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Crise du système démocratique occidental


Bibliographie politique

 

Lors de notre rencontre dans un café du 14e arrondissement de Paris, j’avais de la difficulté à identifier le monsieur devant moi à son âge réel. Ayant 87 ans, Nils Andersson donnait l’impression d’un intellectuel militant à la soixantaine, toujours dynamique et prêt à défendre sa position sang froid pour suivre ce qui se passe dans le monde entier. Né en Suisse, il a été expulsé par le gouvernement helvétique en 1966 pour avoir soutenu la guerre d’indépendance de l’Algérie, s’être opposé à la guerre du Vietnam et avoir soutenu les pensées communistes. Nils Andersson connaît ce que pourrait être un système démocratique dans tous ses états…

Installé depuis longtemps en France, il a maintenant choisi de se retirer de la vie publique. Ayant été un des premiers éditeurs européens à traduire et à publier dans les années 1960 les ouvrages de Mao, le rôle actuel de Nils Andersson est de réfléchir et d’écrire sur son passé : le vécu personnel pendant un demi-siècle. Il a publié en 2016 Mémoire éclatée, un récit de 500 pages pour retracer son parcours dans la seconde moitié du 20e siècle, témoignant de la lutte anticoloniale du Tiers monde jusqu’à la mondialisation économique, pour s’interroger comment le monde occidental est-il entré petit à petit dans le déclin.

Une Europe en perte de vitalité

Ayant vécu la chasse impitoyable des pensées communistes en Europe dans les années 1960, Nils Andersson restait vigilant pour tout type de slogan prônant la liberté d’expression. Sa prospective sur l’avenir du monde s’appuie davantage sur les statistiques, insistant sur le rôle déterminant de la géographie, de la démographie, de l’économie et du pouvoir militaire dans les rapports de force entre pays.

Il a récemment publié un article intitulé « Relations internationales : prévisions de l’imprévisible ? » dans la revue La Pensée, dans lequel il a cité les chiffres de la Fondation Gapminder pour estimer les modifications des relations internationales dans les trente ans à venir. Selon la Fondation Gapminder, « de 2018 à 2050, la population de l’Asie devrait croître de 4 544 millions à 5 255 M (+ 711 M), celle de l’Afrique de 1 286 M à 2 525 M (+ 1 239 M), de l’Amérique centrale et du sud de 515 M à 610 M (+ 95 M), de l’Amérique du Nord de 495 M à 599 M (+ 104 M), de l’Océanie de 40 M à 56 M (+ 16 M), celle de l’Europe au contraire devrait décroître de 744 M à 717 M (- 27 M). Ainsi, l’Asie et l’Afrique représenteraient-elles 80 % de la population mondiale ».

La fondation Gapminder a également indiqué que « en 2019, les enfants de moins d’un an constituent la plus importante classe d’âge en Afrique, il en sera de même en 2050. Pour l’Asie, la classe d’âge la plus importante passerait, toujours entre 2019 et 2050, de 31 à 37 ans, pour les Amériques de 26 ans à 50 et pour l’Europe de 32 ans à 63 ». La conclusion de Andersson sur l’avenir de l’Europe n’est donc pas très optimiste : « Si, pour l’Afrique, la pyramide des âges représente une quadrature du cercle économique et sociale, celles des Amériques et plus encore de l’Europe signifient inéluctablement une perte de vitalité de la société. »

Le classement de l’économie mondiale repositionné

Sur le classement économique mondial, Andersson a souligné : « selon Audit PWC France, si l’on regarde les prévisions, entre 2016 et 2050, le classement des vingt premières puissances économiques sur la base du PIB en parité du pouvoir d’achat, alors pour les pays membres de l’Union européenne : l’Allemagne reculerait de la 6e place à la 9e, le Royaume-Uni de la 9e à la 10e, la France de la 10e à la 12e, l’Italie de la 12e à la 21e, l’Espagne de la 15e à la 26e. »

En ce qui est hors l’Union européenne, « la Russie se maintiendrait à la 6e place et la Turquie avancerait de la 14e à la 11e. Pour l’Amérique du Nord, les États-Unis 2e en 2016, sont 3e en 2050, le Canada 17e deviendrait 22e et dans l’Océanie l’Australie reculerait de la 18e à la 28e place. En Asie, la Chine, déjà 1ère en 2016, le resterait en 2050, l’Inde, 3e, deviendrait 2e. l’Indonésie 8e serait 4e, l’Arabie saoudite passerait de la 15e à la 13e place, l’Iran, 18e deviendrait 17e, au contraire, le Japon reculerait de la 4e à la 8e, la Corée du Sud de la 13e à la 18e et la Thaïlande de la 20e à la 25e. Pour l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, le Brésil 7e, deviendrait 5e et le Mexique 11e avancerait à la 7e place ».

