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Hommage aux 1400 civils tués en Afghanistan en 2011


Alors que la droite et la gauche célèbrent leur Union sacrée contre l’Afghanistan et la Libye, la MANUA dévoile le chiffre de 1400 civils tués en Afghanistan en 2011 – en hausse de 15% par rapport à celui de l’année dernière sur la même période. Cette source occidentale attribue la responsabilité de 80% des civils tués aux « insurgés » – terme révélateur de la propagande qui excuse les troupes étrangères.

La propagande guerrière publie le décompte à l’unité près (2571) des pertes militaires des forces occidentales, mais passe sous silence les dizaines de milliers de civils tués. Même les organisations internationales, dont c’est le travail, ne font pas le décompte exact des morts et des blessés Afghans car ces gens-là ne comptent pas…

La même propagande justifie la guerre coloniale contre la Libye pour « pour obtenir des contrats de reconstruction avec les autorités qui auront été mises en place à l’issue de la guerre » dans l’indifférence quasi générale… Dans les médias, le débat ne se situe pas au niveau des ambitions, mais des moyens militaires [1].

16/07/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• On estime à 3767 au moins le nombre de civils tués par les bombardements américains, RAWA.
Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Libye, Monde en Question.


[1] Lire :
• Défense : l’armée française à bout de force ?, France 24.
• Débat et vote de l’Assemblée nationale française sur l’intervention des forces armées en Libye, Réseau Voltaire.
• Les députés français votent la guerre, Réseau Voltaire.
• La gauche et la droite votent au parlement la poursuite de la guerre en Libye, WSWS.

Que la guerre est jolie !


Les bellicistes de tout poil disent toujours que la guerre sera de très courte durée et sans risques. Ils vendent d’autant plus facilement la guerre comme une simple promenade de santé qu’ils ne la font pas eux-mêmes. Ces planqués de l’arrière font la propagande, c’est-à-dire la guerre mais sans risquer d’être blessés ou tués.

Ce fut le cas en 1914 où, embrigadés par l’Union sacrée, les troupes sont parties la fleur au fusil :

Dans leur riante insouciance, la plupart de mes camarades n’avaient jamais réfléchi aux horreurs de la guerre. Ils ne voyaient la bataille qu’à travers des chromos patriotiques. […] Persuadés de l’écrasante supériorité de notre artillerie et de notre aviation, nous nous représentions naïvement la campagne comme une promenade militaire, une succession rapide de victoires faciles et éclatantes.
Jean Galtier-Boissière, La fleur au fusil, Éditions Baudinière, 1928.

Le chef d’état-major des armées françaises, l’amiral Edouard Guillaud, vend la guerre contre la Libye comme limitée dans le temps.

Interrogé sur la durée des opérations de la coalition internationale, l’amiral Guillaud a répondu : « par définition, je ne peux pas répondre à cette question, je doute que ce soit en jours, je pense que ce sera en semaine et j’espère que ce ne sera pas en mois ».
Xinhua

Or, non seulement la résolution 1973 de l’ONU ne mentionne aucune durée, mais la Turquie va participer à des opérations militaires sous le commandement de l’OTAN… pendant au moins un an.

Après avoir répété qu’il était radicalement opposé à toute ingérence étrangère en Libye, le parlement turc a finalement avalisé jeudi l’envoi de cinq bâtiments de surface et d’un sous-marin au large de la Libye, pour une mission d’un an, rapporte le correspondant de RIA Novosti.
RIA Novosti

25/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Le titre est emprunté au film de Richard Attenborough.
Lire aussi : Ah, que la guerre est jolie !, Causeur.

Le 20 janvier dernier, Alain Juppé et quelques généraux ont décidé d’une résurrection : celle de L’Ecole de Guerre. Non pas que cette prestigieuse institution chargée de former la crème des officiers à la géostratégie ait disparu mais depuis 1993, elle avait été baptisée.

Il y a deux manières, finalement, d’envisager cette manip linguistique. On peut se réjouir d’un recul de l’euphémisation généralisée qui caractérise la langue française depuis que le politiquement correct s’est emparé d’elle. Ainsi, il est tout de même plus sain d’appeler un chat un chat et une guerre une guerre, surtout quand on évolue dans un monde de non-voyants procédant à des réajustements structurels de notre économie, ou si vous préférez, à des aveugles démantelant l’État-Providence.

