Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: Géopolitique

Les théories de la Géopolitique


Malgré la popularité acquise désormais par la géopolitique, malgré l’usage devenu courant, et parfois de manière inconsidérée, du vocable, et en dépit de la prolifération des articles, revues, livres et atlas excipant d’elle, le doute n’est toujours pas vraiment levé quant à son existence comme discipline authentique ; c’est à dire dotée d’un objet propre, de concepts et de méthodes d’investigation et d’exposition appropriés. Ni parmi les universitaires, ni dans le grand public, la géopolitique n’impose complètement la stature d’un cadre d’expertise. La faute de tout cela incombe à une sémantique dispersée et imprécise, à une approximation terminologique qui altère sa propre définition, à l’empirisme des travaux qui se revendiquent d’elle et qui ne démontrent rien. Certes, il ne faut pas trop noircir le tableau parce que la conscience de ces insuffisances existe, et qu’au gré des publications, on trouve heureusement de nombreuses analyses factuelles pertinentes et fortement instructives. Par ailleurs, il faut se dire que la géopolitique ne sera jamais une science pure, et cela pas plus et pas moins que n’importe laquelle des autres « sciences sociales » qui ont toutes montré leurs limites. Cette terminologie, rappelons le, faisait frémir Claude Lévi-Strauss parce qu’il voyait en elle une imposture.

Les théories de la Géopolitique, L’espace politique

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Ent’revues – la Revue des revues
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L’effarement d’Israël


C’est ce qui s’appelle un état de sidération. Depuis les débuts tunisiens de ce printemps arabe et depuis, surtout, que le président égyptien avec lequel ils entretenaient des liens tellement étroits est apparu menacé, les Israéliens semblent frappés de paralysie intellectuelle, plongés qu’ils sont dans un mutisme effaré rompu seulement par de rares et incohérentes déclarations.

Hormis quelques personnalités intellectuelles et Shimon Pérès, prix Nobel de la paix et chef de l’Etat sans pouvoir, qui ont applaudi ce vent de liberté, c’est le silence radio à Jérusalem, comme si ni la gauche, ni le centre, ni la droite au pouvoir ne savaient que penser et, de fait, ils ne le savent pas. On aurait pu imaginer que la gauche profite de ce printemps pour se remobiliser et sommer la coalition gouvernementale de tendre la main aux manifestants arabes mais cette gauche éclatée n’a plus de troupes depuis que l’impasse du processus de paix a découragé et dispersé le camp de la paix israélien. Autrefois si militante et ardemment pacifiste, la jeunesse israélienne s’est réfugiée dans l’individualisme et ne croit plus qu’au plaisir et à la réussite individuelle quand elle n’émigre pas purement et simplement.

Le centre alors, plus fort et premier des partis en nombre de députés, aurait pu presser Benjamin Netanyahu de relancer les négociations avec les Palestiniens mais on ne l’entend pas car il est bien conscient que, dans un paysage régional aussi bouleversé, il ne peut pas seulement s’agir de faire miaintenant ce qu’il aurait souhaité qu’il soit fait plus tôt. Le centre se tait parce que, sans certitude que l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe puissent garantir, demain, la coexistence pacifique d’Israël et d’un Etat palestinien, il en vient à considérer que la paix est devenue plus risquée qu’hier.

Quant à la droite, elle est partagée entre ceux qui n’ont jamais voulu de la paix et en voudraient moins que jamais dans ce nouveau contexte et ceux -dont le Premier ministre- qui commencent à mesurer que l’isolement diplomatique d’Israël a toutes chances d’être accru par ce changement de donne régional.

Les faits sont là. Considérant que le statu-quo arabe n’est plus tenable, les Américains ont très vite joué la carte du changement et continuent de le faire. Avec un temps de retard et beaucoup plus d’inquiétude, les Européens se rallient à cette position. L’un dans l’autre, le souci prioritaire des Occidentaux est désormais de consolider leurs positions dans des mondes musulmans en transition vers la démocratie. Ils seront d’autant moins disposés, Américains compris, à laisser leur solidarité avec Israël compromettre les chances qui s’offrent à eux au sud et à l’est de la Méditerranée que l’actuel gouvernement israélien a refusé, depuis deux ans, d’entendre leurs appels au compromis et que l’image internationale d’Israël s’est considérablement dégradée.

