Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

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Manipulation de l’opinion


Les Français plébiscitent les dernières mesures promises par Nicolas Sarkozy et son gouvernement pour lutter contre l’insécurité, selon un sondage Ifop à paraître dans Le Figaro.

D’après cette étude diffusée jeudi, 80% des sondés sont pour le retrait de la nationalité française aux ressortissants d’origine étrangère coupables de polygamie ou d’incitation à l’excision.

Le démantèlement des camps illégaux de Roms recueille 79% d’avis favorables et le retrait de la nationalité pour les délinquants d’origine étrangère en cas d’atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme 70%.

Soixante-sept pour cent sont pour l’installation de 60.000 caméras de videosurveillance d’ici 2012 et 55% en faveur de peines de prison pour les parents de mineurs délinquants qui ne respecteraient pas les injonctions de la justice.

Le contrôle par bracelet électronique des délinquants multirécidivistes pendant plusieurs années après la fin de leurs peines obtient 89% d’avis favorables, et l’instauration d’une peine incompressible de 30 ans de prison pour les assassins de policiers et de gendarmes 80%.

Des dizaines d’associations, des partis d’opposition et des syndicats ont critiqué les annonces faites par le chef de l’Etat la semaine passée à Grenoble, où il installait un nouveau préfet après des incidents dans un quartier difficile. Ils ont dénoncé l’instauration d’un climat de « xénophobie » et appelé à manifester le 4 septembre dans toute la France.

Le sondage a été réalisé du 3 au 5 août sur internet auprès d’un échantillon de 1.003 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Reuters-Yahoo! Actualités

Lire aussi : Baromètre des préoccupations des Français – Juillet 2010, SOFRES

Certains, notamment à gauche, pleurnichent sur la méthode de ce sondage alors que le PS a utilisé des sondages aussi critiquables pour imposer la candidature de Ségolène Royal en 2007.

Tout a été dit et écrit contre les sondages, mais ils restent une arme de propagande si efficace que tous les politiques en usent et en abusent au point de transformer la vie politique en un cirque où triomphe la démagogie.

06/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Sécurité : les annonces de la majorité plébiscitées, Le FigaroRésultats détaillés.
• Sondage : les mesures sécuritaires de Nicolas Sarkozy plébiscitées, Le Parisien.
• Sécurité : Les mesures de Nicolas Sarkozy plébiscitées par les Français, Le Point.
• Sondage sur la sécurité: la droite jubile, la gauche grince des dents, 20 minutes.
• Un sondage Ifop-Le Figaro plébiscite Sarkozy, BFMTV-Dailymotion.

• Le discours répressif de Sarkozy fait réagir les Français… et les Américains, France 24.
• Le sondage sur la sécurité du Figaro fait polémique, L’Express.
• Le sondage du Figaro enterre le principe de démocratie, Rue89.

• Pour en finir avec les sondages (1), Monde en Question.
• Pour en finir avec les sondages (2), Monde en Question.
• Critique de la raison statistique, Monde en Question.
• L’illusion de la vérité des chiffres, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Statistiques & Sondages, Monde en Question.

L'illusion de la vérité des chiffres


Les statistiques économiques et sociales semblent être dotées de toutes les vertus (objectivité, universalité, scientificité) tout en faisant l’objet de toutes les critiques (arbitraires, manipulables, librement interprétables). Comment expliquer cette ambivalence ? Et quelles conséquences en tirer : faut-il ramener les chiffres à leurs limites incontestables ou les sauver au nom de l’idéal d’objectivité et de leur apport au débat démocratique ? Exemples à l’appui, deux chercheurs en sciences sociales et statisticiens confrontent leurs points de vue.

Débat entre Alain BLUM, démographe, directeur de recherche à l’INED et Olivier MARTIN, sociologue, professeur à l’Université Paris Descartes, animé par Martine FOURNIER (journaliste à Sciences Humaines).

Lire aussi :
Université Paris Descartes.
Université Paris Descartes – iTunes.
Université Paris Descartes – Médiathèque.
• Dossier documentaire & Bibliographie Statistiques & Sondages, Monde en Question.

