Monde en Question

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Archives de Catégorie: Turquie

Les impasses de Wallerstein


Immanuel Wallerstein est admiré comme un sociologue proche du mouvement altermondialiste. Ses analyses ne sont pourtant pas toujours à la hauteur de sa réputation, à propos de la Chine (nous y reviendrons) ou de qu’on nomme le monde arabe. Son dernier commentaire, traduit en français, révèle des failles [1].

La première faille de Wallerstein concerne l’impasse du colonialisme :

La Révolte arabe de 1916 avait été conduite par Chérif Hussein ibn Ali pour arracher l’indépendance arabe à l’empire ottoman. Les Ottomans furent évincés. Cette grande révolte avait, toutefois, été cooptée par les Britanniques et les Français. Après 1945, les différents États arabes devinrent progressivement membres indépendants des Nations unies. Mais dans la plupart des cas, ces indépendances furent cooptées par les États-Unis, ceux-ci étant devenus les successeurs de la Grande-Bretagne comme puissance tutélaire extérieure, tandis que la France continuait de jouer un rôle seulement au Maghreb et au Liban.

Wallerstein ne précise pas que les puissances impérialistes britannique et française se sont partagées les dépouilles de l’empire ottoman en occupant les territoires arabes (Syrie, Palestine, Liban, Irak, Arabie) avec la complicité de la Société des Nations. La France s’était emparée de l’Algérie en 1830 et de la Tunisie en 1881 et la Grande-Bretagne de l’Egypte en 1882.

La deuxième faille de Wallerstein concerne l’impasse de l’État d’Israël dans son décompte des gagnants et des perdants :

Mais qu’en est-il des puissances extérieures, lourdement impliquées dans des tentatives visant à contrôler la situation ? Le principal acteur extérieur sont les États-Unis. Un deuxième est l’Iran. Tous les autres (la Turquie, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine) sont moins importants mais néanmoins significatifs.

Wallerstein oublie de mentionner que l’État d’Israël a peur du changement en cours au Moyen Orient car il redoute que la vague de soulèvements populaires dans la région puissent inspirer les Palestiniens qui vivent sous l’occupation depuis plus de 40 ans. [2]. C’est pourquoi le gouvernement israélien a soutenu Hosni Moubarak comme il avait soutenu le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud… jusqu’à la dernière seconde.

La troisième faille de Wallerstein concerne sa référence convenue aux « peuples arabes » :

Et bien entendu, les plus grands gagnants de la deuxième Révolte arabe seront, avec le temps, les peuples arabes.

Wallerstein, obnubilé par le jeu géopolitique des puissances régionales et mondiales au Moyen Orient, oublie de rappeler que, s’ils font les révolutions, les peuples restent exclus du pouvoir [3].

28/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Immanuel WALLERSTEIN, Monde en Question.


[1] Immanuel WALLERSTEIN, La deuxième Révolte arabe : gagnants et perdants, Fernand Braudel Center, 01/02/2011.
[2] Lire aussi :
• Revue de presse Egypte, Monde en Question, 07/02/2011.
• Serge LEFORT, Le changement dans la continuité en Egypte, Monde en Question, 12/02/2011.
[3] Lire aussi :
• Serge LEFORT, Le spectre d’une révolution sociale, Monde en Question, 07/02/2011.
• Les révolutions ne garantissent pas la démocratie, Reuters-Yahoo! Actualités, 13/02/2011.

Brèves du 14/04/2010


Palestine/Israël

NON à la « Promenade David Ben Gourion » à Paris !, Monde en Question.

• 12/04/2010, NABA René, L’inauguration de l’Esplanade David Ben Gourion à Paris, Blog René Naba.