Israël doit aujourd’hui repenser toute sa diplomatie car, maintenant que l’islamisme fait moins peur et que l’état de droit et la démocratie vont lentement, très lentement mais tout de même progresser dans la région, il ne pourra plus aussi allégrement ignorer le droit international qu’auparavant. Israël doit accompagner le printemps arabe et vite, très vite, trouver les moyens et la manière de le faire.

Géopolitique

Écouter aussi : Israël face aux révolutions arabes, Du Grain à moudre.

Selon une analyse du célèbre éditorialiste de gauche Gideon Lévy, la révolution Egyptienne est une bonne nouvelle pour le monde entier et aussi pour Israël. Mais ce n’est pas, de loin, ce que semblent penser ses compatriotes, et son gouvernement, qui craignent que la nouvelle donne nuise aux intérêt de leur pays car la « rue arabe » est solidaire du peuple palestinien et hostile à Israël. Et puis quel le rôle seront appelés à jouer les mouvements d’opposition islamistes dans les transitions politiques à l’œuvre ?

Lire aussi :
Chronique Colonisation de la Palestine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
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Revue des podcasts Culture


Culture Académie propose l’écoute gratuite de conférences, classées par rubriques et sous-rubriques et par institutions. À l’heure où les médias dominants prétendent que la démocratie n’existerait pas sans la presse payante (lire l’éditorial de L’im-Monde), il faut rappeler à ces vendus aux marchands d’armes que les revues scientifiques sont accessibles gratuitement (lire L’information n’est pas à vendre). Qu’on se le dise !

24/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

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Histoire des Empires


Le XXIème congrès international des sciences historiques, rendez-vous quinquennal des historiens du monde entier, s’est tenu la semaine dernière à Amsterdam.
Un des thèmes principaux qui y a été abordé est celui des empires. On y a parlé des empires finissants, des empires coloniaux et de la mondialisation que la projection de l’Europe hors de ses frontières avait produite.

Comment naît un empire ?
Gilles Veinstein, titulaire de la chaire d’histoire turque et ottomane au Collège de France depuis 1999, nous explique comment ces « beys de la frontière », souverains d’un territoire périphérique à l’Islam de l’époque, frontaliers de l’empire byzantin finissant, se sont transformés, dès le XIV ème siècle, en fondateurs d’empire.
Une fois Constantinople conquise, ils ont d’ailleurs fait de cette ville leur capitale alors qu’ils auraient pu la détruite ou la marginaliser. Ils ont d’ailleurs endossé la succession des Césars tout en revendiquant progressivement le titre de protecteurs des lieux saints de l’Islam.
La Fabrique de l’Histoire

Comment et par qui un empire est-il dirigé ?
Alors que les discussions du XXI ème congrès international des sciences historiques d’Amsterdam sur les empires se sont à peine terminées, la Fabrique lance le débat sur les élites d’Empire.
Quelles relations les élites impériales entretiennent-elles avec les élites autochtones ? Quelle place revient aux privilèges de la naissance ou à la méritocratie dès lors qu’il s’agit de diriger un territoire conquis, nouvellement entré dans l’empire ?
En prenant à la fois l’exemple de l’empire napoléonien et des empires coloniaux, nous tentons de définir quelques problématiques communes liées à la formation et au recrutement de ces élites qui doivent maintenir l’influence impériale loin de la métropole tout en comprenant les besoins d’autonomie et d’expression particulière des territoires qu’ils gouvernent.
La Fabrique de l’Histoire

La fin de l’empire romain, qui a tant obsédé l’Europe depuis le XVIII ème siècle, n’a pas toujours été vue comme une chute. Au Moyen-Age au contraire, les penseurs des histoires universelles, chargés de raconter l’histoire du monde, plaidaient à toute force pour une continuité entre l’empire romain, celui de Charlemagne et le Saint Empire Romain Germanique.
Plus tard, à l’époque moderne, des fondateurs d’empire, tels les souverains espagnols ne se considéraient comme tels qu’en tant que successeurs de Charles Quint , lui même porteur de la qualité impériale romaine.
Le thème de la chute des empires s’est curieusement popularisé au XIX ème siècle, alors même que de nouveaux types d’empires se créaient : les empires coloniaux. Et que l’on se demandait ce qui, de la forme impériale et de la forme nationale, servait le mieux les intérêts des peuples.
La Fabrique de l’Histoire

Table ronde : Géopolitique des congrès d’histoire
La Fabrique de l’Histoire

Tout empire périra


Le magazine L’Histoire consacre son dernier numéro (n°48 – 07/2010) au thème Comment meurent les empires.