Andersson a ainsi indiqué : « les États membres de l’Union européenne perdent-ils tous des places, l’Italie, l’Espagne avec le Canada, l’Australie et la Thaïlande ne sont plus dans les vingt premiers, remplacés par le Nigéria (14e), l’Égypte (15e), le Pakistan (16e), les Philippines (19e) et le Vietnam (20e). La tendance économique démontre le transfert du centre de gravité du monde de l’espace euro-atlantique vers l’espace Asie-Pacifique et la montée en influence des puissances émergentes, principalement la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil et le Mexique. »

Déséquilibre dans le système social des pays occidentaux

Sur l’état actuel de la plupart des pays occidentaux, Andersson a exprimé son inquiétude : « l’une des conséquences du néolibéralisme dans les années 80 a été la privatisation du revenu national et l’augmentation de la richesse privée par rapport à la richesse publique. Dans une large mesure, le rôle des gouvernements occidentaux en tant que décideurs a été affaiblis. Cela est devenu une raison importante du déclin de l’Occident. » En Allemagne, en Grande-Bretagne, en France, au Japon et aux États-Unis, a-t-il rajouté, le résultat de la privatisation du revenu national a entraîné la montée de la dette nationale, et le gouvernement s’est ainsi appauvri, ce qui a conduit la gouvernance des pays occidentaux à une impasse.

« La croissance de la richesse privée, notamment des revenus des grandes sociétés multinationales nées dans les années 50, a largement inversé l’équilibre entre la richesse publique et le système social dans les pays occidentaux », a insisté Andersson. « Aujourd’hui, environ 1000 multinationales occidentales contrôlent 80% de la production industrielle mondiale. Cette forte concentration de capitaux, ainsi que la concurrence féroce entre les entreprises et leurs relations complexes avec les partis politiques, ont créé des freins et contrepoids majeurs sur les politiques publiques des pays occidentaux. En conséquence, la participation politique des citoyens a été constamment réduit, aggravant encore les crises politiques et sociales des démocraties occidentales », a-t-il conclu.

Andersson a ainsi résumé : « la crise écologique, la crise financière, l’écart entre les riches et les pauvres, l’expansion des inégalités sociales, les migrations causées par les guerres, la crise de la démocratie représentative, le déclin de l’idée d’État-nation, la radicalisation de la conscience de l’identité, l’augmentation de l’égoïsme national, le rejet de l’idéologie, l’évitement de la réalité par la religion… Voilà les principaux problèmes auxquels sont confrontés les pays occidentaux aujourd’hui et à l’avenir. »

Néanmoins, il a insisté le fait que les États-Unis restent toujours dans une position majeure, comme l’OTAN en dépend dans les affaires militaires, et c’est aussi la première puissance mondiale qui domine encore les institutions et les organisations internationales, avec des moyens financiers et économiques considérables. Les pays anglophones maintiennent ainsi, avec les États-Unis, une forte influence dans le monde entier.

L’avantage de la mémoire longue de la Chine

Selon Andersson, l’émergence de la Chine au cours des 40 dernières années est une réalité généralement inattendue dans le monde occidental, ce qui a conduit la Chine et les États-Unis à devenir les deux pays qui auront le plus d’influence sur l’équilibre des relations internationales à l’avenir. Il a ainsi estimé : « bien que les États-Unis et la Chine soient les deux pays qui ont la dette la plus élevée, la nature de leur dette est très différente. Par rapport à la croissance économique, ces deux pays ont encore beaucoup de marge de manœuvre financière. » Toutefois, l’ancien éditeur reste très optimiste quant au potentiel de développement de l’économie numérique en Chine. Il a conviction que les entreprises informatiques à grande échelle de la Chine, telles que Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, Huawei, pourront rivaliser avec les géants américains.

