Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Bibliographie politique

Les guerres illégales de l’OTAN


Bibliographie politiqueBibliographie histoire

 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fondation de l’Organisation des Nations Unies, prévaut l’interdiction de faire la guerre. Seules 2 exceptions permettent le recours à la force armée. D’une part subsiste le droit à l’autodéfense, et d’autre part l’action guerrière contre un pays est autorisée en cas de mandat préalable et explicite du Conseil de Sécurité de l’ONU. Hormis ces deux cas précis, la guerre est, depuis plus de 70 ans, proscrite par le droit international.

Cependant la réalité est toute autre. De nombreuses guerres dévastent le globe, et la fin des conflits militaires n’est pas en vue. Durant ces 7 dernières décennies, certains pays membres de l’OTAN ont trop souvent mené des guerres illégales, ce qui demeure encore aujourd’hui lourd de préjudices pour les populations des pays visés… mais sans conséquences pour les responsables.

Ce livre décrit, à travers l’exemple de 13 pays, comment des guerres illégales furent menées dans le passé (Iran, Guatemala, Égypte, Cuba, Vietnam, Nicaragua, Serbie), et le sont encore dans le présent (Afghanistan, Irak, Libye, Ukraine, Yémen et Syrie). Il montre comment les fondements de l’organisation pacifique qu’est l’ONU, et en particulier l’interdiction de faire la guerre, furent clairement sapés. Une terrifiante description d’une angoissante actualité, un plaidoyer pour la paix, un réquisitoire contre l’OTAN…

Daniele GANSER, Les guerres illégales de l’OTAN – Une chronique de Cuba jusqu’à la Syrie, Demi Lune, 2017 avec extraits au format pdf [Horizons et débats].


Les guerres illégales
Conférence organisée par l’Université des Dresde le 1er novembre 2016

Lire aussi :
Daniele GANSER, BiographieSiteSIPER Swiss Institute for Peace and Energy Research.
Daniele GANSER, Articles : Arrêt sur InfoRéseau InternationalRéseau VoltaireSam La TouchSilvia CattoriSputnikYouTube.
OTAN, Articles : Arrêt sur InfoEntelekheiaMinistère de l’Europe et des Affaires étrangèresMonde en QuestionMondialisationRéseau InternationalRéseau VoltaireSam La TouchSilvia CattoriSputnik.
Index Politique, Monde en Question.
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Publicités

Les armées secrètes de l’OTAN


Bibliographie politiqueBibliographie histoire

 

Ce livre raconte comment, après la seconde guerre mondiale, la CIA et le MI6 britannique mirent en place des armées secrètes anti-communistes dans tous les pays d’Europe de l’Ouest, et par quels processus ces réseaux Stay-Behind de l’OTAN s’allièrent dans certains pays à des groupes terroristes d’extrême droite, avec des conséquences particulièrement tragiques.

L’existence de « Gladio », l’armée secrète italienne, fut révélée par le Premier ministre Giulio Andreotti en 1990 ; à la suite de quoi la presse parla du « secret politico-militaire le mieux gardé,… depuis la fin de la deuxième guerre mondiale » et nota que : « L’histoire semble tout droit sortie des pages d’un thriller politique ». Depuis, ces armées secrètes de l’OTAN, ont également été découvertes en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège, en Suède, en Finlande, en Autriche, en Grèce et en Turquie. Au niveau international, leurs actions étaient coordonnées par le Pentagone et l’OTAN, et leur dernière réunion connue se déroula à Bruxelles en octobre 1990.

A l’heure de la menace de « l’hyperterrorisme », ce livre de référence revient sur les attentats de la gare de Bologne, de la Piazza Fontana, les attaques des tueurs fous du Brabant, l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro et demande, s’il s’agit d’actes de terrorisme sous fausse bannière, fabriqués pour accroître la stratégie de la tension…

Daniele GANSER, Les armées secrètes de l’OTAN, Demi Lune, 2007 réédition 2011 et 2016 avec extraits au format pdf [Revue de presseTexte en ligne* – Texte en pdf sur demande].
*Histoire E-book publie beaucoup de livres néo-nazis [un exemple parmi d’autres], mais c’est le seul site qui publie l’ouvrage de Daniele Ganser dans l’édition originale.