En 1981, Jean-Baptiste Duroselle, grand spécialiste de l’histoire des relations internationales, titrait ainsi ce qui reste l’un de ses plus fameux livres. Tout empire périt. Et c’est justice. Car l’empire, fruit de la volonté de puissance et de la conquête, porte en lui le gouvernement par la force, la contrainte des peuples, la soumission, voire la terreur. De ces constructions nées de la démesure, la destinée annoncée est l’effondrement.
« Tout empire périra »

Lire aussi :
• DUROSELLE Jean-Baptiste, Tout empire périra – Théorie des relations internationales, Publications de la Sorbonne, 1981 [Politique étrangère 1981Politique étrangère 2000Oboulo].
• BATTISTELLA Dario, La notion d’empire en théorie des relations internationales, Questions internationales – Les empires, Questions internationales n°26 Juillet/Août 2007.
• CHITOUR Chems Eddine, 2025 : Déclin de l’Occident et avènement de l’Orient, Le Grand Soir, 14 avril 2010.
• HOBSBAWM Eric, Du déclin des Empires, Le Monde diplomatique, Novembre 2008.
• RAMONET Ignacio, L’empire américain, Le Monde diplomatique, Février 1997.
Dossier documentaire & Bibliographie Géopolitique, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.

L’impérialisme, le spectre du XXe siècle


Shûsui KÔTOKU, L’impérialisme, le spectre du XXe siècle, [1901], CNRS Editions, 2008 [L’OURSRéseau Asie].

Voici, enfin traduit en français, le texte fondateur de la gauche radicale japonaise.
Dès sa parution en 1901, cette charge au vitriol contre les nationalistes de l’ère Meiji suscite une intense polémique et s’attire les foudres de la censure nipponne, qui interdira l’ouvrage jusqu’en 1952 !
Hymne à la fraternité entre les peuples, profession de foi révolutionnaire autant que manifeste pacifiste et internationaliste, ce livre anticipe les dérives du militarisme japonais, la guerre contre la Russie, l’annexion de Taiwan et de la Corée.

La plus grande originalité de ce texte, quinze ans avant le célèbre L’Impérialisme, le stade suprême du capitalisme de Lénine est la dénonciation de l’impérialisme japonais au même titre que celle des puissances occidentales : c’est une rupture fondamentale avec le nationalisme devenu le courant idéologique et politique dominant dans ses différentes variantes au cours de la décennie précédente.

Lire aussi :
• Shūsui Kōtoku, Dictionnaire historique du Japon
• Les anarchistes – En Extrême-Orient aussi…, Le Monde diplomatique
• LAURENS Henry, L’empire et ses ennemis – La question impériale dans l’histoire, Seuil, 2009 [NonfictionNouvelObs].
Une brève histoire croisée de l’impérialisme et des anti-impérialismes.
Peut-on parler d’un « empire américain » ? La France et la Grande-Bretagne doivent-elles se repentir de leur passé colonial ? Les Palestiniens des territoires occupés vivent-ils sous le joug d’un « néo-colonialisme » ? La question impériale ne cesse de travailler la conscience politique occidentale. Mais elle reste l’une des moins bien comprises de l’historiographie moderne. Ses formulations théoriques les plus abouties sont venues des adversaires de l’impérialisme. Or leurs critiques ont souvent manqué leur cible. Une étrange histoire parallèle des puissances impériales et de leurs dénonciations depuis le XIXe siècle montre une constante inadéquation entre les faits et les idées. Explorant ce long héritage de conquêtes et de dominations, de contestations et d’indépendances, Henry Laurens entreprend d’élucider cette histoire double – celle de l’empire et celle de ses ennemis – qui a largement façonné le monde dans lequel nous vivons.
• NKRUMAH Kwame, Le néo-colonialisme – Dernier stade de l’impérialisme, [1965], Présence africaine, 2009 [Archive Internet des Marxistes].
«L’essence du néo-colonialisme, c’est que l’État qui y est assujetti est théoriquement indépendant, possède tous les insignes de la souveraineté sur le plan international. Mais en réalité, son économie, et par conséquent sa politique, sont manipulées de l’extérieur.»
Dans cet ouvrage important, Kwame Nkrumah analyse les rouages du capitalisme monopolistique international en Afrique et démontre que le néo-colonialisme, insidieux et complexe, est encore plus dangereux que le vieux système colonial.
• MAUREL Chloé, Géopolitique des impérialismes – Constats et enjeux, Studyrama, 2009 [IRICE].
Qu’est-ce que l’impérialisme ? Comment a-t-il évolué au cours du temps ? Qui sont les grands penseurs du concept d’impérialisme et quelles sont leurs analyses ? Comment se manifestent les impérialismes dans le monde aujourd’hui ? Quels en sont les acteurs essentiels et comment agissent-ils ?
Clair et documenté, cet ouvrage apporte une mise au point rigoureuse sur ce phénomène essentiel qui suscite souvent des controverses enflammées. Par sa perspective historique et les nombreux exemples concrets et actuels qu’il analyse, il permet de mieux comprendre les grands enjeux politiques, géopolitiques, économiques, sociaux et culturels du monde actuel.
• MAZOMER Mark, No Enchanted Palace – The End of Empire and the Ideological Origins of the United Nations, Princeton University Press, 2009 [La vie des idées].
Et si l’ONU n’avait jamais été conçue pour défendre le droit des peuples et les minorités ? C’est la thèse, délibérément provocatrice, que soutient l’historien Mark Mazower dans son dernier livre, No Enchanted Palace. Une relecture stimulante et désenchantée des origines intellectuelles et politiques des Nations Unies.
Dossier documentaire & Bibliographie Économie politique, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.

Le déclin précipité de l’hégémonie américaine


Les prédictions sur un probable déclin de l’hégémonie américaine sont récurrentes. La CIA elle-même s’était récemment livrée à cet exercice, prévoyant qu’à l’horizon 2025, le statut des USA serait révisé à la baisse et leur latitude d’action diminuée d’autant. Mais la crise économique a dramatiquement accéléré la marche de l’histoire. Lors de son audition par les sénateurs américains au printemps dernier, l’économiste Martin Wolf avait annoncé que la crise allait « porter un coup dévastateur à la crédibilité et la légitimité des États-Unis à travers le monde. » Aujourd’hui, les indices de cet affaiblissement sont déjà sensibles sur tous les fronts. Michael Klare en recense six, parmi lesquels le remplacement du G7 par le G20, la remise en cause du dollar, le rôle accru du groupe BRIC, le renforcement des liens entre l’Iran et la Chine, et le refus des alliés d’envoyer des renforts en Afghanistan. A ce catalogue il conviendrait d’ajouter le récent refroidissement des relations avec le Japon, sans oublier la nouvelle orientation de la Turquie, qui elle aussi resserre ses liens avec l’Iran et s’éloigne d’Israël. Bienvenue donc, dès aujourd’hui, dans ce nouveau monde des années 2025.

Lire la suite… ContreInfo d’après TomDispatch repris par The Nation

Philippe Grasset, en reprenant cet article, va plus loin mais sans argumenter sa thèse :
La question centrale devient alors, aujourd’hui de savoir si, et si oui dans combien de temps, la situation présente (« la puissance des USA s’effondre ») risque-t-elle de se transformer en cette situation hypothétique mais selon nous inéluctable (« les USA s’effondrent »). Notre première réponse est que, désormais, le « quand » a complètement supplanté le « si », désormais passé du stade de la question au stade de l’affirmation; notre seconde réponse est que le « quand » risque de concerner un délai très rapide, en fonction de la rapidité des événements et des pressions d’une communication qui continue à farder la réalité au profit du virtualisme en accentuant ainsi tension et pression. Notre constat est que les conséquences sur les relations internationales et, surtout, sur la perception psychologique du poids et de la légitimité du système de l’américanisme dans ces relations, avec sa mise en cause radicale, seront considérables, très rapides et bouleversantes. C’est notre thèse sur les effets de la disparition dans notre psychologie collective du mythe de l’American Dream.
Dedefensa

Lire aussi :
• Michael T. KLARE, Wikipedia.
• Michael T. KLARE, The Nation.
• Michael T. KLARE, TomDispatch.
• Michael T. KLARE, ContreInfo.
• Michael T. KLARE , Géopolitique de l’effervescence, Le Monde diplomatique.
• Après la chute de l’URSS, celle des USA ?, Monde en Question.
• Les empires ont une courte durée de vie, Monde en Question.
• La fin de l’Empire américain (1), Monde en Question.
• La fin de l’Empire américain (2), Monde en Question.

Guerre contre le dollar


Certains croyaient qu’il existait un accord implicite entre les Etats-Unis et la Chine : les premiers acceptaient la sous-évaluation massive du yuan, mais obtenaient en échange de la seconde un financement indéfectible de la dette publique américaine, et la reconnaissance du dollar comme seule vraie monnaie de réserve. On l’a même appelé « l’accord Bretton Woods 2 ». Or depuis juillet 2008, et jusqu’à la visite du président brésilien Lula à Pékin, hier, tout indique que cet accord, s’il a jamais existé, n’existe plus.

Dès juillet dernier, on vit ses premières fissures. Les dirigeants chinois interrompent, unilatéralement et sans avertissement préalable, le processus de réévaluation très graduel du yuan contre dollar qu’ils avaient accepté sous la pression du Congrès américain (de 8,28 yuans pour 1 dollar en juillet 2005 à 6,85). Quand le cours équilibrant se situe sans doute à 2 yuans pour 1 dollar, on mesure la provocation que cette interruption soudaine signifiait pour les dirigeants américains.

Au même moment, l’organisme qui gère les réserves de change de l’Etat chinois décide de sortir des obligations Agencies (Freddie Mac et Fannie Mae) pour se concentrer sur les seules obligations du Trésor américain. Ils accentuent ainsi la crise des Agencies, et contraignent monsieur Paulson à les nationaliser le 7 septembre pour un coût de 200 milliards de dollars. Un stress qui conduira les dirigeants américains à lâcher Lehman Brothers huit jours plus tard. La Chine ne jouant plus le jeu, la panique s’était emparée de l’administration américaine.

L’arrivée d’Obama à la présidence des Etats-Unis ne ramènera pas la Chine à plus de coopération. En janvier 2009, sans doute pour décourager la nouvelle administration d’exiger une réévaluation du yuan, la Chine interrompt ses achats d’obligations du Trésor à plus de deux ans ; elle ne les reprendra qu’en mars, et pour un montant limité, après que Tim Geithner, nouveau secrétaire au Trésor, a dissuadé publiquement ses partenaires du G7 de réclamer l’inscription du yuan à l’agenda du G20 suivant.

En clair, la Chine entend bien continuer à capitaliser sur son commerce extérieur l’avantage que lui donne la sous-évaluation massive du yuan. Pour autant, elle n’entend plus financer le déficit public américain, ni soutenir le dollar comme monnaie de réserve. En mars, le numéro deux chinois, Wen Jiabao, et le gouverneur de la banque centrale, M. Zhou, dénigraient la capacité du dollar à se maintenir comme monnaie de réserve et pointaient la nécessité de son remplacement à terme par une monnaie non nationale : un nouveau DTS.

Au même moment, la Russie annonçait vouloir remplacer le dollar par une monnaie non nationale avec l’aval des autres pays du BRIC (Brésil, Inde et Chine) ainsi que de la Corée du Sud et de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, la Chine et le Brésil, qui ont des réserves de change considérables, ont refusé de s’inscrire comme les pays du G7 dans les accords d’emprunt en dollar du FMI, accords qui visent à protéger de la crise mondiale les pays émergents en difficulté (Mexique, Turquie, Pologne, etc.). S’ils ont consenti le 23 mars à financer le FMI, c’est à la condition expresse que, pour la première fois de son histoire, il se finance par émission d’obligations, et ce libellées en DTS et non en dollar.

Dans le même esprit, la Chine révélait, le 27 avril, que ses réserves d’or s’élevaient, non pas à 400 tonnes d’or comme affirmé depuis 2003, mais en réalité à 1.000 tonnes. Tout est bon pour déconsidérer le dollar et convaincre les pays tiers (les pays du Golfe en particulier) de le répudier comme monnaie de réserve et comme monnaie de règlement. Enfin, dernier coup porté au billet vert, le 18 mai, le Brésil et la Chine, à l’occasion d’un voyage du président Lula à Pékin, annoncaient qu’ils n’utiliseraient plus le dollar comme moyen de règlement dans leurs échanges bilatéraux.

