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Facebook et les élections présidentielles


A travers l’analyse des interactions entre hommes politiques et internautes sur Facebook après les élections présidentielles de 2007 en France, cet article vise à montrer comment les réseaux sociaux sont exploités par les deux parties. Au départ un réseau décentralisé qui lie les gens sans intervention politico-hiérarchique, Facebook est mobilisé par les hommes politiques au service de leur besoins. Quelles en sont les conséquences pour la sphère publique : s’agit-il d’un outil qui permet à l’internaute de déjouer les usages de marketing politique qu’en fait l’homme politique ?

Les réseaux sociaux et l’échange entre l’homme politique et les internautes : le cas de Facebook après les élections présidentielles en France, Argumentation et Analyse du Discours n°5, Octobre 2010.

MSR veut se marier avec Bayrou


Avant le premier tour, Marie-Ségolène Royal avait refusé tout accord avec François Bayrou sous prétexte qu’il est de droite. Après le premier tour, Marie-Ségolène Royal a proposé un accord avec François Bayrou, qui reste pourtant de droite [1]. Cela rappelle les vieilles combines de la SFIO (ancêtre du PS) sous la IVe République, qui se faisait élire sous une étiquette de gauche pour s’allier le lendemain avec la droite et faire une politique à l’opposée de ses engagements de la veille.

Le Parti Socialiste est mort le 21 avril 2002. Dès 1982-1983, il avait tourné le dos à ses engagements de « gauche » pour se convertir au néolibéralisme dans les faits (plan de rigueur du 25 mars 1983) sans le dire ouvertement. Le PCF avait accepté ce virage à 180 degrés pour conserver ses ministres au gouvernement. Depuis, les mouvements sociaux se sont épuisés dans la lutte contre les licenciements, la précarisation du travail, le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et des salaires.

Le Parti Ségoliste veut aller plus loin encore en s’alliant, ouvertement cette fois-ci, avec la droite. Il ressort de la naphtaline Jacques Delors qui, ministre de l’Économie et des Finances de 1981 à 1984, fut l’un des initiateurs du virage économique et social du PS vers la droite en 1983. Cette nouvelle alliance se traduira par une aggravation des conditions de travail et de vie pour mettre les travailleurs aux « normes » de l’Europe néolibérale.

Voter Marie-Ségolène Royal le 6 mai, en croyant faire barrage à Nicolas Sarkozy, c’est accepter cette nouvelle trahison.

Serge LEFORT
24 avril 2007


[1] [Note du 25/04/07] Au cours de sa conférence de presse du 25 avril, François Bayrou a ironisé sur les avances de Marie-Ségolène Royal : « Le 23 avril à 19h59, j’étais infréquentable, mais à 20h01, j’étais devenu séduisant ».

Leçons du 22 avril suite


Quelques graphiques pour illustrer l’article d’hier.

Vote utile

Droite majoritaire

Victoire prévisible

Serge LEFORT
24 avril 2007

Leçons du 22 avril


Cette élection présente quelques surprises, mais aussi quelques constantes depuis 1965.

Participation massive

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record de non-participation de 30,82% le 21 avril 2002.

La surprise du 22 avril 2007 est la participation massive des électeurs (82,58%), qui se situe au même niveau que celle de 1974 (83,45%).

Vote utile

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés en faveur des grands candidats baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record du 21 avril 2002 : les deux premiers candidats ne représentaient que 25,42% des inscrits et les quatre premiers candidats 41,34% des inscrits.

La mobilisation massive des électeurs a joué en faveur de quatre candidats (Nicolas Sarkozy, Marie-Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen), qui totalisent 71,07% des inscrits. En 1974, les trois principaux candidats (François Mitterrand, Valérie Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas) totalisaient 75,90% des inscrits.

Vote légitimiste

Depuis 1965, le nombre des suffrages exprimés en faveur des partis parlementaires baissait régulièrement malgré un sursaut en 1974 jusqu’au record du 21 avril 2002 : 45,76% des inscrits.