Sur le plan international, la cérémonie coïncide avec le refus d’Israël de participer au sommet nucléaire de Washington destiné à jeter les nouvelles bases d’un contrôle de la dissémination atomique, alors que les pays occidentaux aiguillonnés par Israël, s’emploient à imposer des sanctions à l’Iran précisément à propos de sa politique nucléaire.
Israël, unique pays au monde avec le Kosovo à avoir été crée par une décision de l’ONU, se refuse de se soumettre au contrôle de la légalité internationale, au point que le prestigieuse revue «Foreign Policy » n’a pas hésité à consacrer une étude minutieuse, en janvier 2010, à ce que l’auteur de l’article Jeremy R. Hammond qualifie d’«Etat-Voyou» énumérant soixante dix neuf (79) résolutions internationales qu’Israël viole ou se refuse à appliquer.
L’étude couvre la période allant de 1948, (résolution 57 du 18 septembre 1948 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU dans la foulée de l’assassinat par les Israéliens du Comte Bernadotte, médiateur du conflit entre juifs et arabes), à 2009 avec la résolution 1860 du 8 janvier 2009 concernant la destruction de Gaza.

• 14/04/2010, HASS Amira, The right to deport, Ha’aretz.

L’ordre militaire n°1650 élargit la définition juridique de l’infiltré en criminel, de sorte qu’il peut immédiatement être appliqué aux groupes de population suivants : les Palestiniens (et leurs descendants) qui ont perdu leur statut de résidence en raison de des actions d’Israël depuis 1967 [l’occupation] ; les Palestiniens qui sont habitants de Gaza selon leur carte d’identité, et les ressortissants étrangers.
L’objectif est de limiter la croissance démographique des Palestiniens en Cisjordanie, d’achever le processus de séparation de la population palestinienne de Gaza et de Cisjordanie (en violation des Accords d’Oslo), et de dissuader les ressortissants étrangers à se joindre à la lutte populaire contre l’occupation.
Le mot clé dans le nouvel ordre modifié est « permis », sans lequel une personne sera considérée comme infiltrée. Au cours des 20 dernières années, Israël a mis en place un système compliqué de permis de résidence pour les Palestiniens de la Cisjordanie et de Gaza. «Permis» est l’euphémisme d’interdiction.

• 13/04/2010, Le Hamas favorable au maintien du cessez-le-feu avec Israël, AP-Yahoo! Actualités.

Moussa Abou Marzouk, vice-président du bureau politique du Hamas, a déclaré, lors d’un entretien accordé à l’Associated Press, que le Mouvement de la résistance palestinienne était favorable au maintien du cessez-le-feu, afin de pas fournir à l’Etat hébreu de prétexte pour initier une nouvelle guerre contre Gaza.
Le Hamas, sur qui Israël fait peser la responsabilité du maintien du calme à la frontière entre la Bande de Gaza et Israël, rencontre des difficultés pour empêcher les petites factions rivales à mener des attaques contre des cibles israéliennes. Le Mouvement de la résistance islamique tente de préserver la trêve décrétée depuis plus d’un an, alors que ses rivaux poussent à de nouvelles attaques.

• Journal vidéo, Sleepless in Gaza…and Jerusalem [26 minutes par jour], YouTube.

Chronique de la Colonisation de la Palestine 2010 Monde en Question.

Iran

• 17/03/2010, GOULON Jean-François, Le programme nucléaire iranien a-t-il réellement une dimension militaire ?, Questions Critiques.

• 18/02/2010, Rapport de l’AIEA [en français et annoté], Questions Critiques.

Dossier documentaire & Bibliographie Iran, Monde en Question.

Turquie

Revue de presse turque, Turquie News.

Dossier documentaire & Bibliographie Turquie, Monde en Question.

Culture

• 13/04/2010, Bac philo 2/5 : Toutes les cultures se valent-elles ?, Les nouveaux chemins de la connaissance.

En attendant d’avoir le temps d’écrire une critique de cette émission, je renvoie le lecteur aux ouvrages suivants ignorés par les « philosophes » bien-pensants et un présentateur manipulateur :
JULLIEN François, De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, Fayard, 2008.
SAÏD Edward, L’orientalisme – L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980.
WALLERSTEIN Immanuel, L’universalisme européen : de la colonisation au droit d’ingérence, Démopolis, 2008.

• 13/04/2010, Comment faire revenir aux urnes les classes populaires ?, Du grain à moudre.

