Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

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S'habiller


Collectif, S’habiller, Le Sociographe n° 17, mai 2005 [Texte intégral en ligne]

Présentation

Signe, marque, mais peut-être aussi linguistique… le vêtement parle. Il n’est pas seulement une protection et un paraître, il est aussi un support à la relation sociale. En ce sens, il nous inscrit dans notre environnement.
Du col blanc à l’exclu, qui habille le corps et qui habite les vêtements ? Dialogue des usages et des médiations du vêtement dans les pratiques éducatives.

Du vêtement en général… et de celui de l’exclusion en particulier

La ville moderne constitue un théâtre d’images où la représentation et la mise en scène des formes sociales permettent à l’individu de se confronter à l’exacerbation et à la valorisation de la différence sous toutes ses formes. Ainsi ce qui se joue ou peut potentiellement se jouer pour l’individu dans le domaine de la représentation vestimentaire c’est l’effacement de soi ou son hyper-représentativité, la simplicité ou l’extravagance, la neutralité ou la provocation. L’individu anonyme des villes est toujours dans une relation de confrontation à l’illimitation des possibles. A partir de cette apparente liberté, peut-on parler d’un vêtement spécifique de l’exclusion sociale ?

Just wear it. Sur la prédominace des marques dans l’habillement des jeunes

Le vêtement, l’habit est un moyen d’affirmer son appartenance au groupe social tout en se démarquant par son originalité, sa touche personnelle. Le vêtement permet de cacher le corps, d’en modifier les contours pour en changer la réalité. Il cache ses imperfections et ses parties intimes. Mais il donne aussi à voir, il exhibe une partie de celui qui le porte. Grâce au vêtement, on montre son appartenance à un groupe social mais aussi son caractère, ses choix idéologiques, ses goûts. Ces contradictions sur le fait de s’associer en se dissociant et donner à voir en cachant, qui sont vraies pour les adultes le sont encore plus pour les adolescents.

Humeurs étudiantes… sur le vêtement des travailleurs sociaux

Quel est le sens du vêtement et du (je)u des apparences ? D’une conséquence de l’impéritie humaine à « l’explosion » des fonctions du vêtement, qu’en est-il des représentations actuelles des travailleurs sociaux autour de la question du vêtement, des apparences et du travail social ? Une enquête tournée vers les assistants sociaux et éducateurs spécialisés se propose d’alimenter ce champ de questions.

Branding games. Modes, marques, magie

« Postmode » ou « mode achevée » signent aujourd’hui la production comme la consommation de masse et marquent l’influence du code à travers les objets de notre quotidienneté. Le vêtement marqué et son logo permettent de se distinguer de cette production/consommation massifiée et horizontalement nivelée. Il réalise de manière quasi-magique un transfert de valeur symbolique dont l’efficacité repose sur la croyance collective en la valeur produite par la marque, c’est-à-dire construite par le langage. C’est pourquoi, discours et produits s’unissent aujourd’hui dans une même résolution de signes consommables.

Vêture du bébé, investiture du papa

L’arrivée d’un nouveau-né au sein du foyer entraîne une réorganisation des tâches, généralement invisible et informulée. Le linge et le nourrisson apparaissent comme deux « domaines réservés », imprégnés d’une forte connotation féminine. En y regardant de plus près, on s’aperçoit pourtant qu’il existe de nombreux intérêts à ce que le père participe à l’habillement de son enfant. L’approche paternelle, différenciée de celle de la mère, s’organise progressivement autour d’un nouveau modèle de la paternité ; plus que bénéfique pour le développement du nourrisson, elle lui est nécessaire.

Perceval se change

« Changer mes bons habits que me fit ma mère… » : Le roman de Perceval offre une allégorie du travail de perte et de transformation du statut des enveloppes vestimentaires : changer en se changeant. Il pose les bases d’une réflexion sur la relation d’habillement. Ces enveloppes imaginaires et symboliques sont conçues dès l’attente de l’enfant, «à l’horizon des rêves maternels » comme le dit Mallarmé. Toute relation d’habillement se construit entre «se faire habiller » et «s’habiller ». Ces enveloppes sont intimement dépositaires de l’identité mais elles interrogent tout autant l’altérité : l’habillement vient de l’autre et va vers l’autre. En tant qu’objet, les habits circulent en famille, hors famille, entre pairs et transportent des affects, des représentations imaginaires et symboliques, des sensations, des humeurs.

L’hôpital par son linge. Analyse socio-linguistique d’une organisation

Comment s’échange le linge en hôpital ? Cette question permet d’aborder, en termes socio-linguistiques, le fonctionnement de l’organisation dont le linge est un analyseur. L’objet central étudié, c’est la fiche d’échange, le texte donc, mais aussi l’usage qui en est fait, la parole en quelque sorte. Repris d’un article ancien, le texte est mis en perspective dans une courte introduction et une conclusion qui soulève quelques questions sur nos manières actuelles d’observer — et d’apprendre à observer — et sur les outils théoriques pertinents pour le faire dans le champ socio-sanitaire.

La construction vestimentaire. Au carrefour du social, du symbolique et du psychique

Seconde peau, transition entre le corps nu intime et le corps socialisé couvert, le vêtement signale l’appartenance géographique, l’activité, la classe d’âge, le sexe de son propriétaire comme la crainte, la honte ou encore le désir de laisser paraître quelque chose de sa filiation ou de soi-même. Par son agencement singulier, il élabore un discours pour autrui ; un discours tenu dans la référence au collectif puisque la fabrication du vêtement dépend de critères économiques, culturels et plus généralement sociaux. Cet agencement s’effectue à partir d’unités articulées de significations qui construisent une parole du « moi » sur lui-même, et révèle aussi indirectement les pulsions qui l’agitent.

Habits vécus. Nudité, intimité, identité

De la naissance à la mort, nous vivons la plupart du temps habillés. Se vêtir est une alchimie faite de goût, de circonstances, d’environnement. Le rapport du sujet à la nudité n’est pas sans évoquer sa propre intériorité qu’aucun vêtement ne saurait durablement cacher, mais qui se révèle sous tous les climats dans la vie partagée. Petit bréviaire subjectif sur les relativités du vêtement, tout au long d’une vie.

Habiller le corps handicapé. L’exemple d’Habicap

La couture est un des plus vieux métier du monde : l’habit raconte notre histoire et celle de notre vieux monde. Il n’a cessé d’accompagner nos quotidiens, comme une seconde peau. Aujourd’hui, le corps standardisé par une industrie textile de masse et planétaire impose ses normes physiques et vestimentaires. Comme on ne coud plus au sein des familles, il est devenu très difficile pour certains de s’habiller. C’est l’objectif que s’est fixé Habicap : redonner d’ autonomie à des personnes physiquement contraintes et les accompagner au mieux dans leurs quotidiens.

Des bédouines en Jordanie. Vie tribale et identités

Montrer et cacher : l’anthropologie des échanges par le regard devrait s’enrichir de la connaissance des codes de l’apparence vestimentaire et de son rôle dans les communautés bédouines en Jordanie aujourd’hui. L’organisation tribale s’appuie sur l’esthétique, et elle tient par une floraison du sensible, et son partage, sous conditions. Couleurs, motifs, volumes de l’habit, mouvements et gestes concourent à reproduire un certain type d’échanges pour la fécondité du groupe, sa cohésion. Vêtements et parures des femmes montrent les limites entre le domaine réservé et ce qui est montré, qui n’est pas Haram. Né et déployé dans des espaces naturels vierges immenses et dans des cités, l’artifice est l’architecture, le maquillage de la part intime, qui procure distance et pouvoir.

Lire aussi : GIRAUD F., Le rôle du vêtement dans la construction des identités sexuées dans la classe supérieure, Mémoire, 2006 [en vente]

Quentin Bell dans Mode et société : essai sur la sociologie du vêtement nous rappelle que « dans presque toute société, les vêtements indiquent le sexe de celui qui les porte, et distribuent les hommes et les femmes dans des catégories différentes. ». Le vêtement est en effet différencié selon les sexes, tant dans les matières utilisées pour la confection, que dans les coupes, les couleurs…
Si le corps est porteur de l’identité sexuée, comme nous le rappelle C. Detrez dans La construction sociale du corps, il ne faut pas oublier que les soi-disant évidences biologiques ne le sont pas tout à fait. L’identité sexuée ne se résume pas « à un assemblage de chromosomes ou à une énumération de différences anatomiques » (C. Detrez, op cit). L’adéquation entre le sexe et le genre n’est pas automatique, l’identité sexuée est le produit d’un processus de « sexuation ». La société entre pour une large part dans les différences existant entre les hommes et les femmes, façonnant leurs modes d’être, leurs goûts…
C’est précisément parce l’identité sexuée n’est pas innée, mais est le résultat d’un apprentissage que nous intéresserons plus particulièrement aux processus par lesquels les individus incorporent et s’approprient cette identité sexuée.
Le vêtement peut être, comme l’est le jouet , une occasion privilégiée pour observer les processus de socialisation sexuée. Le vêtement est en effet une des premières images qui, dans le quotidien, nous est donnée du sexe des individus. Il semble que le vêtement est un révélateur des représentations que la société se fait de ce que « doivent être » un homme et une femme, dans ce domaine sont rappelées sans cesse les convenances à respecter, les attentes collectives.
Ce qui est donc intéressant dans le vêtement, c’est le poids des contraintes sociales contraignant le choix des vêtements. A la différence du monde des jouets où les parents peuvent ou non respecter dans leur choix les destinations de sexe, dans le domaine des vêtements, cette question ne se pose pas. Le vêtement n’est pas questionné comme pouvant être autre pour chacun des deux sexes. Pour beaucoup, c’est un donné de la société que les filles portent des jupes et des robes ainsi que des pantalons, tandis que les garçons portent uniquement des pantalons, de même au niveau des couleurs, les gens prennent pour acquis que le rose soit une couleur de fille. Ce sont ces idées que nous avons voulu interroger dans ce projet.
Le vêtement est un indicateur très significatif des représentations et des apprentissages sexués, il est un révélateur de la socialisation sexuée au sein de la famille, et plus largement dans toute la société. Il s’agira donc d’étudier comment le vêtement peut être un indicateur significatif des représentations et apprentissages sexués des enfants dans leur famille.
Mais par ailleurs nous nous plaçons dans un milieu social particulier les classes supérieures. Ceci amène une détermination supplémentaire par rapport au choix du vêtement et de son rôle vis à vis de la construction de l’identité sexuée. En effet, dans tous les milieux sociaux, l’image de la femme et de l’homme sont différentes.
La condition de la femme diffère suivant les milieux sociaux, selon qu’elle doit ou non travailler, selon le type de travail, selon qu’elle a ou non une femme de ménage. Historiquement les différences étaient très importantes entre l’ouvrière, dont l’archétype peut être représentée par Gervaise Macquart dans L’assommoir de Zola et la bourgeoise. A chaque milieu social est associé une image de la femme.
Le poids des contraintes économiques et sociales jouant, dans deux milieux sociaux différents, le rôle du vêtement dans la construction de la personnalité sera sensiblement différent.
Nous nous sommes à dessein concentrés sur un milieu où les personnes peuvent s’offrir des toilettes, faire attention à elles. Dans le milieu des classes supérieures, le vêtement revêt une importance bien plus grande que dans tous les autres milieux sociaux. Dans La Distinction, Bourdieu oppose l’usage « réaliste » et fonctionnaliste, que font les classes populaires du vêtement à l’usage qu’en font les classes dominantes qui sont attentives au paraître. Le vêtement n’a pas, dans ces milieux, pour fonction première une fonction protectrice, il permet de reconnaître socialement les individus.
Nous partons donc de trois idées essentielles :
•Le vêtement a une influence sur la représentation des identités sexuées.
•Le vêtement est un indicateur de l’appartenance de classe.
•Les représentations des genres, des identités sexuées sont différentes suivant les milieux sociaux.
Il s’agira donc d’étudier en quoi le vêtement est un indicateur des représentations et des apprentissages différenciés selon les sexes Mais plus précisément, on se demande donc en quoi le vêtement peut être un indicateur des représentations de l’homme et de la femme dans les classes supérieures
Qu’est-ce que le vêtement révèle de la construction différenciée selon les sexes des rôles de genre dans les classes supérieures ?
On essaiera ici de saisir les variations individuelles de l’habitus vestimentaire des classes supérieures.

