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Analyse du discours de Netanyahou à l’AIPAC


Le discours de Benyamin Netanyahou du 22 mars 2010 à l’AIPAC aux États-Unis n’a pas été analysé par les médias dominants. C’est en effet un discours gênant pour plusieurs raisons : les circonstances, le lieu et le contenu. Prolongeant le discours du 14 juin 2009 à l’Université Bar-Ilan de Tel Aviv [1], il l’aggrave en défiant le droit international pour imposer le fait accompli de la colonisation de la Palestine non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie et principalement à Jérusalem-Est.

Les circonstances

Après la guerre contre Gaza, menée par le gouvernement de Ehud Olmert du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, Ehud Olmert a démissionné et a donc provoqué des élections anticipées.

La nouvelle assemblée, issue du scrutin du 10 février 2009, est la plus à droite de l’histoire de l’État d’Israël : Likoud (parti sioniste de la droite nationaliste représenté par Benyamin Netanyahou) remporta 27 sièges, Israel Beytenou (parti d’extrême droite fondé et représenté par Avigdor Liberman) 15 sièges, Shass (parti religieux ultra-orthodoxe représenté par Eli Yishaï) 11 sièges, Yahadut Hatorah (parti religieux orthodoxe) 5 sièges, Ihoud Leoumi (parti nationaliste d’extrême droite) 4 sièges, HaBait HaYehoudi (parti dans la mouvance du sionisme religieux) 3 sièges [2].

Le gouvernement de Benyamin Netanyahou, investi par la Knesset le 31 mars 2009, comporte les principaux représentants de la droite et l’extrême droite israélienne auxquels s’est rallié par opportunisme Ehud Barak, dernier représentant du Parti travailliste qui depuis 1977 disparaît petit à petit de la vie politique.
Ce gouvernement pléthorique, qui compte le plus grand nombre de ministres de l’histoire de l’État d’Israël, est dirigé par un cabinet restreint (7 membres) composé, dans l’ordre protocolaire, du Premier ministre Benyamin Netanyahou, du ministre des Affaires stratégiques Moshé Yaalon, du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, du ministre de la Défense Ehoud Barak, du ministre de l’Intérieur Eli Yishaï, du ministre des Renseignements Dan Meridor et du ministre sans portefeuille Benny Begin. En faisant cela, Benyamin Netanyahou parvient à prendre des décisions avant que celles-ci ne soient débattues par le cabinet de sécurité (12 membres) ou le gouvernement (30 membres) avant d’être enregistrées par le Knesset.

Le gouvernement de Benyamin Netanyahou s’est donné pour tâche de lancer une offensive contre le droit international visant à occulter le Rapport Goldstone et à faire accepter le fait accompli de la colonisation de la Palestine. Cela a été analysé par l’avocat Gilles Devers et surtout par l’israélien Jeff Halper (directeur du Comité israélien contre les démolitions de maisons). Il s’agit d’une attaque frontale du principe de Juridiction universelle. L’état d’Israël s’attribue une compétence universelle en matière de crimes contre les Juifs, mais veut interdire la réciproque concernant ses crimes contre les Palestiniens [3].

Ainsi, Le gouvernement de Benyamin Netanyahou, pariant sur une défaite de Barack Obama pour instituer le projet de loi instituant un système d’assurance public en mars et aux élections de mi-mandat en novembre, a délibérément provoqué l’administration américaine. L’annonce fracassante de la construction d’une tranche 1600 logements à Jérusalem-Est sur les 50000 prévus (Ha’aretz) visait à imposer le fait accompli de la colonisation de la Palestine au monde entier et principalement à l’allié indéfectible de l’État d’Israël, qui ne pourrait la poursuivre sans l’aide économique et militaire des États-Unis.

Le lieu

Le lobbying de l’État d’Israël via l’AIPAC pour influencer la politique américaine en faveur du politicide de la colonisation est connu. C’est un sujet tabou en France, mais ni aux États-Unis ni en Israël. Or, comme je l’écrivais le 22 mars dernier, on fantasme aussi la puissance de l’AIPAC car les temps changent… Il suffit de lire Ha’aretz pour se rendre compte que le pari du gouvernement de Benyamin Netanyahou se révèle être une fuite en avant périlleuse… pour l’avenir de l’État d’Israël.

Les temps changent, mais Benyamin Netanyahou poursuit aveuglément la politique sioniste de ses prédécesseurs depuis… 62 ans. C’est l’analyse des opposants israéliens à la colonisation Akiva ELDAR, Gideon LEVY ou Uri AVNERY. Les Israéliens vivront en sécurité le jour où leurs dirigeants accepteront de respecter les droits des Palestiniens. Point barre.

Le contenu

Le discours de Benyamin Netanyahou est un condensé de l’idéologie sioniste, qui se fonde sur une construction mythique et mystique de l’histoire d’Israël pour justifier la colonisation de la Palestine et du Golan syrien [4].

Dès l’introduction Netanyahou affirme :

Vous voyez, pour la première fois en deux mille ans, un peuple juif souverain a pu se défendre contre une agression.

On ne sait pas à quelle agression, passée ou présente et réelle ou fictive, il fait allusion. Peu importe. Il abuse de l’histoire réelle du génocide pour raconter l’histoire mythique d’un peuple dispersé et persécuté. La rhétorique de l’Holocauste lui permet de justifier les crimes de guerre commis contre le peuple palestinien car toute critique cautionnerait l’antisémitisme [5].

Cette pose victimaire lui permet de faire le lien avec la menace supposée, voire paranoïaque, de l’utilisation d’armes nucléaires que l’Iran ne possèdent pas mais que Israël possède bel et bien.

Aujourd’hui, une menace sans précédent pour l’humanité est imminente. Un régime iranien radical équipé d’armes nucléaires pourrait mettre un terme à l’ère de la paix nucléaire dont le monde a bénéficié pendant ces 65 dernières années. Un tel régime pourrait fournir des armes nucléaires à des terroristes. Il pourrait même être tenté de les utiliser, et notre monde ne serait plus jamais le même.

Pour les dirigeants israéliens, il est logique que «une menace pour Israël» soit «une menace pour le monde entier». Et qu’en est-il des menaces quotidiennes contre le peuple palestinien ? Silence. Qui ose encore poser la question ? Le chantage à l’antisémitisme fonctionne parfaitement.

C’est ainsi qu’il faut interpréter le passage qui a été repris de manière tronquée par les sites pro-sionistes :

Nous devons être jugés sur une seule et unique mesure, et les allégations à l’encontre de l’Etat d’Israël doivent être fondées sur des faits. Une des allégations qui n’est pas fondée sur des faits, c’est la tentative de décrire les Juifs comme des étrangers colonialistes dans leur propre patrie. C’est l’un des grands mensonges des temps modernes.

La manœuvres est habile, mais montre aussi que les campagnes contre l’occupation et contre l’apartheid, notamment la campagne BDS (Boycott – Désinvestissement – Sanctions) troublent les dirigeants israéliens qui tentent de dénier la réalité de la colonisation.
Les sites pro-sionistes n’ont repris qu’une partie de l’argument pour gommer l’aveu du déni de réalité : «la tentative de décrire les Juifs comme des étrangers colonialistes dans leur propre patrie» «est l’un des grands mensonges des temps modernes».

Benyamin Netanyahou a d’ailleurs poursuit en racontant l’histoire mythique de sa famille qui, excusez du peu, serait symbolique du «lien entre le peuple juif et la Terre d’Israël [Eretz Israël]» depuis 4000 ans pour justifier une fois de plus la colonisation.

Le peuple Juif construisait Jérusalem il y a 3 000 ans, et le peuple juif construit Jérusalem aujourd’hui. Jérusalem n’est pas une colonie. C’est notre capitale.
À Jérusalem, mon gouvernement a maintenu les politiques appliquées par chaque gouvernement israélien depuis 1967, y compris ceux qu’ont dirigés Golda Meïr, Menahem Begin et Yitzhak Rabin.

Naturellement, Benyamin Netanyahou ne parle pas du droit international mais du droit biblique !

Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, a rappelé que Jérusalem-Est, conquise par Israël en 1967 puis annexée, demeure un territoire palestinien occupé au même titre que la Cisjordanie.
AP-Yahoo! Actualités du 20/03/2010

Comme le rappelait Gideon LEVY, le gouvernement israélien est spécialiste des «écrans de fumée, faux-fuyants et dérobades». Après avoir affirmé que «Jérusalem n’est pas une colonie», Benyamin Netanyahou cherche à nous endormir en prétendant que son «gouvernement a toujours montré son engagement à la paix, tant en paroles qu’en actes».
Plus le mensonge est gros… plus Netanyahou croit qu’il passera. Il prétend que, après les bombardements de Gaza par Ehud Olmert, il aurait dit aux dirigeants palestiniens «Venez négocier la paix». La suite prouve la conception qu’il se fait de la négociation.

Je vous le demande : qu’a fait l’Autorité palestinienne pour la paix ? Vous pouvez juger par vous-mêmes. Ils ont posé des conditions préalables aux pourparlers de paix, ils ont mené une implacable campagne internationale pour saper la légitimité d’Israël, et pour promouvoir l’odieux rapport Goldstone qui accuse à tort Israël de crimes de guerre. En fait, c’est exactement ce qu’ils font maintenant à l’ONU, à la grotesque Commission des droits de l’homme.

Comme tous les colonisateurs, l’État d’Israël ne reconnaît que le colonisé couché – mort ou vivant. Il n’a rien à offrir aux Palestiniens, mais Benyamin Netanyahou exige que les colonisés acceptent sans broncher l’occupation et assimile donc toute acte de résistance au terrorisme [6]. Ses arguments sécuritaires sont ceux d’un maquignon que n’est pas prêt à payer le prix de l’occupation.

Le plus incroyable est son exigence à contrôler les frontières du Liban et la Syrie :

Nous devons nous assurer que ce qui s’est passé au Liban et à Gaza ne se reproduise pas en Cisjordanie. Permettez-moi de vous expliquer ce qu’est notre problème majeur de sécurité avec le Liban. Ce n’est pas la frontière d’Israël avec le Liban – c’est la frontière imposée entre le Liban et la Syrie par laquelle l’Iran et la Syrie font passer clandestinement des milliers et des milliers de roquettes et de missiles au Hezbollah.

Benyamin Netanyahou qui n’a pas encore compris que les temps ont changé et que la politique d’Israël au Moyen-Orient nuit aux intérêts des États-Unis. Il répète son vieux discours de gendarme des américains :

Pendant des décennies, Israël a servi de rempart contre l’expansionnisme soviétique. Aujourd’hui, il aide l’Amérique à endiguer le flot de l’islam militant.

Mais le vice-président Joe Biden et le général David Petraeus, soutenu par le secrétaire à la Défense Robert Gates, ont dit clairement que la poursuite de la colonisation nuisait aux intérêts américains et que Israël était un fardeau stratégique [7].

Conclusion

Benyamin Netanyahou, qui se présente comme l’héritier de tous les dirigeants sionistes depuis 1948, poursuit imperturbablement la fuite en avant de l’État d’Israël vers la construction du Grand Israël des prophéties bibliques.

Benyamin Netanyahou reste enfermé dans les schémas idéologiques et stratégiques des années 1950 et s’accroche à la colonisation et à l’occupation militaire de la Palestine et du Golan.

Benyamin Netanyahou s’entête à refuser que le droit international s’applique à l’État d’Israël, mais exige qu’il s’applique à l’Iran.

Benyamin Netanyahou, avec la droite et l’extrême droite israélienne dont les religieux ultra-orthodoxes, n’a aucun projet pour son pays sinon le maintenir dans un état de guerre permanente.

05/04/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Address by PM Netanyahu at the AIPAC Policy Conference, AIPACPrime Minister’s OfficeHa’aretz
• Allocution du Premier Ministre Benjamin Netanyahou à la Conférence de l’AIPAC
– Traduction 1 DebriefingUn écho d’Israël
– Traduction 2 CRIFJSS News
– Extraits Ambassade d’Israël en France
Chronique de la Colonisation de la Palestine 2010 Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.