On a pu croire un moment que les Français reprenaient du goût pour la politique, qu’ils attendaient à nouveau d’une élection des changements pour leur propre vie. C’était en 2007, et la présidentielle a vu les électeurs se ruer sur les urnes. Oubliés, les «accidents» de la présidentielle de 2002, ou du référendum de 2005 ? Pas si sûr, à constater les taux de participation aux récentes élections régionales : plus d’un électeur sur deux (53,6 % des inscrits) est resté chez lui. C’est surtout parmi les classes populaires que prévaut la désillusion envers la politique et les politiciens. Une partie croissante de la population constate une dégradation de ses conditions d’existence que rien ne semble plus pouvoir enrayer.
Dans certaines banlieues sensibles [pour parler des quartiers pauvres], on observe des taux de participation qui tournent autour des 25 %, comme à Vaulx-en-Velin, Sarcelles, ou Clichy-sous-Bois. «Une partie de la population vit en autarcie par rapport au reste de la société. Ils considèrent que les institutions ne méritent pas qu’on s’y intéresse. Ils ont leur vie à eux, réglée par d’autres codes», expliquait au lendemain du 2° tour des régionales le maire de Monfermeil, l’UMP Xavier Lemoine.
Que vaut une démocratie quasi-censitaire à laquelle plus de la moitié de la population a cessé de s’intéresser ? Peut-on se résigner à voir les classes populaires décrocher définitivement de la politique et ne plus rien attendre de ses élus ? Quelle est la légitimité d’élus qui ne représentent qu’une fraction déclinante de la population ? Le décrochage entre les catégories populaires et des élites qui leur paraissent incapables de prendre en charge leurs problèmes est-il définitif ?

Saison de la Turquie en France


Du 1er juillet 2009 au 31 mars 2010, la Turquie sera l’invitée de la France avec la Saison de la Turquie en France. Plus de 400 événements culturels, économiques et intellectuels permettront de découvrir l’effervescence, la jeunesse et la modernité de ce pays, trop méconnu en France.
Saison de la Turquie
Programme
Dossier de presse

Conférences de l’Université de tous les savoirs :

"Nous n’avons plus que la persévérance"


«Depuis plus de soixante ans que je vis avec les Israéliens,
tout ce que je peux vous dire c’est qu’il n’y a plus qu’à espérer
que Dieu mette un peu de pitié dans le cœur des juifs.
»
Abu Issam, Eglise de la Nativité, Nazareth.

Gaza est bombardée depuis vingt et un jours et enfin il y a quelque chance que la septième guerre israélo-arabe se termine. Plus de 1 100 Palestiniens ont été tués, dont un tiers d’enfants, et plus de 5 000 ont été blessés. Israël a utilisé des gaz au phosphore, attaqué des ambulances et des hôpitaux, détruit les immeubles de l’UNRWA et de la Croix-Rouge, limité l’entrée de l’aide humanitaire et semé la terreur dans chaque maison, dans chaque rue de la bande de Gaza. La cause palestinienne est de retour sur la scène internationale, et partout dans le monde des foules sont descendues dans les rues pour demander l’arrêt de cette guerre. L’horreur de Gaza a aussi bien galvanisé la rue arabe que les manifestants en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Australie. Mais malgré toutes ces manifestations, la rage des peuples n’a eu aucun impact sur les gouvernements. Personne, pas même l’Onu, n’a la volonté de mettre fin à cet enfer…

Les derniers sondages en Israël révèlent que 91 % des Israéliens approuvent leur gouvernement. Les Etats arabes, eux, ont été incapables d’adopter une position commune. Ils se demandent lequel d’entre eux va endosser la cause palestinienne, l’Egypte, la Syrie ou le Qatar, les modérés ou le camp de la résistance. La moitié des Etats arabes participent à une réunion extraordinaire sur le conflit à Doha quand d’autres insistent pour en discuter en marge du sommet économique qui se déroule au Koweit. La tragédie palestinienne et leur impuissance à y mettre fin illustre la faiblesse de leur pouvoir dans la région, ainsi que la fin du nationalisme arabe en tant que concept significatif. Entre-temps, le chef de l’Autorité palestinienne a déclaré que c’était le Hamas qui avait provoqué cette attaque ; ainsi la victime excusait-elle son bourreau. Il n’a eu aucune honte à dire que la résistance n’a plus de sens dès lors qu’elle cause la mort de civils. Il semble avoir oublié que la cause palestinienne n’a pour elle que sa résistance légitime. C’est cette résistance contre l’occupation, contre la dépossession depuis plus de soixante ans, contre un processus de colonisation dont chacun connaît l’illégalité, que le monde civilisé a condamné – à défaut de le sanctionner -, qui fait la différence. Elle met au premier plan la cause palestinienne, devant les milliers de personnes tuées au Congo, les morts quotidiennes en Somalie ou encore les victimes du tsunami.

