Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: Sinophobie

Nouvelles figures du racisme


 

L’irruption de la « question de l’islam »» au cœur des angoisses collectives indique que, 70 ans après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’est toujours pas quitte de ses vieux démons.
Manifestement, dans ses diverses déclinaisons, le racisme connaît une nouvelle jeunesse.

Le racisme « biologique » n’ayant plus la cote, l’extrême droite a fait évoluer sa rhétorique, en passant de la « race » à la « culture », de la « culture » à la religion. Ce sont pourtant largement les mêmes personnes qui sont visées. Il faut juste décoder.
Ce racisme est partagée, en France, de l’extrême droite à l’extrême gauche.

Politique nº88, janvier-février 2015

Lire aussi :
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.

Ésope ou la langue des blogs


Αἴσωπος a-t-il seulement existé ? On lui attribue néanmoins la paternité de la fable comme genre littéraire dont l’œuvre fut pillée par Jean de La Fontaine. On lui attribue aussi cette fameuse anecdote :

Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur, et rien autre chose. « Je t’apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t’en remettre à la discrétion d’un esclave. » Il n’acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l’entrée, le second, l’entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d’abord le choix de ces mets ; à la fin ils s’en dégoûtèrent. « Ne t’ai-je pas commandé, dit Xantus, d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur ? – Et qu’y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l’organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit ; on persuade ; on règne dans les assemblées ; on s’acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. – Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l’attraper), achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier. » Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : « C’est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l’on dit qu’elle est l’organe de la vérité, c’est aussi celui de l’erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d’un côté elle loue les Dieux, de l’autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance. » Quelqu’un de la compagnie dit à Xantus que véritablement ce valet lui était fort nécessaire, car il savait le mieux du monde exercer la patience d’un philosophe. « De quoi vous mettez-vous en peine ? reprit Ésope. – Et trouve-moi, dit Xantus, un homme qui ne se mette en peine de rien. »
Insecula

Si les médias dominants sont sous l’emprise de l’industrie de l’armement, les blogs charrient le meilleur comme le pire. Si l’ensemble est plutôt gris, le meilleur se faire rare et le pire abonde. Deux exemples récents du pire.

Les pseudo-révolutions au Maghreb et au Moyen Orient ont suscité des commentaires très éloignés des faits tels qu’on peut les appréhender à travers le miroir déformant des médias dominants. Certains voient un nouveau foyer de la révolution mondiale (version eschatologique de l’histoire) et d’autres un complot de la CIA (version policière de l’histoire).

Pendant ce temps la Chine fait toujours fantasmer. Badia Benjelloun, qui écrit habituellement sur la Palestine, a publié L’Empire du Milieu retrouve son centre sur L’Islam en France le 06/03/2011 et sur Dedefensa le 07/03/2011 [1]. La pauvre ignore que zhōng guó se traduit par « pays du milieu » et que la Chine est une République depuis 1912 !

08/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Un historien présente Badia Benjelloun comme jeune candidate du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) aux élections régionales en PACA de 2010 alors qu’elle fut candidate sur la liste EuroPalestine pour les régionales de 2004. Il s’agit certainement d’une confusion avec l’article que Badia Benjelloun a écrit sur Ilham Moussaïd et publié par Bellaciao le 11/03/2010. Dedefensa n’a pas publié ces précisions [pdf 1pdf 2].

Revue des podcasts Chine


Grâce à tous ces petits ouvriers, Là-bas si j’y suis

Aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre de patrons français qui se sont installés en Chine : bonheur et prospérité à la clé.
« Françaises, Français, encore un effort pour être chinois ! ». Voilà peut-être ce que veulent nous dire ces patrons français…

La Chine vue du bord, Sur les docks – Hong-Kong : 1/4, 2/4, 3/4 – Belleville : 4/4

Le dernier épisode, titré « Belleville : chronique d’une colère jaune ! », a des relents de « péril jaune ».
Lire : LEFORT Serge, Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Monde en Question.