La fabrique de l’opinion


Le Monde diplomatique a publié une brève sur le financement de sondages :

Un rapport de la Cour des comptes a révélé l’existence d’une convention, signée le 1er juin 2007, entre la présidence de la République et un cabinet d’études chargé de commander des sondages à l’institut Opinion Way « pour un coût avoisinant 1,5 million d’euros ». Sur les trente-cinq études facturées en 2008, au moins quinze, payées 400 000 euros par l’Elysée, ont aussi été publiées par Le Figaro — dirigé par M. Etienne Mougeotte, ancien PDG de TF1 — et LCI. Connu pour produire des sondages particulièrement complaisants à l’égard du chef de l’Etat, Opinion Way réalise ses « enquêtes » en ligne, ce qui fait encore chuter le crédit déjà très limité qu’on pouvait leur accorder.

Le cabinet en cause, Publifact, est dirigé par M. Patrick Buisson, proche conseiller de M. Nicolas Sarkozy. En 2008, Publifact a encaissé pour cette activité de conseil 10 000 euros d’honoraires mensuels. Directeur de la chaîne Histoire, M. Buisson est aussi l’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute.

Cette brève est tournée de manière à dire beaucoup de choses, mais pas l’essentiel. Les liens du président de la République avec l’extrême droite comme le financement d’études bidons ne sont pas un scoop. La gauche avait les mêmes pratiques quand elle était au pouvoir.

Sous couvert de dénoncer des pratiques scandaleuses, Le Monde diplomatique fait preuve d’une naïveté suspecte sur les sondages. En écrivant « Opinion Way réalise ses « enquêtes » en ligne, ce qui fait encore chuter le crédit déjà très limité qu’on pouvait leur accorder« , il accrédite la croyance que les sondages seraient autre chose que la construction d’une opinion et donc la manipulation de l’opinion.

Serge LEFORT
27/07/2009

Lire aussi :
• Serge LEFORT, Pour en finir avec les sondages (1), Monde en Question
• Serge LEFORT, Pour en finir avec les sondages (2), Monde en Question
• Revue de presse Sondages, Politique-stream
• Dossier documentaire & Bibliographie, Statistiques & Sondages

Critique de la raison statistique


On parle sans arrêt des chiffres du chômage, des taux de croissance, des statistiques de la délinquance, de l’indice des prix, de l’évaluation des profs ou des ministres, des indicateurs de performance et même de la mesure du bien être… Les statisticiens, qui produisent ces chiffres, subissent une pression d’autant plus grande que la demande augmente, et qu’elle s’accompagne paradoxalement d’une méfiance à l’égard des résultats obtenus. Les chiffres du chômage, ceux de la délinquance sont régulièrement contestés. Contestés mais attendus à chaque fois avec impatience, tant les politiques publiques sont aujourd’hui gouvernées par ces instruments quantitatifs. Ajoutez à ce paradoxe le fait que les mesures, les méthodes de calcul, et à vrai dire peut-être la société elle-même, sont de plus en plus complexes, et que la maîtrise de l’information statistique constitue de plus en plus un enjeu pour le pouvoir en place, et vous comprendrez pourquoi les débats sur la pertinence, la fiabilité et la place des chiffres dans le gouvernement de nos sociétés sont aujourd’hui devenus un sujet aussi sensible.

L’économie en questions, France Culture.

Alain Desrosières
Historien de la statistique. Membre de l’Insee de 1965 à 2005. Il a publié La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique (La Découverte/Poche, 2000), Pour une sociologie historique de la quantification (Mines ParisTech, 2008), et Gouverner par les nombres (Mines ParisTech, 2008).

Pierre Concialdi
Economiste, a travaillé pendant plus de dix ans au CERC (Centre d’étude des revenus et des coûts) jusqu’à sa dissolution en 1994. Depuis 1995, il est chercheur dans un institut proche des syndicats.
Il a collaboré à l’ouvrage Le Grand truquage – Comment le gouvernement manipule les statistiques, publié sous le pseudonyme Lorraine Data aux éditions La Découverte.