Dans ces grandes manœuvres visant à mettre en cause le privilège du dollar tout en conservant pour elle une monnaie sous-évaluée, la Chine joue donc un rôle central. Une évolution hautement géopolitique. Comme l’a rappelé Adam Poser, du Peterson Institute, « le gouvernement américain a toutes les raisons de croire que le dollar doit rester la devise de référence du commerce international.

C’est une question géopolitique autant que monétaire. Il offre la meilleure sécurité possible aux Etats-Unis dans l’économie mondiale ». Les Chinois comme les Russes semblent ne pas avoir oublié que c’est en finançant la guerre des étoiles par le dollar, monnaie de réserve, que les Etats-Unis de Reagan avaient défait l’URSS de Brejnev.

Antoine Brunet
19/05/2009
La Tribune

Une nouvelle configuration de l’ordre international


Et l’Amérique latine dans la crise ?, Géopolitique

Dans le tourbillon des mauvaises nouvelles qui ont retenu l’attention des médias en France et en Europe, peu d’échos nous sont parvenus d’Amérique latine. Or, l’évolution du continent reflète des changements géopolitiques majeurs liés naturellement aux glissements de terrain que l’on observe sur le plan économique. 

La Chine a publié son premier document sur sa politique vis-à-vis de l’Amérique latine et des Caraïbes, Xinhua – Le Quotidien du Peuple

Yang Jiechi, le ministre chinois des Affaires étrangères, a indiqué mercredi qu’il s’agissait d’une importante affirmation diplomatique montrant que la Chine attache une grande importance à ses relations avec ces régions. 

La Chine en Amérique latine, Perspectives chinoises

Pendant un demi-siècle la République populaire de Chine n’a porté qu’un intérêt limité à l’Amérique latine, une région où les Etats-Unis exerçaient une véritable hégémonie politique et économique. Cette époque d’indifférence est révolue. Depuis cinq ans, la Chine multiplie les investissements du Rio Grande à la Terre de feu et figure désormais parmi les premiers partenaires commerciaux du Brésil, de l’Argentine et du Chili. Cette présence suscite toutefois inquiétudes et interrogations tant en Amérique latine qu’aux Etats-Unis peu enthousiastes à l’idée de voir Pékin s’immiscer dans cette région. La Chine se heurte aussi aux ambitions de l’Inde, également préoccupée par son approvisionnement en matières premières. 

La crise économique : causes et effets, RIA Novosti

A l’heure actuelle, les experts économiques cherchent fiévreusement une réponse à la question de savoir quel pays sera le moins touché par cette tempête économique, mais aussi quelle économie constituera un « havre de paix » pour les investisseurs. L’Extrême-Orient avec la Chine en tant que leader régional ont été les premiers candidats à ce rôle. 

En effet, pourquoi pas ? Il y a un an, on prédisait que la Chine pourrait jouer le rôle de nouveau centre mondial, et le yuan chinois devrait devenir, dans les 30 années à venir, au moins la troisième monnaie mondiale après le dollar et l’euro. Au cours de ces vingt dernières années, l’économie de « l’Empire Céleste » croissait à raison de 10% par an; cette région recèle 80% du potentiel mondial de production. A la fin de l’année dernière, cinq « blue chips » chinois et seulement trois entreprises américaines faisaient partie du Top-10 des compagnies ayant le niveau de capitalisation le plus élevé. Enfin, Jim Rogers et Warren Buffet, des hommes parmi les plus riches du monde, ont converti en yuans et en actions de compagnies chinoises les actifs en dollars qu’ils détiennent.