[1] L’Université Bar-Ilan de Tel Aviv, qui prétend établir « des ponts entre études religieuses et laïques », est de fait sous la coupe des religieux. La publicité du site avoue qu’elle « permet aux étudiants de s’engager activement dans un vaste choix de programmes universitaires et identitaires » et « les études de judaïsme sont obligatoires ».
[2] Sources :
• Élections 2009 : les principaux partis politiques israéliens, Un écho d’Israël.
[3] Lire aussi :
• Droits de l’homme – Les aléas de la juridiction universelle, RFI.
• Crimes de guerre à Gaza et juridiction universelle en Espagne… et en Israël, Info-Palestine.
[4] Lire :
• Netanyahou guerrier du sionisme, Monde en Question.
• SAND Shlomo, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008 [ContreInfoFrance 2Le Monde diplomatiqueLDH-ToulonMonde en Question].
[5] Lire : FINKELSTEIN Norman G., L’industrie de l’Holocauste – Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs, La Fabrique, 2001.
[6] Lire :
• 14/06/2009, Discours de Benyamin Netanyahou, Monde en Question.
• 15/06/2009, Réactions au discours de Netanyahou, Monde en Question.
• 17/06/2009, Analyse du discours de Netanyahou, Monde en Question.
[7] Lire :
• 20/03/2010, AVNERY Uri, L’arme ultime, Gush ShalomAFPS
Et maintenant, de façon évidente et tout à fait soudaine, la coupe est pleine. Obama, son vice-président et ses principaux collaborateurs condamnent le gouvernement Nétanyahou avec une sévérité croissante. La Secrétaire d’État Hillary Clinton a posé un ultimatum : Nétanyahou doit interrompre toute activité de colonisation, y compris à Jérusalem-Est ; il doit accepter de négocier sur tous les problèmes qui sont au coeur du conflit, y compris Jérusalem-Est et au-delà.
Cette semaine, Petraeus a délivré un message sans équivoque : après avoir passé en revue les problèmes de sa zone de responsabilité – qui comprend, entre autres, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran, l’Irak et le Yémen – il a évoqué ce qu’il a appelé “les causes à la racine de l’instabilité” dans la région. En tête de liste venait le conflit israélo-palestinien.
[…] la plupart des Juifs américains sont prêts à tout faire – vraiment tout – pour le gouvernement d’Israël. À une exception près : ils ne feront rien qui puisse porter atteinte à la sécurité des États-Unis. Lorsque le pavillon de la sécurité est hissé, les Juifs, comme tous les Américains, se mettent au garde-à-vous et saluent.
Si Obama décide de riposter et de mettre en oeuvre son arme ultime – l’accusation qu’Israël met en danger les vies des militaires américains – cela aurait des conséquences catastrophiques pour Israël.
• 22/03/2010, Israël renforce Al-Qaida, Monde en Question
Général David Petraeus commandant en chef du CENTCOM : Les tensions israélo-palestiniennes se transforment souvent en violence et en confrontations armées à grande échelle. Le conflit provoque un sentiment anti-américain, à cause de la perception du favoritisme des États-Unis à l’égard d’Israël. La colère arabe sur la question palestinienne limite la puissance et la profondeur de nos relations avec des gouvernements et des peuples dans l’AOR [zone de responsabilité du CENTCOM] et affaiblit la légitimité des régimes modérés dans le monde arabe. Pendant ce temps là Al-Qaida et d’autres groupes militants exploitent la colère pour mobiliser. Le conflit offre également à l’Iran une influence dans le monde arabe via ses clients, le Hezbollah libanais et le Hamas.
• 24/03/2010, HALIMI Serge, Coup de froid entre les États-Unis et Israël, Le Monde diplomatique
Plus fondamentalement, l’analyse régionale des États-Unis ne coïncide pas avec la politique actuelle de la droite et de l’extrême droite israéliennes.
Les nouvelles constructions à Jérusalem ou en Cisjordanie, a répété Mme Clinton dans son discours devant l’Aipac, portent atteinte au climat de confiance nécessaire et à la perspective de négociations auxquelles les deux parties [Israël et Palestine] se proclament attachées. Et ces constructions ont pour conséquence de rendre visible le désaccord entre les Etats-Unis et Israël, que d’autres parties dans la région espèrent exploiter. Cela entame la capacité unique dont disposent les États-Unis, celle de jouer un rôle essentiel dans le processus de paix. Notre crédit dépend en effet dans une certaine mesure de notre capacité à pouvoir saluer les deux parties lorsqu’elles font montre de courage. Et, quand nous ne sommes pas d’accord, à le faire savoir sans hésiter.
Le 16 mars, témoignant devant la commission des affaires armées du Sénat, le général David Petraeus, commandant des forces américaines dans une région qui va de l’Egypte au Pakistan (et qui couvre donc à la fois l’Irak et l’Afghanistan), a eu ce propos qui n’est pas passé inaperçu : La poursuite des hostilités entre Israël et quelques-uns de ses voisins met en cause notre capacité à défendre nos intérêts. […] Le conflit [au Proche-Orient] alimente un sentiment antiaméricain lié à une perception de favoritisme des États-Unis envers Israël. La colère arabe née de la question palestinienne limite la puissance et la profondeur du partenariat américain avec les gouvernements et les peuples de la région, en même temps qu’elle affaiblit la légitimité des régimes arabes modérés. Al-Qaida et les groupes militants tirent parti de cette colère afin de mobiliser de nouveaux appuis. Le conflit au Proche-Orient favorise l’influence de l’Iran dans le monde arabe à travers ses clients le Hezbollah libanais et le Hamas.
• 26/03/2010, ELDAR Akiva, Netanyahu and Obama are at point of no return, Ha’aretz
Pendant que Netanyahou recevait son ovation à la conférence de l’AIPAC, Obama et ses conseillers ont préparé une convention tout à fait différente, celle de la Ligue arabe qui se réunira à Tripoli samedi.
Les messages, venant de Riyad et de Amman à la Maison Blanche, sont très clairs : si vous ne bridez pas vos amis israéliens, Téhéran ne sera pas la seule capitale du Moyen-Orient où brûlera des drapeaux américains.
Robert Gates, secrétaire à la Défense, a résolument soutenu le général David Petraeus, le premier militaire américain à décrire Israël comme un fardeau stratégique.
Netanyahou avait l’espoir de gagner du temps jusqu’aux élections du Congrès en novembre, qui coïncideront avec la date limite fixée pour le gel des colonies. Mais les jeux favoris de Netanyahou (jouer avec la communauté juive et le Congrès contre la Maison Blanche et le département d’État) ne fonctionnent plus. Obama a décidé que sa coalition modérée au Moyen-Orient est plus importante que l’extrémiste de Nétanyahou. C’est un point de non retour.

USA-Israël – De l'alliance à la symbiose


Les liens stratégiques privilégiés qui existent entre l’État d’Israël et les États Unis d’Amérique sont un élément essentiel de la réalité politique au Proche Orient, et aucune analyse sérieuse des événements politiques qui s’y déroulent ne peut faire l’impasse sur les implications, à court et a long terme, de cette relation très particulière. Ceci dit, la nature de ces liens est souvent sujette à de graves mécompréhensions. Pour certains, Israël ne serait que le bras arme de l’impérialisme américain au Proche Orient, comme l’a été, par exemple, le Sud Vietnam dans les années soixante et soixante-dix, une espèce d’État-marionnette qui reçoit directement ses ordres du Département d’État et de la CIA. D’autres analystes considèrent, à l’inverse, qu’a travers ses puissants lobbys, État hébreu manipulerait la politique extérieure états-unienne en fonction de ses intérêts propres. C’est la thèse défendue, entre autres, par les professeurs américains John Marsheimer et Steven Walt. En fait ces sont toutes les deux des thèses réductrices : Israël n’est pas plus une marionnette des États-unis que ces derniers une marionnette manipulée par lobbys sionistes. Ce dont il est question, c’est d’une alliance entre deux pays allies, l’un, les USA, étant certes plus puissant que l’autre.

Une alliance forgée dans les années soixante

Cette alliance stratégique entre Israël et les États-unis n’a pas toujours existé, loin s’en faut. Elle date des années soixante, et en particulier d’après la guerre dite des six jours. Auparavant, c’était la France qui jouait le rôle d’allié stratégique et qui, entre autres, avait donné a Israël son premier réacteur nucléaire. On se souvient de la collaboration franco-israélienne dans la guerre du Sinaï et l’opération de Suez et de cette époque où l’ambassadeur de France en Israël avait son siège aux réunions du gouvernement israélien et où un petit politicard nommé Shimon Peres faisait des allers-retours fréquents entre Tel Aviv et Paris, essentiellement pour procurer des armes à l’État Hébreu. La venue au pouvoir de Charles de Gaulle et la nouvelle politique arabe de la France d’une part, et la décision états-unienne de jouer un rôle politique plus important au Proche Orient afin d’y asseoir son hégémonie politique et économique de l’autre, allaient sceller une nouvelle ère dans les relations entre Washington et Tel Aviv. Rapidement les F16 allaient remplacer les Mirages et le M16 les fusils d’assaut français, et une série d’accords stratégiques vont être signés entre Golda Meir et Lindon Johnson. Les nouvelles relations ne se limitent pas au militaire : Israël, qui a cette époque n’avait pas encore perdu son image d’ «État-pionnier», sert, dans le contexte de la guerre froide, de relais dans les pays – d’Afrique sub-saharienne en particulier – ayant accédé a l’indépendance et qui ne sont pas prêts à se lier a la puissance impérialiste américaine. L’État hébreu sert aussi à vendre des armes et à envoyer des conseillers militaires dans certains pays d’Amérique Latine où les États-unis ne peuvent pas intervenir directement. Avec la venue des néo-conservateurs au pouvoir, la nature des relations entre Washington et Tel Aviv va encore changer.

Symbiose : suite et fin ?

Il ne s’agit plus cette fois uniquement d’une alliance politico-militaire, mais d’une véritable symbiose. Car la stratégie de guerre globale-permanente-et-préventive (GGPP) qui est la trame de la politique de Georges W. Bush a été élaborée par des think-tanks où stratèges israéliens et états-uniens ont réfléchi et travaillé la main dans la main. En politique extérieure, tout ce qui se fait à Washington est immédiatement communiqué au gouvernement israélien et vice versa. Sans parler de la coopération sur le terrain, comme par exemple, en Colombie. La fin de l’administration néo-conservatrice à Washington va-t-elle changer la donne ? S’il ne fait pas de doute que Barack Obama a une conception différente de celle de ses prédécesseurs en ce qui concerne la politique extérieure US, c’est avant tout parce que la stratégie néo-conservatrice s’est soldée par des fiascos mémorables : l’Irak, l’Afghanistan, le Liban ont tous été des échecs et les États-unis sont aujourd’hui sur la scène internationale plus faibles qu’il y a deux décennies. Ce qui signifie qu’il faut en finir avec la stratégie de la GGPP, pour la remplacer par une politique plus intelligente et parfois moins brutale mais dans un but qui reste le même – asseoir l’hégémonie US à travers le monde, surtout à un moment où de nouvelles puissances sont en train de gagner du terrain (Chine, Inde, Russie). L’ironie de l’histoire est qu’au moment où l’électeur américain se débarrassait de l’administration néo-conservatrice, les Israéliens élisaient Benyamin Netanyahou, cheville ouvrière de la stratégie néo-conservatrice et prédicateur numéro un de la «guerre contre le terrorisme». C’est ce qui explique que les relations entre Washington et Tel Aviv ne sont pas aussi harmonieuses qu’auparavant, même s’il n’est évidemment pas question de mettre fin à l’alliance stratégique entre les deux pays. Pour Netanyahou, l’administration Obama est un accident de parcours qui s’achèvera dans quatre ans, alors que pour ce dernier, Netanyahou est l’homme d’une stratégie qui a échoué. Derrière les sourires et les déclarations d’amitié, ce n’est plus la symbiose qui avait caractérisé les relations bilatérales à l’époque de Georges W. Bush, et le discours du Caire a fait transpirer nombre de politiciens israéliens qui y ont vu un tournant stratégique dans la politique extérieure états-unienne.

The times they are changin’

Mais à Tel Aviv, on ne se contente pas d’attendre et nombreux sont ceux qui voudraient forcer la main des États-unis, en utilisant une provocation militaire, non pas contre l’Iran – ce serait trop risqué – mais contre des adversaires plus faible, le Liban ou, une fois de plus, Gaza. Jusqu’à présent, l’administration Obama a réussi à calmer le jeu et à plusieurs occasions Obama a dit à Israël «ne me faites pas de (mauvaise) surprise». Le message, pour être entendu quatre sur quatre à Tel Aviv se doit être beaucoup plus ferme que cela, et des menaces sont nécessaires, avec des sanctions à la clef. Difficile d’y croire. Le monde est en train de changer, et tôt ou tard le Moyen Orient aussi. De nouvelles puissances sont entrées dans le jeu stratégique, ce qui doit pousser Washington a réadapter sa politique régionale. Israël ne le veut en aucun cas, et la question qui se pose avec acuité est : combien de temps encore la queue fera bouger le chien ?

3 mars 2010
Michel WARSCHAWSKI
CIRPES

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

Feu vert américain à Israël ?


Selon une dépêche de l’Associated Press, publiée le 5 juillet, les États-Unis auraient donné le feu vert à Israël pour attaquer l’Iran.

Les États-Unis ne feront pas obstacle à Israël si l’État hébreu juge nécessaire une action militaire pour éliminer la menace nucléaire iranienne, car c’est un pays souverain, a déclaré dimanche le vice-président américain Joe Biden.

Les États-Unis « ne peuvent pas dicter à un autre pays souverain ce qu’il peut ou ne peut pas faire », a déclaré M. Biden sur la chaîne de télévision ABC. L’État hébreu peut déterminer par lui-même « ce qui est dans son intérêt et ce qu’il décide vis-à-vis de l’Iran ou tout autre pays ».

« Que nous soyons d’accord ou non, ils ont le droit de le faire. Tout pays souverain a le droit de le faire », a-t-il ajouté. « Si le gouvernement (de Benyamin) Nétanyahou décide d’agir différemment de ce qui est fait actuellement, cela relève de leur droit souverain. Le choix ne nous appartient pas. »

AP-Yahoo! Actualités

Selon une dépêche de l’AFP, publiée le 7 juillet, les États-Unis n’auraient pas donné le feu vert à Israël pour attaquer l’Iran.

Le président américain Barack Obama a affirmé mardi que les États-Unis n’avaient « absolument pas » donné leur feu vert à Israël pour attaquer l’Iran afin de l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire, dans une interview à la chaîne de télévision CNN.

Interrogé sur le fait de savoir si les États-Unis avaient donné leur feu vert à Israël pour une éventuelle attaque de l’Iran, M. Obama a répondu « absolument pas. C’est très important, je suis aussi clair qu’il est possible de l’être » sur ce sujet.

