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Le livre noir de la colonisation de Jérusalem Est


 

Mediapart publie le rapport confidentiel des consuls européens à Jérusalem et Ramallah, qui vient d’être transmis à Bruxelles. Selon ce texte, dont nous publions quelques extraits, « la situation à Jérusalem n’a jamais été aussi menaçante depuis 1967 ».

« L’expansion des colonies et l’exclusion politique, économique, sociale des Palestiniens, qui ne cesse de s’aggraver, ont un impact négatif sur la situation à Jérusalem. La polarisation et la violence croissante dans la ville menacent de plus en plus la viabilité de la solution à deux États, avec Jérusalem comme capitale commune. Et le niveau des tensions risque de s’élever encore en 2017 avec le cinquantième anniversaire de l’annexion de la ville, compte tenu de ce que prévoient, à cette occasion, les autorités israéliennes », écrivent les chefs de missions diplomatiques de l’Union européenne à Jérusalem et à Ramallah, récemment transmis au Comité politique et de sécurité du Service européen d’action extérieure – le ministère des affaires étrangères de l’Europe, alors que cette politique de colonisation impunie d’Israël vient d’être condamnée, fin décembre, par l’adoption au Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2334, qui demande, avec l’aval des USA, à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de respecter toutes ses obligations légales dans ce domaine ».

Première constatation des diplomates européens : le mécanisme complexe de règles, de pratiques bureaucratiques, de lois ad hoc et d’impératifs sécuritaires que met en œuvre Israël à Jérusalem-Est, véritable machine infernale contre une paix négociée et pérenne, obéit à un choix de planification ethnique arrêté en 2007 par la municipalité de Jérusalem. La population palestinienne de la ville ne doit pas excéder, en effet, 40 % de la population municipale totale.

Dans cet arsenal de lois kafkaiennes, les Palestiniens de Jérusalem-Est disposent d’une carte d’identité spéciale qui leur permet de résider à Jérusalem-Est et de circuler en Israël, mais pas d’y voter lors des élections législatives. Un statut particulièrement précaire puisqu’il peut être révoqué par les autorités, si elles estiment que Jérusalem-Est n’est pas le « centre de vie » du résident.

Entre 1967 et 2015, 14 500 Palestiniens ont ainsi perdu leur droit de résidence. En outre, le statut de résident permanent, déjà difficile à préserver, ne s’applique pas automatiquement, en cas de mariage, aux conjoint(e)s des résident(e)s et ne se transmet pas automatiquement aux enfants. Et la procédure « d’unification de famille » nécessaire pour tenter de régler un telle situation est longue et coûteuse. Selon le ministère israélien de l’Intérieur, près de 8 000 Palestiniens vivaient ainsi en 2015 à Jérusalem, avec un simple permis de séjour temporaire. Autrement dit, ils étaient expulsables du jour au lendemain. Une bonne partie d’entre eux étaient des enfants dont l’un des parents possède une carte d’identité de résident à Jérusalem-Est et l’autre des papiers d’identité de Cisjordanie. Benjamin Netanyahou l’a admis publiquement en octobre 2015, rappellent les auteurs du rapport : la révocation du droit de résidence est l’une des mesures qui peuvent être prises à titre de punition ou de dissuasion, en cas d’escalade de la violence.

Autre obstacle quotidien à la liberté de mouvement des Palestiniens : le mur ou la barrière de séparation construite par Israël en Cisjordanie, officiellement pour des raisons de sécurité, en réalité pour annexer de fait à Israël de larges sections du territoire palestinien, en particulier celles où se trouvent les principaux blocs de colonies. En matière de commerce et d’emplois, le préjudice causé à l’économie palestinienne est évalué par le rapport à 200 millions de dollars par an. « La barrière de séparation et le régime de permis qui lui est associé, écrivent les diplomates européens, continuent d’avoir un impact social, humanitaire et économique très négatif sur Jérusalem-Est et son arrière-pays palestinien. Elle déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare physiquement des communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est. Et, en même temps, elle incorpore des colonies israéliennes, situées au-delà de la Ligne verte de 1967 [limite de la Cisjordanie – ndlr] dans la ville. »

Selon le document européen, au moins 70 000 Palestiniens résidant à Jérusalem-Est qui vivent dans des zones rejetées en Cisjordanie par les méandres savants de la barrière ou du mur ont désormais besoin de franchir un check-point pour se rendre à leur travail ou avoir accès aux services – santé, éducation – auxquels leur donne droit leur statut de résidents et de contribuables de Jérusalem. Pour les Palestiniens qui n’ont pas de permis de résidence à Jérusalem-Est, c’est-à-dire ceux de Cisjordanie, la vie est en encore plus compliquée, relèvent les diplomates. Ils doivent disposer d’un permis, très difficile à obtenir car soumis à une multitude de conditions. Ils ne sont pas autorisés à entrer à Jérusalem en automobile et à y passer la nuit. Et ils ne peuvent entrer que par 4 des 16 check-points qui entourent la ville.

Alors que les 316 000 Palestiniens de Jérusalem-Est représentent environ 37 % de la population de la ville, la part du budget municipal affecté à leurs quartiers ne dépasse pas 10 %. Ce qui se traduit par un manque criant de classes dans les écoles, de services d’urgence médicale, de bureaux de poste, de véhicules et de personnels pour la collecte des ordures. En matière d’éducation, note le rapport, Jérusalem-Est manque de 2 672 classes. Plutôt que de mettre en chantier des classes nouvelles, la municipalité de Jérusalem s’est limitée, pour contenir le mécontentement, à louer 800 locaux, pour la plupart mal adaptés à l’enseignement.

À ce manque de locaux scolaires s’ajoute, comme pour les six hôpitaux de Jérusalem-Est, un sérieux problème de liberté de circulation du personnel. Entre 70 et 80 % du personnel des hôpitaux de Jérusalem-Est a besoin d’un permis – renouvelable tous les six mois – pour entrer en ville. Et le quota d’employés originaires de Cisjordanie, qui est variable, est notifié verbalement aux directeurs d’hôpitaux. Une centaine de médecins sont autorisés à entrer à Jérusalem en voiture, les infirmières et le reste du personnel doivent franchir les check-points à pied.

On imagine bien que, dans de telles conditions, l’économie de Jérusalem-Est, qui repose essentiellement sur un tissu de petites ou très petites entreprises, vit des temps difficiles, d’autant que « le secteur du tourisme palestinien ne reçoit qu’une part très modeste des revenus générés par le tourisme international ». « En raison de son isolement et du système strict des permis israéliens, la ville a largement cessé d’être un centre économique et commercial, constatent les diplomates. Surtout, la contribution globale de Jérusalem-Est au PNB palestinien a décliné de 15 % avant les Accords d’Oslo à moins de 7 % aujourd’hui. » Le taux de chômage avoisine 35 % chez les jeunes et 19,9 % chez les femmes. Et le taux de pauvreté est passé entre 2006 et 2016 de 64 à 75 %.

