Monde en Question

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Histoire du travail


La Fabrique de l’Histoire a consacré la semaine dernière quatre émissions sur le thème de l’histoire du travail.

  • Histoire du travail 1/4 Témoignage sans intérêt de Jean Bessière, ancien directeur de l’Institut national du travail.
    Lire :
    – Jean BESSIÈRE (retraité), L’inspection du travail, La Documentation Française, 2005 [Texte en ligne]
    Gérard FILOCHE (bientôt retraité) , BlogDémocratie & SocialismeSolidarité avec Gérard Filoche
  • Histoire du travail 2/4

    En février 1966, les 3000 ouvrières de la Fabrique nationale d’arme d’Herstal (la FN) près de Liège en Belgique partent en grève, sans préavis, pour que soit appliqué l’article 119 du Traité de Rome visant à réduire les écarts salariaux entre hommes et femmes. Dans cette Fabrique (la FN) qui date de la fin du XIX ème siècle, les ouvrières sont ponceuses, colleuses, monteuses d’armes, laveuses, emballeuses, contrôleuses, dégraisseuses. On les appelle les femmes-machines. Leurs tâches sont répétitives, leurs conditions de travail déplorables et elles n’ont pas accès à la formation professionnelle interne à l’entreprise. Elles ne disposent donc d’aucune possibilité de promotion dans l’entreprise et leur salaire est inférieur à celui d’un manoeuvre masculin débutant. Des pourparlers sont en cours entre les syndicats et les entreprises mais la mise en application du principe toujours retardée. Les ouvrières décident spontanément d’arrêter le travail le 9 février. Elles demandent 5 francs d’augmentation. Une dizaine de jours plus tard, les syndicats reconnaissent la grève, un comité de grève est mis en place pour venir en aide aux grévistes. Bientôt l’usine est paralysée puisque les hommes de la FN sont mis au chômage. La direction de la FN résiste et ne propose que 50 centimes d’augmentation alors que d’autres usines du bassin liégeois sont également paralysées par des grèves. Au terme de négociations qui durent trois mois entre les syndicats (CSC et FGTB), la direction de la FN, et un délégué du Ministre de l’emploi et du travail, on aboutit à un accord : une augmentation de 2,5 francs. Lors de l’assemblée générale extraordinaire des grévistes, le 5 mai, le débat est houleux entre les ouvrières et les représentants syndicaux. On en vient finalement au vote par bulletin secret. C’est la reprise du tavail qui l’emporte. La déception est grande, pourtant ce mouvement a une réelle portée européenne : des délégations syndicales françaises, italiennes sont venues soutenir le mouvement ; la grève remet en débat la question de l’égalité des rémunérations à la Commission européenne et dans chacun des Etats membres ; elle marque aussi l’entrée plus massive des femmes dans l’action syndicale et oblige la société à s’interroger sur les problèmes posés aux travailleuses et la condition des femmes en général.

    Documentaire passionnant sur une grève méconnue, qui fut récupérée par les féministes institutionnelles…
    Lire :
    – Éliane GUBIN, Éliane Vogel-Polsky, une femme de conviction, Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, 2007 [Texte en ligne]
    – Marie-Thérèse COENEN, Grève des ouvrières de la FN, à Herstal, Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire
    – Marie-Thérèse COENEN, La grève des femmes de la FN en 1966 – Une première en Europe, POL-HIS, 1991
    – Jean PELTIER, « A travail égal, salaire égal ! » La grève des femmes de la FN de Herstal, Parti Socialiste de Lutte – Marxisme.be, 2005
    – Éliane VOGEL-POLSKY, Agir pour les droits des femmes, Raisons politiques n°10, 2003

  • Histoire du travail 3/4 On découvre que le même mot ouvrier a recouvert des réalités bien différentes du XVIIIe à nos jours, d’où la source de malentendus. L’évolution fut régressive…
    Lire :
    – Alain COTTEREAU, L’usure au travail, Espace contre ciment, 1983 [Centre d’étude des mouvements sociauxBibliographie CEDIAS-Musée socialPublications diffusées sur Cairn].
    Philippe LEFEBVRE, L’invention de la grande entreprise – Travail, hiérarchie et marché (France, fin XVIIIe-début XXe siècle), PUF, 2003 [AmazonHistoire, économie et sociétéLe Mouvement Social]

