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Controverse de Valladolid


La conquête coloniale des Amériques par les monarchies catholiques d’Espagne et du Portugal fut l’acte fondateur de la barbarie européenne et, par extension, de la barbarie occidentale qui s’autoproclame LA civilisation et se prétend LE modèle indépassable pour les peuples colonisés des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie.

Bartolomé de Las Casas fut un colonialiste version humanitaire – un Bernard Kouchner du XVIe siècle [1]. Son œuvre, intéressante rétrospectivement alors qu’elle fut interdite de publication jusqu’au XIXe siècle, n’eut aucun impact sur la colonisation qui se poursuivit imperturbablement. Elle est instrumentalisée aujourd’hui pour minimiser le crime contre l’humanité perpétré par la monarchie catholique.

On n’a pas attendu le XX° siècle et la fin des empires coloniaux pour que dès le début de la conquête de l’Amérique, un évêque qui y avait participé, Bartolomé de Las Casas, dénonce les crimes des conquistadors dans ce qu’on appelait encore les Indes. C’était en 1550, dans la vieille cité castillane de Valladolid où Charles Quint avait réuni les plus grands philosophes et théologiens de l’époque pour discuter de la légitimité de l’immense empire construit par les Espagnols en Amérique, 58 ans après sa découverte par Christophe Colomb en 1492.
2000 ans d’Histoire

Au Mexique, la hiérarchie catholique vénère Bartolomé de Las Casas comme un saint ; la gauche et l’extrême gauche, aussi débiles qu’en France, l’honorent en passant sous silence que, s’il critiqua les « excès » des colons, son objectif était concilier évangélisation et colonisation (maintenir en vie les colonisés pour les évangéliser) et que ses propriétés de terres indigènes lui rapportaient 100.000 castellanos par an – une petite fortune à l’époque.

12/11/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Controverse de Valladolid, Académie d’ Aix-Marseille .

• Bartolomé de LAS CASAS, La controverse entre Las Casas et Sepúlveda [introduit, traduit et annoté par Nestor Capdevila et précédé de Impérialisme, empire et destruction], Vrin, 2007 [BooksGoogleAcadémie de ParisErytheis].
La controverse entre Las Casas et Sepúlveda (1550-1551), connue sous le nom de controverse de Valladolid, est une interrogation des fondements de l’impérialisme européen qui le fait apparaître à ses propres yeux comme une entreprise civilisatrice ou génocidaire. Ce débat rigoureusement fondé sur les principes universalistes de la révélation et du droit naturel est un conflit politique pour une nouvelle détermination de l’empire rendue nécessaire par la « découverte » du Nouveau Monde et sa conquête. Sepúlveda légitime cette guerre en revendiquant pour l’Espagne, en tant que peuple chrétien et rationnel, un droit a priori sur l’Amérique et ses habitants idolâtres et barbares. Las Casas condamne toute la conquête en niant la barbarie des peuples indiens et en leur reconnaissant la souveraineté. Ce qui aux yeux de Sepúlveda est un usage légitime de la force au service de la foi et de la civilisation est pour Las Casas un sacrifice humain inavouable et occulté par la victoire du « faux » christianisme sur le « vrai ».

• CAPDEVILA Nestor, Las Casas et la tolérance, Fondation Ostad ElahiColloque L’invention de la tolérance, 08/09/2007.
Las Casas est un catholique orthodoxe qui combat l’infidélité en Amérique comme en Espagne. Son objectif a toujours été de supprimer l’idolâtrie des Indiens, de les convertir et de les soumettre à l’autorité impériale de Charles Quint. La condamnation de la conquête de l’Amérique (« la destruction des Indes ») l’amène ainsi à défendre les droits des peuples indiens (la souveraineté et la propriété). Il reconnaît également aux païens le droit et même le devoir de défendre leur religion. L’autre face de ses projets de colonisation et de conversion pacifiques est une rationalisation hétérodoxe de l’idolâtrie, et en particulier du sacrifice humain, dans le langage de l’orthodoxie catholique. La tolérance est chez lui cette contradiction rigoureusement argumentée par laquelle il défend ce qu’il combat et qui lui impose de fonder la soumission et la conversion des Indiens sur leur accord parfaitement libre.

• CARRIÈRE Jean-Claude, La controverse de Valladolid, Belfond, 1992 et Pocket, 1999 [Fiches de lectureIterevaWebLettres].
• VERHAEGHE Jean-Daniel, La controverse de Valladolid, 1992 [TV5].

Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire – Colonialisme humanitaire, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Mexique, Monde en Question.


[1] Le colonialisme humanitaire, Monde en Question.