Quant aux infrastructures de transport, « elles servent surtout, constate le rapport, à renforcer le contrôle israélien sur Jérusalem-Est ». « Le tramway illustre la politique israélienne qui consiste à relier les colonies israéliennes de Jérusalem-Est avec le centre-ville à Jérusalem-Ouest, affirme le document. À l’exception de quelques stations, à Shu’afat et Beit Hanina, le tram ne dessert pas les quartiers palestiniens. La municipalité de Jérusalem prévoit de doubler pratiquement la longueur de la ligne de tram existante jusqu’à la colonie de Neve Yaakov, pour relier d’autres colonies (Neve Yaakov, Gilo, Ramot) à Jérusalem-Ouest. » D’autres infrastructures, notamment un téléphérique urbain et des routes en construction ou en projet dont la liste figure dans le rapport, illustrent l’intention israélienne de « consolider la liaison entre les principales colonies israéliennes et Jérusalem ».

C’est pourquoi, en dépit d’une diminution des actes de violence depuis le milieu de l’année 2016, le tramway demeure un détonateur des tensions ». Tensions que les responsables palestiniens ont de plus en plus de mal à contrôler. D’autant que leur absence a été organisée par Israël. La fermeture par le gouvernement israélien des principales institutions palestiniennes de la ville – Orient House, siège de l’OLP, ou la Chambre de commerce –, comme le harcèlement dont sont victimes les institutions culturelles ou la répression qui se poursuit contre toute forme de vie politique palestinienne à Jérusalem-Est, ont « largement contribué à la fragmentation de la société palestinienne, à l’isolement des communautés locales palestiniennes et à l’affaiblissement de l’identité collective ».

Après avoir rappelé que pour l’UE « les colonies sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la solution à deux États et à la paix », et que 211 000 colons, sur les quelque 600 000 implantés dans les territoires occupés, vivent aujourd’hui à Jérusalem-Est, à côté de 316 000 Palestiniens, les auteurs du rapport passent en revue les différentes stratégies employées par Israël pour densifier la population juive de Jérusalem-Est. Et cela, tout en séparant les quartiers palestiniens les uns des autres par des colonies urbaines qui bloquent l’extension de l’habitat palestinien et en coupant la ville de la Cisjordanie par un chapelet de colonies périphériques qui interdisent tout développement des faubourgs palestiniens vers le nord, l’est et le sud. Aujourd’hui, constate le document, 2 500 colons vivent dans des « enclaves » au cœur des quartiers palestiniens de Jérusalem-Est.

Dans certains quartiers, tel Silwan, au pied des remparts de la Vieille ville et de l’Esplanade des Mosquées, où les organisations privées de colonisation comme El’ad ou Ataret Cohanim sont particulièrement actives, ces « récupérations » de propriétés ont donné lieu à un nombre croissant d’expulsions d’habitants palestiniens. Selon le rapport, près de 500 Israéliens vivent aujourd’hui sous haute protection militaire parmi les 10 000 Palestiniens du secteur de Silwan, où le nombre de colons a quadruplé en moins de deux ans.

Parmi les autres procédés utilisés par les planificateurs de la colonisation pour contenir, voire empêcher le développement des quartiers palestiniens tout en étendant la présence juive dans Jérusalem-Est, le rapport examine longuement la multiplication des parcs nationaux et des espaces archéologiques, qui servent, en outre, à établir un « récit historique national » destiné à exalter « la continuité de la présence juive dans le secteur, au détriment des autres religions et cultures ». L’avantage, pour les autorités israéliennes, est que dans de tels cas, l’autorité sur le terrain est transférée de la municipalité de Jérusalem à l’Autorité des parcs et des réserves naturelles, qui n’a aucune obligation à l’égard des habitants palestiniens et peut donc obtenir leur expropriation et leur expulsion sans indemnité.

Et les restrictions et interdictions de construction créent une évidente pénurie de logements pour les résidents palestiniens, souvent obligés de construire sans obtenir de permis de la municipalité, s’exposant ainsi au risque d’être expulsés. Aujourd’hui, relève le rapport, le nombre de constructions palestiniennes menacées de démolition par un ordre administratif, judiciaire ou militaire s’élève à 24 000, ce qui expose 144 000 Palestiniens au risque d’expulsion.

À cette accumulation d’inégalités, d’injustices, d’abus et d’humiliations, génératrice de frustration et de révolte, s’ajoute une série d’initiatives et de déclarations, à propos de la gestion des lieux saints juifs et musulmans, qui visent à modifier un statu quo vieux de deux siècles et ont favorisé l’accroissement des tensions sur le terrain. Sous la pression des religieux juifs extrémistes et des colons, qui exercent une influence croissante au sein de sa majorité parlementaire, Benjamin Netanyahou a fait preuve d’une « tolérance accrue » à l’égard de ceux qui entendent modifier le régime des accès aux lieux saints, au bénéfice des seuls fidèles juifs.

« Compte tenu de l’importance du Haram al-Sharif/Mont du Temple pour les juifs et les musulmans, écrivent les auteurs du rapport, toute menace ou perception de menace sur son intégrité ou sur le statu quo ne risque pas seulement de saper toute reprise du processus de paix, mais a le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions sur la planète entière, tout en amplifiant la dimension religieuse du conflit. »

Cette politique israélienne, selon les auteurs du rapport, a fortement contribué au renforcement de la polarisation et au regain de violence. Entre le début de l’année et les premiers jours de décembre, notent les consuls, trois Israéliens et vingt-six palestiniens ont été tués à Jérusalem. En représailles, certains Palestiniens, auteurs d’attaques individuelles, ont apparemment été tués dans des situations où ils ne représentaient plus une menace. Parallèlement, les autorités israéliennes ont remis en vigueur la pratique punitive de démolition des maisons des Palestiniens accusés d’attentats. Approuvée par la Cour suprême, cette technique de dissuasion a provoqué la colère des Palestiniens, qui la jugent unilatérale : elle n’a pas été appliquée, en effet, aux trois Israéliens qui avaient tué un jeune Palestinien en juillet 2014.

Les auteurs de ce rapport rappellent qu’il revient aux États membres de l’UE d’appliquer les mesures qui permettent de distinguer clairement les produits fabriqués en Israël et ceux en provenance des territoires occupés…

« On a déjà vu plus audacieux. Mais peut-on en attendre davantage de l’Union européenne », s’interroge Mediapart ?

