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Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

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Let’s Get Rid of growth! – Larguons la croissance !


Bibliographie économie


MAJ le 04/10/2017

 

Ce livre pourrait s’appeler : Larguons la croissance ! Débarrassons-nous de la mondialisation mue par le capital

Nous sommes dans une impasse: la croissance est devenue insoutenable, elle ne crée plus d’emplois comme par le passé, elle concentre la richesse entre les mains d’une infime oligarchie et elle détruit notre planète. La mondialisation telle que mue par le capital est bien sûr derrière ce désastre total qui mettra fin à notre monde si nous ne réagissons pas à temps.

Mais pour ce faire il nous faut un projet : une alternative au cours mortel emprunté par notre monde. Nous devons inverser nos priorités et ne plus attendre de la croissance la solution à tous nos problèmes. Nous devons plutôt donner la priorité à nos besoins essentiels, à la restauration de notre environnement, à la convivialité de nos sociétés et à l’autonomie de nos économies.

Pour ce faire il nous faut donner naissance à un nouveau monde, ce qui exige que nous combattions l’idéologie dominante, que nous réinventions la démocratie, que nous gouvernions sagement et que nous bâtissions des sociétés justes.

Les intellectuels et les activistes ont une responsabilité toute particulière à cet égard et ce livre leur est particulièrement dédié. Tel est le projet d’ensemble proposé par Ariel Français, un plan d’action pour changer notre monde, pour le rendre plus plus équitable, plus convivial et plus durable.

Ariel FRANÇAIS, Let’s Get Rid of growth!: Moving Away from Capital-Led Globalization, Amazon, 2017.

Je n’ai pas lu ce livre, mais le résumé de l’auteur me rappelle les propositions du Club de Rome créé en 1968 !

On ne parlait pas de mondialisation à l’époque, mais qu’importe. Les mots changent plus rapidement que la réalité. Lénine a écrit en 1916 L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, diagnostic qui reste d’actualité même si le terme impérialisme n’est plus guère usité aujourd’hui.

De mon point de vue, le changement le plus important fut le triomphe du néo-libéralisme dans tous les pays quel soit le régime politique en place : Angleterre sous Margaret Tatcher, États-Unis sous Ronald Reagan, France sous François Mitterrand ou Chine sous DENG Xiaoping. Or, ce changement a produit, ruse de l’histoire, un déplacement du leadership des États-Unis en faveur de la Chine. L’élection de Donald Trump, après les déplorables années Obama, reflète le lent mais inexorable déclin de la puissance américaine.

31/01/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Ariel FRANÇAIS, Biographie L’Harmattan – Bibliographie, AmazonBlogSite NOUVEAU.
Dossier documentaire Tournant de la rigueur (Néo-libéralisme en France), Monde en Question.
Veille informationnelle Économie, Monde en Question.
L’envers du cirque des élections américaines, Monde en Question.
Élections américaines – Revue de presse, Monde en Question.

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Vérités et mensonges sur la SNCF


Qualité empêchée, souffrance au travail, perte de sens pour les salariés…

Retards, annulations de trains, accidents pour les usagers…

Tous les travers de la privatisation du rail anglais, que le réalisateur britannique Ken Loach dénonçait en 2001 dans son film « The Navigators », deviennent une réalité quotidienne en France.

Il y a un an, la réforme ferroviaire votée à l’Assemblée Nationale (4 août 2014) avait été l’occasion d’une vaste campagne de manipulation de l’opinion publique orchestrée par le gouvernement de Manuel Valls, la direction de la SNCF et les médias réunis main dans la main.

Face à ce qu’on peut bien appeler une opération de propagande, les milliers de grévistes et les syndicats opposés à cette réforme ont eu bien du mal à exposer et à faire connaître leurs arguments.

Mais force est de constater que l’emploi du mot propagande ne va pas de soi pour un grand nombre de citoyens, voire de cheminots soumis régulièrement à une communication dont les moyens sont considérables. La petite musique libérale et dérégulatrice conditionne à force d’être martelée.