    Comment la hiérarchie, avec tous ses échelons intermédiaires entre ouvriers et dirigeants, a-t-elle été inventée ? Comment et pourquoi a-t-elle acquis les traits modernes que nous lui connaissons aujourd’hui ? Dévoilant les limites des réponses en provenance de l’économie, cette enquête conduit à revisiter l’histoire du travail et l’histoire des entreprises à construire une théorie originale qui s’appuie sur des comparaisons de longue durée à divers niveaux (ateliers, entreprises, secteurs industriels, pays). La hiérarchie telle qu’on la connaît n’a pas toujours existé. Pendant toute la Première Révolution industrielle, elle est réduite dans les grandes entreprises à d’infimes effectifs et son rôle ne réside pas dans la supervision du travail. Pour le comprendre, il faut notamment revenir sur les formes de la division du travail, en réalité éloignées du célèbre modèle d’Adam Smith. L’ouvrage analyse ensuite les processus multiples de « la grande transformation hiérarchique » qui bouleversera travail et entreprise au cours de la Seconde Révolution industrielle. Il offre une alternative convaincante à la théorie de Williamson sur l’essor de la hiérarchie. Modifiant certaines idées reçues sur l’histoire du travail et sur la formation des grandes entreprises, il instaure un rapport critique aux oeuvres de Marx et de Chandler. Sur ces bases, et nourri de son expérience des transformations contemporaines des entreprises, Philippe Lefebvre propose in fine les bases d’une théorie des processus de rationalisation par lesquels, aujourd’hui encore, les entreprises poursuivent leur invention.

  • Histoire du travail 4/4 Cet épisode est hors sujet puisqu’il traite de questions d’environnement : l’évolution staturale et les conditions de santé des ouvriers.
    Lire :
    – Laurent HEYBERGER, La révolution des corps – Décroissance et croissance staturale des habitants des villes et des campagnes en France 1780-1940, Presses universitaires de Strasbourg/UTBM, 2005 [L’HarmattanPublications diffusées sur Cairn]
    – Jean-François JARRIGUE, Au temps des tueuses de bras – Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), Presses universitaires de Rennes, 2009 [Le Mouvement SocialLa Vie des idéesPublications diffusées sur Cairn]

20/06/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Alain DEWERPE, Histoire du travail, QSJ PUF, 2001.
• Chronologie : histoire des relations de travail de la loi Le Chapelier (1791) à la réforme du dialogue social (2004), Vie publique.
• Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire, Centre de documentation
• Centre d’histoire du travail, Nantes.
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.
• L’actualité des podcasts
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Tous les podcasts
RSS One
• L’actualité des livres
Centre National du Livre
Veille littéraire CNL

Propagande pour la propagande


La Fabrique de l’Histoire a diffusé du 3 au 6 janvier 2001 quatre épisodes consacrés à l’Histoire du soft-power. Cette émission « fabrique » c’est-à-dire manipule l’histoire pour nous convaincre que le Plan Marshall aurait été positif non seulement pour l’économie mais aussi pour la culture européenne.

Au cours du premier épisode, Emmanuel Laurentin a choisi de diffuser un extrait de la version américaine du film Les aventures extraordinaires d’un litre de lait alors que la version originale est française comme l’explique Sandra Schulberg.

Dans sa réponse à un auditeur, il fait la preuve de sa mauvaise foi en s’étonnant de la critique de son choix partisan en faveur d’une propagande du capitalisme américain dans le style de la guerre froide contre l’URSS comme l’illustre le dessin animé Make Mine Freedom de 1948.

Le plan Marshall est réactualisé aujourd’hui en Irak et en Afghanistan avec les mêmes objectifs : détruire puis reconstruire selon les normes économiques et politiques de l’idéologie américaine travestie en démocratisation du monde.

29/01/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Films du Plan Marshall, Selling Democracy.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.