Source : CAPJPO-EuroPalestine.

Lire aussi :
Henry LAURENS, Les accords Sykes-Picot, Arrêt sur Info.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

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Il ne s’agit en aucun cas d’un apartheid


 

Les Palestiniens de Cisjordanie se rendant chaque jour en Israël pour y travailler n’ont plus le droit, depuis mercredi, d’utiliser les mêmes bus que les colons israéliens pour revenir chez eux. Cette mesure test doit durer trois mois.

Palestiniens et Israéliens séparés. Les Palestiniens de Cisjordanie se rendant chaque jour en Israël pour y travailler n’ont plus le droit depuis mercredi 20 mai d’utiliser les mêmes autobus que les Israéliens pour revenir chez eux, a indiqué une responsable du ministère de la Défense.

Dans le cadre d’un projet pilote prévu pour durer trois mois, « les Palestiniens qui travaillent en Israël devront, à partir de mercredi, revenir chez eux par le même point de passage sans prendre les autobus utilisés par les résidents de Judée-Samarie », la Cisjordanie occupée, a indiqué cette responsable, qui a requis l’anonymat.

Une mesure réclamée par les colons

Parmi les milliers de Palestiniens employés en Israël, qui passent par l’un des quatre postes de contrôle chaque jour pour se rendre sur leur lieu de travail, certains avaient l’habitude de revenir chez eux à bord de bus desservant des colonies israéliennes qui passaient à proximité de leur domicile. Ce n’est plus possible : ils doivent désormais revenir par les mêmes points de passage. Une fois revenus en Cisjordanie, les Palestiniens doivent prendre des autobus palestiniens et non plus israéliens.

Selon la radio publique, le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, à l’origine de cette décision, « tirera les leçons de cette expérience à l’issue de la période d’essai de trois mois ». La radio a précisé que le ministre estime que ces dispositions vont permettre de « mieux contrôler les Palestiniens qui sortent d’Israël et de réduire les dangers de sécurité ». Cette mesure était réclamée par le lobby des colons de Cisjordanie occupée depuis plusieurs années.

Cette règle pourrait allonger le parcours de certains Palestiniens de deux heures. Des organisations de défense des droits de l’homme promettent de l’attaquer devant la justice. « C’est une mesure honteuse et raciste qui abaisse Israël. Nous nous battrons avec toutes les armes légales possibles », promet l’avocat de l’ONG israélienne Yesh Din, cité par le journal Haaretz.

AFP – AFPS

Il ne s’agit en aucun cas d’un apartheid

Cette mesure était réclamée par le lobby des colons de Cisjordanie occupée depuis des années. Mordehaï Yogev, un député du parti nationaliste religieux Foyer juif, qui milite depuis trois ans pour qu’une telle disposition de séparation soit mise en place, a ainsi expliqué à la radio :

A leur retour du travail, les Palestiniens remplissaient les autobus si bien qu’il n’y avait plus de place pour les Israéliens. De plus, les femmes israéliennes, notamment les soldates, étaient souvent victimes d’agressions sexuelles.

M. Yogev a rejeté toute idée de ségrégation : « Il ne s’agit en aucun cas d’apartheid. La situation était tout simplement devenue insupportable ».

Le Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.

Israël, un État d’apartheid


 

Le colloque « Israël : un État dapartheid ? » aurait dû se dérouler à l’Université Paris VIII (Saint-Denis) en février 2012. Mais, suite à des pressions diverses, la direction de l’université a décidé de retirer l’autorisation qu’elle avait préalablement accordée. L’événement s’est finalement déroulé hors des murs de l’université et a connu un succès considérable, qui a contribué à faire germer l’idée de ce livre.

Cet ouvrage regroupe les contributions des intervenants au colloque, sous forme d’articles argumentés dont les lecteurs pourront apprécier la qualité et la rigueur. En effet, la démarche consistant à se demander si l’État d’Israël peut être qualifié d’État d’apartheid n’est pas idéologique mais scientifique : elle se fixe pour principal objectif d’enrichir le champ des études consacrées au conflit opposant Israël aux Palestiniens.

Il s’agit d’observer une réalité déjà maintes fois étudiée, mais en modifiant le point de vue, c’est-à-dire le point depuis lequel on voit. La mise à l’épreuve du concept d’apartheid, notion juridique définie en droit international, permet en effet de jeter un regard nouveau sur la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens, et de sortir des approches dites « équilibrées », avatars idéologiques de la fiction du « processus de paix ».

Céline LEBRUN, Julien SALINGUE (sous la direction de), Israël, un État d’apartheid ? – Enjeux juridiques et politiques, L’Harmattan, 2013 [Introduction et SommaireInterviewContretemps].

Lire aussi :
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.

Israël, État d’apartheid


 

Robert Parry  donne un texte circonstancié sur la signification de la victoire de Netanyahou aux élections israéliennes. Pour lui, le Premier ministre et son parti Likoud ont décisivement jeté le masque. En abandonnant la formule de « deux États », ils ont mis au net l’avenir qu’ils envisagent pour Israël : « Nous savons maintenant qu’il n’y aura pas de solution de deux États avec les Palestiniens alors qu’Israël renforcera décisivement son statut d’État-apartheid. Et tous les cris d’antisémitisme ne parviendront pas à faire taire les gens qui auront pris acte de ce développement puisque le Premier ministre lui-même a exposé la chose »….

La crise israélo-palestinienne a donc franchi un pas de plus, peut-être décisif. Elle ne cessera pas de sitôt et ne cessera au contraire de s’aggraver. Les conséquences sont à attendre bien entendu au niveau spécifique de cette crise, mais aussi, à notre sens, au niveau de la situation intérieure d’Israël, qui deviendra de plus en plus la véritable crise centrale (sociale, économique, voire identitaire, etc.) de ce pays.

Lire la suite… ConsortiumNews

Lire aussi :
• Netanyahu begins post-election maneuvers, in Israel and abroad, WSWS.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Veille informationnelle Israël, Monde en Question.

Anarchistes contre le mur de l’Apartheid


Leehee Rothschild, militante anticolonialiste israélienne, est en Grande-Bretagne pour quelques semaines, dans le cadre de son soutien à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions à l’égard d’Israël). Les discussions avec la militante des Anarchistes contre le Mur sont l’occasion de s’informer sur la situation en Israël et en Palestine, tout autant que de débattre des modalités de notre soutien à la résistance palestinienne. C’est dans ce but que nous nous sommes rencontrés.