Mais… « Le vice-président Joe Biden l’a dit catégoriquement : nous ne pouvons dicter à d’autres pays la conduite à tenir en matière de sécurité », a relevé le président américain qui se trouve à Moscou depuis lundi.

AFP

L’agence israélienne Guysen semble croire à version Obama.

Le département d’État américain a déclaré dans un communiqué paru lundi, que la déclaration de Joe Biden selon laquelle Israël devait décider d’elle-même des solutions à prendre contre la menace nucléaire iranienne, ne pouvait être considérée comme un « feu vert » américain pour une attaque militaire israélienne sur l’Iran.

« Nous n’allons certainement pas donner notre feu vert pour quelque attaque militaire que ce soit, mais Israël est un pays souverain et nous n’allons pas lui dicter ce qu’il doit faire », a expliqué le porte-parole du département d’État Ian Kelly.

Le communiqué indique que les États-Unis « partagent avec Israël leur profonde inquiétude sur le programme nucléaire iranien ».

Guysen

L’agence russe RIA Novosti reste perplexe.

Moscou est surpris par les propos du vice-président américain Joe Biden sur un éventuel emploi par Israël de la force armée contre l’Iran, a déclaré mardi le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères (MID) Andreï Nesterenko.

« Nous sommes pour le moins étonnés par les propos du vice-président américain Joe Biden. Nous estimons qu’ils sont en contradiction flagrante avec les approches déclarées par le président américain Barack Obama concernant le règlement de la situation autour du programme nucléaire iranien, et notamment la disposition des États-Unis à engager le dialogue avec Téhéran afin de rechercher une solution à ce problème par des moyens politiques et diplomatiques », a indiqué le porte-parole de la diplomatie russe.

RIA Novosti

Que penser de ce double langage ? Non seulement entre Biden et Obama, mais aussi de Obama lui-même. Philippe Grasset minimise cette affaire :

Le mythe resurgi d’une attaque contre l’Iran, que nous avons subi pendant trois longues années, l’est ici à partir de circonstances complètement fortuites bien plus que de fuites ou de pressions maladroites. C’est le pur produit du système de communication, enchaînant le thème sensationnel associé à “la politique de l’idéologie et de l’instinct” qui a prévalu officiellement pendant huit années, additionné au caractère d’un homme prompt à un peu trop parler. C’est un signe intéressant que l’extrémisme constant, ce “gauchissement” (vers la droite extrême, pour ceux que l’étiquetage passionne) systématique du discours et des options, est d’abord le produit de l’automatisme de la communication, qui est une sorte d’idéologie en soi. Il semble que tout le monde a paniqué dans cette affaire, y compris les Israéliens qui ont fait passer vite fait le message, par le Washington Times, qu’ils ne demandaient aucune autorisation d’attaquer à Washington, – impliquant par là qu’ils la demanderaient s’ils devaient attaquer, comme, apprend-on de source officielle israélienne cette fois, Olmert l’a fait auprès de Bush.

La chose (l’Iran) semble donc tenir à cœur à Obama, par conséquent la politique qu’il tente de mener depuis quelques mois, qu’il semble vouloir poursuivre malgré les événements depuis les élections présidentielles du 12 juin. Son intervention est abrupte et ne s’embarrasse pas de protocole. Le Absolutely not prétend répondre à la question “avez-vous donné votre feu vert à Israël pour une attaque?”, ce qui nous fait comprendre qu’effectivement la chose pourrait être demandée, ou a été demandée, ou même devrait être demandée. Pour l’instant, malgré les événements d’Iran, il semble hors de question d’appuyer de quelque manière que ce soit sur l’option militaire, même pour faire pression sur l’Iran. En soi, la réaction d’Obama est un message puissant pour l’Iran, qu’il ait été conçu de cette façon ou non, – et probablement ne l’a-t-il nullement été.

Dedefensa

Joe Biden a donné le feu vert à Israël pour attaquer l’Iran le 5 juillet. Barack Obama n’a refusé le feu vert que le 7 juillet et depuis Moscou, où il discute de la question des armes nucléaires. Pourquoi a-t-il réagi si tardivement ?

En utilisant le double-langage de la carotte et du bâton avec l’Iran, Barack Obama ne risque-t-il d’encourager la fuite en avant d’une guerre préventive déclenchée par le gouvernement de Benjamin Nétanyahou ?

Qu’en est-il de la volonté de Barack Obama de s’impliquer en faveur de la question palestinienne ? Ses atermoiements avec Israël ne sont-ils pas l’aveu de l’acceptation du fait accompli de la colonisation, qui rend impossible la création d’un État palestinien viable ?

Serge LEFORT
07/07/2009

Note du 08/07/2009 Lire aussi : Feu vert ou faux pas ?, Dedefensa.

Expansion d'une colonie illégale


Ce plan de construction, qui porte sur la construction de 300 unités résidentielles, attend encore un feu vert définitif au cours des mois à venir, selon une ONG israélienne.

Le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak a approuvé un plan de construction de centaines de maisons dans une colonie sauvage en Cisjordanie occupée, a affirmé mardi 23 juin une ONG israélienne.
« Le plan est destiné à créer une continuité territoriale » entre la colonie de Talmon et une implantation sauvage voisine et « élargir la colonie aux dépens des villageois palestiniens dans la zone », a affirmé l’ONG Bimkom dans un communiqué.
Ce plan de construction, qui porte sur la construction de 300 unités résidentielles, attend encore un feu vert définitif au cours des mois à venir, précise toutefois Bimkom. La colonie de Talmon se trouve au nord-ouest de Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne.
« C’est la deuxième fois au cours des derniers mois que le ministre de la Défense Barak approuve l’extension de colonies existantes ou de nouvelles colonies », affirme Alon Cohen-Lifshitz, un responsable de Bimkom.

Toutes les colonies illégales

« Cela prouve que (Ehoud) Barak n’a pas l’intention de geler la construction dans les colonies existantes, ni même d’empêcher d’en construire de nouvelles », poursuit-il.
Aucun commentaire n’a pu être obtenu auprès du ministère de la Défense.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu exclut un gel de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés comme le réclame la communauté internationale, États-Unis en tête.
Il s’est dit en revanche prêt à démanteler des colonies sauvages en échange d’un soutien accru de Washington face à la menace d’un Iran nucléaire. Ces implantations, plus de 100, sont jugées illégales en Israël car elles n’ont pas obtenu le feu vert des autorités.
Aux yeux de la communauté internationale, toutes les colonies sont illégales [1].

NouvelObs


[1] Le territoire inclus dans ligne verte de 1949 est considéré, par la communauté internationale, comme le seul territoire sur lequel l’État d’Israël est en doit d’exercer sa souveraineté. Israël, qui prétend à des «frontières sûres et reconnues», viole allègrement le droit international et revendique toute la Terre d’Israël – Eretz Israel.
• Dossier Organisations israéliennes contre l’occupation
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine

Le monde a besoin d'une perestroïka


« Le modèle qui a émergé au cours des dernières décennies du 20ème siècle s’est avéré non soutenable. Il est basé sur la recherche de super-profits et l’hyper-consommation de quelques-uns, sur l’exploitation effrénée des ressources et sur l’irresponsabilité sociale et environnementale, » constate Mikhail Gorbachev, qui appelle à l’émergence d’un nouveau modèle de développement, plus respectueux des équilibres écologiques et s’attachant à satisfaire les besoins du plus grand nombre.

Voilà des années, alors que la guerre froide touchait à sa fin, j’ai dit à mes collègues chefs d’Etats aux quatre coins de la planète que le monde était sur le point de connaître de grands événements, et que face à ces nouveaux défis, nous devrions tous changer, vous comme nous. La plupart du temps, leur réaction prenait la forme d’un silence poli, mais sceptique.

Toutefois, ces dernières années, lors de séries de conférences données aux États-Unis devant des universitaires et des hommes d’affaires, j’ai souvent dit à mes auditeurs que j’avais le sentiment que les américains avaient besoin eux aussi de changement – d’une perestroïka, non pas semblable à celle de mon pays, mais qui soit une perestroïka américaine – et les réaction étaient alors très différentes. Des salles de plusieurs milliers de personnes répondaient par des applaudissements.

Au fil du temps, ma remarque a suscité toutes sortes de commentaires. Certains comprenaient. D’autres y objectaient, de façon parfois sarcastique, suggérant que je souhaitais que les États-Unis traversent un bouleversement, tout comme l’ex-Union soviétique. Dans mon pays, les réactions les plus caustiques provenaient de tous les adversaires de la perestroïka, des gens à la mémoire courte et bien peu conscients des problèmes. Et bien que la plupart de mes critiques comprennent certainement que je n’assimile pas les États-Unis à l’Union soviétique finissante, je tiens à clarifier ma position.

Notre perestroïka signalait la nécessité du changement en Union soviétique, mais elle n’était pas destinée à proposer une capitulation devant le modèle américain. Aujourd’hui, la nécessité d’une perestroïka de plus grande ampleur – concernant l’Amérique et le monde – est devenu plus évidente que jamais.

Il est vrai que le besoin de changement dans l’Union soviétique au milieu des années 1980 était urgent. Le pays était étouffé par le manque de liberté, et la population – en particulier sa frange éduquée – voulait se débarrasser de la mainmise d’un système qui avait été construit sous Staline. Des millions de gens disaient : « Nous ne pouvons plus vivre ainsi. »

Nous avions débuté par la glasnost – donnant à la population l’occasion d’exprimer ses préoccupations sans crainte. Je n’ai jamais été d’accord avec mon grand compatriote Alexandre Soljenitsyne lorsqu’il déclarait que « la glasnost de Gorbatchev a tout ruiné. » Sans glasnost, aucun changement ne se serait produit, et Soljenitsyne aurait terminé ses jours dans le Vermont et non pas en Russie.

Au début, nous avons oeuvré en ayant l’illusion que la refonte du système existant – des changements au sein du « modèle socialiste » – devrait suffire. Mais les résistances du Parti communiste et de la bureaucratie gouvernementale étaient trop fortes. Vers la fin de 1986, il est devenu clair pour moi et mes partisans que rien moins que le remplacement des fondations du système était nécessaire.

Nous avons opté pour des élections libres, le pluralisme politique, la liberté de religion, une économie ouverte à la concurrence et la propriété privée. Nous avons cherché à obtenir ces changements par un processus évolutif et sans effusion de sang. Nous avons fait des erreurs. Des décisions importantes ont été prises trop tard, et nous n’avons pas été en mesure d’achever notre perestroïka.

Deux complots ont entravé le changement – la tentative de coup d’Etat en août 1991, organisée par la ligne dure des adversaires de nos réformes, qui a fini par affaiblir ma position en tant que président, et l’accord ultérieur entre les dirigeants de la Russie, de l’Ukraine et du Belarus pour dissoudre l’Union. Les dirigeants de la Russie ont ensuite rejeté cette voie de réforme, plongeant le pays dans le chaos.

Néanmoins, lorsque l’on m’interroge pour savoir si la perestroïka a réussi ou a été vaincue, je réponds que la perestroïka a gagné, parce qu’elle a conduit le pays à un point à partir duquel il ne pouvait plus y avoir de retour vers le passé.

Dans l’Occident, l’éclatement de l’Union soviétique a été considéré comme une victoire qui prouvait que l’Ouest n’avait pas besoin de changer. Les dirigeants occidentaux furent convaincus être à la tête d’un bon système avec un modèle économique fonctionnant bien, presque parfait. Des universitaires estimaient que l’histoire avait pris fin. Le « Consensus de Washington », le dogme de la libéralisation des marchés, la déréglementation et l’équilibre budgétaire à tout prix, furent imposés au reste du monde.

Mais la crise économique de 2008 et 2009 est survenue, et il est depuis devenu clair que le nouveau modèle occidental était une illusion, qui profitait principalement aux très riches. Les statistiques indiquent que les pauvres et la classe moyenne n’ont que peu ou pas bénéficié de la croissance économique des dernières décennies.

La crise mondiale actuelle montre que les dirigeants des grandes puissances, en particulier les États-Unis, avaient ignoré les signaux qui appelaient à une perestroïka. Cela a eu pour résultat une crise qui n’est pas seulement économique et financière, mais aussi politique.

Le modèle qui a émergé au cours des dernières décennies du 20ème siècle s’est avéré non soutenable. Il est basé sur la recherche de super-profits et l’hyper-consommation de quelques-uns, sur l’exploitation effrénée des ressources et sur l’irresponsabilité sociale et environnementale.

Mais si toutes les solutions proposées et les action entreprises aujourd’hui se réduisent à un simple rhabillage de l’ancien système, nous allons assister à un autre bouleversement, peut être encore plus fort, dans le futur. Le modèle actuel n’a pas besoin d’être adapté mais d’être remplacé. Je n’ai pas de solution prête à l’emploi. Mais je suis convaincu qu’un nouveau modèle verra le jour, qui mettra l’accent sur les besoins de la population et les biens publics, sur un environnement plus propre, des infrastructures et des transports publics fonctionnant bien, une bonne éducation, un bon système de santé et des logements abordables.

Les éléments d’un tel modèle existent déjà dans certains pays. Après avoir rejeté les leçons du Fonds Monétaire International, des pays comme la Malaisie et le Brésil ont obtenu des taux de croissance économique impressionnants. La Chine et l’Inde ont sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté. En mobilisant les ressources de l’État, la France a construit un système de chemins de fer à grande vitesse, tandis que le Canada offre gratuitement des soins de santé. Parmi les nouvelles démocraties, la Slovénie et la Slovaquie ont été en mesure d’atténuer les conséquences sociales des réformes de marché.

