Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Tag: BRICS

Les BRICS, un espace ignoré


Bibliographie économie

 

Les BRICS se présentent comme une grande aventure de communication politique. À la suite de la crise financière de 2008, Brésil, Russie, Inde et Chine – rejoints en 2011 par l’Afrique du Sud – se réunirent pour demander un ordre mondial plus juste. S’inspirant de l’esprit de Bandung et du mouvement des non-alignés, ces cinq pays « en développement » comptent un peu plus de 40 % de la population mondiale et occupent 25 % de la surface terrestre, sur quatre continents. En 2030, ils représenteront 40 % de la richesse globale. Comment des pays aussi hétérogènes, séparés par l’histoire, la langue, la religion, la politique et la géographie, peuvent-ils mener ce projet ?

Ce numéro a rassemblé des spécialistes en communication, sociologie, économie, relations internationales pour examiner un processus né voici moins d’une décennie. Ces cinq pays se sont engagés, à un rythme soutenu, dans trois directions : reconnaissance, transformation et construction d’espaces communs avec une volonté politique claire. Les interactions et les communications se multiplient – d’abord en s’appuyant sur les relations économiques, ensuite en cherchant à bâtir des liens sociopolitiques permettant de réformer les institutions internationales.

Les auteurs développent ici deux axes, qui traversent le numéro : 1) la description des initiatives, des discours politiques et d’une identité à définir ; 2) les BRICS en tant qu’ensemble politique dont l’essence est d’être en compétition avec d’autres groupements régionaux, dont peut-être l’Union européenne.

Si dans les cinq pays, le phénomène BRICS est loin de faire l’unanimité parmi la population, l’idée fait son chemin dans les cercles de pouvoir. Ce numéro examine ce qui a déjà été accompli, les changements apportés à l’ordre mondial, ainsi que les ambitions politiques et culturelles. Au final, les BRICS représentent un projet politique original reposant paradoxalement sur nombre d’incommunications.

Les BRICS, un espace ignoré, Hermès nº79, 2017 CNRS Editions [Texte en ligne].

Le titre de ce numéro de la revue Hermès est un aveu de méconnaissance par les médias occidentaux d’une structure économique qui réunit la Russie et les plus importantes des anciennes colonies européennes (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud). Depuis 2008, tous les articles disent la même chose : les BRICS n’ont aucun avenir ! Or, les faits sont têtus et contredisent les pronostics de tous les analystes.

De même que l’Union européenne repose essentiellement sur l’Allemagne et la France, les BRICS s’appuient sur l’alliance stratégique entre la Chine et la Russie que redoutait tant Zbigniew Brzezinski.

Désormais, les États-Unis auront probablement à faire face à des coalitions régionales visant à bouter l’Amérique hors de l’Eurasie et menaçant son statut de puissance globale. […]
Un scénario présenterait un grand danger potentiel : la naissance d’une grande coalition entre la Chine, la Russie et peut-être l’Iran, coalition « anti-hégémonique » unie moins par des affinités idéologiques que par des rancunes complémentaires. Similaire par son envergure et sa portée au bloc sino-soviétique, elle serait cette fois dirigée par la Chine [c’est moi qui souligne].
Zbigniew BRZEZINSKI, op.cit. p.84

Rejetée par la France et la plupart des pays européens, excepté l’Allemagne, la Russie n’avait pas d’autre choix que de s’allier avec la Chine pour contourner la domination américaine. Mais les analystes font comme l’autruche qui refuse de voir la réalité.

28/11/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Articles BRICS, Chine en QuestionEntelekheiaInvestig’ActionMonde en QuestionRéseau InternationalRusia Today (Agence de presse russe) – SputnikXinhua (Agence de presse chinoise).
Zbigniew BRZEZINSKI, Le grand échiquier – l’Amérique et le reste du monde, Bayard, 1997 [Texte en ligne].
Index Économie, Monde en Question.
Veille informationnelle Géoéconomie, Monde en Question.

Les briques des BRICS


 

L’alliance des BRICS ne se contente pas de tenir, en dépit des oiseaux de mauvais augure, elle se renforce. En plus de la coopération économique, les cinq pays émergents collaborent en effet de plus en plus sur le plan politique. De plus, un élargissement de l’alliance se dessine, au profit des partisans de la multipolarité.