Après avoir fait connaissance, la conversation porte rapidement sur l’évolution de la situation en Israël dont, selon Leehee, la politique prouve de plus en plus le racisme inhérent à l’idée d’un « État juif ». A titre d’exemples, l’élargissement à toute personne sans-papiers du statut d’ « infiltré » (qui concernait initialement les Palestiniens non autorisés à résider en Israël ou en Cisjordnaie) symbolise l’extension du racisme anti-arabes à tous ceux qui ne sont pas blancs, et la construction d’un nouveau camp pour immigrés dans le Néguev en est une des conséquences. Pour ce qui est de la nature du régime israélien, Leehee Rothschild définit le sionisme comme un mouvement colonial et raciste ayant, au profit d’une partie des Juifs occidentaux, séparé les Juifs des Palestiniens, ainsi que les Juifs européens des Juifs orientaux. Par ailleurs, la place occupée par l’armée dans l’appareil d’État israélien, ainsi que la glorification de valeurs guerrières et machistes, ont des conséquences délétères en ce qui concerne la situation des femmes.

Nous en venons à la question des luttes sociales en Israël. Comme beaucoup de militants des Anarchistes contre le Mur, Leehee trouve que de nombreux aspect du « Mouvement des tentes » (ou « Mouvement des indignés israéliens ») sont très problématiques, dans la mesure où aucune des questions soulevées par le mouvement n’entre en opposition avec les fondamentaux du sionisme. Pour la direction du « Mouvement des tentes », composée en majorité d’hommes blancs issus de la « classe moyenne », l’idéal serait de revenir à l’époque où la sociale-démocratie israélienne garantissait des conditions de vie satisfaisantes aux Juifs ashkénazes, tout en tenant les situations des autres populations (dont les Palestiniens) à l’écart des préoccupations exprimées. Dans cette démarche, le « Mouvement des tentes » a accouché de trois organisations politiques appartenant à la gauche sioniste : la première est liée au Parti travailliste, la seconde se rattache à la mouvance écologiste, et la troisième est l’embryon d’un parti politique qui mettrait la question de l’accès au logement des « classes moyennes » au cœur de son programme. Leehee est assez déçue que le Parti Communiste d’Israël travaille avec ces derniers.

Nous discutons ensuite des mouvements de lutte en cours en Cisjordanie, qui portent sur la dégradation des conditions de vie dans les territoires occupés, et prouvent le mensonge du « développement économique » qui aurait lieu en Palestine grâce à l’Autorité Palestinienne et sa coopération avec Israël. Le mouvement de lutte des Palestiniens critique avec virulence les accords d’Oslo ainsi que le protocole de Paris, qui organisent les échanges économiques entre l’Autorité Palestinienne et l’Etat d’Israël au profit de ce dernier. Je dis être assez choqué que le mouvement de solidarité européen n’exprime pas de solidarité avec ces mouvements, et critique l’occupation sans démasquer les institutions « palestiniennes » mises en place par l’occupant. Puisqu’il n’y a pas de « processus de paix » en dehors des discours, et que l’Autorité Palestinienne n’existe que par sa bureaucratie et sa police, il nous semble à tous deux évident que celle-ci sera aussi la cible des prochains soulèvements palestiniens. Il paraît donc impossible d’imaginer un soutien à la lutte palestinienne sans soutien aux luttes contre la coopération avec Israël.

Passés les constats sur la situation en Palestine, nous discutons maintenant des moyens d’organisation face à la politique israélienne. Ayant rencontré il y a quelques années à Jérusalem des militants des Anarchistes contre le Mur, je dis avoir perçu une certaine hétérogénéité dans leurs cultures politiques respectives, et avoir entendu plusieurs fois l’antisioniste israélien Michel Warschawski dire que dans ce contexte, le terme « anarchiste » est plus à entendre comme un synonyme de « rebelle » ou « opposant radical ». Leehee me confirme que la plupart des militants de l’organisation ne sont pas anarchistes au sens idéologique du terme, et m’apprend que la plupart d’entre eux votent. Soit pour le Parti Communiste, soit pour les nationalistes arabes du Balad. Leurs références politiques se situent du côté de la gauche anticolonialiste ou encore du Bund, mouvement non-sioniste qui agissait en vue de l’autonomie politique des Juifs d’Europe de l’Est, et défendait un judaïsme intrinsèquement lié à la lutte contre l’oppression.

La plupart des membres des Anarchistes contre le Mur sont par ailleurs investis dans le collectif Boycott from Within (Boycott de l’Intérieur) qui vise à apporter une légitimité à la campagne BDS. Lorsqu’ils agissent dans ce collectif, leur activité est le plus souvent alignée sur la temporalité du mouvement de solidarité à l’international, et vise à fournir un argument face au chantage à l’antisémitisme. Leehee Rothschild a par exemple témoigné à Paris lors du procès de militants poursuivis en raison de leur appel au boycott des produits israéliens. Comme l’essentiel des militants de la campagne BDS, elle estime que la priorité n’est pas de se prononcer sur l’établissement d’un Etat binational (sur toute la Palestine historique, avec égalité des droits entre Palestiniens et Israéliens) ou sur une « solution à deux États » (dans le cadre des frontières reconnues par le droit international et les résolutions de l’ONU). Elle apprécie au contraire la campagne BDS car elle vise prioritairement à la satisfaction des revendications palestiniennes immédiates : la fin de l’occupation des territoires palestiniens, le droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs maisons, l’égalité entre Palestiniens et Israéliens.

Je décide enfin de demander à Leehee son point de vue sur l’un des débats qui traversent une partie du mouvement de solidarité depuis au moins deux ans : celui relatif au respect de l’autonomie de la lutte palestinienne. Pour beaucoup de militants, les références fréquente à une « nécessité de convaincre l’opinion publique internationale » dans l’élaboration des stratégies des Palestiniens semblent aller a contrario d’une autonomisation de la lutte. Je dis par ailleurs voir un décalage entre la couverture médiatique du rituel hebdomadaire de la manifestation non-violente jusqu’au mur de Cisjordanie, et les effets concrets d’une telle stratégie. Si la sincérité des soutiens israéliens et internationaux à la « résistance non-violente » n’est pas en cause, il conviendrait, je crois, de se demander si les militants israéliens et internationaux n’ont pas imposé leur vision de la lutte aux colonisés.