Le vote utile en faveur des partis parlementaires reste néanmoins inférieur à celui de 1974 : 67,18% des inscrits en 2007 contre 78,55% des inscrits en 1974.

Droite majoritaire

Les partis de gauche retrouvent leur niveau de 1995 : 30,08% des inscrits en 2007 contre 30,90% des inscrits en 1995. Ils restent loin des scores de 1974, 1981 et 1988 : 39,14% des inscrits en 1974, 40,44% des inscrits en 1981 et 39,16% des inscrits en 1988. Ils récupèrent 1 160 022 voix par rapport à 2002 (moins 379 934 voix pour les partis de gauche non-parlementaires et plus 1 539 956 voix pour les partis de gauche parlementaires).

Les partis de droite retrouvent leur niveau quasi historique de 1969 : 52,49% des inscrits en 2007 contre 52,88% des inscrits en 1969. Ils récupèrent 7 065 407 voix par rapport à 2002 (moins 2 420 673 voix pour les partis de droite non-parlementaires et plus 9 486 080 voix pour les partis de droite parlementaires).

Gagnants

Nicolas Sarkozy est incontestablement le grand vainqueur du premier tour. Il réalise, avec 25,75% des inscrits, le meilleur score des candidats à la succession du Général de Gaulle après Georges Pompidou. Jacques Chirac n’a jamais dépassé 15,91% des inscrits (en 1988). Nicolas Sarkozy bénéficie de la mobilisation massive pour un candidat de droite (UMP ou UDF).

François Bayrou réalise un moins bon score (15,34% des inscrits) que ceux de Valérie Giscard d’Estaing en 1974 (27,21% des inscrits) et en 1981 (22,59% des inscrits), mais proche de ceux de Raymond Barre en 1988 (13,19% des inscrits), d’Edouard Balladur en 1995 (14,15% des inscrits) et bien meilleur que le sien en 2002 (4,73% des inscrits). Il fait de la résistance à droite contre l’UMP.

Perdants

Jean-Marie Le Pen recule nettement par rapport aux derniers scrutins : 8,62% des inscrits en 2007 contre 11,66% des inscrits en 2002, 11,43% des inscrits en 1995 et 11,46% des inscrits en 1988. Néanmoins, il fait partie du petit cercle des quatre candidats qui ont obtenu plus de 5% des inscrits et des exprimés et résiste au vote utile en faveur des partis parlementaires.

Le PCF, avec 1,59% des inscrits, est définitivement marginalisé. Il faudra attendre les résultats des élections législatives de juin pour qu’il en tire les conséquences, notamment financières. Il gardera peut-être encore des mairies en 2008.

Arlette Laguiller fait son plus mauvais résultat depuis 1974 : 487 940 voix (1,10% des inscrits) en 2007 contre 595 247 voix (1,95% des inscrits) en 1974. Cette campagne de trop lui fait perdre 1 142 105 voix par rapport à 2002. La marginalisation de Lutte Ouvrière sera plus rapide que celle du PCF.

Victoire prévisible

Marie-Ségolène Royal est sélectionnée pour le deuxième tour, mais elle est bien seule.
En 1981, l’ensemble des voix de gauche atteignaient 40,44% des inscrits contre 39,33% des inscrits pour la droite.
En 2007, l’ensemble des voix de gauche plafonne à 30,08% des inscrits contre 52,49% des inscrits pour la droite.

La victoire de Nicolas Sarkozy apparaît donc inévitable, mais il faudra regarder de très près son score en pourcentage des inscrits pour mesurer sa véritable légitimité (report des voix de droite, taux de l’abstention et des bulletins blancs ou nuls).

Serge LEFORT
23 avril 2007

Sources :
• Élections présidentielles 2007, France Politique.
• Élections présidentielles de 1965 à 2002, France Politique.

