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Tout (ou presque) sur le Xinjiang


À l’heure où les médias dominants martèlent la même propagande contre la Chine et en faveur des révoltes des provinces chinoises du Tibet et du Xinjiang, il est utile de lire d’autres sources pour comprendre la nature réelle des événements en cours et la complexité de leurs enjeux géopolitiques.

Tout (ou presque) sur le Xinjiang et les Ouïghours dans les revues

Synthèses actuelles (ordre chronologique) :

Frédérique-Jeanne BESSON et Françoise AUBIN (sous la direction de), Les Ouïgours au vingtième siècle, Cahiers d’Études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien n°25, 1998, Cemoti.

Le Xinjiang au bord de l’embrasement », « Le dragon chinois gronde chez les Ouïgours » titre la presse française. Les émeutes qui ont agité la ville de Yining, ou Kouldja, au mois de février 1997, la vague de répression qui les a suivies, les trois attentats à la bombe à Pékin qui paraissent y répondre, bref l’ensemble des événements de cette dernière année au Xinjiang ont été largement couverts et répercutés par les médias occidentaux. Suivis de près par une agitation de même nature au Tibet, ces événements ont placé au coeur de l’actualité la province séparatiste de l’Ouest. Survenus au moment de la mort de Deng Xiaoping, ils ont alimenté la tendance qui, en Chine comme à l’extérieur, cherche à prédire l’éclatement de l’Empire. Les événements de Tian-an-men en 1989, la fragilisation du centre par rapport aux riches provinces côtières, la fin de l’URSS analysée comme le glas des empires, la mutation entamée sous l’effet de l’économie de marché et enfin la mort du dirigeant sont des éléments invoqués à l’appui d’un scénario de désintégration de la Chine, qui complèterait ce bouleversement radical que le continent eurasiatique a connu dans les dernières années du XXe siècle. Dans la mesure où l’hypothèse du « séparatisme économique » des provinces côtières du Sud-Est semble avoir fait long feu, surtout depuis le retour de Hong Kong dans le giron chinois, l’attention se porte tout à coup sur les trois provinces frondeuses du limes, la Mongolie, le Tibet et le Xinjiang/Turkestan Oriental.

Rémi Castets, « Le nationalisme ouïghour au Xinjiang : expressions identitaires et politiques d’un mal-être. », Perspectives chinoises, n°78, 2003, Perspectives chinoises.

Au cours des vingt dernières années, les troubles au Xinjiang se sont multipliés et le sentiment national ouïghour s’est renforcé. Cette étude se propose de mettre en évidence les causes et les formes de la montée du nationalisme ouïghour. Nous soulignerons l’impact déterminant d’un contexte sociopolitique largement sous tendu par des logiques coloniales pour expliquer le renforcement de cette idéologie visant à redonner aux Ouïghours, ou plus largement aux populations turcophones du Xinjiang, les rênes du pouvoir politique que ce soit au sein d’une entité véritablement autonome ou indépendante. Nous soulignerons aussi le rôle joué par les inflexions récentes du contexte politique en Chine et en Asie centrale.

Elisabeth Allès, « Iredale Robyn, Bilik Naran et Guo Fei (éds.), China’s Minorities on the Move. Selected Case Studies / Godement François (dir.), « La Chine et son Occident. China and its Western Frontier », Les Cahiers d’Asie », Perspectives chinoises, n°81, 2004, Perspectives chinoises.

Les disparités régionales, entraînées par les réformes entreprises depuis ces vingt dernières années, ont accentué la situation parfois désastreuse des populations de la moitié ouest de la Chine. Retard de développement économique, migrations Han renforçant les tensions politiques en particulier au Xinjiang et au Tibet, et grands projets gouvernementaux ont incité les chercheurs chinois et occidentaux à porter une attention plus soutenue à ces régions sensibles en raison de leur position stratégique de zones frontières. Le premier ouvrage présenté ici traite d’un thème encore peu abordé, la migration des minorités ; le second, plus politique, analyse les stratégies en œuvre dans les provinces occidentales de la République populaire de Chine (RPC).

Guillemette Pincent, « Les empreintes spatiales de la sinisation dans les petites et moyennes villes du Xinjiang », Géocarrefour, volume 84-1-2/2009, Géocarrefour.