C’est dans ce contexte que le cabinet Emergences et le comité d’établissement régional SNCF Nord-pas-de-Calais m’ont proposé de réaliser un film qui renverse ces logiques de communication. Car les représentants syndicaux et les salariés savent de quoi ils parlent, mais ont du mal à exposer une autre parole dans un espace public cadenassé.

De cette rencontre est né le documentaire Vérités et mensonges à la SNCF qui redonne justement la parole à ceux qui se battent pour le maintien d’un réel service public ferroviaire.

Gilles Balbastre, Reporterre

Lire aussi :
• Rapport « Conditions de travail et sécurité ferroviaire », Emergences, juillet 2015, 69 pages.
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

Karl Marx, le retour


 

Moins de cinq cents personnes contrôlent deux mille milliards de dollars en actifs commerciaux. Ces gens sont-ils plus nobles ? Travaillent-ils plus durement ? N’ai-je pas dit, voilà cent cinquante ans, que le capitalisme allait augmenter la richesse dans des proportions énormes mais que cette richesse serait concentrée dans des mains de moins en moins nombreuses ? « Gigantesque fusion de la Chemical Bank et de la Chase Manhattan Bank. Douze mille travailleurs vont perdre leur emploi… Actions en hausse. » Et ils disent que mes idées sont mortes !…

« Je voulais montrer un Marx furieux, truculent et bien vivant ; le sauver non seulement des pseudo-communistes mais aussi des essayistes et des politiciens qui s’extasient devant le triomphe du capitalisme. »

Howard ZINN, Karl Marx, le retour – Pièce historique en un acte, Agone, 2015.

Lire aussi :
• Hommage à Howard ZINN, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie politique, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.
Dossier documentaire Marxisme, Monde en Question.

Le mouvement ouvrier français vu par MARX et ENGELS


 

1. FORMATION DU MOUVEMENT OUVRIER EN FRANCE

Progrès de la réforme sociale sur le continent [38]
Le mouvement ouvrier français dans la révolution de 1789. La lutte entre Montagnards et Girondins [53]
De la Commune parisienne de 1792 à Thermidor [61]
Les révolutions des années 1830 comme prélude à 1848 [66]
Le jugement des charpentiers parisiens [68]
Communisme utopique et communisme grossier dans la vision du socialisme scientifique moderne [69]
Critique du mouvement fouriériste [73]

2. MARX-ENGELS ET LE PARTI SOCIALISTE DÉMOCRATE PETIT-BOURGEOIS

La position de la bourgeoisie française [78]
Les mouvements sur le continent [80]
L’agitation prérévolutionnaire de la petite bourgeoisie et du prolétariat [82]
Le discours de Louis Blanc au banquet de Dijon [88]
Le manifeste de Monsieur de Lamartine [91]
Le mouvement de réforme en France [95]
La Réforme et Le National [99]
Luttes de partis [102]

3. LA RÉVOLUTION PERMANENTE

La révolution à Paris [114]
Aux citoyens membres du gouvernement provisoire de la République française [119]
Réaction en Allemagne à la révolution de février 1848 [121]
Les révolutions de 1648, 1789 et mars 1848 [122]
La Réforme et l’insurrection de juin [125]
La Réforme de Paris sur la situation française [128]
La médiation anglo-française en Italie [131]
La situation à Paris [133]
Offensive de la contre-révolution et victoire de la révolution [136]
Le 13 juin [138]
La constitution de la République française [143]
Les véritables causes de l’inactivité relative des prolétaires français en décembre dernier [146]
Critique de la social-démocratie et du proudhonisme [159]
Explication économique du proudhonisme réactionnaire [163]
Le parti révolutionnaire blanquiste [165]
Révolution et conspiration [167]
Société universelle des communistes révolutionnaires [177]
Présentation et traduction du Manifeste de Blanqui [179]
Lettre au directeur du Times [182]
Passage de la stratégie de la révolution permanente à la stratégie frontale [184]

Karl MARX et Friedrich ENGELS, Le mouvement ouvrier français Tome I, Traduction et notes de Roger Dangeville hélas [Texte en ligne].