Mais on peut aussi se demander si cette réintroduction du mot guerre ne marque pas aussi la prise de conscience d’un monde devenu si inégalitaire qu’il est difficile d’imaginer qu’il puisse résoudre ses contradiction autrement que par de bons gros conflits bien sanglants, genre Irak ou Afghanistan. Comment il disait, Jaurès, déjà ? Ah oui : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. »

Les égarements de Wallerstein (I)


Le dernier commentaire d’Immanuel Wallerstein traite de la Lybie et la gauche mondiale. Il s’aventure à faire des prévisions qui, deux jours plus tard, se révèlent totalement erronées.

[…] il n’y aura pas d’engagement militaire majeur du monde occidental en Libye. Leurs déclarations publiques ne sont que des rodomontades destinées à impressionner leurs opinions. Il n’y aura pas de résolution du Conseil de sécurité car la Russie et la Chine ne suivront pas. Il n’y aura pas de résolution de l’OTAN car l’Allemagne et quelques autres ne suivront pas. Même la position anti-Kadhafi militante de Sarkozy rencontre des résistances en France.
Et par-dessus tout, l’opposition aux États-Unis à une action militaire vient de l’opinion publique et, plus important, de l’armée.

Que de naïveté et que d’informations erronées de la part de celui qui est tant admiré pour la perspicacité de ses analyses par le microcosme altermondialiste !

Le pire est dans le fait que Wallerstein considère Hugo Chavez comme un représentant de la gauche en Amérique latine qu’il oppose aux « porte-paroles de la gauche mondiale au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, en Europe et même en Amérique du Nord ». Il se garde bien d’expliciter qui sont, pour lui, ces mystérieux représentants de la gauche mondiale et surtout d’expliciter ce que signifie la gauche mondiale. On nage dans la confusion !

Le message d’Immanuel Wallerstein est clair : la gauche mondiale, dont il fait parti, est prête à appuyer la rébellion armée contre le colonel Khadafi au nom des droits de l’homme ! C’est exactement ce qui a eu lieu. L’histoire de la gauche est l’histoire de trahisons réalisées au nom de l’Union sacrée par des intellectuels aussi inconsistants politiquement que Immanuel Wallerstein.

20/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Immanuel WALLERSTEIN, Monde en Question.

Propagande guerrière pour le pétrole


L’argument politique pour bombarder la Libye ne tient pas car, s’il était crédible, la coalition militaire occidentale devrait aussi bombarder le Bahreïn, l’Arabie saoudite… et Israël pour « protéger » et sauver les peuples en danger [1].

Comme dans la guerre contre l’Egypte en 1956 menée par la France, la Grande-Bretagne et Israël, les puissances occidentales ont des intérêts politiques et économiques en Libye totalement étrangers aux intérêts du peuple libyen. Le soutien à la rébellion armée (par qui ?) contre le colonel Khadafi vise à terme à une partition de la Cyrénaïque, région où se situent cinq des six terminaux pétroliers, tous les champs de pétrole et de gaz du pays.

Napoléon le petit, conseillé par Bernard Henri Lévy porte-parole des intérêts de l’État d’Israël, a reconnu officiellement le gouvernement libyen formé par la principale formation rebelle alors que traditionnellement la diplomatie française ne reconnaît les États et non les gouvernements [2].
Dans cette aventure en Libye, qui rappelle par certains côtés l’aventure au Mexique de Napoléon III [3], Napoléon le petit a reçu le soutien sans réserves, mais seulement verbal (les va-t’en guerre ne sont quand même pas prêts à mourir pour la rébellion armée) de la droite, de la gauche et des écolos.

Cette Union sacrée est une victoire politique limitée aux enjeux franco-français de 2012. Elle ne préjuge en rien de la réussite des opérations militaires en Libye, qui dépendent de l’engagement des États-Unis. La France, unie sous la bannière de Sarkozy, peut tout juste espérer avoir un petit bout du gâteau libyen.

20/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Propagande guerrière, Monde en Question.
• Karl MARX, Les luttes de classes en France, Gallimard, 2002 [Archive Internet des Marxistes].


