Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: Tsunami médiatique

Démagogie du catastrophisme


Le Japon est un archipel volcanique situé au carrefour de quatre plaques tectoniques (nord-américaine, pacifique, philippine et eurasienne) dont les trois îles principales sont traversées longitudinalement par une ligne de faille tectonique.
Depuis longtemps le Japon a appris à vivre avec le risque sismique car des milliers de secousses telluriques d’intensité variable (de 4 à 9 sur l’échelle de Richter) sont ressenties chaque année et sont accompagnées de raz-de-marée (tsunami) d’intensité également variable.

Le denier séisme survenu au Japon a provoqué un tsunami médiatique qui a occulté celui survenu en Chine. Presque tous les commentaires des médias dramatisent l’événement comme dans l’affaire de la grippe AH1N1. Rares sont les commentaires factuels qui ne versent pas dans l’hystérie et mettent l’événement en perspective. Signalons celui de Tristan Vey Un séisme historique dans une zone sismique complexe, 11/03/2011), du géographe Philippe Pelletier (Le Tôhoku : une région rurale exposée au risque sismique, 13/03/2011) et de la presse chinoise (Que penser de l’accident nucléaire au Japon ?, 14/03/2011).

Ce séisme a provoqué des fuites dans la centrale nucléaire de Fukushima sur la côte nord-est du Japon. Cet accident s’apparente plus à celui de Three Mile Island en 1979 qu’à celui de Tchernobyl en 1986. À ce jour, il est difficile d’apprécier l’ampleur des dégâts tant l’information est biaisée par l’émotion – cette dictature douce.

Le gouvernement japonais minimise naturellement la crise comme l’ont fait et le feront tous les gouvernements du monde. Rappelons que, selon le gouvernement français, le nuage de Tchernobyl s’arrêta miraculeusement à nos frontières [3]. Dans le cas de la grippe AH1N1, il avait au contraire dramatisé à l’excès afin de justifier l’achat du vaccin sous la pression des experts de l’industrie pharmaceutique. Andreï Fediachine dit à juste titre que « l’avenir de Fukushima relève de la divination » :

Tous les pronostics concernant l’avenir de l’économie mondiale et de l’énergie nucléaire relèvent aujourd’hui de la divination. De la cartomancie avec un jeu de cartes incomplet. Il n’existe pour l’instant aucune certitude. Pas plus que de modèle ou de machine de pronostication, où il serait possible d’introduire la catastrophe japonaise et d’en sortir un produit fini.
RIA Novosti

Les médias dominants, les professionnels du catastrophisme et les charognards de l’humanitaire profitent de l’événement pour faire des affaires, en vendant la peur ou en appelant à des dons en passant sous silence que l’argent récolté en 2004 avait servi à déclencher « une opération militaire d’aide humanitaire sans précédent ».
L’im-Monde évoque « un stress collectif mondial » qu’il créé et entretient lui-même. Le Commissaire à l’énergie de la Commission européenne a estimé que le mot « apocalypse » était approprié pour décrire la situation. La référence biblique, reprise par certains blogs [1], traduit une vision non scientifique des faits.

Faut-il rappeler qu’il est impossible de prévoir à quelle date et à quelle heure exactement va se produire un séisme. Et comme l’on ne peut pas empêcher le séisme de se déclencher, la seule chose que la société peut faire est de se prémunir. Or les Japonais sont les mieux préparés du monde, du point de vue des méthodes de construction et de l’éducation.

En fait, tout le monde se moque du Japon et des Japonais. Cet événement est le prétexte à faire de la politique franco-française. Ceux qui font semblant de s’émouvoir du risque des centrales nucléaires au sein de l’hexagone oublient de dire qu’ils ont voté pour le nucléaire au Parlement européen le 25 novembre 2009 à la Conférence de Copenhague sur le changement climatique [2].

Les écologistes, Daniel Cohn-Bendit en tête, réclament un référendum sur le nucléaire en France après l’accident à la centrale japonaise de Fukushima, espérant en faire un thème de la campagne de 2012 face à l’UMP et au PS, traditionnellement pro-atome.
AFP

Les mêmes ont voté ce texte :
« [Le Parlement européen] souligne que le passage, à l’échelle internationale, à une économie à faible intensité de carbone conférera à l’énergie nucléaire un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme ; souligne toutefois que les questions relatives à la sûreté et à la sécurité du cycle du combustible nucléaire doivent être abordées de façon adéquate à l’échelle internationale afin de garantir un niveau de sûreté aussi élevé que possible »
Monde en Question

18/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Séisme, risque naturel pris en considération…, Eurocode 8, 23/02/2011.
• Séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku,Wikipédia.
• Séisme de 2004 dans l’océan Indien, Wikipédia.

• Le risque sismique, Les risques majeurs.
• Zonage sismique de la France, Base GasparLe Plan Séisme.
• Jean-Michel CAROZZA, Franck VIDAL, Le risque sismique en France, Canal-U, 18/12/2006.

Dossier documentaire & Bibliographie Crise & Gestion de crise, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.


[1] C’est le discours récurrent de ce site adepte d’une vision eschatologique et donc biblique de l’histoire :
• La transversale Tohoku-Kadhafi, Dedefensa.
• Du catastrophisme à l’intuition haute, Dedefensa.
• La gravité de la crise nucléaire : le monde versus le Japon, Dedefensa.
[2] Lire aussi : Cohn-Bendit danse sur la peur du nucléaire, Marianne.
[3] Nuage de Tchernobyl en France : vers un non-lieu ?, NouvelObs.
Le parquet général va requérir un non-lieu dans l’enquête sur le passage du nuage radioactif et les communiqués rassurants diffusés à l’époque.

Les charognards de l’humanitaire


Profitant du tremblement de terre et du tsunami au Japon, les charognards de l’humanitaire envahissent nos boîtes à lettres avec ce type de publicité :

15/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Serge LEFORT, Tsunami médiatique, Chine en Question.
• Serge LEFORT, Que penser de l’accident nucléaire au Japon ?, Chine en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire – Colonialisme humanitaire, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Crise & Gestion de crise, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Le catastrophisme se vend bien


La prévision de catastrophes se vend et se vend bien (200€ l’abonnement). Le dernier numéro du GEAB nous promet une « année impitoyable ». Cette « lettre confidentielle » du LEAP ne s’adresse naturellement pas aux victimes de la crise systémique globale c’est-à-dire la masse des salariés et des retraités, mais vend des « recommandations pour faire face aux chocs à venir » à ceux qui ont beaucoup à perdre mais aussi à gagner de la crise.

Franck Biancheri, Directeur des Études pour le groupe LEAP/E2020, écrivait le 15 février 2006 :

Le Laboratoire européen d’Anticipation Politique Europe 2020 – LEAP/E2020 – estime désormais à plus de 80% la probabilité que la semaine du 20 au 26 Mars 2006 voit se déclencher la principale crise politique mondiale depuis la Chute du Rideau de Fer en 1989, accompagnée d’une crise économique et financière d’une ampleur comparable à celle de 1929.

Parmi ses nombreuses prédictions démenties par les faits :

Les évaluations les plus conservatrices placent l’Euro à 1,30 Dollar à la fin 2006. Mais si la crise est de l’ampleur qu’anticipe LEAP/E2020, les estimations donnant l’Euro à 1,70 Dollars en 2007 ne paraissent plus irréalistes.

Le LEAP, militant pour une Europe supranationale qui se substituerait à l’Empire américain en déclin, sous-estime totalement la Chine qui est devenue le partenaire économique incontournable non seulement avec l’Afrique et avec l’Amérique latine mais aussi avec l’Europe (rachat de la dette de l’Irlande, du Portugal, de la Grèce, etc.).

La revue de presse – sélection hedomadaire des articles parus dans la presse internationale en ligne (en moyenne: 80% en anglais, 20% en français) au sujet du déploiement de la crise globale – est néanmoins un outil intéressant.

31/01/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• La guerre psychologique du LEAP/E2020, Mecanopolis, 27/02/2009.
• LEAP/Europe 2020, WikipédiaNewropeansLEAP/Europe 2020GEAB.
Dossier documentaire & Bibliographie Économie crise, Monde en Question.