Histoire de l’humanitaire



Ouvrez la porte !
« Aide humanitaire »

Histoire de l’humanitaire 1/4

En ouverture de cette semaine, notre invité est un oeil avant d’être une voix. Il est photographe, sorti il y a dix ans de son école, Louis Lumière.
Ses reportages photographiques ne sont pas centrés sur les seules crises humanitaires.
Mais il a, comme tous les photojournalistes aujourd’hui participé à des reportages aux côtés et parfois pour des organisations humanitaires.
C’est ce qui lui est arrivé avec le Secours Catholique. Il a ainsi suivi des malades du sida en Afrique, des demandeurs d’asile à Ceuta ou des clandestins à Sangatte et Calais.
Lionel Charrier est photographe à l’agence Myop.

Histoire de l’humanitaire 2/4

Les idéaux et les actes : histoire croisée du Secours Populaire et du Secours Catholique
Relancé au sortir de la Seconde guerre mondiale pour l’un, né à ce moment-là pour l’autre, Secours Populaire et Secours Catholique français enracinent leur histoire dans l’aide aux victimes de la guerre. Action politique d’un côté, rayonnement de la charité chrétienne de l’autre, les deux associations affrontent les questions sociales d’après-guerre avec des approches différentes, mais animées d’une même détermination. Elles ne se connaissent pas, s’ignorent quand elles ne se critiquent pas. Le rattachement à l’Eglise du Secours Catholique est mal toléré au Secours Populaire, les liens de ce dernier avec le Parti Communiste le rende suspect aux yeux du Secours catholique. Sur le terrain, les deux associations connaissent des succès différents, n’ont pas les mêmes méthodes. Progressivement, l’évolution de la pauvreté et la nécessité de répondre aux urgences vont amener au tournant des années 1960 le Secours Populaire et le Secours catholique à s’ouvrir, dans les actes et dans les discours : les deux associations seront amenées à se cotoyer, à se rencontrer, et pour finir à coopérer.

Histoire de l’humanitaire 3/4

Cette émission d’archives est centrée sur les années 1968-1970, alors que le Biafra, région alors inconnue du Nigeria nouvellement indépendant.
Le Biafra devient en peu de mois la préoccupation des médias, et le combat sécessioniste fait florès.
L’intervention difficile et controversée du Comité International de la Croix-Rouge mais aussi des organisations confessionnelles comme Caritas et le WCC provoquera une crise majeure de laquelle sortira l’idée du sans frontièrisme et la catégorie des French Doctors.
Cette émission du mercredi est composée d’archives inédites issues du fonds radio du CICR à Genève, commentées par deux spécialistes de cette histoire de l’humanitaire.

Histoire de l’humanitaire 4/4

Débat historiographique avec :
Didier Fassin, professeur à l’Institute for advanced study (Princeton) et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
Jean-Pierre Le Crom, directeur de recherche CNRS.
Axelle Brodiez, historienne au Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (Larha).
Philippe Ryfman , professeur et chercheur associé au Département de Science Politique et au Centre Européen de Sociologie et Science Politique de la Sorbonne (CESSP-Sorbonne), Université Paris I, Panthéon-Sorbonne.

Lire aussi :
• L’actualité des podcasts
DKPOD
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Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire – Colonialisme humanitaire, Monde en Question.

Propagande coloniale


La Fabrique de l’Histoire a diffusé la semaine dernière quatre épisodes consacrés à l’Histoire du monde en 1510 [1]. Cette émission « fabrique » c’est-à-dire manipule l’histoire pour nous convaincre que la colonisation aurait été positive. Elle le fut certes pour l’Europe, qui accumula ainsi le capital nécessaire à sa croissance, mais certainement pas pour les peuples non seulement d’Amérique, mais aussi d’Afrique et d’Asie.

Au cours du premier épisode (42’45 » à 43’19 »), une intervenante prétend que les peuples autochtones d’Amérique seraient morts d’une simple grippe [2] ! Elle passe sous silence les massacres, le travail forcé, l’esclavage qui furent le lot commun de la colonisation des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie.

Au cours du troisième épisode, l’animateur pratique la novlangue politiquement correct. Il utilise à plusieurs reprises le verbe « sécuriser » pour dire « protéger militairement la colonisation commerciale ».

22/11/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.


[1] Histoire du monde en 1510, La Fabrique de l’Histoire 1/42/43/44/4.
[2] La même propagande fut utilisée à rebours à propos du virus de la grippe A/H1N1 qui serait venu du Mexique pour envahir l’Europe ! Lire : Revue de presse Grippe A/H1N1 2009 et Revue de presse Grippe A/H1N1 2010.