Sur l’ordre mondial, Andersson a aussi estimé : « bien que la Chine et les États-Unis aient un impact plus important sur la structure internationale, ce n’est pas la même chose que la confrontation entre les États-Unis et le bloc militaire dirigé par les Soviétiques pendant la guerre froide. L’avenir de la structure mondiale est une hiérarchie des contradictions primaires et secondaires. En tant que deux grandes puissances, les États-Unis et la Chine ont une influence structurelle sur l’ordre mondial, mais les forces régionales ne peuvent pas être sous-estimées, comme les crises régionales en Turquie, en Amérique latine et en Inde. »

Andersson a notamment critiqué la « mémoire courte » des politiciens occidentaux, c’est-à-dire l’oubli de leur propre histoire les amenant à juger le développement actuel de la Chine selon des normes inopportunes. Il a déploré : « la critique des politiciens occidentaux envers la Chine est irresponsable ! » À ses yeux, c’est précisément la Chine d’aujourd’hui qui incarne les avantages de la « mémoire longue ». La Chine sait comparer sa propre histoire avec celle des pays occidentaux, en prenant en considération les intérêts du peuple pour élaborer un plan de développement à long terme.

Gilet jaune : les crises politiques, sociales et culturelles de la France

Sur les mouvements des « gilets jaunes » qui ont duré plus d’un an en France, Andersson a gardé un œil distant. Selon lui, il s’agit de l’aggravation de la crise institutionnelle provoquée par la libération sociale dans le pays depuis 1968. « La politique néolibérale mise en œuvre par la France depuis les années 80 a désormais considérablement aggravé l’insécurité sociale », a-t-il souligné. « Cela rend les pauvres encore plus pauvres, et la classe moyenne dans une instabilité extrême. La classe moyenne risquerait ainsi de devenir une couche sociale défavorisée, et ce genre de peur a conduit la France à des crises sociales ».

Il a poursuivi : « la crise institutionnelle des démocraties occidentales se reflète également dans la crise des systèmes de représentation et des partis politiques. Le pouvoir est désormais entre les mains des oligarques financiers, tandis que les représentants élus du gouvernement n’ont plus le pouvoir de décision. Cela rend difficile le fonctionnement du système parlementaire et il est aussi peu probable pour le nouveau type de représentation des citoyens de trouver leur voix. » Enfin, « les deux types de crise – crise sociale et crise institutionnelle – sont finalement liés à la crise culturelle provoquée par la récession européenne », a conclu Andersson.

Source : Le Quotidien du Peuple

Lire aussi :
Nils Andersson, éditeur militant, En attendant Nadeau.
Nils Andersson, éditeur, IMDb.
Nils Andersson, éditeur d’Alleg, Le Temps.
Nils Andersson, Une répression coloniale oubliée au Niger, Histoire coloniale et postcoloniale.
Articles Nils Andersson, ATTAC.
Articles Nils Andersson, Cairn.
Articles Nils Andersson, L’Humanité.
Articles Nils Andersson, Le Monde diplomatique.
Blog, Le Club de Mediapart.
Blog, Nils Andersson.
Dossier Nils Andersson, Éditions d’en bas.
Nils ANDERSSON, Mémoire éclatée – De la décolonisation au déclin de l’Occident, Éditions d’en bas [Dépliant].
Livres Nils Andersson, L’Harmattan.
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Paris, capitale du tiers monde


Bibliographie politique

 

Durant l’entre-deux-guerres, parmi la population estudiantine parisienne se trouve la plupart des futurs leaders de l’anti-impérialisme. Venus d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud pour achever leur formation politique, ils se croisent, se fréquentent parfois, formulent déjà quelques aspirations sans que la Ville Lumière n’en sache rien.

Ce livre retrace l’expansion, au cours de l’entre-deux-guerres, de l’anti-impérialisme mondial, mouvement dans lequel Paris joua un rôle de tout premier plan. La Ville Lumière accueillit en effet d’innombrables futurs leaders tiers-mondistes qui vinrent y faire, sans même le savoir, leur formation politique – formation qui, en retour, les mènera vers l’une des plus fantastiques déflagrations révolutionnaires de l’histoire. Dans ce Paris incroyablement cosmopolite où affluaient les âmes errantes venues du monde entier, on pouvait ainsi croiser Hô Chi Minh, Zhou Enlai, Léopold Sédar Senghor, C. L. R. James, George Padmore, Messali Hadj ou le révolutionnaire indien M. N. Roy.

En étudiant le contexte sociopolitique parisien dans lequel ces apprentis activistes évoluaient, ce livre nous plonge dans des complots d’assassinat prétendument ourdis par des étudiants chinois, dans des manifestations menées par des nationalistes latino-américains, ou simplement dans la vie quotidienne des ouvriers algériens, sénégalais ou vietnamiens.