Politique de la peur


La menace terroriste : info ou intox ? Cette question vient immanquablement à l’esprit à la seule vue du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, nous faire une déclaration dramatique sous la tour Eiffel, exactement là où une fausse alerte à la bombe avait eue lieue quelques heures plutôt.
L’édito politique France Inter

Nous savons tous, intuitivement, que la peur joue un rôle dans la vie politique d’un pays. Et pas seulement lors d’événements exceptionnels comme les attentats du 11 septembre à New York. Mais, parce qu’il est humiliant d’avoir peur et de se l’avouer, nous en minimisons irrésistiblement l’influence, préférant nous réfugier derrière des explications plus « rationnelles » du comportement des gouvernants comme des citoyens.
Le maître-livre de Corey Robin déchire ce voile d’ignorance. Dans une analyse à la fois brillante et provocante, très largement saluée lors de sa récente publication aux États-Unis, il montre en quoi la peur constitue un levier fondamental de pouvoir, même dans une démocratie libérale comme la nôtre. L’auteur conjugue ici une analyse historique de l’idée de peur (de Hobbes à Hanna Arendt en passant par Montesquieu et Tocqueville) avec une description concrète, menée sans complaisances, de la vie politique américaine actuelle. Il s’en dégage une démonstration particulièrement efficace qui déborde le cadre strictement américain pour s’appliquer à tout fonctionnement démocratique. Si cette thèse originale trouble certainement notre confort intellectuel, elle peut aussi nous dessiller politiquement les yeux pour des lendemains mieux libérés de la peur.

ROBIN Corey, La peur – Histoire d’une idée politique, Armand Colin, 2006 et Pluriel Hachette, 2008 [A contrarioAgoraVoxNouvelles d’OrientSciences Economiques et SocialesExtraits].

Lire aussi :
• ROBIN Corey, De la peur en temps de guerre, Vacarme n°18, 2002.
• ROBIN Corey, « L’administration Bush gouverne par la peur », Le Monde, 11/08/2004.
• ROBIN Corey, Wikipédia.
• Politique de la peur, Wikipédia.

• Peurs citadines, Histoire urbaine n°2, 2000.
• Les médias et la peur, Université de Neuchâtel, 2003.
• Peurs et menaces, Terrain n°43, 2004.
• Politiques de la peur, Lignes n°15, 2004.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Sélection bibliographique :
• ARPAGIAN Nicolas, L’Etat, la peur et le citoyen – Du sentiment d’insécurité à la marchandisation des risques, Vuibert, 2010,
Si les leaders de la Gauche et la Droite françaises sont désormais presque unanimes pour affirmer que la sécurité est la première des libertés, ce sont maintenant les conditions dans lesquelles s’exerce cette sécurité qui font débat. Notamment du fait que d’ici 2014, les effectifs de la sécurité privée dans notre pays dépasseront ceux cumulés de la police et de la gendarmerie nationales. Quel rôle restera-t-il à l’Etat en la matière ? Quelles seront les conséquences pour le citoyen devenu client, consommateur de sécurité ? Quelles incidences cela aura-t-il sur notre modèle de société ? Au-delà des stricts enjeux de sûreté, c’est bien une analyse prospective sur l’avenir de notre collectivité nationale que propose cet ouvrage. Avec à la clé une indispensable réflexion sur ce qui constituera demain le cœur de notre pacte républicain.

• BONELLI Laurent, La France a peur – Une histoire sociale de «l’insécurité», La Découverte, 2010.
Zones de non-droit», «délinquants toujours plus jeunes et plus récidivistes», «flambée de la violence urbaine» : l’«insécurité» semble devenue l’un des principaux problèmes sociaux du début du XXIe siècle en France. Les responsables politiques, de droite comme de gauche, invoquent la «demande de sécurité» de leurs électeurs pour réclamer une action plus énergique de la police et de la justice et les gouvernements successifs ont rivalisé dans l’adoption de lois et de mesures nouvelles en la matière.
D’où vient une telle inflation du thème de la sécurité depuis le début des années 1980 ? Dans quelle mesure a-t-elle modifié la perception des milieux populaires et de leurs problèmes sociaux ? Cet ouvrage montre que l’émergence de l’«insécurité» est inséparablement liée aux formes de précarités qui se développent depuis la fin des Trente Glorieuses et au recul constant de l’État social. C’est à partir de l’ensemble de ses dimensions qu’il aborde cette question, des transformations des quartiers populaires à celles du jeu politique, du traitement médiatique de la «délinquance» aux savoirs et expertises en tout genre mobilisés pour l’interpréter, des politiques locales de sécurité jusqu’aux mutations profondes intervenues dans l’organisation et les missions de la police, de la justice et de l’école.
Avec la reformulation progressive de la question sociale en impératif d’«ordre dans la rue», c’est tout un pan des relations entre les citoyens et les institutions républicaines qui a changé de visage. Un livre somme qui permet de prendre la mesure d’un changement d’époque.

• CORNACHON Jean-Yves, Dictature de la peur, Éditions Bénévent, 2007.
Cet ouvrage expose, traite, analyse les peurs multiples de l’homme dans notre société. La peur monopolise notre existence dans tous les domaines, politique, économique, psychologique, sociologique. C’est une véritable maladie contemporaine. La peur évoque toute l’histoire de l’humanité.

• CRÉPON Marc, La culture de la peur, Galilée, 2008.
Les usages politiques de la peur, son invocation et son instrumentalisation qui furent le privilège des régimes de terreur, ne peuvent plus servir aujourd’hui de critère discriminant entre les démocraties et les régimes, dont, par principe, elles devraient être distinctes. Dans tous les domaines de l’existence, les citoyens sont affectés par la «culture» dont elle fait l’objet – une culture qui les conduit à tolérer des discours et des pratiques qu’ils n’auraient pas cru pouvoir ni devoir accepter auparavant. Ainsi se sédimente dans nos vies «l’inacceptable», au nom d’une exigence démultipliée de protection et de sécurité.
La question alors est de savoir quelle est, dans cette exigence, la part du besoin de «sécurité humaine», dont aucun discours politique ne devrait faire l’économie, et celle de «la sécurité de l’État». S’il est vrai que leur frontière indécise se joue, à chaque fois, dans le choix et le calcul des «cibles de l’insécurité», au double sens d’un génitif subjectif et objectif, l’avenir de la démocratie appelle une critique ininterrompue de ces choix et de ces calculs – à plus forte raison quand ils se portent sur la figure de l’étranger.

• DAKHLI Leila, MARIS Bernard, LOSSON Christiane, Gouverner par la peur, Fayard, 2007.
De toutes parts montent les discours de la peur, des peurs. Peur de l’insécurité, de la précarité, du chômage. De la violence, de la marginalisation, d’être délocalisé. Peur de l’ouvrier chinois, du plombier polonais, de son collègue de travail, du terroriste. Peur aussi de ce que l’on mange, de ce que l’on boit, de son corps. Peur du changement climatique. Peur intime et peur publique. Peur de tout. Cette montée de la parole collective sur l’angoisse pourrait être positive : connaître et énoncer ses peurs, c’est déjà les combattre. Il suffirait de changer de regard, de déchausser les lunettes de la morosité ambiante pour prendre une mesure apaisée des évolutions positives comme des risques encourus par nos sociétés contemporaines. Or c’est tout le contraire qui se passe : loin de se réduire, nos peurs grandissent chaque jour un peu plus. Pourquoi a-t-on tant de mal à les affronter, dans un contexte qui est loin de s’être autant détérioré qu’on voudrait nous le faire croire ? L’exploitation de l’angoisse rapporte, et parfois beaucoup, au sens propre. Mais qui a intérêt à gouverner par la peur ? Quelles formes de résistance et quelles alternatives peut-on y opposer ?

• DELUMEAU Jean, La peur en Occident – XIVe-XVIIIe siècles, Pluriel Hachette, 1999.
Non seulement les individus pris isolément, mais les collectivités et les civilisations elles-mêmes sont engagées dans un dialogue permanent avec la peur. Celle-ci prend toutefois des visages différents, depuis les terreurs médiévales jusqu’à l’obsession contemporaine de la sécurité. Jean Delumeau montre à la fois les continuités et les ruptures, ainsi que la diversité des formes prises par la peur en Occident. Des peurs collectives, comme celles engendrées par la peste, aux séditions populaires, des visages de Satan aux procès en sorcellerie, ce livre a profondément renouvelé l’histoire des mentalités et des comportements. Cet ouvrage inaugure ainsi la grande enquête consacrée par Jean Delumeau à l’histoire des représentations collectives, des inquiétudes et des espoirs de l’humanité occidentale, qui s’est poursuivie par l’exploration du péché et de la culpabilité, puis par celle de la rédemption et du paradis.

• LECOURT Dominique, L’âge de la peur – Éthique, science et société, Bayard, 2009.
OGM, nanotechnologies, épidémies, réchauffement climatique, clonage, trous noirs… les découvertes scientifiques sont de plus en plus sources d’inquiétudes. Pour contrer ce sentiment de peur, aussi diffus que paralysant, Dominique Lecourt nous délivre dans ces chroniques un savoir précis, utile et accessible. Et nous met en garde contre deux écueils : la détestation de la technique, qui permet tous les jours de nombreux progrès d’une part, la professionnalisation de l’éthique, qui voudrait en faire une somme de textes administratifs d’autre part, alors qu’elle est une interrogation philosophique sur la vie humaine, qui nous concerne tous.

