Monde en Question

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Propaganda – La fabrique du consentement


 

Réalisateur : Jimmy Leipold
Durée : 0h53
Année : 2017
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé : Comment influencer les foules ? À travers la figure d’Edward Bernays (1891-1995), l’un des inventeurs du marketing et l’auteur de « Propaganda », un passionnant décryptage des méthodes de la « fabrique du consentement ». Si les techniques de persuasion des masses apparaissent en Europe à la fin du XIXe siècle pour lutter contre les révoltes ouvrières, elles sont développées aux États-Unis pour convaincre les Américains de s’engager dans la Première Guerre mondiale. Peu connu du grand public, neveu de Sigmund Freud, l’auteur du livre de référence Propaganda et l’un des inventeurs du marketing, Edward Bernays (1891-1995) en fut l’un des principaux théoriciens. Inspirées des codes de la publicité et du divertissement, ces méthodes de « fabrique du consentement » des foules s’adressent aux désirs inconscients de celles-ci. Les industriels s’en emparent pour lutter contre les grèves avec l’objectif de faire adhérer la classe ouvrière au capitalisme et transformer ainsi le citoyen en consommateur.
Fiche : Arte
Partage proposé par : 9docu HD 720 VOSTFR

Avis de Ciné Monde : Contrairement à ce que répètent en boucle les médias dominants, la propagande n’est née ni en URSS en 1917 ni en Allemagne entre 1923 et 1933, mais bien aux États-Unis et fut théorisée et appliquée par Edward Bernays. Sa carrière résumée en trois dates :
• En 1917, Edward Bernays fit ses premières armes de propagandiste au sein de la Commission Creel. Charlie Chaplin participa activement à la campagne de propagande en faveur de la guerre [03’38].
• En 1929, Edward Bernays lança avec succès une campagne sur la libération des femmes… par la cigarette [18’50]. L’instrumentalisation du féminisme n’est pas nouveau.
• En 1954, Edward Bernays mena campagne pour renverser le gouvernement du Guatemala afin de préserver les intérêts d’United Fruit Company [45’00].

Lire aussi :
Edward BERNAYS, Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie, 1928, La Découverte, 2007 [Texte en lignepdf].
Sandrine AUMERCIER, Edward L. Bernays et la propagande, Revue du MAUSS, Juillet 2007.
Normand BAILLARGEON, La commission Creel et le viol des foules, Voir, 07/11/2012.
Patrick MICHEL, Il y a 100 ans : premier exercice de propagande de masse avec la commission Creel, Acrimed, 14/09/2017.
Corinne AUTEY-ROUSSEL, Une brève histoire de la propagande, Entelekheia, 19/11/2017.
Dossier documentaire Edward BERNAYS, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier Cinéma France, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

Une brève histoire de la propagande


 

La propagande moderne est un effort persistant de création ou de présentation d’événements dans le but d’influencer la relation du public à une entreprise, une idée ou un groupe
Edward BERNAYS, Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie, 1928, La Découverte, 2007 – Lux, 2008 [Là-bas si j’y suisZonesTexte en ligne]

La Première Guerre mondiale a été le creuset de tout l’appareil de communication/propagande moderne. En France, en Grande-Bretagne, les axes de la propagande se rejoignent sur une utilisation parallèle d’affiches encourageant au travail patriotique et au soutien de l’effort de guerre, ainsi que de diabolisations similaires de l’ennemi. Mais aux USA, des paramètres différents amèneront le gouvernement à coordonner une opération de propagande d’envergure inédite. Son grand ordonnateur en sera encore un journaliste, George Creel.

Jusqu’en 1917, la population des USA ne manifeste aucun enthousiasme envers cette guerre qu’elle ne considère pas comme la sienne. De plus, la neutralité rapporte bien assez : l’économie des USA a décollé grâce à la vente de produits alimentaires, de coton et de matériel de guerre aux alliés. Mais les événements finiront par forcer la main du président Woodrow Wilson et le 4 avril 1917, les USA déclarent la guerre à l’Allemagne. Reste à convaincre l’opinion publique, qui reste très majoritairement réticente à envoyer ses hommes sur des fronts étrangers.