Cela fait deux semaines que je suis arrivée à Birzeit, dans le bantoustan de Ramallah en Cisjordanie. Je ne m’attendais pas à une guerre, je voulais voir ma famille, poursuivre mon travail à l’université de Birzeit, conserver le lien entre l’intérieur du pays et l’extérieur, bref l’éternelle histoire palestinienne. Je suis arrivée et j’ai trouvé les gens collés à la télévision, regardant se dérouler l’horreur à Gaza, aussi impuissants que des habitants de Boston, d’Australie ou de Londres. La guerre nous a rendus fous de rage, elle m’a rendue folle de rage, mais le pire a été le constat d’impuissance partout autour de moi. Les gens manifestent dans les rues, à Ramallah et à Birzeit, aujourd’hui tout autant que lorsqu’Al-Qaradawi appelait tous les musulmans à faire de vendredi dernier un jour de colère et de solidarité avec Gaza. Mais les manifestants qui sont descendus dans les rues de Ramallah n’étaient pas plus nombreux que ceux de Boston, sans parler de ceux de Sakhnin et de Baqa à l’intérieur de la Ligne verte. Aujourd’hui il y a eu des manifestations partout en Cisjordanie après la mort de Saaed Siam hier à Gaza. Comme tous les autres téléspectateurs du monde, j’ai vu des jeunes lancer des pierres aux soldats israéliens à Jérusalem-est et à Hébron. Ceux qui lançaient des pierres au checkpoint de Kalandia se sont trouvés devant un nouveau mur érigé devant le mur existant. Israël continue à construire des prisons dans des prisons.

Même si M. Khaled Mechaal, le chef du Hamas à Damas, en appelle à une troisième intifada dans toute la Palestine, rien de tel ne s’est produit. La colère de la Cisjordanie, qui a nourri la première et la seconde intifada, est tombée, ou plutôt elle a été étouffée dans l’œuf. La police palestinienne veille à ce qu’il n’y ait aucun foyer de rébellion. Durant la manifestation de Ramallah, les policiers, armés de mitrailleuses, formaient des rangs encore plus impressionnants que dans les manifestations londoniennes. Les membres des services secrets, vêtus de blousons bleus fournis par l’aide américaine, étaient omniprésents. Toute une troupe de partisans du Fatah ne dépassant pas 18 ans a envahi les rangs des manifestants. Et dès que quelques jeunes se sont mis à scander le nom de Hamas ils ont été arrêtés. Quand les étudiants palestiniens ont manifesté à l’université de Birzeit et ont commencé à marcher en direction du checkpoint Atarah, les forces de sécurité palestiniennes leur ont tiré dessus et les ont battus. Toutes les caractéristiques d’une police d’Etat sont en place, avant même qu’un Etat palestinien puisse prétendre à l’existence.