• LEJEUNE Dominique, La peur du rouge – Des partageux aux gauchistes, Belin, 2003.
La peur sociale provoque les « effrois », les émeutes et les « folles commotions » des populations révoltées dès le Moyen Age. Elle est la peur de ceux qui sapent les colonnes de la société, comme les partageux du premier XIXe siècle, avides de redistribution des richesses et de substitution du socialisme au capitalisme. Aux environs de 1840, en effet, la Révolution industrielle prend son essor, un prolétariat en naît et, avec lui, se nouent les tensions sociales, liées à toute croissance économique brutale. La politique aime les couleurs, mais le bourgeois vomit le « rouge », fier de son travail. Après la phobie des attentats anarchistes de la fin du XIXe siècle, l’homme du XXe siècle a eu bien davantage de craintes politiques et sociales, d’abord multipliées par les affiches du « moujik hirsute » de 1919, qui concrétise la hantise des « rouges », version bolcheviks cette fois-ci. Il a connu – pas forcément éprouvé – la hantise de la Guerre froide, du « camp communiste », de l’Armée rouge, des « gauchistes » et des « étés chauds » Qui a réellement « profité » de cette peur ? Les « rouges » ont-ils été manipulés ? Et la « cible » n’a-t-elle pas totalement changé avec la drogue, les banlieues « à risque », le terrorisme ?

• LITS Marc (sous la direction de), La peur, la mort et les médias, Éditions Vie Ouvrière, 1993.
Quel est le rôle social de ces récits de mort et de violence, qui remplissent nos écrans et nos journaux, telle est la question que posent les différents articles de cet ouvrage, qui vont du questionnement théorique sur « la peur, les médias, le lecteur » ou sur les stratégies narratives de la peur au cinéma, à l’étude minutieuse d’une enquête du quotidien bruxellois La Dernière Heure, fondée sur la thématique de l’insécurité.

• MARZANO Michela, Visages de la peur, PUF, 2009.
Comment la peur surgit-elle face à l’inconnu ? Comment exprime-t-elle la crainte des autres – peur de l’étranger, de l’ennemi, du monstre, du différent – ainsi que la volonté d’écarter de soi l’irréductible altérité qui habite tous les êtres humains ? L’auteur montre ici que la peur est souvent instrumentalisée par les pouvoirs politiques, jusqu’à devenir un moyen de contrôle et de gouvernement. Ainsi est-elle utilisée pour bâtir des politiques sécuritaires qui « institutionnalisent » la méfiance de chacun à l’égard de tous. Mais, même si elle renvoie à la fragilité et à la contingence de la condition humaine, la peur n’est pas invincible : elle ne réduit pas nécessairement notre marge de manoeuvre. Une fois admise l’idée que tout ne peut pas être « contrôlé » et que l’ « inattendu » est une composante de la vie, nous pouvons tenter de construire des relations de confiance qui, tout en ne nous mettant pas à l’abri de l’inconnu ou de l’imprévu, nous permettent aussi d’aller vers les autres, de même que de renouer avec notre propre altérité.

• MAURIN Eric, La peur du déclassement, Seuil, 2009.
Déclassement le mot est aujourd’hui sur toutes les lèvres et sous toutes les plumes Mais, au-delà de son caractère incontournable, il recouvre deux réalités bien distinctes. La plus évidente a trait aux ruptures qui conduisent des individus à voir leur position se dégrader La deuxième est encore plus décisive : c’est la peur du déclassement. Cette angoisse sourde, qui taraude un nombre croissant de Français, repose sur la conviction que personne n’est  » à l’abri « , que tout un chacun risque à tout moment de perdre son emploi, son salaire, ses prérogatives, en un mot son statut. En rendant la menace plus tangible, les crises portent cette anxiété à son paroxysme. Source de concurrence généralisée et de frustrations, la peur du déclassement est en train de devenir l’énergie négative de notre société. A partir de ce constat, Eric Maurin fonde une sociologie des récessions et propose une lecture radicalement neuve de la société française, tout en aidant à repenser les conditions de sa réforme.

• REY Henri, La peur des banlieues, Presses de Sciences Po, 1999.
La grande peur des banlieues revient périodiquement occuper le devant de la scène médiatique. Peur des violences urbaines, de l’intégrisme religieux, des nouvelles « classes dangereuses », peur surtout devant l’inconnu.
Parallèlement, les habitants des banlieues sont censés vivre dans l’inconfort de la peur quotidienne ; leur sentiment d’insécurité devrait logiquement les conduire à soutenir par leur vote protestataire l’extrême droite lepéniste.

• TODOROV Tzvetan, La peur des barbares, Livre de Poche, 2009.
Dans une réflexion qui nous fait traverser des siècles d’histoire européenne, Tzvetan Todorov éclaire les notions de barbarie et de civilisation, de culture et d’identité collective, pour interpréter les conflits qui opposent aujourd’hui les pays occidentaux et le reste du monde. Une magistrale leçon d’histoire et de politique, et une véritable  » boîte à outils  » pour décrypter les enjeux de notre temps.

• VIEGNES Michel, La peur et ses miroirs, Imago, 2009.
La peur a mauvaise réputation. Faiblesse honteuse, elle est ressentie comme infantile et ridicule, et serait, lorsqu’elle est collective, à l’origine de toutes les exclusions sociales – racisme, xénophobie, obsession sécuritaire… Pourtant, elle constitue une part essentielle de l’expérience humaine. Lovecraft voyait même en elle «l’émotion la plus forte et la plus ancienne de l’humanité».
Dans le présent ouvrage, historiens, psychologues, et spécialistes de littérature, de cinéma et de musique, analysent, sous de multiples aspects, cette expérience – ses manifestations et ses représentations. Aspect psychologique : peurs normales et pathologiques, phobies… Aspect linguistique : de la peur à l’angoisse, ou à la terreur. Aspect historique : crainte de Dieu, peur de l’an mil, recours aux saints protecteurs. Aspect religieux : vision de l’hindouisme ou du bouddhisme. Aspect social : peur de l’autre, peur de la surpopulation, de la technique, de la catastrophe atomique ou écologique.

• VIRILIO Paul, L’administration de la peur, Textuel, 2010.
Chaos climatique, paniques boursières, crise économique, périls techno-scientifiques. menaces pandémiques, suicides  » professionnels « … L’énumération des peurs contemporaines est sans fin. Effet de loupe médiatique? Construction paranoïaque? Fantasme? Pour Paul Virilio, il y a bien de quoi avoir peur. Car le monde est plein comme un oeuf, qu’on y accélère toujours plus les flux en y contractant l’espace et que la peur devient l’objet d’une véritable gestion politique, les Etats étant tentés de substituer un globalitarisme sécuritaire à la traditionnelle protection des individus contre les risques de la vie.

Ils ont organisé la psychose


La grippe saisonnière tue ! est l’article le plus lu de ce blog (35 171 lectures à ce jour !) et, curieusement, il est toujours régulièrement consulté.

Il était facile de se rendre compte, en comparant les données épidémiologiques de la grippe A/H1N1 à celles de la grippe saisonnière, que les gouvernements, l’OMS et les médias manipulaient l’opinion sur les risques d’une pandémie de grippe A/H1N1.

Selon la dépêche de l’agence AP du 5 juin, c’est ce que dit aujourd’hui la commission Santé de l’APCE :

La gravité de la pandémie de grippe A/H1N1 a été « largement surestimée » par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dénonce l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), qui épingle dans un rapport un « gaspillage de fonds publics » et des « peurs injustifiées ».

Ce rapport, approuvé vendredi par la commission Santé de l’APCE, déplore « un grave manque de transparence ». Dans un communiqué, l’APCE se demande « quelle influence l’industrie pharmaceutique a pu exercer sur les décisions prises ».

Lors de la présentation du rapport vendredi à Paris, la rédactrice en chef « British Medical Journal » Fiona Godlee a expliqué qu’une étude de sa revue avait montré que « les scientifiques qui ont élaboré des lignes directrices clés de l’OMS sur le stockage des vaccins contre la grippe avaient été payés par des groupes pharmaceutiques susceptibles d’en tirer profit », selon le communiqué de l’APCE.

« Cette pandémie n’a jamais vraiment existé », a lancé l’auteur du rapport, le parlementaire britannique Paul Flynn, cité dans ce même communiqué. Il a qualifié le programme de vaccination de « traitement placebo à grande échelle ».

Pour « une plus grande transparence » et « une meilleure gouvernance en matière de santé publique », la commission Santé de l’APCE préconise d’instituer des garanties contre « l’influence d’intérêts particuliers » et d’envisager un fonds public pour soutenir des études, des essais et des avis d’experts indépendants, qui pourraient être financés par le biais d’une contribution obligatoire de l’industrie pharmaceutique.

Le rapport de M. Flynn doit être examiné par les parlementaires des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe le jeudi 24 juin à Strasbourg.