Analyse du discours de Netanyahou


En réponse à Barack Obama qui s’etait adressé aux musulmans du monde entier, Benyamin Netanyahou s’adresse aux seuls Israéliens pour les convaincre qu’il est bien le Premier ministre d’un «gouvernement d’unité nationale» et qu’il est capable de «garantir la sécurité d’Israël» face à «la menace iranienne, la crise économique»… et un nouveau Hamastan».

Benyamin Netanyahou a peu parlé de l’Iran, mais toujours en termes de menace pour Israël :

«la menace iranienne»
«le spectre de la menace iranienne»

La réélection de Mahmoud Ahmadinejad, qu’il n’a jamais nommé, est un atout majeur pour concrétiser ses efforts en vue «de forger une alliance internationale» contre l’Iran. Moshe Ya’alon, vice-Premier ministre et ministre des Affaires stratégiques, a depuis longtemps préparé cette stratégie qui est une arme redoutable pour détourner l’attention des crimes perpétués par l’armée d’occupation en Palestine [1].

L’essentiel de son discours concernait la question palestinienne. Benyamin Netanyahou a prononcé trois fois les mots «État palestinien», mais en termes négatifs ou hypothétiques :

Si ces deux conditions ne sont pas respectées, le danger de l’émergence d’un État palestinien armé qui deviendrait une nouvelle base de terrorisme contre l’État juif, du genre de celle de Gaza, est réel.
On ne peut s’attendre à ce que nous acceptions par avance le principe d’un État palestinien sans garanties de démilitarisation de cet État.
Si nous recevons des garanties concernant la démilitarisation et les exigences israéliennes de sécurité, et si les Palestiniens reconnaissent qu’Israël en tant qu’État du peuple juif, nous serions disposés, dans le cadre d’un futur accord, à parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien démilitarisé aux côtés de l’État juif.

Les nouvelles conditions que Benyamin Netanyahou posent avant d’envisager «dans le cadre d’un futur accord» de «parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien» le rendent impossible et le vident par avance de sa substance :

1) Les Palestiniens doivent reconnaître Israël comme l’État du peuple juif.

Il s’ensuit que la condition préalable fondamentale pour mettre fin au conflit est la reconnaissance, publique et catégorique par les Palestiniens, d’Israël comme l’État-nation du peuple juif.
J’ai déjà énoncé le premier de ces principes : la reconnaissance. Les Palestiniens doivent reconnaître clairement et sans ambiguïté qu’Israël est l’État du peuple juif.
[…] si les Palestiniens reconnaissent qu’Israël en tant qu’État du peuple juif, nous serions disposés, dans le cadre d’un futur accord, à parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien démilitarisé aux côtés de l’État juif.

Commentaires :

Pour comprendre l’absurde de cette exigence, il faut savoir que la question de la nature de l’État d’Israël n’a jamais été réglée depuis 1948. L’État d’Israël ne possède pas de Constitution car les religieux s’y sont toujours opposé. Son droit s’appuie sur la Déclaration d’indépendance et les Lois fondamentales.
Le problème est que l’appartenance d’un individu au peuple juif (judéité) dépend de la Halakha et donc du pouvoir religieux.

Le deuxième problème que soulève cette exigence est le devenir des Arabes israéliens, qui représentent aujourd’hui environ 20% de la population. Leurs droits, qui varient selon leur origine ethnique et qui ne sont pas dans les faits égaux à ceux des Juifs israéliens, sont aujourd’hui remis en cause par l’extrême droite.
Dans les pays démocratiques, le droit s’applique à tous les citoyens quelque soit son origine ethnique et son appartenance religieuse. C’est la contradiction du droit israélien, en principe démocratique mais réservé au seul «peuple juif» comme l’a martelé Benyamin Netanyahou en recourant à un vocabulaire ethnico-religieux.

Comment un chef de gouvernement peut-il demandé à un peuple, qu’il nomme même pas et dont il occupe la terre depuis plus de quarante ans, de résoudre à sa place la question de la nature de l’État d’Israël ?
Qui se soucie des laïcs qui, en Israël, doivent se soumettre à la loi religieuse ? Sait-on que, par exemple, le seul mariage possible en Israël est le mariage religieux ? Cet archaïsme ne trouble-t-il pas les pourfendeurs du voile dit islamique ? Allez donc voir Pureté et Condamnée au mariage de Anat Zuria [2].

2) Que l’État palestinien soit démilitarisé.

Le second est la démilitarisation : le territoire sous contrôle palestinien doit impérativement être démilitarisé pour garantir la sécurité d’Israël.
[Nous voulons] des engagements clairs pour que, dans un futur accord de paix, le territoire contrôlé par les Palestiniens soit démilitarisé […]
Si nous recevons des garanties concernant la démilitarisation et les exigences israéliennes de sécurité, […] parvenir à une solution prévoyant l’existence d’un État palestinien démilitarisé aux côtés de l’État juif.

Commentaires :

L’argument de Benyamin Netanyahou, comme de tous les gouvernements israéliens avant lui, est la sécurité d’Israël. On pourrait le comprendre si la politique sécuritaire ne se substituait pas la politique économique et sociale. La même politique, menée en France, est d’ailleurs taxée de lepéniste.
Mais surtout de quel droit un gouvernement pourrait interdire à un autre État de se préoccuper de la sécurité de ses propres citoyens ? C’est ce que prétend cyniquement Benyamin Netanyahou : au nom de la sécurité d’Israël l’État est interdit d’assurer la sienne.

Plus absurde encore, Benyamin Netanyahou exige que les Palestiniens assurent bénévolement la sécurité d’Israël en contrôlant par exemple «le trafic d’armes sur le territoire». Mais comment ?
Le mystère reste entier et ferait rire tout le monde s’il ne s’agissait d’un État qui utilise massivement ses forces militaires – aériennes, maritimes et terrestres – contre une population civile ; s’il ne s’agissait d’un État qui n’a respecté aucune résolution de l’ONU le concernant depuis 1948 ; s’il ne s’agissait d’un État qui viole ses propres règles morales.

En lisant dans le détail le texte du discours de Benyamin Netanyahou, on se rend compte qu’il dénie tout droit à l’hypothétique État palestinien : pas de contrôle – aérien, maritime et terrestre – de son territoire, pas de relations avec les pays désignés comme ennemis d’Israël, pas de maîtrise de son économie qui serait en concurrence avec celle d’Israël, pas le droit d’élire démocratiquement des représentants qui ne plaisent à Israël, etc.
Cette mascarade s’appelle un État croupion à la solde de l’occupant comme le fut le régime de Vichy pendant la Seconde guerre mondiale. Un régime qui se préoccupera de la sécurité d’Israël en arrêtant préventivement – de préférence dès la naissance – tous les supposés résistants.

3) Qu’aucun réfugié palestinien n’ait droit au retour.

Car il est clair que toute exigence de retour des réfugiés palestiniens en Israël constitue un danger pour l’existence d’Israël en tant que État du peuple juif.

Commentaires :

Le droit que reconnaît l’État d’Israël aux Juifs du monde entier d’émigrer en Israël et d’acquérir automatiquement la nationalité, ce droit est dénié aux Palestiniens qui ont été chassé de leur terre en 1948 par l’armée israélienne.
Benyamin Netanyahou ne reconnaît aucun droit aux Palestiniens et surtout pas celui de retrouver leur maison et leur terre, volées par les groupes terroristes Irgoun Stern et Haganah en 1948 et par Tsahal depuis.

Cette politique du deux poids, deux mesures est constante et elle révèle le racisme colonial qui imprègne la classe dirigeante en Israël. Un racisme qui gangrène toute la société au point que beaucoup d’Israéliens ont perdu aujourd’hui toute compassion et tout sentiment humain face à la détresse des Palestiniens.

4) Que Jérusalem soit la capitale indivisible d’Israël.

Israël a besoin de frontières sûres et défendables, Jérusalem doit rester la capitale unifiée d’Israël où la liberté de toutes les religions sera respectée.

Commentaires :

Benyamin Netanyahou a eu recours à un vocabulaire ethnico-religieux et certains passages de son discours ont un simple copier-coller de la Déclaration d’indépendance. Ainsi, il reprend le mythe religieux de la Terre d’Israël [Eretz Israel], don de YHWH au peuple juif. L’histoire de la Palestine montre que, avant la sédentarisation de population semi-nomade (proto-Israélites selon les archéologues) vers -1200, fleurissait la civilisation cananéenne notamment sur le site de Jérusalem.

Jérusalem est absent de la Déclaration d’indépendance de 1948. La ville passe sous administration israélienne après la guerre coloniale des Six Jours en 1967. En 1980, la loi fondamentale israélienne entérine le statut de la ville en capitale «éternelle et indivisible». Mais la résolution 476 et la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations unies annulent cette loi en droit international.

5) Que l’Autorité palestinienne reprenne Gaza au Hamas.

L’Autorité palestinienne devra faire régner la loi à Gaza et triompher du Hamas.

Commentaires :

Benyamin Netanyahou en Ubu colonial, aussi grotesque que son modèle, exige que l’Autorité palestinienne (ignorée du temps d’Arafat), fasse un véritable coup d’État à Gaza pour prendre par la force le pouvoir que le Hamas (instrumentalisé par Benyamin Netanyahou et Ariel Sharon) a gagné dans les urnes.

Exigence grotesque car on se demande comment l’Autorité palestinienne, totalement désarmée, pourrait «reprendre Gaza au Hamas». Exigence méprisante pour la démocratie palestinienne. Le Hamas, que cela lui plaise ou non, a gagné les élections législatives à Gaza en 2006.

6) Que la colonisation continue.

[…] nous n’avons l’intention ni d’établir de nouvelles colonies, ni d’exproprier d’autres terrains au profit des colonies existantes.
Toutefois, nous devons permettre aux habitants de mener une vie normale, aux mères et aux pères d’élever leurs enfants comme partout ailleurs.

Commentaires :

Le diable est dans les détails. À lire le paragraphe sur la colonisation, on pourrait croire que Benyamin Netanyahou n’a pas «l’intention d’établir de nouvelles colonies», mais il a bien l’intention d’étendre les colonies existantes.
Nous allons y revenir, mais remarquons d’abord comment il présente l’extension naturelle des colonies : «nous devons permettre aux habitants de mener une vie normale, aux mères et aux pères d’élever leurs enfants comme partout ailleurs». Les habitants en question sont des colons israéliens qui vivent sur des terres volées aux Palestiniens grâce à la protection de milices et de l’armée en violation du droit international et de toutes les résolutions de l’ONU.

Pour comprendre les véritables intentions de l’Ubu colonial, il faut relire les paragraphes antérieurs dans lesquels il justifie longuement le droit du peuple juif sur la Terre d’Israël [Eretz Israel], «sa patrie historique» car don de YHWH au peuple juif. Il répète inlassablement le mythe sioniste «une terre sans peuple pour un peuple sans terre» et nie les travaux de tous les historiens, notamment israéliens.
Il revendique fièrement son négationnisme de l’expulsion des Palestiniens en 1948 organisée selon le Plan Daleth, de la destruction des maisons et du vol des terres palestiniennes après 1948, de l’occupation coloniale de Gaza et de la Cisjordanie depuis 1967 et de l’extension des colonies selon un plan qui émiette les territoires palestiniens en banthoustans.

Le problème fondamentale est que Israël n’a jamais reconnu les frontières internationales de son État. Ses frontières sont sans cesse repoussées plus loin par la guerre et l’occupation militaire et coloniale. Benyamin Netanyahou n’a donc logiquement rien dit des frontières d’un hypothétique État palestinien. Il évoque vaguement «le territoire sous contrôle palestinien», au singulier car il exclut Gaza qui est, selon lui, un Hamastan.
Benyamin Netanyahou reprend le rêve sionniste, abandonné par Ehud Olmert, du Grand Israël. S’il ne prononce pas le mot, il y fait explicitement référence dans la partie qui traite des «principes fondamentaux» [3].