Maîtriser l’information statistique a toujours constitué un enjeu pour les pouvoirs en place. Mais, depuis quelques années, la manipulation des chiffres s’est amplifiée. L’objectif du président de la République est désormais de contrôler au plus près l’information économique et sociale afin de justifier sa politique.

Pour le collectif d’auteurs à l’origine de cet ouvrage, la coupe est pleine : travaillant au cœur des organismes chargés de produire les données statistiques servant notamment à évaluer les effets de l’action gouvernementale dans divers domaines – pouvoir d’achat, emploi, chômage, heures supplémentaires, lutte contre la pauvreté, école, immigration, délinquance… –, ils n’admettent pas ces manipulations des chiffres. Multipliant les exemples précis, ils mettent à jour les procédés utilisés par le gouvernement : publications sur des thèmes « sensibles » annulées ou reportées, sélection de chiffres censés flatter l’action présidentielle, modification des indicateurs rendant compte de l’action gouvernementale, dénigrement de la qualité des données de ses propres services lorsqu’elles ne lui sont pas favorables, voire démantèlement plus ou moins discret des organismes chargés de la statistique publique.

La volonté collective des auteurs est de donner à tous les citoyens les clés leur permettant une lecture critique des informations concernant la nature et les résultats de la politique gouvernementale, afin de restaurer les conditions d’un réel débat démocratique.

Jean Gadrey
Professeur émérite d’économie à l’Université Lille 1, membre de la Commission Stiglitz.
Ses domaines de recherche sont la Socio-économie des services et Les nouveaux indicateurs de richesse, titres de deux livres récents publiés à La Découverte, coll. Repères. S’y ajoute le thème des inégalités, objet d’un essai En finir avec les inégalités (Mango, 2006). Il est membre du CNIS (Conseil National de l’Information Statistique).

Lire aussi :
• Pour en finir avec les sondages (1), Monde en Question.
• Pour en finir avec les sondages (2), Monde en Question.
• Bibliographie & Dossier documentaire Statistiques & Sondages, Monde en Question.

Les révoltés des sondages


Ils sont quatre. quatre députés socialistes – deux partisans de Dominique Strauss-Kahn et deux de Laurent Fabius – et en ont marre de ces sondages sur les présidentiables PS qui donnent tous Ségolène Royal gagnante. Paul Quilès, Didier Mathus, Pierre Bourguignon et René Rouquet ont donc saisi le CSA le 5 octobre pour lui demander de «rappeler solennellement et publiquement les médias à leur devoir d’objectivité et de rigueur» sur les sondages. Trois questions au député PS de Seine-Maritime, le strauss-kahnien Pierre Bourguignon.

Vous dénoncez les sondages. Sont-ils selon vous utilisés pour orienter la campagne interne du PS ?
On est pour l’utilisation des sondages. Ce que nous dénonçons, ce sont l’étroitesse des échantillons. Ça ne correspond plus à rien. Les instituts de sondages sont en dehors de la réalité de leur travail. Nous avons saisi le CSA sur ce constat. Le problème est que les militants du parti socialiste n’ont rien à voir avec les sympathisants. Or les sondages sont faits sur les sympathisants. Mais ce ne sont pas les militants qui sont influencés par ces sondages, c’est l’opinion publique. Nous voulons donc rappeler les médias à leur devoir de rigueur nécessaire.

Pourquoi saisir le CSA maintenant alors qu’il ne s’agit pas du premier sondage favorable à Ségolène Royal ?
Oui, mais il y a ce sondage Ipsos paru le 5 octobre ne reposant que sur 245 sympathisants PS. On atteint le ridicule absolu. Cela devient un peu trop énorme. On arrive à se demander si les journalistes se rendent compte de ce qu’ils manipulent, pas dans le sens psychologique, mais dans l’utilisation qu’ils ont des sondages. On a l’impression qu’ils ne savent plus de quoi ils parlent. J’ai aussi l’impression d’entendre des fabricants de tabac qui disent «vous vivrez plus vieux si vous fumez.» Plus c’est gros, plus ça passe.