[…]

L’Asie s’est révélée mal préparée à devenir un débouché de réserve, qui s’avère tellement important lorsqu’une crise financière risque de dégrader la capacité d’achat des habitants du Vieux et du Nouveau monde. La population pauvre de la Chine et de l’Inde n’est tout simplement pas prête à consommer. Au début du XXIe siècle, les dirigeants chinois ont déployé de grands efforts en vue d’accroître les échanges commerciaux de détail à l’intérieur du pays. Il leur a fallu augmenter les salaires ainsi que la masse monétaire. Mais la population a consacré la plupart de ces sommes supplémentaires à faire des économies et non à consommer. Selon certaines estimations, la croissance des dépôts bancaires dans le pays dépasse non seulement celle des échanges commerciaux, mais également celle de la masse monétaire. La majorité des Chinois économisent pour s’assurer une vieillesse sécurisée, pour payer l’éducation de leurs enfants et les soins médicaux, et 70% du PIB chinois sont réalisés en dehors du pays.

Opep : une nouvelle baisse de la production envisagée si le baril reste sous les 70 dollars, AFP – Google

« Nous avons toujours dit que notre objectif c’est un baril entre 70 et 90 dollars. Si le baril n’atteint pas ce niveau il y aura probablement une autre réduction. Mais il faut un consensus entre douze membres (de l’Opep). Et chacun à des intérêts », a dit M. Khelil au cours d’une conférence-débat à Alger au forum du quotidien gouvernemental El Moudjahid.
[…]
Pour M. Khelil, les pays industrialisés sont entrés « en phase de récession en raison de la crise financière qui les affaiblit et qui devrait se poursuivre en 2009 », entraînant « une forte contraction de la demande pétrolière » et obligeant l’Opep à « ajuster sa production ».
[…]
Mais « ne comptez pas sur nous pour vous renflouer parce que nous sommes pour la plupart des pays pauvres. Nous ne pouvons pas sortir (les autres pays) de la crise », avait prévenu le 28 octobre Abdallah el-Badri, secrétaire général de l’Opep au cours d’une conférence à Londres. 

Golfe arabo-persique : Les pétromonarchies arabes face à un triple péril, René Naba

Première partie :
Le G20, une nouvelle configuration de l’ordre international.
L’anglosphère Wasp (white anglo saxon protestant) ne constitue plus le centre de l’Amérique, pas plus que les Etats-Unis ne constituent plus désormais le centre de l’Occident, ni l’Occident, le centre du monde.
Deuxième partie :
I – les pétromonarchies : Une préfiguration futuriste des cités marchandes de l’avenir, rivaux contemporains de Hong-Kong et de Monte Carlo.
II- Le péril démographique: Abou Dhabi et Doubaï, les deux plus jolies villes indiennes du Monde.
Troisième partie :
III- Le péril militaire : la présence militaire américaine, un paratonnerre ou un détonateur ?
IV – Le péril domestique : les frasques monarchiques, une gangrène qui sape les assises du pouvoir pétromonarchique. 

Brésil, Russie, Inde et Chine

Source : Wikimedia

Les pays du G20 réclament une « nouvelle architecture mondiale », Le Monde – Yahoo! Actualités

« Nous avons besoin d’une nouvelle gouvernance, plus ouverte et participative », a déclaré le président brésilien qui a réclamé une « plus grande participation » des pays émergents dans la gouvernance économique. Il a souligné que « l’heure était venue de conclure un pacte entre les gouvernements pour une nouvelle architecture mondiale, capable de promouvoir la sécurité et le développement de tous sur un pied d’égalité ». 

Lula veut réformer finance mondiale lors du sommet du G20, Reuters – Yahoo! ActualitésAFP – Yahoo! Actualités

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva réclame une refonte du système financier international qui « s’est effondré comme un château de cartes » lors de la crise du crédit, et il affirme que les pays émergents devaient avoir davantage la parole dans la prise des décisions importantes. 

L’ancien dirigeant syndical a souligné que des millions de personnes risquaient de perdre leur emploi et que la pauvreté risquait de s’accroître dans de nombreuses économies émergentes.

« Cette crise a débuté dans les économies développées », a souligné Lula. « Elle est la conséquence d’une foi aveugle dans la capacité des marchés à s’autoréguler et, dans une large mesure, au manque de contrôle sur les acteurs financiers. »

Réuni la veille à Sao Paulo, le groupe dit des « BRIC » – Brésil, Russie, Inde et Chine – avait adopté pour la première fois une position commune en réclamant une réforme des institutions comme le Fonds monétaire international afin de prendre en compte leur place grandissante dans l’économie mondiale.