Le temps est venu pour une « construction créative », pour trouver le juste équilibre entre le gouvernement et le marché, pour intégrer les facteurs sociaux et environnementaux et démilitariser l’économie.

Washington aura à jouer un rôle particulier dans cette nouvelle perestroïka, non seulement parce que les États-Unis exercent un grand pouvoir économique, politique et militaire dans le monde, mais aussi parce que l’Amérique a été le principal architecte, et l’élite américaine la principale bénéficiaire du modèle économique mondial actuel. Ce modèle est désormais en train de se fissurer et devra tôt ou tard être remplacé. Ce sera un processus complexe et douloureux pour tous, y compris les États-Unis.

Quelles que soient les différences entre les problèmes auxquels l’Union soviétique a été confrontée durant la perestroïka et les défis auxquels les États-Unis font face aujourd’hui, la nécessité d’une nouvelle façon de penser rend ces deux époques semblables. En notre temps, nous avions dû faire face à une mission principale consistant à mettre fin à la division du monde, à réduire la course aux armements nucléaires et à désamorcer les conflits. Nous parviendrons également à surmonter les nouveaux défis mondiaux, mais uniquement si chacun comprend la nécessité d’un véritable changement cardinal – d’une perestroïka.

Mikhail Gorbachev
7 juin 2009
Washington Post
Traduit par ContreInfo

Lire aussi l’analyse : Echo du passé recommencé

Il est assez curieux que Gorbatchev continue à appuyer sur la perestroïka, après cet hommage profond mais rapide à la glasnost. La première nommée (mais la seconde dans l’ordre chronologique) échoua tandis que la seconde, première dans l’ordre du temps, réussit. Ainsi Gorbatchev peut-il écrire: «Néanmoins, lorsque l’on m’interroge pour savoir si la perestroïka a réussi ou a été vaincue, je réponds que la perestroïka a gagné, parce qu’elle a conduit le pays à un point à partir duquel il ne pouvait plus y avoir de retour vers le passé.» On comprend l’idée, certes, mais la description nous semble fautive ; la perestroïka (la réforme économique) échoua mais cela importait peu parce qu’on était allé trop loin pour revenir en arrière, et l’on était allé trop loin à cause de la glasnost. La clef fut bien la glasnost.

[…]

Quoi qu’il en soit des réserves qu’on peut exprimer sur l’analyse qu’il fait de sa propre action, Gorbatchev reste un observateur privilégié, un de nos meilleurs éclaireurs de la réalité de notre crise. C’est aussi une rareté puisque ce « perdant » sur toute la ligne parvient à imposer silence à nos services de surveillance intellectuelle, et à disséminer ses quatre vérités. Gorbatchev est un fascinant personnage « maistrien », une de ces personnalités assez rares capables de sentir plus ou moins distinctement l’importance des événements puisqu’il affirme implicitement toute sa propre importance au nom d’un échec conceptuel également affirmé et d’une déroute politique constante, entre 1985 et 1991. A ce compte et en laissant de côté le débat sur les mots mentionné plus haut, Gorbatchev nous dit in fine : « Effectivement, j’ai gagné parce que j’ai perdu » (puisque le vrai but, nous le savons maintenant de source sûre, était de liquider ce que je voulais sauver). Cette sorte d’humilité paradoxale est éminemment « maistrienne », dans le sens où elle reconnaît la puissance des événements et tire toute sa gloire de s’être soumis à eux. Gorbatchev n’a pas le sens de la compétition ni le sens de l’expansion à tout prix, au sens libéral et libre-échangiste qui nous caractérise; il n’a que le sens de l’Histoire.

Dedefensa

Analyse du discours de Obama


Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama, et le paradigme du choc des civilisations, qui constitue la trame de son discours, cet article fait l’analyse politique de son contenu.

La traduction de référence du discours de Barack Obama fut réalisée selon la transcription publiée par America.gov.

Plan du discours de Barack Obama :

Introduction
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
4. La démocratie
5. La liberté de religion
6. Les droits des femmes
7. Le développement et les opportunités économiques
Conclusion

Analyse statistique du discours de Barack Obama :

Introduction

L’introduction est particulièrement longue, la première quantitativement (26,82%), et elle contient le plus grand nombre d’occurrences liées à la religion (35,20%).
Barack Obama parle abondamment des «musulmans» (38,30%) et de l’«islam» (65,22%) en termes positifs car il souhaite réduire la «tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier». Il va plus loin en disant que «les tensions ont été nourries par le colonialisme» et par la «guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés».

Ce discours tourne incontestablement la page de l’idéologie qui soutendait la politique étrangère américaine depuis vingt ans (depuis le mandat de George H. W. Bush) et surtout pendant les huit années du mandat de George W. Bush.

Mais Barack Obama a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter ce que ce changement de doctrine modifiera concrètement. Il entend poursuivre la politique antérieure en Afghanistan et en Irak et il n’avance aucune proposition nouvelle sur la question de la Palestine.

Reconnaître l’erreur tragique du «combat du Bien contre le Mal», en proposant «le respect mutuel» entre «l’Amérique et l’islam», ne suffit pas pour inaugurer une nouvelle politique. Barack Obama, restant acquis au choc des civilisations, propose une paix absurde… aux musulmans parce que les États-Unis n’ont plus les moyens de poursuivre la guerre absurde contre l’islam.

Barack Obama, président de l’Empire en déclin, a réduit les ambitions géopolitiques des États-Unis à son pré-carré au Moyen-Orient et en Afghanistan. Il faut lire aussi son discours en creux en pointant ce qu’il omet de dire pas ou ce qu’il dissimule.

1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes

Ce chapitre, le troisième quantitativement (15,36%), n’apporte rien de nouveau sur les objectifs de contrôle militaire et politique de l’Afghanistan et de l’Irak.

Barack Obama évite de prononcer le mot «terrorisme», qui fut le prétexte de la guerre contre l’Afghanistan, mais parle de manière alambiquée «de l’extrémisme violent sous toutes ses formes» en commençant par un mensonge : «l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam». C’est pourtant bien une croisade que George W. Bush a lancé en 2001.

Sur l’Afghanistan, Barack Obama reprend à son compte l’argumentaire de George W. Bush pour justifier la guerre : «les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans». Pire encore, il est prêt à étendre la guerre au Pakistan, qui abrite des «éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains». Mais il ne rappelle pas que les groupes mercenaires se revendiquant de l’islam furent armés, instruits et payés par les États-Unis pour chasser l’armée soviétique de l’Afghanistan [1].

Sur l’Irak, Barack Obama paraît en retrait des objectifs de George W. Bush, mais il assume le choix de son prédécesseur en prétendant que le peuple irakien est «libéré de la tyrannie de Saddam Hussein». Une libération imposée par la destruction des infrastructures économiques, par le bombardement de la population, par l’occupation militaire et la mise en place d’un gouvernement dominé par les religieux chiites et sunnites. Belle exemple de l’imposition de la démocratie par les armes !

Sur Guantánamo, Barack Obama justifie l’usage d’une prison de non-droit au nom de «la peur et la colère [… ] provoquées» par «les événements du 11 Septembre». Argument dérisoire car les attentats du 11 septembre 2001 furent la conséquences de l’instrumentalisation des groupes islamistes en Afghanistan, au Pakistan, au Moyen-Orient et au Maghreb.

2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe

Cet chapitre, le deuxième quantitativement (17%), n’apporte rien de nouveau sur l’absence de réel engagement des États-Unis pour une solution qui reconnaisse les droits des peuples israélien et palestinien.

Sur Israël, Barack Obama a réaffirmé les «liens solides qui unissent l’Amérique à Israël». Les gouvernements des États-Unis et d’Europe justifient tous les crimes des gouvernements d’Israël pour se faire pardonner d’avoir abandonné les Juifs entre 1933 et 1947.

Il n’a pas évoqué le fait que les gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la Palestine depuis 1948. Il n’a pas dit que l’occupation coloniale depuis 1967 était une la violation du droit international. Il n’a rien dit des crimes de guerre commis contre la population palestinienne à Gaza.

Sur la Palestine, Barack Obama a dénié le droit à la résistance du peuple palestinien. Il n’a pas dit un mot sur la violence de l’occupation, dénoncée par de nombreux Israéliens, mais a condamné celle de la résistance. C’est toujours le deux poids, deux mesures.

Il a réitéré le vœu pieux de la création d’un État palestinien. Vœu pieux quand on sait que les gouvernements israéliens ont toujours refusé cette solution en faisant à chaque fois monté les enchères :

Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
Yahoo! Actualités [2]

Vœu pieux quand on sait que les gouvernements américains n’ont jamais usé de leur influence pour faire respecter le plan de partage voté par l’ONU en 1947.

L’analyse statistique révèle l’importance du facteur religieux – troisième en importance (16%) après l’introduction (35,20%) et le chapitre sur la religion (18,40%) – dans l’approche d’Obama de la question israélo-palestinienne. Elle reflète les obsessions religieuses du gouvernement israélien (application de la halakha – code de jurisprudence juive, notamment les lois sur le mariage et le divorce – à tous les Israéliens et reconnaissance du «caractère juif de l’État d’Israël») et celles du Hamas (application de la charia – code de jurisprudence musulmane – à tous les Palestiniens).

3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires

Ce chapitre très court (5,46%) est néanmoins le plus important car il précise le tournant politique des États-Unis au Moyen-Orient, tournant qui impliquent surtout l’Iran et Israël.

C’est en des termes alambiqués que Barack Obama a parlé de l’Iran. En quelques mots, il a effacé trente années de conflits avec la république islamique instituée par l’ayatollah Khomeini. Il a avoué, en passant, que «les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu» [3].

À propos du «Traité de non-prolifération nucléaire», il a souhaité «que tous les pays de la région pourront partager cet objectif». Ce qui implique directement Israël, qui n’a jamais annoncé publiquement posséder l’arme nucléaire et qui n’a pas signé le traité.

Obama ne dit rien sur les autres pays, ceux qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (Inde, Israël et Pakistan) et celui qui s’est retiré (Corée du Nord en janvier 2003).

On voit bien que l’essentiel du discours de Barack Obama concerne le Moyen-Orient et, plus précisément, l’Iran et Israël. Le lien entre la question israélo-palestinienne avec la question nucléaire iranienne a été analysé par Philippe Grasset :

La question de la divergence des « intérêts stratégiques » entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la « menace existentielle » contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (« menace existentielle ») que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
Dedefensa

4. La démocratie

Ce chapitre court (6,43%) n’apporte rien de nouveau sinon cette phrase «aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre», qui annule la légitimité de la guerre de libération contre l’Irak.

Barack Obama ne dit rien sur les régimes des pays du Moyen-Orient, notamment de l’absence de démocratie des pays soutenus par les États-Unis : Arabie saoudite (monarchie absolue), Bahreïn (monarchie pétrolière), Égypte (Mohammed Hosni Moubarak réélu par référendum depuis 1981), Émirats arabes unis (sept émirs non élus dirigent le Conseil suprême), Jordanie (monarchie constitutionnelle qui légalisa les partis politiques en 1992), Koweït (monarchie pétrolière), Oman (monarchie pétrolière), Qatar (monarchie pétrolière).

5. La liberté de religion

Ce chapitre court (6,22%) apporte une idée nouvelle par rapport à la longue introduction consacrée à la religion en générale et à l’islam en particulier : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques.».

Cet appel, venant du président des États-Unis et non d’une autorité religieuse, paraît totalement décalé. Seule la dernière partie est de nature politique : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak».

Barack Obama supporte l’absence de démocratie au Moyen-Orient, mais ne supporte pas les divisions religieuses qui ont compliqué l’occupation de l’Irak.

6. Les droits des femmes

Ce chapitre, le plus court (4,22%), fait partie de la novlangue du politiquement correct.

Barack Obama innove pourtant en rappelant ce que la gauche française semble ignorer à savoir que «En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.»

Quant à la question du voile, qui obséde les médias franco-français, Obama a remis les pendules à l’heure par deux fois :

«il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.»

«Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité.»

7. Le développement et les opportunités économiques

Ce chapitre, le quatrième quantitativement (9,75%), fait partie de la novlangue du économiquement correct sur le thème de la mondialisation.

Barack Obama innove pourtant en associant la religion à l’économie. L’occurrence «musulman» est la seconde en importance (21,28%). Il conclue d’ailleurs ce chapitre par cette phrase ahurissante : «Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.»

Conclusion

La conclusion est plus dense (8,73%) que les chapitres sur l’Iran (5,46%), la démocratie (6,43%), la religion (6,22%) et les femmes (4,22%). Elle vient en quatrième position pour le nombre d’occurrences liées à la religion (10,40%).

Barack Obama conclue logiquement son discours par des citations du Coran («Saint Coran»), du Talmud et de la Bible et par une salutation œcuménique «Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.».

Tous ces trémolos sur le thème « aimons-nous les uns les autres », utilisé par Marie-Ségolène Royal pendant sa campagne à l’élection présidentielle de 2007, masquent l’absence de moyens pour changer l’ordre du monde.