Stratégie masquée de la guerre
Conférence organisée par Anti-Zensur-Koalition le 26/07/2014

Lire aussi :
Daniele GANSER, BiographieSiteSIPER Swiss Institute for Peace and Energy Research.
Daniele GANSER, Les guerres illégales de l’OTAN – Une chronique de Cuba jusqu’à la Syrie, Demi Lune, 2017 avec extraits au format pdf [Horizons et débatsYouTube].
Daniele GANSER, Articles : Arrêt sur InfoRéseau InternationalRéseau VoltaireSam La TouchSilvia CattoriSputnikYouTube.
Le côté obscur de Wikipédia, Monde en Question.
Daniele GANSER, Filmographie : IMDb.
OTAN, Articles : Arrêt sur InfoEntelekheiaMinistère de l’Europe et des Affaires étrangèresMonde en QuestionMondialisationRéseau InternationalRéseau VoltaireSam La TouchSilvia CattoriSputnik.
Index Politique, Monde en Question.
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Marketing et communication politique


Bibliographie politique

 

Chaque élection attire le regard des citoyens sur la communication politique. Révélée au grand public par Jacques Séguéla et ses campagnes pour François Mitterrand, la communication politique est détestée par les uns, idolâtrée par les autres, mais aujourd’hui incontournable dans le jeu électoral de nos démocraties [selon les démagogues contemporains qui ressemblent à ceux de l’Empire romain décadent]. Cet état de fait engendre la nécessité de réfléchir, de penser la communication politique en s’interrogeant sur sa conception, sa mise en œuvre, son efficacité.

Orientée vers la recherche académique, cette deuxième édition est enrichie d’un nouveau chapitre portant sur les systèmes électoraux et partisans de huit grandes démocraties. Elle a pour vocation d’offrir une grille de lecture pluridisciplinaire des grands rendez-vous électoraux qui jalonnent la vie des démocraties. En analysant les outils du marketing et de la communication politique, elle permet d’apprécier plus précisément les stratégies adoptées par les différents acteurs de la compétition électorale.

Frédéric DOSQUET (sous la direction de), Marketing et communication politique, EMS, 2017 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Marketing politique (définition), e-marketingIAB France.
Campagne électorale américaine 2016, Le Hub.
Gilles ACHACHE, Le marketing politique, Hermès, 1989 [Texte en ligne].
Claude ANDRÉ, Essai sur le marketing politique et les stratégies gouvernementales au Québec – Réflexions critiques, Université Québec, 2014.
Elias AZZAM, Le marketing politique – Principes et cas pratiques, [Texte en ligne].
Thomas STENGER (sous la direction de), Le marketing politique, CNRS, 2012 [SommaireLectures].
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

La conquête continue…


Bibliographie politique

 

L’an 501 tente de jeter un regard clairvoyant sur les 500 ans de la conquête européenne du monde, depuis l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique le 12 octobre 1492. Dans cet ouvrage publié initialement en 1993, Chomsky expose les mécanismes et principes au fondement de cet envahissement et ce que celui-ci laisse entrevoir pour l’avenir. Car en l’an 501, alors que les États-Unis d’Amérique ont pris le relais de l’hégémonie mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en développant le plus puissant et implacable empire que le monde ait connu, force est de constater que la conquête continue.

Vingt-cinq ans après sa parution, L’an 501 demeure un incontournable pour comprendre les dynamiques géopolitiques actuelles et pour s’initier à la pensée politique de Noam Chomsky. Dans un style tout imprégné d’une âpre ironie qui n’est pas sans rappeler Voltaire, le célèbre linguistique et intellectuel analyse la situation en Haïti, en Amérique latine, à Cuba, en Indonésie et ailleurs, tout en décrivant la constitution d’un tiers-monde au coeur même des États-Unis. Chomsky dresse des parallèles entre les génocides de l’époque coloniale et l’exploitation et les meurtres associés à l’impérialisme contemporain. Véritable cours d’histoire des cinq derniers siècles dont le propos est encore criant d’actualité, cette nouvelle édition est bonifiée d’une préface inédite de l’auteur dans laquelle il rappelle que la conquête se poursuit toujours.