Le CSA saisi conjointement par des députés strausskahniens et fabiusiens, est-ce le front anti-ségo qui se met en place ?
Pas du tout. Comme disait François Mitterrand, «Je me lève le matin, je regarde par la fenêtre et constate qu’il fait beau. Valéry Giscard d’Estaing aussi. Ça ne veut pas dire que je suis d’accord avec lui.» Il nous a juste semblé que c’était important. Pour cela, il fallait être au-delà du choix partisan.

Source : Marianne


Sur son site Internet, Ipsos précise que ce sondage, réalisé pour l’hebdomadaire Le Point, «a été réalisé auprès d’un échantillon de 245 sympathisants du PS issus d’un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus comprenant 956 personnes.»

Pour en finir avec les sondages (2)


Cet article propose une analyse critique des sondages préélectoraux TNS-Sofres du 18 avril et CSA des 18 et 19 avril avril.

Sondage TNS-Sofres

La fiche technique du sondage évoque succinctement la méthode utilisée :

Enquête UNILOG réalisée le 18 avril 2006 pour Le Grand Jury RTL, Le Figaro et LCI auprès d’un échantillon national de 1000 personnes représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales, interrogées par téléphone. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d’agglomération.
TNS-Sofres

Les résultats sont présentés sous la forme de cinq tableaux :

1. L’intérêt pour l’élection.
2. Intentions de vote au 1er tour.
3. Intentions de vote 2nd tour de l’élection présidentielle.
4. Les transferts de voix du 1er au 2nd tour.
5. Les motivations du vote.

Cette présentation est critiquable sur trois points :

1. Il manque les questions correspondants aux tableaux 2, 3 et 4. Il est impossible de comprendre une réponse si on ne connaît les termes exacts de la question. Ou, pour le dire autrement, la réponse est « non », mais quelle est la question ?

2. Il manque la méthode de construction des tableaux 2 et 4, qui croisent des données issues vraisemblablement de plusieurs questions. Il est donc impossible d’interpréter correctement ces tableaux.

3. La présentation des résultats du tableau 3 est biaisée, car elle exclue les 14% des personnes interrogées qui n’ont pas exprimé d’intentions de vote. Les scores annoncés de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy ne représentent que 86% de l’échantillon. De plus, l’organisme de sondage n’indique pas l’intervalle de confiance. Se situant à plus ou moins 3,5%, il est supérieur à l’écart entre les deux candidats. En clair, cela signifie qu’il n’est pas possible de dire, à partir des hypothèses de ce sondage, quel candidat l’emporterait.

C’est pourtant ce qu’affirme le résumé de l’organisme qui a réalisé ce sondage :

Avec 51% d’intentions de vote, Ségolène Royal l’emporterait au 2ème tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy (49%). Autre enseignement de notre étude : au 1er tour, Ségolène Royal ferait un meilleur candidat PS (34% des intentions de vote) que Lionel Jospin (23%), Jack Lang (22%), Dominique Strauss-Kahn (18%) et Laurent Fabius (15%).
TNS-Sofres

C’est aussi ce qu’affirment dans les mêmes termes Le Monde et Le Nouvel Observateur :

Selon un sondage publié jeudi 20 avril dans Le Figaro, Ségolène Royal devancerait très légèrement Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle, avec 51% des intentions de vote, contre 49%. 14% des personnes interrogées ne se prononcent pas sur cet éventuel duel entre la députée des Deux-Sèvres et le président de l’UMP.
Au premier tour, la présidente de la région Poitou-Charente arriverait déjà en tête, avec 34% d’intention de vote, contre 30% en faveur du ministre de l’intérieur (18% des sondés ne se sont pas exprimés).
Selon ce premier baromètre TNS Sofres-Unilog, Mme Royal distance tous les « présidentiables » socialistes : Lionel Jospin (23%), Jack Lang (22%), Dominique Strauss-Kahn (18%) et Laurent Fabius (15%).
Le Monde du 20 avril.

