Monde en Question

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La carte n’est pas le territoire


Selon un lieu commun bien établi, une carte vaut mieux qu’un long discours. Le problème que pose cette assertion est l’absence d’analyse critique de la construction d’une carte. Elle sous-entend que, tracée à partir de données chiffrées, une carte ne peut être que vraie. Or, il convient de s’interroger à la fois sur la construction des données et de leur représentation graphique.

L’étude de cas suivante illustre la problématique de la construction d’une carte et des conclusions, hâtives, que certains en tirent.
L’auteur de l’article Arabités numériques (1/2) : Facebook et les virtualités d’un nouveau monde arabe tire des conclusions politiques hasardeuses à partir de cartes construites sur les liens amis Facebook entre Israël et les territoires occupés de la Palestine :

[…] la comparaison des « amitiés numériques » palestiniennes et israéliennes, qu’on imagine a priori très différentes, est en fait assez éclairante : absents ou presque de l’espace politique israélien, les « Palestiniens de l’intérieur » (les Palestiniens de 48, les Arabes israéliens, etc.) retrouvent toute leur présence dans la visualisation des amitiés numériques d’un Israël très ami avec les Territoires occupés mais aussi avec l’Egypte ou la Jordanie ! Une réalité virtuelle que finira bien par se traduire un jour sur le terrain.

Comme je l’ai indiqué dans un commentaire à chaud, la méthodologie de la construction de ces cartes est bancale. Le code des couleurs, basé soit sur le continent dont chaque pays fait partie soit sur la langue officielle, ne pose pas problème. La taille des cercles, basée sur le nombre de « liens d’amitié », ne rend pas compte des données quantitatives.

Ainsi, l’ensemble des « liens d’amitié » des États-Unis est de la même taille que celui de l’Andorre alors que les États-Unis comptent plus de 314 millions d’habitants et l’Andorre seulement 78 mille, soit plus de 4000 fois moins !

De même, pour Israël et les Territoires palestiniens, on ne connaît ni le nombre total des « liens d’amitié » Facebook de chaque entité ni le nombre de « liens d’amitié » échangés entre chacune des entités. Y-a-t’il plus ou moins de liens échangés entre Israël et les Territoires palestiniens que entre les Territoires palestiniens et Israël ? Dans quelle proportion ? Mystère.

Le classement (de 1 à 5) des « liens d’amitié » Facebook échangés entre un pays et d’autres est basé sur l’ensemble des « liens d’amitié » du pays et le nombre des « liens d’amitié » échangés avec chaque pays. Cela indique une proportion, mais trop vague car non chiffrée. C’est pourquoi il est impossible de tirer des conclusions, politiques ou autres, sur la base de cartes construites sur des données quantitatives totalement inconnues et dont le système de représentation ne permet pas de les apprécier même approximativement.

Voici un exemple de cartographie de données statistiques qui est significative car la carte contient une échelle des valeurs représentées par les deux demi-cercles (clients/prospects).

05/10/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Michèle BÉGUIN et Denise PUMAIN, La représentation des données géographiques – Statistique et cartographie, Armand Colin, 1994 [Érudit].
Il est si facile de faire mentir une carte ou des statistiques… Dans une société où la carte et l’image ont acquis une importance considérable, il est donc essentiel de connaître les techniques et les méthodes qui permettent de traiter l’information statistique et de la cartographier correctement.
• Joseph KLATZMANN, Attention, statistiques ! – Comment en déjouer les pièges, La Découverte, 1996.
Si, dans chaque région française, les agriculteurs consomment plus de pommes de terres par personnes que les non-agriculteurs, comment se fait-il que, pour l’ensemble du pays ce soit le contraire ? « Très simplement », répondrez-vous… quand vous aurez lu l’explication. De nombreux autres exemples de données piégées ou erronées sont cités dans ce livre : comment peut-on « truquer » l’indice des cours de la Bourse ? Pourquoi y a-t-il moins de décès quand les médecins sont en grève ? Pourquoi les comparaisons internationales des revenus ne signifient-elles rien ? Comment des instituts de sondage peuvent-ils aboutirent à des résultats opposés ? Pourquoi les taux de dévaluation sont-ils à peu près tous faux ? Pourquoi votre espérance de vie est-elle plus élevée que ce que disent les statistiques ?
Dossier documentaire Statistiques & Sondages, Monde en Question.