Noam CHOMSKY, L’an 501 – La conquête continue, L’Herne, 2007 [Chapitre 8 – La tragédie d’HaïtiTexte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Noam CHOMSKY, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Exporter la liberté


Bibliographie politique

 

« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique », dit Robespierre, « est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution.
Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme ennemis. »

Depuis toujours, les gouvernements ont masqué sous des motifs vertueux les vraies raisons qui les faisaient entrer en guerre.

À partir d’exemples empruntés de l’Antiquité à nos jours, Luciano Canfora dénonce cette « perversion morale, culturelle et politique » qui permet à un État de poursuivre une politique d’hégémonie tout en se drapant du titre de défenseur de la liberté.

Luciano CANFORA, Exporter la liberté – Échec d’un mythe, Desjonquères, 2008 [FeuilleterTexte en ligne].

Lire aussi :
Luciano CANFORA, L’imposture démocratique – Du procès de Socrate à l’élection de G. W. Bush, Flammarion, 2003 [Monde en Question].
Luciano CANFORA, La démocratie – Histoire d’une idéologie, Seuil, 2006 [Monde en Question].
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Le livre noir de la colonisation de Jérusalem Est


 

Mediapart publie le rapport confidentiel des consuls européens à Jérusalem et Ramallah, qui vient d’être transmis à Bruxelles. Selon ce texte, dont nous publions quelques extraits, « la situation à Jérusalem n’a jamais été aussi menaçante depuis 1967 ».

« L’expansion des colonies et l’exclusion politique, économique, sociale des Palestiniens, qui ne cesse de s’aggraver, ont un impact négatif sur la situation à Jérusalem. La polarisation et la violence croissante dans la ville menacent de plus en plus la viabilité de la solution à deux États, avec Jérusalem comme capitale commune. Et le niveau des tensions risque de s’élever encore en 2017 avec le cinquantième anniversaire de l’annexion de la ville, compte tenu de ce que prévoient, à cette occasion, les autorités israéliennes », écrivent les chefs de missions diplomatiques de l’Union européenne à Jérusalem et à Ramallah, récemment transmis au Comité politique et de sécurité du Service européen d’action extérieure – le ministère des affaires étrangères de l’Europe, alors que cette politique de colonisation impunie d’Israël vient d’être condamnée, fin décembre, par l’adoption au Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2334, qui demande, avec l’aval des USA, à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de respecter toutes ses obligations légales dans ce domaine ».

Première constatation des diplomates européens : le mécanisme complexe de règles, de pratiques bureaucratiques, de lois ad hoc et d’impératifs sécuritaires que met en œuvre Israël à Jérusalem-Est, véritable machine infernale contre une paix négociée et pérenne, obéit à un choix de planification ethnique arrêté en 2007 par la municipalité de Jérusalem. La population palestinienne de la ville ne doit pas excéder, en effet, 40 % de la population municipale totale.

Dans cet arsenal de lois kafkaiennes, les Palestiniens de Jérusalem-Est disposent d’une carte d’identité spéciale qui leur permet de résider à Jérusalem-Est et de circuler en Israël, mais pas d’y voter lors des élections législatives. Un statut particulièrement précaire puisqu’il peut être révoqué par les autorités, si elles estiment que Jérusalem-Est n’est pas le « centre de vie » du résident.