Lire aussi :
• L’actualité des podcasts
DKPOD
Tous les podcasts
RSS One
• Chine, France Culture.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.

L’im-Monde racisme anti-chinois



La lutte des classes révélée à l’Insee, BakchichFakir

Selon les médias dominants la lutte des classes aurait disparu… dans les pays civilisés. Le Monde redécouvre les bienfaits de ce concept marxiste… en Asie pour le détourner en racisme anti-chinois. Pour l’éditorialiste anonyme, les chinois sont ces salopards qui minent l’économie occidentale et sont en train de reprendre la place qu’ils occupaient dans le monde avant que les puissances coloniales aient tenté de les ramener à l’âge de pierre grâce au trafic de la drogue [1].

En matière sociale aussi, c’est en Asie que le monde se transforme à toute allure. Les pays asiatiques connaissent aujourd’hui des conflits sociaux de grande ampleur, alors qu’en Occident les salariés restent – pour l’instant – tétanisés par la crise, le chômage, la pression sur les salaires et les plans de rigueur budgétaire.

Au Bangladesh, la colère des ouvriers du textile ne retombe pas, malgré une hausse de 80% du salaire mensuel minimum, passé de… 19 à 32 euros. Usines saccagées, manifestations violemment réprimées par un gouvernement qui, depuis vingt ans, a voulu faire de son pays un « eldorado » de l’habillement pour les fabricants étrangers.

Au printemps, en Chine, les salariés de Foxconn et de Honda avaient obtenu, à la suite de grèves très dures, des hausses de salaires de 30% à 60%.

Ces mouvements sociaux marquent la fin d’une grande illusion, largement répandue chez les économistes et les chefs d’entreprise occidentaux. A leurs yeux, l’Asie constituait un réservoir de main-d’oeuvre docile, quasi inépuisable et exploitable à l’infini. Il n’y avait donc guère à redouter de pressions salariales : le coût du travail était censé y rester dérisoire pendant des décennies.

C’était oublier un peu trop vite Marx, et la capacité de la classe ouvrière à se révolter contre « le capitaliste qui essaie continuellement d’abaisser les salaires à leur minimum physiologique ».

C’était surtout oublier qu’avec la forte croissance et la diffusion rapide de la richesse dans ces pays, leurs populations veulent goûter à cette prospérité matérielle qui les entoure au quotidien et les nargue. A cet égard, les conflits sociaux en Chine ou au Bangladesh sur les salaires expriment moins une révolte contre le système qu’une volonté d’en profiter enfin. Ils témoignent du désir des populations de bénéficier d’un bien-être dont elles ont été longtemps privées et qui est désormais à leur portée ; le désir, par exemple, pour les salariés de Foxconn, de posséder l’iPhone qu’ils fabriquent.

Ces conflits sociaux et les fortes augmentations des rémunérations qui en résultent en Asie sont une excellente nouvelle. Pas seulement d’un point de vue moral, avec la possibilité de sortir de l’extrême pauvreté et de la misère, ce qui a été le cas de plusieurs centaines de millions de Chinois depuis vingt ans. La mondialisation ne peut être durable que si elle est équitable, c’est-à-dire si elle favorise la convergence des niveaux de vie entre les différentes régions de la planète.

De façon beaucoup plus égoïste, la hausse des salaires en Asie est une aubaine pour les économies occidentales. Certes, les consommateurs devront payer un peu plus cher leurs vêtements. Mais les délocalisations dans les pays asiatiques vont devenir de moins en moins attractives au fur et à mesure que le coût du travail y progressera. En outre, tous ces salariés mieux payés constitueront peu à peu de nouveaux clients à qui vendre des sacs à main et des automobiles, ou de nouveaux touristes à accueillir. En se battant pour leurs salaires, les ouvriers chinois ou bangladais défendent aussi nos emplois.