Sur la base de rapports de police et autres sources de première main, Michael Goebel montre le rôle de force motrice essentiel joué par les mouvements migratoires et les interactions vécues au sein des milieux immigrés dans le développement de l’opposition à l’ordre impérial mondial, qui a fait se croiser les histoires de peuples issus de trois continents. S’appuyant sur les travaux de l’histoire globale et impériale, et sur les études des questions migratoires et « raciales » en France, ce livre ne propose rien de moins qu’une compréhension renouvelée des origines de l’idée de tiers monde et de tiers-mondisme.

Michael GOEBEL, Paris, capitale du tiers monde, 2017 La Découverte, [Texte en ligne].

Depuis, l’eau à couler sous les ponts de Paris qui est devenu Paris-Charlie, la capitale du racisme… contre les Arabes, les Noirs ou les Chinois.

14/02/2020
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

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Mossad – Un agent des services secrets israéliens parle


Bibliographie politique

 

Ce livre a une histoire. Le 12 septembre 1990, répondant à une requête de l’État d’Israël, un juge de New York estima qu’il devait être interdit à la vente sur tout le territoire des États-Unis.
Selon le gouvernement de Tel-Aviv, l’ouvrage, écrit par un ex-agent des services secrets Israéliens, « disséminait des informations hautement confidentielles, susceptibles de mettre en péril les vies de plusieurs personnes employées par l’État d’Israël ».

C’était la première fois dans l’histoire des États-Unis qu’une puissance étrangère obtenait l’interdiction d’un livre. Les partisans de la liberté d’expression se réjouirent donc lorsque ce jugement exorbitant fut repoussé en appel. L’accueil des lecteurs américains fut triomphale. Il faut dire que les révélations abondent dans le livre. Et qu’elles font mal.

Israël a bien sur accusé Victor Ostrovsky d’être un traitre à son pays. « Les idéaux pervertis que j’ai rencontrés dans l’organisation du Mossad, joints à la cupidité, la soif de pouvoir et le manque absolu de respect pour la vie humaine de ses dirigeants, m’ont incité à publier ce témoignage, répond-il. C’est par amour pour un Israël juste et libre que je raconte ma vie sans détour, et que j’ose affronter ceux qui ont pris la responsabilité de transformer le rêve sioniste en cauchemar ».

Qui a tort ? Qui a raison ? Au lecteur de juger. Sur pièces.

Claire HOY, Victor OSTROVSKY, Mossad – Un agent des services secrets israéliens parle, Presses de la Cité, [Texte en ligne].

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Histoire secrète du Mossad


Bibliographie politique

 

Chargé de veiller à la sécurité de l’État d’Israël, le Mossad (Institut des renseignements et des opérations spéciales) a été à l’origine des faits d’espionnage, d’antiterrorisme et d’assassinats parmi les plus saisissants du XXe siècle.

Pour écrire ce livre unique sur le sujet, Gordon Thomas a interrogé de nombreux agents du Mossad, informateurs, espions et anciens dirigeants. L’accès à des documents confidentiels et à des sources secrètes lui permettent de faire ici des révélations inédites sur les services secrets israéliens.

C’est avec le brio d’un auteur de romans policiers qu’il décrit les activités de renseignement, les opérations clandestines et la lutte antiterroriste du Mossad : la capture d’Adolf Eichmann, l’assassinat systématique des membres de Septembre noir, responsables de la mort des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972, mais aussi le vol de vedettes lance-missiles commandées à la France et mises sous embargo par le général de Gaulle, l’infiltration des services secrets arabes, les liens entre la CIA, le Mossad et le Vatican…

Les derniers chapitres nous montrent comment le Mossad avait planifié l’assassinat de Saddam Hussein, ce qu’il savait des sociétés américaines basées en Chine et de leurs liens avec Oussama Ben Laden. On y découvre les révélations du Mossad sur la mort de la princesse Diana et sur la disparition des millions transférés de la banque du Vatican à Solidarność, le rôle caché des services secrets israéliens dans la guerre en Irak et la traque de Saddam Hussein et Oussama Ben Laden.

Thomas GORDON, Histoire secrète du Mossad, Points, 1999 [Texte en ligne].

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Les guerres secrètes du Mossad


Bibliographie politique

 

Explosions en série dans les centres atomiques iraniens, virus informatique, lutte contre les trafiquants d’armes en haute mer, assassinats au cœur du Hamas et du Hezbollah : les services secrets israéliens ne cessent de faire parler d’eux. Cette nouvelle grande enquête dévoile les succès et les revers du Mossad ces dernières années, comme l’élimination du chef militaire du Hezbollah en plein cœur de Damas ou le « Dubaigate », meurtre d’un cadre du Hamas qui tourna à la déconfiture.
Pour la première fois, sont ici détaillés les liens étroits du Mossad avec les services de renseignement français et leur rôle conjoint dans certaines opérations. L’ouvrage retrace aussi les relations complexes entre le Mossad et d’autres grands services occidentaux (CIA, MI6, BND), entre coopération technique, échange d’informations et espionnage mutuel… ce qui explique certaines phases de tension.