L’Empire n’a plus les moyens de sa politique :

Pour un ensemble tel que le Pentagone, totalement improductif, constamment en état de dépassement de ses prévisions, vivant dans le gaspillage et l’absence complète de maîtrise de ses dépenses budgétaires, bref dans un état d’absence complète de contrôle de soi-même, passer de $634 milliards (chiffre nominal, en réalité destiné à être dépassé si l’on s’en tient aux habitudes établies depuis 2001, où les dépenses de fonctionnement et les dépenses opérationnelles sont mélangées sans contrôle) à $440 milliards en quatre ans signifie des contraintes extraordinaires sur les acquisitions et les processus bureaucratiques. Une telle programmation ne peut être obtenue par de simples mesures de rationalisation et de rentabilisation, de simples décisions de freinage d’équipements voire même d’abandons de programmes, etc. Si une telle programmation doit être tenue, elle supposera inéluctablement des réductions très importantes dans d’autres domaines, essentiellement dans les domaines de l’activité opérationnelle du Pentagone. Cela pose donc la question de savoir si les USA pourront continuer la politique d’engagement outre-mer de leur puissance militaire, qui pèse d’un fardeau considérable sur le budget; certes, poser la question dans les conditions où on le fait, c’est y répondre, et négativement cela va de soi.
Dedefensa

En réduisant les ambitions des États-Unis au Moyen-Orient, Barack Obama a amorcé un tournant politique. Aura-t-il le temps, le soutien du Congrès et surtout celui des Américains (la campagne pour l’élection de 2012 a déjà commencé) ou sera-t-il emporté par la poursuite de la guerre en Afghanistan, par le retrait de l’Irak, par l’inflexibilité des gouvernements israéliens ou iraniens ?

Serge LEFORT
10/06/2009


[1] Sélection bibliographique :
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L’Express, 2001.
[2] Revue de presse :
Au lendemain de son discours historique du Caire, le président américain Barack Obama a appelé vendredi la communauté internationale à redoubler d’efforts en faveur de la création d’un État palestinien au côté d’Israël. « Le moment est maintenant » venu « pour nous d’agir », a-t-il dit à l’issue d’un entretien en privé à Dresde avec Angela Merkel.
[…]
Barack Obama a observé que les États-Unis ne pouvaient pas contraindre les parties au Proche-Orient à la paix.
[…]
Barack Obama a annoncé que l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell allait retourner dans la région la semaine prochaine, dans le sillage de son discours du Caire, au cours duquel il a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à progresser sur le chemin de la paix.
Yahoo! Actualités
Au premier jour de sa nouvelle mission dans la région, le représentant spécial américain au Moyen-Orient, George Mitchell, a redit le souhait du président Barack Obama de voir la colonisation juive cesser et Israël accepter l’idée d’un État palestinien indépendant.
[…]
George Mitchell doit rencontrer dans la journée Benjamin Netanyahu, auquel le président Barack Obama a réitéré la veille au téléphone certains éléments du discours qu’il a prononcé jeudi au Caire sur le gel des colonies et l’avènement d’un État palestinien, ainsi que « son engagement à garantir la sécurité d’Israël ».
Yahoo! Actualités
Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
[…]
Barack Obama presse Israël d’arrêter les constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et relancer les pourparlers de paix en soutenant la création d’un État palestinien, ce que Benyamin Nétanyahou s’est abstenu jusqu’ici de faire.
[…]
Ces jours-ci, les éditorialistes israéliens annoncent que Nétanyahou va droit au clash avec Washington, citant des conseillers anonymes du Premier ministre qui disent penser que Barack Obama veut la tête de leur patron.
Yahoo! Actualités
George Mitchell a précisé que Washington était en quête d' »une paix régionale globale qui n’implique pas seulement Israël et les Palestiniens, mais aussi les Syriens, les Libanais et tous les pays environnants [Iran] ».
Yahoo! Actualités
[3] Lire l’analyse de Philippe Grasset : Obama et la chute de Mossadegh en 1953, Dedefensa.

Discours de Barack Obama au Caire


   

NON NON NON, Barack Obama ne s’est adressé ni au monde musulman ni au monde arabo-musulman comme le traduit Public Sénat, mais aux musulmans du monde entier. La nuance est importante.

Je vous remercie. Bonjour à tous. C’est pour moi un honneur de me trouver dans cette ville intemporelle qu’est le Caire et d’être reçu par deux institutions remarquables. Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d’un siècle, l’université du Caire est une source de progrès pour l’Égypte. Ensemble, vous représentez l’harmonie entre la tradition et le progrès. Je vous suis reconnaissant de votre hospitalité et de celle du peuple égyptien. Je suis fier aussi de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : « Salamm aleïkoum ». (Applaudissements)

Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier – tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l’islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations. En outre, les mutations de grande envergure qui sont nées de la modernité et de la mondialisation ont poussé beaucoup de musulmans à voir dans l’Occident un élément hostile aux traditions de l’islam.

Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d’une minorité de musulmans, qui pour être réduite n’en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l’islam inévitablement hostile non seulement à l’Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l’homme. La peur et la méfiance se sont ainsi accentuées.

Tant que notre relation restera définie par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine et non la paix et qui encouragent le conflit au lieu de la coopération qui peut aider nos deux peuples à connaître la justice et la prospérité. C’est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.

Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

Ce faisant, je reconnais que le changement ne se produira pas du jour au lendemain. Il y a eu beaucoup de publicité à propos de mon discours, mais aucun discours ne peut éradiquer des années de méfiance, et dans l’espace de cet après-midi, je n’ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant. Mais je suis convaincu que pour aller de l’avant, nous devons dire ouvertement entre nous ce que nous recelons dans notre cœur et que trop souvent nous n’exprimons qu’à huis clos. Nous devons consentir un effort soutenu afin de nous mettre à l’écoute et d’apprendre les uns des autres ; de nous respecter mutuellement et de rechercher un terrain d’entente. Comme le dit le Saint Coran, « Crains Dieu et dis toujours la vérité ». (Applaudissements) C’est ce que je vais essayer de faire aujourd’hui – de dire la vérité de mon mieux, rendu humble par la tâche qui nous attend et ferme dans ma conviction que les intérêts que nous partageons parce que nous sommes des êtres humains sont beaucoup plus puissants que les forces qui nous séparent.

Cette conviction s’enracine en partie dans mon vécu. Je suis chrétien, mais mon père était issu d’une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie où j’ai entendu l’appel à la prière (azan) à l’aube et au crépuscule. Jeune homme, j’ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j’ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.

Féru d’histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l’islam. C’est l’islam – dans des lieux tels qu’Al-Azhar -, qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au Siècle des Lumières en Europe. C’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes (Applaudissements) – c’est de l’innovation au sein des communautés musulmanes que nous viennent l’algèbre, le compas et les outils de navigation, notre maîtrise de l’écriture et de l’imprimerie, notre compréhension des mécanismes de propagation des maladies et des moyens de les guérir. La culture islamique nous a donné la majesté des arcs et l’élan des flèches de pierre vers le ciel, l’immortalité de la poésie et l’inspiration de la musique, l’élégance de la calligraphie et la sérénité des lieux de contemplation. Et tout au long de l’histoire, l’islam a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l’égalité raciale. (Applaudissements)

Je sais aussi que l’islam a de tout temps fait partie de l’histoire de l’Amérique. C’est le Maroc qui fut le premier pays à reconnaître mon pays. En signant le traité de Tripoli en 1796, notre deuxième président, John Adams, nota ceci : « Les États-Unis n’ont aucun caractère hostile aux lois, à la religion ou la tranquillité des musulmans. »

Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les États-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servi le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique. Et, récemment, le premier Américain musulman qui a été élu au Congrès a fait le serment de défendre notre Constitution sur le Coran que l’un de nos Pères fondateurs, Thomas Jefferson, conservait dans sa bibliothèque personnelle. (Applaudissements)

J’ai donc connu l’islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé pour la première fois. Cette expérience guide ma conviction que le partenariat entre l’Amérique et l’islam doit se fonder sur ce qu’est l’islam, et non sur ce qu’il n’est pas, et j’estime qu’il est de mon devoir de président des États-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l’islam où qu’ils se manifestent. (Applaudissements)

Or ce même principe doit s’appliquer à la façon dont l’Amérique est perçue par les musulmans. Tout comme les musulmans ne se résument pas à un stéréotype grossier, l’Amérique n’est pas le stéréotype grossier d’un empire qui n’a d’autre intérêt que le sien. Les États-Unis représentent l’une des plus grandes sources de progrès que le monde ait connues. Nous sommes nés d’une révolution contre un empire ; nous sommes fondés sur l’idéal de l’égalité de tous et nous avons versé de notre sang et combattu pendant des siècles pour donner un sens à ces mots – sur notre territoire et à travers le monde. Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum : « De plusieurs peuples, un seul ».

Eh bien, qu’un Américain d’origine africaine et ayant pour nom Barack Hussein Obama ait pu être élu président a fait couler beaucoup d’encre. (Applaudissements)

Mais mon parcours n’est pas unique. Le rêve des chances de réussir ne s’est pas concrétisé pour tous en Amérique, mais cette promesse demeure pour tous ceux qui débarquent sur nos rivages – y compris les près de sept millions de musulmans américains qui vivent aujourd’hui dans notre pays et dont le revenu et le niveau d’éducation, disons-le, sont supérieurs à la moyenne. (Applaudissements)

En outre, la liberté en Amérique est indissociable de celle de pratiquer sa religion. C’est pour cette raison que chaque État de notre union compte au moins une mosquée et qu’on en dénombre plus de mille deux cents sur notre territoire. C’est pour cette raison que le gouvernement des États-Unis a recours aux tribunaux pour protéger le droit des femmes et des filles à porter le hijab et pour punir ceux qui leur contesteraient ce droit. (Applaudissements)

Le doute n’est pas permis : l’islam fait bel et bien partie de l’Amérique. Et je suis convaincu que l’Amérique contient en elle la proposition vraie qu’indépendamment de notre race, de notre religion ou de notre condition sociale nous aspirons tous à la même chose – vivre dans la paix et la sécurité ; faire des études et travailler dans la dignité ; aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu. C’est cela que nous avons en commun. C’est l’espoir de l’humanité tout entière.

Certes, notre tâche commence seulement quand nous avons pris conscience de notre humanité commune. Ce n’est pas par des paroles que nous pouvons répondre aux besoins de nos peuples. Nous ne pourrons les satisfaire qu’à condition d’agir avec audace dans les années à venir et de comprendre que nous nous heurtons à des défis communs et qu’en nous abstenant d’y faire face c’est à nous tous que nous faisons tort.

Car nous en avons fait récemment l’expérience : quand le système financier d’un pays particulier s’affaiblit, la prospérité est mise à mal partout. Quand une nouvelle grippe infecte un seul être humain, nous courons tous un risque. Quand un pays particulier tente de se doter d’une arme nucléaire, le risque d’attaque nucléaire augmente dans toutes les nations. Quand des extrémistes violents sévissent dans une certaine région de montagnes, les populations situées par-delà l’océan sont mises en danger. Et quand des innocents en Bosnie et au Darfour sont massacrés, c’est notre conscience collective qui est souillée. (Applaudissements)

Vivre ensemble dans le monde, voilà ce que cela signifie au vingt et unième siècle. C’est la responsabilité que nous avons les uns envers les autres en tant qu’êtres humains.

C’est une responsabilité difficile à assumer. Car l’histoire de l’humanité est trop souvent le récit de nations et de tribus – et admettons-le, de religions – qui s’asservissent en visant leur propre intérêt. Mais dans cette ère nouvelle, une telle attitude est autodestructrice. Au vu de notre interdépendance, tout ordre mondial qui élève un pays ou un groupe d’individus au détriment d’un autre est inévitablement voué à l’échec. Quelle que soit notre opinion du passé, nous ne devons pas en être prisonniers. Nous devons régler nos problèmes par le biais du partenariat et partager nos progrès. (Applaudissements)

Il ne faut pas en conclure que nous devrions faire sembler d’ignorer les sources de tension. C’est l’inverse qui nous est suggéré : nous devons affronter carrément ces tensions. Dans cet esprit, permettez-moi de m’exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble.

La première est celle de l’extrémisme violent sous toutes ses formes.

À Ankara, j’ai fait clairement savoir que l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam. (Applaudissements)

En revanche, nous affronterons inlassablement les extrémistes violents qui font peser une menace grave sur notre sécurité. Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants innocents. Et il m’incombe d’abord, en tant que président, de protéger le peuple américain.

La situation qui prévaut en Afghanistan illustre les objectifs de l’Amérique et la nécessité de collaborer tous ensemble. Voilà maintenant plus de sept ans, forts d’un large appui de la communauté internationale, les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans. Nous avons agi de la sorte non par choix, mais par nécessité. Je suis conscient que d’aucuns mettent encore en question ou même justifient les événements du 11 Septembre. Mais soyons clairs : Al-Qaïda a tué près de trois mille personnes ce jour-là. Ses victimes étaient des hommes, des femmes et des enfants innocents, venus d’Amérique et de beaucoup d’autres pays, et qui n’avaient rien fait à personne. Mais al-Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd’hui encore sa détermination à commettre d’autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d’élargir son rayon d’action. Il ne s’agit pas là d’opinions à débattre – ce sont des faits à combattre.

Eh bien, ne vous y trompez pas : nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne cherchons pas – nous ne cherchons pas à y établir des bases militaires. Il nous est douloureux pour l’Amérique de perdre ses jeunes gens et ses jeunes femmes. La poursuite de ce conflit s’avère coûteuse et politiquement difficile. Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu’au dernier, si nous avions l’assurance que l’Afghanistan et maintenant le Pakistan n’abritaient pas d’éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains. Mais ce n’est pas encore le cas.