Le Xinjiang est une région autonome située à l’ouest de la Chine. Sa population se compose de 41% de Han et de près de 45% d’Ouïgours, musulmans et turcophones qui réclament depuis des décennies leur indépendance. Le gouvernement chinois tente alors de contrôler fortement ce territoire. Cet article analyse les marques spatiales de la sinisation en cours dans les villes petites et moyennes du Xinjiang. L’emprise du pouvoir central sur ces espaces urbains se caractérise par la fragmentation des cités historiques ouïgoures et par la folklorisation de l’héritage bâti traditionnel. La ville devient un espace de pouvoir, elle symbolise les tensions politiques entre populations locales et État chinois.

Alain Cariou, « Introduction au dossier « L’Asie centrale » », EchoGéo, Numéro 9 | juin 2009 / août 2009, EchoGéo.

Alain Cariou, « Le nouveau Xinjiang : intégration et recompositions territoriales d’une périphérie chinoise », EchoGéo, Numéro 9 | juin 2009 / août 2009, EchoGéo.

Le Xinjiang est généralement présenté comme l’archétype de la périphérie chinoise en raison de son enclavement, de son retard de développement et de son peuplement constitué de minorités nationales. Pourtant, depuis peu, cette périphérie présente le paradoxe d’un développement accéléré qui la singularise des autres provinces intérieures de la Chine par son premier rand pour son IDH et son PIB. Cette évolution s’explique par son rôle géostratégique dû à sa richesse en ressources naturelles et à sa position frontalière ce qui lui confère la fonction de « tête de pont » commerciale de la Chine en Asie centrale. L’achèvement du réseau routier et ferroviaire transcontinental porteur de migrations Han participe de la politique nationale de sécurisation et d’intégration économique et culturelle du Xinjiang ce que traduit le rapide déclin des minorités nationales.

Pour aller plus loin (ordre chronologique) :

Jean Chesneaux, Reconstruction et réorientation dans la vie économique de la Chine nouvelle, Annales de Géographie, Année 1951, Volume 60, Numéro 319, pp. 88-109, Persée.

Alfred Sauvy, La population de la Chine. Nouvelles données et nouvelle politique, Population, Année 1957, Volume 12, Numéro 4, pp. 695-706, Persée.

Owen Lattimore, Frontières russo-chinoises, Politique étrangère, Année 1958, Volume 23, Numéro 4, pp. 365-375, Persée.

Stuart R. Schram, La politique de la Chine, Revue française de science politique, Année 1966, Volume 16, Numéro 6, pp. 1162-1173, Persée.

Jean-Paul Roux, Les astres chez les Turcs et les Mongols, Revue de l’histoire des religions, Année 1979, Volume 195, Numéro 195-2, pp. 153-192, Persée.

Jean-Paul Roux, Les religions dans les sociétés turco-mongoles, Revue de l’histoire des religions, Année 1984, Volume 201, Numéro 201-4, pp. 393-420, Persée.

Jean Tricart, Où en est l’agriculture chinoise ?, Annales de Géographie, Année 1985, Volume 94, Numéro 525, pp. 569-586, Persée.

Liu Chang Hong, Jean-Claude Chesnais, Mariage et régulation démographique : le cas de la Chine, Population, Année 1986, Volume 41, Numéro 6, pp. 979-1004, Persée.

Jean-Paul Roux, La tolérance religieuse dans les Empires turco-mongols, Revue de l’histoire des religions, Année 1986, Volume 203, Numéro 203-2, pp. 131-168 , Persée.

Jean-Paul Roux, Sacerdoce et empires universels chez les Turco-Mongols, Revue de l’histoire des religions, Année 1987, Volume 204, Numéro 204-2, pp. 151-174, Persée.

Marcel Bazin, Identité ethnique et identité régionale en Iran et en Asie centrale, Revue du monde musulman et de la Méditerranée, Année 1991, Volume 59, Numéro 59-60, pp. 101-116, Persée.

Iris Choi-Bellanger, Le transfert de technologie en Chine, Revue internationale de droit comparé, Année 1994, Volume 46, Numéro 3, pp. 845-888, Persée.