Visualiser l’information


La représentation visuelle d’information, que ce soit en cartes, graphiques ou diagrammes, permet d’offrir un niveau de compréhension des données difficile à atteindre avec du simple texte. Or la visualisation de l’information est une discipline à part entière, qui obéit à des règles et principes à connaître pour éviter les erreurs dans les choix des représentations, des formes et des couleurs que l’on rencontre encore aujourd’hui trop souvent.

• Maximilien KINTZ, Visualiser l’information – Exemples et astuces (diapositives), Hypotheses.org.
• Maximilien KINTZ, Visualiser l’information – Une courte bibliographie, Hypotheses.org.

Lire aussi : Dossier documentaire Sémiologie – Sémiotique, Monde en Question.

Signes, sexe and linguistique


La pensée du discours propose sa nouvelle série de saison : « Signes, sexe and linguistique ». Elle est consacrée à la manière dont la linguistique parle (ou pas) du sexe, de la sexualité, de l’érotisme et de la pornographie. C’est apparemment un thème un peu caliente, et qui se marie bien avec les gainsbouriennes promesses de mer-plaisir-soleil que font miroiter les « grandes vacances », mais, amateurs de lectures faciles qui pensiez lire les billets sur votre Ipad à la plage entre crème solaire et glacée, vous serez déçus : c’est un sujet très, comment dire, technique… Il y aura donc surtout de la lexicologie, de la lexicographie, de l’analyse du discours, de la pragmatique, un peu de TAL, de la rhétorique, de la philosophie, de l’éthique.

Lire : Marie-Anne PAVEAU, Signes, sexe and linguistique, La pensée du discours.

Lire aussi :
Dossier documentaire Érotisme & Pornographie, Monde en Question.
Dossier documentaire Sexualité, Monde en Question.

Rumeurs sur Dominique Strauss-Kahn


Les récits, qui jugent Dominique Strauss-Kahn par principe coupable parce qu’il est un homme, blanc, riche et juif, sont construits sur des spéculations et non des faits que personne ne connaît aujourd’hui et que personne ne connaîtra peut-être jamais, ce qui alimentera les spéculations…

Cela rappelle l’affaire à la fois judiciaire, médiatique et politique qui se déroula en 1969 et que Edgar Morin a analysée dans La rumeur d’Orléans, Seuil, 1982 [INA] :

Une rumeur étrange (la disparition de jeunes filles dans les salons d’essayage de commerçants juifs) s’est répandue, sans qu’il y ait la moindre disparition, dans la ville dont le nom symbolise la mesure et l’équilibre : Orléans. Edgar Morin et une équipe de chercheurs ont mené l’enquête sur place. Pourquoi Orléans ? Pourquoi des Juifs ? Pourquoi et comment se propage une rumeur ? Cette rumeur véhicule-t-elle un mythe ? Quel est ce mythe et que nous dit-il sur notre culture et sur nous-mêmes ? Des questions se posent : un antisémitisme jusqu’alors latent s’est-il à nouveau éveillé ? N’y a-t-il pas, dans nos cités modernes, un nouveau Moyen Age qui s’avance ?

Les milliers de milliers de commentaires, qui pullulent dans les sites et les blogs, sont tous fondés sur les préjugés de leurs auteurs. Deux articles et les commentaires qui les accompagnent offrent un bon exemple des fantasmes et des délires que suscite cette affaire :
• Affaire Nafissatou Diallo-DSK : des détails qui dérangent, Les hommes libres.
• Eclairage nouveau sur DSK : un passionné, Les hommes libres.

08/08/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Rumeur Dominique Strauss-Kahn, Google.
• 07/05/2009, La rumeur d’Orléans, quarante ans après, Le Point.
11/07/2011, Serge LEFORT, Coupable, forcément coupable, Monde en Question.
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.