Entre 1967 et 2015, 14 500 Palestiniens ont ainsi perdu leur droit de résidence. En outre, le statut de résident permanent, déjà difficile à préserver, ne s’applique pas automatiquement, en cas de mariage, aux conjoint(e)s des résident(e)s et ne se transmet pas automatiquement aux enfants. Et la procédure « d’unification de famille » nécessaire pour tenter de régler un telle situation est longue et coûteuse. Selon le ministère israélien de l’Intérieur, près de 8 000 Palestiniens vivaient ainsi en 2015 à Jérusalem, avec un simple permis de séjour temporaire. Autrement dit, ils étaient expulsables du jour au lendemain. Une bonne partie d’entre eux étaient des enfants dont l’un des parents possède une carte d’identité de résident à Jérusalem-Est et l’autre des papiers d’identité de Cisjordanie. Benjamin Netanyahou l’a admis publiquement en octobre 2015, rappellent les auteurs du rapport : la révocation du droit de résidence est l’une des mesures qui peuvent être prises à titre de punition ou de dissuasion, en cas d’escalade de la violence.

Autre obstacle quotidien à la liberté de mouvement des Palestiniens : le mur ou la barrière de séparation construite par Israël en Cisjordanie, officiellement pour des raisons de sécurité, en réalité pour annexer de fait à Israël de larges sections du territoire palestinien, en particulier celles où se trouvent les principaux blocs de colonies. En matière de commerce et d’emplois, le préjudice causé à l’économie palestinienne est évalué par le rapport à 200 millions de dollars par an. « La barrière de séparation et le régime de permis qui lui est associé, écrivent les diplomates européens, continuent d’avoir un impact social, humanitaire et économique très négatif sur Jérusalem-Est et son arrière-pays palestinien. Elle déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare physiquement des communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est. Et, en même temps, elle incorpore des colonies israéliennes, situées au-delà de la Ligne verte de 1967 [limite de la Cisjordanie – ndlr] dans la ville. »

Selon le document européen, au moins 70 000 Palestiniens résidant à Jérusalem-Est qui vivent dans des zones rejetées en Cisjordanie par les méandres savants de la barrière ou du mur ont désormais besoin de franchir un check-point pour se rendre à leur travail ou avoir accès aux services – santé, éducation – auxquels leur donne droit leur statut de résidents et de contribuables de Jérusalem. Pour les Palestiniens qui n’ont pas de permis de résidence à Jérusalem-Est, c’est-à-dire ceux de Cisjordanie, la vie est en encore plus compliquée, relèvent les diplomates. Ils doivent disposer d’un permis, très difficile à obtenir car soumis à une multitude de conditions. Ils ne sont pas autorisés à entrer à Jérusalem en automobile et à y passer la nuit. Et ils ne peuvent entrer que par 4 des 16 check-points qui entourent la ville.

Alors que les 316 000 Palestiniens de Jérusalem-Est représentent environ 37 % de la population de la ville, la part du budget municipal affecté à leurs quartiers ne dépasse pas 10 %. Ce qui se traduit par un manque criant de classes dans les écoles, de services d’urgence médicale, de bureaux de poste, de véhicules et de personnels pour la collecte des ordures. En matière d’éducation, note le rapport, Jérusalem-Est manque de 2 672 classes. Plutôt que de mettre en chantier des classes nouvelles, la municipalité de Jérusalem s’est limitée, pour contenir le mécontentement, à louer 800 locaux, pour la plupart mal adaptés à l’enseignement.

À ce manque de locaux scolaires s’ajoute, comme pour les six hôpitaux de Jérusalem-Est, un sérieux problème de liberté de circulation du personnel. Entre 70 et 80 % du personnel des hôpitaux de Jérusalem-Est a besoin d’un permis – renouvelable tous les six mois – pour entrer en ville. Et le quota d’employés originaires de Cisjordanie, qui est variable, est notifié verbalement aux directeurs d’hôpitaux. Une centaine de médecins sont autorisés à entrer à Jérusalem en voiture, les infirmières et le reste du personnel doivent franchir les check-points à pied.

On imagine bien que, dans de telles conditions, l’économie de Jérusalem-Est, qui repose essentiellement sur un tissu de petites ou très petites entreprises, vit des temps difficiles, d’autant que « le secteur du tourisme palestinien ne reçoit qu’une part très modeste des revenus générés par le tourisme international ». « En raison de son isolement et du système strict des permis israéliens, la ville a largement cessé d’être un centre économique et commercial, constatent les diplomates. Surtout, la contribution globale de Jérusalem-Est au PNB palestinien a décliné de 15 % avant les Accords d’Oslo à moins de 7 % aujourd’hui. » Le taux de chômage avoisine 35 % chez les jeunes et 19,9 % chez les femmes. Et le taux de pauvreté est passé entre 2006 et 2016 de 64 à 75 %.