Le journaliste d’investigation et politicien George Creel sera chargé de créer et de piloter un appareil de propagande de masse, le Committee on Public Information (CPI, également nommé Comité Creel). Creel utilisera tous les recours possibles de l’époque : dessinateurs, photographes, journalistes, publicitaires, chansonniers, stars du muet, conférenciers et une armada de 75 000 hommes et femmes propagandistes de terrain, les dénommés « Four-minute men », qui sillonneront le pays pour haranguer les foules dans les églises, les cinémas entre deux séances, les réunions de loges maçonniques, les salles syndicales, les synagogues, les cours de catéchisme, jusqu’aux camps de bûcherons et aux réserves indiennes [Charlie Chaplin participa activement à cette campagne]. Creel fera en outre composer des chansons patriotiques et organisera des tournées de conférences de héros de guerre français et britanniques.
L’opération, un immense succès, fait basculer la population américaine de l’indifférence à la fièvre militariste en quelques mois.

Les techniques de propagande inventées par le Comité Creel, reprises, développées et perfectionnées au cours des décennies suivantes dans l’ensemble du monde occidental, fonderont le business de la fabrication du consentement qui s’installera dans la vie quotidienne des sociétés occidentales après la guerre.

Lire la suite… Entelekheia.

Lire aussi :
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire Edward BERNAYS, Monde en Question.

L’Allemagne selon Goebbels


Le documentaire, intitulé L’Allemagne selon Goebbels, est construit sur la lecture de quelques extraits du Journal que Joseph Goebbels a tenu de 1923 à 1945. Celui qu’on présente comme un « monstre » et un « criminel » au service de la « folie nazie » se révèle un personnage beaucoup plus complexe. Non seulement il lit Karl Marx ou Rosa Luxemburg, mais aussi critique Heinrich Himmler, Hermann Göring (« ce gros porc ») ou Adolf Hitler auquel il restera indéfectiblement attaché :

Munich, y compris le chef, a perdu tout crédit auprès de moi. Je ne crois plus en eux. Hitler – pour quelles raisons, peu importe – a manqué à sa parole envers moi à cinq reprises.
16 mars 1930, partie 1, 16′ 12″

Le Journal de Goebbels, tel qu’il nous est parvenu via les archives soviétiques, comporte 29 volumes dans l’édition complète en Allemagne (près de 43 000 pages) et 4 volumes dans les extraits publiés en France (plus de 3 300 pages avec les notes et les index).

Les images, qui illustrent le texte lu et non commenté du documentaire, sont postérieures à 1933. Cela est surtout gênant dans la première partie alors que ni Goebbels ni le parti National Socialiste n’étaient au pouvoir. Cette réserve faite, le documentaire est passionnant.

Goebbels fait l’éloge non seulement de la propagande, mais surtout de son action :

Que serait-il advenu de ce parti sans sa propagande ? Où notre pays en serait-il aujourd’hui si une propagande aussi créative n’avait forgé cet esprit qui l’anime ?
partie 1, 46′ 03″

Il ne contrôlait pas toute la presse comme on le croit trop souvent :

Ai remis les rédacteurs en chef dissidents à leur place, ai remis les points sur les i. Leurs ai donné d’innombrables exemples de leur irresponsabilité. […] J’attends d’eux de l’ordre et de l’obéissance.
12 décembre 1936, partie 1, 51′ 30″

Notre gestion de l’information a fait l’objet de sévères critiques dans la presse et sur les ondes. Nos journalistes et nos présentateurs auraient une fois de plus mieux fait de fermer leur bouche. Les gens en ont assez que l’ont ressassent toujours les mêmes problèmes. Ils veulent entendre toute la vérité et rien que la vérité.
7 juillet 1944, partie 2, 40′ 57″

Contrairement à un lieu commun bien répandu, Joseph Goebbels ne fut pas l’inventeur de la propagande, mais il a su, en artisan besogneux, en appliquer les principes au service du national-socialisme.

Il revient à Edward L. Bernays, né à Vienne en novembre 1891, d’être « l’un des principaux créateurs (sinon le principal) de l’industrie des relations publiques et donc comme le père de ce que les Américains nomment le spin, c’est-à-dire la manipulation – des nouvelles, des médias, de l’opinion – ainsi que la pratique systématique et à large échelle de l’interprétation et de la présentation partisanes des faits ».

Lorsque le gouvernement des États-Unis décide d’entrer en guerre, le 6 avril 1917, la population est largement opposée à cette décision : et c’est avec le mandat explicite de la faire changer d’avis qu’est créée par le président Thomas Woodrow Wilson (1856-1924), le 13 avril 1917, la Commission on Public Information (CPI) – souvent appelée « Commission Creel », du nom du journaliste qui l’a dirigée, George Creel (1876-1953).

Cette commission, qui accueille une foule de journalistes, d’intellectuels et de publicistes, sera un véritable laboratoire de la propagande moderne, ayant recours à tous les moyens alors connus de diffusion d’idées (presse, brochures, films, posters, caricatures notamment) et en inventant d’autres. Elle était composée d’une Section étrangère (Foreign Section), qui possédait des bureaux dans plus de trente pays, et d’une Section intérieure (Domestic Section) : elles émettront des milliers de communiqués de presse, feront paraître des millions de posters (le plus célèbre étant sans doute celui où on lit : I want you for US Army, clamé par Uncle Sam) et éditeront un nombre incalculable de tracts, d’images et de documents sonores.

La commission inventera notamment les fameux « four minute men » : il s’agit de ces dizaines de milliers de volontaires – le plus souvent des personnalités bien en vue dans leur communauté – qui se lèvent soudain pour prendre la parole dans des lieux publics (salles de théâtre ou de cinéma, églises, synagogues, locaux de réunions syndicales, et ainsi de suite) afin de prononcer un discours ou réciter un poème qui fait valoir le point de vue gouvernemental sur la guerre, incite à la mobilisation, rappelle les raisons qui justifient l’entrée en guerre des États-Unis ou incite à la méfiance – voire à la haine – de l’ennemi.

Sitôt la guerre terminée, le considérable succès obtenu par la commission inspirera, notamment à certains de ses membres, l’idée d’offrir la nouvelle expertise d’ingénierie sociale développée en temps de guerre aux clients susceptibles de se la payer en temps de paix – et donc d’abord aux entreprises, puis aux pouvoirs politiques. C’est justement le cas de Bernays, qui s’était très tôt joint à la Commission Creel : « C’est bien sûr, écrit-il ici, l’étonnant succès qu’elle a rencontré pendant la guerre qui a ouvert les yeux d’une minorité d’individus intelligents sur les possibilités de mobiliser l’opinion, pour quelque cause que ce soit. »

Normand BAILLARGEON préface de Edward BERNAYS, Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie [1928], La Découverte, 2007 [Texte en ligne]

Aujourd’hui les communicants pratiquent toujours la même propagande, moins au service d’un parti que de l’idéologie du marché en général et d’une marque en particulier.

Patrick Le Lay :

Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective « business », soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit […].

Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible […].

Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise.
Acrimed

Joseph Goebbels :

Le secret d’une bonne radio réside dans le bon dosage entre le plaisir, la joie, l’instruction, l’éducation et la politique. Des tests seront menés en laboratoire pour ne pas importuner les auditeurs.
partie 1, 38′ 26″

Jacques Séguéla :

Nous avons tous été sans le savoir des petits Goebbels, moi le premier. On a enfoncé des slogans dans la tête des gens sans qu’ils puissent réagir jusqu’à les rendre complètement marteau, à coup de marteaux.
Hub Forum, Paris 2010, 2′ 58″

La filiation est revendiquée !

10/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Joseph GOEBBELS, Journal 1923-1933, Tallandier, 2006, 907 pages.
• Joseph GOEBBELS, Journal 1933-1939, Tallandier, 2007, 968 pages.
• Joseph GOEBBELS, Journal 1939-1942, Tallandier, 2009, 741 pages.
Joseph GOEBBELS, Journal 1943-1945, Tallandier, 2006, 766 pages.
• Nicolas PATIN Le journal de Joseph Goebbels – Un parcours critique, Vingtième Siècle. Revue d’histoire n° 104, 2009.
• François ALBERA, Leni Riefenstahl dans le Journal de Joseph Goebbels (1929-1944), 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze n°55, 2008.
Lutz HACHMEISTER, L’Allemagne selon Goebbels, Histoire
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire Edward BERNAYS, Monde en Question.