Coupable, forcément coupable


Tous ceux qui accusent ou défendent l’accusé Dominique Strauss-Kahn ou la plaignante X étalent complaisamment des spéculations fondées sur leurs préjugés et non sur des faits que personne ne connaît aujourd’hui et que personne ne connaîtra peut-être jamais, ce qui alimentera les spéculations…

Nous ne connaissons rien ou presque rien des faits de cette affaire :

  1. Dominique Strauss-Kahn fut arrêté à l’aéroport de New York le 14 mai 2011 vers 16h40 (source : The New York Times) ;
  2. suite à une plainte déposée le jour même (l’heure est incertaine) : L’accusé a tenté d’avoir, par la force, une relation sexuelle anale et orale avec une autre personne ; l’accusé a tenté d’avoir des rapports vaginaux avec une autre personne ; l’accusé a forcé une autre personne à un contact sexuel ; l’accusé a séquestré une autre personne : l’accusé a obligé une autre personne à un contact sexuel sans le consentement de cette dernière ; l’accusé a de façon intentionnelle et sans raison légitime touché les parties sexuelles et autres parties intimes d’une autre personne dans le but d’avilir une autre personne et d’abuser d’elle, et dans le but d’assouvir le désir sexuel de l’accusé (source : ABC News).
  3. Il fut incarcéré puis libéré sous caution et placé en résidence surveillée. Il est libéré sur parole le 1er juillet, mais les charges de la plaignante sont maintenues (source : The New York Times).

Les médias fabriquent un récit qui semble cohérent, mais qui reste un récit fictionnel. Un jour, l’accusé est présenté comme un porc. Un autre jour, la plaignante est présentée comme une pute. Les récits en faveur de la plaignante (les plus nombreux) ou de l’accusé (plus rares [1]) ne reposent sur aucun fait, mais sur des préjugés – une construction a priori – qui alimentent les spéculations et les rumeurs.

Les récits en faveur de la plaignante jugent Dominique Strauss-Kahn par principe coupable et justifient leur parti pris par la défense d’une cause juste : la cause des travailleurs, la cause de l’antiracisme, la cause des Palestiniens et surtout la cause des femmes.

La cause des travailleurs

• 04/07/2011, Derrière leur spectacle, l’affrontement à préparer, Lutte Ouvrière [2] :
Il y a le feuilleton DSK, ses frasques, son fric, son déjeuner entre amis à 600 dollars, et la lancinante question qui taraude les journalistes et les sondeurs : quel avenir politique pour l’ex-directeur général du FMI, ex-candidat présumé du Parti socialiste à la présidence de la République ? À peine ce feuilleton a-t-il connu une brève interruption qu’on lui a substitué le conte de fée d’un prince épousant une roturière dans une principauté d’opérette, entre banques et casinos. Et comme ces deux affaires commencent à lasser sérieusement un téléspectateur normal, voilà le Tour de France avec ses affaires de dopage réel ou supposé, ses vrais et faux suspenses !
Pendant qu’on amuse la galerie, les nuages d’une nouvelle crise financière s’amoncellent partout dans le monde.

La cause de l’antiracisme

• 05/07/2011, Qui est le plus nuisible ?, Les mots sont importants :
Sans préjuger de ce que décidera la Justice américaine, on ne peut pas ne pas être écoeuré-e par la manière dont, en France en tout cas, les possibles « mensonges » et « accointances délinquantes » de Nafissatou Diallo, aussi dérisoires soient-elles, et surtout éloignées de l’affaire en cours, tendent à blanchir Dominique Strauss-Kahn d’un crime d’une tout autre gravité : une tentative de viol. En soutien à Nafissatou Diallo, qui est, pour le moins, victime d’un ahurissant déballage sexiste et raciste…

La cause des Palestiniens

• 02/07/2011, DSK : le coup du « coup monté », CAPJPO – EuroPalestine :
« Tout ça va finir avec un gros chèque » : conclusion tout à fait plausible de Franz Olivier Giesbert ce jeudi soir sur France 2″, écrivions-nous sur le site le 19 mai à propos de l’affaire DSK. Bien entendu, l’affaire ne sera jamais présentée de la sorte et il faut que Strauss-Kahn essaie de s’en sortir par le haut.
Quant aux autres « casseroles » que se traînent DSK dans ce domaine et qui sont de notoriété publique, il serait de mauvais goût d’en faire étalage face à une telle « réhabilitation » promise de la victime.

• 06/07/2011, La pensée tribale : POLANSKY, DSK., Islam et engagement :
C’est ainsi que l’un des plus ardents porte-parole de la pensée tribale raciste n’est autre que le sioniste BHL, qui a pris successivement la défense de Polansky et de DSK.
C’est au nom de ce même instinct primitif que vous le verrez célébrer de façon continue Tsahal, alors même que les soldats israéliens commettent les pires atrocités. Toujours au nom de la tribu.