Quant aux infrastructures de transport, « elles servent surtout, constate le rapport, à renforcer le contrôle israélien sur Jérusalem-Est ». « Le tramway illustre la politique israélienne qui consiste à relier les colonies israéliennes de Jérusalem-Est avec le centre-ville à Jérusalem-Ouest, affirme le document. À l’exception de quelques stations, à Shu’afat et Beit Hanina, le tram ne dessert pas les quartiers palestiniens. La municipalité de Jérusalem prévoit de doubler pratiquement la longueur de la ligne de tram existante jusqu’à la colonie de Neve Yaakov, pour relier d’autres colonies (Neve Yaakov, Gilo, Ramot) à Jérusalem-Ouest. » D’autres infrastructures, notamment un téléphérique urbain et des routes en construction ou en projet dont la liste figure dans le rapport, illustrent l’intention israélienne de « consolider la liaison entre les principales colonies israéliennes et Jérusalem ».

C’est pourquoi, en dépit d’une diminution des actes de violence depuis le milieu de l’année 2016, le tramway demeure un détonateur des tensions ». Tensions que les responsables palestiniens ont de plus en plus de mal à contrôler. D’autant que leur absence a été organisée par Israël. La fermeture par le gouvernement israélien des principales institutions palestiniennes de la ville – Orient House, siège de l’OLP, ou la Chambre de commerce –, comme le harcèlement dont sont victimes les institutions culturelles ou la répression qui se poursuit contre toute forme de vie politique palestinienne à Jérusalem-Est, ont « largement contribué à la fragmentation de la société palestinienne, à l’isolement des communautés locales palestiniennes et à l’affaiblissement de l’identité collective ».

Après avoir rappelé que pour l’UE « les colonies sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la solution à deux États et à la paix », et que 211 000 colons, sur les quelque 600 000 implantés dans les territoires occupés, vivent aujourd’hui à Jérusalem-Est, à côté de 316 000 Palestiniens, les auteurs du rapport passent en revue les différentes stratégies employées par Israël pour densifier la population juive de Jérusalem-Est. Et cela, tout en séparant les quartiers palestiniens les uns des autres par des colonies urbaines qui bloquent l’extension de l’habitat palestinien et en coupant la ville de la Cisjordanie par un chapelet de colonies périphériques qui interdisent tout développement des faubourgs palestiniens vers le nord, l’est et le sud. Aujourd’hui, constate le document, 2 500 colons vivent dans des « enclaves » au cœur des quartiers palestiniens de Jérusalem-Est.

Dans certains quartiers, tel Silwan, au pied des remparts de la Vieille ville et de l’Esplanade des Mosquées, où les organisations privées de colonisation comme El’ad ou Ataret Cohanim sont particulièrement actives, ces « récupérations » de propriétés ont donné lieu à un nombre croissant d’expulsions d’habitants palestiniens. Selon le rapport, près de 500 Israéliens vivent aujourd’hui sous haute protection militaire parmi les 10 000 Palestiniens du secteur de Silwan, où le nombre de colons a quadruplé en moins de deux ans.

Parmi les autres procédés utilisés par les planificateurs de la colonisation pour contenir, voire empêcher le développement des quartiers palestiniens tout en étendant la présence juive dans Jérusalem-Est, le rapport examine longuement la multiplication des parcs nationaux et des espaces archéologiques, qui servent, en outre, à établir un « récit historique national » destiné à exalter « la continuité de la présence juive dans le secteur, au détriment des autres religions et cultures ». L’avantage, pour les autorités israéliennes, est que dans de tels cas, l’autorité sur le terrain est transférée de la municipalité de Jérusalem à l’Autorité des parcs et des réserves naturelles, qui n’a aucune obligation à l’égard des habitants palestiniens et peut donc obtenir leur expropriation et leur expulsion sans indemnité.