Malgré toutes les « réserves » émises par nombre d’experts, principalement occidentaux, sur la capacité de l’alliance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à subsister sur le long terme, ladite union continue à se renforcer et même peut-être bientôt à s’élargir. En effet, il suffit de lire ou de relire différentes analyses écrites au cours des dernières années pour se rendre compte à quel point leurs auteurs s’étaient trompés. Beaucoup d’entre eux considéraient l’alliance des BRICS comme une union de quelques années, qui allait se dissoudre d’elle-même tant « les pays membres sont différents sur le plan culturel et des réalités politiques ». Pourtant et justement, les pays membres ont fait de cette différence l’un de leurs principaux atouts, en donnant au passage une valorisation supplémentaire à l’idée même de la multipolarité.

Aujourd’hui et vu que les BRICS n’ont toujours pas pu être brisés par leurs adversaires, l’alliance est désormais accusée par certains économistes occidentaux d’être devenue une organisation non seulement économique de puissances émergentes, mais aussi une structure politique qui conteste activement la domination de l’Occident. Question: pourquoi ces prétendus experts ont-ils pensé que les pays des BRICS se limiteraient au volet économique de leur relation, au moment où le monde multipolaire a plus que jamais besoin d’en finir avec les vestiges de l’unipolarité?
Il suffit d’ailleurs de relire nos analyses passées en ce sens pour se rendre compte que les BRICS étaient justement destinés à devenir plus qu’une union économique, à l’instar d’autres structures comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Le lancement de la banque des BRICS, la Nouvelle banque de développement (NDB BRICS), avec son siège principal à Shanghai et son siège régional à Johannesburg, a confirmé l’ambition, déjà annoncée de devenir une véritable alternative au G7, au FMI et à la Banque mondiale. Son objectif, entre autres, sera de financer des projets dans les pays en voie de développement. Une réalité qui est loin de plaire à nombre de partisans de l’unipolarité, mais qu’il sera aujourd’hui difficile de stopper.

L’autre fait qui déplaît beaucoup aux élites occidentales (et qui confirment nos prévisions), c’est que justement au-delà de la collaboration économique, on observe la solidarité politique et géopolitique de l’alliance. En effet, et sur plusieurs dossiers, les cinq pays de l’alliance ont montré leur solidarité et leur approche commune. Ce fut le cas lors du soutien affiché à la Russie par les quatre autres pays BRICS sur le dossier syrien. Un soutien qui s’est également traduit dans l’opposition aux sanctions occidentales contre la Russie. De son côté, la Chine, a également pu bénéficier du soutien déclaré de ses partenaires, en premier lieu de la Russie, sur des dossiers comme la situation en mer de Chine méridionale, zone dans laquelle elle fait face aux tensions avec les E.U.

Parlons maintenant de l’élargissement. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, dont le pays présidera l’alliance des BRICS à partir du mois de septembre, a déclaré « plaider pour que d’autres pays rejoignent cette union, et que celle-ci satisfasse les besoins de tous les pays-membres ». À ce titre, on parle déjà de l’acronyme BRICS+, avec la possibilité de participation d’une dizaine d’autres pays aux travaux des cinq pays fondateurs. L’Iran, la Turquie, le Mexique, l’Indonésie, le Vietnam, les Philippines, le Pakistan, le Nigeria, le Bangladesh ou encore la Corée sont mentionnés. Si la possibilité de rejoindre l’union pour certains de ces pays prendrait encore du temps, dans le cas de l’Iran, de la Turquie ou de l’Indonésie, les perspectives sont tout à fait réelles.

Les BRICS, dans l’état actuel de l’alliance, représentent déjà à eux seuls près de la moitié de la population mondiale, 26 % de la surface terrestre et environ 35 % du PIB mondial, un pourcentage qui ne cesse en passant de monter. L’alliance pèse déjà de son poids au sein du G20, de l’aveu même des observateurs occidentaux. Qu’ils s’y habituent, car les BRICS représentent en effet l’une des principales voix du monde multipolaire. Une chose est également certaine: plus les BRICS, tout comme l’OCS, continueront de s’affirmer, plus certains comprendront une bonne fois pour toutes ce que représente véritablement la notion de communauté internationale.

15/03/2017
Mikhail GAMANDIY-EGOROV
Sputnik

Lire aussi : BRICS, Monde en Question (revue de presse) – Site.