La cause des femmes

• 02/07/2011, DSK. Les féministes gardent le cap, NouvelObs :
Même menteuse, Nafissatou Diallo ne met pas en péril le discours des féministes… Pas d’inquiétudes donc, pour ces femmes qui continueront à porter haut leur combat. « On se bat depuis trente ans, conclue Emmanuelle Piette, je savais qu’on n’allait pas tout gagner en une fois, mais la parole des femmes a été entendue. »

• 04/07/2011, Ivan RIOUFOL, Pourquoi DSK est coupable, Blog Le Figaro :
Dominique Strauss-Kahn, dont on a appris qu’il redoutait les pièges et les complots liés à son goût pour les femmes, persistait néanmoins à jouer avec le feu. C’est cette légèreté qui lui est reprochée. Un probable candidat à la présidence de la République s’interdit d’inutiles comportements à risques, sauf à estimer pouvoir tout se permettre.

• 04/07/2011, Clémentine AUTAIN et Audrey PULVAR, Non au procès du féminisme !, Le Monde :
S’il était prouvé que Nafissatou Diallo avait menti, ce serait un camouflet pour la justice, une délivrance pour DSK et ses proches après une terrible épreuve, ainsi qu’un coup très dur porté aux femmes victimes de viol.

L’article La bonne sœur et la putain, publié par Agnès Maillard le 05/07/2011, est symbolique de la dérive d’un discours construit sur les a priori d’une cause – la cause des femmes en l’occurrence.

Une grande partie de ma vie d’adulte, je me suis appliquée à ne porter que des chaussures sans talon, des pulls informes, des pantalons et non des jupes, les cheveux courts, des coupes amples, des couleurs ternes, et surtout, j’ai réussi à me convaincre que c’était par goût. Le goût du sobre, le rejet de la mode, la nécessité de n’exister que sur le registre mental, de ne jamais incorporer ma pensée. Bien sûr, un bon fond féministe m’a permis de justifier ce genre de choix politiquement, comme refus de subir la dictature de la futilité et de l’apparence. Jusqu’à ne pas me reconnaître dans un miroir. Mais cela me rassurait. Et me donnait l’illusion que je pouvais réussir à exister en dehors de mon statut de femme, dans un strict rapport d’égalité, désincarné, asexué.

La vérité, c’est que j’avais peur. […] Parce que, finalement, j’avais parfaitement bien intériorisé ce savoir commun qui laisse entendre qu’une femme qui se fait chopper, elle l’a bien un peu cherché. Parce qu’elle a traîné au mauvais endroit, au mauvais moment, parce qu’elle a peint ses lèvres de la couleur de sa vulve, parce qu’elle a montré une cheville évocatrice que surmonte un mollet bien galbé, parce que la chevelure dansante appelle à l’empoignade, parce que la robe qui souligne sa taille et magnifie ses fesses est un hymne à l’enculade, parce que ses seins qui l’empêchent de courir sont arrogants sous le tissu trop tendu de sa chemise cintrée, parce qu’une femme séduisante et épanouie est forcément un appeau à bites. Parce que nous savons toutes et on nous le rappelle sans cesse, qu’il nous suffit de ne pas être des saintes pour que tout mâle normalement constitué ait une irrépressible envie de nous fourrer son pénis dans notre vagin sans nous demander notre avis. Et c’est tout.

Cette affirmation péremptoire méritait des explications que l’auteure n’était pas disposée à donner et qu’elle ne pouvait pas donner sans renoncer au dogme.

L’auteure croit que Dominique Strauss-Kahn est coupable, forcément coupable, parce que cet homme symbolise la dépravation masculine dont seraient victimes les femmes… de toute éternité. Amen.

Le dernier rebondissement de l’affaire DSK ne raconte jamais rien d’autre que l’histoire éternelle de la femme pécheresse, tentatrice, manipulatrice et coupable par défaut de la chute de l’homme. Qu’importe si l’homme en question avait un lourd passif dans les affaires de mœurs des plus éloquentes, ce qui compte c’est l’idée, finalement, que si la femme n’est pas une sainte, c’est qu’elle est forcément une catin et que ce simple retournement suffit à absoudre l’homme de tout soupçon de viol.

Ce « Coupable, forcément coupable » rappelle le « Sublime, forcément sublime » de Marguerite Duras dans l’affaire Grégory, construit sur la même croyance :

Il y a un para chez tout homme. […] ils le sont tous, je crois que tout homme est beaucoup plus près d’un général, d’un militaire que de la moindre femme.
Marguerite DURAS, Xavière GAUTHIER, Les parleuses, Éditions de Minuit, 1974 p.33.

08/07/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.


[1] Les récits en faveur de Dominique Strauss-Kahn sont le plus souvent construits sur la thèse d’un complot. Lire par exemple WSWS (groupe trotskyste américain) :
• 19/05/2011, David NORTH et David WALSH, Les questions sérieuses soulevées par l’affaire Dominique Strauss-Kahn, WSWS :
La présomption d’innocence sert d’argument à WSWS pour défendre la thèse d’un complot : « la destruction de la réputation politique de Strauss-Kahn ».
• 04/07/2011, L’accusation de viol à New York contre l’ex-chef du FMI s’effondre, WSWS :
Il n’est pas encore possible de déterminer si la relation avec la femme de chambre était un coup monté délibéré, comme de nombreux partisans de Strauss-Kahn en France l’ont suggéré. Mais le déroulement des faits après son arrestation montre clairement que, au minimum, l’affaire a été manipulée pour atteindre un but politique.
[2] La démagogie de LO rappelle étrangement celle des maoïstes dans l’affaire de Bruay-en-Artois.

Démagogie pour la victime


Une victime se déclare, on s’offusque en s’en prenant à d’éventuels coupables. Et on enquête… ensuite.
On ne peut qu’être perplexe quand on lit ceci dans le texte de présentation d’une proposition de loi « pour la reconnaissance du droit des victimes dans la procédure pénale » déposée à l’Assemblée nationale le 22 juin 2011 par divers parlementaires.

Ainsi donc, pour ces parlementaires, l’individu qui a été acquitté c’est à dire jugé non coupable, et cela dans une décision aujourd’hui définitive, est quand même « l’auteur des faits ». Pour ces parlementaires, l’acquitté est quand même le coupable et ils n’hésitent pas à l’affirmer dans un document public au mépris de la décision judiciaire et en sachant que même en cas d’appel un second acquittement pouvait être prononcé. Comment justifient-ils leur démarche ? Non par référence au dossier que certainement la plupart d’entre eux n’ont jamais lu. Mais uniquement parce que, comme ils l’écrivent, cet acquittement a occasionné un traumatisme à la « victime » et à sa famille et que la décision d’acquittement est « considérée » comme injuste par cette famille.
L’objectif prioritaire pour ces parlementaires est donc bien de satisfaire les exigences des victimes en condamnant à tout prix celui qui est considéré par celles-ci  comme forcément coupable Même si, éventuellement, il ne l’est pas.

Derrière un discours simpliste, parfois démagogique, régulièrement électoraliste, se cachent des problématiques complexes qui, quand on les examine, font apparaître que même les meilleurs intentions n’aboutissent pas forcément à une amélioration de la situation de ceux auxquels elles sont destinées.

Extraits de Michel HUYETTE, La victime dans le procès pénal, Paroles de juge.

Lire aussi : Revue de presse Dominique Strauss-Kahn 2011, Monde en Question.

Les flics du net


Tout le monde sait que les commentaires des blogs et des forums sont modérés le plus souvent selon l’humeur du gestionnaire. Le formule magique, communément utilisée pour bannir un message voire son auteur, est « troll » :

Si on prend au pied de la lettre la définition « on parle de troll pour un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques », cela veut dire qu’un forum ne peut parler que de la pluie ou du beau temps et encore… car même un sujet aussi banal que la météo peut provoquer des polémiques !
Adèle dans les bas-fonds du racisme

Même quand des règles du jeu sont explicites, l’arbitraire reste le plus souvent implicite !

Les blogs institutionnels, en particulier ceux des médias dominants, pratiquent le même arbitraire, mais à plus grande échelle et via l’externalisation de leur responsabilité de la censure au profit de sociétés spécialisées. J’ai appris cela en lisant, presque par hasard, De quoi la modération est-elle le nom ?.

