Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Bibliographie politique

Marketing et communication politique


Bibliographie politique

 

Chaque élection attire le regard des citoyens sur la communication politique. Révélée au grand public par Jacques Séguéla et ses campagnes pour François Mitterrand, la communication politique est détestée par les uns, idolâtrée par les autres, mais aujourd’hui incontournable dans le jeu électoral de nos démocraties [selon les démagogues contemporains qui ressemblent à ceux de l’Empire romain décadent]. Cet état de fait engendre la nécessité de réfléchir, de penser la communication politique en s’interrogeant sur sa conception, sa mise en œuvre, son efficacité.

Orientée vers la recherche académique, cette deuxième édition est enrichie d’un nouveau chapitre portant sur les systèmes électoraux et partisans de huit grandes démocraties. Elle a pour vocation d’offrir une grille de lecture pluridisciplinaire des grands rendez-vous électoraux qui jalonnent la vie des démocraties. En analysant les outils du marketing et de la communication politique, elle permet d’apprécier plus précisément les stratégies adoptées par les différents acteurs de la compétition électorale.

Frédéric DOSQUET (sous la direction de), Marketing et communication politique, EMS, 2017 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Marketing politique (définition), e-marketingIAB France.
Campagne électorale américaine 2016, Le Hub.
Gilles ACHACHE, Le marketing politique, Hermès, 1989 [Texte en ligne].
Claude ANDRÉ, Essai sur le marketing politique et les stratégies gouvernementales au Québec – Réflexions critiques, Université Québec, 2014.
Elias AZZAM, Le marketing politique – Principes et cas pratiques, [Texte en ligne].
Thomas STENGER (sous la direction de), Le marketing politique, CNRS, 2012 [SommaireLectures].
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

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La conquête continue…


Bibliographie politique

 

L’an 501 tente de jeter un regard clairvoyant sur les 500 ans de la conquête européenne du monde, depuis l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique le 12 octobre 1492. Dans cet ouvrage publié initialement en 1993, Chomsky expose les mécanismes et principes au fondement de cet envahissement et ce que celui-ci laisse entrevoir pour l’avenir. Car en l’an 501, alors que les États-Unis d’Amérique ont pris le relais de l’hégémonie mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en développant le plus puissant et implacable empire que le monde ait connu, force est de constater que la conquête continue.

Vingt-cinq ans après sa parution, L’an 501 demeure un incontournable pour comprendre les dynamiques géopolitiques actuelles et pour s’initier à la pensée politique de Noam Chomsky. Dans un style tout imprégné d’une âpre ironie qui n’est pas sans rappeler Voltaire, le célèbre linguistique et intellectuel analyse la situation en Haïti, en Amérique latine, à Cuba, en Indonésie et ailleurs, tout en décrivant la constitution d’un tiers-monde au coeur même des États-Unis. Chomsky dresse des parallèles entre les génocides de l’époque coloniale et l’exploitation et les meurtres associés à l’impérialisme contemporain. Véritable cours d’histoire des cinq derniers siècles dont le propos est encore criant d’actualité, cette nouvelle édition est bonifiée d’une préface inédite de l’auteur dans laquelle il rappelle que la conquête se poursuit toujours.

Noam CHOMSKY, L’an 501 – La conquête continue, L’Herne, 2007 [Chapitre 8 – La tragédie d’HaïtiTexte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Noam CHOMSKY, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Exporter la liberté


Bibliographie politique

 

« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique », dit Robespierre, « est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution.
Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme ennemis. »

Depuis toujours, les gouvernements ont masqué sous des motifs vertueux les vraies raisons qui les faisaient entrer en guerre.

À partir d’exemples empruntés de l’Antiquité à nos jours, Luciano Canfora dénonce cette « perversion morale, culturelle et politique » qui permet à un État de poursuivre une politique d’hégémonie tout en se drapant du titre de défenseur de la liberté.

Luciano CANFORA, Exporter la liberté – Échec d’un mythe, Desjonquères, 2008 [FeuilleterTexte en ligne].

Lire aussi :
Luciano CANFORA, L’imposture démocratique – Du procès de Socrate à l’élection de G. W. Bush, Flammarion, 2003 [Monde en Question].
Luciano CANFORA, La démocratie – Histoire d’une idéologie, Seuil, 2006 [Monde en Question].
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Triste Amérique


 

Il y a deux Amériques.
Celle du mythe, de la liberté, de la musique, de la chance offerte à chacun. De la Silicon Valley, de Manhattan, de Google, de Facebook, de Wall Street et d’Hollywood.

Et l’autre Amérique…. qui consacre la moitié de son budget à l’armée, en perdant toutes ses guerres.
Où un enfant sur quatre mange à la soupe populaire.
Où l’on compte, proportionnellement, plus de prisonniers qu’en Chine ou en Corée du Nord. Où des vieillards paralytiques purgent des peines de 150 ans.
Où, chaque jour, plus de 30 personnes sont abattues par arme à feu.
Où les études coûtent 40 000 dollars par an, induisant une reproduction sociale sans égale. Où l’impôt taxe les plus riches de 15 % et les plus modestes de 25 ou 30 %.

Une démocratie dominée par deux partis qui dépenseront 7 milliards de dollars lors de l’élection de 2016 pour continuer à se partager le pouvoir.

Michel FLOQUET, Triste Amérique, Les arènes, 2016 [Texte en ligne].

De 2008 à 2011, 91% de la croissance des revenus aux États-Unis est allée au 1% des plus riches.
Source : The Nation

Lire aussi : Dossier documentaire USA, Monde en Question.

Dérives humanitaires


Bibliographie sciences sociales

 

L’enjeu : ce que l’on peut perdre. Les grands bouleversements de cette fin de siècle n’ont été ni prévus, ni, souvent, compris. L’absence de repère et la perte des références créent des appels d’air dangereux, un climat à risques. Enjeux : une approche critique des phénomènes de notre temps.

L’enjeu : ce que l’on gagne parfois. À l’incertitude et au désarroi les médias, et plus généralement les discours, opposent des réponses opaques ou faussement transparentes. Enjeux : un regard et une grille d’analyse qui cherchent à démasquer et à démystifier.

L’enjeu : ce qu’en jouant, on risque. Les problèmes les plus graves du moment ont perdu leur spécificité géographique. On les trouve au Nord comme au Sud. Mais les solutions, elles, ne sont pas universelles. Enjeux : une mise au pluriel de la pensée, une mise en relief des enjeux de pouvoir qui, sous le coup des diverses ruses de l’histoire, ont parfois cessé de nous être familiers.

Marie-Dominique PERROT (sous la direction de), Dérives humanitaires, Graduate Institute Publications, 1994 [Texte en ligne].

Lire aussi : Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Qui est Charlie ?


 

Qui sont vraiment ceux qui ont affiché leur foi dans la République le 11 janvier dernier ?

La cartographie et la sociologie des trois à quatre millions de marcheurs parisiens et provinciaux réservent bien des surprises. Car si Charlie revendique des valeurs libérales et républicaines, les classes moyennes réelles qui marchèrent en ce jour d’indignation avaient aussi en tête un tout autre programme, bien éloigné de l’idéal proclamé. Leurs valeurs profondes évoquaient plutôt les moments tristes de notre histoire nationale : conservatisme, égoïsme, domination, inégalité.

La France doit-elle vraiment continuer de maltraiter sa jeunesse, rejeter à la périphérie de ses villes les enfants d’immigrés, reléguer au fond de ses départements ses classes populaires, diaboliser l’islam, nourrir un antisémitisme de plus en plus menaçant ?

Identifier les forces anthropologiques, religieuses, économiques et politiques qui nous ont menés au bord du gouffre, indiquer les voies difficiles, incertaines, mais possibles d’un retour à la véritable République, telle est l’ambition qui anime ce livre.