Selon un sondage publié jeudi 20 avril par Le Figaro, Ségolène Royal avec 51% des intentions de vote devancerait très légèrement Nicolas Sarkozy (49%) au second tour de l’élection présidentielle. 14% des personnes interrogées ne se prononcent pas.
Toujours selon le quotidien, la présidente de la Région Poitou-Charente, qui devance nettement les ténors du PS, arriverait déjà en tête du premier tour avec 34% d’intention de vote contre 30% en faveur du ministre de l’Intérieur (18% ne se sont pas exprimés).
Ségolène Royal devance ainsi tous les « présidentiables » socialistes: Lionel Jospin (23%), Jack Lang (22%), Dominique Strauss-Kahn (18%) et Laurent Fabius (15%).
Le Nouvel Observateur du 20 avril.

Sondage CSA

La fiche technique du sondage évoque succinctement la méthode utilisée :

Sondage exclusif CSA / LE PARISIEN / AUJOURD’HUI EN FRANCE / I-TELE réalisé par téléphone les 18 et 19 avril 2006.
Echantillon national représentatif de 878 personnes inscrites sur les listes électorales, constitué d’après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d’agglomération.
CSA

Les résultats sont présentés sous la forme de deux tableaux :

1. Intentions de vote au 1er tour entre 9 candidats avec rappel de sondages de mars et avril 2006.
2. Intentions de vote 2nd tour entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy avec rappel de sondages de mars et avril 2006.

Cette présentation est critiquable sur trois points :

1. La présentation des deux tableaux est biaisée, car elle exclut les 38% (tableau 1) et 35% (tableau 2) des personnes interrogées qui n’ont pas exprimé d’intentions de vote (abstention, vote blanc ou nul).

2. Le rappel de sondages antérieurs ne veut rien dire, car comme le précise l’organisme en bas de page et en caractères rouges : «ces résultats doivent être interprétés comme des rapports de force à la date de l’enquête, et en aucun cas comme prédictifs des résultats le jour du vote». Il est donc illégitime de comparer des résultats établis à des dates différentes.

3. Dans le tableau 2, les scores de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy ne représentent que 65% de l’échantillon. De plus, l’organisme de sondage n’indique pas l’intervalle de confiance. Se situant à plus ou moins 4,5%, il est dans la fourchette de l’écart entre les deux candidats. En clair, cela signifie qu’il n’est pas possible de dire, à partir des hypothèses de ce sondage, quel candidat l’emporterait.

C’est pourtant ce qu’affirment exactement dans les mêmes termes Yahoo! et Le Nouvel Observateur :

Un nouveau sondage donne Ségolène Royal victorieuse d’un duel contre Nicolas Sarkozy: la députée socialiste battrait le président de l’UMP au second tour de l’élection présidentielle avec 53% des voix, contre 47% à son adversaire de droite.
Yahoo! du 23 avril.

Un nouveau sondage donne Ségolène Royal victorieuse d’un duel contre Nicolas Sarkozy: la députée socialiste battrait le président de l’UMP au second tour de l’élection présidentielle avec 53% des voix, contre 47% à son adversaire de droite.
Le Nouvel Observateur du 24 avril.

Pour en finir avec les sondages préélectoraux

La présentation de ces deux sondages comporte le même biais méthodologique : certaines données concernent la totalité de l’échantillon et d’autres seulement une fraction du même échantillon sans que l’organisme n’indique ce changement. Or, dans les sondages préélectoraux, il y a 95 chances sur 100 pour qu’une enquête effectuée sur 1000 personnes donne un résultat à plus ou moins 3,2% près, donc 5 chances sur 100 pour que le résultat soit hors de l’intervalle, c’est-à-dire faux. De plus la marge d’erreur augmente quand la taille de l’échantillon diminue (plus ou moins 3,5% dans le premier sondage et plus ou moins 4,5% dans le deuxième). Rien donc ne permet de dire lequel des deux candidats l’emporterait au deuxième tour.

En toute rigueur, la seule conclusion de ces sondages devrait s’écrire : si les candidats du premier tour et si les deux candidats du deuxième tour étaient exactement les mêmes que ceux sélectionnés par le sondeur et si le premier et le deuxième tour des élections avaient lieu le jour de l’enquête, il y a 95% de chances pour que les intentions de vote en faveur de tel candidat soient dans une fourchette comprise entre x% et y% et il y a 5% de chances que le résultat annoncé soit faux. Pas très vendeur n’est-ce pas ?