La lutte des Palestiniens se délite et la Palestine risque de n’être bientôt plus qu’une idée. Les gens sont en colère mais sans direction, sans leadership. Tout le monde essaie de faire quelque chose, mais rien ne se transforme en projet d’émancipation politique. J’ai attendu la mobilisation des partisans du Hamas en Cisjordanie, mais ils sont tous dans la clandestinité, ou alors dans les prisons palestiniennes, ou dans les camps israéliens. Depuis le 27 décembre, l’Autorité palestinienne a arrêté plus de sept cents sympathisants du Hamas, parmi lesquels les maires et les députés du Conseil législatif palestinien (CLP). J’étais persuadée que les forces progressistes se manifesteraient, mais jusqu’ici elles n’ont fait qu’adresser un message de soutien à Gaza. Les intellectuels ont continué à se réunir, ils ont appelé à l’unité nationale, condamné la corruption, le silence et même la complaisance de l’Autorité palestinienne. Beaucoup ont encore une fois demandé la dissolution de l’Autorité palestinienne, d’autres ont à nouveau souligné les graves conséquences économiques et politiques qu’entraînerait une telle décision. Personne ne veut prendre le risque d’un scénario à l’irakienne, d’une guerre civile qui ne dit pas son nom. Les forces progressistes se sont jointes à Mustafa Barghouti (chef de l’Initiative palestinienne), aux représentants du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), du Parti du peuple et du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) ainsi qu’à des groupes islamiques indépendants pour condamner la guerre d’Israël à Gaza. Les manifestations hebdomadaires à l’intérieur de la Ligne verte étaient stimulantes mais aucun lien n’a été établi entre l’intérieur et l’extérieur de la Ligne verte pour vaincre le Mur. Eux aussi manquent de direction ou de leadership.

Car malgré tous les sacrifices à Gaza, les manifestations en Cisjordanie et le soutien populaire international que les atrocités de Gaza ont suscité, il semble qu’il n’y ait pas de force politique capable ou désireuse de mettre à profit cette mobilisation pour bâtir un projet politique clair. Il n’y a pas d’organisation équivalente à la Direction nationale unifiée qui a mené la première intifada. A la différence de la seconde intifada, il n’y a pas de brigade Al-Aqsa, ni de tentative de la part de militants du Fatah de se constituer comme parti national distinct du Fatah en tant qu’institution gouvernante dominante pour conserver leur indépendance politique. Le Hamas demeure le seul parti de masse de la résistance, aux côtés de tous ceux qui croient encore en la résistance. Mais il est trop pris par la guerre, par ses deux guerres, celle contre Israël et celle contre l’Autorité palestinienne. Les autres partis sont trop faibles ou dans l’incapacité de s’organiser. Tout comme le Palestinien moyen, ils ne peuvent qu’exprimer leur colère et leur désillusion par des manifestations.

Pendant ce temps, l’Autorité palestinienne continue de négocier sur les ruines du processus de paix d’Oslo. Elle se débrouille grâce à l’aide militaire américaine, à son allégeance à la domination israélienne et aux promesses arabes de financer les salaires des soldats, des travailleurs et des policiers palestiniens. Elle a spéculé sur le silence d’un tiers de la population qui dépend des revenus qu’elle lui procure, sur la peur de beaucoup de voir se répéter l’invasion israélienne de 2002 et sur la capacité de sa police à réduire l’opposition au silence. Elle s’est convaincue et en a convaincu d’autres qu’elle est dirigée par un groupe de technocrates ayant pour unique objectif de prouver que les Palestiniens sont capables d’assurer leur propre sécurité et de s’auto-administrer. Ils adhèrent totalement à la directive de Dayton : le rôle de la police palestinienne n’est pas de combattre l’occupation mais de maintenir l’ordre en Palestine. L’Autorité attend toujours l’Etat qui lui a été promis, sur une terre morcelée, avec un peuple divisé et des villages assiégés. Mais c’est un Etat qui, s’il existe un jour, formera une confédération avec la Jordanie. D’ici là, elle attend l’effondrement du Hamas, ou sa reddition. Elle attend d’aller reconstruire Gaza et d’organiser de nouvelles élections financées par l’Union européenne. Sa direction n’a jamais paru si fragile, sa légitimité aussi éphémère.

La situation dans le monde arabe ne fait qu’accentuer la gravité de la situation palestinienne. Où que j’aille, quelle que soit la personne avec qui je parle, domine un sentiment d’incrédulité dans le niveau de division entre les pays arabes. A force de tergiverser pour savoir lequel d’entre eux prendra en charge le dossier palestinien, les pays arabes se sont décrédibilisés encore plus dans la région et sur la scène internationale. M. Recep Tayyip Erdogan en Turquie a été plus critique envers Israël qu’aucun dirigeant arabe. M. Mahmoud Ahmadinejad en Iran a dû rappeler à l’Autorité que Gaza est d’abord palestinienne, ensuite arabe et enfin musulmane. La Turquie et l’Iran reviennent jouer un rôle de premier plan au Moyen-Orient, tandis que l’Egypte et l’Arabie saoudite sont dépassés, dans leur tentative de surmonter la peur d’un islam politique qu’ils ont pourtant créé. Cette guerre sonne le glas d’une politique arabe crédible. Elle inaugure un nouveau Moyen-Orient dont la pensée et le discours restent à découvrir. Un nouveau Moyen-Orient que même M. Bush n’a jamais imaginé.