Il n’y a pas eu complot, comme le croient naïvement certains, mais convergence d’intérêts économiques et politiques. La peur reste le meilleur argument de vente… des médias et des gouvernements.

05/06/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Rapport intégral (version provisoire).
• Revue de presse Grippe A/H1N1 2009, Monde en Question.
• Revue de presse Grippe A/H1N1 2010, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

中國 zhōng guó Pays du milieu


Que savons nous de la Chine ? Rien, pratiquement rien. Le volume d’informations quotidiennes est inversement proportionnel à l’importance de ce pays. Yahoo! Actualité est un bon indicateur. En temps ordinaire, ce site publie moins de 5 dépêches par jour, qui sont reprises en boucle par tous les médias dominants. Mais dès que le dalaï-lama s’exprime, les médias dominants se prosternent aux pieds de sa Sainteté, la 14e réincarnation d’une divinité tibétaine, pour recueillir sa parole en copiant-collant les dépêches d’agences [1].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la Chine ne fut pas et n’est pas un objet de connaissance, mais de convoitise des puissances occidentales. Christophe Colomb mourut sans savoir qu’il avait découvert l’Amérique car il croyait avoir trouvé le chemin le plus court pour conquérir Cathay, nom donné à la Chine par Marco Polo [2].
La colonisation de la Chine fut donc retardée et finalement réalisée par d’autres puissances occidentales, principalement l’Angleterre et la France entre 1839 et 1949, avec une brutalité non moins raffinée que celles des Conquistadores espagnols. Les chercheurs anglo-saxons, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle [3]. Il ne faut jamais oublier cette barbarie quand les mêmes puissances occidentales prétendent donner des leçons de démocratie à la Chine.

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que, pour commencer, nous lui attribuons un nom qui n’est pas le sien. 中國 en chinois, transcrit zhōng guó en pinyin, se traduit par « pays du milieu » et non par « empire du milieu » comme on le fait couramment, y compris dans Wikipédia qui comporte beaucoup d’autres erreurs dont l’usage du terme « sinogramme » au lieu de « caractère chinois » [4].
L’usage de l’expression volontairement fautive « empire du milieu », qui induit l’idée de domination voire d’assujettissement, était le lieu commun des colonisateurs et est resté le lieu commun de la propagande des médias dominants.
Pays s’écrit 國 en graphie classique et 国 en graphie simplifiée. 國 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos), 口 kǒu (bouche), 一 yī (le chiffre un) et 戈 gē (lance / hallebarde). 国 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos) et 玉 yù (jade). Ainsi, le mot pays évoque, en graphie classique, un espace délimité par une frontière, protégé par une force militaire et administré efficacement et, en graphie simplifiée, un espace délimité par une frontière et précieux comme le jade [5].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la majorité des sinologues français, plus encore les prétendus tels, ont conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la philosophie occidentale. C’est le cas des contributions de La pensée en Chine aujourd’hui [6] et notamment celle de Joël Thoraval qui annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que les médias dominants simplifient à l’extrême comme toujours et surtout parce qu’ils sont unanimes à relayer les idéologies les plus réactionnaires. Conformément à un processus classique d’évolution, les petits maîtres à penser, hier pro-chinois parce que disciples béats du grand timonier, sont aujourd’hui anti-chinois parce que prosélytes zélés du consensus néo-libéral droite-gauche [7]. La réalité chinoise est beaucoup plus complexe, mais qui s’en soucie ?

20/02/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Dictionnaire chinois français – français chinois en caractères simplifiés, Chine nouvelle.
• L’étude des caractères classiques permet de comprendre les subtilités de la langue et donc de la pensée chinoise. Ces deux livres, de lecture facile, constituent une excellente introduction :

– FAZZIOLI Edoardo, Caractères chinois – Du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, Flammarion, 1987 et 1993.
– JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 [DjohiZénith FM].
Dossier documentaire & Bibliographie Chine Tibet Xinjiang, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Cyrille JAVARY, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question.


[1] Les médias droite-gauche de la France catho-laïque se complaisent à encenser le dalaï lama, qui est leur héros contre la Chine. Il est vrai que, à l’heure où la démocratie s’exporte à coups de missiles contre le peuple afghan, il est logique que le chef religieux d’un secte puisse incarner à la fois une divinité tibétaine et la démocratie occidentale.


Dalaï Lama, sculpture d’Eugenio Merino

Et l’im-Monde récite son catéchisme : «le traitement réservé à cet homme en Europe et aux Etats-Unis est un marqueur de l’attachement que les Occidentaux éprouvent encore à l’égard des droits de l’homme». Le respect des droits de l’homme, invoqué contre les anciennes colonies, n’est qu’un discours néo-colonial… sans effets.
[2] Le terme grandes découvertes masque la réalité du projet colonial de la Monarchie catholique. La Conquista des Amériques commença en 1492 c’est-à-dire l’année où s’achevait la Reconquista chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique. La colonisation se traduisit par le vol des terres, le pillage des richesses, le massacre des résistants, l’esclavage et la conversion des survivants, l’imposition des mœurs et coutumes occidentales notamment vestimentaires.
[3] Un bon résumé par Michel TIBON-CORNILLOT : Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa et La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
[4] Le terme sinogramme ne fut pas inventé par Delphine Weulersse et Nicolas Lyssenko beaucoup le répète par copier-coller. C’est une appellation typiquement coloniale :

En France, il était déjà en usage au XIXe siècle : on le trouve employé, par exemple, dans un article d’Alexandre Ular, Notes sur la littérature en Chine. Il était également utilisé par les auteurs anglo-saxons : ainsi George Ripley et Charles A. Dana dans The New American Cyclopaedia: A Popular Dictionary of General Knowledge, dont l’édition fut entreprise dès 1858. Le premier usage attesté le serait en 1830, en langue latine : « sinogrammatum. » Cette année-là, l’abbé Janelli Cataldo publia un ouvrage dont le titre est : Tabulae Rosettanae Hieroglyphicae et Centuriae Sinogrammatum polygraphicorum interpretatio per Lexeographiam Temuricosemiticam (Neapoli Typis Regiis).
Wikipédia

Pour la petite histoire, Delphine Weulersse est une religieuse chrétienne orthodoxe que les éditions du Cerf présentent ainsi :

Après une licence de russe et un doctorat de chinois en Sorbonne, une année d’étude à l’université de Pékin et quatre au Japon, Delphine Weulersse, mariée et mère de trois enfants, a enseigné la langue et la littérature chinoises classiques pendant près de trente ans à l’université de Paris-VII. […] En 1993, à la suite d’une conversion fulgurante, elle devient orthodoxe au monastère russe de Bussy-en-Othe où elle fera sa profession monastique en 2002 sous le nom d’Anastasia.

Quant à Nicolas Lyssenko, il a auto-édité avec Delphine Weulersse en 1986 une Méthode programmée du chinois moderne.
[5] 國, Wiktionary – 国, Wiktionary. Étymologie de 國, Chine nouvelle et JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 p.277 à 279.
Usages du caractère 國 à partir d’une recherche dans Google.
[6] CHENG Anne (sous la direction de), La pensée en Chine aujourd’hui, Folio Gallimard, 2007.
[7] HOCQUENGHEM Guy, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary, Agone, 1986 et 2003.

Des médias aux ordres


À l’heure où tout le monde est contraint de reconnaître que le virus de la grippe A(H1N1) n’a pas provoqué les 30 000 morts en France prévus par certains épidémiologistes et encore moins les millions de morts dans le monde pronostiqués par l’expert consacré par Le Monde pour désinformer ses lecteurs [1], les médias dominants se défaussent comme d’habitude sur les politiques.

Depuis le début de l’épidémie, en avril 2009, les médias dominants mentent sciemment en publiant des chiffes alarmistes sans jamais ni émettre le moindre doute sur leur construction ni les mettre en perspective avec ceux de la grippe saisonnière. Ils ont choisi délibérément de crédibiliser la version des organisations sanitaires et des gouvernements.

Aujourd’hui, il est cocasse de lire les arguments dont les journalistes usent pour dégager leur responsabilité. Grippe H1N1: les journalistes se défaussent, les autorités trinquent, AFP-Google Actualités du 06/01/2010 (texte complet en annexe) :

« Je ne vois pas de quel droit j’aurais caché le taux de mortalité au Mexique ou le fait qu’aux États-Unis des femmes enceintes mouraient », souligne Hélène Cardin, journaliste sur France Inter, dans une interview à l’AFP.

Commentaires : Les médias dominants ont abondamment cité les chiffres du gouvernement mexicain alors qu’ils savaient qu’ils étaient faux. Dire « qu’aux États-Unis des femmes enceintes mouraient » relève de la démagogie car, avec ou sans grippe, des femmes enceintes meurent aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

« Nos autorités sanitaires et politiques ont décrété une sorte d’état d’urgence médiatique autour de cette question. Dès lors, on est obligés de s’y conformer », renchérit le directeur de la rédaction d’Europe 1, Laurent Guimier.