Pour conclure sur une note optimiste, Benyamin Netanyahou, empêtré dans les contradictions d’un «gouvernement d’unité nationale», a fait un aveu de taille :

Ces deux réalités – notre attachement à la Terre d’Israël [Eretz Israel] d’une part, et la présence d’une population palestinienne parmi nous de l’autre – ont suscité de profondes controverses dans la société israélienne.

Ces controverse ont porté sur la remise en cause par l’extrême droite du statut des Arabes israéliens. Or la poursuite du statu quo, c’est-à-dire de l’occupation et de la colonisation qui détruisent la perspective d’un État palestinien viable, aboutira un jour ou l’autre à la reconnaissance d’un État pour deux peuples comme en Afrique du Sud ou au nettoyage ethnique de tous les Palestiniens dans le Grand Israël.

Serge LEFORT
16/06/2009

Sources :
• Address by Benjamin Netanyahu, Ministry of Foreign Affairs version anglaise officielle.
• Discours de Benyamin Netanyahou, Ambassade d’Israël en France version française officielle revue et corrigée par Monde en Question.

settlements = colonies [implantations en novlangue politiquement correcte] et non localités
settlers = colons et non habitants de ces localités
Israel = Israël et non État d’Israël
Jewish state = État juif et non Israël
land of Israel = Terre d’Israël [Eretz Israel] et non patrie
Holocaust = Holocauste et non Shoah

Lire aussi :
• Analyse du discours de Barack Obama
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Sélection biblographique :
• COHEN Mitchell, Du rêve sioniste à la réalité israélienne, La Découverte, 1990
• DEBIÉ Franck et FOUET Sylvie, La paix en miettes – Israël et Palestine (1993-2000) [stratégie territoriale], PUF, 2001
• DIECKHOFF Alain, Les espaces d’Israël – Essai sur la stratégie territoriale d’Israël, Fondation pour les études de défense nationale, 1987
• DIECKHOFF Alain (sous la direction de), L’État d’Israël, Fayard, 2008
• ENDERLIN Charles, Par le feu et par le sang – Le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël 1936-1948, Albin Michel, 2008
• FINKELSTEIN Norman G., L’industrie de l’Holocauste – Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs, La Fabrique, 2001
• KLEIN Claude, Israël – État en quête d’identité, Casterman, 1999
• LOUËR Laurence, Les citoyens arabes d’Israël, Balland, 2003
• MARDAM-FEY Farouk et SANBAR Elias (textes réunis par), Le droit au retour – Le problème des réfugiés palestiniens, Actes Sud, 2002
• MORRIS Benny, Victimes – Histoires revisitée du conflit arabo-sioniste, Complexe, 2003
• PAPPÉ Ilan, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008
• REINHART Tanya, Détruire la palestine, ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002
• REINHART Tanya, L’héritage de Sharon – Détruire la Palestine suite, La Fabrique, 2006
• WARSCHAMSKI Michel (Textes téunis et présentés par), La révolution sioniste est morte – Voix israéliennes contre l’occupation, 1967-2007, La Fabrique, 2007


[1] Moshe Ya’alon, WikipediaUn écho d’Israël
Documents sur l’Iran, 2006 et 2009
[2] • Pureté : Selon la Thora, une femme ne peut avoir aucun contact charnel avec son époux pendant une période allant jusqu’à deux semaines après la fin de son cycle.
Cinéma Méditerranéen
Dailymotion – Pureté 1
Dailymotion – Pureté 2
Dailymotion – Pureté 3
Femmes en résistance
Condamnée au mariage : Une épouse juive est la propriété de son mari. Par le mariage, il l’acquiert et il est le seul à pouvoir lui accorder un divorce. La loi rabbinique permet même à un mari ayant refusé le divorce à son épouse, de vivre avec une autre femme et avoir des enfants avec elle, mais la loi interdit à une femme mariée dont le mari refuse le divorce, de vivre avec un autre homme et de porter ses enfants.
Cinéma Méditerranéen
France 5
L’Internaute
Mediapart
TSR
[3] «principes fondamentaux» du sionisme :
Permettez-moi de rappeler tout d’abord que les liens noués par le peuple juif avec la Terre d’Israël [Eretz Israel] remontent à plus de 3500 ans. La Judée et la Samarie, ces lieux où vécurent Abraham, Isaac, Jacob, David, Salomon, Isaïe et Jérémie, ne nous sont pas étrangers. Ils s’inscrivent dans la terre de nos ancêtres.

Le droit du peuple juif à un État en Terre d’Israël [Eretz Israel] n’est pas la conséquence des catastrophes qui ont frappé notre peuple. Certes, pendant 2000 ans, les Juifs ont enduré des expulsions, des pogroms, des accusations de meurtre rituel et des massacres dont le paroxysme, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, a été atteint pendant l’Holocauste. Certains prétendent que sans l’Holocauste l’État d’Israël n’aurait pas vu le jour. Pour ma part j’affirme que si l’État d’Israël avait été établi plus tôt, l’Holocauste ne se serait pas produit.

Cette tragique histoire d’impuissance explique pourquoi le peuple juif doit posséder son pouvoir souverain d’autodéfense. Toutefois, notre droit d’édifier ici, en Terre d’Israël [Eretz Israel], un pays souverain, procède d’un fait simple : cette terre est la patrie du peuple juif, celle où s’est forgée notre identité.

Comme le proclama dans la Déclaration d’Indépendance le Premier ministre David Ben-Gurion : « Le peuple juif est né en Terre d’Israël [Eretz Israel]. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture à la fois nationale et universelle, et fit don de la Bible au monde entier ».

Analyse du discours de Obama


Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama, et le paradigme du choc des civilisations, qui constitue la trame de son discours, cet article fait l’analyse politique de son contenu.

La traduction de référence du discours de Barack Obama fut réalisée selon la transcription publiée par America.gov.

Plan du discours de Barack Obama :

Introduction
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
4. La démocratie
5. La liberté de religion
6. Les droits des femmes
7. Le développement et les opportunités économiques
Conclusion

Analyse statistique du discours de Barack Obama :

Introduction

L’introduction est particulièrement longue, la première quantitativement (26,82%), et elle contient le plus grand nombre d’occurrences liées à la religion (35,20%).
Barack Obama parle abondamment des «musulmans» (38,30%) et de l’«islam» (65,22%) en termes positifs car il souhaite réduire la «tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier». Il va plus loin en disant que «les tensions ont été nourries par le colonialisme» et par la «guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés».

Ce discours tourne incontestablement la page de l’idéologie qui soutendait la politique étrangère américaine depuis vingt ans (depuis le mandat de George H. W. Bush) et surtout pendant les huit années du mandat de George W. Bush.

Mais Barack Obama a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter ce que ce changement de doctrine modifiera concrètement. Il entend poursuivre la politique antérieure en Afghanistan et en Irak et il n’avance aucune proposition nouvelle sur la question de la Palestine.

Reconnaître l’erreur tragique du «combat du Bien contre le Mal», en proposant «le respect mutuel» entre «l’Amérique et l’islam», ne suffit pas pour inaugurer une nouvelle politique. Barack Obama, restant acquis au choc des civilisations, propose une paix absurde… aux musulmans parce que les États-Unis n’ont plus les moyens de poursuivre la guerre absurde contre l’islam.

Barack Obama, président de l’Empire en déclin, a réduit les ambitions géopolitiques des États-Unis à son pré-carré au Moyen-Orient et en Afghanistan. Il faut lire aussi son discours en creux en pointant ce qu’il omet de dire pas ou ce qu’il dissimule.

1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes

Ce chapitre, le troisième quantitativement (15,36%), n’apporte rien de nouveau sur les objectifs de contrôle militaire et politique de l’Afghanistan et de l’Irak.

Barack Obama évite de prononcer le mot «terrorisme», qui fut le prétexte de la guerre contre l’Afghanistan, mais parle de manière alambiquée «de l’extrémisme violent sous toutes ses formes» en commençant par un mensonge : «l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam». C’est pourtant bien une croisade que George W. Bush a lancé en 2001.

Sur l’Afghanistan, Barack Obama reprend à son compte l’argumentaire de George W. Bush pour justifier la guerre : «les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans». Pire encore, il est prêt à étendre la guerre au Pakistan, qui abrite des «éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains». Mais il ne rappelle pas que les groupes mercenaires se revendiquant de l’islam furent armés, instruits et payés par les États-Unis pour chasser l’armée soviétique de l’Afghanistan [1].

Sur l’Irak, Barack Obama paraît en retrait des objectifs de George W. Bush, mais il assume le choix de son prédécesseur en prétendant que le peuple irakien est «libéré de la tyrannie de Saddam Hussein». Une libération imposée par la destruction des infrastructures économiques, par le bombardement de la population, par l’occupation militaire et la mise en place d’un gouvernement dominé par les religieux chiites et sunnites. Belle exemple de l’imposition de la démocratie par les armes !

Sur Guantánamo, Barack Obama justifie l’usage d’une prison de non-droit au nom de «la peur et la colère [… ] provoquées» par «les événements du 11 Septembre». Argument dérisoire car les attentats du 11 septembre 2001 furent la conséquences de l’instrumentalisation des groupes islamistes en Afghanistan, au Pakistan, au Moyen-Orient et au Maghreb.

2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe

Cet chapitre, le deuxième quantitativement (17%), n’apporte rien de nouveau sur l’absence de réel engagement des États-Unis pour une solution qui reconnaisse les droits des peuples israélien et palestinien.

Sur Israël, Barack Obama a réaffirmé les «liens solides qui unissent l’Amérique à Israël». Les gouvernements des États-Unis et d’Europe justifient tous les crimes des gouvernements d’Israël pour se faire pardonner d’avoir abandonné les Juifs entre 1933 et 1947.

Il n’a pas évoqué le fait que les gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la Palestine depuis 1948. Il n’a pas dit que l’occupation coloniale depuis 1967 était une la violation du droit international. Il n’a rien dit des crimes de guerre commis contre la population palestinienne à Gaza.

Sur la Palestine, Barack Obama a dénié le droit à la résistance du peuple palestinien. Il n’a pas dit un mot sur la violence de l’occupation, dénoncée par de nombreux Israéliens, mais a condamné celle de la résistance. C’est toujours le deux poids, deux mesures.

Il a réitéré le vœu pieux de la création d’un État palestinien. Vœu pieux quand on sait que les gouvernements israéliens ont toujours refusé cette solution en faisant à chaque fois monté les enchères :

Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
Yahoo! Actualités [2]

Vœu pieux quand on sait que les gouvernements américains n’ont jamais usé de leur influence pour faire respecter le plan de partage voté par l’ONU en 1947.

L’analyse statistique révèle l’importance du facteur religieux – troisième en importance (16%) après l’introduction (35,20%) et le chapitre sur la religion (18,40%) – dans l’approche d’Obama de la question israélo-palestinienne. Elle reflète les obsessions religieuses du gouvernement israélien (application de la halakha – code de jurisprudence juive, notamment les lois sur le mariage et le divorce – à tous les Israéliens et reconnaissance du «caractère juif de l’État d’Israël») et celles du Hamas (application de la charia – code de jurisprudence musulmane – à tous les Palestiniens).

3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires

Ce chapitre très court (5,46%) est néanmoins le plus important car il précise le tournant politique des États-Unis au Moyen-Orient, tournant qui impliquent surtout l’Iran et Israël.

C’est en des termes alambiqués que Barack Obama a parlé de l’Iran. En quelques mots, il a effacé trente années de conflits avec la république islamique instituée par l’ayatollah Khomeini. Il a avoué, en passant, que «les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu» [3].