Pierre Assouline, qui est inféodé au Monde ne s’émeut pas de cette pratique, mais fournit quelques détails intéressants. On apprend ainsi :

Que Netino possède bien entendu une charte de modération (30pages, tout de même) mais qu’elle doit rester secrète pour des raisons évidentes de sécurité.

Que depuis quatre ans que Netino travaille pour Le Monde.fr, 5 à 10% des commentaires sont balancés chaque mois.

On ne sait pas et Pierre Assouline ne se pose pas la question si les auteurs en sont informés (ce qui serait la moindre des choses), ni s’ils ont la possibilité de faire appel de cette décision.
On apprend aussi :

Qu’une grande partie des modérateurs de Netino (80% selon son président) est délocalisée en Afrique du nord, en Afrique noire, en Asie, à l’île Maurice…

Que certains mots-clés tels que « maghrébin » ou « lobby » remontent automatiquement en priorisation afin d’être traités.

Tout cela justifie l’existence de ce blog :

La pratique des commentaires sur les blogs révèle que leur publication est de plus en plus sévèrement filtrée non seulement par les gestionnaires des blogs des médias dominants, mais aussi par tous ceux qui singent ces derniers.

18/06/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.

Les médias dans les blogs


• 14/04/2002, Anthropologie et marketing – Le don en marketing, Jacqueline Winnepenninckx

L’objet de cet article est de reprendre ces différentes perspectives, particulièrement à la lumière de l’ouvrage de Alain Milon La valeur de l’information : entre dette et don : critique de l’économie de l’information et d’enrichir ainsi l’étude du cadeau en marketing. Cet article constitue un préalable à des recherches sur « Le don et sa perception en B to C ».

• 07/12/2004, La valeur de l’information par Pierre Lombard, Journal du Net

Les développements informatiques de l’entreprise ne peuvent être justifiés uniquement par un calcul financier. D’autres bénéfices, moins tangibles certes, sont dus au traitement de l’information.

• 23/01/2006, NTIC et éthiques : la valeur de l’information en ligne (rapport de DESS), WebRankInfo

– L’explosion de l’information à l’ère du numérique
– Naissance des outils de recherche et fonctionnement
– Pourquoi les outils de recherche ont-ils tant d’intérêt pour le commerce électronique ?
– Modèles d’affaires des moteurs de recherche
– Conséquences de ces business models sur le monde de l’information de la connaissance et des langues
– Les moteurs de recherche et le droit
– Les autres sources d’information sur le Web
– Les enjeux liés à l’information
– Conclusion et perspectives

• 08/04/2007, La valeur de l’information, Huyghe

L’intelligence économique nous rèvèle combien l’information est à la fois désirable (il faut garder ses secrets, veiller…), redoutable (on désinforme , on déstabilise, on influence…) et vulnérable (toute entreprise dépend de ses systèmes d’information, de sa réputation…).

• Cours La valeur de l’information – Stratégie, Doc-etudiant.fr

– Fonction économique de l’information
– Fonction politique de l’information
– Fonction sociale éducative de l’information
– Veille
– L’information utile
– L’information de valeur
– La théorie de l’information
– Les bruits de l’information
– Nature et valeur de la source
– Les 5 questions qui définissent l’information
– La valeur de l’information dans un contexte décisionnel
– Relation information décision

• Jean-Philippe ACCART, La Valeur de l’information : entre dette et don. Critique de l’économie de l’information, Documentaliste, sciences de l’information
• Michel CORNU, La dette et le don, Contrepoint Philosophique
• Alain MILON, La valeur de l’information : entre dette et don, HAL-SHS

Cet ouvrage propose une approche critique de la valeur de l’information et de l’économie de l’immatériel à travers l’analyse de certaines écoles économiques comme l’économie des coûts de transaction, de l’agence, du contrat, de la convention. Ce livre présente une réflexion sur le statut de l’information, sa valeur, le don et la dette d’information et les réseaux d’information inter-personnels et inter-organisationnels. Existe-t-il seulement une manière de distribuer les cartes de la réalité socio-économique, et la lecture que l’économie propose de cette distribution est-elle unique ou plurielle ? Il s’agit, à travers une lecture anthropologique de la dette et du don, de réfléchir sur la valeur de l’information et la manière dont l’économie se révèle impuissante à rendre compte de la complexité des processus informationnels. La valeur de l’information permet de réfléchir aussi sur les réseaux formels et informels et les réseaux inter-personnels et interorganisationnels de communication en s’appuyant sur Simmel, Mauss, Malinovski, Sahlins, Polanyi, Levi-Strauss, Godelier, Caillé, Lojkine et les lectures anthropologiques du Mana, du Hau et de la Kula.