[1] Lire aussi :
• Serge LEFORT, Libye, Bahreïn, Arabie saoudite… Israël, Monde en Question.
• Serge LEFORT, Peuples en danger au Bahreïn, en Arabie saoudite… en Palestine, Monde en Question.
[2] Revue de presse :
• Libye : Monsieur Sarkozy joue avec le feu, Démystifier la finance, 12/03/2011.
• BHL, le nouveau diplomate de Sarkozy, Les Inrocks, 18/03/2011.
• Les mérites de Sarkozy, Cyberpresse, 19/03/2011.
• La Libye fait tourner les têtes des intellos et des politiques, Marianne, 19/03/2011.
[3] L’expédition militaire au Mexique de Napoléon III fut motivée politiquement pour mettre fin au désordre qui régnait dans ce pays. C’est la version du « droit d’ingérence » à l’époque de l’Empereur des Français. Il s’agissait en fait d’installer au Mexique un régime favorable aux intérêts français et de récupérer la dette extérieure dont le gouvernement de Benito Juárez avait suspendu le paiement (70 millions de pesos à l’Angleterre, 9 millions à l’Espagne et 3 millions à la France).

Robin des bois


Selon la légende, Robin des bois était un gentilhomme qui volait les riches pour donner aux pauvres. La légende devint un mythe populaire, très vivace jusqu’à nos jours, qui engendra d’autres héros – archétypes de justiciers – comme Zorro ou Batman.

La légende fut construite à partir du XVe siècle d’abord par transposition de récits oraux puis par remaniements successifs des récits précédents. Ainsi, le vulgaire bandit, qui détrousse les riches pour son propre compte, se transforma au fil du temps en en noble dépossédé volant les riches pour donner aux pauvres.

La légende atteignit son apogée au XIXe siècle avec Ivanhoé, le roman de Walter Scott dans lequel le bandit de grands chemins en vient à incarner la résistance du peuple d’Angleterre contre l’oppression de la noblesse normande. Au XXe siècle, la figure du justicier s’incarna dans d’autres personnages qui, selon une logique classique, dénatura le mythe en le prolongeant.

Curieusement la version des studios Disney de 1973 met en scène un Robin des bois à l’image du renard, personnage filou et retors, très proche du Roman de Renart médiéval, qui fut une critique sociale de la noblesse par la jeune bourgeoisie des XIIe et XIIIe siècles.

Titre :Robin Hood – Robin des Bois
Réalisateur :Ridley Scott
Année : 2010
Pays : USA
Partage proposé par : MKV Corp HD 720 VOSTFR

L’interprétation du personnage que donne Ridley Scott, qui reprend les premiers récits, ne manque pas d’intérêt [1]. Robin Hood (littéralement « voleur encagoulé »), un homme du peuple – modeste archer – est un arriviste, qui, grâce à un concours de circonstances, usurpe l’identité d’un noble baron et aide le roi Jean à bouter les Français hors d’Angleterre. Contrairement à la légende, Robin mobilise les pauvres pour sauver les riches : pour sauver la patrie en danger il n’y a plus ni riches ni pauvres car « contre les Français nous sommes tous Anglais ».

C’est avec le même vocabulaire nationaliste, au nom de l’ennemi près, que les puissances européennes mobilisèrent des millions de paysans et d’ouvriers, grâce au soutien des socialistes, pour participer « la fleur au fusil » à la première boucherie interethnique du XXe siècle (environ 20 millions de morts). Cette Union sacrée, réalisée en 1914, sera renouvelée avec le même enthousiasme (50 à 60 millions de morts) en 1939 [2].

12/12/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Légende
BibliObs
Suite 101
• Film
Critikat
Excessif
Le Figaro
Le Monde
Les Inrocks
NouvelObs
Rue89
Suite 101
Télérama