À propos du «Traité de non-prolifération nucléaire», il a souhaité «que tous les pays de la région pourront partager cet objectif». Ce qui implique directement Israël, qui n’a jamais annoncé publiquement posséder l’arme nucléaire et qui n’a pas signé le traité.

Obama ne dit rien sur les autres pays, ceux qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (Inde, Israël et Pakistan) et celui qui s’est retiré (Corée du Nord en janvier 2003).

On voit bien que l’essentiel du discours de Barack Obama concerne le Moyen-Orient et, plus précisément, l’Iran et Israël. Le lien entre la question israélo-palestinienne avec la question nucléaire iranienne a été analysé par Philippe Grasset :

La question de la divergence des « intérêts stratégiques » entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la « menace existentielle » contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (« menace existentielle ») que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
Dedefensa

4. La démocratie

Ce chapitre court (6,43%) n’apporte rien de nouveau sinon cette phrase «aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre», qui annule la légitimité de la guerre de libération contre l’Irak.

Barack Obama ne dit rien sur les régimes des pays du Moyen-Orient, notamment de l’absence de démocratie des pays soutenus par les États-Unis : Arabie saoudite (monarchie absolue), Bahreïn (monarchie pétrolière), Égypte (Mohammed Hosni Moubarak réélu par référendum depuis 1981), Émirats arabes unis (sept émirs non élus dirigent le Conseil suprême), Jordanie (monarchie constitutionnelle qui légalisa les partis politiques en 1992), Koweït (monarchie pétrolière), Oman (monarchie pétrolière), Qatar (monarchie pétrolière).

5. La liberté de religion

Ce chapitre court (6,22%) apporte une idée nouvelle par rapport à la longue introduction consacrée à la religion en générale et à l’islam en particulier : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques.».

Cet appel, venant du président des États-Unis et non d’une autorité religieuse, paraît totalement décalé. Seule la dernière partie est de nature politique : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak».

Barack Obama supporte l’absence de démocratie au Moyen-Orient, mais ne supporte pas les divisions religieuses qui ont compliqué l’occupation de l’Irak.

6. Les droits des femmes

Ce chapitre, le plus court (4,22%), fait partie de la novlangue du politiquement correct.

Barack Obama innove pourtant en rappelant ce que la gauche française semble ignorer à savoir que «En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.»

Quant à la question du voile, qui obséde les médias franco-français, Obama a remis les pendules à l’heure par deux fois :

«il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.»

«Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité.»

7. Le développement et les opportunités économiques

Ce chapitre, le quatrième quantitativement (9,75%), fait partie de la novlangue du économiquement correct sur le thème de la mondialisation.

Barack Obama innove pourtant en associant la religion à l’économie. L’occurrence «musulman» est la seconde en importance (21,28%). Il conclue d’ailleurs ce chapitre par cette phrase ahurissante : «Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.»

Conclusion

La conclusion est plus dense (8,73%) que les chapitres sur l’Iran (5,46%), la démocratie (6,43%), la religion (6,22%) et les femmes (4,22%). Elle vient en quatrième position pour le nombre d’occurrences liées à la religion (10,40%).

Barack Obama conclue logiquement son discours par des citations du Coran («Saint Coran»), du Talmud et de la Bible et par une salutation œcuménique «Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.».

Tous ces trémolos sur le thème « aimons-nous les uns les autres », utilisé par Marie-Ségolène Royal pendant sa campagne à l’élection présidentielle de 2007, masquent l’absence de moyens pour changer l’ordre du monde.

L’Empire n’a plus les moyens de sa politique :

Pour un ensemble tel que le Pentagone, totalement improductif, constamment en état de dépassement de ses prévisions, vivant dans le gaspillage et l’absence complète de maîtrise de ses dépenses budgétaires, bref dans un état d’absence complète de contrôle de soi-même, passer de $634 milliards (chiffre nominal, en réalité destiné à être dépassé si l’on s’en tient aux habitudes établies depuis 2001, où les dépenses de fonctionnement et les dépenses opérationnelles sont mélangées sans contrôle) à $440 milliards en quatre ans signifie des contraintes extraordinaires sur les acquisitions et les processus bureaucratiques. Une telle programmation ne peut être obtenue par de simples mesures de rationalisation et de rentabilisation, de simples décisions de freinage d’équipements voire même d’abandons de programmes, etc. Si une telle programmation doit être tenue, elle supposera inéluctablement des réductions très importantes dans d’autres domaines, essentiellement dans les domaines de l’activité opérationnelle du Pentagone. Cela pose donc la question de savoir si les USA pourront continuer la politique d’engagement outre-mer de leur puissance militaire, qui pèse d’un fardeau considérable sur le budget; certes, poser la question dans les conditions où on le fait, c’est y répondre, et négativement cela va de soi.
Dedefensa

En réduisant les ambitions des États-Unis au Moyen-Orient, Barack Obama a amorcé un tournant politique. Aura-t-il le temps, le soutien du Congrès et surtout celui des Américains (la campagne pour l’élection de 2012 a déjà commencé) ou sera-t-il emporté par la poursuite de la guerre en Afghanistan, par le retrait de l’Irak, par l’inflexibilité des gouvernements israéliens ou iraniens ?

Serge LEFORT
10/06/2009


[1] Sélection bibliographique :
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L’Express, 2001.
[2] Revue de presse :
Au lendemain de son discours historique du Caire, le président américain Barack Obama a appelé vendredi la communauté internationale à redoubler d’efforts en faveur de la création d’un État palestinien au côté d’Israël. « Le moment est maintenant » venu « pour nous d’agir », a-t-il dit à l’issue d’un entretien en privé à Dresde avec Angela Merkel.
[…]
Barack Obama a observé que les États-Unis ne pouvaient pas contraindre les parties au Proche-Orient à la paix.
[…]
Barack Obama a annoncé que l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell allait retourner dans la région la semaine prochaine, dans le sillage de son discours du Caire, au cours duquel il a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à progresser sur le chemin de la paix.
Yahoo! Actualités
Au premier jour de sa nouvelle mission dans la région, le représentant spécial américain au Moyen-Orient, George Mitchell, a redit le souhait du président Barack Obama de voir la colonisation juive cesser et Israël accepter l’idée d’un État palestinien indépendant.
[…]
George Mitchell doit rencontrer dans la journée Benjamin Netanyahu, auquel le président Barack Obama a réitéré la veille au téléphone certains éléments du discours qu’il a prononcé jeudi au Caire sur le gel des colonies et l’avènement d’un État palestinien, ainsi que « son engagement à garantir la sécurité d’Israël ».
Yahoo! Actualités
Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
[…]
Barack Obama presse Israël d’arrêter les constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et relancer les pourparlers de paix en soutenant la création d’un État palestinien, ce que Benyamin Nétanyahou s’est abstenu jusqu’ici de faire.
[…]
Ces jours-ci, les éditorialistes israéliens annoncent que Nétanyahou va droit au clash avec Washington, citant des conseillers anonymes du Premier ministre qui disent penser que Barack Obama veut la tête de leur patron.
Yahoo! Actualités
George Mitchell a précisé que Washington était en quête d' »une paix régionale globale qui n’implique pas seulement Israël et les Palestiniens, mais aussi les Syriens, les Libanais et tous les pays environnants [Iran] ».
Yahoo! Actualités
[3] Lire l’analyse de Philippe Grasset : Obama et la chute de Mossadegh en 1953, Dedefensa.

Choc des civilisations


Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama et avant de faire l’analyse politique de son discours, cet article critique le paradigme qui en constitue la trame à savoir le choc des civilisations.

Dans le discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin à l’université du Caire, 125 occurrences sont de nature religieuses : 47 fois « musulman », 23 fois « islam », 21 fois « religion » ou « religieux » et « religieuse », 9 fois « juif », 7 fois « Dieu », 6 fois « chrétien », 4 fois « Coran » (dont 3 fois « Saint Coran »), 1 fois « Abraham », « Bible », « Israh », « Jésus », « Mohammed », « Moïse » et « Torah ».

Obama ne cite pas explicitement la thèse de Samuel Huntington, mais s’y réfère trois fois :

Les relations entre l’islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion.
Car l’histoire de l’humanité est trop souvent le récit de nations et de tribus – et admettons-le, de religions – qui s’asservissent en visant leur propre intérêt.
Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu’il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s’affronter.
America.gov

Il adhère implicitement à cette thèse en s’adressant aux «musulmans» et non aux Afghans, aux Irakiens, aux Iraniens, aux Palestiniens. Cette perspective est lourde de sens car les « guerres civilisationnelles » sont, pour Huntington, des guerres de religion. Sa thèse fut la base idéologique de la guerre contre le terrorisme, apparentée à une croisade contre l’islam, menée par l’administration américaine de George W. Bush.

Loin de s’affranchir de cette vision réactionnaire, Barack Obama la reprend à son compte en proposant «un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier». On pourrait comprendre que le pape, par exemple, propose la paix entre les chrétiens d’obédience catholique et les musulmans, mais que cette proposition vienne du président des États-Unis est un non-sens.

En se plaçant sur ce terrain, Barack Obama fait de la religion le moteur des conflits économiques, politiques et sociales. Or, les conflits, qualifiés de «religieux», sont des conflits entre peuples et nationalités dont la religion n’est qu’un prétexte idéologique. Les affrontements entre Anglais et Irlandais, entre Serbes et Croates, entre Arméniens et Azéris ne visent pas la conversion de l’adversaire, mais le contrôle économique et politique de territoires.

Barack Obama a trouvé les mots pour dire qu’il voulait «combattre les stéréotypes négatifs de l’islam où qu’ils se manifestent», stéréotypes que George W. Bush avait répandu au nom du «combat du Bien contre le Mal» :

Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations.
Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. C’est l’islam – dans des lieux tels qu’Al-Azhar -, qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au Siècle des Lumières en Europe. C’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes – c’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes que nous viennent l’algèbre, le compas et les outils de navigation, notre maîtrise de l’écriture et de l’imprimerie, notre compréhension des mécanismes de propagation des maladies et des moyens de les guérir. La culture islamique nous a donné la majesté des arcs et l’élan des flèches de pierre vers le ciel, l’immortalité de la poésie et l’inspiration de la musique, l’élégance de la calligraphie et la sérénité des lieux de contemplation. Et tout au long de l’histoire, l’islam a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l’égalité raciale.
America.gov

Barack Obama n’a pas trouvé les mots pour exprimer des regrets vis-à-vis des nations ou des peuples contre lesquels les gouvernements américains ont mené depuis vingt ans une guerre qui se voulait sans fin.

Il ne s’est pas adressé au peuple afghan, qui paye chèrement le renversement d’alliance entre les États-Unis et les groupes islamiques qui, en Afghanistan et au Pakistan, ont lutté contre l’occupation soviétique [1].

Il ne s’est pas adressé au peuple irakien, victime des deux guerres conduites par les Bush père et fils, victime d’un embargo qui dura douze ans (1,5 million d’enfants morts de malnutrition et atteints de malformations), victime des raids punitifs décidés par Bill Clinton et victime d’une « libération » qui a renversé le régime laïque de Saddam Hussein pour donner le pouvoir aux religieux (chiites et sunnites).

Il ne s’est pas adressé au peuple palestinien, qui paye la facture du génocide de six millions de Juifs perpétré par le régime nazi grâce au silence des gouvernements européens et anglo-américains. La «relation immuable», qui «unit l’Amérique à Israël», condamne un peuple à vivre dans la prison à ciel ouvert de Gaza-Guantánamo parce qu’il a le tort de résister à l’occupation coloniale et de revendiquer l’application du droit international.

Le discours de Barack Obama est celui d’un musulman-chrétien [2] s’adressant aux musulmans du monde entier et non du président des États-Unis. En plus de croire en Dieu (affaire normalement privée), Obama croit au choc des civilisations, c’est-à-dire qu’il croit que la religion est l’explication de tous les conflits économiques, politiques et sociaux, et a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter les moyens.