C’est pourquoi nous œuvrons en partenariat avec une coalition de 46 pays. Malgré les couts en cause, la volonté de l’Amérique ne va pas fléchir. Assurément, aucun d’entre nous ne doit tolérer ces éléments extrémistes. Ils ont fait des morts dans beaucoup de pays. Ils ont tué des gens de toutes religions – et surtout des musulmans. Leurs actions sont irréconciliables avec les droits de l’homme, le progrès des nations et l’islam. Le Saint Coran nous enseigne que quiconque tue un innocent tue l’humanité tout entière, (Applaudissements) et que quiconque sauve quelqu’un, sauve l’humanité tout entière. (Applaudissements) La foi enracinée de plus d’un milliard d’habitants de la planète est tellement plus vaste que la haine étroite de quelques-uns. Quand il s’agit de combattre l’extrémisme violent, l’islam ne fait pas partie du problème – il constitue une partie importante de la marche vers la paix.

Nous savons en outre que la puissance militaire ne va pas à elle seule résoudre les problèmes qui se posent en Afghanistan et au Pakistan. C’est pour cette raison que nous comptons investir 1,5 milliard de dollars par an, au cours des cinq prochaines années, dans la construction d’écoles et d’hôpitaux, de routes et d’entreprises, en partenariat avec les Pakistanais, ainsi que des centaines de millions de dollars pour venir en aide aux personnes déplacées. C’est pour cette raison encore que nous fournissons plus de 2,8 milliards de dollars aux Afghans afin de les aider à développer leur économie et à prodiguer les services dont la population a besoin.

Je voudrais aussi aborder le dossier de l’Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d’un choix, lequel a provoqué des différences marquées dans mon pays et à travers le monde. Tout en étant convaincu que le peuple irakien a gagné au bout du compte à être libéré de la tyrannie de Saddam Hussein, je crois aussi que les événements en Irak ont rappelé à l’Amérique la nécessité de recourir à la diplomatie et de construire un consensus international pour résoudre ses problèmes à chaque fois que c’est possible. (Applaudissements) De fait, nous avons en mémoire les propos de Thomas Jefferson, qui disait ceci : « J’espère que notre sagesse grandira avec notre puissance et qu’elle nous enseignera que moins nous utiliserons cette dernière, plus elle fera de l’effet. »

Aujourd’hui, l’Amérique possède une double responsabilité : aider l’Irak à se forger un avenir meilleur et laisser l’Irak aux Irakiens. J’ai fait clairement savoir au peuple irakien (Applaudissements) que nous ne cherchons nullement à établir des bases en Irak ni à revendiquer son territoire ou ses ressources. La souveraineté de l’Irak appartient à l’Irak. C’est pour cette raison que j’ai ordonné le retrait de nos brigades de combat d’ici au mois d’août de l’année prochaine. C’est pour cette raison que nous allons honorer l’accord que nous avons conclu avec le gouvernement irakien, élu démocratiquement, concernant le retrait de nos troupes de combat des villes irakiennes d’ici au mois de juillet et de toutes nos troupes du territoire irakien d’ici à 2012. (Applaudissements) Nous aiderons l’Irak à former ses forces de sécurité et à développer son économie. Mais c’est en tant que partenaires, et jamais en tant que protecteurs, que nous apporterons notre appui à un Irak sécurisé et uni.

Enfin, tout comme l’Amérique ne tolérera jamais la violence des extrémistes, elle ne doit jamais altérer ni oublier ses principes. Les événements du 11 Septembre ont infligé un traumatisme considérable à notre pays. La peur et la colère qu’ils ont provoquées sont compréhensibles, mais dans certains cas ces sentiments nous ont conduits à agir de manière contraire à nos traditions et à nos idéaux. Nous prenons maintenant des mesures concrètes pour rectifier cette situation. J’ai interdit sans équivoque l’usage de la torture par les États-Unis et j’ai ordonné la fermeture de la prison à Guantanamo Bay d’ici au début de l’année prochaine. (Applaudissements)

L’Amérique va donc se défendre, dans le respect de la souveraineté des nations et de la primauté du droit. Et nous agirons en ce sens en partenariat avec les communautés musulmanes qui sont elles aussi menacées. Plus vite les extrémistes seront isolés et malvenus dans les communautés musulmanes, plus vite nous connaîtrons tous une sécurité accrue.

La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe.

Les liens solides qui unissent l’Amérique à Israël sont bien connus. Cette relation est immuable. Elle se fonde sur des liens culturels et historiques et sur la reconnaissance du fait que l’aspiration à un territoire juif est ancré dans un passé tragique indéniable.

À travers le monde, le peuple juif a été persécuté pendant des siècles et l’antisémitisme en Europe a atteint son paroxysme avec un holocauste sans précédent. Demain, je me rendrai à Buchenwald, qui faisait partie d’un réseau de camps où des Juifs étaient réduits à l’esclavage, torturés, abattus et envoyés aux chambres à gaz par le Troisième Reich. Six millions de Juifs ont été tués – soit un nombre supérieur à celui de toute la population juive d’Israël aujourd’hui. Il est injustifié, ignorant et odieux de nier ce fait. Il est profondément injuste de menacer Israël de destruction, ou répéter de vils stéréotypes sur les Juifs et cela ne sert qu’à évoquer dans l’esprit des Israéliens cette page la plus douloureuse de leur passé et à empêcher de prendre racine la paix à laquelle ont droit les habitants de cette région.

Ceci dit, il est également indéniable que le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d’un territoire. Depuis plus de soixante ans, il connaît la douleur de la dislocation. Beaucoup attendent dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza et dans des terres voisines de connaître une vie de paix et de sécurité à laquelle ils n’ont jamais eu le droit de goûter. Ils subissent au quotidien les humiliations – grandes et petites – qui accompagnent l’occupation. Il n’est pas permis d’en douter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L’Amérique ne tournera pas le dos à l’aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un État à lui. (Applaudissements)

Depuis des dizaines d’années, une impasse persiste : deux peuples aux aspirations légitimes, chacun marqué par un passé douloureux qui rend un compromis insaisissable. Il est aisé de pointer un doigt accusateur : les Palestiniens peuvent attirer l’attention sur la dislocation consécutive à la fondation d’Israël, et les Israéliens peuvent dénoncer l’hostilité et les attaques dont le pays a de tout temps fait l’objet à l’intérieur même de ses frontières et par-delà. Mais si nous examinons ce conflit à travers le prisme de l’une ou de l’autre partie, nos œillères nous cacheront la vérité : la seule résolution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. C’est dans l’intérêt d’Israël, dans l’intérêt de la Palestine, dans l’intérêt de l’Amérique, dans l’intérêt du monde. C’est pourquoi je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu’exige cette tâche. (Applaudissements) Les obligations qu’ont acceptées les parties en vertu de la Feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties – et que nous tous -se montrent à la hauteur de leurs responsabilités.

Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n’aboutira pas. Les Noirs en Amérique ont souffert du fouet quand ils étaient esclaves et de l’humiliation de la ségrégation. Mais ce ne fut pas la violence qui leur a finalement permis d’obtenir l’égalité des droits dans son intégrité. Ce fut la persévérance ferme et pacifique pour les idéaux au cœur même de la création de l’Amérique. Cette même histoire peut être racontée par des peuples de l’Afrique du sud à l’Asie du sud ; de l’Europe de l’est à l’Indonésie. C’est une histoire avec une simple vérité : la violence ne mène nulle part. Lancer des roquettes contre des enfants israéliens endormis ou tuer des vieilles femmes dans un autobus, n’est pas un signe de courage ni de force. Ce n’est pas de cette manière que l’on revendique l’autorité morale ; c’est ainsi qu’on l’abdique.

Le moment est maintenant venu pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu’ils peuvent bâtir. L’Autorité palestinienne doit développer ses capacités de gouverner avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Hamas jouit du soutien de certains Palestiniens, mais il doit aussi reconnaitre ses responsabilités. Il doit jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien. Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l’existence d’Israël.

En même temps, Israël doit reconnaître que tout comme le droit à l’existence d’Israël ne peut être nié, il en est de même pour la Palestine. Les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. (Applaudissements) Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent. (Applaudissements)

Israël doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société. Tout comme elle ravage les familles palestiniennes, la continuation de la crise humanitaire à Gaza ne sert pas à promouvoir la sécurité d’Israël, l’absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie non plus. Des améliorations dans la vie de tous les jours du peuple palestinien doivent constituer une partie cruciale de la feuille de route pour la paix.

Enfin, les États arabes doivent reconnaître que l’initiative arabe de paix a été un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. Le conflit israélo-arabe ne devrait plus être utilisé pour distraire les populations des États arabes des autres problèmes. Il doit au contraire servir de raison pour aider les populations palestiniennes à développer les institutions qui permettront d’asseoir leur État ; à reconnaître la légitimité d’Israël ; et à opter pour le progrès au lieu de se polariser de manière autodestructive sur le passé.

L’Amérique alignera ses politiques avec ceux qui veulent la paix. Nous dirons en public ce que nous dirons en privé aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes. (Applaudissements) Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais en privé, de nombreux musulmans reconnaissent qu’Israël ne disparaitra pas ; de même, de nombreux Israéliens reconnaissent la nécessité d’un État palestinien. Le moment est venu de prendre une initiative, sur ce que tous savent être vrai.

Trop de larmes ont coulé. Trop de sang a été versé. Nous avons tous la responsabilité d’œuvrer pour le jour où les mères d’Israéliens et de Palestiniens pourront voir leurs enfants grandir sans peur ; où la terre sainte de trois grandes religions sera ce lieu de paix que Dieu avait voulu ; où Jérusalem sera un lieu de résidence sur et permanent pour les Juifs, les Chrétiens et les musulmans et un lieu où tous les enfants d’Abraham pourront se côtoyer dans la paix comme dans l’histoire d’Israh, (Applaudissements), – comme dans l’histoire d’Israh, de Moïse, de Jésus et de Mohammed (que la paix soit avec eux) unis dans la prière. (Applaudissements)

La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l’égard des droits et des responsabilités des États concernant les armes nucléaires.

Cette question a constitué une source de tension entre les États-Unis et la République islamique d’Iran. Pendant de nombreuses années, l’Iran s’est défini en partie par son opposition à mon pays et il existe en effet un passé tumultueux entre nos deux pays. En pleine Guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu. Depuis la révolution islamique, l’Iran a joué un rôle dans la prise d’otages et dans des actes de violence à l’encontre des troupes et des civils américains. Cette histoire est bien connue. Plutôt que de rester emprisonné par le passé, j’ai dit clairement au peuple et aux dirigeants iraniens que mon pays est prêt à aller de l’avant. La question qui se pose maintenant n’est pas de savoir à quoi l’Iran s’oppose, mais plutôt quel est l’avenir qu’il souhaite bâtir.

Je comprends qu’il sera difficile de surmonter des décennies de méfiance, mais nous allons procéder avec courage, rectitude et fermeté. Il y aura de nombreux problèmes à examiner entre nos deux pays et nous sommes disposés à aller de l’avant sans conditions préalables, sur la base d’un respect mutuel. Mais il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n’est pas simplement dans l’intérêt des États-Unis, c’est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d’entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse .

Je comprends ceux qui protestent contre le fait que certains pays possèdent des armes que d’autres ne possèdent pas. Aucun État ne devrait décider et choisir qui sont les pays à avoir des armes nucléaires. C’est pourquoi je réaffirme fermement l’engagement de l’Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d’armes nucléaires. (Applaudissements) Et chaque pays, y compris l’Iran, devrait avoir le droit d’avoir accès à l’énergie nucléaire pacifique s’il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J’espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif.

Le quatrième point je vais aborder est la démocratie. (Applaudissements)

Je sais – je sais qu’il y a eu une polémique, au cours des récentes années, au sujet de la promotion de la démocratie et qu’une grande partie de cette controverse est liée à la guerre en Irak. Par conséquent, permettez-moi de le dire clairement : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre.

Toutefois, cela ne diminue pas mon engagement à l’égard des gouvernements qui reflètent la volonté du peuple. Chaque nation donne naissance à ce principe de sa propre manière, en fonction des traditions de son propre peuple. L’Amérique ne prétend pas savoir ce qui est le mieux pour tout et chacun, tout comme nous ne voudrions pas prétendre décider des résultats d’une élection pacifique. Mais j’ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s’exprimer et d’avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance en l’État de droit et l’application équitable de la justice ; un gouvernement qui est transparent et qui ne vole pas ce qui appartient à son peuple ; la liberté de vivre selon leur choix. Il ne s’agit pas simplement d’idéaux américains, il s’agit des droits de l’homme et c’est pourquoi nous les encouragerons dans le monde entier. (Applaudissements)

C’est vrai, il n’y a pas de route directe pour honorer cette promesse. Mais une chose est claire, les gouvernements qui défendent ces droits sont à terme plus stables, meilleurs et plus en sécurité. La suppression des idées ne réussit jamais à les éliminer. L’Amérique respecte la liberté d’expression de tous ceux, dans le monde entier, qui sont pacifiques et respectueux de la loi, même si nous ne sommes pas d’accord avec eux. Nous accueillerons tous les gouvernements élus pacifiques – à condition qu’ils gouvernent en respectant toutes leurs populations.

Ce point est important car il y a ceux qui encouragent la démocratie uniquement lorsqu’ils ne sont pas au pouvoir ; et une fois au pouvoir ils sont sans scrupules dans la suppression des droits d’autrui. (Applaudissements) Quel que soit là où il prend forme, le gouvernement du peuple et par le peuple est le seul étalon par lequel on mesure tous ceux qui sont au pouvoir : il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition ; il faut respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis ; il faut mettre les intérêts du peuple et le déroulement légitime du processus politique avant ceux de son parti. Sans ces ingrédients, les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules.