[1] Intérêt politique s’entend car la réalisation cinématographique n’est pas toujours à la hauteur de cette mise à nue de la légende. Les inexactitudes historiques, que des critiques ont justement relevées, font perdre aussi de la force à l’histoire contée par Ridley Scott.
[2] Jean GALTIER-BOISSiÈRE, La fleur au fusil, Éditions Baudinière, 1928 réédition Mercure de France, 1980 [Passion & Compassion 1914-1918].
Cet ouvrage parle de la première guerre mondiale et y décrit entre autres ces soldats qui, en 1914, partaient à la guerre avec insouciance vers ce qu’on leur avait présenté comme une promenade de santé, en étant persuadés que la chose serait de très courte durée et sans risques.
Il y écrit en effet : « Dans leur riante insouciance, la plupart de mes camarades n’avaient jamais réfléchi aux horreurs de la guerre. Ils ne voyaient la bataille qu’à travers des chromos patriotiques. […] Persuadés de l’écrasante supériorité de notre artillerie et de notre aviation, nous nous représentions naïvement la campagne comme une promenade militaire, une succession rapide de victoires faciles et éclatantes. »
Lire sur ce thème :
• Serge LEFORT, Le Kirghizistan construit par les médias, Monde en Question.
• Serge LEFORT, La justice sociale face au marché, Monde en Question.
• Articles Guerre 1914-1918, Monde en Question.

Hommage à Claude LEFORT


Figure de l’intellectuel, engagé dans les débats politiques depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, toujours mobile et jamais péremptoire, le philosophe Claude Lefort est mort à l’âge de 86 ans.

Ceux qui ont suivi les cours du philosophe Claude Lefort depuis les années 60, et ont partagé avec lui ses réflexions sur le totalitarisme et sur la démocratie, n’en sont jamais sortis nantis de recettes pour penser la politique et les institutions. Il leur apprenait à douter.

A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Claude Lefort, qui avait été l’élève du philosophe Maurice Merleau-Ponty dans un lycée parisien, ne s’engage pas au Parti communiste comme la plupart des intellectuels français. «Acquis à l’idée d’un marxisme antiautoritaire, je trouvais cependant absurde de suivre la ligne politique de défense inconditionnelle de l’URSS, un régime dont on pensait qu’il avait trahi les idéaux de la Révolution russe et instauré un nouveau type de domination», dit-il dans un entretien publié par Philosophie Magazine. Il entre dans un parti trotskiste, brièvement, et, en 1947, il fonde avec Cornelius Castoriadis le mouvement et la revue Socialisme ou Barbarie où l’on pratique la critique sans complaisance de la bureaucratie communiste mais aussi celle des sociétés occidentales.

Claude Lefort fonde des revues (Socialisme ou Barbarie, Texture, Libre, Passé-Présent). Il les quitte. Il fait partie de ces figures d’intellectuels français que l’on évoque aujourd’hui avec nostalgie, grande pensée, grands débats, idées généreuses, engagement… Mais il n’est pas de ceux qui passent d’une affirmation péremptoire à une autre après avoir condamné la première comme si ce n’était pas eux qui l’avaient proférée. Qui disent «je me suis trompé» avant de passer à la prochaine erreur.

Le Temps

Je recommande particulièrement la lecture de Eléments d’une critique de la bureaucratie,Tel Gallimard, 1979. Cet ouvrage de Claude Lefort, recueil d’articles publiés notamment dans les Temps modernes et Socialisme ou Barbarie, est un document capital sur les premiers débats consacrés au totalitarisme soi-disant socialiste – avant la banalisation et la vulgarisation de ce thème par les « nouveaux philosophes » des années 1970.

Lecture qui peut-être suivie ou précédée de l’ouvrage de Robert MICHELS, Les partis politiques – Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties [1912], Flammarion, 1914 et 1971 [Bibliothèque de l’école des chartesMultitudesTexte en ligne (anglais)]. Robert Michels, membre de la social-démocrate allemande dès le début du siècle, a très vite critiqué l’opportunisme et l’embourgeoisement du SPD [qui participera à l’Union sacrée d’août 1914] et mis ses espoirs dans le syndicalisme révolutionnaire, sans renoncer pour autant à mener le combat à l’intérieur de la IIe Internationale. Son désir de comprendre les causes de ce qu’il percevait comme une dégénérescence du mouvement socialiste l’a amené à tenter l’analyse scientifique de l’ossification administrative des « partis du prolétariat ».