1. L’INTERNATIONALE ET LES SECTIONS FRANÇAISES

Le conflit au sein de la section parisienne [24
Résolutions du Conseil central sur le conflit de la section parisienne [26]
Instruction privée à Schily [28]
Au rédacteur de l’Écho de Verviers [29]
Marx et l’Internationale [39]
Déclaration du Conseil général de l’A.I.T. à propos de l’arrestation de membres des sections françaises [41]
Résolution du Conseil général concernant les statuts de la Section française de 1871 [43]
Résolutions du Conseil général sur la Section française de 1871 adoptées dans sa séance du 7 novembre 1871 [46]
Rôle de Marx-Engels dans la Commune [51]
Note à la page 29 de l’Histoire de la Commune [53]
La formation de la Commune et le Comité central [57]
La Commune : les proudhoniens et les blanquistes [61]
La Commune et le raffermissement de la conscience politique [63]
Le programme des réfugiés blanquistes de la Commune [72]

2. FORMATION DU PARTI OUVRIER FRANÇAIS

Considérants du programme du Parti ouvrier français [82]
Influence de Marx sur le Parti ouvrier français [83]
Création du Parti ouvrier français [84]
Cassure dans le Parti ouvrier français [91]
Parti ouvrier français et syndicats [92]
Masses et dirigeants [94]
La polémique dans le mouvement socialiste des années 1880 [96]
La scission de Saint-Etienne au sein du Parti ouvrier français [111]
Déplacement du centre de gravité du mouvement ouvrier [132]

Karl MARX et Friedrich ENGELS, Le mouvement ouvrier français Tome II, Traduction et notes de Roger Dangeville hélas [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.
Dossier documentaire Marxisme, Monde en Question.

La crise vue par MARX et ENGELS


 

Pour Marx, la crise a deux faces. L’hégémonique Angleterre ne connaît chez elle que les crises économiques, et elle exporte leurs prolongements politiques, militaires ou révolutionnaires dans les autres pays.

Après 1870, devant la concurrence redoutable de nouveaux capitalistes, les docteurs ès économie interviennent pour débloquer la vieille machine productive, en lui injectant les drogues du crédit, de l’inflation, de l’impérialisme colonialiste et de la course à l’armement que centralise l’État-providence. C’est le cycle prolongé de prospérité du capitalisme « idyllique », mais c’est aussi la folle surproduction et 1914, avec ses guerres et ses révolutions.

Karl MARX et Friedrich ENGELS, La crise, Traduction et notes de Roger Dangeville hélas [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Marxisme, Monde en Question.

Modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro


 

Les gouvernements et les médias dominants européens voudraient nous faire croire que le gouvernement grec serait une bande de gauchistes prêts à détruire l’Europe.

La lecture de ce petit livre, co-écrit par le Ministre des Finances grec (démissionnaire après la victoire du non au référendum), montre qu’il est plutôt un réformiste souhaitant tout au plus améliorer le système et non le remettre en cause.

Confrontée à une crise économique et sociale majeure qui nourrit la montée des nationalismes, la zone euro n’a plus droit à l’erreur. Il faut agir et vite ! Comment ? D’abord en partant du bon diagnostic. Non, le problème majeur n’est pas la dette. Celle-ci n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’architecture défaillante de la zone euro. Face à l’urgence, il faut se montrer réaliste et pragmatique : on ne va pas changer les traités et rouvrir des débats source de division. Tout l’intérêt de ce petit ouvrage est de formuler une proposition immédiatement applicable pour sortir de la crise, s’inscrivant dans le cadre institutionnel actuel et propre à remettre la zone euro sur la voie de la prospérité.

James K. GALBRAITH, VAROUFAKIS Yanis, Stuart HOLLAND, Modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro, Les petits matins, 2014 [Texte en ligne].