Commentaires : Ce journaliste avoue que les médias dominants sont aux ordres des autorités sanitaires et politiques. Dont acte.

Comme son confrère Michel Cymes, Alain Ducardonnet médecin consultant pour les JT de TF1, s’est déclaré « intégralement favorable à la vaccination ».

Commentaires : Les médias dominants donnent la parole aux experts qu’ils élisent pour leurs qualités d’agent de propagande.

Les médias dominants ne donnent pas la parole aux voix discordantes qui participeraient à la soi-disante théorie du complot. Cette rhétorique de la novlangue signifie en clair que toute critique est par avance discréditée.

La palme des médias aux ordres revient au quotidien qui pratique la langue des jésuites [2]. Le doute A(H1N1), Le Monde du 13/01/2010 (texte complet en annexe) :

Évitons d’abord les faux procès : nul ne peut sérieusement reprocher au gouvernement d’avoir vu trop grand pour éradiquer la pandémie annoncée due au virus de la grippe A(H1N1). Quand il a commandé, en juillet 2009, 94 millions de doses de vaccin, l’Organisation mondiale de la santé venait de décréter une alerte mondiale et des épidémiologistes prévoyaient 30 000 morts en France, cinq fois plus que pour la grippe saisonnière. Les Cassandre se sont trompées, mais le gouvernement – qui avait tiré les leçons de l’imprévoyance des pouvoirs publics lors de la canicule de 2003 – a eu raison d’appliquer le principe de précaution. Même à l’extrême.

Commentaires : En résumé, Le Monde juge que le gouvernement n’est pas coupable parce qu’il a cru naïvement les prédictions de certains épidémiologistes. Rappelons que d’autres, moins médiatisés, disaient le contraire [3]. Pire, Le Monde prétend que le « principe de précaution » devrait s’appliquer «même à l’extrême».

Il est toujours plaisant de relire des commentaires journalistiques, démentis par les faits. Revue de presse Grippe et épidémie, NouvelObs du 30/11/2009 :

(…) Aussi ne doit-on pas s’étonner que plus l’épidémie se propage, plus les centres de vaccination se remplissent. Chacun est désormais concerné dans son propre environnement et on peut noter que ceux qui dénonçaient la gesticulation médiatique, voire l’instrumentalisation du phénomène, se sont tus ! Les Français exigent maintenant une meilleure mobilisation des pouvoirs publics et craignent d’être sevrés d’un vaccin qui, il y a peu, ne les convainquait pas. Il faut à cet égard s’élever contre la désinformation qui contamine la Toile, et dire que les bénéfices du vaccin l’emportent sur les inconvénients. Dire et redire que les effets néfastes d’une pandémie seront toujours supérieurs aux effets indésirables après vaccination. Le risque n’est pas du côté de la vaccination, de la médecine. Il est du côté de l’inertie de la société et de l’indifférence. Nous n’en sommes heureusement pas là.
Jacques Béal, Le Courrier Picard.

Les médias dominants se croient encore les maîtres de l’opinion publique alors qu’ils ont perdu toute crédibilité. Ainsi, malgré une campagne médiatique sans précédent, le nombre de vaccinations contre le virus de la grippe A(H1N1) fut comparable à celui de la grippe saisonnière.

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Annexes :
Grippe H1N1: les journalistes se défaussent, les autorités trinquent, AFP-Google Actualités du 06/01/2010.

Journalistes et spécialistes des questions de santé de radios et de grandes chaînes de télé se défendent d’avoir cédé à l’emballement dans le traitement médiatique de la pandémie de grippe H1N1, pointant la stratégie de communication du ministère de la Santé.

« Nous avons participé, pas plus, mais pas moins que les autres à la trouille ambiante », juge aujourd’hui Hélène Cardin, journaliste sur France Inter. « Je ne vois pas de quel droit j’aurais caché le taux de mortalité au Mexique ou le fait qu’aux États-Unis des femmes enceintes mouraient », souligne-t-elle dans une interview à l’AFP.

Depuis mai, la couverture médiatique de la pandémie en France a été souvent critiquée parce que jugée démesurée.

« Nos autorités sanitaires et politiques ont décrété une sorte d’état d’urgence médiatique autour de cette question. Dès lors, on est obligés de s’y conformer », renchérit le directeur de la rédaction d’Europe 1, Laurent Guimier dont l’obsession était « de ne pas participer à un emballement ». Pour preuve, la station n’a pas bousculé ses programmes ni consacré une journée spéciale à la pandémie.

Difficile toutefois de prendre du recul. « A partir du moment où vous avez un point de presse tous les jours, non seulement du ministère de la Santé mais du ministère de l’Intérieur avec Brice Hortefeux parlant de vaccination, comment aller dire à votre direction: «non je n’y vais pas» ? », convient Hélène Cardin qui parle « d’échec complet de la communication du ministère ».

Pour le sociologue Michel Setbon, directeur de recherche au CNRS, la communication gouvernementale ne s’est pas emballée tout de suite. La difficulté pour les autorités était de choisir une option de départ: la pandémie va-t-elle tuer beaucoup de gens ou ne sera-t-elle qu’une grippette ?

« Le plus gros problème est de n’avoir pas été en mesure de réviser la stratégie de communication au fur et à mesure des données qui tombaient », note-t-il jugeant qu’il allait « falloir en tirer certaines leçons ».

Une analyse partagée par Michel Cymes, qui présente présente chaque jour « Le magazine de la santé » avec Marina Carrère d’Encausse sur France 5.

« Au début, le traitement médiatique était très clair, factuel, informatif, on vulgarisait très bien. Tout s’est emballé quand le vaccin est arrivé et qu’on a commencé à se polariser sur des effets secondaires potentiels ou des annonces spectaculaires », explique-t-il.

Comme son confrère Michel Cymes, Alain Ducardonnet médecin consultant pour les JT de TF1, s’est déclaré « intégralement favorable à la vaccination ». Il considère avoir rempli un rôle pédagogique, tout en restant nuancé.

Refaisant l’historique de la pandémie, Alain Ducardonnet compare la stratégie gouvernementale de communication à un plan militaire en temps de guerre. « Le problème est que la quasi totalité des différentes phases du plan a été appliquée alors que l’épidémie n’était globalement pas au rendez-vous », explique-t-il.

Pour lui, « la révision stratégique a été un peu tardive », d’où « la distorsion de communication avec les médecins généralistes » écartés de la vaccination dans leurs cabinets. « Du coup », soutient-il, « il y a eu une véritable scission entre, d’un côté, l’État avec toutes ses armes et, de l’autre, des troupes qui ne voyaient pas la légitimité de ce que racontait l’État ».

Le doute A(H1N1), Le Monde du 13/01/2010.

Évitons d’abord les faux procès : nul ne peut sérieusement reprocher au gouvernement d’avoir vu trop grand pour éradiquer la pandémie annoncée due au virus de la grippe A(H1N1). Quand il a commandé, en juillet 2009, 94 millions de doses de vaccin, l’Organisation mondiale de la santé venait de décréter une alerte mondiale et des épidémiologistes prévoyaient 30 000 morts en France, cinq fois plus que pour la grippe saisonnière. Les Cassandre se sont trompées, mais le gouvernement – qui avait tiré les leçons de l’imprévoyance des pouvoirs publics lors de la canicule de 2003 – a eu raison d’appliquer le principe de précaution. Même à l’extrême.

Pour autant, l’échec de la campagne de vaccination est avéré : début janvier, un peu plus de 5 millions de personnes ont été vaccinées, soit un nombre similaire à celui qu’on enregistre chaque année pour la grippe saisonnière. La France doit revendre, dans des conditions qui restent à éclaircir, des millions de doses de vaccins achetées aux laboratoires. Cet échec est dû à la mauvaise organisation de la vaccination, pour la première fois offerte gratuitement à la population sans être obligatoire, et à une communication inadaptée.

La France s’est distinguée de ses voisins européens, qui n’ont pas pour autant obtenu de meilleurs résultats, en centralisant à l’excès la vaccination. Ce système « à la soviétique » aura été d’autant plus inadéquat qu’on savait, dès le départ, que le millier de centres de vaccination ne serait pas suffisant pour vacciner les trois quarts de la population si d’aventure ce scénario s’était présenté.

Tout a contribué à ne pas mettre en confiance la population. Non seulement les pouvoirs publics ont longtemps écarté du dispositif les médecins libéraux – même s’il y avait un vrai problème de rémunération -, mais ils n’ont pas fait appel au réseau des médecins du travail dans les entreprises ni aux infirmier(e)s. A l’évidence, la réintégration des médecins aujourd’hui arrive trop tard.

Devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, le 12 janvier, Roselyne Bachelot s’est montrée inutilement agressive. Forte du soutien de Nicolas Sarkozy, la ministre de la santé a dénoncé l’attitude désinvolte et arrogante de l’opposition. Elle ferait mieux de s’interroger sur les ratés d’une communication qui n’a pas su convaincre. Depuis l’affaire du sang contaminé, dans les années 1980, l’opinion craint qu’on lui cache la vérité et se méfie des politiques de santé publique. C’est ce doute sur la parole politique qu’il faut s’employer à lever.

Lire aussi :
• Revue de presse Grippe A/H1N1 2010, Monde en Question.
• Revue de presse Grippe A/H1N1 2009, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.


[1] Deux exemples :
• Antoine Flahault : «La mortalité directe du H1N1 serait cent fois celle de la grippe saisonnière», Le Monde du 26/08/2009.
• Antoine Flahault : «Des millions de Français pourraient avoir été infectés par la grippe A sans le savoir», Le Monde du 29/12/2009.
[2] Subst. masc. et adj., péj. (Celui) qui est dissimulé, hypocrite, voire retors [CNRTL].
Curieusement, la Compagnie de Jésus fut fondée par Jean Colombini et le président du directoire de la SA Le Monde et directeur du journal Le Monde est Jean-Marie Colombani.
[3] Debré : « Cette grippe n’est pas dangereuse », leJDD du 25/07/2009.

Bernard Debré, professeur de médecine, député UMP de Paris et membre du comité national d’éthique, prend le contre-pied des déclarations du Premier ministre vendredi. Alors que François Fillon se faisait alarmiste sur la pandémie « inévitable » de la grippe A-H1N1, Bernard Debré estime que l’on en fait trop.
A partir du moment où l’OMS a, de façon un peu rapide, commencé à gesticuler, avec des communiqués quotidiens et des conférences de presse à répétition, les gouvernements n’avaient pas vraiment d’autre choix que de suivre. Je leur reproche d’avoir ensuite succombé à une surmédiatisation politique de cet événement.

Ils ont organisé la psychose


Révélation : président de la commission santé du Conseil de l’Europe, l’allemand Wolfgang Wodarg accuse les lobbys pharmaceutiques et les gouvernants.
Il a obtenu le lancement d’une enquête de cette instance sur le rôle joué par les laboratoires dans la campagne de panique autour du virus. Entretien sans détour.

Ex-membre du SPD, Wolfgang Wodarg est médecin et épidémiologiste. Il a obtenu à l’unanimité des membres de la commission santé du Conseil de l’Europe une commission d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion de la grippe A par l’OMS et les états.

Qu’est ce qui a attiré vos soupçons dans la prise d’influence des laboratoires sur les décisions prises à l’égard de la grippe A ?

Wolfgang Wodarg Nous sommes confrontés à un échec des grandes institutions nationales, chargées d’alerter sur les risques et d’y répondre au cas où une pandémie survient. En avril quand la première alarme est venue de Mexico j’ai été très surpris des chiffres qu’avançait l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour justifier de la proclamation d’une pandémie. J’ai eu tout de suite des soupçons : les chiffres étaient très faibles et le niveau d’alarme très élevé. On en était à même pas mille malades que l’on parlait déjà de pandémie du siècle. Et l’alerte extrême décrétée était fondée sur le fait que le virus était nouveau. Mais la caractéristique des maladies grippales, c’est de se développer très vite avec des virus qui prennent à chaque fois de nouvelles formes, en s’installant chez de nouveaux hôtes, l’animal, l’homme etc. Il n’y avait rien de nouveau en soi à cela. Chaque année apparaît un nouveau virus de ce type « grippal ». En réalité rien ne justifiait de sonner l’alerte à ce niveau. Cela n’a été possible que parce que l’OMS a changé début mai sa définition de la pandémie. Avant cette date il fallait non seulement que la maladie éclate dans plusieurs pays à la fois mais aussi qu’elle ait des conséquences très graves avec un nombre de cas mortels au dessus des moyennes habituelles. On a rayé cet aspect dans la nouvelle définition pour ne retenir que le critère du rythme de diffusion de la maladie. Et on a prétendu que le virus était dangereux car les populations n’avaient pas pu développer de défense immunitaires contre lui. Ce qui était faux pour ce virus. Car on a pu observer que des gens âgés de plus de 60 ans avaient déjà des anticorps. C’est-à-dire qu’ils avaient déjà été en contact avec des virus analogues. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs il n’y a pratiquement pas eu de personnes âgées de plus de 60 ans qui aient développé la maladie. C’est pourtant à celles là qu’on a recommandé de se faire vacciner rapidement.

Dans les choses qui ont suscité mes soupçons il y a donc eu d’un côté cette volonté de sonner l’alerte. Et de l’autre des faits très curieux. Comme par exemple la recommandation par l’OMS de procéder à deux injections pour les vaccins. Ca n’avait jamais été le cas auparavant. Il n’y avait aucune justification scientifique à cela. Il y a eu aussi cette recommandation de n’utiliser que des vaccins brevetés particuliers. Il n’existait pourtant aucune raison à ce que l’on n’ajoute pas, comme on le fait chaque années, des particules antivirales spécifiques de ce nouveau virus H1N1, « complétant » les vaccins servant à la grippe saisonnière. On ne l’a pas fait car on a préféré utiliser des matériaux vaccinales brevetés que les grands laboratoires avaient élaborées et fabriqué pour se tenir prêts en cas de développement d’une pandémie. Et en procédant de cette façon on n’a pas hésité à mettre en danger les personnes vaccinées.

Quel danger ?

Wolfgang Wodarg Pour aller vite dans la mise à disposition des produits on a utilisé des adjuvants dans certains vaccins, dont les effets n’ont pas été suffisamment testés. Autrement dit : on a voulu absolument utiliser ces produits brevetés nouveaux au lieu de mettre au point des vaccins selon des méthodes de fabrication traditionnelles bien plus simples, fiables et moins coûteuses. Il n’y avait aucune raison médicale à cela. Uniquement des raisons de marketing.

Comment a-t-on pu justifier de cela ?

Wolfgang Wodarg Pour comprendre il faut en revenir à l’épisode de la grippe aviaire de 2005 – 2006. C’est à cette occasion là qu’ont été définis les nouveaux plans internationaux destinés à faire face à une alarme pandémique. Ces plans ont été élaborés officiellement pour garantir une fabrication rapide de vaccins en cas d’alerte. Cela a donné lieu à une négociation entre les firmes pharmaceutiques et les Etats. D’un côté les labos s’engageaient à se ternir prêts à élaborer les préparations, de l’autre les Etats leur assuraient qu’ils leur achèteraient bien tout cela. Au terme de ce drôle de marché l’industrie pharmaceutique ne prenait aucun risque économique en s’engageant dans les nouvelles fabrications. Et elle était assurée de toucher le jack pot en cas de déclenchement d’une pandémie.

Vous contestez les diagnostics établis et la gravité, même potentielle, de la grippe A ?

Wolfgang Wodarg Oui, c’est une grippe tout ce qu’il y a de plus normale. Elle ne provoque qu’un dixième des décès occasionnés par la grippe saisonnière classique. Tout ce qui importait et tout ce qui a conduit à la formidable campagne de panique à laquelle on a assisté, c’est qu’elle constituait une occasion en or pour les représentants des labos qui savaient qu’ils toucheraient le gros lot en cas de proclamation de pandémie.

Ce sont de très graves accusations que vous portez là. Comment un tel processus a-t-il été rendu possible au sein de l’OMS ?

Wolfgang Wodarg Un groupe de personnes à l’OMS est associé de manière très étroite à l’industrie pharmaceutique.

L’enquête du conseil de l’Europe va travailler aussi dans cette direction ?

Wolfgang Wodarg Nous voulons faire la lumière sur tout ce qui a pu rendre cette formidable opération d’intox. Nous voulons savoir qui a décidé, sur la base de quelles preuves scientifiques, et comment s’est exercé précisément l’influence de l’industrie pharmaceutique dans la prise de décision. Et nous devons enfin présenter des revendications aux gouvernements. L’objectif de la commission d’enquête est qu’il n’y ait plus à l’avenir de fausses alertes de ce genre. Que la population puisse se reposer sur l’analyse, l’expertise des instituions publiques nationales et internationales. Celles ci sont aujourd’hui discréditées car des millions de personnes ont été vaccinés avec des produits présentant d’éventuelles risques pour leur santé. Cela n’était pas nécessaire. Tout cela a débouché aussi sur une gabegie d’argent public considérable.

Avez-vous des chiffres concrets sur l’ampleur de cette gabegie ?

Wolfgang Wodarg En Allemagne ce sont 700 millions d’euros. Mais il est très difficile de connaître les chiffres précis car on parle maintenant d’un côté de reventes de vaccins à des pays étrangers et surtout les firmes ne communiquent pas, au nom du principe du respect du « secret des affaires » les chiffres des contrats passés avec les Etats et les éventuelles clauses de dédommagements qui y figurent.