Editorial du 10/08/2010

11/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Sélection bibliographique :
• MADDISON Angus, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [BooksGooglePerspectives chinoisesTélécharger].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
• TIBON-CORNILLOT Michel, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa.
• TIBON-CORNILLOT Michel, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.

La Chine imaginaire


Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000 [BooksGoogle].

Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident. C’est l’histoire de la Chine comme l’ont comprise et imaginée les Occidentaux que retrace ici le grand sinologue américain Jonathan D. Spence. Pour rendre compte de cette fascination, il fait appel aux récits des voyageurs, aux systèmes des philosophes, aux rapports des diplomates, aux témoignages des missionnaires et, surtout, aux œuvres des grands écrivains qui, de Mendes Pinto à Italo Calvino, en passant par Voltaire, Segalen et Brecht, ont voulu communiquer leur vision de la Chine. Grossiers ou subtils, généreux ou empreints de préjugés, sobres ou avides d’exotisme, ces documents nous en apprennent finalement autant sur l’Occident que sur la Chine.

Lire aussi :
• Jonathan D. SPENCE, American Historical Association.
• La Chine imaginaire chez l’écrivain français d’origine chinoise et chez le lecteur français : analyse des raisons pour lesquelles les Français sont passionnés pour les œuvres de Shan Sa, Mémoire de Master, IETT.
• Image des Chinois pour les Français de 1871 à 1914, Mémoire de Master, IETT.
• VILLARD Florent, La Chine postmoderne créée par le tourisme, in MICHEL Franck, FURT Jean-Marie sous la direction de), Tourismes et identités, L’harmattan, 2006 [CNRS].
Dossier documentaire & Bibliographie Chine Tibet Xinjiang, Monde en Question.

中國 zhōng guó Pays du milieu


Que savons nous de la Chine ? Rien, pratiquement rien. Le volume d’informations quotidiennes est inversement proportionnel à l’importance de ce pays. Yahoo! Actualité est un bon indicateur. En temps ordinaire, ce site publie moins de 5 dépêches par jour, qui sont reprises en boucle par tous les médias dominants. Mais dès que le dalaï-lama s’exprime, les médias dominants se prosternent aux pieds de sa Sainteté, la 14e réincarnation d’une divinité tibétaine, pour recueillir sa parole en copiant-collant les dépêches d’agences [1].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la Chine ne fut pas et n’est pas un objet de connaissance, mais de convoitise des puissances occidentales. Christophe Colomb mourut sans savoir qu’il avait découvert l’Amérique car il croyait avoir trouvé le chemin le plus court pour conquérir Cathay, nom donné à la Chine par Marco Polo [2].
La colonisation de la Chine fut donc retardée et finalement réalisée par d’autres puissances occidentales, principalement l’Angleterre et la France entre 1839 et 1949, avec une brutalité non moins raffinée que celles des Conquistadores espagnols. Les chercheurs anglo-saxons, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle [3]. Il ne faut jamais oublier cette barbarie quand les mêmes puissances occidentales prétendent donner des leçons de démocratie à la Chine.