Thierry Pairault, Les régions chinoises : industrialisation inégale et développements divergents, Tiers-Monde, Année 1996, Volume 37, Numéro 147, pp. 549-568, Persée.

Jean-Luc Domenach, Réflexions sur l’avenir du système politique chinois, Tiers-Monde, Année 1996, Volume 37, Numéro 147, pp. 713-724, Persée.

Jacques Lemoine, Dialectique des ethnicités et des identités en Chine, L’Homme, Année 1998, Volume 38, Numéro 148, pp. 231-249, Persée.

Elisabeth Allés, Des oulémas femmes : le cas des mosquées féminines en Chine, Revue du monde musulman et de la Méditerranée, Année 1999, Volume 85, Numéro 85-86, pp. 215-236, Persée.

I. Attané, a fécondité chinoise à l’aube du XXIe siècle : constats et incertitudes, Population, Année 2000, Volume 55, Numéro 2, pp. 233-264, Persée.

Geneviève Boyreau-Debray, Politique économique locale et inflation en Chine, Revue économique, Année 2000, Volume 51, Numéro 3, pp. 713-724, Persée.

Pierre-Arnaud Chouvy, « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Cybergeo, Espace, Société, Territoire, article 128, 2000, Cybergeo.

John Lagerwey, « Jun Jing, The Table of Memories. History, Power and Morality in a Chinese Village », L’Homme, 156 | octobre-décembre 2000, L’Homme.

Rémi Castets, « Michael Dillon, Xinjiang-China’s Muslim Far North West », Perspectives chinoises, n°89, 2005, Perspectives chinoises.

Catherine Mayeur-Jaouen, « Papas Alexandre, Soufisme et politique entre Chine, Tibet et Turkestan, Librairie d’Amérique et d’Orient, Jean Maisonneuve, 2005, 291 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, REMMM.

Rémi Castets, « S. Frederick Starr (éd.), Xinjiang. China’s Muslim Borderland », Perspectives chinoises, n°94, 2006>, Perspectives chinoises.

Hugues Bissot, « Lothaire Fanny, La Chine et ses minorités : Les Ouïghours entre incorporation et répression, Paris, L’Harmattan, 2006, 196 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, REMMM.

Abdulla Arslan, « Aspects de la langue ouïgoure au Xinjiang », Annuaire de l’École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 139 | 2008, , EPHE.

Sebastian Veg, « Les intellectuels chinois et le problème du Xinjiang », Perspectives chinoises, n°2008/3, 2008, Perspectives chinoises.

Dominique Simard, « La Chine au bord du gouffre, la désertification gagne du terrain », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Regards sur le monde, 2008, VertigO.

Dossier documentaire & Bibliographie Xinjiang :
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Yoghourts ou Ouïghours


Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, invité de France Info mercredi, confond les Ouïghours du Xinjiang et les yoghourts…

Révolte sociale au Xinjiang


Les médias dominants se répètent inlassablement dès qu’il s’agit de la Chine. Ils plaquent la même analyse idéologique sur les révoltes des provinces chinoises du Tibet ou du Xinjiang. Cet amalgame ne permet pas de comprendre la nature réelle des événements et encore moins leurs enjeux.

Contrairement aux anciens maoïstes (Libération, Rue89) qui brûlent l’idole qu’ils ont adorée ou aux anciens trotskystes (Mediapart) qui sont devenus des maccarthystes, Martine Bulard rappellent opportunément que :

1) «Avec une célérité inhabituelle, le gouvernement chinois a rendu publiques les images de manifestations violentes qui se sont déroulées dimanche 5 juillet à Urumqi, la capitale de la province du Xinjiang.»
2) «Visiblement […], les manifestants ouïgours ont attaqué et parfois même lynché les Han, ethnie majoritaire en Chine et minoritaire au Xinjiang, qui se trouvaient sur leur passage.»
3) «Il est impossible de savoir» qui a allumé l’incendie à Urumqi.
4) «La fracture s’avère plus sociale et ethnique que religieuse.» [1]
Les blogs du Diplo

Les questions sociales sont aujourd’hui totalement escamotées du discours médiatique au profit des questions ethniques ou religieuses. Présenter les événements sous cet angle relève d’une propagande idéologique – la même que celle du gouvernement chinois – pour ne pas parler des discriminations sociales au Tibet, au Xinjiang ou ailleurs dans le monde [2].