Serge LEFORT
08/07/2009


[1] Les puissances occidentales, en premier lieu les États-Unis, ont armé, instruit et payé des groupes mercenaires se revendiquant de l’Islam pour faire la guerre contre l’occupation soviétique de l’Afghanistan. Ironie de l’histoire, les amis d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui, notamment le mythique Oussama Ben Laden trahi par son ami Bush.
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L’Express, 2001.
[2] «Je suis chrétien, mais mon père était issu d’une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie où j’ai entendu l’appel à la prière (azan) à l’aube et au crépuscule. Jeune homme, j’ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j’ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.»
America.gov

Monde musulman


Après avoir écrit le précédent article, j’ai fait une recherche sur l’occurrence monde arabo-musulman et j’ai été surpris de constater que cette expression était le lieu commun des médias français non seulement pro-israéliens, mais aussi pro-palestiniens et encore des médias francophones du Maghreb [1]. C’est dire combien le langage des médias dominants pervertie tout le monde ou presque…

Dans le discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin à l’université du Caire, l’occurrence « monde musulman » est utilisée 1 fois et dans un contexte historique :

Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte.

Alors que Barack Obama s’est adressé aux musulmans du monde entier les médias traduisent au monde musulman comme si les deux termes étaient équivalents [2].

Du VIIe au XVe siècle, le monde musulman est une réalité historique qui résulte des conquêtes arabes au Moyen-Orient, en Asie centrale, au Maghreb et en Espagne. L’âge d’or de la civilisation musulmane dure deux siècles (VIIIe et IXe).

Au XXe siècle, les mouvements nationalistes arabes ont tenté de construire une arabité, unité arabe fondée sur un héritage culturel, en mettant au pas les mouvements sociaux mais sans réussir à s’affranchir du poids de la religion.

Aujourd’hui, le monde musulman – la communauté musulmane (oumma) – est une construction religieuse plus fantasmatique que réelle. Les clivages, dus aux hétérodoxies (sunnisme, chiisme, wahhabisme, soufisme, etc. [3]), aux rivalités ethniques, sociales et politiques sont des facteurs de division incontournables.

Parler du monde musulman revient donc à donner crédit aux mouvements politico-religieux panislamiques qui revendiquent l’unité de toutes les communautés musulmanes dans le monde.

Serge LEFORT
07/06/2009


[1] Revue de presse :
• Les musulmans ne doivent pas oublier ce qui reste à faire pour que le monde arabo-musulman ne prête pas le flanc et tienne sa vraie et digne place dans le […]
Bellaciao
• […] américain prononcé jeudi au Caire le qualifiant d' »équilibré, de respectable et de fondateur d’une relation positive » avec le monde arabo-musulman […]
El Moudjahid
• A côté de l’Arabie Saoudite, l’autre allié de Washington dans le monde arabo-musulman est l’Egypte. Ce pays à la charnière de l’Afrique et de l’Orient […]
Walf Fadjri
• […] la poursuite de la colonisation israélienne « viole les accords passés et nuit aux efforts de paix », lors d’un discours adressé au monde arabo-musulman […]
El Moudjahid
• […] sur la politique des Etats-Unis à l’égard du monde arabo-musulman, assurant que l’Islam faisait partie intégrante de la civilisation des Etats-Unis […]
Palestine Solidarité
• […] premier pays à avoir reconnu l’indépendance des Etats Unis, a déclaré le Président Obama dans son premier discours à l’adresse du monde arabo-musulman […]
Le Matin.ma
• […] a lancé à l’université du Caire le Président américain, Barack Obama, dans un discours tant attendu par le monde arabo-musulman […]
Le Matin.ma
• Comme l’explique Ahmed Ben Bella, cette centralité de la Palestine est encore plus importante dans le monde arabo-musulman dominé par l’impérialisme […]
ISM
• Qu’en est-il pour ceux du monde arabo-musulman ? En choisissant l’Egypte pour y donner son premier discours au monde musulman, le président américain ne […]
AFPS
[2] Revue de presse :
• Mais ce n’était pas le cas de l’opinion publique, et pas uniquement celle du monde musulman, qui s’est mobilisée dans les rues des capitales occidentales […]
AFPS
• […] de M. Obama à l’adresse du monde musulman, Mme Clinton a assuré que le président américain savait répondre à « l’appel de trois heures du matin » […]
Le Figaro
• Ce n’est pas avec lui que la cause des femmes évoluera dans le monde musulman […]
Le Point
• Mais il ne suffit pas de savoir si le discours va changer les choses mais plutôt quel écho il va avoir dans le monde musulman» Pour Hind Koury les premières […]
Le Parisien
• […] d’avoir le drame palestinien, en particulier sur le monde musulman, mais pas seulement, il ya un juste milieu, c’est-à-dire un minimum non déformant […]
ISM
• Lors d’un discours à destination du monde musulman prononcé au Caire jeudi, le président américain a expliqué que le réglement du conflit entre Israéliens et […]
Le Monde
• Concernant le discours du président américain Barack Obama prononcé jeudi au Caire à l’adresse du monde musulman, le prince Saoud Al Fayçal a dit attendre […]
AFPS
• […] le grand discours de Barack Obama adressé au monde musulman était un tissu de « slogans trompeurs » qui ne changeait rien aux relations entre les Etats-Unis et les musulmans […]
leJDD.fr
• […] Américain au Caire, destiné au monde Islamique, dans lequel il a appelé à ouvrir une nouvelle page entre les Etats-Unis d’Amérique et le monde musulman […]
El-annabi
• L’objectif était que le discours du Caire à l’intention du monde musulman obtienne le même retentissement que le fameux discours de John Kennedy prononcé à […]
Dernières Nouvelles d’Alsace
• C’est sans l’ombre d’un doute, un tournant, un discours fondateur pour la relance de la relation entre le monde musulman et l’Occident, confrontés à des […]
Bellaciao
• Dans son discours au monde musulman, tenu jeudi 4 juin au Caire, le président des Etats-Unis s’est volontiers référé aux textes saints, louant sans réserve […]
Le Monde
• Il faudra patienter avant de savoir si le monde musulman a vraiment le désir et la capacité de s’insérer dans un partenariat d’intérêts […]
Courrier international
[3] Contrairement à la religion catholique, l’islam, du moins le sunnisme (environ 80% des musulmans), ne possède ni clergé – l’imam n’est pas un prêtre au sens strict mais un membre de la communauté musulmane qui conduit la prière – ni autorité suprême comme le pape.

 

Monde arabo-musulman


Dans le discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin à l’université du Caire, l’occurrence « musulman » revient 47 fois ; l’expression « communautés musulmanes » 11 fois ; l’expression « musulmans américains » 3 fois ; l’expression « musulmans du monde entier » 2 fois et l’expression « monde musulman » 1 fois, mais jamais l’expression monde arabo-musulman.

Extraits :

Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte.

Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier – tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l’islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations.

Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

America.gov

La presse étrangère, notamment européenne, a cité correctement Barack Obama, mais pas la presse française.

Dans son discours de principe prononcé jeudi au Caire, le président américain Barack Obama a appelé les musulmans du monde entier à un nouveau départ dans un « respect mutuel ». Obama a continué à soutenir une solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien.
euro|topics

La presse française a une obsession : le monde arabo-musulman qu’elle associe au terrorisme.

C’est la troisième fois depuis son élection que le président démocrate parle au monde arabo-musulman. […] L’enjeu est stratégique. M. Obama estime qu’une des clés de la scène géopolitique actuelle réside dans une double image : celle que le monde arabo-musulman a des Etats-Unis et celle que les Américains ont de l’islam.
[…]
Au Caire, comme lors de ses deux précédents discours, M. Obama s’est attaqué aux représentations caricaturales de l’islam ; il a dénoncé les stéréotypes véhiculés sur les musulmans. Il l’a fait tout en critiquant les mêmes caricatures et les mêmes stéréotypes entretenus dans le monde arabo-musulman à l’égard de l’Amérique.
Le Monde

Le monde musulman ne peut se résumer au terrorisme et au fanatisme. L’accueil fait dans le monde arabo-musulman à ces mots sans précédent marque ce changement de la politique américaine.
Libération

Le capital sympathie personnel du Président sera assurément en hausse dans le monde arabo-musulman, même si chacun sait que les actes compteront plus que les « propos raffinés » d’un président parvenu à effacer en si peu de temps l’image de cowboy de son prédécesseur, et redonner un visage souriant à une Amérique que beaucoup s’étaient habitué à détester.
Rue89

Car le président américain avait ces idées en tête depuis sa campagne : rarement, donc, un discours aura été autant préparé, mûri réfléchi et ciselé, pesé. Il signifie trois choses : un changement de cap diplomatique, vis-à-vis du monde arabo-musulman, théâtre de tous les affrontements récents ; une ambition, celle de restaurer l’image , détruite par son prédécesseur, des Etats-Unis, donc rendre à son pays sa capacité d’influence ; un défi personnel , être à la hauteur de ses grands prédécesseurs comme du symbole du rêve américain qu’il incarne à l’intérieur comme à l’extérieur.
Slate

Les médias dominants français, en martelant l’expression monde arabo-musulman, attribuent à Barack Obama un propos qu’il n’a non seulement pas tenu mais qui signifie exactement le contraire de ce qu’il a dit dans l’esprit comme dans la forme. Les médias hexagonaux sont coutumiers de ce racisme social, politique et culturel qui, en reprenant la thèse fumeuse d’un « choc des civilisations », fait des musulmans les boucs émissaires de toutes les crises [1].

Serge LEFORT
05/06/2009


[1] Lire sur le même thème :
• La guerre des images, Monde en Question.
• Deux poids deux mesures, Monde en Question.
• La lepénisation des médias, Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la « liberté de la presse » (1), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la « liberté de la presse » (2), Monde en Question.
• Revue de presse : La caricature de la « liberté de la presse » (3), Monde en Question.

Les mots (maux) de la campagne (3)


Le mot populiste a envahi le discours des médias dominants et des politiques. Il est toujours utilisé par les uns pour susciter la peur et par les autres pour discréditer un adversaire. Ce concept est-il bien assuré ? Une exploration de la littérature et de ses usages permet de répondre par la négative.

Une catégorie non-fondée

Alors que le mot populiste apparaît pour la première en Russie en 1870, il ne fait fortune que dans les années 1980. Aujourd’hui, il est utilisé pour désigner une pléiade de partis : le FTÖ de Jörg Haiger en Autriche, la Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Italie, la liste de Pim Fortuyn aux Pays-Bas, le SVP de Christoph Blücher en Suisse, le VlaamsBlock en Belgique, le Dansk Folkeparti au Danemarck, etc. Les plus polémistes l’applique non seulement aux organisations d’extrême droite, mais à celles d’extrême gauche voire à tous les mouvements contestataires.

Margaret Canovan reconnaissait en 1981 que populisme est l’un des mots « les plus confus du vocabulaire de la science politique » [1].
Guy Hermet admet en 2001 que « Ceux qui étudient le populisme s’accordent sur un seul point. Tous reconnaissent la difficulté, voire l’impossibilité de lui trouver une définition… » [2].
Seul un idéologue, comme Pierre-André Taguieff, ose écrire une définition en 2004 : « Le populisme peut être sommairement défini par l’acte de prendre publiquement le parti du peuple contre les élites, ou par l’appel au peuple sans la médiation des instances représentatives. » [3].

Un usage polémique

Alain Duhamel fournit un exemple récent de l’usage de ce discours tautologique. Il reproche aux politiques de galvauder le terme populiste et céder à la facilité de cette injure alors que « le populisme gagne chaque année du terrain et témoigne ainsi que la crise de la démocratie représentative s’approfondit ».
Faute d’une définition, il utilise le langage hygiéniste, courant dans le milieu journalistique. Pour lui, le populisme serait une terrible maladie contagieuse qui « progresse spectaculairement » et « envahit de plus en plus l’Europe de l’Est, Biélorussie comme Ukraine, Slovaquie comme Hongrie ou Roumanie », mais s’arrête miraculeusement « à nos frontières ».
En effet, Alain Duhamel veille : « Pour ceux qui seraient tentés de relativiser les dangers du populisme, on peut rappeler que les Français sont aujourd’hui, au sein de l’Union européenne, le peuple le plus pessimiste sur son destin, sur son identité et sur son avenir. En ce sens, la montée du populisme ne constitue ni une surprise ni certes une maladie vénielle. » [4].