Le plus tragique est que les groupes se réclamant de l’extrême gauche ont accrédité l’opinion que le gouvernement de Alexis Tsipras serait « de gauche ».
Le plus comique est que la douche froide de leurs désillusions d’aujourd’hui entretient la flamme de leurs illusions d’hier. Ainsi, au lieu de réviser leur axiome, ils accusent le gouvernement grec d’avoir trahi… leurs illusions.

10/07/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• La presse de l’illusion : ContretempsLe Grand SoirModialisationWSWS.
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Veille informationnelle Europe – Russie, Monde en Question.

La fin d’une époque


 

Alors que la crise des années 1930 allait provoquer une croissance des courants du mouvement ouvrier dans toute leur variété (réformistes, staliniens, révolutionnaires, anarchistes), l’inverse se produit aujourd’hui : la crise ouverte en 2008 entraîne dans une spirale dépressive tous les courants de la gauche et du mouvement ouvrier.

[…]

L’étonnante durée et la profondeur de la contre-réforme néolibérale [des années 1980] s’expliquent, d’une part par l’ampleur des restructurations de l’économie mondiale, et d’autre part par les défaites subies par le mouvement ouvrier, la conversion des secteurs dominants de la gauche traditionnelle au néolibéralisme, et la restauration capitaliste à l’est de l’Europe et en Chine. La conjonction de ces événements provoque des processus inédits et sans précédent, de rupture entre la gauche – celle issue des organisations réformistes social-démocrates et staliniennes qui ont principalement structuré l’organisation du prolétariat au XXe siècle – et les classes populaires.

[…]

Les compromis sociaux des Trente Glorieuses sont progressivement liquidés. Les destructions opérées au cours du siècle ont obscurci l’organisation et la conscience du mouvement ouvrier. Pour des millions d’êtres humains, stalinisme et communisme se confondent. La préservation de certaines positions politiques et institutionnelles par les appareils syndicaux ou ceux de la gauche a conduit à l’adaptation et à l’intégration néolibérale. En Europe, ces changements sociopolitiques sont accentués par les orientations de l’Union européenne qui exigent l’application d’une austérité brutale.

La crise ouverte en 2008 a accéléré ce processus. Le basculement des centres de gravité de l’économie mondiale vers la Chine et les nouvelles puissances asiatiques, la pression toujours forte de l’impérialisme nord-américain, même si celui-ci connaît une crise de son hégémonie, conduisent les classes dominantes en Europe à redoubler d’efforts pour liquider le »modèle social européen » – ou de ce qu’il en reste – en confiant à la gauche traditionnelle une responsabilité directe dans ce remodelage.

Lire la suite… Contretemps

Si l’analyse de l’effondrement mondial d’une opposition de gauche au néo-libéralisme est intéressante, les « pistes pour l’alternative » révèlent l’absence de perspective. Le titre de l’article renvoie aussi bien au recueil de nouvelles d’Evelyn Waugh (Work Suspended and other stories (La fin d’une époque), 1939), au livre de Franz-Olivier Giesbert (La fin d’une époque, 1994) qu’aux pseudo-analyses d’Eric Zemmour (La fin d’une époque selon Zemmour, 2015).

04/02/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.

Les années 30 sont de retour


Comment tout cela va-t-il finir ? Les haines et les peurs de notre temps ont un parfum de redite, celui des années 30, cette décennie tragique qui mena le monde à l’abîme. Economique, sociale, identitaire ou politique, les crises s’additionnent depuis le krach de 2008, comme au temps de la Grande Dépression de 1929.

Mais qu’en est-il au fond ? Le reniement « social-libéral » de François Hollande vaut-il vraiment la « pause » de Léon Blum ? Poutine phagocytant l’Ukraine rejoue-t-il Hitler avalant les sudètes ? L’antisémitisme de la génération Soral-Dieudonné illustre-t-il la résurgence des haines d’un Céline ? Le danger Le Pen fait-il écho au péril nationaliste d’hier ? Telles sont quelques-unes des questions de cet ouvrage, fruit de la rencontre entre deux historiens et deux journalistes, qui se livrent à un incessant aller-retour entre passé et présent. L’Histoire n’est pas un éternel recommencement, mais ces années 30, si proches et si lointaines, si terribles et pourtant fondatrices, éclairent bien étrangement les crises du temps présent…

Renaud DÉLY, Pascal BLANCHARD, Claude ASKOLOVITCH, Yvan GASTAUT, Les années 30 sont de retour – Petite leçon d’histoire pour comprendre les crises du présent, Flammarion, 2014 [extraits].