Le sens même de la politique a changé. Ce qu’elle signifie, ce qu’elle cherche à faire, comment elle va libérer : rien n’est évident désormais. Partout règnent le désespoir et l’impuissance. Les gens d’ici n’en savent pas plus que quiconque à l’étranger. En fait, personne ne sait ce qui se passe ni ce qui va se passer. Tout le monde attend. Quoi, ce n’est pas encore très clair : que Dieu ait pitié ? Que ceux qui sont au pouvoir restent ou partent ? Que ceux de l’extérieur prennent les choses en main ? Qu’un leader miraculeux émerge ? Que M. Obama trouve une solution ? Personne ne sait. Nous revenons à une politique de la persévérance, que les Palestiniens n’ont jamais abandonnée. Cette fois-ci, pourtant, nous n’avons plus qu’elle. Est-ce suffisant ? Est-ce que nous n’allons pas perdre encore plus, n’y a t-il rien d’autre au service de la cause que la seule persévérance ?

Ici, personne ne sait. Personne ne sait et personne en ce moment ne veut savoir. Tout ce qu’on veut c’est la fin de cette guerre, que la vie redevienne à peu près normale dans cet éternel état d’exception, pour que cette farce du processus de paix et son Etat palestinien promis soient enterrés, pour qu’une nouvelle génération émerge. Ce que les Palestiniens savent c’est qu’ils sont ici pour rester, sur cette terre atomisée, dans ces bantoustans fragmentés, avec ces oliveraies qui résistent, jusqu’à ce que la miséricorde divine descende sur eux.

Leila Farsakh
Birzeit, 17 janvier 2009
Publié par Le Monde diplomatique

Crimes de guerre à Gaza


La Turquie ouvre une enquête sur des accusations de crimes de guerre contre les dirigeants israéliens, AP-Yahoo! Actualités.

La justice turque a annoncé vendredi l’ouverture d’une enquête pour déterminer si les dirigeants israéliens peuvent être poursuivis pour crimes contre l’humanité suite à la récente campagne militaire israélienne dans la bande de Gaza.

Le parquet d’Ankara a précisé que l’enquête a été ouverte après que Mazlum-Der, une organisation pro-islamique de défense des droits de l’homme, eut déposé plainte contre les dirigeants israéliens.

L’organisation accuse le président israélien Shimon Pérès, le Premier ministre Ehoud Olmert, la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni et les chefs de l’armée et du renseignement militaire israéliens de génocide, torture et crimes contre l’humanité.

Mazlum-Der demande également que ces dirigeants soient arrêtés s’ils entrent sur le territoire turque, selon le parquet. La justice turque est tenue d’ouvrir une enquête lorsqu’elle est saisie d’une plainte officielle.

L’ambassadeur d’Israël à Ankara s’est refusé à tout commentaire.

La Turquie est depuis longtemps un allié proche d’Israël dans le monde musulman, mais les pertes humaines enregistrées chez les civils palestiniens lors de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza le mois dernier ont provoqué la colère de nombreux Turcs. La campagne militaire israélienne « Plomb durci », qui s’est achevée le 18 janvier, a provoqué la mort de 1.300 Palestiniens, dont de nombreux civils. Treize Israéliens ont également été tués.

Lire l’analyse géopolitique de George Friedman : Le coup de sang d’Erdogan à Davos et l’avenir de l’Etat turc, ISMInfo-Palestine.

Crimes contre l’humanité et compétence universelle des Etats : deux poids et trois mesures, Tout sur l’Algérie.