Victor Klemperer – Repenser le langage totalitaire


L’écrivain et philologue Victor Klemperer (1881-1960) a le premier recensé au quotidien dans son journal les manipulations opérées sur la langue allemande par le régime nazi : abondance d’abréviations donnant le sentiment d’appartenir à un groupe d’initiés, profusion de termes techniques mécanisant l’homme, tendance à décrire la société en termes organiques.

Alors que certains régimes continuent à tordre le langage pour les besoins de leur idéologie, il devenait urgent de redécouvrir l’œuvre de Klemperer. C’est à cette entreprise que s’est consacré le colloque de Cerisy.

Linguistes, sociologues, psychanalystes, anthropologues, confrontent ici l’œuvre de Klemperer à d’autres pensées politiques et explorent, de l’Italie de Mussolini aux dictatures d’Amérique du Sud en passant par les régimes de la Corée du Nord, les caractéristiques de cette langue qui appelle au meurtre et à l’anéantissement de toute altérité. C’est un langage mort, figé, altéré dans sa capacité de signifier, de dire le différent que découvrent ces enquêtes sur divers types de régimes de coercition et de terreur, ainsi que sur les manifestations discursives de leur violence inouïe. Une relecture de l’histoire des régimes totalitaires dans le sillage de l’auteur de LTI – La langue du IIIe Reich.

Laurence AUBRY et Béatrice TURPIN (sous la direction de), Victor Klemperer – Repenser le langage totalitaire, CNRS, 2012.

Je n’ai pas encore lu ce livre, mais l’analyse du sommaire montre qu’il est beaucoup plus riche que la présentation politiquement correct (langage totalitaire du néolibéralisme) de François Noudelmann qui réduit l’ouvrage à « La langue du jihad ». Jacques Munier fait une présentation plus complète de l’ouvrage.

J’incite le lecteur à lire d’abord l’ouvrage de Victor Klemperer (Victor KLEMPERER, LTI – La langue du IIIe Reich, Pocket, 2003 [Texte en ligne]) et ensuite à « compléter cette édifiante lecture » parmi les ouvrages de la bibliographie ci-jointe.

11/12/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Sélection bibliographie :
• Edward BERNAYS, Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie, La Découverte, 2007 [Texte en ligne].
• Alain BIHR, La novlangue néolibérale – La rhétorique du fétichisme capitaliste, Pages deux, 2007 [Introduction en ligne].
• Pierre BOURDIEU et Luc BOLTANSKI, La production de l’idéologie dominante, Démopolis, 1976 réédition 2008.
• Éric HAZAN, LQR la propagande du quotidien, Raisons d’Agir, 2006.

Lire aussi :
• Alain BIHR, L’idéologie néolibérale, Semen [Interrogations].
• Articles Alain BIHR, À L’encontre.
• Béatrice TURPIN, Le langage totalitaire au prisme de l’analyse de discours, Université Franche-Comté [Télécharger pdf].
Dans son étude sur Bakhtine, Jean Peytard se demande comment le discours de l’idéologie peut être intériorisé par le sujet. Le philologue allemand Victor Klemperer a lui-même tenté de répondre à cette question en analysant les discours nazis de 1933 jusqu’à la chute de régime hitlérien. Il recense les principaux processus observés et montre comment le discours totalitaire en vient à transformer la langue et la manière de penser à partir d’une rhétorique du consentement qui tire sa force de son « effroyable homogénéité » et de son caractère plurisémiotique. A cet égard, les observations et la démarche de Victor Klemperer rejoignent les réflexions de Jean Peytard sur le sens, l’idéologie et l’univers sémio-discursif.
• Olivier STARQUIT, La novlangue néolibérale, Baricade [Télécharger pdf].
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.