Les médias dominants parlent «violentes émeutes ethniques qui ont opposé Ouïghours, musulmans turcophones, et Hans, l’ethnie majoritaire en Chine» alors que «les émeutes ont éclaté dimanche, en marge d’une manifestation de 1.000 à 3.000 musulmans ouïghours qui demandaient justice pour deux membres de leur communauté» [AP-Yahoo! Actualités].

Les médias dominants soutiennent sans réserves les moines tibétains et, plus curieusement, les musulmans ouïghours. Mais peu de médias rappellent que «tout au long des années 90, l’Arabie saoudite a investi dans des écoles coraniques et payé des équipements publics au Xinjiang» [3].

Serge LEFORT
11/07/2009

Lire aussi :
• Turkestan Oriental ou le Xinjiang entre Ouïgour, sunnisme et pétrole, Seriatim article bien documenté.
• Xinjiang : l’énergie attise le conflit, Usine nouvelle article utile pour les données chiffrés.
• Dossier sur la situation au Xinjiang, Aujourd’hui la Chine.
• Nouveau dossier sur la situation au Xinjiang, Aujourd’hui la Chine.
• Au Xinjiang, la Chine s’essaye à une nouvelle communication de crise, Aujourd’hui la Chine.
• Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.


[1] La fracture s’avère plus sociale que ethnique ou religieuse.
[2] Les Ouïghours, oubliés du développement économique du Xinjiang, Aujourd’hui la Chine
[3] Le Xinjiang n’est pas le Tibet, Slate.

 

La Chine rompt le silence sur l’Afghanistan


Dans l’environnement violent et létal dans lequel il a vécu et survécu pour conduire au bout du compte la marche de Pékin vers un socialisme aux caractéristiques chinoises, Deng Xiaoping avait de très grandes raisons d’être prudent. Eu égard à l’approche internationale de la Chine, voici ce que Deng disait : « Observons calmement ; assurons notre position ; faisons face aux affaires avec calme ; cachons nos capacités et attendons le bon moment ; faisons tout pour maintenir un profil bas ; et ne revendiquons jamais de leadership. »

Ainsi, la Chine n’a jamais fait connaître sa pensée sur le problème afghan. L’organe du Parti Communiste Chinois (PCC), le Quotidien du Peuple, vient à présent de rompre avec ce principe de base dans un commentaire hautement nuancé.

Aujourd’hui, alors que l’atmosphère menace de devenir très vite sulfureuse dans la région qui entoure l’Afghanistan, la situation devient très critique. Mais cela seul n’explique pas le moment choisi pour ce commentaire chinois, intitulé « Les ajustements de la stratégie anti-terroriste américaine seront-ils couronnés de succès ? »

Le contexte est particulièrement justifié. La Secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, vient juste de terminer une visite décisive en Chine. Pékin pousse manifestement un soupir de soulagement à propos du « sens de la certitude » dans les relations sino-américaines sous la présidence de Barack Obama. Qui plus est, Pékin a été séduite par le fait que Clinton a cité l’antique aphorisme chinois tongzhou gongji – « Lorsque nous sommes dans le même bateau, nous devons nous entraider » – comme étant l’esprit de notre époque troublée. Là, cela dépasse largement l’amour musclé que George W. Bush a témoigné à la Chine afin qu’elle « prenne des risques » dans le système international.

L’Afghanistan a sûrement fait partie des discussions entre Clinton et les dirigeants chinois, surtout que sa visite a coïncidé avec l’annonce d’Obama concernant un accroissement des troupes en Afghanistan.

Pêcher en eau trouble

Cependant, il y a deux autres messages sous-jacents. Les Etats-Unis changent manifestement de vitesse sur leur politique en Asie du Sud, comme le prouve la décision d’Obama de nommer Richard Holbrooke comme représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan. Et Holbrooke n’est pas étranger à Pékin.

Il est clair que Pékin, juste après la récente visite d’Holbrooke dans la région, a jugé que les relations entre les Etats-Unis et l’Inde entraient dans une nouvelle phase qualitative, laquelle a montré quelques signes de friction. Il est payant pour Pékin de pêcher en eaux troubles et d’accumuler plus de pression sur son voisin méridional.