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que, pour commencer, nous lui attribuons un nom qui n’est pas le sien. 中國 en chinois, transcrit zhōng guó en pinyin, se traduit par « pays du milieu » et non par « empire du milieu » comme on le fait couramment, y compris dans Wikipédia qui comporte beaucoup d’autres erreurs dont l’usage du terme « sinogramme » au lieu de « caractère chinois » [4].
L’usage de l’expression volontairement fautive « empire du milieu », qui induit l’idée de domination voire d’assujettissement, était le lieu commun des colonisateurs et est resté le lieu commun de la propagande des médias dominants.
Pays s’écrit 國 en graphie classique et 国 en graphie simplifiée. 國 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos), 口 kǒu (bouche), 一 yī (le chiffre un) et 戈 gē (lance / hallebarde). 国 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos) et 玉 yù (jade). Ainsi, le mot pays évoque, en graphie classique, un espace délimité par une frontière, protégé par une force militaire et administré efficacement et, en graphie simplifiée, un espace délimité par une frontière et précieux comme le jade [5].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la majorité des sinologues français, plus encore les prétendus tels, ont conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la philosophie occidentale. C’est le cas des contributions de La pensée en Chine aujourd’hui [6] et notamment celle de Joël Thoraval qui annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que les médias dominants simplifient à l’extrême comme toujours et surtout parce qu’ils sont unanimes à relayer les idéologies les plus réactionnaires. Conformément à un processus classique d’évolution, les petits maîtres à penser, hier pro-chinois parce que disciples béats du grand timonier, sont aujourd’hui anti-chinois parce que prosélytes zélés du consensus néo-libéral droite-gauche [7]. La réalité chinoise est beaucoup plus complexe, mais qui s’en soucie ?

20/02/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Dictionnaire chinois français – français chinois en caractères simplifiés, Chine nouvelle.
• L’étude des caractères classiques permet de comprendre les subtilités de la langue et donc de la pensée chinoise. Ces deux livres, de lecture facile, constituent une excellente introduction :

– FAZZIOLI Edoardo, Caractères chinois – Du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, Flammarion, 1987 et 1993.
– JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 [DjohiZénith FM].
Dossier documentaire & Bibliographie Chine Tibet Xinjiang, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Cyrille JAVARY, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question.


[1] Les médias droite-gauche de la France catho-laïque se complaisent à encenser le dalaï lama, qui est leur héros contre la Chine. Il est vrai que, à l’heure où la démocratie s’exporte à coups de missiles contre le peuple afghan, il est logique que le chef religieux d’un secte puisse incarner à la fois une divinité tibétaine et la démocratie occidentale.


Dalaï Lama, sculpture d’Eugenio Merino

Et l’im-Monde récite son catéchisme : «le traitement réservé à cet homme en Europe et aux Etats-Unis est un marqueur de l’attachement que les Occidentaux éprouvent encore à l’égard des droits de l’homme». Le respect des droits de l’homme, invoqué contre les anciennes colonies, n’est qu’un discours néo-colonial… sans effets.
[2] Le terme grandes découvertes masque la réalité du projet colonial de la Monarchie catholique. La Conquista des Amériques commença en 1492 c’est-à-dire l’année où s’achevait la Reconquista chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique. La colonisation se traduisit par le vol des terres, le pillage des richesses, le massacre des résistants, l’esclavage et la conversion des survivants, l’imposition des mœurs et coutumes occidentales notamment vestimentaires.
[3] Un bon résumé par Michel TIBON-CORNILLOT : Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa et La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
[4] Le terme sinogramme ne fut pas inventé par Delphine Weulersse et Nicolas Lyssenko beaucoup le répète par copier-coller. C’est une appellation typiquement coloniale :

En France, il était déjà en usage au XIXe siècle : on le trouve employé, par exemple, dans un article d’Alexandre Ular, Notes sur la littérature en Chine. Il était également utilisé par les auteurs anglo-saxons : ainsi George Ripley et Charles A. Dana dans The New American Cyclopaedia: A Popular Dictionary of General Knowledge, dont l’édition fut entreprise dès 1858. Le premier usage attesté le serait en 1830, en langue latine : « sinogrammatum. » Cette année-là, l’abbé Janelli Cataldo publia un ouvrage dont le titre est : Tabulae Rosettanae Hieroglyphicae et Centuriae Sinogrammatum polygraphicorum interpretatio per Lexeographiam Temuricosemiticam (Neapoli Typis Regiis).
Wikipédia

Pour la petite histoire, Delphine Weulersse est une religieuse chrétienne orthodoxe que les éditions du Cerf présentent ainsi :

Après une licence de russe et un doctorat de chinois en Sorbonne, une année d’étude à l’université de Pékin et quatre au Japon, Delphine Weulersse, mariée et mère de trois enfants, a enseigné la langue et la littérature chinoises classiques pendant près de trente ans à l’université de Paris-VII. […] En 1993, à la suite d’une conversion fulgurante, elle devient orthodoxe au monastère russe de Bussy-en-Othe où elle fera sa profession monastique en 2002 sous le nom d’Anastasia.