Et les restrictions et interdictions de construction créent une évidente pénurie de logements pour les résidents palestiniens, souvent obligés de construire sans obtenir de permis de la municipalité, s’exposant ainsi au risque d’être expulsés. Aujourd’hui, relève le rapport, le nombre de constructions palestiniennes menacées de démolition par un ordre administratif, judiciaire ou militaire s’élève à 24 000, ce qui expose 144 000 Palestiniens au risque d’expulsion.

À cette accumulation d’inégalités, d’injustices, d’abus et d’humiliations, génératrice de frustration et de révolte, s’ajoute une série d’initiatives et de déclarations, à propos de la gestion des lieux saints juifs et musulmans, qui visent à modifier un statu quo vieux de deux siècles et ont favorisé l’accroissement des tensions sur le terrain. Sous la pression des religieux juifs extrémistes et des colons, qui exercent une influence croissante au sein de sa majorité parlementaire, Benjamin Netanyahou a fait preuve d’une « tolérance accrue » à l’égard de ceux qui entendent modifier le régime des accès aux lieux saints, au bénéfice des seuls fidèles juifs.

« Compte tenu de l’importance du Haram al-Sharif/Mont du Temple pour les juifs et les musulmans, écrivent les auteurs du rapport, toute menace ou perception de menace sur son intégrité ou sur le statu quo ne risque pas seulement de saper toute reprise du processus de paix, mais a le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions sur la planète entière, tout en amplifiant la dimension religieuse du conflit. »

Cette politique israélienne, selon les auteurs du rapport, a fortement contribué au renforcement de la polarisation et au regain de violence. Entre le début de l’année et les premiers jours de décembre, notent les consuls, trois Israéliens et vingt-six palestiniens ont été tués à Jérusalem. En représailles, certains Palestiniens, auteurs d’attaques individuelles, ont apparemment été tués dans des situations où ils ne représentaient plus une menace. Parallèlement, les autorités israéliennes ont remis en vigueur la pratique punitive de démolition des maisons des Palestiniens accusés d’attentats. Approuvée par la Cour suprême, cette technique de dissuasion a provoqué la colère des Palestiniens, qui la jugent unilatérale : elle n’a pas été appliquée, en effet, aux trois Israéliens qui avaient tué un jeune Palestinien en juillet 2014.

Les auteurs de ce rapport rappellent qu’il revient aux États membres de l’UE d’appliquer les mesures qui permettent de distinguer clairement les produits fabriqués en Israël et ceux en provenance des territoires occupés…

« On a déjà vu plus audacieux. Mais peut-on en attendre davantage de l’Union européenne », s’interroge Mediapart ?

Source : CAPJPO-EuroPalestine

Lire aussi :
Zeev STERNHELL, Le livre noir de l’occupation israélienne, Autrement, 2013 [Texte en ligne].
Henry LAURENS, Les accords Sykes-Picot, Arrêt sur Info.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Triste Amérique


 

Il y a deux Amériques.
Celle du mythe, de la liberté, de la musique, de la chance offerte à chacun. De la Silicon Valley, de Manhattan, de Google, de Facebook, de Wall Street et d’Hollywood.

Et l’autre Amérique…. qui consacre la moitié de son budget à l’armée, en perdant toutes ses guerres.
Où un enfant sur quatre mange à la soupe populaire.
Où l’on compte, proportionnellement, plus de prisonniers qu’en Chine ou en Corée du Nord. Où des vieillards paralytiques purgent des peines de 150 ans.
Où, chaque jour, plus de 30 personnes sont abattues par arme à feu.
Où les études coûtent 40 000 dollars par an, induisant une reproduction sociale sans égale. Où l’impôt taxe les plus riches de 15 % et les plus modestes de 25 ou 30 %.

Une démocratie dominée par deux partis qui dépenseront 7 milliards de dollars lors de l’élection de 2016 pour continuer à se partager le pouvoir.