Injure à la mode

Une recension de l’usage du terme populisme dans l’actualité récente est révélatrice d’un courant dominant. Il est utilisé par les journalistes dans le cadre d’un discours de dénonciation d’un danger imaginaire et par les politiques sur le mode de l’injure.
On enregistre, dans les pages actualités de Google, 386 occurrences pour le terme « populisme » entre le 19/10/2006 et le 18/11/2006 ; 235 occurrences pour les termes « populisme Ségolène » entre le 20/10/2006 et le 18/11/2006. Ce qui marque une affinité particulière de Marie-Ségolène Royal à utiliser ce qualificatif contre Sarkozy [5].

À cette occasion, on remarque encore l’usage du copier-coller réalisé par les journalistes à partir d’une dépêche d’agence. Certains citent explicitement la source, d’autres implicitement (PARIS) et d’autres la passent sous silence. Tous reprennent mot pour mot le titre et le contenu de la dépêche [6].

Cette catégorie politique, au contenu incertain et arbitraire, se situe dans le registre de l’imprécation pour stigmatiser ceux qui perturbent le jeu politique convenu. Elle sert de contre-feu à tous ceux qui défendent l’ordre établi [7].

Serge LEFORT
20 novembre 2006


[1] CANOVAN Margaret, Populism, Harcourt-Brace Jovanovitch, 1981.
[2] HERMET Guy, Les populismes dans le monde – Une histoire sociologique XIXe-XXe siècle, Fayard, 2001.
Il ajoute cependant : « … capable de couvrir ce que peuvent avoir de commun ses manifestations si diverses dans le temps et dans l’espace. » L’auteur consacre ainsi 450 pages à décrire les manifestations d’un phénomène qu’il ne définit jamais, sinon par ses manifestations.
[3] TAGUIEFF Pierre-André (dossier réalisé par), Le retour du populisme – Un défi pour les démocraties européennes, Encyclopaedia Universalis, 2004.
Cette pseudo-définition, non partagée par les auteurs de l’ouvrage, lui permet de désigner ses ennemis au gré de ses humeurs.
[4] Alain DUHAMEL, La contagion du populisme, Libération, 08/11/2006.
Très présent dans tous les médias dominants (presse, radio et télévision), il utilise le ton de l’autorité ponctué par des marqueurs sémantiques de la fausse évidence : « c’est un fait peu contestable », « cela va de soi », « bien entendu ». Sa définition par défaut du populisme est savoureuse :
Car, bien entendu, la France échappe de moins en moins à l’emprise du populisme, avec son cortège de dénigrement systématique des élites, coupables de tous les échecs, de toutes les régressions mais jamais gratifiées des progrès ou des succès, avec aussi sa violence verbale, son autoritarisme diffus, sa démagogie affleurante, ses simplifications délibérées. Elle témoigne, cela va de soi, de ce qui est vécu comme autant de menaces, de pressions, de régressions, de dangers, de doutes, même si la réalité est infiniment plus complexe : la mondialisation, le capitalisme financier, les délocalisations, ces décisions mystérieuses et funestes prises de l’extérieur, la dépossession du pouvoir national, la persistance du chômage, l’augmentation de la précarité, la vulnérabilité face aux violences physiques, sociales, culturelles, l’essaim terrible des insécurités, l’impasse redoutée de l’intégration, de l’ascension sociale, de l’espérance. Depuis une génération, l’humus français porte en lui les germes du populisme. La pratique institutionnelle de la Ve République en dramatise encore les risques avec les blocages éternels du dialogue social, l’absence aberrante, archaïque, destructrice, de tout contrôle de l’action présidentielle et gouvernementale par le Parlement. Donc avec la confusion des pouvoirs soudés derrière un exécutif omnipotent donc fragile. Avec enfin l’absence de transparence et le refus d’une communication démocratique sur les décisions et les initiatives de ceux qui gouvernent.
[5] Recherche « populisme », Google.
Recherche « populisme Ségolène », Google.
[6] Journalisme copier-coller :
• Royal accuse Sarkozy de « populisme » et de « déni de démocratie », Reuters.fr – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de « populisme » et de « déni de démocratie », Boursier.com – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de « populisme » et de « déni de démocratie, L’Express – 22 oct 2006Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un ministre en exercice…
• Royal accuse Sarkozy de « populisme » et de « déni de démocratie », Capital.fr – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de « populisme » et de « déni de démocratie », La Tribune.fr – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Royal accuse Sarkozy de « populisme » et de « déni de démocratie », Challenges – 22 oct 2006PARIS (Reuters) – Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité et estime que les promesses électorales d’un…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « déni de démocratie », Romandie.com – 22 oct 2006PARIS – Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « déni de démocratie », Bluewin – 22 oct 2006Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la présidentielle…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « déni de démocratie », TSR.ch – 22 oct 2006PARIS – Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « déni de démocratie », La Liberté – 22 oct 2006PARIS – Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la…
• Ségolène Royal accuse Nicolas Sarkozy de « déni de démocratie », Armées.com – 22 oct 2006Ségolène Royal a accusé Nicolas Sarkozy de « populisme » sur la question de la sécurité. La candidate socialiste à la présidentielle…
[7] Lire :
• COLLOVALD Annie, Le «Populisme du FN» un dangereux contresens, Éditions du Croquant, 2004.
• COLLOVALD Annie, «Populisme : la cause perdue du peuple» in MATONTI Frédérique (sous la direction de), La démobilisation politique, La Dispute, 2005.

Les mots (maux) de la campagne (2)


Le mot peuple est à la mode dans le discours politique contemporain. Mais à quoi se réfère-t-il et de qui parle-t-on ? L’analyse de l’usage qu’en a fait Marie-Ségolène Royal dans son discours d’hier est un exemple concret des ambiguïtés d’une notion floue.

Dans les démocraties représentatives, le peuple n’est qu’une figure de style destinée à masquer la confiscation du pouvoir exercé « au nom du peuple ». Alors que ce modèle subit une crise profonde de légitimité en Europe et dans le monde, les politiques ont de plus en plus souvent recours à cette figure mythologique pour mobiliser les foules en masquant leur programme à géométrie variable, mais toujours inscrit dans l’ordre mondial du néolibéralisme.

Les travaux de François Furet sur la Révolution française [1] restent incontournables pour comprendre comment le peuple fut dépossédé du pouvoir alors qu’il fut l’artisan de l’abolition de la Monarchie. Ceux de Claude Lefort sur la bureaucratie stalinienne [2] apportent des compléments indispensables pour en analyser les mécanismes à l’époque moderne. Ceux enfin de Robert Michels sur les partis [3] permettent d’en généraliser le processus à l’époque contemporaine.

L’appel au peuple est, depuis quelques années, une constante du discours politique pour relégitimer le modèle de la démocratie représentative que les politiques ont pour fonction de masquer, mais qui est devenu inopérant pour répondre à l’accroissement des tensions sociales provoquées par l’économie néolibérale.

L’aporie de discours vient du fait que cette catégorie politique résulte d’une construction au contenu polysémique. Tantôt elle évoque le peuple (populus) dans son acception nationale, tantôt le peuple (plebs) par substitution au terme connoté de classes populaires.
Dans les premier cas, la notion de peuple exclut tous ceux qui vivent sur le sol national, mais sont étrangers ou considérés comme tels parce que issus de l’immigration postcoloniale par exemple.
Dans le second cas, les critères d’inclusion sont variables : la seule classe ouvrière pour les plus dogmatiques ; à laquelle s’ajouteraient les employés, les petits artisans, les petits commerçants et les petits paysans pour d’autres ; le cas des chômeurs et des exclus demeurant souvent problématiques [4].

Face à un concept aussi hétérogène, chaque cas d’acception doit être examiné séparément en évitant bien sûr les généralisations abusives. L’actualité d’hier offre l’occasion d’étudier ce que recouvre ce terme pour Marie-Ségolène Royal.
Au soir de son élection par les militants socialistes, elle a notamment déclaré :

Je mesure aussi que le fait de recevoir cet élan, d’être choisie de cette façon-là, c’est quelque chose d’extraordinaire. Je pense que le peuple français a écrit cette histoire. C’est le peuple qui s’est mis en mouvement, ce sont les militants de base qui se sont mis en mouvement et qui aujourd’hui me donnent cette force, me donnent cet élan.

Je voudrais leur dire qu’ils ne seront pas déçus, que nous allons construire ensemble quelque chose d’extraordinaire, que la France va écrire une nouvelle page de cette histoire et que c’est le peuple français qui est en train d’écrire cette histoire.

[…]

Nous avons six mois de travail devant nous. Ces six mois vont être utilisés de façon intensive, de façon participative. Je vais, avec les militants socialistes, remettre le peuple français au coeur du projet des socialistes pour le mettre en mouvement, pour apporter des précisions, pour dire dès aujourd’hui ce que nous ferons demain si les Français m’accordent leur confiance.

L’usage qu’elle fait du terme « le peuple » paraît au premier abord assez vague pour laisser la place à des interprétations contradictoires. C’est vraisemblablement le but recherché par celle qui esquive les débats de fond. Néanmoins, le recours récurrent à l’adjectif « français » lève toutes ambiguïtés.

La catégorie politique à laquelle se réfère Marie-Ségolène Royal a un contenu strictement national et réduit à la portion congrue des Français dits « de souche ». La question centrale aujourd’hui de la place des Français issus de l’immigration postcoloniale est volontairement évacuée. « La France », qu’elle évoque avec emphase, est plus mythique que réelle.

Ce discours démagogique de fin de campagne à l’investiture du parti socialiste et de pré-campagne électorale révèle un autre aspect significatif des conceptions de la candidate. Mis dans son contexte, « le peuple français » de Marie-Ségolène Royal « qui est en train d’écrire cette histoire » ne représente aujourd’hui que les 106 839 « militants de base » qui l’ont plébiscité. Ce qui exclut beaucoup de monde.

Elle compte bien sûr s’appuyer sur cette base pour conquérir les foules. Mais derrière le discours rassembleur se profile une deuxième exclusion. Le peuple de Madame Royal est l’agrégat de tous ceux qui adhèrent à sa personne. Les autres sont les ennemis du peuple. Cette dialectique inclusion-exclusion est logique et nécessaire pour galvaniser les troupes sur son nom.

Serge LEFORT
16 novembre 2006


[1] FURET François, Penser la Révolution française, Gallimard, 1978.
[2] LEFORT Claude, Eléments d’une critique de la bureaucratie, Gallimard, 1979.
[3] MICHELS Robert, Les partis politiques – Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Flammarion, 1971.
[4] Serge Lefort, Le prolétariat en question (1)Le prolétariat en question (2).
L’analyse marxiste n’est pas d’un grand secours, car Marx a beaucoup varié sur cette question et ses analyses divergent selon qu’il parle de catégories économiques ou politiques.

Les mots (maux) de la campagne (1)


Les médias dominants ont unanimement qualifié de « pirate » la vidéo, mise en ligne le 8 novembre, montrant une intervention publique de Marie-Ségolène Royal. Ce qualificatif est-il justifié ? Qui l’a utilisé la première fois et à partir de quelle source ? Pourquoi s’est-il imposé ?

Un qualificatif injustifié

Le mot pirate renvoie, à l’origine, aux aventuriers qui sillonnaient les mers pour piller les navires de commerce. Si, grâce à la littérature et au cinéma, les pirates sont devenus des personnages plutôt sympathiques, le terme a gardé aussi son pouvoir d’épouvantail, symbolisé par l’emblème de la tête de mort. Comme le loup des contes de notre enfance, le pirate est une figure qui suscite la peur.