Le travail de « lobying » des labos sur les instituts de santé nationaux sera-t-il aussi traité par l’enquête du conseil de l’Europe ?

Wolfgang Wodarg Oui nous nous pencherons sur l’attitude des instituts comme le Robert Koch en Allemagne ou Pasteur en France qui auraientt dû en réalité conseiller leurs gouvernements de façon critique. Dans certains pays des institutions l’ont fait. En Finlande ou en Pologne, par exemple, des voix critiques se sont élevées pour dire : « nous n’avons pas besoin de cela ».

La formidable opération d’intox planétaire n’a-t-elle pas été possible aussi parce que l’industrie pharmaceutique avait « ses représentants » jusque dans les gouvernements des pays les plus puissants ?

Wolfgang Wodarg Dans les ministères cela me paraît évident. Je ne peux pas m’expliquer comment des spécialistes, des gens très intelligents qui connaissent par cœur la problématique des maladies grippales, n’aient pas remarqué ce qui était en train de se produire.

Que s’est-il passé alors ?

Wolfgang Wodarg Sans aller jusqu’à la corruption directe qui j’en suis certain existe, il y a eu mille manières pour les labos d’exercer leur influence sur les décisions. J’ai pu constater très concrètement par exemple comment Klaus Stöhr qui était le chef du département épidémiologique de l’OMS à l’époque de la grippe aviaire, et qui donc a préparé les plans destinés à faire face à une pandémie que j’évoquais plus haut, était devenu entre temps un haut cadre de la société Novartis. Et des liens semblables existent entre Glaxo ou Baxter, etc. et des membres influents de l’OMS. Ces grandes firmes ont « leurs gens » dans les appareils et se débrouillent ensuite pour que les bonnes décisions politiques soient prises. C’est à dire celles qui leur permettent de pomper le maximum d’argent des contribuables.

Mais si votre enquête aboutit, ne sera-t-elle pas un appui pour les citoyens d’exiger de leurs gouvernements qu’ils demandent des comptes à ces grands groupes ?

Wolfgang Wodarg Oui, vous avez raison, c’est l’un des grands enjeux lié à cette enquête. Les Etats pourraient en effet se saisir de cela pour contester des contrats passés dans des conditions, disons, pas très propres. S’il peut être prouvé que c’est la prise d’influence des firmes qui a conduit au déclenchement du processus alors ils faudra les pousser à ce qu’ils demandent à être remboursés. Mais ça c’est uniquement le côté financier, il y a aussi le côté humain, celui des personnes qui ont été vaccinés avec des produits qui ont été insuffisamment testés.

Quel type de risque ont donc pris, sans qu’ils le sachent, ces gens en bonne santé en se faisant vacciner ?

Wolfgang Wodarg Je le répète les vaccins ont été élaborés trop rapidement, certains adjuvants insuffisamment testés. Mais il y a plus grave. Le vaccin élaboré par la société Novartis a été produit dans un bioréacteur à partir de cellules cancéreuses. Une technique qui n’avait jamais été utilisée jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi, je ne suis évidemment pas un spécialiste, mais comment peut-on prétendre faire un vaccin à partir de cellules malades ?

Wolfgang Wodarg Normalement on utilise des œufs de poules sur lesquels les virus sont cultivés. On a besoin en effet de travailler sur des cellules vivantes. Car les virus ne peuvent se multiplier que de cette manière et donc, par définition, les préparations antivirus qui vont avec. Mais ce procédé présente un gros défaut, il est lent, il faut beaucoup d’œufs. Et il est long et complexe sur le plan technique. Une autre technique au potentiel remarquable consiste à cultiver les virus sur des cellules vivantes dans des bio-réacteurs. Pour cela il faut des cellules qui croissent et se divisent très vite. C’est un peu le procédé que l’on utilise pour la culture du yaourt que l’on réalise d’ailleurs aussi dans un bio-réacteur. mais dans ce contexte la cellule a été tellement bouleversée dans son environnement et sa croissance qu’elle croît comme une cellule cancéreuse. Et c’est sur ces cellules au rendement très élevé que l’on cultive les virus. Seulement pour fabriquer le vaccin il faut extraire à nouveau les virus de ces cellules sur lesquelles ils ont été implantés. Et il peut donc se produire que durant le processus de fabrication du vaccin des restes de cellule cancéreuse demeurent dans la préparation. Comme cela se produit dans la fabrication classique avec les œufs. On sait ainsi que dans le cas d’une vaccination de la grippe classique des effets secondaires peuvent apparaître chez les personnes qui sont allergiques à l’ovalbumine que l’on trouve dans le blanc d’oeuf. Il ne peut donc pas être exclu que des protéines, restes d’une cellule cancéreuse présentes dans un vaccin fabriqué par bio-réacteur, engendrent une tumeur sur la personne vaccinée. Selon un vrai principe de précaution il faudrait donc, avant qu’un tel produit ne soit autorisé sur le marché, avoir la certitude à 100% que de tels effets sont réellement exclus.

Et cela n’a pas été fait ?

Wolfgang Wodarg On ne l’a pas fait. L’AME ( Agence Européenne du Médicament), une institution sous la responsabilité du commissaire européen à l’économie, basée à Londres, qui donne les autorisations de mise sur le marché des vaccins en Europe, a donné son feu vert à la commercialisation de ce produit en arguant, en l’occurrence, que ce mode de fabrication ne constituait pas un risque « significatif ». Cela a été très différemment apprécié par de nombreux spécialistes ici en Allemagne et une institution indépendante sur le médicament, qui ont au contraire alerté et fait part de leurs objections. J’ai pris ces avertissements au sérieux. J’ai étudié le dossier et suis intervenu dans le cadre de la commission santé du Bundestag dont j’étais alors membre pour que le vaccin ne soit pas utilisé en Allemagne. J’ai fait savoir que je n’étais certainement pas opposé à l’élaboration de vaccins avec cette technique. Mais qu’il fallait d’abord avoir une garantie totale d’innocuité. Le produit n’a donc pas été utilisé en Allemagne où le gouvernement a résilié le contrat avec Novartis.

Quel est le nom de ce vaccin ?

Wolfgang Wodarg Obta flu.

Mais cela veut dire que dans d’autres pays européens comme la France le produit peut être commercialisé sans problème ?

Wolfgang Wodarg Oui, il a obtenu l’autorisation de l’AME et peut donc être utilisé partout dans l’Union Européenne.

Quelle alternative entendez vous faire avancer pour que l’on échappe à de nouveaux scandales de ce type ?

Wolfgang Wodarg Il faudrait que l’OMS soit plus transparente, que l’on sache clairement qui décide et quelle type de relation existe entre les participants dans l’organisation. Il conviendrait aussi qu’elle soit au moins flanquée d’une chambre d’élue, capable de réagir de façon très critique où chacun puisse s’exprimer. Ce renforcement du contrôle par le public est indispensable.

N’est ce pas la question d’un autre système capable de traiter une question qui relève en fait d’un bien commun aux citoyens de toute la planète qui affleure ?

Wolfgang Wodarg Pouvons nous encore laisser la production de vaccins et la conduite de ces productions à des organisations dont l’objectif est de gagner le plus possible d’argent ? Ou bien la production de vaccins n’est-elle pas quelque chose du domaine par excellence, que les Etats doivent contrôler et mettre en œuvre eux même ? C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut abandonner le système des brevets sur les vaccins. C’est à dire la possibilité d’une monopolisation de la production de vaccin par un grand groupe. Car cette possibilité suppose que l’on sacrifie des milliers de vies humaines, simplement au nom du respect de ces droits monopolistiques. Vous avez raison, cette revendication là a pris en tout cas pour moi l’aspect de l’évidence.

Entretien réalisé par Bruno Odent
Source : l’Humanité

Lire aussi :
• Revue de presse Grippe A/H1N1 2010, Monde en Question.
• Revue de presse Grippe A/H1N1 2009, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Monde arabo-musulman


Dans le discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin à l’université du Caire, l’occurrence « musulman » revient 47 fois ; l’expression « communautés musulmanes » 11 fois ; l’expression « musulmans américains » 3 fois ; l’expression « musulmans du monde entier » 2 fois et l’expression « monde musulman » 1 fois, mais jamais l’expression monde arabo-musulman.

Extraits :

Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte.

Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier – tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l’islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations.

Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

America.gov

La presse étrangère, notamment européenne, a cité correctement Barack Obama, mais pas la presse française.

Dans son discours de principe prononcé jeudi au Caire, le président américain Barack Obama a appelé les musulmans du monde entier à un nouveau départ dans un « respect mutuel ». Obama a continué à soutenir une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien.
euro|topics

La presse française a une obsession : le monde arabo-musulman qu’elle associe au terrorisme.