L’auteur révèle aussi les étonnants réseaux du Mossad dans les milieux d’affaires internationaux et l’on découvre la double vie d’un grand producteur hollywoodien, mais aussi celles de financiers et de marchands d’armes ou de technologie, secrètement au service d’Israël. Les coups tordus se pratiquent désormais dans les milieux feutrés de la finance : détournement de fonds occultes, guerre de fausses monnaies…

Enfin, l’enquête revient sur le rôle du Mossad dans les bouleversements en cours au Moyen-Orient tels que la crise diplomatique avec la Turquie et les révolutions arabes, qui ont emporté certains informateurs précieux pour le Mossad au sein des régimes renversés.

Yvonnick DENOËL, Les guerres secrètes du Mossad, Nouveau Monde, 2014 [Texte en ligne].

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Les services secrets israéliens – Mossad, Aman, Shin Beth


Bibliographie politique

 

Infiltration d’agents au cour des organisations ennemies, sabotages clandestins, éliminations ciblées, raids de commandos. autant de missions menées par les services secrets israéliens, considérés comme les meilleurs du monde. Mais cette réputation est-elle justifiée ? Comment fonctionnent-ils ? Comment leurs opérateurs sont-ils formés ? Quels ont été leurs succès et leurs échecs ? La seule façon pour Israël d’éviter le sort funeste que lui promettent ses ennemis, c’est d’anticiper toute action adverse.

Ainsi, depuis sa création, l’État hébreu a mis l’accent sur le renseignement, les opérations clandestines et les raids préventifs pour annihiler toute menace. Spécialistes du renseignement et du Proche-Orient, Éric Denécé et David Elkaïm donnent à comprendre la communauté du renseignement israélienne dans son ensemble : Shin Beth (sécurité intérieure), Aman (renseignement militaire), Mossad (renseignement extérieur) et autres Sayerot (forces spéciales de Tsahal).

Ils passent aussi au crible leur organisation, les différentes actions qu’ils ont eu à mener, leurs relations avec le monde politique, mais aussi, leurs échecs. Beaucoup d’organismes et d’opérations sont ici évoqués pour la première fois : les capacités d’écoute et de guerre informatique de l’Unité 8200 ; les réseaux d’informateurs implantés au Liban ; le « service action » du Mossad ; les raids clandestins des forces spéciales en Syrie à la recherche des armes chimiques ; et surtout, la guerre secrète contre l’Iran, afin de saboter le développement du programme nucléaire de Téhéran et préparer d’éventuelles frappes aériennes.

Eric DENÉCÉ, David ELKAIM, Les services secrets israéliens – Mossad, Aman, Shin Beth, Tallandier, 2014 [Texte en ligne].

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Ils ont tué Pierre Overney


Bibliographie politique

 

Qui se souvient aujourd’hui de Pierre Overney ? Les nouvelles générations auront du mal à croire que, dans les années 70, plus de 200 000 personnes ont défilé à Paris derrière le cercueil de cet inconnu : Lionel Jospin, Simone Signoret, Jean-Luc Godard, Sartre, etc.

Pierre Overney était un ouvrier maoïste de 24 ans que ses petits chefs de la Gauche prolétarienne ont envoyé en commando pour casser la gueule aux gardiens « fascistes » de l’usine Renault, à Boulogne-Billancourt. Un membre du service d’ordre a sorti son arme : Overney-le-mao est mort d’une balle en plein cœur. C’était le 25 février 1972. Ironie de l’Histoire, au même moment, en Chine, Richard Nixon se congratulait avec Mao. Ici des groupements gauchistes s’en prenaient avec violence moins au capitalisme qu’au parti communiste, à qui ils reprochaient de ne pas « faire la révolution ».

Lors de l’enterrement d’Overney, le philosophe Louis Althusser aurait dit : « c’est le gauchisme qu’on enterre ». On peut se demander maintenant si, ce jour-là, ça n’est pas tout simplement la gauche qui est morte.

Morgan SPORTÈS, Ils ont tué Pierre Overney, Grasset, 2017 [Texte en ligne].