MSR et les femmes


Marie-Ségolène Royal, en bonne démagogue, promet tout à tout le monde en jouant sur l’émotion, les bons sentiments et les formules creuses. Pour mesurer l’écart entre ses promesses et ses actes on peut prendre, par exemple, la place qu’elle accorde aux femmes dans son équipe de campagne :

Des envolées lyriques sur l’égalité il ne reste que 21% dans les actes de MSR.

Serge LEFORT
23 février 2007

Démagogie nationale-socialiste


Le discours-programme de Marie-Ségolène Royal est peu commenté et encore moins analysé, excepté le sempiternel chiffrage dont personne ne peut vérifier la pertinence. Il semble que sa réception, pour le moins mitigée, ne réponde pas aux attentes de ses promoteurs.

Marie-Ségolène Royal a suscité une certaine curiosité par le biais des « débats participatifs ». En fait, il s’agissait plus de groupes de parole que de débats c’est-à-dire la confrontation de propositions. Elle écoutait, en mère bienveillante, les plaintes de « vrais gens » des difficultés de leur vie quotidienne. Cette énarque, qui paye l’ISF, a certainement eu ainsi l’occasion de se rendre compte de la violence d’une réalité que les chiffres et la novlangue contournent.

La mise en scène de son discours-programme a révélé l’écart entre la candidate de l’appareil du PS et les espoirs de changement qu’elle avait suscités. L’omniprésence dans les premiers rangs de tous les responsables et des anciens ministres PS, excepté celui qui s’est retiré dans l’île de Ré après sa défaite du 21 avril 2002, et le long exposé d’un catalogue de 100 propositions mitterrandiennes ont remisé au placard le gadget des fameux « débats participatifs ».

Marie-Ségolène Royal pleurniche aujourd’hui sur le désastre social du néolibéralisme sans dire que les socialistes en furent les ardents promoteurs en 1982-83. En rupture complète avec les promesses électorales de 1981, le PS et le PCF ont fait le lit de la précarité de l’emploi, le recours aux bas salaires, l’exclusion des plus de cinquante-cinq ans et la mise sous tutelle des jeunes par le biais des emplois aidés.

Avec la famille centrée sur la mère, MSR décline le thème national-socialiste de l’embrigadement éducatif de la jeunesse dans l’armée ou le sport : «Le sport est un combat. Pour une société meilleure», explique-t-elle dans Libération.

Ségolène Royal, poing sur le ventre et regard humide : « Je veux, en tant que mère, pour tous les enfants qui naissent et grandissent en France, ce que j’ai voulu pour mes propres enfants. » Aux jeunes, elle annonce 500 000 « emplois tremplins », des prêts gratuits de 10 000 euros, des allocations d’autonomie, des programmes de logement, des permis de conduire pour les diplômés du CAP, la gratuité des soins pour les moins de 16 ans, la contraception offerte. Une berceuse, en somme.

C’est un monde infantilisé, pantouflard, égoïste qu’exalte la candidate, en usant des ficelles du jeunisme : une flatterie qui a conduit Royal à édulcorer, dans la 78e proposition de son pacte, le choix du projet socialiste pour un service civique obligatoire de six mois. Les Jeunes Socialistes ayant refusé son aspect contraignant, ce dernier n’apparaît plus. Quand la gauche vante la « jeunesse fiévreuse », c’est pour lui distribuer des bouillottes.

En arrivant à Airaines, dans la Somme, hier, Ségolène Royal a balayé d’un revers de main les questions des journalistes sur la démission d’Éric Besson de son poste de secrétaire national du PS à l’économie. Venue visiter une usine, Royal a pris les salariés à témoin : « Mais qui connaît M. Besson, ici ? Moi, je m’occupe des vrais problèmes : de l’emploi, du maintien des entreprises, de la politique industrielle ! »
« Dans tous les domaines, il faut que tout le monde ait un peu de discipline », a ajouté la candidate, avant de risquer : « Il faut de l’ordre juste dans le domaine du Parti socialiste comme dans le domaine du développement économique »…