Deuxièmement, le ministre russe des affaires étrangères a annoncé la semaine dernière que les invitations avaient été lancées pour la conférence, attendue depuis longtemps, de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) sur l’Afghanistan, qui se tiendra à Moscou le 27 mars prochain. Le moment approche pour Pékin de prendre position sur le problème afghan. Les tergiversations formulées dans des homélies pieuses pourraient ne plus suffire.

La Chine a-t-elle le sens de la solidarité avec la Russie – ou avec les observateurs de l’OSC, tels que l’Inde et l’Iran ? Mais Pékin ne peut pas non plus se permettre de dissiper l’élan naissant d’un partenariat avec l’administration Obama. Et les Etats-Unis (ainsi que ses alliés) boycottent la conférence de l’OCS.

Dans la période à venir, nous pourrions donc assister à quelques numéros de contorsion étonnants de la part de Pékin. Le commentaire du Quotidien du Peuple a virtuellement appelé à l’extension du mandat d’Holbrooke, pour inclure le « problème indo-pakistanais ». Il est vrai que ce commentaire se retient de mentionner le Cachemire en tant que tel, mais il laisse peu à l’imagination que le Cachemire est précisément ce quoi il se référait – que les Etats-Unis devraient arbitrer une solution à ce que le Pakistan appelle la « question essentielle » dans ses relations tendues avec l’Inde.

Le commentaire chinois dit que le seul envoi de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan ne peut aider Obama à atteindre ses « objectifs stratégiques », à moins que Washington ne stabilise l’Asie du Sud, en particulier le Pakistan et les relations indo-pakistanaises. L’éditorial se poursuit ainsi :

Il est clair que sans la coopération du Pakistan, les Etats-Unis ne peuvent pas gagner la guerre contre la terreur. Par conséquent, pour protéger ses propres intérêts dans la lutte contre le terrorisme en Asie du Sud, les Etats-Unis doivent garantir un environnement stable au Pakistan, à l’intérieur et à l’international, et apaiser les tensions entre le Pakistan et l’Inde. Vu sous cet angle, il est facile de comprendre pourquoi Obama a nommé Richard Holbrooke comme envoyé spécial pour les questions afghane et pakistanaise, et pourquoi l’Inde est incluse dans la première visite d’Holbrooke à l’étranger. En fait, le « problème afghan », le « problème pakistanais » et le « problème indo-pakistanais » sont tous liés. (italiques ajoutées).

Ces mots ont été clairement pesés et ces remarques inamicales ne risquent pas de passer inaperçues à New Delhi. Les diplomates indiens ont frappé un grand coup pour veiller à ce que le mandat d’Holbrooke n’inclut pas l’Inde, malgré l’ensemble des opinions, au sein des think-tanks et de l’establishment américains, qui insiste sur le fait que des tensions sous-jacentes dans les relations indo-pakistanaises se poursuivront tant que le problème du Cachemire n’aura pas été résolu. Pékin s’est maintenant jeté dans le débat et la Chine exprime ouvertement son soutien à la position pakistanaise.

Ce qui est intéressant est que Pékin ignore totalement la cause profonde de « l’anti-américanisme » qui prévaut au Pakistan et qui a beaucoup à voir avec l’interférence étasunienne dans les affaires intérieures de ce pays, en particulier le soutien des Etats-Unis aux dictatures militaires successives, ou avec la psyché blessée des Musulmans – ou avec la guerre brutale que mènent les Etats-Unis en Afghanistan. En effet, le commentaire chinois est resté silencieux sur la question centrale de l’occupation étrangère de l’Afghanistan.

Pékin ne peut pas ignorer que l’Inde verrait d’un mauvais œil une intervention au Cachemire par une tierce partie, tout comme la Chine est profondément allergique aux opinions mondiales concernant le Tibet ou le Xinjiang. Une explication possible pourrait être que Pékin redoute que l’Inde puisse jouer une fois encore la « carte tibétaine », alors qu’approche le 50ème anniversaire du soulèvement tibétain (le 10 mars prochain).