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Aux origines du socialisme français


Bibliographie histoire

 

Pierre Leroux, qui fut après 1830 un des apôtres de la République démocratique et sociale – du socialisme, comme il disait déjà – a débuté dans le journalisme littéraire en 1824. Débuts modestes et obscurs, sur lesquels les biographes passent vite : Leroux, qui n’est encore qu’un manœuvre des lettres, ne signe aucun de ses articles avant 1831.

C’est à cette période de formation si mal connue, et pourtant décisive, que cet ouvrage est consacré. Des documents inédits ont permis à l’auteur d’identifier, pour cette période, plusieurs dizaines d’articles de Leroux, inconnus jusqu’à présent pour la plupart : il en analyse systématiquement le contenu, en relation avec les luttes politiques et les débats idéologiques de l’époque.

Ainsi peuvent être tracés les grands axes d’une pensée originale et souvent féconde : philosophie de l’histoire, histoire des religions, philosophie politique, esthétique, Leroux a exploré tout cela dès avant 1830, en ces années-mères du XIXe siècle où prend figure la société issue de la Révolution française et où surgissent tant de problèmes nouveaux, qui sont encore aujourd’hui les nôtres.

Jean-Jacques GOBLOT, Aux origines du socialisme français – Pierre Leroux et ses premiers écrits (1824-1830), Presses universitaires de Lyon, 1977 [Texte en ligne].

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Jacques Chirac (1932-2019)



France 2 a rediffusé ce documentaire le 26 novembre 2019 à 21h24 et 22h55

 

Titre : Chirac
Réalisateur : Patrick Rotman
Durée : 1h43 et 1h46
Année : 2006
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé :
1 Le jeune loup 1932-1981
Né le 29 novembre 1932 à Paris, d’un père employé de banque et d’une mère au foyer qui adule son fils unique, Jacques Chirac entre à 18 ans à Sciences-Po. Après l’ENA, il rejoint Matignon, au cabinet de Georges Pompidou. Il est élu le 5 mars 1967 député de la Corrèze et entre au gouvernement. C’est le début d’une carrière ministérielle ininterrompue. En 1974, Chirac torpille la candidature de Jacques Chaban-Delmas et devient le Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing mais, très vite, entre les deux hommes, la cohabitation s’avère difficile. En août 1976, Chirac démissionne et crée le RPR, conçu pour la conquête de l’Elysée.
2 Le vieux lion 1981-2006
Face à Mitterrand à l’Elysée, Chirac s’installe comme l’incontournable chef de l’opposition. En 1986, la droite gagne les élections législatives de justesse. Mitterrand appelle Chirac à Matignon. Après deux années de cohabitation musclée, François Mitterrand est réélu en 1988. Passé un moment d’abattement, la machine Chirac se remet en route. Lors du référendum sur Maastricht, il prend position pour le «oui», contre l’immense majorité de son parti. En mars 1993, l’opposition emmenée par Chirac remporte une victoire écrasante. Edouard Balladur devient Premier ministre. Les deux amis de trente ans deviennent des ennemis implacables. En 1995, Chirac est élu président de la République : trente ans de vie politique trouvent leur accomplissement.
Fiche : Programme-tvProgramme-tv
Partage proposé par : 9docu DVD FR
Avis de Ciné Monde : Les points forts du documentaire tiennent aux informations oubliées aujourd’hui comme le rôle des conseillers de l’ombre de Jacques Chirac (Pierre Juillet et Marie-France Garraud) ; la violente campagne nationaliste de Jacques Chirac contre l’Europe inspirée par ces derniers [1-1h28] ; le fait que Jacques Chirac avait fait élire Giscard en 74 et a contribué à le faire perdre en 81 [1-1h41] ; Jacques Chirac approuve l’alliance avec l’extrême droite en 83 [2-05’28] ; la trahison de Charles Pasqua et Philippe Seguin [2-19’58] ; Jacques Chirac devient pro-européen (traité de Maastricht) par opportunisme [2-22’00] avec la surréaliste photo-montage du Figaro [2-23’53] ; la rupture d’Édouard Balladur avec son poulain [2-24’39] ; la trahison de Nicolas Sarkozy [2-30’26] ; la campagne aussi grand-guignolesque que démagogique de Jacques Chirac contre la fracture sociale avec le retournement de Philippe Seguin [2-33’32] ; Jacques Chirac, à peine élu, ferra le contraire de ce qu’il avait promis [2-47’48] ; le montage du discours de Jacques Chirac avant (juillet 1996) et après la dissolution (avril 1997) est dévastateur [2-52’45].

