi être considéré comme un leurre. Captés par le Mur, beaucoup d’observateurs locaux et internationaux n’ont en effet plus fait attention aux processus et aux reconfigurations du régime d’occupation israélien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Considérant la séparation comme achevée et matérialisée, certains estiment même que les termes du débat et du conflit on changé. Ainsi, le Mur masque autant qu’il révèle.

Rassemblant des recherches d’anthropologues, de sociologues, d’historiens, de politologues et d’économistes, ce livre propose, justement, de déplacer le regard à l’ombre du Mur. Il entend ainsi analyser les reconfigurations du régime d’occupation israélien afin de comprendre la nature de la séparation mise en œuvre en Cisjordanie au cours des vingt dernières années. La perspective choisie met en avant le rôle des acteurs et des institutions locales et internationales qui ont contribué à redéployer ces dispositifs de contrôle, qu’elles aient participé à leur fonctionnement, ou, au contraire, qu’elles les aient contournés ou qu’elles se les soient réappropriés. Nous verrons comment, tout en jouant sur l’imaginaire de la frontière, la mise en œuvre de la politique de séparation israélienne entraîne sur le terrain une réorganisation des rapports de domination économiques, sociaux et politiques entre les populations des espaces israéliens et palestiniens. Perpétuant et renforçant leur rapport d’interdépendance, ce régime d’occupation complexe compromet la création d’un État palestinien viable.

Stéphanie Latte Abdallah, Cedric Parizot, A l’ombre du Mur : comprendre le régime d’occupation israélien, Télécharger l’article.

Lire aussi :
• 03/2009, Cedric Parizot, Après le Mur, CNRS.
• 07/2009, Cedric Parizot, Séparation et régime de mobilité entre Israël et la Cisjordanie (2000-2009) : Réglementations, pratiques et acteurs, CNRS.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Libres dans la prison de Gaza


Fin 2011, 1028 prisonniers palestiniens ont été relâchés en échange du soldat israélien Gilad Shalit. Nous avons voulu donner un visage à ces résistants, inconnus dans le monde. Pour les rencontrer, nous avons dû passer par un des tunnels à Rafah. Les ex-prisonniers nous ont raconté leur vie en prison : l’interrogatoire, l’isolement, le manque de soins médicaux, la brutalité des geôliers, l’interdiction de visites familiales, les grèves de la faim et aussi la joie de la libération.


Film de Chris DEN HOND et Mireille COURT
Source : Assawra

Lire aussi :
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine,