Monde en Question

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Robin des bois


Selon la légende, Robin des bois était un gentilhomme qui volait les riches pour donner aux pauvres. La légende devint un mythe populaire, très vivace jusqu’à nos jours, qui engendra d’autres héros – archétypes de justiciers – comme Zorro ou Batman.

La légende fut construite à partir du XVe siècle d’abord par transposition de récits oraux puis par remaniements successifs des récits précédents. Ainsi, le vulgaire bandit, qui détrousse les riches pour son propre compte, se transforma au fil du temps en en noble dépossédé volant les riches pour donner aux pauvres.

La légende atteignit son apogée au XIXe siècle avec Ivanhoé, le roman de Walter Scott dans lequel le bandit de grands chemins en vient à incarner la résistance du peuple d’Angleterre contre l’oppression de la noblesse normande. Au XXe siècle, la figure du justicier s’incarna dans d’autres personnages qui, selon une logique classique, dénatura le mythe en le prolongeant.

Curieusement la version des studios Disney de 1973 met en scène un Robin des bois à l’image du renard, personnage filou et retors, très proche du Roman de Renart médiéval, qui fut une critique sociale de la noblesse par la jeune bourgeoisie des XIIe et XIIIe siècles.

Titre :Robin Hood – Robin des Bois
Réalisateur :Ridley Scott
Année : 2010
Pays : USA
Partage proposé par : MKV Corp HD 720 VOSTFR

L’interprétation du personnage que donne Ridley Scott, qui reprend les premiers récits, ne manque pas d’intérêt [1]. Robin Hood (littéralement « voleur encagoulé »), un homme du peuple – modeste archer – est un arriviste, qui, grâce à un concours de circonstances, usurpe l’identité d’un noble baron et aide le roi Jean à bouter les Français hors d’Angleterre. Contrairement à la légende, Robin mobilise les pauvres pour sauver les riches : pour sauver la patrie en danger il n’y a plus ni riches ni pauvres car « contre les Français nous sommes tous Anglais ».

C’est avec le même vocabulaire nationaliste, au nom de l’ennemi près, que les puissances européennes mobilisèrent des millions de paysans et d’ouvriers, grâce au soutien des socialistes, pour participer « la fleur au fusil » à la première boucherie interethnique du XXe siècle (environ 20 millions de morts). Cette Union sacrée, réalisée en 1914, sera renouvelée avec le même enthousiasme (50 à 60 millions de morts) en 1939 [2].

12/12/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Légende
BibliObs
Suite 101
• Film
Critikat
Excessif
Le Figaro
Le Monde
Les Inrocks
NouvelObs
Rue89
Suite 101
Télérama


[1] Intérêt politique s’entend car la réalisation cinématographique n’est pas toujours à la hauteur de cette mise à nue de la légende. Les inexactitudes historiques, que des critiques ont justement relevées, font perdre aussi de la force à l’histoire contée par Ridley Scott.
[2] Jean GALTIER-BOISSiÈRE, La fleur au fusil, Éditions Baudinière, 1928 réédition Mercure de France, 1980 [Passion & Compassion 1914-1918].
Cet ouvrage parle de la première guerre mondiale et y décrit entre autres ces soldats qui, en 1914, partaient à la guerre avec insouciance vers ce qu’on leur avait présenté comme une promenade de santé, en étant persuadés que la chose serait de très courte durée et sans risques.
Il y écrit en effet : « Dans leur riante insouciance, la plupart de mes camarades n’avaient jamais réfléchi aux horreurs de la guerre. Ils ne voyaient la bataille qu’à travers des chromos patriotiques. […] Persuadés de l’écrasante supériorité de notre artillerie et de notre aviation, nous nous représentions naïvement la campagne comme une promenade militaire, une succession rapide de victoires faciles et éclatantes. »
Lire sur ce thème :
• Serge LEFORT, Le Kirghizistan construit par les médias, Monde en Question.
• Serge LEFORT, La justice sociale face au marché, Monde en Question.
• Articles Guerre 1914-1918, Monde en Question.

Lili Marleen


Alors que les tribus franque et germanique se sont joyeusement massacrés pendant 75 ans – en 1870, 1914-1918 et 1939-1945 -, toute une génération fut bercée par la plus belle chanson d’amour de tous les temps que la radio de la Wehrmacht, émettant de Belgrade, a diffusée pour la première fois le 18 août 1941.

Jean-Pierre Guéno raconte avec brio l’histoire méconnue de ce succès créé en 1915 et fredonné par des millions de soldats et de civils la durant la Seconde guerre mondiale. Il est curieux que ce phénomène de société n’ait jamais été analysé.

10/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• La légende de Lili Marleen, D’un livre l’autre.
• Lili Marlène – Lale Andersen, YouTube.
• Lili Marlène – Suzy Solidor, YouTube.
• Lili Marlène – Marlene Dietrich, YouTube.
• Lili Marlène – Hanna Schygulla, YouTube 1YouTube 2.
• GUÉNO Jean-Pierre (sous la direction de), Paroles de Poilus – Lettres de la Grande Guerre, Tallandier , 2003.
• GUÉNO Jean-Pierre, Lili Marleen, la véritable histoire de la plus belle chanson d’amour de tous les temps, Télémaque , 2010.

Le Kirghizistan construit par les médias


Que se passe-t-il réellement au Kirghizistan ? Quels sont les enjeux politiques des affrontements ? Quels sont les intérêts des grandes puissances dans cette région ? Autant de questions qui restent sans réponse à la lecture des médias dominants qui, comme d’habitude, réduisent la complexité du monde à des formules univoques.

Tous les médias dominants usent et abusent de l’expression « violences ethniques » [1] pour caractériser les conflits dans les ex-colonies ou dans les pays qui ont échappés à la « mission civilisatrice » de l’Europe.
Il est vrai que, en matière de violences ethniques, la civilisation occidentale peut donner des leçons à ces barbares. Elles ont fait environ 183 000 morts en 1870, environ 20 millions de morts entre 1914 et 1918 et de 50 à 60 millions de morts entre 1939 et 1945.

Quant il s’agit de caractériser les conflits qui déchirent la Belgique (membre de la Communauté Européenne), les médias dominants ne parlent pas de « violences ethniques« , mais de « conflit linguistique« . Bel euphémisme quand on sait que la Belgique est au bord de l’implosion ! [2]

Les médias dominants reprennent aussi en boucle les déclarations du mystérieux politologue (titre qui ne veut rien dire) Sergueï Massoulov [3] qui affirme, sans preuves, que les violences « sont l’oeuvre de groupes criminels organisés », « provoquées par la mafia » et « l’ancien président déchu, Kourmanbek Bakiev ». Même Lutte Ouvrière crédite cette interprétation de faits qui ne sont toujours pas clairement établis.

Les médias dominants se complaisent dans l’injonction compassionnelle en faveur d’une « situation humanitaire dramatique« . Les chiffres les plus fantaisistes circulent. Roza Otunbaïeva annonce plus de 2000 morts alors que le ministère kirghiz de la Santé n’a compté que 214 morts au 22 juin. L’OMS, experte en manipulations médiatiques (voir l’affaire de la grippe A(H1N1)), prétend qu’il y aurait 1 million de réfugiés sans dire d’où vient ce chiffre. L’ONU a lancé un appel de 71 millions de dollars auprès des pays donateurs.
Personne ne s’interroge sur cet empressement des organisations humanitaires à débarquer au Kirghizistan alors que les Palestiniens de Gaza ne bénéficient toujours pas de l’aide internationale plus d’un an après le massacre de 1 315 Palestiniens par l’armée israélienne.

Les médias dominants ne s’appesantissent pas sur le fait que le Kirghizstan abrite une base américaine à Manas, « indispensable pour mener la guerre en Afghanistan ». Il est vrai que la Russie possède aussi une base militaire qui lui permet de maintenir son influence dans la région et que certains l’incitent à s’impliquer comme la France l’a fait en Afrique. La Chine, quant à elle, construit un vaste réseau autoroutier et ferroviaire pour contrebalancer sinon contrecarrer la présence militaire américaine en Asie centrale [4].

Les médias dominants, curieusement, ne disent rien de l’enjeu politico-religieux qui explique pourtant la Sainte-Alliance entre les États-Unis, la Russie et la Chine pour contenir l’influence d’organisations dites « terroristes » comme le Hizb ut-Tahrir, organisation pourtant non-violente qui dénonce la corruption des pouvoirs en place et prône leur renversement. Très actif en Ouzbékistan, ce groupe est aussi présent au Kirghizistan et précisément à Och [5].

Pour tenter de comprendre ce qui se passe réellement au Kirghizistan, les enjeux politiques des affrontements et les intérêts des grandes puissances dans cette région, mieux vaut lire quelques ouvrages documentés :
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003.
• DJALILI Mohammad-Reza et KELLNER Thierry, Géopolitique de la nouvelle Asie centrale – De la fin de l’URSS à l’après-11 septembre, PUF, 2003.
• PIATIGORSKY Jacques et SAPIR Jacques (dirigé par), Le Grand Jeu XIXe siècle – Les enjeux géopolitiques de l’Asie centrale, Autrement, 2009.
• POUJOL Catherine, Dictionnaire de l’Asie centrale, Ellipses, 2001.

21/06/2010
modifié le 23/06/2010 après publication sur AgoraVox et LePost
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Voir articles via Google ou Yahoo!.
[2] Seul un site d’Abidjan ose titrer avec ironie « Belgique : Bataille Flamands-Wallons – Guerre ethnique au cœur de l’Europe« .
Lire aussi :
• La question linguistique en Belgique, Université Laval Québec.
• Carte Problèmes linguistiques et État fédéral belge, Atlas historique.
• Vers un nouveau Kosovo en Asie centrale ?, Courrier International.
Les problèmes linguistiques et de représentation des Ouzbeks, principale minorité du pays, sont la toile de fond des affrontements sanglants dans le Sud.
• La question linguistique au Kirghizistan, Université Laval Québec.
• Carte linguistique Turkménistan, Tadjikistan, Ouzbékistan & Kirghizstan, Mutuzikin.
[3] Le nom de Sergueï Massoulov apparaît pour la première fois dans une dépêche AFP. Ses propos sont repris par tous les médias sans que personne ne s’interroge sur l’identité de ce personnage et la crédibilité de cette source.
[4] Lire notamment :
• Manas : la base américaine du Kirghizistan, France Soir.
• Moscou doit prendre ses responsabilités, Courrier International.
• ENGDAHL F. William, La Russie et l’avenir du Kirghizistan, Voltaire.
• ENGDAHL F. William, La Chine et l’avenir géopolitique du Kirghizistan, Voltaire.
[5] RASHID Ahmed, Enquête sur une organisation secrète, Courrier International n°591.

 

Les mutineries de 1917


Au printemps 1917 des mutineries secouent l’armée française sur le front. Elles n’avaient pas jusqu’alors donné lieu à une étude détaillée des mutins eux-mêmes, dans le surgissement de l’événement, lorsqu’ils s’organisent spontanément, manifestent, voire envisagent de « marcher sur Paris ». Dans les débats entre historiens sur les raisons de la ténacité des combattants, l’ouvrage apporte une pièce manquante, à travers la restitution au plus près de la rupture inouïe de l’obéissance et du consensus. Les mutineries s’inscrivent dans la continuité des refus de guerre esquissés et inaboutis depuis 1914. Dès lors que le conflit s’installa, après la bataille de la Marne, dans la durée, on vit se développer à l’échelle individuelle des stratégies d’évitement de la remontée aux tranchées et au danger, les aspirations au retour rapide au foyer, le doute jeté sur la rhétorique patriotique, les propos critiques et revendicatifs de soldats qui n’oubliaient pas qu’ils étaient aussi des citoyens. André Loez redonne toute leur place aux hésitations des soldats, partagés entre dégoût du conflit et impératif du devoir ; aux incertitudes des officiers, entre désarroi et sévérité ; à la force de l’institution militaire, brièvement défiée ; et à la difficile action collective dans le cadre improbable d’une armée en campagne.

LOEZ André, 14-18 Les refus de la guerre – Une histoire des mutins, Folio Gallimard, 2010 Annexes en PDFEntretien [canempehepasnicolasL’annuel des idéesLa vie des idéesLe MondeLibération].

Lire aussi :
• André LOEZ, BiblioMondeCRID 14-18CRISES
• La Grande Guerre, toujours présente, La vie des idées
• ROUSSEAU Frédéric, La guerre censurée – Une histoire des combattants européens de 14-18, Points Seuil, 2003.

Frédéric Rousseau raconte la Grande Guerre comme on ne le fait pas d’ordinaire : à hauteur d’homme. Une question centrale s’impose à nous, quatre-vingts ans plus tard : comment ont-ils fait ? Comment ont-ils tenu ? Contre les interprétations vertueuses mettant trop facilement l’accent sur le patriotisme, l’auteur avance des explications plus terre-à-terre mais plus authentiques. Les «poilus» ont tenu – du moins ceux qui ont survécu à l’immense massacre – parce qu’ils étaient mis en condition de tenir : contraints, surveillés, punis par les conseils de guerre, éventuellement passés par la armes. Mais cela ne peut être qu’une partie de l’explication. L’auteur analyse un certain nombre de ressorts psychologiques – comme l’esprit de corps, l’admiration du chef, etc. – qui, au total, composent une anthropologie de l’homme en guerre.

La justice sociale face au marché


Le désastre social et humain, provoqué par le tournant de la rigueur de la gauche socialiste et communiste en 1982-1983, est comparable à celui provoqué par l’Union sacrée en août 1914 quand l’ensemble des organisations syndicales et politiques de gauches se rallièrent à la politique national-militariste du gouvernement Poincaré. Aujourd’hui, la gauche pleurniche sur la politique anti-sociale de Nicolas Sarkozy alors qu’il poursuit celle que le Parti socialiste et le Parti communiste ont inaugurée.

La lecture du dernier ouvrage d’Alain SUPIOT s’impose pour comprendre l’histoire longue de la lutte entre le Capital et le Travail pour partager les bénéfices de la croissance. S’impose aussi la relecture de la Déclaration de Philadelphie de mai 1944 que la gauche a bafouée [1].

Face au marché total, face à la concurrence éfreinée des firmes et des modèles juridiques, il est parfois difficile de faire sa part à la justice sociale. Le juriste et directeur de l’Institut des Etudes Avancées de Nantes, Alain Supiot, s’y essaye avec succès dans L’esprit de Philadelphie, son dernier livre. Quiconque cherche des remèdes au néo-libéralisme doit le lire.

Spécialiste du droit du travail, il dénigre la course au moins-disant social, avec une réelle profondeur historique. Il n’a pas oublié les séquelles laissées par la gestion industrielle des hommes. Les analogies qu’il établit entre la machine de guerre totalitaire et l’univers managérial ne sont pas de l’habillage. Sous Ernst Jünger, gît le capital humain, comme sous les pavés, la plage.

L’auteur ne cède pas cependant au fatalisme. Armé de la certitude selon laquelle on ne régule pas les marchés comme on régule son chauffage central, le problème est de les «réglementer», il se refuse à réduire l’homme à l’état de pure ressource économique. C’est donc à retrouver l’esprit de 1944, celui de la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle qu’il s’emploie. Et nous donne ainsi les moyens d’endiguer la renaissance féodale en cours et la culture politique du «deal». Contre le Droit communautaire, et pas seulement lui, qui s’en retourne au beau temps de la suzeraineté, et augmente les liens de dépendance, il parvient à convertir les rapports de force en rapports de droit.

La Fabrique de l’humain – France CultureTélécharger
Transcriptions d’émissions de France Culture, Fabrique de sens

Serge LEFORT
Citoyen du Monde exilé au Mexique

Lire aussi :
SUPIOT Alain, L’esprit de Philadelphie – La justice sociale face au marché total, Seuil, 2010 [Texte en ligne].

Après des décennies de globalisation financière, il est urgent de redécouvrir les principes de dignité et de justice sociale proclamés au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Les propagandes visant à faire passer le cours pris par la globalisation économique pour un fait de nature, s’imposant sans discussion possible à l’humanité entière, semblent avoir recouvert jusqu’au souvenir des leçons sociales qui avaient été tirées de l’expérience des deux guerres mondiales. La foi dans l’infaillibilité des marchés a remplacé la volonté de faire régner un peu de justice dans la production et la répartition des richesses à l’échelle du monde, condamnant à la paupérisation, la migration, l’exclusion ou la violence la foule immense des perdants du nouvel ordre économique mondial. La faillite actuelle de ce système incite à remettre à jour l’œuvre normative de la fin de la guerre, que la dogmatique ultralibérale s’est employée à faire disparaître. Ce livre invite à renouer avec l’esprit de la Déclaration de Philadelphie de 1944, pour dissiper le mirage du Marché total et tracer les voies nouvelles de la Justice sociale.

Lire aussi :
22/02/2000, SUPIOT Alain, La contractualisation de la société, Canal-U
2003, BRONZINI Giuseppe, L’Europe des droits après la Convention, Multitudes n°14
30/01/2008, SUPIOT Alain, L’Europe gagnée par « l’économie communiste de marché », Revue du Mauss
02/02/2008, Alain Supiot : « Voilà l' »économie communiste de marché » » – Une critique accablante de l’Union européenne par un Européen spécialiste du Droit du travail, Blog luckyLe Grand Soir
28/11/2008, Anéantir le droit du travail, Monde en Question
Janvier 2009, Entretien avec Alain Supiot, Place publique n°13
Janvier 2010, FŒSSEL Michaël et MONGIN Olivier, Nos aveuglements face au réel, Esprit
Alain SUPIOT : Institut des Etudes Avancées de Nantes – PUFUniversité de Nantes
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.


[1] LEE Eddy, Déclaration de Philadelphie : rétrospective et prospective [BooksGoogle] in THWAITES James Douglas (sous la direction de), La mondialisation – Origines, développements et effets, Presses Université Laval, 2004 [BooksGoogle].
THWAITES James Douglas :
Presses de l’Université Laval
Université Laval

Nationalisme rime avec racisme


Pour ceux qui douteraient encore que le faux débat sur l’identité nationale, voulu et orchestré par Sarkozy-Besson, ne soit qu’un prétexte à conforter l’expression du racisme contre les Français issus de l’immigration coloniale :

La secrétaire d’Etat chargée de la famille et de la solidarité, Nadine Morano, a déclaré, lundi soir 14 décembre, vouloir du jeune musulman français « qu’il ne parle pas verlan », lors d’un débat sur l’identité nationale à Charmes (Vosges). « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers », a expliqué la secrétaire d’Etat à un jeune homme qui l’interrogeait sur la compatibilité de l’islam avec la République.
Le Monde

Propos qui réjouissent un Georges Frêche que le PS va certainement soutenir pour les régionales en Languedoc-Roussillon.
Les références à Barrès, figure de proue du nationalisme français, ravisait aussi François Mitterrand, qui proclama en 1954 «L’Algérie, c’est la France»…

Lire aussi :
• Troubles de l’identité nationale, Presseurop.
• Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de minarets que j’apprends ?, Des bassines et du zèle.
Deux faits :
– La question Êtes-vous pour l’initiative contre la construction de minarets ?
– La réponse 46,66% des électeurs se sont abstenus.
Un bon résumé du discours de Sarkozy : Identité nationale = valeurs de la République = civilisation chrétienne.
• L’«identité nationale» au miroir des sciences sociales, La vie des idées.
• Colloque 1914-1918 : les identités sociales et nationales en guerre, Lundi 01 février 2010 à Laon et Craonne, Calenda.
Le patriotisme et la défense de la nation sont des enjeux centraux pour les sociétés en guerre. Mais les identités nationales sont elles-mêmes construites et complexes. Elles revêtent des sens différents dans les Etats-nations et les empires multinationaux, pour les minorités nationales (Alsaciens, Polonais, Irlandais, Tchèques, Baltes…) et les soldats coloniaux. Elles s’articulent à des identités locales (la patrie et la « petite patrie ») et se construisent par des pratiques et des interactions multiples, à l’armée, à l’arrière, à l’école, dans la sphère culturelle. Qu’en est-il des identités lorsqu’il s’agit de citoyens d’une république ou d’une monarchie constitutionnelle, ou de sujets dans un système autoritaire traditionnel ? Où se situent les points de rupture dans les deux cas ? Un tel questionnement sera mené à travers la comparaison entre France, Italie, Russie, par exemple. De même la dimension coloniale pourrait comparer l’impact de la guerre sur les identités de troupes australiennes (dominion de race blanche de l’Empire britannique) et d’Afrique noire, ou d’Algérie où coexistaient colons et « indigènes ». Leur présence sur le Chemin des Dames fournira un exemple significatif. D’un autre côté, la prégnance du national et du nationalisme fait ressortir les identités alternatives : que signifie en 1914-1918 être neutre, internationaliste, européaniste ?
• Dossier documentaire & Bibliographie Immigration, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Racisme, Monde en Question.

Propagande guerrière


Kraus a reconnu en 1933 (comme il l’avait déjà fait en 1914) qu’un appareil de propagande avait été mis en place pour justifier une agression militaire. Mon hypothèse est que sa critique peut être considérée comme un «paradigme» : soixante-dix ans plus tard, ses catégories-clés sont toujours valables, et elles peuvent s’appliquer à la guerre qui a débuté en mars 2003 avec l’invasion de l’Irak. Certains optimistes prétendront sans doute que la situation actuelle est complètement différente : nous avons aujourd’hui une presse plus critique et plus indépendante, sans compter les autres médias qui, comme la télévision et l’Internet en particulier, garantissent la liberté d’expression. La réponse de Kraus est que «la liberté de la presse» est pour l’essentiel un mythe. Un journal indépendant ou une chaîne de télévision indépendante, cela ne saurait exister. Tous sont soumis aux pressions des propriétaires, des annonceurs, des intérêts de classe et des idéologies nationalistes. De surcroît, en période de crise, le contrôle effectif des médias passe aux mains des responsables politiques et militaires qui sont bien décidés à diffuser leur propagande belliciste.

La critique que fait Kraus des liens entre le militarisme et les médias constitue l’un des aspects les plus prophétiques de son œuvre. Nous pourrions conclure sur un exemple simple et assurément paradigmatique : l’affaire Friedjung. En 1908, l’historien néoconservateur Heinrich Friedjung publia un article dans le principal quotidien du pays, la Neue Freie Presse ; il y faisait état de documents censés prouver que l’Autriche était menacée de trahison et de conspiration dans les Balkans. Il s’agissait de justifier une attaque préventive contre la Serbie. Mais la menace de guerre s’évanouit, et l’Autriche réussit à annexer la Bosnie-Herzégovine sans recourir à la guerre prévue. Un an plus tard, Friedjung fut poursuivi pour diffamation par les hommes politiques croates qu’il avait faussement accusés de trahison. Ses «documents» se révélèrent être des faux, fabriqués par le ministère des Affaires étrangères autrichien, et Friedjung subit une humiliation publique.

[…]

Évoquons maintenant le parallèle le plus récent : les faux documents de Colin Powell et des gouvernements américain et britannique. Les preuves utilisées pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003 se sont révélées aussi fausses que celles invoquées dans l’affaire Friedjung. Mais aucun tribunal américain ou anglais n’a réussi à condamner les dirigeants politiques responsables de ce faux scénario, qui a pourtant coûté d’innombrables vies humaines. Les photos de bases ennemies présentées par le secrétaire d’État américain Colin Powell aux Nations unies pour justifier l’attaque contre l’Irak relevaient davantage des ficelles de la communication que du renseignement fiable. Nous savons aujourd’hui qu’il n’y avait pas d’«armes de destruction massive» en Irak, et que Saddam Hussein n’avait rien à voir ni avec Al Qaida ni avec les attentats contre les Twin Towers. Mais, pendant des mois, ces fables élémentaires ont été rabâchées par les médias patriotiques avec une telle insistance que la majorité des membres du Parlement britannique et du Congrès américain ont fini par les croire. Le fiasco Friedjung se répétait, mais cette fois c’était l’Amérique qui était prétendument en danger : l’Angleterre et la puissance militaire dominante devaient «se serrer les coudes».

Edward Timms, Karl Kraus & la construction de la réalité virtuelle, Agone n°35-36, 2006.

Lire aussi :
• Dossier documentaire & Bibliographie Karl KRAUS, Monde en Question.
• 12/08/2006, MALER Henri, La guerre d’Afghanistan de 2001 (1) : Guerre des mots, mots de la guerre, Acrimed.
• 12/08/2006, MALER Henri, La guerre d’Afghanistan de 2001 (2) : Guerre des mots, mots de la guerre, Acrimed.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie 11 septembre 2001, Monde en Question.

Les âmes de Verdun


GRASSET Philippe (avec des photographies de Bernard Plossu et Michel Castermans), Les âmes de Verdun, Editions Mols, 2008.

Véritable album photographique, «Les âmes de Verdun» contient une centaine de photos de Bernard Plossu et de Michel Castermans en arrière-plan et en accompagnement du texte de Philippe Grasset.

Cet album propose une nouvelle appréciation de la bataille de Verdun, à l’occasion de visites faites sur le site de la bataille.

Cette appréciation inédite et non conventionnelle fait de la bataille un événement d’une très grande signification, à la fois dans la Grande Guerre elle-même et dans l’histoire de notre temps, celui qui débordant la Grande Guerre, va jusqu’à notre époque.

Pour les auteurs, la bataille de Verdun est, au-delà des conditions de la guerre, un affrontement entre l’homme et le machinisme, représenté par la technologie guerrière la plus avancée. De ce point de vue, la bataille de Verdun illustre la crise de la modernité dont nous vivons aujourd’hui encore un épisode paroxystique et peut-être ultime. Le paroxysme de Verdun rejoint le paroxysme de ce début du XXIe siècle.

La présentation en album contenant une étude photographique du lieu de la bataille, tel qu’il existe aujourd’hui, permet de renforcer décisivement cette interprétation. La dimension artistique exceptionnelle des photographies restitue le caractère unique de cet événement, sa puissante et poignante dimension humaine.

Lire aussi :
Les âmes de Verdun
• Verdun et les 3 cercles de l’enfer, Dedefensa
• Critique, Europe Solidaire
• Entretien, La Vieille Europe sur Radio Courtoisie
• GRASSET Philippe, Le monde malade de l’Amérique – La doctrine américaine des origines à nos jours, Chronique sociale, 1999 et 2003
• GRASSET Philippe, Chronique de l’ébranlement – Des tours de Manhattan aux jardins de l’Elysée, Editions Factuel, 2003 et Editions Mols, 2004
• Maudite soit la guerre, Monde en Question

Maudite soit la guerre


Revue de presse française, NouvelObs

MIDI LIBRE
Objet de la guerre de tranchée verbale : le nombre trop important (12) de commémorations. Excès de « communautarisme », multiplication des journées de repentance pour « satisfaire des groupes de victime » pour les uns et « concurrence néfaste des mémoires » pour les autres. Pas de drapeau blanc sur le front des petites phrases. Initier le débat, susciter la réflexion avec des morts tombés pour la France réduirait à donner des échelles de valeurs inacceptables. La mémoire d’un poilu vaut-elle davantage que celle d’un Français pris dans le piège indochinois ? Les familles qui se souviennent de Diên Biên Phu tous les 8 juin le penseront. Les Harkis aussi le 25 septembre. Et les rapatriés également le 5 décembre. Pour eux, il n’y a pas de petite guerre, ni de grande guerre. Il y a des morts. Revenir en arrière et caler nos commémorations sur trois dates comme le préconise le rapport de l’historien André Kaspi apparaît désormais inconcevable. Politiquement trop dangereux.

Yahoo! Actualités :
Première Guerre mondiale
Afghanistan
Irak
Israël-Palestine

Que maudite soit la guerre
Monument aux morts d’Equeurdreville (Manche)

La Bataille socialiste

20 avril 1915 : les “fusillés pour l’exemple” étaient des ouvriers maçons de la CGT, Libération

Les fusillés pour l’exemple de Flirey s’ajoutent à ceux de Vingré, Fontenoy, Fleury, Mouilly, Montauville… En quatre ans, 2.400 poilus auront été condamnés à mort et 600 exécutés, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.

11 novembre : le sacrifice oublié des « poilus d’Orient », Le Courrier des Balkans

Alors que les commémorations des 90 ans de l’armistice de la Première Guerre mondiale battent leur plein en Europe, tout le monde semble avoir oublié l’histoire et le sacrifice des « poilus d’Orient ». En septembre 1918, alors qu’à l’Ouest on s’épuise dans d’inutiles sacrifices, les forces françaises et serbes enfoncent le front de Salonique et défont les armées bulgare, turque, autrichienne et hongroise. Retour sur l’histoire peu connue de l’armée d’Orient, surnommée avec mépris celle des « Jardiniers de Salonique ».

Le champ de bataille des historiens, La vie des idées

Quatre-vingt-dix ans après, que dire de neuf sur la Grande Guerre ? Jean-Yves Le Naour revient sur les conflits d’interprétation qui divisent les historiens. Consentement ou contrainte, culture ou pratiques, histoire ou mémoire : la guerre de 14-18 est loin d’être terminée !

La Guerre 14-18 : La couleur des larmes – Les peintres devant la Première Guerre mondiale, Art

La Grande Guerre a duré quatre ans. Elle a provoqué la mort de huit millions d’hommes. Elle a déterminé l’effondrement de trois empires, à Berlin, à Vienne et à Moscou. Elle a ruiné des provinces sur les fronts occidental et oriental. Elle a été la première guerre industrielle, celle des inventions techniques incessantes, des productions massives, des mobilisations générales de toutes les ressources humaines, économiques, mécaniques. Ses victimes étaient de toutes nationalités et de toutes origines, d’Europe, d’Amérique du Nord, des nations du Commonwealth et des peuples colonisés, en Inde, en Indochine, en Afrique. Elle s’est faite partout, sur terre et sous terre, sur l’eau et sous l’eau, dans les airs. Elle s’est faite par tous les moyens, des charges de cavalerie aux corps à corps des tranchées, des bombardements aux chars d’assaut, des gaz au phosphore. Le guerrier n’y a plus guère été que le serviteur et la victime de la machine.

Nouvel album de Jean-Pierre Gibrat sur la guerre de 14-18, Bakchich

Le dessinateur Jean-Pierre Gibrat fête à sa manière les 90 ans de la guerre de 14-18 avec un album saisissant, « Mattéo ». Une nouvelle série sur les conflits du XXème siècle.

KOSSYREV Dmitri, L’Armistice de 1918 comme prémisse de la Seconde Guerre mondiale, RIA Novosti

C’est qu’à l’heure actuelle, les principales puissances mondiales font précisément ce qu’elles ont fait après 1918. Elles sont en train de créer un nouveau système global de gestion des relations internationales. Il est clair que les années qui ont suivi l’année 1991 étaient du temps perdu. Si à l’époque de la guerre froide, la gestion du monde était plus ou moins contrôlée (grâce à la peur ainsi qu’aux accords entre les Etats-Unis et l’URSS qui étaient respectés), aujourd’hui, il semble être complètement chaotique, et les Nations unies n’y peuvent rien. En voici seulement deux exemples. Les Américains ont formé les Talibans pour qu’ils affaiblissent l’URSS en Afghanistan. Par la suite, les Talibans ont retourné leur colère contre leurs anciens maîtres, ce qui s’est achevé par le 11 septembre 2001. Dans le même objectif, les Américains ont préparé le régime de Saakachvili en Géorgie, mais ce dernier leur a joué un sale tour en attaquant l’Ossétie du Sud les 7 et 8 août dernier. Dans les deux cas, les deux grandes puissances étaient incapables de faire quoi que ce soit pour remédier à ce genre de situation.

Retrait d’Irak : Washington capitule, Cyberpresse

Dans les jours qui ont suivi les élections du 4 novembre, les États-Unis ont perdu la guerre d’Irak.
La défaite n’est pas militaire, elle est politique : face au durcissement du premier ministre Nouri al-Maliki, Washington a dû accepter de retirer toutes ses troupes d’Irak en 2011, de les voir tomber sous les lois irakiennes, et de n’y laisser aucune force après 2011, même pas pour former les Irakiens.