Emmanuel Todd, on le sait, n’est pas du genre à penser dans le sens du vent et nombre sont ceux qui évoquent l’auteur en se pinçant le nez. Quelques mois à peine après la tragédie de Charlie Hebdo, l’historien, géographe voire le sociologue Todd sort ce « Qui est Charlie ? » et c’est la presse entière qui lui tombe dessus, de Libération à Challenges, France Inter et nombre de ceux qui savent comment penser droit. Que peut donc bien dire Todd dans ce livre qui puisse tant choquer Caroline Fourest et ses nombreux autres détracteurs ? Oserait-il, crime odieux s’il en est, blasphémer le sacro-saint Esprit du 11 Janvier ? Oserait-il s’opposer à la liberté d’expression chère à tous les détracteurs de Dieudonné ? Tiendrait-il de plus abominables encore propos dans ces 250 pages ?

Todd n’est pas Charlie, tel est son propos, et ce pour une raison toute simple qu’il pose en quelques lignes : « Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu – et même un devoir ! – et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. ». Oui, là où Todd froisse la « bonne pensée » c’est en rappelant que l’Islam, en France tout du moins, reste une religion pratiquée principalement par les français les moins bien lotis. Pour l’auteur, la France qui a défilé le 11 Janvier est la France des classes moyennes et des cadres, mélange de bobos parisiens, de bigots cathos (qui avaient pourtant eux aussi quelques bonnes raisons de se sentir agressés par Charlie Hebdo) et autres français bon teint dont il reconnait bien volontiers que pris individuellement ils puissent être des gens charmants.

Comme souvent avec l’auteur, le point de départ de la réflexion a le mérite d’être original, l’angle utilisé inédit et, ne serait ce que pour cette raison, voilà un livre qui a le mérite de détonner au milieu de la pléthore d’ouvrages béats qui sort en ce moment. Néanmoins on se perd quelque peu en court de route, entre fulgurance de l’esprit, véritable prise de position indépendante (« Ce qui m’inquiète n’est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l’Islam pour commettre des crimes, que les raisons pour lesquelles, en janvier dernier, une société est devenue totalement hystérique jusqu’à aller convoquer des gamins de 8 ans dans des commissariats de police » ou encore « Qu’on les laisse tranquilles, les musulmans de France. Qu’on ne leur fasse pas le coup qu’on a fait aux juifs dans les années 30 en les mettant tous dans le même sac, quel que soit leur degré d’assimilation, quel que soit ce qu’ils étaient vraiment en tant qu’êtres humains. Qu’on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans ») et concept plus « tirés par les cheveux ». S’interroger sur l’identité de ceux qui ont défilé le 11 Janvier, l’entreprise est louable, c’est s’interroger sur l’identité de la France d’aujourd’hui, une France qui, pétrie de bonne conscience républicaine, a fait sécession de son monde populaire.

Emmanuel TODD, Qui est Charlie ? – Sociologie d’une crise religieuse, Seuil, 2015 Texte en ligneNonfiction.

Lire aussi :
• Articles Charlie, Monde en Question
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Le communisme désarmé


 

Le communisme a autant été désarmé par ses adversaires socialistes et de droite, dans un contexte d’offensive néolibérale, qu’il s’est désarmé lui-même en abandonnant l’ambition de représenter prioritairement les classes populaires.

Analyse du déclin d’un parti qui avait produit une élite politique ouvrière, ce livre propose une réflexion sur la construction d’un outil de lutte collectif contre l’exclusion politique des classes populaires. Cette revisite de l’histoire récente du PCF relève d’un enjeu majeur pour une gauche de plus en plus coupée des groupes populaires.

S’appuyant sur une enquête de terrain et des archives internes, l’auteur montre comment, au-delà des transformations des milieux ouvriers, les classes populaires sont marginalisées au sein du PCF. En traquant toute divergence interne et en changeant continuellement de ligne, l’appareil central provoque des départs massifs de militants. Prêter attention à ce qui se passe à « la base » rend compte des transformations des manières de militer dans un contexte de fragilisation du mouvement ouvrier.

Julian MISCHI, Le communisme désarmé – Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Agone, 2014 [ExtraitDissidencesLectures].