Serge LEFORT
16/02/2007

Lire aussi :
• Le Gadgetogramme, AgoraVox
• La pragmatitude de Démagolène, AgoraVox
• Programme de Ségolène Royal : vœux pieux et contraintes du réel, AgoraVox
• Le programme Royal couronne une stratégie générale de vide politique, AgoraVox

La faillite de la gauche antilibérale


Lors du référendum sur la constitution européenne, on avait beaucoup glosé sur le plan B, comme alternative possible au texte rejeté par les électeurs, surtout chez les adeptes du « Non ». Par parenthèses, ces derniers avaient souvent oublié qu’il existait aussi un « Non » de droite, et même un « Non » d’extrême droite, ce qui rendait pour le moins hasardeuses les conjectures politiques alors esquissées dans le camp antilibéral, où l’on rêvait déjà de lendemains qui chantent. Aujourd’hui, on est passé du plan B au plan trois B (Buffet, Besancenot, Bové), et tout le monde déchante. D’autant que si l’on ajoute l’inamovible Arlette Laguillier (LO) et Gérard Schivardi (Parti des Travailleurs), la gauche de la gauche a des allures de club des cinq. Pour quel résultat si, à l’arrivée, il faut se partager les miettes du festin électoral ?

Cette situation ubuesque confirme les pesanteurs idéologiques, ainsi que le poids des appareils qui bloquent toute velléité de recomposition. La chute du mur de Berlin a beau être déjà loin, de nombreux murs de Berlin sont encore dans les têtes de ceux qui tiennent les clés des maisonnettes de la gauche antibérale. Précisons que ce constat vaut également pour les trotskystes, aussi sectaires et dogmatiques que les héritiers des staliniens de naguère. Tous, d’une manière ou d’une autre, sont l’expression d’une révolte authentique. Tous portent une souffrance sociale qu’il faut entendre. Mais tous, en même temps, s’avèrent incapables de sortir de l’archaïsme, d’abandonner les vieilles lunes idéologiques, et de sortir des luttes de clans dévastatrices. La LCR rêve de faire la peau du PCF, comme s’il fallait encore venger la mémoire du coup de pioche contre Trotsky. Le PCF persiste à rêver d’un rassemblement illusoire autour de son étoile pâlissante, malgré une implantation militante affaiblie mais réelle. Quant à José Bové, il s’ imagine jouer les Nicolas Hulot de l’altermondialisme, ce qui risque de s’avérer plus délicat que le fauchage d’un champs de maïs transgénique.

La peur du 21 avril aidant, la gauche de la gauche risque de se retrouver, sauf surprise, en état de décomposition avancée au soir du premier tour. Certains en tireront la conclusion que rien de neuf ne peut se construire tant que subsisteront les traces des anciennes structures. D’autres se féliciteront d’un délitement qui fait place nette aux tenants de l’ordre injuste qui règne en ce pays. Mais une chose est sûre : à force de rater les étapes, on finit forcément par perdre la course.

Jack Dion
14 Février 2007
Marianne

Violence maternelle


Pour donner un peu de vie à ses lénifiantes propositions, Marie-Ségolène Royale a misé avec des trémolos dans la voix sur l’ignoble démagogie de l’amour maternelle :

Il y a urgence, j’ai la ferme volonté d’empoigner ce problème à bras le corps, j’en ai la ferme volonté, je l’ai là, chevillée au corps parce que je sais au fond de moi, en tant que mère, que je veux pour tous les enfants qui naissent et qui grandissent en France ce que j’ai voulu pour mes propres enfants.
Site MSR

Ce fait divers éclaire en noir son discours national-socialiste sur la famille :

Séquestrées par leur mère pendant sept ans

Les Autrichiens à nouveau sous le choc d’un autre drame de la séquestration après les révélations de la presse ce week-end sur une mère qui a séquestré ses trois fillettes pendant des années.