Catastrophe ! Pour une fois, depuis que le monde est monde, l’Etat d’Israël est mis en cause dans une affaire de crime contre l’humanité. C’est un magistrat espagnol qui, conformément au principe de compétence universelle de la justice de son pays, a jugé recevable une plainte de la Commission palestinienne pour les droits de l’Homme. Elle concerne un bombardement de l’armée israélienne en 2002, qui a fait quinze victimes dont neuf enfants et un dirigeant du Hamas. Le ministre israélien de la Défense en exercice au moment des faits, ainsi que six hauts responsables militaires de l’Etat hébreu sont ciblés par l’enquête diligentée par le juge madrilène.

Immédiatement après, Ehud Olmert a réagi en affirmant qu’il entreprendrait tout afin de faire arrêter cette initiative « extravagante ». L’avenir semble lui avoir donné raison. Il aura réussi à faire intervenir les autorités espagnoles qui, en entravant l’enquête décidée par le juge Andrieu, portent un coup sévère à l’indépendance de leur justice. Le gouvernement de la péninsule ibérique a, en effet, envisagé de restreindre le principe de compétence universelle aux seuls dossiers où les intérêts espagnols seraient engagés. Il est évident que cette intervention n’a d’autre objectif que de rassurer l’Etat d’Israël dont l’impunité se voit, encore une fois, confirmée.

Pour sa part, l’autorité palestinienne a saisi la Commission pénale internationale pour engager une procédure contre Israël, suite à l’offensive militaire de 22 jours contre la bande de Gaza, qui s’est soldée par au moins 1350 morts dont près d’une moitié d’enfants. Le président Abbas sait néanmoins que les chances d’aboutissement de sa requête sont quasiment nulles, même si la qualification de crime contre l’humanité des dernières opérations israéliennes à Gaza est reconnue par tous les observateurs impartiaux, y compris des intellectuels juifs, qui refusent de cautionner les crimes répétés et répétitifs de l’Etat d’Israël.

Même le secrétaire général de l’Organisation des nations unies (ONU), Ban Ki moon, a tempéré ses propos après avoir demandé l’ouverture d’une enquête sur les circonstances du bombardement de certaines des structures humanitaires de Gaza. Sa reculade signifie, au minimum, l’exercice de pressions importantes sur lui. Elle confirme aussi le statut d’enfant gâté accordé tacitement par l’Occident à l’Etat hébreu, qui se permet tous les excès sans avoir rien à craindre de la justice et de la communauté internationales.

Au moment même où l’on déplore légitimement l’attitude du gouvernement espagnol sur ce dossier et le recul du secrétaire général de l’ONU, c’est le secrétaire d’Etat algérien chargé des Affaires maghrébines et africaines qui, depuis le sommet de l’UA, déplore le recours abusif de la justice des Etats occidentaux au principe de compétence universelle. Quelles que soient ses motivations, le choix du moment et du lieu de son intervention sur le sujet sonne comme un dédouanement du gouvernement espagnol dans son attitude injuste et, surtout, comme un cadeau inespéré fait – involontairement sans doute- aux autorités d’Israël.

Coup de colère d'Erdogan contre Israël


Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a laissé éclaté sa colère jeudi au cours d’un débat sur Gaza à Davos, quittant un débat public en reprochant aux organisateurs de l’empêcher de parler après une longue intervention du président israélien Shimon Peres.

« Je ne pense pas que je reviendrai à Davos », a lancé M. Erdogan en quittant l’estrade où figuraient également le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa.

Le dirigeant turc souhaitait répondre à un plaidoyer enflammé de M. Peres, assis à côté de lui, sur l’intervention israélienne à Gaza, mais le journaliste qui animait la rencontre l’a interrompu avec insistance pour lui signaler que le débat était terminé.

Passant outre le refus de l’animateur, M. Erdogan a pris la parole après M. Peres pour reprocher au public d’avoir applaudi l’intervention du président israélien.

« Je trouve très triste que des gens applaudissent parce que beaucoup de gens sont morts. Je pense qu’ils ont tort d’applaudir des actions qui ont tué des gens », a-t-il dit faisant allusion à Gaza, thème du débat.