Les points faibles du documentaire apparaissent à partir de l’évocation des affaires. Le 21 avril 2002 est traité de manière politiquement correcte et Jacques Chirac présenté comme le sauveur de la République [2-1h27] en oubliant son discours sur le bruit et l’odeur de 1991 et sa campagne sécuritaire du premier tour qui fera le lit de Nicolas Sarkozy, un autre traitre, en 2007. Les mérites du discours de Dominique de Villepin refusant de participer à la guerre contre l’Irak attribués à Jacques Chirac oublient de préciser que, comme la Russie et l’Allemagne, la France défendait surtout ses intérêts économiques dans ce pays.
Le portrait psycho-analytique de l’homme [1-1h01], [1-1h32], [2-03’10], [2-17’30] et pire encore [2-1h43-1h45] est une fausse note qui relève d’une construction spéculative sans intérêt car ce n’est pas l’homme qui est critiquable, mais sa politique.

Le documentaire est surtout centré sur le cirque des élections avec son cortège d’alliance, de trahison et surtout de promesses qui seront oubliées dès le lendemain. Or dans le bilan de l’écart entre les paroles et les actes, Jacques Chirac n’a pas fait pire que François Mitterrand avec le tournant de la rigueur. Au final, le bilan de ce qu’on appelle encore la démocratie est lourdement négatif.

Lire aussi :
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Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier Cinéma France, Monde en Question.
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Michel RAGON (6 livres en ligne)


Bibliographie artsBibliographie littératureBibliographie politique

 

Michel RAGON, La mémoire des vaincus, Albin Michel, 1992 [Texte en ligne].
A la veille de la Première Guerre mondiale, Fred et Flora, deux gamins des rues, battent le pavé de Paris. Mais bientôt le destin va les conduire dans le sillage de la célèbre bande à Bonnot, puis vers l’aventure anarchiste. Mêlant l’histoire au mythe et à l’autobiographie, ce récit romanesque à grand souffle nous entraîne sur les pas de son héros, de la Russie de 1917 à l’Espagne du Front populaire, de la vie ouvrière à la bohème artistique, parmi une foule de personnages obscurs ou illustres, tous animés de cet « increvable esprit de liberté » qui renaîtra en mai 68 et surmontera l’effondrement de l’utopie communiste.

Michel RAGON, Le roman de Rabelais, Albin Michel, 1993 [Texte en ligne].
Quel roman la vie de Rabelais ! Homme d’Eglise dont l’itinéraire va d’un obscur couvent vendéen à la fréquentation des papes au Vatican, devenu l’un des plus illustres médecins de son temps, écrivain truculent et révolutionnaire, toujours en fuite pour échapper aux bûchers de l’Inquisition…
Roman picaresque et émouvant d’un homme si cher au coeur de Michel Ragon qu’il n’a cessé de hanter son oeuvre, roman intime et attachant d’un Rabelais méconnu, profondément humain, lucide et désenchanté, qui sut préserver un incroyable souffle de liberté dans un siècle plein de fractures.
Michel Ragon raconte son Rabelais. C’est un homme étonnamment moderne et proche que l’on découvre, dont le rire déconcertait hier les puissants et continue de tonner contre toutes les intolérances.

Michel RAGON, Ils se croyaient illustres et immortels, Albin Michel, 2011 [Texte en ligne].
Ils se croyaient immortels, ils étaient célébrés, puis la roue du destin a tourné, ils se sont égarés dans les ornières de l’Histoire, témoins impuissants de leur propre défaite. Descartes, Dumas, Lamartine, Courbet, Kropotkine, Hamsun, Pound, Clemenceau, Fréhel et Sagan, qu’ont-ils en commun si ce n’est leur mort pitoyable et leur gloire retrouvée ?
Avec ce sens de l’anecdote tendre et féroce à la fois, Michel Ragon évoque leur vieillesse déchue, leurs illusions, leur aveuglement mais aussi leur génie et leur gloire, et ce mystère fragile, grotesque et dérisoire que revêt toute existence humaine.

Michel RAGON, Dictionnaire de l’anarchie, Albin Michel, 2013 [Texte en ligne].
Se situant en dehors des partis et les récusant tous, l’anarchie se singularise par l’association tumultueuse de tendances parfois contradictoires.
Michel Ragon, depuis longtemps témoin engagé de l’épopée libertaire dont il fut le grand romancier (La Mémoire des vaincus), rassemble ici pour la première fois les éléments d’un Dictionnaire de l’anarchie, véritable mise en récit de cette aventure méconnue mais capitale.