Samedi, le quotidien « Osterreich » a le premier révélé que cette femme, une avocate de 53 ans, maintenait entièrement isolées du monde ses trois fillettes alors âgées de six, dix et treize ans dans leur maison de Pöstlingberg près de Linz dans le nord de l’Autriche. Jusqu’à l’intervention des autorités en octobre 2005. Selon les premiers éléments, la mère avait rompu tout contact avec quiconque après son divorce.

Les fillettes vivaient dans une saleté repoussante et ne voyaient que rarement la lumière du jour et il leur arrivait même de jouer avec des souris. Durant leurs années de calvaire, le père des fillettes – aujourd’hui âgées de 14, 18 et 21 ans – s’est vu constamment dénié le droit de les voir, précise le quotidien autrichien.

Margreth Tews, l’avocate de deux des jeunes filles, a déclaré lundi au quotidien « Der Standard » que les voisins inquiets avaient pourtant alerté les services sociaux et de protection de l’enfance pendant des années sans qu’aucune action ne soit engagée.

Tews ajoute que la mère avait été soignée pour des hallucinations dans une clinique de Linz en 2001 et que le père se battait depuis la même année pour obtenir de la justice une modification du droit de garde et de visite.

SaphirNews

Lou QUÉTIERO
13 février 2007

Ségo, Sarko, miroir des sexes


Si nous doutions de notre passion pour la sphère de l’intime, de notre désarroi face à l’égalité sexuelle, cette campagne aura eu le mérite de nous le confirmer.

Le haut et le bas, le dur et le mou, le rugueux et le doux, l’ombre et la lumière, le jour et la nuit. Passif ou actif, phallique ou châtré, garçon ou fille, masculin ou féminin… Dans cet océan fusionnel où il baigne avec délice, le nourrisson construit son univers mental dans un monde qu’il tente de rendre rationnel à partir de la perception binaire d’une série d’oppositions.

Penser, c’est d’abord classer, et la pensée, c’est la pensée de la différence. Dans la piscine où parfois ses parents le conduisent, cet être en devenir perçoit qu’un des deux le maintient serré contre lui, ventre contre ventre, et qu’un autre le présente au monde, son dos bien calé contre un torse plat…

Il faut bien rendre ces oppositions cohérentes et, pour leur donner du sens, tenter de les ordonner. Mais classer, c’est discriminer, c’est établir une hiérarchie. Françoise Héritier a souligné à quel point la discrimination essentielle se fondait sur la valence différentielle des sexes. On range dans un même tiroir des séries d’éléments que l’on juge analogues : ainsi naissent ces chaînes signifiantes qui structurent la pensée et la culture. Pénis, pénétrant, actif, masculin, supérieur, sadique… Châtré, pénétré, passif, féminin, inférieur, masochiste…

En découvrant leur sexe, des bébés garçons et des bébés filles s’inscrivent à leur corps défendant dans des réseaux de significations qui leur échappent, mais auxquels ils ne peuvent échapper. Et leurs rêves se peuplent de ces monstres hybrides qui ne les quitteront jamais : une maman soulève ses jupes pour montrer sa verge, un petit garçon porte des bébés chiots dans son ventre et accouche par son anus, un papa qui gronde brandit un gros bâton qu’il enfonce dans la bouche de son enfant terrorisé…

Se séparer et se sexuer. Distinguer le «moi» et le «non-moi» à partir d’une unité primordiale. Echapper à cette atmosphère de mystère et d’angoisse qui plane autour des différences des appareils génitaux. J’ai pas faim, lâche le vélo, les filles sont bêtes, les garçons sont méchants. Nous n’en finirons plus d’accomplir des choix et de subir des deuils. Dans une logique inconsciente largement amplifiée par la culture qui apparie masculin et actif, féminin et passif, des filles et des garçons abandonnent une part d’eux-mêmes pour s’affilier à des modèles. «Enculé !» devient la pire insulte qu’un homme puisse faire à un homme. Eloigner les hommes des femmes, puisque leur contact, par une alchimie qui relève de la sorcellerie, ramollit les garçons et les dégrade, a toujours été le signe des sociétés bien ordonnées.