Dans la dernière ligne droite avant cet anniversaire, Pékin est en train sévir contre les nationalistes tibétains. La Chine aimerait sans doute avertir l’Inde qu’elle pourrait également sortir la « carte cachemirie ». Somme toute, les stratèges indiens devront donc analyser soigneusement l’éventail des motivations chinoises, en appelant, à ce stade, à une médiation des Etats-Unis dans les disputes indo-pakistanaises, talonnant de près les discussions entre Clinton et les dirigeants chinois à Pékin.

En dehors de l’Inde, Pékin identifie la Russie comme une autre puissance régionale qui impacte négativement la stratégie des Etats-Unis en vue de stabiliser l’Afghanistan. (Soit dit en passant, ce commentaire ignore complètement l’Iran,
comme s’il n’était pas un facteur important sur l’échiquier afghan.) Ce commentaire dit : « … Les Etats-Unis doivent s’assurer que la Russie est apaisée. La région d’Asie Centrale, où se trouve l’Afghanistan, avait l’habitude d’être l’arrière cour de la Russie… Tandis que les relations entre les Etats-Unis et la Russie montrent des signes de rétablissement après l’arrivée d’Obama au pouvoir, les réactions de la Russie vis-à-vis de la décision étasunienne d’accroître ses troupes en Afghanistan sont plutôt subtiles. »

Alors, que fait Obama ? Pékin fait la supposition suivante : « La détermination de la Russie de ne pas permettre que les Etats-Unis jouissent d’un contrôle dominant dans l’affaire afghane est plutôt visible. La façon dont les Etats-Unis feront face à la relation ‘coopérative et concurrentielle’ avec la Russie dans l’affaire afghane testera la capacité des Etats-Unis à réaliser ses objectifs stratégiques en Afghanistan. »

Mais alors, la Chine est également une partie intéressée dans les deux questions aujourd’hui controversées des relations américano-russes : l’expansion de l’OTAN près de ses frontières d’Asie Centrale et le déploiement du bouclier étasunien antimissile. La Chine abhorre l’expansion de l’Otan près de ses frontières et s’oppose au bouclier antimissile qui réduirait à néant sa capacité de frappe nucléaire de qualité relativement inférieure.

Mais, ainsi que Deng l’aurait dit, pourquoi revendiquer le leadership de l’opposition à ces manœuvres étasuniennes lorsque Moscou fait déjà un travail merveilleux ?

Le commentaire du Quotidien du Peuple fait la distinction concernant les intérêts de la Russie en Afghanistan. Il conseille implicitement à Washington de ne pas prendre la conférence de l’OCS à venir comme une sorte de coalition sino-russe. Une fois encore, en affirmant que la fermeture de la base aérienne de Manas par les autorités kirghizes fait partie d’un « jeu stratégique entre les Etats-Unis et la Russie », le Quotidien du Peuple a effectivement démystifié la conférence de l’OCS à venir. Après tout, la raison d’être de cette conférence est que la situation afghane pose une menace à la sécurité de l’Asie Centrale. Mais le commentaire chinois n’aborde pas une seule fois cet aspect.

Bref, ce qui émerge est que peu importe la détermination de Moscou à défier le « monopole étasunien sur la résolution du conflit » en Afghanistan, la Chine ne se laissera pas entraînée dans un tel calcul. Comme Deng l’aurait dit, la Chine observera calmement et gardera un profil bas. Après tout, la Russie force le passage sur son arrière-cour afghane et, si elle réussit, non seulement l’OCS, mais également la Chine, seront les bénéficiaires nets. D’un autre côté, si les Etats-Unis snobent la Russie, cela ne fera qu’entamer le prestige de Moscou, pas celui de Pékin.

La Chine est-elle irrité qu’il y ait de nouveaux signes positifs dans les relations russo-américaines ? Il y a de quoi à ce que Moscou médite sur la raison pour laquelle le Quotidien du Peuple aurait rabâché la même chose sur l’animosité de la Russie vis-à-vis de l’influence des Etats-Unis en Asie Centrale, à un tel moment aussi délicat où l’administration Obama a décidé de ne pas faire de la fermeture de la base aérienne de Manas un élément des relations russo-américaines. Moscou trouverait embarrassant de se voir dépeint comme un « saccageur » de la stratégie d’Obama sur l’Afghanistan.