Lire aussi :
• Robert MICHELS, Les partis politiques – Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties [1912], Flammarion, 1914 et 1971 [Bibliothèque de l’école des chartesMultitudesTexte en ligne (anglais)].
Robert Michels, membre de la social-démocrate allemande et du parti socialiste italien dès le début du siècle, a très vite critiqué l’opportunisme et l’embourgeoisement du SPD [qui participera à l’Union sacrée d’août 1914] et mis ses espoirs dans le syndicalisme révolutionnaire, sans renoncer pour autant à mener le combat à l’intérieur de la IIe Internationale. Son désir de comprendre les causes de ce qu’il percevait comme une dégénérescence du mouvement socialiste l’a amené à tenter l’analyse scientifique de l’ossification administrative des « partis du prolétariat ».
• Claude LEFORT, Eléments d’une critique de la bureaucratie, Droz, 1971 – Tel Gallimard, 1979.
Cet ouvrage de Claude Lefort, recueil d’articles publiés notamment dans les Temps modernes et Socialisme ou Barbarie, est un document capital sur les premiers débats consacrés au totalitarisme soi-disant socialiste – avant la banalisation et la vulgarisation de ce thème par les « nouveaux philosophes » des années 1970.
Dossiers documentaires Politique, Monde en Question.

Mythologie contre Histoire


 

Comment le peuple juif fut inventé

Quand le peuple juif fut-il créé ? Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d’historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ?

Dans le sillage de la « contre-histoire » née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l’histoire « de longue durée » des juifs. Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l’an 70 de l’ère chrétienne, ou bien s’agit-il ici d’un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ? Et, si les paysans des temps anciens n’ont pas été exilés, que sont-ils devenus ?

L’auteur montre surtout comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d’une nation. Ce détour par le passé conduit l’historien à un questionnement beaucoup plus contemporain : à l’heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d’un ADN spécifique, que cache aujourd’hui le concept d' »État juif », et pourquoi cette entité n’a-t-elle pas réussi jusqu’à maintenant à se constituer en une république appartenant à l’ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ?
En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays. Construit sur une analyse d’une grande originalité et pleine d’audace, cet ouvrage foisonnant aborde des questions qui touchent autant à l’origine historique des juifs qu’au statut civique des Israéliens.

Shlomo SAND, Comment le peuple juif fut inventé – De la Bible au sionisme, Fayard, 2008 [Texte en ligneLà-bas si j’y suisConférence New-York].

Comment la terre d’Israël fut inventée

Les mots « terre d’Israël » renferment une part de mystère. Par quelle alchimie la Terre sainte de la Bible a-t-elle pu devenir le territoire d’une patrie moderne, dotée d’institutions politiques, de citoyens, de frontières et d’une armée pour les défendre ?

Historien engagé et volontiers polémiste, Shlomo Sand a dénoncé à grand bruit le mythe de l’existence éternelle du peuple juif. Poursuivant ici son œuvre de déconstruction des légendes qui étouffent l’Etat d’Israël, il s’intéresse au territoire mystérieux et sacré que celui-ci prétend occuper : la « terre promise » sur laquelle le « peuple élu » aurait un droit de propriété inaliénable. Quel lien existe-t-il, depuis les origines du judaïsme, entre les juifs et la « terre d’Israël » ? Le concept de patrie se trouve-t-il déjà dans la Bible et le Talmud ? Les adeptes de la religion de Moïse ont-ils de tout temps aspiré à émigrer au Moyen-Orient ? Comment expliquer que leurs descendants, en majorité, ne souhaitent pas y vivre aujourd’hui ? Et qu’en est-il des habitants non juifs de cette terre : ont-ils, ou non, le droit d’y vivre ?

Shlomo SAND, Comment la terre d’Israël fut inventée – De la Terre sainte à la mère patrie, Flammarion, 2012 [Texte en ligneRencontre à l’iReMMO].