Un membre du public : Barack Obama, on vous aime !
Le président Obama : Je vous remercie. (Applaudissements)

Le cinquième point que nous allons aborder ensemble est celui de la liberté de religion.

L’Islam a une tradition de tolérance dont il est fier. Nous le constatons dans l’histoire de l’Andalousie et de Cordoue pendant l’Inquisition. Je l’ai constaté de première main pendant mon enfance en Indonésie, où des Chrétiens dévots pratiquaient ouvertement leur religion dans un pays à prépondérance musulmane. C’est cet esprit qu’il nous faut aujourd’hui. Les habitants de tous les pays doivent être libres de choisir et de vivre leur religion d’après leur conviction d’esprit, de cœur et d’âme. Cette tolérance est essentielle pour que la religion puisse s’épanouir, or elle est assaillie de plusieurs façons différentes.

Parmi certains musulmans, on constate que certains ont malheureusement tendance à mesurer leur propre croyance à l’aune du rejet des croyances d’autrui. Il faut soutenir la richesse de la diversité religieuse, que ce soit pour les Maronites au Liban ou les Coptes en Égypte. (Applaudissements) Et pour être francs, il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak.

La liberté de religion joue un rôle crucial pour permettre aux gens de vivre en harmonie. Nous devons toujours examiner les façons dont nous la protégeons. Aux États-Unis, par exemple, les musulmans ont plus de mal à s’acquitter de l’obligation religieuse de la zakat étant donné les règles relatives aux dons de bienfaisance. C’est pour cette raison que je suis résolu à œuvrer avec les musulmans américains pour leur permettre de s’acquitter de la zakat.

De même, il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.

De fait, la foi devrait nous unir. C’est pour cette raison que nous sommes en train de créer de nouveaux programmes de service communautaire en Amérique qui réunissent des chrétiens, des musulmans et des juifs. C’est également pour cette raison que nous nous réjouissons des initiatives telles que le dialogue interreligieux du roi Abdallah d’Arabie Saoudite et le leadership de la Turquie dans l’Alliance des civilisations. À travers le monde, nous pouvons transformer le dialogue en un service interreligieux de sorte que les ponts entre les êtres humains mènent à des actions en faveur de notre humanité commune, que ce soit pour lutter contre le paludisme en Afrique ou pour fournir des secours après une catastrophe naturelle.

La sixième question – la sixième question dont je veux parler porte sur les droits des femmes.

(Applaudissements) Je sais – je sais, et vous pouvez le voir d’après ce public – que cette question suscite un sain débat. Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité. (Applaudissements) Et ce n’est pas une coïncidence si les pays dans lesquels les femmes reçoivent une bonne éducation connaissent bien plus probablement la prospérité.

Je tiens à préciser une chose : les questions relatives à l’égalité des femmes ne sont absolument pas un sujet qui concerne uniquement l’Islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.

Je suis convaincu que nos filles peuvent offrir une contribution à la société tout aussi importante que nos fils (Applaudissements)et que notre prospérité commune sera favorisée si nous utilisons les talents de toute l’humanité, hommes et femmes. Je ne crois pas que les femmes doivent faire les mêmes choix que les hommes pour assurer leur égalité, et je respecte celles qui choisissent de suivre un rôle traditionnel. Mais cela devrait être leur choix. C’est pour cela que les États-Unis œuvreront en partenariat avec tout pays à majorité musulmane pour améliorer l’alphabétisation des filles. Nous aiderons aussi les jeunes femmes à faire la transition de l’école au monde du travail par l’intermédiaire du microfinancement qui permet aux gens de réaliser leurs rêves. (Applaudissements)

Finalement, je veux parler de notre intérêt commun à favoriser le développement et les opportunités économiques.

Je sais que pour beaucoup, la mondialisation présente des aspects contradictoires. Internet et la télévision peuvent transmettre dans les foyers des connaissances et des informations, mais également une sexualité vulgaire et une violence gratuite. Le commerce peut s’accompagner de nouvelles richesses et opportunités, mais aussi de grands bouleversements et de changements au niveau communautaire. Dans tous les pays, y compris en Amérique, ce changement provoque la peur. La peur que la modernité signifie la perte du contrôle de nos choix économiques, de nos décisions politiques et, il s’agit d’un élément encore plus important, de notre identité, c’est-à-dire des choses qui nous attachent à notre communauté, notre famille et notre foi.

Mais je sais aussi qu’on ne peut pas empêcher le progrès humain. Le développement et la tradition ne sont pas nécessairement contradictoires. Des pays comme le Japon et la Corée du Sud ont connu une prodigieuse croissance économique tout en conservant leur culture distincte. Il en va de même pour les progrès remarquables au sein de pays à majorité musulmane, de Kuala Lumpur à Dubaï. Par le passé et de nos jours, les communautés musulmanes ont été à la pointe de l’innovation et de l’éducation.

Ceci est important car aucune stratégie de développement ne peut se fonder uniquement sur ce que produit la terre et elle ne peut être durable si les jeunes n’ont pas de travail. De nombreux pays du Golfe se sont énormément enrichis grâce au pétrole et certains commencent à concentrer leurs ressources sur le développement plus large. Mais nous devons tous garder à l’esprit que l’éducation et l’innovation seront la monnaie d’échange du 21e siècle. (Applaudissements) Dans trop de communautés musulmanes, le sous-investissement en ces domaines persiste. J’attire l’attention sur cette réalité dans mon propre pays. Et à la différence du passé pendant lequel l’Amérique se concentrait sur le pétrole et le gaz, s’agissant de cette partie du monde, nous chercherons désormais à agir dans des domaines plus variés.

Dans le domaine de l’éducation, nous allons élargir les programmes d’échange et augmenter les bourses, comme celle qui a permis à mon père de venir en Amérique, (Applaudissements) tout en encourageant davantage d’Américains à étudier dans des communautés musulmanes. Nous offrirons à des étudiants musulmans prometteurs des stages aux États-Unis ; nous investirons dans l’enseignement en ligne destiné aux enseignants et aux enfants à travers le monde ; et nous créerons un nouveau réseau informatique qui permettra à un jeune du Kansas de communiquer instantanément avec un jeune du Caire.

Dans le domaine du développement économique, nous créerons un nouveau corps de volontaires des milieux d’affaires qui formeront des partenariats avec des homologues de pays à majorité musulmane. Je vais aussi accueillir un Sommet sur l’entrepreneuriat cette année pour trouver les moyens d’approfondir les liens entre les leaders du monde des affaires, les fondations et les entrepreneurs sociaux des États-Unis et des communautés musulmanes à travers le monde.

Dans le domaine des sciences et des technologies, nous établirons un nouveau fonds pour appuyer le développement technologique dans les pays à majorité musulmane et pour aider à concrétiser commercialement des idées pour qu’elles créent des emplois. Nous ouvrirons des centres d’excellence scientifiques en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, et nous nommerons de nouveaux émissaires pour les sciences chargés de collaborer à des programmes qui mettront au point de nouvelles sources d’énergie, créeront des emplois verts, numériseront les registres et archives, purifieront l’eau et produiront de nouvelles cultures. Dans le domaine de la santé au niveau mondial, j’annonce aujourd’hui une nouvelle initiative avec l’Organisation de la conférence islamique pour éradiquer la polio et nous intensifierons nos partenariats avec des communautés musulmanes pour améliorer la santé maternelle et infantile.

Tout cela doit être accompli en partenariat. Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.

Il ne sera pas facile de régler les questions dont je viens de parler. Mais nous avons la responsabilité de nous unir pour réaliser le monde auquel nous aspirons, un monde où les extrémistes ne menacent plus notre pays et où les soldats américains sont rentrés chez eux, un monde où les Palestiniens et les Israéliens vivent chacun en sécurité dans un État qui leur est propre et où l’énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, un monde où les gouvernements servent les intérêts de leurs citoyens et où les droits de tous les enfants de Dieu sont respectés. Tel est le monde auquel nous aspirons et nous n’y parviendrons qu’ensemble.

Je sais qu’un grand nombre de gens – musulmans et non musulmans – se demandent si nous arriverons vraiment à prendre ce nouveau départ. Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu’il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s’affronter. Beaucoup plus ont tout simplement des doutes. Il y a tellement de peur, tellement de méfiance qui se sont accumulées avec les ans. Mais si nous choisissons de nous laisser enchaîner par le passé, nous n’irons jamais de l’avant. Je veux particulièrement le déclarer aux jeunes de toutes les fois et de tous les pays, plus que quiconque, vous avez la possibilité de ré-imaginer le monde, de refaire le monde.

Nous partageons tous cette planète pendant un court instant. À nous de décider si nous passons ce temps à nous concentrer sur ce qui nous sépare ou si nous nous engageons à faire ce qu’il faut – de façon soutenue – pour trouver un terrain d’entente, pour nous concentrer sur l’avenir que nous désirons pour nos enfants, et pour respecter la dignité de tous les êtres humains.

Tout ceci n’est pas simple. Il est plus facile de se lancer dans une guerre que de faire la paix. Il est plus facile de blâmer autrui que de s’examiner soi-même ; il est plus facile de voir ce qui nous distingue, plutôt que ce que nous avons en commun. Mais il faut choisir le bon chemin, et non le plus facile. Il y a une règle essentielle qui sous-tend toutes les religions : celle de traiter les autres comme nous aimerions être traités. Cette vérité transcende les nations et les peuples. C’est une croyance qui n’est pas nouvelle, qui n’est ni noire ni blanche ni basanée, qui n’est ni chrétienne ni musulmane ni juive. C’est une foi qui a animé le berceau de la civilisation et qui bat encore dans le cœur de milliards d’êtres humains. C’est la foi dans autrui et c’est ce qui m’a mené ici aujourd’hui.

Nous avons le pouvoir de construire le monde auquel nous aspirons, mais seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau départ, en gardant à l’esprit ce qui a été écrit.

Le Saint Coran nous dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. »

Le Talmud nous dit : « Toute la Torah a pour objectif de promouvoir la paix. »

La Bible nous dit : « Bienheureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. »

Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C’est maintenant notre tâche sur cette Terre. Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous. Je vous remercie. Je vous remercie. (Applaudissements)

Transcription du discours que le président des États-Unis, M. Barack Obama, a prononcé le 4 juin 2009 à l’université du Caire (Égypte), intitulé Un nouveau départ, America.gov.

Crise USA-Israël


Alain Gresh résume les événements qui vont marquer la première quinzaine du mois de juin au Proche-Orient sans faire aucune analyse des changements en cours car ils bouleversent ses convictions d’une solution à deux États, utopique après la dernière guerre israélienne à Gaza.
Les blogs du Diplo

Dedefensa réalise des analyses qui tranchent avec l’aveuglement des médias dominants, spécialement des médias français. Leur haine des musulmans, fût-ils perses (Iran), et leur solidarité inconditionnelle avec le gouvernement israélien ne leurs permettent pas de voir les changements en cours.

[…] la crainte panique des stratèges US devant les risques de prolifération nucléaire vers des groupes terroristes nécessite de toute urgence un arrangement avec les pays de la zone critique (« l’arc de crise » du Moyen-Orient et du sous-continent indien) disposant ou devant disposer de l’arme nucléaire. L’Iran est l’un de ces pays. De ce point de vue, tout le reste est subordonné à cette recherche d’un accord, ce qui est évidemment une démarche inverse de l’approche israélienne qui recherche la destruction du potentiel iranien. Les USA semblent avoir conclu que la situation au Moyen-Orient doit être stabilisée par un arrangement et non plus par des pressions de menace d’usage de la force. Cela implique effectivement un arrangement avec l’Iran, une intégration de l’Iran dans un nouvel équilibre dans la région, éventuellement avec l’idée d’une zone dénucléarisée impliquant la « mise au pas » d’Israël dans ce domaine fondamental. Tout cela se fait au détriment des « relations spéciales » avec Israël, qui deviennent secondaires et doivent se soumettre à la logique de la première démarche. Le problème palestinien doit alors être réglé, moins pour lui-même que pour permettre ce réarrangement général, et les intérêts d’Israël deviennent eux-mêmes secondaires.
Dedefensa

Chaque jour qui passe confirme le durcissement spectaculaire dans sa substance de la politique US. Comme on pu le lire, Arnaud de Borchgrave juge que c’est la plus grave crise entre les USA et Israël depuis 1956 (Suez). Disons-le autrement et plus justement, c’est la plus grave crise tout court entre les USA et Israël, parce que cette gravité existe aujourd’hui alors que les liens USA-Israël étaient, il y a quelques mois encore, resserrés comme ils n’avaient jamais été auparavant, et surtout pas en 1956, lorsque les liens USA-Israël n’avaient absolument aucun rapport avec ceux de la période GW Bush. (Tout a basculé, dans la connivence USA-Israël, à partir de 1967, avec accélération irrésistible à partir du début des années 1980, lorsque le Pentagone est devenu le principal inspirateur de la politique militarisée d’Israël.)

[…]

Ce « regard gaulliste » tient dans le fait d’élargir le problème d’Israël à tous les composants de la sécurité de la région, au lieu de s’en tenir à la seule sécurité d’Israël, dont la présentation est faite selon des facteurs répartis en général et à parts à peu près égales entre des dissimulations, des obsessions, des actions terroristes de relations publiques et de lobbying, et ce qu’il y a d’arrangeant dans la réalité pour la cause présentée. « Regard gaulliste », ou disons plutôt, pour être plus précis, « possibilité d’un regard gaulliste », – et la restriction montre bien que, pour autant, rien n’est dit, et surtout pas la messe.