Dictionnaire des principaux militants de l’anarchie et de ses théoriciens, tels Proudhon, Bakounine, Kropotkine, ce livre est aussi un dictionnaire de tous ceux qui se sont réclamés ou se réclament de la pensée libertaire, comme Breton et Camus, Céline et Dubuffet, Richard Wagner et Oscar Wilde
Dictionnaire des hommes, mais aussi dictionnaire des idées et de la pensée anarchiste dans le monde contemporain, de son influence, souvent méconnue, voire occultée.

Michel RAGON, Le marin des sables, Albin Michel, 2013 [Texte en ligne].
A quoi rêve un enfant lorsqu’il vit dans un pays de sable et de sel, sinon à ce qui peut bien se trouver de l’autre côté de la mer ? Et il s’embarque un beau jour à La Rochelle, se mêle aux matelots qui hissent les voiles d’un vaisseau mettant le cap sur les îles des Caraïbes. Et il rencontre là-bas la misère et la violence qu’il croyait fuir.

Comment il tentera toute sa vie de rejoindre la « terre des délices du coeur », en compagnie des boucaniers et flibustiers de l’île de la Tortue ; comment il croira l’avoir trouvée dans la tribu des derniers Indiens Arawaks ; comment ses aventures, d’abordages en expéditions sur les côtes américaines, l’amèneront de la gueuserie à la richesse et aux plus hautes fonctions de la marine corsaire avec l’aval de M. Colbert ; comment il connaîtra l’amour et les amours singulières ; comment il disparaîtra dans la forêt vierge telle est la trame de ce grand roman de mer et d’aventures qui ravira tous ceux qui ont un jour vibré à la lecture de L’île au Trésor et de Robinson Crusoë.

Michel RAGON, Le journal d’un critique d’art désabusé, Albin Michel, 2013 [Texte en ligne].
Comment un jeune Vendéen débarqué de Nantes à l’été 1945 est-il devenu ce critique d’art au flair redoutable qui a su déceler dès le début les peintres devenus désormais incontournables, celui qui a fait connaître le mouvement Cobra (Appel, Constant, Corneille) en France et a suivi avec une amitié fidèle l’œuvre de Soulages, de Hartung, d’Atlan, de Dubuffet jusqu’à aujourd’hui ?

Michel Ragon dans ce Journal tenu entre 2009 et 2011, à l’occasion de rétrospectives et d’expositions de peintres devenus désormais des classiques, revient sur ses rencontres, ses amitiés, ses admirations et ses dégoûts. S’amusant du non-art, déplorant le « financial art », il évoque une époque où les artistes créaient sans s’occuper du marché, revendiquaient une vision de l’art allant à l’encontre des modes du moment, suivis souvent par des galeristes qui croyaient en eux, en leur génie et quelques critiques pour qui l’admiration tenait lieu de pain quotidien.

Arman, Klein, Spoerri, Pollock, Alechinsky, Jorn, Chaissac, Etienne-Martin, Zao Wou-Ki, tant d’artistes qui ont marqué leur temps, d’autres oubliés comme Nicolas Schöffer ou Georges Mathieu après avoir été célèbres, Michel Ragon leur rend hommage en témoin, acteur et historien de cette seconde moitié du XXe siècle si foisonnant en œuvres capitales qui font désormais partie de notre patrimoine culturel.

Dans ce très court article sur l’anarchisme de droite, la conclusion de l’auteur est savoureuse car la plupart des anarchistes ont lutté les armes à la main contre les communistes en Russie (avant leur dégénérescence à partir de 1924) et ils soutiennent aujourd’hui des révolutions de couleurs organisées par la CIA au profit de l’extrême droite comme en Ukraine.

18/03/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Bio-bibliographie Michel Ragon, Site de l’auteur.
Articles sur Michel Ragon, Cairn.infoOpenEditionPersée.
Vidéos sur Michel Ragon, DailymotionYouTube.
25/09/2014, Michel Ragon : critique d’art et d’architecture, Cité de l’architecture & du patrimoine.
2/10/2015, Autour de Michel Ragon (Centre Pompidou), Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la LoireCentre Pompidou.
25/02/2018, Michel Ragon : « La révolte des Chouans était en réalité une jacquerie, une révolte plébéienne conduite par des chefs plébéiens », France Culture.
Richard LEEMAN et Hélène JANNIÈRE (sous la direction de), Michel Ragon Critique d’art et d’architecture, Presses Universitaires de Rennes, 2013 [Introduction en ligne].

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