Comment j’ai cessé d’être juif

La problématique principale déroulée dans cet essai ne manquera pas d’apparaître illégitime, et même révoltante, à plus d’un lecteur. Elle sera d’emblée récusée par nombre de laïcs déterminés à se définir comme juifs. Pour d’autres, je ne serai qu’un traître infâme, rongé par la haine de soi. Des judéophobes conséquents ont déjà qualifié d’impossible, voire d’absurde, une telle question, parce qu’ils considèrent qu’un juif sera toujours d’une autre race. La judéité est perçue comme une essence immuable et compacte, qui ne saurait être modifiée. L’Etat dont je suis citoyen définit ma nationalité comme « juif ». Pourtant, j’aurais pu être enregistré sous la nationalité autrichienne ; en effet, je suis né, fortuitement, dans un camp de personnes déplacées, dans la ville de Linz, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le problème est que je ne crois pas en un être suprême. Si l’on excepte une brève crise mystique, à l’âge de douze ans, j’ai toujours pensé que l’homme a créé Dieu et non pas l’inverse ; et cette invention m’est toujours apparue comme l’une des plus problématiques, des plus fascinantes et des plus meurtrières de l’humaine société. Par conséquent, je me retrouve, pieds et poings liés, pris au piège de mon identité démente.

« Supportant mal que les lois israéliennes m’imposent l’appartenance à une ethnie fictive, supportant encore plus mal d’apparaître auprès du reste du monde comme membre d’un club d’élus, je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif »

Shlomo SAND, Comment j’ai cessé d’être juif – Un regard israélien, Flammarion, 2013 [Texte en ligneRencontre à l’iReMMO].

Lire aussi :
• Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie », UJFP.
Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ?
Dossier documentaire Sionisme, Monde en Question.
Veille informationnelle Israël, Monde en Question.

La peur de l’Islam


 

Cet article trace un portrait du contexte économique et socio-politique de l’émergence de préjugés islamophobes, principalement en Europe. Partant de la réaffirmation de l’idéologie libérale après 1945, qui se voulait garante des droits des minorités nationales, ethniques et raciales, l’auteure identifie certains des facteurs qui ont mené à une réaction des majorités à leur endroit et à un renforcement de l’ethnocentrisme. Ces facteurs incluent la résistance au pluralisme culturel (qui transforme irrémédiablement la société majoritaire) et la perte de statut social de la classe moyenne résultant de la globalisation économique.

L’auteure identifie également certaines raisons pour lesquelles les musulmans constituent une cible de choix du sentiment d’animosité des majorités: l’importance démographique de cette minorité ; leur faible capacité d’organisation et de mobilisation ; la peur de l’Islamisme politique depuis la révolution Iranienne en 1979 ; la fin du contrôle répressif des tensions internes dans les régions dépendantes de l’Union soviétique depuis sa chute en 1989 ; enfin, l’intérêt pour l’occident des ressources énergétiques du Moyen-Orient.

L’auteure identifie ensuite certaines des croyances modernes que la présence de l’Islam met en cause, alimentant de ce fait l’islamophobie : le schème de la rationalité, voulant que la religion en tant qu’archaïsme intellectuel ne peut subsister dans une société moderne ; le schème de la sécularisation inévitable, mis en cause par la persistance des croyances religieuses ; l’idée d’une opposition nécessaire de l’État à la religion ; la conception d’une menace sur la souveraineté populaire par le pouvoir judiciaire (qui protège les minorités culturelles) ; enfin, la perception de l’Islam et des religions en général comme foncièrement oppressifs envers les femmes.

Lire la suite… Denise HELLY, La peur de l’Islam, SociologieSUniversité du Québec, 2015.

Lire aussi :
• Denise HELLY, L’Islam, épouvantail électoraliste péquiste, Université du Québec, 2013.
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.

Nouvelles figures du racisme


 

L’irruption de la « question de l’islam »» au cœur des angoisses collectives indique que, 70 ans après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’est toujours pas quitte de ses vieux démons.
Manifestement, dans ses diverses déclinaisons, le racisme connaît une nouvelle jeunesse.

Le racisme « biologique » n’ayant plus la cote, l’extrême droite a fait évoluer sa rhétorique, en passant de la « race » à la « culture », de la « culture » à la religion. Ce sont pourtant largement les mêmes personnes qui sont visées. Il faut juste décoder.
Ce racisme est partagée, en France, de l’extrême droite à l’extrême gauche.

Politique nº88, janvier-février 2015

Lire aussi :
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.