Quant à Nicolas Lyssenko, il a auto-édité avec Delphine Weulersse en 1986 une Méthode programmée du chinois moderne.
[5] 國, Wiktionary – 国, Wiktionary. Étymologie de 國, Chine nouvelle et JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 p.277 à 279.
Usages du caractère 國 à partir d’une recherche dans Google.
[6] CHENG Anne (sous la direction de), La pensée en Chine aujourd’hui, Folio Gallimard, 2007.
[7] HOCQUENGHEM Guy, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary, Agone, 1986 et 2003.

Yoghourts ou Ouïghours


Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, invité de France Info mercredi, confond les Ouïghours du Xinjiang et les yoghourts…

Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois »


Les fêtes de Noël furent l’occasion pour certains médias de réactualiser le « péril jaune », mythe raciste né à la fin du XIXe siècle [1], en manipulant un communiqué de presse d’Eurostat [2]. Les quatre sous-titres du communiqué : « Plus de 80% des jouets importés dans l’UE25 proviennent de Chine », « Trois quarts des exportations de vins mousseux proviennent de France », « 97% des guirlandes de Noël importées proviennent de Chine » et « 80% des arbres de Noël naturels importés proviennent du Danemark » furent résumés en une phrase-choc « Les produits chinois envahissent le marché de Noël ».

L’utilisation récurrente des termes « invasion », « menace », « péril » n’est pas neutre, elle vise à provoquer la peur et nous convaincre que les difficultés de certains secteurs de l’économie nationale seraient imputables à ces « hordes barbares » – Attila et Gengis-Khan sont réactivés dans l’imaginaire collectif. Ce réflexe nationaliste en politique et protectionniste en économie ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Dans le cas de la France, la division internationale du travail a depuis longtemps réduit la production nationale des industries du jouet et du textile. La mondialisation des échanges a accéléré le processus de transfert de la production des vieux pays industriels vers de plus jeunes : Japon, Asie du Sud-Est, Brésil et Mexique hier, Inde et Chine aujourd’hui. Ce transfert fut réalisé par l’intermédiaire d’accords bilatéraux et multilatéraux, dont le dernier en date fut l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001.

Parler de « l’invasion des produits chinois » relève donc d’un grossier mensonge. Ce procédé incantatoire masque la volonté des industriels des pays riches de délocaliser leurs usines vers les pays pauvres pour profiter de coûts de production plus bas, essentiellement celui de la main-d’œuvre. Il masque aussi le développement des importations vers la Chine de produits très rentables (produits financiers, armement [3], aviation civile [4], télécommunications) et des investissements étrangers (153 milliards de dollars en 2004)

Au lieu de parler de « l’invasion des produits chinois », il faudrait insister sur le fait que les échanges internationaux, organisés par les grandes puissances, profitent surtout aux multinationales au détriment des petits entrepreneurs nationaux et des pays dits émergents. Ainsi, entre 2001 et 2003, 474 maquiladoras [5] ont été transférées du Mexique en Chine. Partout ce sont les salariés qui en font les frais.

Au lieu de parler de « l’invasion des produits chinois », il faudrait tenir compte du fait que tous les pays qui commercent avec la Chine acceptent, concurrence oblige, l’inégalité des échanges [6] pour « être présent » sur un marché considéré comme l’Eldorado du XXIe siècle. Cette perte relative est présentée par les responsables économiques et politiques comme un investissement dont ils attendent en retour des privilèges.