04/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Revue de presse :
• 05/10/2010, Décès de Claude Lefort, La Bataille socialiste.
• 05/10/2010, Claude Lefort ou l’énigme du politique, Libération.
• 05/10/2010, Pécresse salue en Claude Lefort un « grand penseur du fait politique », AFP-Tribune de Genève.
• 05/10/2010, Le philosophe Claude Lefort est mort, Le Monde.
• 05/10/2010, Claude Lefort est mort – C’était l’un des pionniers de l’antitotalitarisme, NouvelObs.
• 06/10/2010, Claude Lefort, un penseur de la démocratie, Le Temps.
• 06/10/2010, Claude Lefort, la passion de la démocratie, Slate.
• 06/10/2010, Claude Lefort ou la critique du totalitarisme, L’Humanité.
Dossier documentaire & Bibliographie Socialisme ou Barbarie, Monde en Question.

La justice sociale face au marché


Le désastre social et humain, provoqué par le tournant de la rigueur de la gauche socialiste et communiste en 1982-1983, est comparable à celui provoqué par l’Union sacrée en août 1914 quand l’ensemble des organisations syndicales et politiques de gauches se rallièrent à la politique national-militariste du gouvernement Poincaré. Aujourd’hui, la gauche pleurniche sur la politique anti-sociale de Nicolas Sarkozy alors qu’il poursuit celle que le Parti socialiste et le Parti communiste ont inaugurée.

La lecture du dernier ouvrage d’Alain SUPIOT s’impose pour comprendre l’histoire longue de la lutte entre le Capital et le Travail pour partager les bénéfices de la croissance. S’impose aussi la relecture de la Déclaration de Philadelphie de mai 1944 que la gauche a bafouée [1].

Face au marché total, face à la concurrence éfreinée des firmes et des modèles juridiques, il est parfois difficile de faire sa part à la justice sociale. Le juriste et directeur de l’Institut des Etudes Avancées de Nantes, Alain Supiot, s’y essaye avec succès dans L’esprit de Philadelphie, son dernier livre. Quiconque cherche des remèdes au néo-libéralisme doit le lire.

Spécialiste du droit du travail, il dénigre la course au moins-disant social, avec une réelle profondeur historique. Il n’a pas oublié les séquelles laissées par la gestion industrielle des hommes. Les analogies qu’il établit entre la machine de guerre totalitaire et l’univers managérial ne sont pas de l’habillage. Sous Ernst Jünger, gît le capital humain, comme sous les pavés, la plage.

L’auteur ne cède pas cependant au fatalisme. Armé de la certitude selon laquelle on ne régule pas les marchés comme on régule son chauffage central, le problème est de les «réglementer», il se refuse à réduire l’homme à l’état de pure ressource économique. C’est donc à retrouver l’esprit de 1944, celui de la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle qu’il s’emploie. Et nous donne ainsi les moyens d’endiguer la renaissance féodale en cours et la culture politique du «deal». Contre le Droit communautaire, et pas seulement lui, qui s’en retourne au beau temps de la suzeraineté, et augmente les liens de dépendance, il parvient à convertir les rapports de force en rapports de droit.

La Fabrique de l’humain – France CultureTélécharger
Transcriptions d’émissions de France Culture, Fabrique de sens

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Lire aussi :
SUPIOT Alain, L’esprit de Philadelphie – La justice sociale face au marché total, Seuil, 2010 [Texte en ligne].

Après des décennies de globalisation financière, il est urgent de redécouvrir les principes de dignité et de justice sociale proclamés au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Les propagandes visant à faire passer le cours pris par la globalisation économique pour un fait de nature, s’imposant sans discussion possible à l’humanité entière, semblent avoir recouvert jusqu’au souvenir des leçons sociales qui avaient été tirées de l’expérience des deux guerres mondiales. La foi dans l’infaillibilité des marchés a remplacé la volonté de faire régner un peu de justice dans la production et la répartition des richesses à l’échelle du monde, condamnant à la paupérisation, la migration, l’exclusion ou la violence la foule immense des perdants du nouvel ordre économique mondial. La faillite actuelle de ce système incite à remettre à jour l’œuvre normative de la fin de la guerre, que la dogmatique ultralibérale s’est employée à faire disparaître. Ce livre invite à renouer avec l’esprit de la Déclaration de Philadelphie de 1944, pour dissiper le mirage du Marché total et tracer les voies nouvelles de la Justice sociale.