Leehee Rothschild défend aussi la nécessité de ne pas séparer artificiellement « lutte violente » et « lutte non-violente », et dit soutenir la résistance non-armée à l’occupation parce qu’elle correspond actuellement au choix des Palestiniens, et non parce qu’elle leur reprocherait de prendre les armes si telle était leur décision. Au cas où j’aurais peur que les anticolonialistes israéliens et européens aient rendu les manifestants palestiniens dépendants de leur présence, elle assure qu’un certain nombre de manifestations ne se font qu’entre Palestiniens, que ce sont les Palestiniens qui établissent leur propre agenda, et elle rappelle que contrairement à l’image déformée donnée par les médias et par certaines associations, ce type de résistance n’est pas nouveau en Palestine. Depuis plusieurs décennies, des défilés de manifestants seulement équipés de pierres et de drapeaux ont lieu en Palestine. Cependant, si les Israéliens antisionistes essaient d’organiser la lutte avec les Palestiniens, Leehee est aussi consciente de l’illusion représentée par l’idée de « rétablir l’égalité dans la lutte ». A titre d’exemple, un militant israélien arrêté dans une manifestation en Cisjordanie est libéré au bout de 3 jours, quand un Palestinien reste incarcéré 3 mois.

En ce qui concerne le rapport de domination qu’il faut s’efforcer de ne pas reproduire, et l’autonomie à respecter, Leehee fait le parallèle avec les rapports entre hommes et femmes, et affirme que si un homme peut se joindre aux luttes féministes, il ne risque pas d’être violé ou harcelé sexuellement dans la rue. Selon Leehee, de ce fait, l’identité de genre range les hommes du côté des oppresseurs, et leur connaissance de l’oppression des femmes ne peut être que théorique, comme la connaissance qu’un Israélien peut avoir de la situation des Palestiniens. Tout en étant d’accord sur l’ampleur de la domination masculine, sur la manière dont elle est reproduite par les militants (ne serait-ce que dans la répartition de la parole ou dans la division du travail), et sur la nécessité de luttes ou d’expression non-mixtes, le parallèle me semble avoir certaines limites. Ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de séparation physique entre hommes et femmes comme entre Israéliens et Palestiniens de Cisjordanie …

Leehee revient sur la question de l’élaboration des stratégies, et insiste sur le fait que dans les « comités de résistance populaire », l’avis des Israéliens qui s’y joignent quelques heures par semaine n’est que consultatif. De plus, les Israéliens anticolonialistes qui pourraient exprimer un point de vue sur une éventuelle reprise de la lutte armée contre l’occupation militaire le feraient en fonction de considérations stratégiques. Il n’y a chez eux aucune condamnation morale de la lutte armée contre une occupation.

Je lui dis qu’une lutte cohérente contre la colonisation signifierait se positionner de manière autonome, sans se demander ce que les citoyens de l’État colonial (ou des autres États occidentaux) penseront du chemin emprunté par la lutte. Aussi, nous pouvons nous demander si les éventuels « conseils » n’entretiennent pas les complexes coloniaux. Je compare notamment la lutte palestinienne à celle du peuple algérien, qui – bien qu’elle accueillait volontiers dans ses rangs les français souhaitant fournir un appui – cherchait à porter des coups au colonisateur plus qu’à convaincre l' »opinion publique » française. Mais pour Leehee, il est important de ne pas oublier qu’à l’inverse des Français d’Algérie, qui furent rapatriés, un certain nombre d’Israéliens n’a pas d’autre nationalité, et ceux qui luttent doivent donc être attentifs à la construction de l’égalité et du vivre ensemble. Si cette préoccupation est légitime, et si personne dans le mouvement de solidarité ne remet en cause la présence des Israéliens au Proche-Orient, il me paraît assez exigeant de demander aux Palestiniens d’agir en fonction de la garantie du statut des Israéliens dans le cadre de l’hypothétique société post-sioniste à venir …

Ce débat touche cependant à des problématiques qui vont bien au delà de la seule cause palestinienne. En réalité, la question semble plus globalement liée aux tabous autour et de la lutte armée, et au recul de la réappropriation de la violence, y compris dans les luttes anticoloniales. Les discours en faveur de la « non-violence » comme les références à une opinion publique homogène qu’il s’agirait de convaincre ne sont qu’un des aspects d’un mode de gouvernance dont nombre d’activités semblent converger dans le but de masquer la violence des rapports de force. Il serait donc à la fois absurde et injuste de faire porter la responsabilité première de cette situation aux internationaux et aux israéliens qui agissent dans le cadre du mouvement de solidarité avec la Palestine …

06/11/2012
Agence Médias Palestine

Lire aussi :
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine – Israël, Monde en Question.

Comprendre le régime d’occupation israélien


Initié en 2002 par Israël, le Mur de Cisjordanie est le dispositif de contrôle le plus imposant, le plus visible et le plus coûteux réalisé depuis l’occupation de cette région et de la Bande de Gaza en juin 1967. Construit pour matérialiser la politique israélienne de séparation (hafrada) unilatérale, il est devenu le lieu et la cible des contestations locales et internationales. Surmédiatisé, il est désormais l’emblème du conflit israélo-palestinien : murs de béton ou portions de barrières érigés par Israël en Cisjordanie s’affichent sur les couvertures des publications journalistiques ou scientifiques. Dès lors, les évolutions actuelles et les enjeux du conflit semblent bien souvent devoir être résumés et compris à travers la seule analyse de cet édifice. Cet édifice peut pourtant aussi être considéré comme un leurre. Captés par le Mur, beaucoup d’observateurs locaux et internationaux n’ont en effet plus fait attention aux processus et aux reconfigurations du régime d’occupation israélien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Considérant la séparation comme achevée et matérialisée, certains estiment même que les termes du débat et du conflit on changé. Ainsi, le Mur masque autant qu’il révèle.

Rassemblant des recherches d’anthropologues, de sociologues, d’historiens, de politologues et d’économistes, ce livre propose, justement, de déplacer le regard à l’ombre du Mur. Il entend ainsi analyser les reconfigurations du régime d’occupation israélien afin de comprendre la nature de la séparation mise en œuvre en Cisjordanie au cours des vingt dernières années. La perspective choisie met en avant le rôle des acteurs et des institutions locales et internationales qui ont contribué à redéployer ces dispositifs de contrôle, qu’elles aient participé à leur fonctionnement, ou, au contraire, qu’elles les aient contournés ou qu’elles se les soient réappropriés. Nous verrons comment, tout en jouant sur l’imaginaire de la frontière, la mise en œuvre de la politique de séparation israélienne entraîne sur le terrain une réorganisation des rapports de domination économiques, sociaux et politiques entre les populations des espaces israéliens et palestiniens. Perpétuant et renforçant leur rapport d’interdépendance, ce régime d’occupation complexe compromet la création d’un État palestinien viable.

Stéphanie Latte Abdallah, Cedric Parizot, A l’ombre du Mur : comprendre le régime d’occupation israélien, Télécharger l’article.