C’est la troisième fois depuis son élection que le président démocrate parle au monde arabo-musulman. […] L’enjeu est stratégique. M. Obama estime qu’une des clés de la scène géopolitique actuelle réside dans une double image : celle que le monde arabo-musulman a des Etats-Unis et celle que les Américains ont de l’islam.
[…]
Au Caire, comme lors de ses deux précédents discours, M. Obama s’est attaqué aux représentations caricaturales de l’islam ; il a dénoncé les stéréotypes véhiculés sur les musulmans. Il l’a fait tout en critiquant les mêmes caricatures et les mêmes stéréotypes entretenus dans le monde arabo-musulman à l’égard de l’Amérique.
Le Monde

Le monde musulman ne peut se résumer au terrorisme et au fanatisme. L’accueil fait dans le monde arabo-musulman à ces mots sans précédent marque ce changement de la politique américaine.
Libération

Le capital sympathie personnel du Président sera assurément en hausse dans le monde arabo-musulman, même si chacun sait que les actes compteront plus que les « propos raffinés » d’un président parvenu à effacer en si peu de temps l’image de cowboy de son prédécesseur, et redonner un visage souriant à une Amérique que beaucoup s’étaient habitué à détester.
Rue89

Car le président américain avait ces idées en tête depuis sa campagne : rarement, donc, un discours aura été autant préparé, mûri réfléchi et ciselé, pesé. Il signifie trois choses : un changement de cap diplomatique, vis-à-vis du monde arabo-musulman, théâtre de tous les affrontements récents ; une ambition, celle de restaurer l’image , détruite par son prédécesseur, des Etats-Unis, donc rendre à son pays sa capacité d’influence ; un défi personnel , être à la hauteur de ses grands prédécesseurs comme du symbole du rêve américain qu’il incarne à l’intérieur comme à l’extérieur.
Slate

Les médias dominants français, en martelant l’expression monde arabo-musulman, attribuent à Barack Obama un propos qu’il n’a non seulement pas tenu mais qui signifie exactement le contraire de ce qu’il a dit dans l’esprit comme dans la forme. Les médias hexagonaux sont coutumiers de ce racisme social, politique et culturel qui, en reprenant la thèse fumeuse d’un « choc des civilisations », fait des musulmans les boucs émissaires de toutes les crises [1].

Serge LEFORT
05/06/2009


[1] Lire sur le même thème :
• La guerre des images, Monde en Question.
• Deux poids deux mesures, Monde en Question.
• La lepénisation des médias, Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la « liberté de la presse » (1), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la « liberté de la presse » (2), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la « liberté de la presse » (3), Monde en Question.

La grippe saisonnière tue !


Alors que monte la vague d’une psychose mondiale à propos de la grippe A(H1N1), dite « grippe porcine » et baptisée « grippe mexicaine » par les médias dominants [1], il est important de mettre en parallèle les chiffres des cas de la grippe A(H1N1) et ceux de la grippe saisonnière.

La grippe A(H1N1) a provoqué 8 décès entre le 23 et le 29 avril 2009 dans le monde (7 au Mexique et 1 aux États-Unis).

Au 29 avril 2009, à 18:00 GMT, neuf pays avaient officiellement notifié 148 cas d’infection par le virus A(H1N1) de la grippe porcine. Le Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique a notifié 91 cas humains confirmés au laboratoire, dont un mortel. Le Mexique a notifié 26 cas humains confirmés, dont sept mortels.

Les pays suivants ont notifié des cas d’infection, mais aucun cas mortel : Allemagne (3), Autriche (1), Canada (13), Espagne (4), Israël (2), Nouvelle-Zélande (3) et Royaume-Uni (5).

Source : Grippe porcine – bulletin n°5, OMS

La grippe saisonnière provoque entre 250 000 à 500 000 décès par an dans le monde.

La grippe se propage rapidement dans le monde lors d’épidémies saisonnières qui ont des répercussions économiques considérables en termes d’hospitalisations, de dépenses de santé et de pertes de productivité.

Lors des épidémies annuelles, 5 à 15 % de la population souffrent d’infections des voies respiratoires supérieures. Les hospitalisations et les décès surviennent principalement dans les groupes à haut risque (personnes âgées, malades chroniques). Même si ces chiffres sont difficiles à évaluer, on pense que les épidémies annuelles entraînent entre 3 et 5 millions de cas graves et 250 000 à 500 000 décès par an dans le monde.

Source : La grippe, OMS

Dans la phase actuelle de développement de la grippe A(H1N1) on est très loin, très très loin du nombre de cas graves et de morts provoqué chaque année par la grippe saisonnière.
La grippe saisonnière entraîne entre 57 692 et 96 153 cas par semaine dans le monde. Or en une semaine, on compte seulement 148 cas confirmés et 3 116 cas « possibles » de la grippe A(H1N1) dans le monde.
La grippe saisonnière entraîne entre 4 800 et 9 615 morts par semaine dans le monde. Or en une semaine, on compte seulement 8 morts confirmés et 176 morts « probables » de la grippe A(H1N1) dans le monde.

Quelque soit le mot de calcul retenu, cas confirmés ou cas « possibles » et morts confirmés ou morts « probables », on constate que
1) le nombre de cas et de morts attribué à la grippe A(H1N1) reste faible comparé à celui constaté chaque année pour la grippe saisonnière ;
2) les chiffres n’explosent pas comme le prétendent les médias dominants. Le nombre des morts « probables » a été revu à la baisse et celui des morts confirmés est resté constant.

La phase 5 d’alerte décrétée par l’OMS n’est pas significative d’une aggravation du risque sanitaire comme beaucoup de gens le croit, mais il constitue une demande d’engagement des gouvernements pour lutter contre un risque de pandémie.

Les phases 1 à 3 concernent la préparation, notamment aux activités de développement des moyens d’action et de planification des interventions, tandis que les phases 4 à 6 indiquent clairement la nécessité d’engager des efforts de riposte contre la pandémie et d’atténuation de ses effets.

Phase 5 : elle se caractérisée par une propagation interhumaine du virus dans au moins deux pays d’une Région de l’OMS. Si la plupart des pays ne sont pas touchés à ce stade, la déclaration de la phase 5 est un signal fort indiquant qu’une pandémie est imminente et qu’il reste peu de temps pour finaliser l’organisation, la diffusion et la mise en oeuvre des mesures d’atténuation prévues.

Phase OMS d’alerte à la pandémie actuellement en vigueur, OMS

Chaque gouvernement réagit à sa manière. Le gouvernement mexicain révise à la baisse le nombre de morts confirmés et « probables » après avoir publié un décret réquisitionnant des locaux [comme par hasard cela s’applique aux locaux syndicaux, aux associations citoyennes, etc.], interdisant toutes manifestations et mettant la population sous contrôle de l’armée. Le gouvernement français se veut rassurant, mais ne convainc pas. Que signifie, par exemple, détenir des stocks de Tamiflu alors qu’il n’est pas prouvé que ce médicament soit efficace contre le virus A(H1N1) [2] ?

Le double-jeu alarmiste et rassurant est classique pour soumettre les populations en les maintenant dans un état infantile [3]. Parlons d’autre chose… avec mes amis mexicains.

Serge LEFORT
Desde México
30/04/2009
Lire la suite… ¡Ya basta! du A(H1N1)

Lire aussi :
• PADILLA VILLARREAL Beatriz [Université Autonome de Coahuila, Mexique], L’agenda médiatique et la construction sociale de l’incertitude, Magazine de la Communication de Crise n°13, Avril 2007 [Télécharger 10 pages].
• Articles Grippe A/H1N1, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Pour aller plus loin :
• Grippe saisonnière & Grippe pandémique H1N1, Institut de Veille Sanitaire
• Grippe saisonnière, Organisation Mondiale de la Santé
• Grippe pandémique H1N1 2009, Organisation Mondiale de la Santé
• Phase OMS d’alerte à la pandémie actuellement en vigueur, OMS
• Grippe, Wikipédia
• Grippe pandémique H1N1 2009, Wikipédia
Commentaires : ATTENTION aux sources journalistiques du nombre de « cas confirmés en laboratoire » qui ne sont pas toujours fiables.


[1] Le terme exacte est grippe à virus type A, sous-type H1N1 soit grippe A(H1N1) selon la norme OMS au 30 avril 2009.
Les médias nous racontent que la grippe A(H1N1) serait d’origine mexicaine (quelles preuves ont-ils ?) alors qu’on a dénombré à ce jour 91 cas, confirmés en laboratoire, aux États-Unis contre 26 cas au Mexique.
Source : Grippe porcine – bulletin n°5, OMS.
[2] Sur l’efficacité du Tamiflu voir : C dans l’air – France 5.
Sur les risques du Tamiflu lire : Prescrire.
[3] Note du 01/05/2009 Lire : REY Jean-François, Double bind et discours politique, Mots, Année 1995, Volume 43, Numéro 43, pp. 113-117, Persée.