Il faudra bien des années, lorsque leur environnement les y autorise, pour que les hommes acceptent de se débarrasser du carcan de leur armure pour habiter leur corps et reconnaître leurs émotions, pour que les femmes investissent le pouvoir sans craindre d’y perdre leur identité. Pour renouer avec une bisexualité psychique fondamentale. Pour ne pas se laisser alarmer par ceux qui prédisent la fin du monde dans l’indifférence des sexes et qui ne font que pleurer la mort du patriarcat.

Car la logique binaire tente d’épuiser la complexité : une société qui privilégie l’écoute et le dialogue, bref, une société démocratique, devient une société «maternante». La lutte des classes laisse la place à la guerre des sexes, et à la domination des femmes par les hommes succéderait une «crise du masculin» face au pouvoir redoutable des mères.

Droite ou gauche ? Homme ou femme ? Le pouvoir est-il de droite ? La gauche est-elle féminine ?

Voici que, par un caprice du destin, une campagne électorale nous replonge au coeur même de ces atermoiements. Et l’engouement qu’elle suscite dépasse, on le sent bien, le choix d’un candidat et d’une classe politique. Comme si choisir entre droite et gauche nous ramenait aux arrachements fondamentaux de nos fondations psychiques.

«Qui va garder les enfants ?» Certes, il s’agit de choisir entre un homme et une femme, mais aussi entre une représentation masculine et une représentation féminine du pouvoir. Et, surtout, entre ce que c’est d’être un homme, ce que c’est d’être une femme dans notre pays. Et c’est ici que les repères se brouillent. Et que chacun scrute dans une série de micro-événements comment ordonner et donner du sens.

Sarko est-il macho ? Ségo joue-t-elle la fifille en gloussant sur sa «différence» ? Mais n’est-ce pas lui qui se féminise, les émotions à fleur de peau, le coeur en bandoulière lors de son discours d’intronisation ? L’ordre juste, ça ne fait pas un peu mec ? Et tu as vu leurs couples ? Qui décide, comment est-ce qu’ils communiquent, comment se jouent les rapports de pouvoir ? En posant la question d’une hausse de l’imposition, Hollande nous offre-t-il une scène de ménage publique où Monsieur tente de reprendre la culotte ? Comme le résume Montebourg, notre destin se réduirait-il à «une histoire de mec qui ne supporte pas que sa nana réussisse mieux que lui» ?

En nous faisant partager ses désarrois sentimentaux, en se jetant aux pieds de Cécilia pour la supplier de rester, Nicolas est-il un chevalier moderne qui séduit les foules ou un homme qui perd la face ? Si nous doutions de notre passion pour la sphère de l’intime, de notre désarroi face à l’égalité des sexes, cette campagne aura eu le mérite de nous le confirmer…

Mais peut-être pouvons-nous à présent rompre les charmes suscités par ce couple mythique de présidentiables et exiger des programmes clairs pour sortir du fantasme et étayer notre pensée. Car les candidats hommes ont bien compris que le pouvoir ne se fondait pas uniquement sur la place occupée mais aussi sur la capacité à instaurer la confiance, le respect mutuel, le relationnel, le partage et la crédibilité.

Et nous avons déjà appris de Golda Meir, Margaret Thatcher ou Indira Gandhi qu’il n’existe pas de comportement féminin au sommet du pouvoir et que le contexte politique d’un pays détermine les décisions bien plus que le sexe.

Dernier ouvrage paru : Quand la famille s’emmêle, Hachette Littératures, 2006.

Serge HEFEZ psychiatre
2 Février 2007
Libération

Marie-Ségolène Royal découvre la critique radicale des médias


Marie-Ségolène Royal, qui est de droite [1], expérimente ces jours-ci que la presse (qui ment) l’est aussi, mais qu’elle serait, finalement, d’un droite ouvertement sarkozyste, plutôt que timidement royaliste.