Lire aussi :
• 03/2009, Cedric Parizot, Après le Mur, CNRS.
• 07/2009, Cedric Parizot, Séparation et régime de mobilité entre Israël et la Cisjordanie (2000-2009) : Réglementations, pratiques et acteurs, CNRS.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Les Juifs d’Israël approuvent un régime d’apartheid


Une large majorité des Juifs d’Israël soutient l’établissement d’un régime discriminant la minorité arabe du pays dans le cas d’une annexion de la Cisjordanie occupée, indique un sondage publié mardi par le quotidien Ha’aretz.

La majorité des Israéliens soutient un régime d’apartheid en Israël, titre le journal de la gauche libérale.

Pas moins de 59% des Juifs d’Israël estiment que les emplois dans les ministères devraient dans ce cas être prioritairement réservés aux Juifs, et 49% pensent que l’État devrait alors traiter ses ressortissants juifs de façon préférentielle par rapport à leurs compatriotes arabes.

Toujours selon ce sondage, 42% des Juifs d’Israël ne veulent par ailleurs pas cohabiter avec des Arabes dans un même immeuble résidentiel, et 42% refusent que leurs enfants fréquentent les mêmes écoles que des Arabes.

Il apparaît aussi que 69% de l’opinion juive d’Israël soutiendrait une loi interdisant aux quelque 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie le droit de vote en Israël en cas d’annexion de cette région, aujourd’hui contrôlée à 60% par l’Etat hébreu.

Pas moins de 74% des Juifs d’Israël souhaitent en outre qu’Israéliens et Palestiniens empruntent des routes séparées en Cisjordanie occupée.

Enfin, sans préjuger d’une éventuelle annexion de la Cisjordanie dans l’avenir, 47% des Juifs d’Israël se prononcent d’ores et déjà pour un transfert d’une partie de la population arabe d’Israël (1,3 million de personnes) vers les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

Le sondage a été réalisé en septembre dernier par téléphone par l’Institut Dialog du professeur Camil Fuchs de l’Université de Tel-Aviv, sur un échantillon de 503 personnes représentatif de la population juive adulte d’Israël, avec une marge d’erreur de 4,4%.

Face au blocage persistant du processus de paix, l’option d’une annexion par Israël de tout ou partie de la Cisjordanie gagne du terrain chez une minorité de la classe politique israélienne.

Cette idée d’un État binational unique n’est pas nouvelle : elle faisait partie des revendications de l’OLP jusqu’aux années 1980.

Cette stratégie a été abandonnée par les Palestiniens, qui réclament désormais un État indépendant sur leurs territoires occupés par Israël depuis juin 1967: Cisjordanie, Jérusalem-Est et bande de Gaza.

AFP – Romandie

Lire aussi :
• 23/10/2012, Gideon LEVY, Apartheid without shame or guilt, Ha’aretz.
• 23/10/2012, Gideon LEVY, Survey: Most Israeli Jews would support apartheid regime in Israel, Ha’aretz.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.

Berlin-Bil'in


La commémoration de la chute du mur de Berlin fut l’occasion, pour les médias dominants, de déverser leur haine anticommuniste en reconstruisant rétrospectivement l’événement et en passant sous silence le mur de l’Apartheid en Palestine.

Serge LEFORT
28/11/2009

Revues de presse
• 09/11/2009, Revue de presse internationale, France 24
• 09/11/2009, Revue de presse française, France 24
• 09/11/2009, Revue de presse française, Nouvel Obs
• 09/11/2009, Revue de presse européenne, euro|topics
• 09/11/2009, Revue de presse russe, RIA Novosti
• 09/11/2009, Le Mur de Berlin, 20 ans après – Diaporamas, RIA Novosti
• 11/11/2009, Russie : Les blogueurs et le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, Global Voices

Documents
• Le mur de Berlin a été démoli il y a 20 ans, mais reste sa poussière, RIA Novosti

• Le monde entier commémore la chute du mur de Berlin, Global Voices

• Quand Kohl, Mitterrand, Delors et Giscard débattaient de la chute du mur au Parlement européen, EurActiv

• Berlin, capitale sans mémoire ?, La vie des idées

Il y a vingt ans tombait le mur de Berlin. Au-delà du souvenir et de la commémoration, que reste-t-il de la RDA dans le paysage berlinois ? Une exposition présentée à Paris s’interroge sur « l’effacement des traces » du passé communiste, qu’il s’agisse de la débaptisation des rues ou de la destruction du Palais de la République. Rencontre avec l’une des commissaires de cette exposition.

• Berlin 1989-2009 L’effacement des traces Exposition ouverte du 21 octobre au 31 décembre 2009
Musée d’Histoire Contemporaine – BDIC
Dossier de presse

• 29/10/2009, 1989-2009 – Berlin, il y a 20 ans I, Là-bas si j’y suis
• 30/10/2009, 1989-2009 – Berlin, il y a 20 ans II, Là-bas si j’y suis

• 06/11/2009, Ni’lin fête le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, YouTube

• 09/11/2009, A Berlin, Là-bas si j’y suis

• 09/11/2009, Allemagne, 20 ans après : le prix du rêve, Interception – France Inter

Autrefois la division était physique, sous la forme d’un mur. Aujourd’hui elle est sociale, entre des riches toujours plus riches, et des pauvres toujours plus pauvres ».
Ainsi s’exprime un ancien ouvrier de la République Démocratique Allemande, rencontré lors d’une manifestation dans les rues de Leipzig. 20 ans après la réunification des deux Allemagne.

Analyses
• 19/02/2008, John PILGER, Faire tomber les nouveaux murs de Berlin, Le Grand Soir

John Pilger décrit comment l’évasion des Palestiniens de Gaza peut inspirer tous ceux qui luttent pour faire tomber les nouveaux murs de Berlin qui s’érigent partout dans le monde.

• 06/11/2009, William BLUM, Le Mur de Berlin – Encore un mythe de la Guerre Froide, Le Grand Soir

D’ici quelques semaines, on peut s’attendre à ce que les médias mettent en route leurs moulins à propagande pour commémorer le 20e anniversaire de la démolition du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Tous les clichés de la Guerre Froide sur le « Monde Libre » opposé à la tyrannie communistes vont revenir parader, et la fable simpliste racontant le pourquoi de l’existence du mur sera répétée à l’infini.

• 09/11/2009, Peter Schwarz, La chute du Mur de Berlin, WSWS

La contradiction entre l’enthousiasme officiel et le mécontentement populaire en dit long sur la signification réelle des événements de novembre 1989. Les efforts entrepris par les médias pour glorifier ces événements comme étant le commencement d’une nouvelle ère de la démocratie, de la liberté et de la paix sont d’autant plus grands qu’il s’avère que ce n’était absolument pas le cas. Il existe peu d’événements de l’histoire contemporaine qui furent autant mystifiés que la fin de la RDA.