Faute de pouvoir remettre en cause l’OMC, les élites économiques et politiques entonnent le refrain de « l’invasion des produits chinois », afin de masquer leur responsabilité des déséquilibres économiques et du chômage qui en résulte. En définitive, ce discours, complaisamment mis en scène par les médias, vise à convaincre les travailleurs – de plus en plus précaires –, les chômeurs et les exclus que les « barbares chinois » seraient responsables de leur misère.

Serge LEFORT
26 décembre 2005


[1] La recherche pour « péril jaune » sur Google aboutit à 30 600 pages en français ! Voici une sélection d’articles :
• 07/11/2005, Régis Poulet, Le Péril jaune, La revue des ressources
En ce début de XXIe siècle, nos oreilles sont rebattues de mises en garde, de propos alarmistes relatifs au danger que l’Asie ferait courir à l’Occident dans les domaines économiques, sociaux voire culturels. Cela fait plus d’un siècle que le Péril jaune est brandi régulièrement. Examinons-en l’origine, les caractéristiques et tentons de comprendre ce qu’il révèle des représentations occidentales.
• 26/10/2005, Gaétan POULIOT, La Chine représente-t-elle un nouveau péril jaune ?, Alternatives
Une certaine fièvre protectionniste s’empare des gouvernements qui, pourtant, affirment que le libre-échange est la planche de salut du développement des États du tiers-monde. Lorsque des multinationales européennes, américaines ou canadiennes parviennent à percer le marché chinois, ce sont de bonnes nouvelles pour les économies occidentales. Toutefois, le contraire apparaît comme un danger, une menace pour nos économies locales.
• 1996, Nayan SHAH, White Label et « péril jaune » : race, genre et travail en Californie, fin XIXe-début XXe siècle, Clio
Au tournant du siècle, les syndicats américains tendent à présenter les immigrants chinois comme la principale menace contre les travailleurs syndiqués blancs. Par une analyse des discours sur le danger racial, la santé publique et les rôles sexués qui permettent la sécurité familiale, cet article examine la façon dont l’image de la menace sanitaire représentée par les Chinois a fini par être partie intégrante des campagnes en direction des consommateurs orchestrées par les syndicats américains.
[2] 22/12/2005, Commerce extérieur en produits de Noël, Eurostat (PDF).
[3] Voici une sélection d’articles :
• 21/12/2005, Les ventes d’armes en forte hausse, Le Nouvel Observateur
• 10/07/2005, Les chiffres impressionnants du commerce des armes d’Israël vers la Chine, De defensa
• 23/02/2005, Chine : l’Europe souhaite lever son embargo, RFI
[4] Après la visite de Wen Jiabao en France, le gouvernement s’est félicité d’avoir vendu des 150 Airbus sans préciser l’humour du Premier ministre chinois : « Il faut 800 millions de chemises pour acheter un Airbus » (Les Échos).
[5] Entreprises sous-traitantes américaines concentrées le long de la frontière.
« Le véritable essor de la zone frontalière date du milieu des années 1960, quand les deux pays se sont mis d’accord pour permettre l’installation sur le territoire mexicain d’une série d’usines destinées à l’exportation vers les États-Unis [maquiladoras].
La répartition
des tâches entre les deux pays s’est concrétisée par la création d’usines jumelles (twin-plants), situées de part et d’autre de la frontière. Au nord, un établissement rassemble les fonctions d’encadrement et de gestion. Au sud, les centres de production fonctionnent sous le contrôle des administrateurs nord-américains. Les marchandises sont assemblées sur place à partir d’éléments importés du pays voisin. »
in MUSSET Alain, Le Mexique entre deux Amériques, Ellipses, 1994, p.21.
[6] Le déséquilibre de la balance commerciale au profit de la Chine (43,2 milliards de dollars en 2000) s’observe aussi en Europe au profit de l’Allemagne par exemple (51,8 milliards de dollars en 2000).