Hegel fait remarquer quelque part que, dans l’histoire universelle, les grands faits et les grands personnages se produisent, pour ainsi dire, deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce.

Karl MARX, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte [1853], La Table Ronde, 2001 p. 172.

Écouter aussi :
• Des années 30 à aujourd’hui, l’histoire bégaie-t-elle ?, France Inter.
• Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, Télé Sud-Est.

Lire aussi :
• Philippe CORCUFF, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, Textuel, 2014 [extraitsRevue du Mauss].
• La crise dans les années 30 et aujourd’hui, Que Faire ?, 2009.
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.

L’austérité est une erreur mathématique !


C’est une information extraordinaire, dont les conséquences sont immenses, mais qui fait beaucoup moins parler que les dérives pathétiques d’un acteur célèbre. Un rapport de quarante quatre pages signé par un économiste en chef du FMI, un français, Olivier Blanchard. Il dit tout simplement que les plus hautes instances économiques mondiales et européennes se sont plantées en imposant, au nom de la science, l’austérité à toute l’Europe.

Ce que dit Olivier Blanchard, c’est que le modèle mathématique sur lequel s’appuyaient ces politiques visant au désendettement radical, et au retour sacré à l’équilibre budgétaire, comportaient une erreur au niveau, je cite, du multiplicateur fiscal. Pour simplifier beaucoup, ce modèle mathématique, donc incontestable, prévoyait que lorsqu’on retire un euro dans un budget il manquerait un euro dans le pays concerné. Or c’est faux. Pour des raisons qui tiennent à une réalité parfaitement triviale, et qui est que les hommes sont humains, cette austérité a déclenché des réactions collectives qui ont abouti à ce que cet euro retiré a provoqué la perte de trois euros dans les sociétés concernées.

Multipliez par des milliards, et vous comprendrez pourquoi l’austérité imposée à coup de sabre par des troïkas savantes n’a conduit qu’à plus d’austérité, plus de chômage, et plus de récession.

L’équation était fausse, ce qui est remarquable en soi, surtout quand on songe au Mississipi, que dis-je, à l’Amazone de leçons d’austérité péremptoire, délivrées chaque minute, sur toutes les antennes, et dans tous les journaux, par des commentateurs sûrs d’eux et dominateurs.

Mais le plus incroyable est ailleurs.

C’est qu’il ait fallu s’apercevoir que quelque chose clochait dans une équation pour découvrir que quelque chose n’allait pas dans la vraie vie. Un peu comme si on assistait à des accidents de la route en chaîne et qu’on ne donnait pas l’alerte tant qu’un modèle mathématique ne disait pas que c’était des accidents.

On ne peut pas aller plus loin dans le triomphe de la technocratie. Il a fallu qu’un expert constate un problème avec un coefficient multiplicateur pour que ce qui saute aux yeux soit perçu par nos cerveaux. L’Europe est à la traîne, son chômage bat des records, sa croissance est en berne, la pauvreté s’installe, bref la voiture est dans le fossé, mais peu importe, on ne change pas de politique puisque c’est la seule et qu’en vouloir une autre serait une demande ignare.

Les ignares vous saluent bien, mais les dévots de l’austérité n’ont pas rendu les armes. L’histoire de l’équation commence à cheminer, on en a parlé dans le journal de France 2 hier soir, l’Humanité l’a évoquée, le Washington Post aussi, mais elle ne fait pas encore la une. C’est qu’on ne renonce pas d’un jour à l’autre à une idéologie. Même vermoulus les murs de Berlin ne s’affaissent pas d’un jour à l’autre.