La lecture des différentes conditions, cachées par les organismes de sondage et les médias, révèlent des biais méthodologiques qui invalident les résultats :

  • La liste des candidats du premier et du deuxième tour, soumis au choix des personnes interrogées, est totalement arbitraire. Le sondeur définit la problématique de son sujet pour ensuite demander au sondé de choisir l’option qui lui convient le plus. Cette construction de l’objet est une excellente méthode pour obtenir des résultats correspondant à ses propres attentes : le duel du deuxième tour.
  • Le sondeur définit une problématique temporelle totalement fictive, car le deuxième tour d’une élection se déroule une semaine après le premier. Ce temps permet aux deux candidats, sélectionnés par le comptage des votes réels et non des intentions fictives, de faire campagne et à chacun de faire son choix, y compris de ne pas choisir. Ces deux sondages sont construits sur la seule question du deuxième tour.
  • Bien que les sondages préélectoraux ne mesurent que des intentions de vote à un instant donné, plus ou moins éloigné de l’élection, ils sont abusivement commentés comme un système prédictif. Le 20 avril, Le Nouvel Observateur titre «2007 : Royal favorite au second tour» et Le Monde, «Un nouveau sondage donne Ségolène Royal victorieuse face à Nicolas Sarkozy à la présidentielle» ; et le 24 avril, Le Nouvel Observateur titre «Sondage : Royal écrase Sarkozy en 2007».

En utilisant les chiffres comme un argument d’autorité, les organismes de sondage et les médias ne s’embarrassent pas de nuances pour vendre leurs prophéties. Ils utilisent toutes les ficelles de mise en scène des telenovelas pour construire LE feuilleton de l’année. Les personnages changeront au fil des épisodes, mais le suspense restera entier jusqu’à la fin. Ce filon est juteux pour ces manipulateurs de l’opinion, qui cherchent à nous faire croire que leur petit jeu stérile a du sens.

Serge LEFORT
28 avril 2006

Pour en finir avec les sondages (1)


À en croire les sondages publiés par les médias, les élections présidentielles de 2007 seraient jouées d’avance. Le deuxième tour se déroulera entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qui l’emportera inévitablement…

Les mêmes organismes de sondage et les mêmes médias, qui avaient pronostiqué un duel Chirac-Jospin en 2002, multiplient les annonces triomphales d’un duel Royal-Sarkozy en 2007. Le 4 mars, quatre hebdomadaires – Le Nouvel Observateur, Le Point, Paris-Match et VSD – consacrent tout ou partie de leur Une à Ségolène Royal. Trois sondages – Ipsos le 13 avril, Sofres le 20 avril et CSA le 23 avril – donnent Royal gagnante dans les mêmes termes : « Un nouveau sondage donne Ségolène Royal victorieuse face à Nicolas Sarkozy à la présidentielle » (Le Monde du 20 avril) ; « Un nouveau sondage donne Ségolène Royal victorieuse d’un duel contre Nicolas Sarkozy » (Le Nouvel Observateur du 24 avril).

Qu’il s’en amuse ou non, chacun sait que les pronostics électoraux ont autant de valeur que les prédictions numérologiques. Les deux approches reposent sur une conception magique des chiffres pour maîtriser les événements futurs. Le problème n’est pas l’utilisation des chiffres, ni leur véracité ou leur fausseté, mais la croyance superstitieuse qu’ils feraient sens pour dire quelque chose de crédible sur l’avenir collectif ou individuel.

Nostradamus a eu l’habileté d’écrire ses prophéties, régulièrement rééditées, en les enrobant dans une phraséologie polysémique qui, selon la loi du genre, a suscité autant d’interprétations que d’exégètes auto-proclamés. Les Nostradamus modernes réalisent leurs prophéties dans un langage pseudo-scientifique. Personne ne discute la méthode, qui repose sur des hypothèses rarement explicitées, mais les experts commentent les résultats comme s’ils avaient une valeur prédictive.