L’époque moderne a réactualisé cette image terrifiante : « pirate de l’air » et « pirate informatique ». Ces expressions évoquent une personne qui utilise des moyens criminels, voire terroristes dans le cas du pirate de l’air.
Utilisé comme adjectif ou comme substantif complément, le pirate désigne un objet illégal. Ce fut le cas des radios qui émettaient sans autorisation dans les années 1970 et qui furent légalisées en 1981.

Le qualificatif de pirate est donc double : la personne (un individu dangereux) et l’objet (illégal). Il sert ici à désigner à la fois la personne (ou le groupe) qui se cache derrière le pseudonyme de Jules Ferry et l’objet (la vidéo qui serait «tronquée ou séquencée de manière à détourner les propos de» Marie-Ségolène Royal [1]). Or, l’examen des faits, connus à ce jour, montrent qu’il s’agit d’une accusation fausse à propos de l’objet et polémique vis-à-vis de l’auteur de la diffusion. Elle vise à éviter un débat sur le contenu des propos publics de la candidate à la candidature.

Une source masquée

C’est dans une dépêche AFP que l’expression « vidéo pirate » fut utilisée la première fois [2]. Elle fut reprise unanimement par les médias dominants à l’exception notable du Monde.

L’AFP puise ses informations auprès de sources dites « autorisées » : agences gouvernementales, organisations représentatives, etc. En théorie, l’information est recoupée auprès de plusieurs sources pour garantir son authenticité. Cette pratique tend à se perdre, sauf dans les affaires sensibles, car la logique de la loi de la demande (dictature du marché) exige une réaction « en temps réel ». La seule source fut le parti socialiste ou du moins la fraction qui soutient la candidature de Marie-Ségolène Royal : Serge Bardy, secrétaire fédéral du Maine et Loire, et Gilles Savary, un des porte-parole de la candidate.

On observe que l’AFP a reproduit la thèse du clan ségoliste sans préciser explicitement qu’il s’agissait d’un plaidoyer pro domo, sans mettre en doute les accusations, sans s’interroger sur l’absence de preuves et sans mettre en perspectives cette version des faits. Ainsi, le point de vue, forcément partiel et partial, de l’état-major de Marie-Ségolène Royal est promu au statut d’information certifiée par l’entremise de la très « respectable » AFP.

Des médias perroquets

Ensuite, le processus suit son cours habituel. L’industrie de médias dominants reprennent ce matériau pour construire les journaux écrits, parlés et télévisés. La presse écrite se contente le plus souvent de reproduire les dépêches d’agence sans toujours citer explicitement la source ou, de plus en plus rarement, en citent des passages comme preuves dans le corps d’un article.

Les journalistes, qui pratiquent allègrement le copier-coller, n’ont ni la volonté ni le temps de prendre le recul nécessaire pour se poser des questions. Ils éditent leur unique source, considérée comme « fiable ». Ainsi, le lecteur non averti lit, dans son quotidien ou son hebdomadaire favori, les dépêches AFP mises au format typographiques du support.

L’effet boule de neige d’une pseudo-concurrence fait le reste. Tout le monde en parle. La magie de l’information-spectacle transforme une simple dépêche en produit sacralisé par Patrick Poivre d’Arvor et consorts. Ce qui n’était au départ qu’unun communiqué du PS devient, via l’AFP puis les médias dominants, une information digne de foi. Les malheureux, qui osent poser des questions, sont discrédités parce que non professionnels.

Bien évidemment, l’industrie de l’information se moque des idées de Marie-Ségolène Royal. Elle peut dire une chose un jour et son contraire le lendemain, l’essentiel est qu’elle fasse vendre. Or, elle représente un très rentable produit d’appel (gratuit) pour les écrans publicitaires (payants). La boucle est bouclée.

Serge LEFORT
15 novembre 2006


[1] Arnault Coulet, Pirates de l’information politique : votez + clair ! et roulez jeunesse…, Agora Vox
[2] Enseignants : une vidéo pirate de propositions de Royal sur internet, AFP, 10/11/2006, 11h49.
Une vidéo pirate sur les profs de collège pourrait nuire à Ségolène Royal, AFP, 10/11/2006, 14h04.

 

96 documents contenant les mots « pirate Royal ». Source : Pressedcom
• 13/11/06 17:08 Sondages, cassettes vidéo… la tension monte au PS avant le vote AFP Multimédia
• 13/11/06 16:21 « Des centaines de mails  » d’enseignants en colère après la vidéo de Ségolène Royal, selon le Snes AFP Fil Général
• 13/11/06 09:40 Strauss-Kahn: « condamnable d’accuser sans preuve » sur l’origine de la vidéo AFP Fil Général
• 13/11/06 09:10 Vidéo pirate de Royal: Strauss-Kahn déplore « qu’on accuse sans preuve » AFP Multimédia
• 13/11/06 08:46 Hollande pronostique « 80% de participation » lors du vote militant AFP Fil Général
• 13/11/06 08:25 Primaire PS: Hollande pronostique « 80% de participation » AFP Multimédia
• 13/11/06 Vidéo de Royal : encore du triturage FAR : L’Indépendant
• 13/11/06 PS : Une fin de campagne à couteaux tirés FAR : Le Bien Public
• 13/11/06 Ca passe où ça casse ! FAR : Le Bien Public
• 13/11/06 Royal en pleine tempête FAR : La Montagne
• 13/11/06 « Il y a un risque très sérieux de ballottage, il faut l’éviter à tout prix. » FAR : Le Journal de Saône et Loire
• 13/11/06 Election présidentielle 2007. Ségolène Royal s’explique, après la vidéo pirate La Croix
• 13/11/06 Vidéo longue mais incomplète sur le site PS de Maine-et-Loire FAR : La Nouvelle République du Centre Ouest
• 13/11/06 Ségolène Royal pugnace FAR : Midi Libre
• 13/11/06 Internet, toile de fond de la campagne FAR : La Charente Libre
• 13/11/06 Express FAR : L’Union L’Ardennais
• 13/11/06 Enseignants : Ségolène Royal riposte FAR : La Nouvelle République du Centre Ouest
• 13/11/06 L’Éducation s’invite dans le débat du PS FAR : Ouest France 1 u
• 12/11/06 18:36 Ségolène Royal: « Ma légitimité n’est plus contestable » après les débats PS AFP Multimédia
• 12/11/06 15:35 Royal : « Ma légitimité est incontestable » NouvelObs.com
• 12/11/06 13:02 Vidéo Royal: version longue mais pas complète sur le site PS Maine-et-Loire AFP Fil Général
• 12/11/06 12:05 DSK: un second tour, gage de la prise en compte de tous les avis AFP Fil Economique
• 12/11/06 11:07 DSK croit « sérieusement » à un second tour au PS NouvelObs.com
• 12/11/06 10:02 DSK: un second tour, gage de la prise en compte de tous les avis AFP Fil Général
• 12/11/06 00:00 La riposte de Ségolène FAR : Le Dauphiné Libéré
• 12/11/06 00:00 Ségolène Royal contre-attaque FAR : Le Dauphiné Libéré
• 12/11/06 00:00 Ségolène Royal contre-attaque FAR : Le Dauphiné Libéré
• 12/11/06 00:00 Ségolène Royal contre-attaque FAR : Le Dauphiné Libéré
• 12/11/06 Médias FAR : L’Indépendant
• 12/11/06 Médias FAR : L’Indépendant
• 12/11/06 Médias FAR : L’Indépendant
• 12/11/06 L’affaire Royal révèle l’impact d’internet La séquence vidéo dans laquelle Ségolène Royal « propose » les 35 h pour les enseignants des collèges, a été visionnée par des centaines de milliers … FAR : L’Indépendant
• 12/11/06 Médias L’Indépendant
• 12/11/06 L’affaire Royal révèle l’impact d’internet La séquence vidéo dans laquelle Ségolène Royal « propose » les 35 h pour les enseignants des collèges, a été visionnée par des centaines de milliers … L’Indépendant
• 12/11/06 Médias L’Indépendant
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• 12/11/06 Vidéo sur les profs: remous au PS FAR : Le Républicain Lorrain
• 12/11/06 Temps de travail des enseignants : Ségolène Royal riposte FAR : Le Progrès
• 12/11/06 Ségolène Royal riposte FAR : Les Dernières Nouvelles d’Alsace 1 u
• 12/11/06 L’impact croissant d’internet FAR : Le Républicain Lorrain
• 12/11/06 Temps de travail des enseignants : Ségolène Royal riposte Le Progrès
• 12/11/06 «Coup bas» contre Royal Le Matin
• 11/11/06 19:51 Temps de travail des enseignants : Ségolène Royal riposte (PAPIER GENERAL) Par Thierry MASURE AFP Fil Général
• 11/11/06 19:49 Temps de travail des enseignants: Ségolène Royal riposte AFP Multimédia
• 11/11/06 18:03 Vidéo pirate: Royal dénonce un « procès d’intention » AFP Fil Général
• 11/11/06 17:53 Vidéo pirate: Royal dénonce un « procès d’intention » AFP Fil Général
• 11/11/06 17:37 L’internet a un impact croissant sur la communication politique (PAPIER D’ANGLE) Par Corinne DELPUECH AFP Fil Général
• 11/11/06 17:27 Vidéo pirate: Royal dénonce un « procès d’intention » AFP Multimédia
• 11/11/06 16:49 L’internet a un impact croissant sur la communication politique AFP Multimédia
• 11/11/06 13:48 France: la vidéo pirate gênante pour Royal est un « coup bas » (porte-parole) AFP Fil International
• 11/11/06 12:39 A l’attention des rédactions AFP Fil Général
• 11/11/06 08:42 DSK compte sur un second tour NouvelObs.com
• 11/11/06 07:52 Vidéo : Ségolène Royal dénonce un « dérapage » NouvelObs.com
• 11/11/06 00:00 Une vidéo-pirate sur internet qui sème le trouble FAR : Le Dauphiné Libéré
• 11/11/06 00:00 Une vidéo-pirate sur internet qui sème le trouble FAR : Le Dauphiné Libéré
• 11/11/06 Les profs se défoulent sur leurs blogs La vidéo-pirate de Ségolène Royal, diffusée sur internet, où FAR : Nord Eclair
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• 11/11/06 Royal veut doubler le temps de travail des profs Le Figaro
• 11/11/06 Ségolène Royal à Lille : une « petite musique » tonitruante FAR : La Voix du Nord
• 11/11/06 Ségolène Royal défie les enseignants à son insu Le Progrès
• 11/11/06 L’HISTOIRE FAR : La Voix du Nord
• 11/11/06 Une vidéo de Ségolène Royal sur le Net fait des remous Le Monde.fr
• 11/11/06 Education. Royal trahie par une vidéo pirate FAR : Le Télégramme de Brest
• 11/11/06 Le Royaume-Uni serait menacé par trente complots terroristes Tribune de Genève
• 11/11/06 Collèges : le plan caché de Ségolène FAR : L’Est Républicain 1 u
• 11/11/06 Blogs de profs : le spectre du mammouth FAR : L’Est Républicain
• 11/11/06 PS La vidéo pirate qui pourrait coûter cher à Ségolène Royal FAR : L’Alsace
• 11/11/06 Vidéo pirate Un « dérapage ». Ségolène Royal a qualifié hier sur France 3 de « dérapage » la vidéo pirate FAR : Sud-Ouest
• 11/11/06 Ségolène Royal à Lille : une « petite musique » tonitruante La Voix du Nord
• 11/11/06 Ségolène Royal défie les enseignants à son insu FAR : Le Progrès
• 11/11/06 L’HISTOIRE La Voix du Nord
• 11/11/06 Les blogs des enseignants déchaînés contre « Ségo » Midi Libre
• 11/11/06 Enseignants : une vidéo pirate de Ségolène Royal sur internet FAR : Les Dernières Nouvelles d’Alsace
• 11/11/06 Education: vidéo pirate de Royal FAR : Le Républicain Lorrain 1 u
• 11/11/06 Education. Royal trahie par une vidéo pirate Le Télégramme de Brest et de l’Ouest
• 11/11/06 Une vidéo riche d’enseignements FAR : La Charente Libre
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• 11/11/06 Les profs se défoulent sur la vidéo Royal dans leurs blogs AFP Documentaire
• 11/11/06 Les blogs des enseignants déchaînés contre « Ségo » FAR : Midi Libre
• 10/11/06 21:49 Présidentielle française: la campagne interne s’achève chez les socialistes (ACTUALISATION, PAPIER GENERAL) Par Ingrid BAZINET AFP Fil International
• 10/11/06 20:08 La France en bref à 20H00 AFP Fil International
• 10/11/06 20:06 Une vidéo pirate sur les profs de collège pourrait nuire à Ségolène Royal (ACTUALISATION, PAPIER D’ANGLE) Par Dominique BRULE AFP Fil Général
• 10/11/06 19:24 Fabius : « pas une bonne idée » de dire que les enseignants ne travaillent pas AFP Fil Général
• 10/11/06 17:53 Quand Royal voulait 35h de présence au collège NouvelObs.com
• 10/11/06 17:51 Les profs se défoulent sur la vidéo Royal dans leurs blogs (ENCADRE) AFP Fil Général
• 10/11/06 16:46 Présidentielle française: la campagne interne s’achève chez les socialistes (ACTUALISATION, PAPIER GENERAL) Par Ingrid BAZINET AFP Fil International
• 10/11/06 16:30 France: diffusion d’une vidéo pirate potentiellement gênante pour Mme Royal AFP Fil International
• 10/11/06 16:09 « Les réalités du métier sont méconnues » NouvelObs.com
• 10/11/06 15:29 Montebourg (PS) dénonce la « marchandisation du soutien scolaire » AFP Fil Général
• 10/11/06 15:01 Montebourg (PS) dénonce la « marchandisation du soutien scolaire » AFP Multimédia
• 10/11/06 14:42 Une vidéo pirate sur les profs de collège pourrait nuire à Ségolène Royal (PAPIER D’ANGLE) Par Dominique BRULE AFP Fil Général
• 10/11/06 12:58 Sur une vidéo pirate, Ségolène Royal s’en prend aux enseignants AFP Fil International
• 10/11/06 11:33 Enseignants: une vidéo pirate de propositions de Royal sur internet AFP Fil Général
• 10/11/06 10:43 Enseignants: une vidéo pirate de propositions de Royal sur internet AFP Multimédia
• 10/11/06 Une vidéo pirate sur les professeurs de collège pourrait nuire à Ségolène Royal L’Orient – Le Jour
• 10/11/06 Ségolène Royal victime de la vlogosphère Neteconomie.com