Un premier point essentiel est le climat nouveau installé autour du problème israélo-palestinien qui tient à cette question de linkage entre ce problème israélo-palestinien réduit aux chicaneries dont les Israéliens sont experts des implantations, et la question iranienne. […]

La question de la divergence des « intérêts stratégiques » entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la « menace existentielle » contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (« menace existentielle ») que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.

[…]

C’est le point décisif, concernant la détermination d’Obama, qui, pour l’instant, semble chaque jour se confirmer. Obama tiendra-t-il dans sa campagne publique vis-à-vis d’Israël? A partir d’un certain point dans le cas d’une réponse positive, lorsque tout aura été mis publiquement sur la table des intentions de BHO, si ces intentions sont bien ce qu’on en a dit ci-dessus, on se trouvera au point de non-retour. Les masques tomberont. Chacun sera ce qu’il est, dans la vraie position qui est la sienne. Alors, la solution sera là, et la paix enfin atteinte? Pas du tout, car il y a bien autre chose que l’enjeu de la situation au Moyen-Orient. Le véritable affrontement commencera, notamment avec l’exposition publique des véritables liens d’influence d’Israël aux USA, qui constituent une scandaleuse situation d’influence empiétant sur la souveraineté en matière de sécurité nationale de la première puissance du monde; avec, à l’inverse, l’exposition des liens d’influence du Pentagone et du complexe militaro-industriel sur la direction israélienne. Seront mis en évidence le caractère de gouvernement militariste qui mène Israël et l’action déstabilisante et militariste des milieux du CMI américaniste qui inspirent et soutiennent cette direction israélienne. C’est là l’épreuve suprême et on jugera BHO sur le fond du fond.

Alors, la question pour conclure est finalement assez simple: est-ce dans cette politique israélo-iranienne des USA avec toutes les implications qu’on a dites que va se manifester ce que certains attendent de révolutionnaire chez BHO, cette hypothèse de l' »American Gorbatchev »? Comme disait, entre autres analystes, Depardieu dialogué par Labro, « c’est une putain de bonne question ». On ne peut, pour l’instant, rien dire de plus, sinon éventuellement n’en penser pas moins, – et constater qu’on en a déjà dit pas mal pour quatre mois de présidence.
Dedefensa

Dernière remarque sur les changements en cours : alors que les États-Unis s’éloignent d’Israël, la Russie s’en rapprochent…

La Russie et Israël ont des chances uniques de se rapprocher politiquement et économiquement, a estimé mercredi le président du Comité pour les Affaires internationales du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) Mikhaïl Marguelov.

« Nos positions sur les problèmes clés régionaux et mondiaux sont très proches, ce qui nous incite à rendre stratégique notre coopération bilatérale, en lui conférant un nouveau format », a déclaré le sénateur devant les journalistes à l’issue d’un entretien à Moscou avec le vice-premier ministre et ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman.

Le parlementaire russe a exhorté les deux pays à promouvoir de nouveaux schémas de coopération dans toutes les sphères, d’autant que les « points douloureux » deviennent de plus en plus nombreux dans le monde, qu’il s’agisse des Territoires palestiniens, de la Corée du Nord, de l’Iran, du Soudan ou d’autres régions.
RIA Novosti

La nouvelle politique américaine au Proche-Orient


Dialogue avec l’Iran, soutien à un Etat palestinien. Depuis son accession à la Maison Blanche, Barack Obama multiplie les signes d’un engagement de son administration en faveur d’une nouvelle politique au Proche-Orient. Des signes qui commencent à inquiéter les responsables israéliens et leurs plus farouches défenseurs aux Etats-Unis.

Pour l’instant, aucune décision concrète qui puisse étayer leurs craintes. Mais les partisans d’Israël aux Etats-Unis commencent à exprimer ouvertement leur inquiétude. Il faut dire que ces dernières semaines, la nouvelle administration américaine a clairement laissé entendre qu’elle comptait rompre avec la politique suivie par la précédente équipe sur le dossier proche-oriental.
À noter tout d’abord le rappel par Barack Obama à l’occasion d’un discours devant le Parlement turc, début avril, de l’attachement des Etats-Unis à la solution de deux Etats pour deux peuples. Quelques jours plus tard, l’envoyé spécial américain, Georges Mitchell, réaffirmait qu’il s’agit là «de la seule et meilleure solution» pour régler le conflit entre Israéliens et Palestiniens. Cette position américaine tranche avec le refus du nouveau gouvernement israélien d’endosser explicitement cette éventualité. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou n’a eu de cesse durant la campagne électorale d’affirmer qu’il était plus urgent d’améliorer la situation économique des Palestiniens.

Son nouveau ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, n’a pas dit autre chose lors des étapes italienne et française de sa tournée en Europe. Le gouvernement israélien cherche surtout à convaincre ses alliés que le dossier le plus urgent reste celui du nucléaire iranien. Mais là encore, l’approche du gouvernement de Barack Obama sur cette question suscite interrogations et inquiétude, tant chez les responsables israéliens que parmi ses plus farouches partisans aux Etats-Unis

Israël craint pour son statut d’allié privilégié

«Les Etats-Unis vont-ils sacrifier leur plus fidèle allié au Moyen-Orient pour rassurer son pire ennemi ?». Le quotidien conservateur, Washington Times, pose la question dans son éditorial de ce mercredi 6 mai. Deux éléments sont à l’origine de cette crainte exprimée sous forme d’interrogation. Il y a d’abord la volonté réitérée par Barack Obama d’engager un dialogue direct et sans conditions avec les responsables iraniens. En renonçant au préalable d’une suspension par la République islamique d’Iran de son programme d’enrichissement d’uranium pour ouvrir des pourparlers, le président américain fait preuve, pour ses détracteurs, d’une naïveté coupable.

Second point qui inquiète les soutiens d’Israël aux Etats-Unis : les récentes déclarations de la responsable américaine chargée de préparer la conférence mondiale sur le Traité de non-prolifération nucléaire, prévue en mai prochain à New York. Rose Gottemoeller a affirmé qu’ «une adhésion universelle au TNP, y compris par l’Inde, Israël, le Pakistan et la Corée du Nord, demeure un objectif fondamental des Etats-Unis». Cette déclaration semble indiquer une volonté américaine de rompre, concernant l’Etat hébreu, avec la politique dite de l’ambiguïté délibérée, en vigueur depuis les années 1960.

Concrètement, Israël a toujours refusé de reconnaître la possession d’armes nucléaires. Selon la plupart des experts, l’Etat hébreu disposerait de 80 à 200 têtes nucléaires. Une adhésion au Traité de non-prolifération obligerait Israël à y renoncer. Une éventualité que se refuse à envisager tant Israël que ses alliés aux Etats-Unis. Lors de son premier mandat comme chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou avait affirmé au président américain de l’époque, Bill Clinton, que «nous ne signerons pas le TNP, car nous ne voulons pas nous suicider».

«Un parallèle dangereux et naïf»

L’éditorial du Washington Post ne dit pas autre chose, lorsqu’il affirme que «plus que tout autre chose, l’arsenal nucléaire israélien a été un facteur de paix au Proche-Orient. Vouloir établir un parallèle entre Israël et l’Iran sur la question nucléaire est dangereux et naïf. Si Barack Obama est réellement intéressé par l’établissement d’une paix durable au Proche-Orient, il doit poursuivre la politique d’ambiguïté stratégique».

Parallèlement, les adversaires de Barack Obama multiplient les mises en garde envers les projets du président concernant le Proche-Orient. À l’occasion de la réunion annuelle de l’AIPAC, le puissant lobby pro-israélien aux Etats-Unis, Newt Gingrich, l’ancien président de la Chambre des représentants, n’a pas hésité à qualifier de «fantaisiste» le désir de Barack Obama d’ouvrir un dialogue avec l’Iran ajoutant que «l’approche de Barack Obama sur ce dossier est le signe de faiblesse le plus clair depuis Jimmy Carter».

Nul doute que Benyamin Netanyahou, qui est attendu fin mai à Washington pour sa première rencontre avec le président américain, relaiera personnellement les inquiétudes que suscitent les projets de l’administration américaine au Proche-Orient. Mais il sait d’ores et déjà qu’il bénéficiera d’une oreille moins attentive que celle dont disposait jusqu’alors le gouvernement israélien à la Maison Blanche. Les dernières déclarations du vice-président américain sont d’ailleurs venues confirmer cette impression.

«Une solution à deux Etats»

Devant l’AIPAC, Joe Biden a affirmé qu’ «Israël doit œuvrer à une solution à deux Etats. Peut-être n’allez-vous pas aimer ce que je vais dire, mais Israël ne doit plus construire de nouvelles colonies. Il doit démanteler les avant-postes existants, il doit permettre aux Palestiniens d’aller et venir librement et d’avoir accès à des perspectives économiques.»

Devant la même assemblée, le secrétaire général de la Maison Blanche, Rahm Emmanuel, avait déjà souligné qu’une avancée sur le dossier israélo-palestinien permettrait de rallier les pays arabes à une politique de fermeté vis-à-vis des ambitions nucléaires iraniennes. Autant d’indices qui font craindre aux plus farouches partisans d’Israël que le nouveau gouvernement américain ne sacrifie son allié traditionnel pour s’attirer les bonnes grâces des pays arabes.

Rien n’indique pourtant, qu’au-delà d’un discours plus offensif sur le dossier palestinien, les Etats-Unis entendent modifier leur politique. L’aide directe américaine à Israël devrait ainsi rester inchangée à quelque trois milliards de dollars et ce, malgré une crise économique qui a conduit le gouvernement américain à réduire son assistance financière aux pays étrangers. Il n’ya donc pas de rupture en vue entre les deux pays. Tout juste un nouveau ton auquel les dirigeants israéliens n’étaient pas habitués de la part d’un président américain.

Franck WEIL-RABAUD
06/05/2009
RFI

Lire aussi :
• 07/05/2009, BHO est-il sérieux ? Le nucléaire d’Israël ?, Dedefensa
• 09/05/2009, Israël, BHO et le biais nucléaire, Dedefensa
• 10/05/2009, Le Premier ministre israélien à la recherche d’un front anti-Iran, RFI

La confrontation USA-Israël


Les indications concernant une perspective d’affrontement très sérieux entre les USA et Israël continuent à apparaître dans divers commentaires. […]

Le crédit de Madsen semble concerner des sources extrêmement précises au département d’Etat, lequel s’avère très actif dans cette nouvelle orientation. Pour autant, et c’est un signe particulièrement significatif, les autres centres de pouvoir de l’administration Obama, le NSC, le vice-président Biden, voire le Pentagone et même la CIA, semblent suivre cette même ligne. Ce qui se dessine est une sorte de “révolte silencieuse” générale de la bureaucratie de sécurité nationale contre l’omniprésence et l’omnipotence de l’influence d’Israël dans la politique US durant les années GW Bush.

Plusieurs éléments ponctuels, outre l’arrivée de l’administration Obama bien sûr, expliquent cette évolution éventuelle.

• La transformation du Lobby (le lobby pro-israélien) en une machinerie d’extrême droite directement sous l’influence du ministre des affaires étrangères Lieberman. Cela rejoint l’appréciation de l’ambassadeur Freeman, dont le départ a mis à jour d’une façon quasiment officielle l’influence du Lobby. Commentant sa déclaration de renonciation à son poste de président du National Intelligence Council, Freeman avait déclaré que sa seule faute dans cette déclaration avait été de parler de Lobby pro-Israël, et non de ce qu’il est, le Lobby pro-Lieberman.

• Ce même Lieberman est vu par les sources de Wadsen au département d’Etat comme un homme extrêmement dangereux, qui représente un potentiel de très grave danger pour la politique US. […]

Les deux points que Madsen considère comme des points d’affrontements extrêmement explosifs sont la question du Hamas et la question nucléaire, – mais, surtout, la question du nucléaire israélien…

• Sur la question du Hamas, les sources de Madsen jugent que les USA vont être nécessairement conduits à établir un dialogue avec le Hamas, comme seule force représentative sérieuse des Palestiniens. La politique d’Obama des deux Etats conduit à cette évolution. Cette même évolution conduirait même à modifier complètement l’appréciation US du Hezbollah.

• Le deuxième point d’affrontement est absolument explosif. Il concerne les questions liées entre elles du nucléaire iranien, de la solution recherchée pour résoudre ce problème, avec l’hypothèse que cette solution serait d’une façon ultime l’établissement d’une zone dénucléarisée au Moyen-Orient. Cela signifie une attaque directe contre l’arsenal nucléaire de 200 têtes d’Israël. Nous mettons en exergue une phrase d’une source de Madsen, qui met en évidence la simplicité explosive du problème telle que certains la voient au département d’Etat.

• Enfin, un autre aspect des tensions américano-israéliennes en train de se développer concerne les rapports entre les services de renseignement. Jusqu’ici, l’aspect déséquilibré et polémique de ces relations, avec le comportement souvent manœuvrier et trompeur du Mossad vis-à-vis de la CIA a toujours été occulté (bien qu’un certain nombre d’agents du Mossad, ou sympathisants, aient été poursuivis pour espionnage des matières de sécurité nationale US). Madsen semble avancer que cette situation pourrait bien ne plus durer.

18/04/2009
Publié par Dedefensa.