Des géants de l’exportation tels que la Chine et les Etats pétroliers du Golfe ont amassé des centaines de milliards de dollars de réserves qui pourraient aider le FMI à soutenir des pays plus petits à surmonter la crise qui a ébranlé les marchés financiers et leurs monnaies.

G20 :
Google Actualités
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Géopolitique et géostratégie de la Chine


Les jeux olympiques de Beijing d’août 2008 auront eu pour objectif de faire rentrer la Chine dans le système international du XXIème siècle en tant que grande puissance partenaire. Cependant, la préparation de l’événement, avec de nombreuses crises régionales et internationales, aura permis de déceler plus facilement les failles géopolitiques actuelles du pays. De plus, la participation de la Chine à de nombreuses crises externes et internes de manière quasi-simultanée (Corée du Nord, Soudan, Zimbabwe, Tibet, Birmanie, Sichuan, Xinjiang), et les relations diplomatiques évolutives avec ses principaux partenaires (Taïwan, Japon, Russie, Etats-Unis, UE, UA et Unasur), auront transformé la position géostratégique de la Chine au cours du premier semestre 2008. Dire que cette année est charnière pour la Chine, marquant le début d’une nouvelle ère, avec l’affirmation de la présence d’un géant géopolitique, à l’échelle mondiale, et non plus seulement régionale, n’est donc pas une exagération. Cependant, les actions géopolitiques (au sens large) menées par la Chine actuelle ne peuvent être dissociées de sa longue et complexe histoire. Nombre de réflexes politiques actuels découlent du « géojuridisme intérieur » et de la géoéconomie.

Ce billet a pour objectif de décrire les différents niveaux d’analyse géopolitique nécessaires pour comprendre la Chine, qu’il soient nationaux (un pays, cinq systèmes, onze langues, et les crises identitaires), régionaux (avec six zones de tension, une stratégie de gestion des détroits de la région, une diaspora chinoise conséquente dans la sous-région, et un phénomène d’intégration en cours avec l’ASEAN Plus Trois, l’OCS, l’ASEM et l’APEC), et internationaux (les intérêts chinois sont mondiaux et se font sentir dans toutes les crises internationales de ce début de siècle). Contrairement à une idée répandue, la Chine n’use pas uniquement de son hard power, mais plutôt d’un soft power, dont elle se sert pour élargir son influence mondiale, et s’ouvrir progressivement aux pratiques internationales, en gardant l’option de revenir en arrière sans jamais devoir remettre en cause l’assise du pouvoir politique post-communiste… (en cas de crise, si les occidentaux, les démocrates des zones spéciales, les forces non étatiques des « zones autonomes », et/ou les nouvelles puissances financières du pays la poussent trop loin, ou à l’inverse, si les contre-pouvoirs du parti communiste résistent). Phénomène de plus en plus visible, la réintégration de la Chine dans le système international (dont son histoire nationale et régionale si particulière l’avaient tenu à l’écart au cours du dernier demi-siècle), remet au devant de la scène sa géopolitique singulière (avec ses composantes géoéconomiques et géojuridiques) et les phénomènes identitaires régionaux (ou nationaux, ethniques, religieux, selon la perspective). Une analyse détaillée de ces phénomènes permettra de prévoir les multiples évolutions de ce géant géopolitique. La réintégration de ces facteurs dans l’analyse géopolitique intérieure, avec une gestion globale de la question des « nationalités » et des « régions autonomes », sans buter exclusivement sur la question tibétaine, usant des différents acteurs régionaux, permet d’envisager une politique étrangère européenne cohérente envers la Chine, celle d’un partenariat stratégique (dans les domaines de la sécurité régionale, alimentaire, sanitaire, environnementale, énergétique, financière, de l’administration publique et des coopérations en tous genres) et non pas uniquement d’une concurrence stratégique (sécuritaire, commerciale, et monétaire); une politique étrangère européenne faite de hard power et soft power, réalisme et multilatéralisme, et usant pleinement les acteurs étatiques, régionaux, et non-étatiques prônant des réformes (démocratiques, sociales, environnementales et de gestion des minorités) sans déstabilisation de la puissance chinoise, avec toutes les conséquences imprévisibles que cette dernière impliquerait.

Géopolitique et géostratégie d’une puissance mondiale qui se dévoile: la Chine du début du XXIème siècle, Quindi.