09/01/2013, Hubert Huertas, Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique !, France CultureTélécharger mp3.
07/01/2013, Olivier Blanchard, Le FMI le confirme : l’austérité était une erreur de calcul, L’HumanitéRapport du FMI en anglais.

Lire aussi :
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.

Victor Klemperer – Repenser le langage totalitaire


L’écrivain et philologue Victor Klemperer (1881-1960) a le premier recensé au quotidien dans son journal les manipulations opérées sur la langue allemande par le régime nazi : abondance d’abréviations donnant le sentiment d’appartenir à un groupe d’initiés, profusion de termes techniques mécanisant l’homme, tendance à décrire la société en termes organiques.

Alors que certains régimes continuent à tordre le langage pour les besoins de leur idéologie, il devenait urgent de redécouvrir l’oeuvre de Klemperer. C’est à cette entreprise que s’est consacré le colloque de Cerisy.

Linguistes, sociologues, psychanalystes, anthropologues, confrontent ici l’oeuvre de Klemperer à d’autres pensées politiques et explorent, de l’Italie de Mussolini aux dictatures d’Amérique du Sud en passant par les régimes de la Corée du Nord, les caractéristiques de cette langue qui appelle au meurtre et à l’anéantissement de toute altérité. C’est un langage mort, figé, altéré dans sa capacité de signifier, de dire le différent que découvrent ces enquêtes sur divers types de régimes de coercition et de terreur, ainsi que sur les manifestations discursives de leur violence inouïe. Une relecture de l’histoire des régimes totalitaires dans le sillage de l’auteur de LTI – La langue du IIIe Reich.

Laurence AUBRY et Béatrice TURPIN (sous la direction de), Victor Klemperer – Repenser le langage totalitaire, CNRS, 2012.

Je n’ai pas encore lu ce livre, mais l’analyse du sommaire montre qu’il est beaucoup plus riche que la présentation politiquement correct (langage totalitaire du néolibéralisme) de François Noudelmann qui réduit l’ouvrage à « La langue du jihad ». Jacques Munier fait une présentation plus complète de l’ouvrage.

J’incite le lecteur à lire d’abord l’ouvrage de Victor Klemperer (Victor KLEMPERER, LTI – La langue du IIIe Reich, Pocket, 2003) et ensuite à « compléter cette édifiante lecture » parmi les ouvrages de la bibliographie ci-jointe.

11/12/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Sélection bibliographie :
• Edward BERNAYS, Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie, La Découverte, 2007 [Texte en ligne Zones].
• Alain BIHR, La novlangue néolibérale – La rhétorique du fétichisme capitaliste, Pages deux, 2007 [Introduction Télécharger pdf].
• Pierre BOURDIEU et Luc BOLTANSKI, La production de l’idéologie dominante, Démopolis, 1976 réédition 2008.
• Éric HAZAN, LQR la propagande du quotidien, Raisons d’Agir, 2006.

Lire aussi :
• Alain BIHR, InterrogationsWikipédia.
• Alain BIHR, L’idéologie néolibérale, Semen.
• Articles Alain BIHR in Économie politique, À L’encontre.
• Victor KLEMPERER, Wikipédia.
• Béatrice TURPIN, Le langage totalitaire au prisme de l’analyse de discours, Université Franche-Comté [Télécharger pdf].
Dans son étude sur Bakhtine, Jean Peytard se demande comment le discours de l’idéologie peut être intériorisé par le sujet. Le philologue allemand Victor Klemperer a lui-même tenté de répondre à cette question en analysant les discours nazis de 1933 jusqu’à la chute de régime hitlérien. Il recense les principaux processus observés et montre comment le discours totalitaire en vient à transformer la langue et la manière de penser à partir d’une rhétorique du consentement qui tire sa force de son « effroyable homogénéité » et de son caractère plurisémiotique. A cet égard, les observations et la démarche de Victor Klemperer rejoignent les réflexions de Jean Peytard sur le sens, l’idéologie et l’univers sémio-discursif.
• Olivier STARQUIT, La novlangue néolibérale, Baricade [Télécharger pdf].
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.