Michel FLOQUET, Triste Amérique, Les arènes, 2016 [Texte en ligne].

De 2008 à 2011, 91% de la croissance des revenus aux États-Unis est allée au 1% des plus riches.
Source : The Nation

Lire aussi : Dossier documentaire USA, Monde en Question.

Dérives humanitaires


Bibliographie sciences sociales

 

L’enjeu : ce que l’on peut perdre. Les grands bouleversements de cette fin de siècle n’ont été ni prévus, ni, souvent, compris. L’absence de repère et la perte des références créent des appels d’air dangereux, un climat à risques. Enjeux : une approche critique des phénomènes de notre temps.

L’enjeu : ce que l’on gagne parfois. À l’incertitude et au désarroi les médias, et plus généralement les discours, opposent des réponses opaques ou faussement transparentes. Enjeux : un regard et une grille d’analyse qui cherchent à démasquer et à démystifier.

L’enjeu : ce qu’en jouant, on risque. Les problèmes les plus graves du moment ont perdu leur spécificité géographique. On les trouve au Nord comme au Sud. Mais les solutions, elles, ne sont pas universelles. Enjeux : une mise au pluriel de la pensée, une mise en relief des enjeux de pouvoir qui, sous le coup des diverses ruses de l’histoire, ont parfois cessé de nous être familiers.

Marie-Dominique PERROT (sous la direction de), Dérives humanitaires, Graduate Institute Publications, 1994 [Texte en ligne].

Lire aussi : Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Qui est Charlie ?


 

Qui sont vraiment ceux qui ont affiché leur foi dans la République le 11 janvier dernier ?

La cartographie et la sociologie des trois à quatre millions de marcheurs parisiens et provinciaux réservent bien des surprises. Car si Charlie revendique des valeurs libérales et républicaines, les classes moyennes réelles qui marchèrent en ce jour d’indignation avaient aussi en tête un tout autre programme, bien éloigné de l’idéal proclamé. Leurs valeurs profondes évoquaient plutôt les moments tristes de notre histoire nationale : conservatisme, égoïsme, domination, inégalité.

La France doit-elle vraiment continuer de maltraiter sa jeunesse, rejeter à la périphérie de ses villes les enfants d’immigrés, reléguer au fond de ses départements ses classes populaires, diaboliser l’islam, nourrir un antisémitisme de plus en plus menaçant ?

Identifier les forces anthropologiques, religieuses, économiques et politiques qui nous ont menés au bord du gouffre, indiquer les voies difficiles, incertaines, mais possibles d’un retour à la véritable République, telle est l’ambition qui anime ce livre.

Emmanuel Todd, on le sait, n’est pas du genre à penser dans le sens du vent et nombre sont ceux qui évoquent l’auteur en se pinçant le nez. Quelques mois à peine après la tragédie de Charlie Hebdo, l’historien, géographe voire le sociologue Todd sort ce « Qui est Charlie ? » et c’est la presse entière qui lui tombe dessus, de Libération à Challenges, France Inter et nombre de ceux qui savent comment penser droit. Que peut donc bien dire Todd dans ce livre qui puisse tant choquer Caroline Fourest et ses nombreux autres détracteurs ? Oserait-il, crime odieux s’il en est, blasphémer le sacro-saint Esprit du 11 Janvier ? Oserait-il s’opposer à la liberté d’expression chère à tous les détracteurs de Dieudonné ? Tiendrait-il de plus abominables encore propos dans ces 250 pages ?

Todd n’est pas Charlie, tel est son propos, et ce pour une raison toute simple qu’il pose en quelques lignes : « Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu – et même un devoir ! – et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. ». Oui, là où Todd froisse la « bonne pensée » c’est en rappelant que l’Islam, en France tout du moins, reste une religion pratiquée principalement par les français les moins bien lotis. Pour l’auteur, la France qui a défilé le 11 Janvier est la France des classes moyennes et des cadres, mélange de bobos parisiens, de bigots cathos (qui avaient pourtant eux aussi quelques bonnes raisons de se sentir agressés par Charlie Hebdo) et autres français bon teint dont il reconnait bien volontiers que pris individuellement ils puissent être des gens charmants.