62 articles contenant les mots « pirate Royal ». Source : Google
• PS : à la recherche du diffuseur de la vidéo de Ségolène Royal …, Les Échos – Publié depuis 1 heure
• Les profs dans le collimateur de Ségolène Royal, Témoignages.re – Il y a 9 heures
• Le SNES demande à Ségolène Royal de « renoncer » à ses …, La Tribune.fr – Il y a 13 heures
• Royal : les profs font part de leur colère par mails, Nouvel Observateur – Il y a 13 heures
• Le SNES demande à Ségolène Royal de « renoncer »à ses …, Euroinvestor – Il y a 13 heures
• Le SNES demande à Ségolène Royal de « renoncer » à ses …, Nouvel Observateur – Il y a 13 heures
• AP | 13.11.06 | 17:22. PARIS (AP) — Le SNES, principal syndicat des collèges et des lycées, demande à Ségolène Royal de renoncer …
• Le SNES demande à Ségolène Royal de « renoncer »à ses …, Boursorama – Il y a 13 heures
• Dépêches de l’Education, VousNousIls.fr – Il y a 14 heures
• Une vidéo casse-tête pour Royal, Libération – Il y a 14 heures
• Coups bas et vidéos sur Internet enveniment la fin de campagne au …, Le Monde – Il y a 16 heures
• Une nouvelle vidéo de Ségolène Royal rappelle ses propos sur …, Le Monde – Il y a 17 heures
• Postée samedi 11 novembre sur Dailymotion, une nouvelle vidéo reprend des propos de Ségolène Royal dans l’émission « Mots croisés » du 16 mai 2005, sur …
• Une nouvelle vidéo de Ségolène Royal rappelle ses propos sur …
• Le Monde – Il y a 17 heures
• Ségolène Royal veut imposer les 35 heures aux enseignants, SOS Éducation – Il y a 21 heures
• Coup bas au Parti socialiste autour d’une vidéo de Ségolène …, Les Échos – 12 nov 2006
• Une vidéo casse-tête pour Royal, Libération – 12 nov 2006
• La campagne se prend les pieds dans la Toile, 20minutes.fr – 12 nov 2006
• Ségolène Royal, la vidéo qui fait mal, France 3 – 12 nov 2006
• Polémique au PS après la vidéo de Royal, Nouvel Observateur – 11 nov 2006
• une avalanche de réactions aux propos injustes de royal, Collectif Bellaciao – 11 nov 2006
• Ségolène Royal s’empêtre dans les 35 heures, France Matin – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, Reuters.fr – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, Capital.fr – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, L’Express – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, Libération – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, La Tribune.fr – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, Capital.fr – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, Reuters.fr – 11 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal cristallise la fin de campagne du …, L’Express – 11 nov 2006
• Rien de nouveau sous la vidéo d’Angers, AgoraVox – 11 nov 2006
• Une vidéo pirate sur les profs de collège pourrait nuire à …, Tageblatt – 11 nov 2006
• La vidéo piratée de Ségolène Royal est un coup bas selon ses …, Culturefemme.com – 11 nov 2006
• Propos injustes et injustifiés de royale, Collectif Bellaciao – 11 nov 2006
• Education : les propos « révolutionnaires » de Royal dans une …, TF1 – 11 nov 2006
• Mme Royal dénonce « une intention de nuire » mais assume son projet …
• Le Monde – 11 nov 2006
• Dénonce un « dérapage », Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• Des propos de Royal alarment les syndicats enseignants, Libération – 10 nov 2006
• Des propos de Royal alarment les syndicats enseignants, Libération – 10 nov 2006
• Une vidéo pirate sur les professeurs de collège pourrait nuire …, L’Orient-Le Jour – 10 nov 2006
• Investiture socialiste, Canoë – 10 nov 2006
• Une vidéo pirate de Ségolène Royal jette un pavé dans la mare, Matinternet – 10 nov 2006
• Vidéo pirate: Ségolène Royal dénonce un « dérapage » et une  » …, Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• Vidéo pirate: Ségolène Royal dénonce un « dérapage » et une  » …, La Tribune.fr – 10 nov 2006
• Une vidéo de Ségolène Royal sur le Net fait des remous, Le Monde – 10 nov 2006
• Ségolène Royal : vidéo pirate polémique, M6.fr – 10 nov 2006
• « Une méthode de manipulation », 20minutes.fr – 10 nov 2006
• Vidéo pirate: Ségolène Royal dénonce un « dérapage », Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• AP | 10.11.06 | 19:45. PARIS (AP) — Ségolène Royal a qualifié vendredi sur France-3 de « dérapage » la vidéo-pirate diffusée …
• Dépêches de l’Education, VousNousIls.fr – 10 nov 2006
• Education: une vidéo pirate de Ségolène Royal diffusée sur …, Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• AP | 10.11.06 | 19:10. PARIS (AP) — Une vidéo pirate dans laquelle Ségolène Royal propose que les professeurs de collège restent …
• Vidéo pirate de Ségolène Royal : fini les 17 heures de travail …, Paroles de militants – 10 nov 2006
• Education: une vidéo pirate de Ségolène Royal diffusée sur …, La Tribune.fr – 10 nov 2006
• Education: une vidéo pirate de Ségolène Royal diffusée sur …, Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• AP | 10.11.06 | 17:44. PARIS (AP) — Une vidéo pirate dans laquelle Ségolène Royal propose que les professeurs de collège restent …
• Education: une vidéo pirate de Ségolène Royal diffusée sur …, Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• AP | 10.11.06 | 16:18. PARIS (AP) — Une vidéo pirate dans laquelle Ségolène Royal propose que les professeurs de collège restent …
• « Les réalités du métier sont méconnues », Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• Pour Ségolène Royal : les profs devraient rester 35h au collège, Zescoop – 10 nov 2006
• Sur une vidéo pirate, Ségolène Royal s’en prend aux enseignants, Cyberpresse – 10 nov 2006
• Dépêches de l’Education, VousNousIls.fr – 10 nov 2006
• Education: une vidéo pirate de Ségolène Royal diffusée sur …, La Tribune.fr – 10 nov 2006
• Sur une vidéo pirate, Ségolène Royal s’en prend aux enseignants, Cyberpresse – 10 nov 2006
• Education: une vidéo pirate de Ségolène Royal diffusée sur …, Nouvel Observateur – 10 nov 2006
• AP | 10.11.06 | 12:40. PARIS (AP) — Une vidéo pirate enregistrée par un anonyme lors d’une réunion à Angers en janvier 2006, dans …
• La vidéo, Ségolène, et les 35 heures au collège, Libération – 10 nov 2006
• Royal s’attaque aux profs dans une vidéo, Le Figaro – 10 nov 2006
• Quand Mme Royal propose de « faire les 35 heures au collège », Le Monde – 9 nov 2006

Salubrité publique


Après Jean-Marcel Bouguereau du Nouvel Observateur, c’est au tour de Jean-Luc Allouche de Libération de faire l’éloge de la salubrité publique pour nous débarrasser de la vermine du monde arabo-musulman.

Le premier avait utilisé ce terme le 8 février dans un article sur les caricatures : « C’est une œuvre de salubrité publique car, comme ce fut le cas pour les autres religions, il faut habituer la religion musulmane à supporter la moquerie et la caricature. » Le Nouvel Observateur

Le second l’emploie le 7 mars dans le compte-rendu du livre d’un auteur fou d’amour d’Israël : « Ce livre volontairement modeste est une oeuvre de salubrité publique. » Libération
Dans les deux cas, il s’agit bien de désigner la vermine à éliminer pour l’hygiène de notre société.

Cette expression désigne « l’ensemble des mesures édictées par l’Administration en matière d’hygiène des personnes, des animaux et des choses ». Il s’agit essentiellement de mesures préventives d’assainissement, qui relèvent du pouvoir de police générale des maires, pour préserver la population des maladies endémiques et contagieuses.

Dans une ville, les contrôles réguliers de l’hygiène et de la salubrité publique sont indispensables et salutaires. En matière d’animaux nuisibles, d’hygiène alimentaire ou de nuisances sonores, la ville et ses habitants se doivent de rester constamment en alerte.
Mairie de Rouen

Cette expression a toujours été utilisée par les idéologues racistes pour justifier les exactions menées contre une population désignée comme nuisible : les juifs dans l’Allemagne nazie, les noirs et les arabes dans la France coloniale.

Le premier et le seul mot nouveau de la langue nazie que je rencontrai ici se trouvait sur le brassard de certains soldats ; c’était «Volksschädlingbekämpfer»* [préposé à la lutte contre la vermine du peuple].
* L’entreprise allemande qui livra aux camps d’extermination le gaz mortel, le Zylon B., s’appelait Internationale Gessellschaft für Schädlingsbekämpfung GmbH [Société internationale de lutte contre la vermine SARL].
KLEMPERER Victor, LTI – La langue du IIIe Reich, Albin Michel, [1975] 1996 p.330.

Un jeu de l’oie propose ainsi un parcours dans les colonies où sont mises en scène toutes les catégories de l’idéologie coloniale : «mission civilisatrice» de l’homme blanc envers les populations reconnaissantes, nécessaire alliance de la République et de l’Église dans «l’œuvre sanitaire» […].
BLANCHARD Pascal et LEMAIRE Sandrine (dirigé par), Culture coloniale – La France conquise par son Empire 1871-1931, Autrement, 2003 p.180.

Que cette expression passe, volontairement ou involontairement, dans le langage courant de certains journalistes, quand ils évoquent les musulmans en général et les arabes en particulier, est révélateur du raciste ordinaire qui pourrit notre société.

Serge LEFORT
15 mars 2006