Des applaudissements ont également retenti quand M. Erdogan a quitté la scène du Forum économique mondial (WEF).

M. Peres avait auparavant défendu avec véhémence l’intervention armée de son pays dans la bande de Gaza, s’emportant plusieurs fois dans une enceinte peu habituée aux éclats de voix.

S’adressant à lui, M. Erdogan a lancé: « je pense que vous devez vous sentir un peu coupable. C’est pourquoi vous avez parlé si fort ». « Vous avez tué des gens. Je me souviens des enfants qui sont morts sur des plages », a-t-il également dit.

M. Peres avait pour sa part interpellé son voisin en lui demandant: « que feriez-vous si vous aviez toutes les nuits des dizaines de roquettes qui tombaient sur Istanbul? »

« Israël ne veut tirer sur personne, mais le Hamas ne nous a pas laissé le choix », avait-il dit également.

Au cours du débat, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé à Israël « de faire preuve d’un maximum de retenue pour préserver le cessez-le-feu ».

Pour sa part, le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa s’est abstenu ostensiblement de porter ses regards vers le président israélien pendant toute l’intervention de ce dernier.

Publié par AFP – Yahoo! Actualités.

L'autre guerre


Les États-Unis ont les moyens de gagner très facilement la guerre contre l’Irak (il s’agit en fait d’une colonisation militaire de l’Irak), car elle opposera la première puissance militaire (basée sur l’arme nucléaire, sur les technologies aéronavales et spatiales et les réseaux de communication ) à un pays, qui est sous la botte de la dictature du clan Saddam Hussein depuis vingt-quatre ans et qui est contrôlé militairement et bombardé depuis plus de dix ans. Il est vraisemblable que seule la garde prétorienne de Saddam se battra dans Bagdad, autant contre les commandos américains que contre la population irakienne.

Les États-Unis gagneront militairement cette guerre, mais pas politiquement. Le peuple irakien, affaibli par vingt-quatre ans de dictature et dix ans d’embargo, accueillera peut-être les américains en libérateurs. Mais les troupes américaines seront confrontées à l’aspiration nationale des kurdes qui joueront une nouvelle fois leur destin. Malgré le vote du Parlement, la Turquie négocie l’utilisation de son territoire par l’armée américaine : «une aide de 30 milliards de dollars» et le contrôle militaire du Kurdistan turc et irakien camouflé sous l’aide humanitaire aux réfugiés. «Et en Turquie, les États-Unis poursuivent leurs débarquements de matériels militaires sans attendre un nouveau vote pour autoriser le déploiement de quelque 62 000 GI américains.» (Les Échos 12/03/2003).

La crispation médiatique autour de la guerre annoncée des USA contre l’Irak en cache une autre, celle de l’impérialisme américain contre les autres puissances impérialistes. Depuis le début des années 90, les États-Unis remettent en cause l’ordre mondiale construit par les vainqueurs après 1945. Ils refusent tous les accords internationaux qu’ils jugent défavorables pour la sauvegarde de leurs intérêts. La partie de poker menteur, qui se joue à l’ONU sous le prétexte du désarmement de Saddam Hussein, révèle la volonté de certaines puissances de contraindre les États-Unis à se mettre hors jeu. La rébellion du gouvernement français serait dérisoire si elle ne préfigurait pas de nouvelles alliances.

Les États-Unis gagneront militairement cette guerre, mais ni politiquement ni économiquement. L’impérialisme américain détenait environ 50% des échanges internationaux à la fin de la Seconde guerre mondiale, mais il n’en détient plus aujourd’hui que 22%. Entre 1990 et 2000, le déficit commercial américain est passé de 100 à 450 milliards de dollars. Le coût de cette guerre, assuré pratiquement seul, accélérera le déclin des USA. L’enjeu, à long terme, est la remise en cause du dollar comme monnaie de référence – accords de Bretton Woods en juillet 1944 – qui permet aux États-Unis de financer leur déficit. Dans le contexte de la crise économique, amorcée en 1974-1975, la «crise irakienne» constituera un épisode décisif pour un repartage du monde entre les grandes puissances.

Serge LEFORT
14 mars 2003