Comme souvent avec l’auteur, le point de départ de la réflexion a le mérite d’être original, l’angle utilisé inédit et, ne serait ce que pour cette raison, voilà un livre qui a le mérite de détonner au milieu de la pléthore d’ouvrages béats qui sort en ce moment. Néanmoins on se perd quelque peu en court de route, entre fulgurance de l’esprit, véritable prise de position indépendante (« Ce qui m’inquiète n’est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l’Islam pour commettre des crimes, que les raisons pour lesquelles, en janvier dernier, une société est devenue totalement hystérique jusqu’à aller convoquer des gamins de 8 ans dans des commissariats de police » ou encore « Qu’on les laisse tranquilles, les musulmans de France. Qu’on ne leur fasse pas le coup qu’on a fait aux juifs dans les années 30 en les mettant tous dans le même sac, quel que soit leur degré d’assimilation, quel que soit ce qu’ils étaient vraiment en tant qu’êtres humains. Qu’on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans ») et concept plus « tirés par les cheveux ». S’interroger sur l’identité de ceux qui ont défilé le 11 Janvier, l’entreprise est louable, c’est s’interroger sur l’identité de la France d’aujourd’hui, une France qui, pétrie de bonne conscience républicaine, a fait sécession de son monde populaire.

Emmanuel TODD, Qui est Charlie ? – Sociologie d’une crise religieuse, Seuil, 2015 Texte en ligneNonfiction.

Lire aussi :
• Articles Charlie, Monde en Question
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

Le communisme désarmé


 

Le communisme a autant été désarmé par ses adversaires socialistes et de droite, dans un contexte d’offensive néolibérale, qu’il s’est désarmé lui-même en abandonnant l’ambition de représenter prioritairement les classes populaires.

Analyse du déclin d’un parti qui avait produit une élite politique ouvrière, ce livre propose une réflexion sur la construction d’un outil de lutte collectif contre l’exclusion politique des classes populaires. Cette revisite de l’histoire récente du PCF relève d’un enjeu majeur pour une gauche de plus en plus coupée des groupes populaires.

S’appuyant sur une enquête de terrain et des archives internes, l’auteur montre comment, au-delà des transformations des milieux ouvriers, les classes populaires sont marginalisées au sein du PCF. En traquant toute divergence interne et en changeant continuellement de ligne, l’appareil central provoque des départs massifs de militants. Prêter attention à ce qui se passe à « la base » rend compte des transformations des manières de militer dans un contexte de fragilisation du mouvement ouvrier.

Julian MISCHI, Le communisme désarmé – Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970, Agone, 2014 [ExtraitDissidencesLectures].

Lire aussi :
• Robert MICHELS, Les partis politiques – Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties [1912], Flammarion, 1914 et 1971 [Bibliothèque de l’école des chartesMultitudesTexte en ligne (anglais)].
Robert Michels, membre de la social-démocrate allemande et du parti socialiste italien dès le début du siècle, a très vite critiqué l’opportunisme et l’embourgeoisement du SPD [qui participera à l’Union sacrée d’août 1914] et mis ses espoirs dans le syndicalisme révolutionnaire, sans renoncer pour autant à mener le combat à l’intérieur de la IIe Internationale. Son désir de comprendre les causes de ce qu’il percevait comme une dégénérescence du mouvement socialiste l’a amené à tenter l’analyse scientifique de l’ossification administrative des « partis du prolétariat ».
• Claude LEFORT, Eléments d’une critique de la bureaucratie, Droz, 1971 – Tel Gallimard, 1979.
Cet ouvrage de Claude Lefort, recueil d’articles publiés notamment dans les Temps modernes et Socialisme ou Barbarie, est un document capital sur les premiers débats consacrés au totalitarisme soi-disant socialiste – avant la banalisation et la vulgarisation de ce thème par les « nouveaux philosophes » des années 1970.
Dossiers documentaires Politique, Monde en Question.