• 09/11/2009, Chems Eddine Chitour, Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine, Mondialisation

Marquant le 20e anniversaire depuis la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur [d’Apartheid] construit par Israël. Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture.

• 10/11/2009, Benjamin Moriamé, Berlin 89 – Jérusalem 09 : d’un Mur à l’autre, Investig’action

Bien des murs ont été érigés depuis vingt ans. Tandis que la commémoration de la chute du Mur de Berlin bat son plein, les barrières du « monde moderne » restent invisibles au plus grand nombre. La plupart de ces nouveaux murs, au Mexique, au Botswana ou dans le sud de l’Europe, font obstacle à l’immigration. Le Mur du Proche-Orient, lui, n’est pas bâti sur une frontière. Il serpente à l’intérieur du territoire palestinien sur plus de 450 kilomètres – bientôt 700. Ce Mur traîne derrière lui des conséquences, à la fois humanitaires et politiques, inégalées.

• 10/11/2009, Slavoj ZIZEK, Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme, Le Grand Soir

C’est un lieu commun que d’insister sur ce que ces événements ont eu de « miraculeux ». Un rêve est devenu réalité, il s’est passé quelque chose qu’on n’aurait même pas envisagé quelques mois auparavant : des élections libres, la fin des régimes communistes qui se sont effondrés comme un château de cartes.

• 12/11/2009, Benjamin Moriamé, 1989 – 2009, Vingt ans de remparts, ContreInfo

L’unanimité médiatique des célébrations de la chute du mur de Berlin s’est largement dispensée d’interroger la réalité actuelle. Pourtant, nous rappelle le journaliste indépendant Benjamin Moriamé, durant les vingt ans qui ont suivi le démantèlement du rideau de fer, ce dispositif archaïque de violence silencieuse faite aux hommes qu’est la muraille a largement proliféré sur la surface du globe. Et aux cicatrices déjà anciennes qui séparent les deux Corée ou isolent le Sahara Occidental, sont venues s’ajouter de nouvelles barrières infranchissables matérialisant les lignes rouges des conflits, des zones de tensions et des inégalités.

• 13/11/2009, Viktor DEDAJ, L’insoutenable bruit du claquement des tongs de la pensée anticommuniste, Le Grand Soir

Alors capitalistes, vous pouvez agiter vos principes (violés hors caméras), vos lois économiques (risibles de naïveté), tous ces trucs que vous invoquez pour vous donner un petit vernis moralisateur et camoufler votre véritable nature, vous pouvez même réécrire l’histoire et noircir tous les tableaux, moi en tous cas, je suis sûr et certain d’au moins d’une chose : je n’ai jamais entendu crier « vive le capitalisme » devant un peloton d’exécution nazi.

• 16/11/2009, Mathias Reymond, BHL, Bernard Guetta et Nicolas Demorand sous le mur de Berlin, Acrimed

Les vingt ans de la chute du mur de Berlin. Impossible d’y échapper. Le temps d’une journée, les stations France Inter, France Culture, France Info, Le Mouv’, France Bleu, France Musique et Fip… ne sont devenues qu’une : Radio France. Un seul sujet, un seul point de vue, un seul média.

• 18/11/2009, Palestine emmurée : une réserve indienne ?, Seriatim

• non daté, L’histoire est aussi faite de zones grises, Contretemps

Lire aussi :
• GROSSER Pierre, 1989 – L’année où le monde a basculé, Perrin, 2009 [L’Humanité].

1989 ou la fin de l’histoire ! L’a-t-on assez répétée, cette bêtise, en se laissant prendre à l’euphorie d’une saison.
La guerre froide balayée, les incendies du tiers-monde éteints, la Chine qui rêve un mois du mot liberté, le mur de Berlin tombé et les anciens dictateurs forcés de rendre des comptes… L’automne des peuples a recouvert la réalité d’un mouvement tectonique autrement capital. En s’appuyant sur les meilleures sources françaises et étrangères, Pierre Grosser fait comprendre l’épaisseur, les enjeux et la portée d’une année sans autres pareilles que 1945 ou 1929.
Car 1989, c’est aussi la mondialisation libérale en marche et les premiers débats sur l’ingérence humanitaire et le réchauffement climatique. Mais encore, les premiers pas de la démocratie en Afrique du Sud. C’est la mort de l’ayatollah Khomeiny, après sa fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie. C’est déjà la violence des nationalismes dans des Etats fédéraux en décomposition (en Yougoslavie, en Géorgie…), l’arrivée au pouvoir d’Omar al-Bachir au Soudan, l’accélération de la décomposition de la Somalie et le début de la guerre au Libéria, tandis que les militants du djihad, dont un certain Ben Laden, se déchiraient pour savoir quelle devait être leur nouvelle stratégie…

• HEURTAUX Jérôme et PELLEN Cédric (sous la direction de), 1989 à l’Est de l’Europe – Une mémoire controversée, Éditions de l’Aube, 2009 [La vie des idées].

Que signifie « l’année historique de 1989 » pour les populations qui l’ont vécue ? L’ouvrage 1989 à l’Est de l’Europe y répond en multipliant les points d’entrée et les échelles d’analyse, tenant délibérément à distance les grands récits commémoratifs qui foisonnent en ce moment.

• Dossier Mur de Berlin, Bibliothèque publique d’information.
• Livres autour de la chute du Mur de Berlin, Nonfiction.
• Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Mur de l’Aparteid, Monde en Question.

Le mur de l'Apartheid


A l’occasion du cinquième anniversaire de l’avis de la Cour internationale de Justice jugeant illégal le mur élevé par Israël pour se séparer de la Cisjordanie, le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) a présenté mercredi 8 juillet un état de la situation côté palestinien.

« La barrière est l’une des mesures employées pour restreindre les mouvements et la vie des Palestiniens », a déclaré un responsable de l’OCHA dans une conférence de presse. « La barrière fait partie d’un régime général de fermeture (…) qui affecte les mouvements des Palestiniens, restreint leur espace, et ajoute à la fragmentation de la Cisjordanie (…). Elle a eu un impact humanitaire dramatique sur les Palestiniens » depuis le début de sa construction, en 2002.

Présentée par Israël comme une « clôture antiterroriste », cette barrière mesurera une fois finie, 709 km, dont selon le bureau onusien, 85 % seront établis en Cisjordanie même et seulement 15% sur la ligne verte, la ligne de démarcation établie en 1949 entre la Cisjordanie et Israël, empiétant à terme sur 9,5 % de la Cisjordanie toujours selon l’OCHA.