Etablir un contact avec les Islamistes

Ce qui est vraiment extraordinaire à propos du commentaire chinois est ses références indirectes à la question centrale des Taliban. Il y a des indications que Pékin n’aurait aucun problème en tant que tel si les Taliban, dans le cadre d’un règlement politique, étaient impliqués dans la structure du pouvoir en Afghanistan. De façon intéressante, ce commentaire conseille aux Etats-Unis d’être « pragmatiques vis-à-vis des conditions réelles de l’Afghanistan ». Il exprime également un soutien à l’argument selon lequel l’Afghanistan manque « pratiquement de toutes les préalables à la modernité ». Par ailleurs, il suggère que l’Afghanistan ne puisse pas être un Etat unitaire.

Ces commentaires doivent être considérés à la lumière de la nouvelle pensée qui règne dans les milieux influents aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, selon laquelle une approche « de la base vers la hiérarchie », impliquant la diffusion de la puissance de l’Etat en faveur des leaderships locaux, pourrait être la réponse aux problèmes en Afghanistan et sera le meilleur moyen d’impliquer les taliban dans la structure du pouvoir dans les régions pachtounes.

Le PCC a innové en invitant une délégation de l’influent Djamaat-e-Islami (DI) pakistanais à visiter la Chine la semaine dernière. Durant cette visite qui a duré tout un week-end, les deux camps ont signé un protocole d’accord énonçant quatre principes pour les relations sino-pakistanaises, incluant l’indépendance, l’égalité, le respect mutuel et la non-interférence dans les affaires intérieures de chacun des deux pays.

Pendant ce temps, le DI a garanti le soutien total à l’unité nationale et géographique de la Chine et a complètement soutenu la position de la Chine concernant Taiwan, le Tibet et la question du Xinjiang. Pékin a ensuite rendu la pareille avec sa « position de principe » sur la question du Cachemire et a « réitéré que cette position et cette coopération vitale de la Chine se poursuivra ».

Le socialisme – même avec les caractéristiques chinoises – ne se mélange pas facilement avec l’Islamisme. Il n’y a aucun autre moyen d’expliquer la coopération du PCC avec le premier parti islamique du Pakistan qu’un accord faustien ayant pour toile de fond l’ascendance dans la région des forces de l’Islam militant.

Le Quotidien du Peuple admet que la conséquence de la stratégie étasunienne de « montée en puissance » en Afghanistan reste incertaine. Il prend note que les Etats-Unis font également un pas vers « un compromis avec les modérés au sein des Taliban », puisque le Président Hamid Karzaï, autrement, ne se serait pas aventuré dans cette voie. Le commentaire fait l’éloge d’une telle pensée comme étant une manifestation de l’utilisation de la « puissance habile », une idée « souvent mentionnée » par Clinton. Cela revient à dire que, tandis que l’accroissement des troupes étasuniennes est une « mesure forte », « une politique telle qu’aider le gouvernement afghan à consolider son régime pour stabiliser progressivement le pays serait la ‘mesure douce’. »

Pareillement, Pékin a conscience que l’agenda réel des Etats-Unis pourrait être stratégique, dans la mesure où l’Afghanistan est situé « au carrefour de l’Eurasie ». Tandis qu’écraser al-Qaïda constitue vraiment un objectif, la stratégie de Washington « accroîtra aussi la coopération et l’alliance de l’OTAN pour s’assurer que la première action militaire de l’OTAN hors de l’Europe n’échouera pas ». En retour, cela permettra aux Etats-Unis « d’élever le statut de leur leadership parmi leurs alliés et de renforcer leur présence au cœur de l’Eurasie en utilisant ces moyens ».

Il semble que la Chine n’ait aucun problème avec un tel agenda. La Chine « cachera ses capacités » – pour citer Deng – alors même que les Etats-Unis et la Russie entrent en collision et se contredisent mutuellement et que ces pays finiront par s’épuiser. Ainsi que le Quotidien du Peuple conclut, l’Afghanistan est connu comme le « tombeau des empires ». Par conséquent, la Chine doit se concentrer à assurer sa position et à attendre le bon moment – une stratégie que Deng aurait sûr
ement appréciée.