Cette course effrénée aux pronostics électoraux, aussi fiables que les pronostics hippiques, relève d’une propagande visant à nous convaincre qu’il n’y a pas d’autres choix possibles. Les commanditaires des sondages, les organismes qui les réalisent, les experts qui les analysent et les commentent, et les médias qui les publient, fabriquent quelque chose qui a l’apparence de l’information et qui est vendu comme telle, mais qui est de l’information « Canada Dry ». Ce discours ne fait sens que parce qu’il est martelé matin, midi et soir.

La critique des sondages n’est plus à faire, celle des sondages d’opinion préélectoraux nécessite d’analyser la méthode [1]. Les sondages produisent des chiffres, des analyses et des commentaires sur les chiffres et des discours sur les commentaires. En bref, ils produisent un récit visant à crédibiliser et à rendre acceptable l’inacceptable : la fausse alternative Royal-Sarkozy. La question n’est pas la vérité ou la fausseté du récit, mais son existence même. Le Dr. Goebbels l’avait compris avant les publicitaires, ce n’est pas le contenu d’un message qui importe, mais sa répétition. Répéter en boucle, comme le font les médias, le même message a pour effet d’en valider le contenu.

La seule réaction d’auto-défense intellectuelle face à cette marée superstitieuse des sondages préélectoraux nécessite de refuser de prendre au sérieux ces pronostics, mais de les analyser comme des paroles magiques visant à créer un effet de réel. La critique doit moins viser les énoncés que leur procès de production et de circulation.

Serge LEFORT
24 avril 2006

Questions à se poser

  1. Quels sont les commanditaires du sondage ?
    1.1. liens avec l’organisme de sondage
    1.2. liens avec les analystes
    1.3. liens avec les commentateurs
    1.4. liens avec les médias
  2. Quels sont les objectifs du sondage ?
  3. Quel organisme réalise le sondage ?
  4. Quel est le protocole du sondage ?
    4.1. questionnaire
    – nombre de questions
    – ordre des questions
    – nature des questions
    4.2. méthode de recueil des réponses
    4.3. dates du recueil des réponses
    4.4. nombre de personnes interrogées
    – nombre de refus
    – nombre de questionnaires/nombre d’enquêteurs
    4.5. méthode de traitement des réponses
    – données brutes
    – données corrigées
  5. Qui analyse le sondage ?
    5.1. analyse de la totalité ou d’une sélection des questions et des réponses
    5.2. liens avec les commanditaires
    5.3. liens avec l’organisme de sondage
    5.4. liens avec les commentateurs
    5.5. liens avec les médias
  6. Qui commente le sondage ?
    6.1. commentaire de la totalité ou d’une sélection des questions et des réponses
    6.2. liens avec les commanditaires
    6.3. liens avec l’organisme de sondage
    6.4. liens avec les analystes
    6.5. liens avec les médias
  7. Quels médias publient le sondage ?
    7.1. publication de la totalité ou d’une sélection des questions et des réponses
    7.2. publication de la totalité ou d’une sélection des analyses
    7.3. publication de la totalité ou d’une sélection des commentaires
    7.4. liens avec les commanditaires
    7.5. liens avec l’organisme de sondage
    7.6. liens avec les analystes
    7.7. liens avec les commentateurs
  8. Quels sont les écarts ?
    8.1. totalité et sélection des questions et des réponses
    8.2. totalité et sélection des analyses
    8.3. totalité et sélection des commentaires
    8.4. totalité et sélection des publications

[1] Sélection bibliographique :
• BESSON Jean-Louis (sous la direction de), La cité des chiffres – Ou l’illusion des statistiques, Autrement, 1992.
• BOURDIEU Pierre, Questions de sociologie, Minuit, 1984.
• CHAMPAGNE Patrick, Faire l’opinion – Le nouveau jeu politique, Minuit, 1990.
• KLATZMANN Joseph, Attention, statistiques ! – Comment en déjouer les pièges, La Découverte, 1996.
• MEYNAUD Hélène-Yvonne et DUCLOS Denis, Les sondages d’opinion, Repères n°38, La Découverte, 1996.