Et ça, manifestement, ça la fait chier d’abondance, Marie-Ségolène Royal.

Lapidée ces jours-ci par les mêmes journaleux serviles qui l’avaient habituée au contact apaisant de leur langues sucrées, Marie-Ségolène Royal, ulcérée soudain par leur versatilité moutonnière, découvre du coup la critique radicale des médias – et cela fait naturellement, pour lesdits, un nouveau sujet de papotage fat et grinçant.

Car les journalistes, il est temps de l’énoncer posément, sont bien souvent de tristes crétin(e)s.

Marie-Ségolène Royal, soudain, stigmatise, en substance, une-presse-constamment-occupée-à-lécher-le-postérieur-avantageux-de-Monsieur-Nicolas-Sarkozy, et le diagnostic n’est certes pas faux, mais pour autant, que je vous dise : Marie-Ségolène Royal me fait (décidément) rigoler – qui va bientôt faire semblant de se rendre compte aussi, au train où va son éveil aux réalités, que l’eau mouille, et que, en règle générale, après l’automne vient l’hiver.

Faudrait maintenant que tu cesses, on te l’a déjà plus d’une fois demandé, de nous prendre pour des buses oublieuses, camarade Marie-Ségolène, si je peux me permettre.

Parce qu’enfin, le rouleau compresseur médiatique dont Nicolas Sarkozy tient aujourd’hui les commandes est le même, exactement, qui a fait campagne, il y a deux ans, pour un « oui » franc, massif, et furieusement novateur à l’Europe des marchés, telle que voulue, notamment, par l’excellent monsieur Estaing.

A l’époque, cet effroyable ministère journalistique de la Propagande avait, que l’on sache, grandement ravi Marie-Ségolène Royal, qui, étant de droite, se trouvait, pour l’occasion, dans le même pack et le même élan que les ami(e)s politiques de Nicolas Sarkozy : et je n’ai pas le souvenir qu’on l’ait vue, à l’époque, agiter ses petits poings – ou qu’elle ait réclamé, pour ne citer que lui, le prompt bannissement de Jean-Pierre Elkabbach, qui, faisant campagne pour son camp, faisait campagne pour le sien.

Mêmes intérêts, même grossièreté : Marie-Ségolène Royal s’accommodait fort bien, alors, d’une entreprise politico-médiatique de décervelage qui forçait même l’admiration de retraités de feue la Pravda, et du défunt Politburo.

Plus récemment, je crois me rappeler que Marie-Ségolène Royal, une fois posé qu’elle aurait désormais son rond de serviette à TF1, ne s’est que fort peu manifestée, lorsque François Bayrou a dénoncé l’affolant privilège médiatique dont elle bénéficiait pour sa campagne présidentielle, à égalité (ou presque) avec Nicolas Sarkozy.

Vous l’avez entendue pester, Marie-Ségolène Royal, contre les cire-pompes à cartes de presse qui lui humectaient de salive, pas plus tard que le mois dernier encore, la petite-robe-noire-toute-simple ?

Ben non !

Pensez-vous !

Marie-Ségolène Royal se faisait facilement à la nulllité crasse de nos médias partisans, quand elle en était la principale bénéficiaire.

Elle s’arrangeait tout à fait bien du tombereau de conneries que déversait la presse (qui ment), sitôt qu’un sondage pronostiquait, mettons, l’écrasement royaliste de la vermine bolchevique – aka Laurent Fabius.

Etc.

Ne pas se laisser prendre, surtout, à ses nouvelles palinodies crypto-sergehalimiesques : Marie-Ségolène Royal découvre que sa presse domestique, si adorable quand elle ne dépeçait que les « petits » candidats, peut aussi la griffer – et ça la fait trépigner de rage.

Mais franchement, qui va la plaindre ?

Sébastien Fontenelle
3 Février 2007
Le Monde Citoyen


[1] Du moins était-ce l’avis, autorisé, de Pierre Bourdieu.