Lire aussi :
22/02/2000, SUPIOT Alain, La contractualisation de la société, Canal-U
2003, BRONZINI Giuseppe, L’Europe des droits après la Convention, Multitudes n°14
30/01/2008, SUPIOT Alain, L’Europe gagnée par « l’économie communiste de marché », Revue du Mauss
02/02/2008, Alain Supiot : « Voilà l' »économie communiste de marché » » – Une critique accablante de l’Union européenne par un Européen spécialiste du Droit du travail, Blog luckyLe Grand Soir
28/11/2008, Anéantir le droit du travail, Monde en Question
Janvier 2009, Entretien avec Alain Supiot, Place publique n°13
Janvier 2010, FŒSSEL Michaël et MONGIN Olivier, Nos aveuglements face au réel, Esprit
Alain SUPIOT : Institut des Etudes Avancées de Nantes – PUFUniversité de Nantes
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.


[1] LEE Eddy, Déclaration de Philadelphie : rétrospective et prospective [BooksGoogle] in THWAITES James Douglas (sous la direction de), La mondialisation – Origines, développements et effets, Presses Université Laval, 2004 [BooksGoogle].
THWAITES James Douglas :
Presses de l’Université Laval
Université Laval

La crise est une guerre sociale


Une guerre qui fait des morts :

Depuis la fin du mois de mars, des salariées du groupe de transport Kuehne-Nagel, un ancien prestataire de Renault, ne touchent plus un centime de salaire. Leur employeur refuse de les licencier, et ni son successeur, SDV Logistique International, ni Renault, n’acceptent de les reprendre. Cet imbroglio juridique n’est toujours pas dénoué.
Ces neuf femmes travaillaient sur le site Renault de Grand-Couronne, en Seine-Maritime, depuis plusieurs décennies pour certaines d’entre elles. Le 26 mars, elles ont été « expulsées » de l’usine, raconte Zahra Rosa, qui fait office de porte-parole du groupe.

Leur employeur, Kuehne-Nagel, un des leaders mondiaux du transport maritime, venait de dénoncer son contrat de prestation avec le constructeur automobile. Il a été remplacé par son concurrent SDV, une filiale du groupe Bolloré. La direction de Kuehne-Nagel considère qu’en vertu de l’article L1224-1 du code du travail, ses salariées auraient dû être transférées « automatiquement » à SDV ou à Renault.

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Une guerre idéologique :

Le film « Home », réalisé par Yann Arthus-Bertrand avec le soutien ostensible du groupe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), n’est-il pas une pierre supplémentaire apportée à la création d’un « au-delà de la politique » ? Il nous propose une sorte d’union sacrée pour sauver la planète, fondée sur le partage et l’amour de son prochain.
« Du plus riche au plus pauvre, nous pouvons tous agir ! », nous dit le réalisateur à la fin du film… Plus question de clivage gauche-droite, de partage de la richesse, d’inégalités… Une tâche autrement plus exaltante nous attend : « Sauver la planète » !

On ne va pas s’embarrasser avec des détails… et surtout pas se demander pourquoi le riche est toujours plus riche et le pauvre toujours plus pauvre.

Lire la suite sur Rue89

Une guerre de résistance :

Élisée Reclus, Du Sentiment de la nature dans les sociétés modernes, La revue des ressources.
Jean Jacques Élisée Reclus (1830-1905), est un géographe, militant et penseur de l’anarchisme français.

Voilà presque deux ans que L’Autre-ment circule dans l’espace public, du côté du 93 et au-delà… Parti de l’initiative d’étudiants des universités de Paris 13 Villetaneuse et de Paris 8 Saint-Denis, ce journal s’inscrit dans une dynamique locale de résistance globale. Modestement mais sûrement, nous nous attachons à diffuser une autre information, et à analyser l’actualité d’en bas, celle de ceux qui luttent, qui valorisent la solidarité, dont on parle peu ou mal dans les grands médias…
Zone d’autonomie par principe, ce canard s’est construit avec des étudiants, des non-étudiants, des travailleurs, des chômeurs, des sans-papiers, des lycéens, et reste ouvert à tous ceux qui souhaitent investir cet espace de contestation et de réappropriation de l’information. N’hésitez pas à nous transmettre suggestions, informations, et autres contributions afin de pouvoir poursuivre l’aventure de ce média libre, indépendant, et avant tout alternatif !

L’Autre-ment
L’Autre-ment n°9 en PDF

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Crise sociale