Dans son avis rendu le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice avait estimé que « la construction par Israël, puissance occupante, du mur en territoire palestinien occupé, notamment dans et autour de Jérusalem-Est, est contraire à la loi internationale. » Elle en a demandé le démantèlement.

AFP-Le Monde

Les boycotts, désinvestissements et sanctions contre Israël doivent se poursuivre jusqu’à ce que le mur soit démoli et que ses victimes aient obtenu réparation.

Le 9 juillet 2009 marque le cinquième anniversaire de l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de Justice sur la légalité du mur de 724 kilomètres qu’Israël continue de construire à travers la Cisjordanie.

La décision de la CIJ était claire et sans ambiguïté : la construction du mur est illégale ; Israël doit immédiatement y mettre fin, démanteler les sections déjà construites et restituer les propriétés confisquées ; et les Palestiniens spoliés par la construction doivent être indemnisés. La Cour déclare en outre que tous les Etats ont l’obligation de ne reconnaître aucune situation illégale résultant de sa construction et de n’accorder aucune aide, ni prêter assistance, à la situation créée par une telle construction.

La décision de la CIJ devrait avoir été une victoire pour les forces qui exigent le respect et l’application du droit international. Au lieu de cela, elle est devenue un symbole du non respect par Israël de ce droit international et de la carence de la communauté internationale à tenir Israël pour responsable de ses crimes ; malgré les conséquences désastreuses d’une telle impunité sur la vie des Palestiniens qui continuent d’être expulsés de leur patrie.

Le mur a créé de façon nette six ghettos à travers les territoires palestiniens occupés, comprenant 98 enclaves et 312 810 Palestiniens qui sont entourés de fils de fer barbelés, de murs et de miradors. Il y a au moins 14 364 personnes qui ont été transférées depuis les 145 localités que traverse le mur, avec quelque 90 000 Palestiniens menacés directement de transfert si la construction du mur va à son terme.

A défaut de recours à un mécanisme compétent non partisan pour mettre en application la décision de la CIJ, les Palestiniens n’ont guère d’options pour défendre leurs droits et résister à leur transfert. Alors que les manifestations populaires se poursuivent chaque semaine dans certains villages comme Bil’in, Ni’lin et Ma’sara dont les terres continuent d’être volées, les Palestiniens ont manqué jusqu’ici des forces d’appui suffisantes pour résister à la puissance militaire israélienne et à l’impunité qui l’accompagne, impunité qui est assurée à Israël par la communauté internationale.

Dans ce contexte, rien ne peut remplacer l’indispensable promotion du combat d’une société civile internationale, large, pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre Israël, auxquels appelle la société civile palestinienne depuis 2005. Une telle campagne a l’autorité et la force morales de faire contrepoids aux forces qui soutiennent l’apartheid israélien. Ceux qui paient leurs impôts à des gouvernements qui soutiennent Israël, ceux qui se servent des produits israéliens, soit pour les revendre, soit pour les consommer, et ceux qui s’engagent dans des forums universitaires, culturels et sportifs qui normalisent le régime d’occupation israélien, son colonialisme et son apartheid, tous ont entre leurs mains la force d’arrêter la machine qui fait que l’apartheid israélien est politiquement viable, et profitable matériellement.

Info-Palestine selon BADIL Centre de documentation sur les droits de citoyenneté des Palestiniens et sur les droits des réfugiés palestiniens.

Pour aller plus loin :
• Dossier documentaire & Bibliographie Le mur de l’apartheid, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question

Israël mène une politique d'apartheid


Hier soir se tenait à l’Alternative Information Center une conférence de Hazem Jamjoum, l’un des étudiants de Toronto à l’origine de la « semaine de l’apartheid israélien ». Crée en 2005, cet évènement est l’un des plus importants rendez-vous à l’échelle internationale des militants solidaires de la cause Palestinienne.

Tout au long de la soirée, Hazem Jamjoum a tenté de démontrer que l’occupation israélienne doit être qualifiée d’apartheid.

Qualifier l’action menée par Israël d’apartheid n’est pas nouveau. Le débat était déjà présent dans les années 80 mais avait été un peu mis de coté avec les accords d’Oslo, lequel devaient garantir l’autodétermination (au moins partielle) des Palestiniens des territoires occupés.

Cependant, dans un contexte actuel de poursuite intensive de la colonisation et des, la question revient à l’ordre du jour. politiques discriminatoires envers les réfugiés et les citoyens palestiniens d’Israël

Comme le souligne Hazem Jamjoum, l’’apartheid est un terme afrikaner qui signifie « séparer », « mettre à part, » « tenir à l’écart ». Le terme a été universalisé par la Convention sur l’Elimination et la Répression du crime d’apartheid. Cette dernière définit l’apartheid comme « une politique et un système de ségrégation et de discrimination raciale, telle qu’elle était pratiquée en Afrique du Sud » ayant pour but «d’établir et de maintenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur un autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci. » Si la convention se base sur l’expérience sud-africaine, elle ne s’y limite pas. L’apartheid se caractérise par un transfère de force des populations, un contrôle de la terre, des humiliations et meurtres.

Hazem Jamjoum, qui travaille aujourd’hui pour le « Badil Ressource Center for Palestinian Residency » a multiplié les exemples qui prouvent à ses yeux qu’Israël est un régime d’apartheid. Il insiste notamment sur les destructions de maisons palestiniennes depuis 1948. Au cours des 60 dernières années, la politique d’expulsion d’Israël a forcé 70% des Palestiniens à vivre en tant que réfugiés et/ou personnes déplacées, ce qui en fait le plus long et important problème de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde d’aujourd’hui. L’expulsion des Palestiniens de leurs foyers et de leurs terres est loin d’être chevée, le dernier exemple en date étant celui du quartier Al-Boustan à Jérusalem.

De même, l’existence de systèmes juridiques différents dans les territoires palestiniens occupés est révélatrice. Les juifs sont en effet soumis à la loi israélienne, tandis que les Palestiniens sont soumis à un complexe mélange de lois datant de l’Empire ottoman, britannique, jordanien et des ordres militaires israéliennes. La loi israélienne va donc au delà des frontières du territoire. Comme le déclarait Golda Meir, premier ministre de 1969 à 1974, «La frontière [d’Israël] est l’endroit où vivent les Juifs et non celui où il y a une ligne sur la carte. »

Faire reconnaitre à la communauté internationale qu’Israël est coupable de crimes d’apartheid est fondamental selon Hazem Jamjou. En effet, cela reviendrait à reconnaitre qu’Israël viole le droit international et obligerait la communauté internationale à des sanctions économiques. En attendant, il appelle la société civile palestinienne à un boycott économique des produits israéliens.

Younes Salameh
04/03/2009
Publié par PNN.