M K Bhadrakumar
25 février 2009
Traduit et publié par Questions Critiques.

Géopolitique et géostratégie de la Chine


Les jeux olympiques de Beijing d’août 2008 auront eu pour objectif de faire rentrer la Chine dans le système international du XXIème siècle en tant que grande puissance partenaire. Cependant, la préparation de l’événement, avec de nombreuses crises régionales et internationales, aura permis de déceler plus facilement les failles géopolitiques actuelles du pays. De plus, la participation de la Chine à de nombreuses crises externes et internes de manière quasi-simultanée (Corée du Nord, Soudan, Zimbabwe, Tibet, Birmanie, Sichuan, Xinjiang), et les relations diplomatiques évolutives avec ses principaux partenaires (Taïwan, Japon, Russie, Etats-Unis, UE, UA et Unasur), auront transformé la position géostratégique de la Chine au cours du premier semestre 2008. Dire que cette année est charnière pour la Chine, marquant le début d’une nouvelle ère, avec l’affirmation de la présence d’un géant géopolitique, à l’échelle mondiale, et non plus seulement régionale, n’est donc pas une exagération. Cependant, les actions géopolitiques (au sens large) menées par la Chine actuelle ne peuvent être dissociées de sa longue et complexe histoire. Nombre de réflexes politiques actuels découlent du « géojuridisme intérieur » et de la géoéconomie.

Ce billet a pour objectif de décrire les différents niveaux d’analyse géopolitique nécessaires pour comprendre la Chine, qu’il soient nationaux (un pays, cinq systèmes, onze langues, et les crises identitaires), régionaux (avec six zones de tension, une stratégie de gestion des détroits de la région, une diaspora chinoise conséquente dans la sous-région, et un phénomène d’intégration en cours avec l’ASEAN Plus Trois, l’OCS, l’ASEM et l’APEC), et internationaux (les intérêts chinois sont mondiaux et se font sentir dans toutes les crises internationales de ce début de siècle). Contrairement à une idée répandue, la Chine n’use pas uniquement de son hard power, mais plutôt d’un soft power, dont elle se sert pour élargir son influence mondiale, et s’ouvrir progressivement aux pratiques internationales, en gardant l’option de revenir en arrière sans jamais devoir remettre en cause l’assise du pouvoir politique post-communiste… (en cas de crise, si les occidentaux, les démocrates des zones spéciales, les forces non étatiques des « zones autonomes », et/ou les nouvelles puissances financières du pays la poussent trop loin, ou à l’inverse, si les contre-pouvoirs du parti communiste résistent). Phénomène de plus en plus visible, la réintégration de la Chine dans le système international (dont son histoire nationale et régionale si particulière l’avaient tenu à l’écart au cours du dernier demi-siècle), remet au devant de la scène sa géopolitique singulière (avec ses composantes géoéconomiques et géojuridiques) et les phénomènes identitaires régionaux (ou nationaux, ethniques, religieux, selon la perspective). Une analyse détaillée de ces phénomènes permettra de prévoir les multiples évolutions de ce géant géopolitique. La réintégration de ces facteurs dans l’analyse géopolitique intérieure, avec une gestion globale de la question des « nationalités » et des « régions autonomes », sans buter exclusivement sur la question tibétaine, usant des différents acteurs régionaux, permet d’envisager une politique étrangère européenne cohérente envers la Chine, celle d’un partenariat stratégique (dans les domaines de la sécurité régionale, alimentaire, sanitaire, environnementale, énergétique, financière, de l’administration publique et des coopérations en tous genres) et non pas uniquement d’une concurrence stratégique (sécuritaire, commerciale, et monétaire); une politique étrangère européenne faite de hard power et soft power, réalisme et multilatéralisme, et usant pleinement les acteurs étatiques, régionaux, et non-étatiques prônant des réformes (démocratiques, sociales, environnementales et de gestion des minorités) sans déstabilisation de la puissance chinoise, avec toutes les conséquences imprévisibles que cette dernière impliquerait.

Géopolitique et géostratégie d’une puissance mondiale qui se dévoile: la Chine du début du XXIème siècle, Quindi.