Si en matière de presse, Karl Kraus « a, d’une certaine façon, connu le pire (une presse qui n’avait jamais été et ne sera sans doute jamais plus à la fois aussi puissante et aussi irresponsable) », la lutte contre la corruption des journaux et des journalistes, qu’il aura mené sans répit, ne constitue que l’aspect le plus anecdotique de son combat. Pour lui, le mensonge journalistique tient dans la structure même du journal, dont le calibrage prédéfini et la parution régulière obligent à faire passer l’information par un prisme déformant, qui égalise dans un même format l’important et l’accessoire, l’évènement historique et le fait divers anecdotique. « Le principe fondamental de la possibilité d’entrée intellectuelle pour tout ce qui est imprimé quotidiennement, écrit Kraus, est : tout est égal et ça sera toujours assez vrai. »

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Karl KRAUS, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.

Les petits secrets de Dedefensa


Voici un commentaire non publié par Philippe Grasset :

@jean-jacques hector
«Dieudonné va soutenir Khadafi déjà aidé par les mercenaires et conseillers militaires israéliens, pour lutter contre des rebelles largement infiltrés par l’AQMI et soutenus par BHL !»
Badia Benjelloun, chroniqueuse de ce site, fut candidate sur la liste EuroPalestine pour les régionales de 2004… en compagnie de Dieudonné.
Serge LEFORT, Clown triste, 31/03/2011

Références :
• Article, Dedefensa, 29/03/2011 – Commentaires, Dedefensa.
• Commentaire non publié, PDF, 31/03/2011.

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.

Ésope ou la langue des blogs


Αἴσωπος a-t-il seulement existé ? On lui attribue néanmoins la paternité de la fable comme genre littéraire dont l’œuvre fut pillée par Jean de La Fontaine. On lui attribue aussi cette fameuse anecdote :

Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur, et rien autre chose. « Je t’apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t’en remettre à la discrétion d’un esclave. » Il n’acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l’entrée, le second, l’entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d’abord le choix de ces mets ; à la fin ils s’en dégoûtèrent. « Ne t’ai-je pas commandé, dit Xantus, d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur ? – Et qu’y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l’organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit ; on persuade ; on règne dans les assemblées ; on s’acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. – Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l’attraper), achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier. » Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : « C’est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l’on dit qu’elle est l’organe de la vérité, c’est aussi celui de l’erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d’un côté elle loue les Dieux, de l’autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance. » Quelqu’un de la compagnie dit à Xantus que véritablement ce valet lui était fort nécessaire, car il savait le mieux du monde exercer la patience d’un philosophe. « De quoi vous mettez-vous en peine ? reprit Ésope. – Et trouve-moi, dit Xantus, un homme qui ne se mette en peine de rien. »
Insecula

Si les médias dominants sont sous l’emprise de l’industrie de l’armement, les blogs charrient le meilleur comme le pire. Si l’ensemble est plutôt gris, le meilleur se faire rare et le pire abonde. Deux exemples récents du pire.

Les pseudo-révolutions au Maghreb et au Moyen Orient ont suscité des commentaires très éloignés des faits tels qu’on peut les appréhender à travers le miroir déformant des médias dominants. Certains voient un nouveau foyer de la révolution mondiale (version eschatologique de l’histoire) et d’autres un complot de la CIA (version policière de l’histoire).

Pendant ce temps la Chine fait toujours fantasmer. Badia Benjelloun, qui écrit habituellement sur la Palestine, a publié L’Empire du Milieu retrouve son centre sur L’Islam en France le 06/03/2011 et sur Dedefensa le 07/03/2011 [1]. La pauvre ignore que zhōng guó se traduit par « pays du milieu » et que la Chine est une République depuis 1912 !

08/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Un historien présente Badia Benjelloun comme jeune candidate du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) aux élections régionales en PACA de 2010 alors qu’elle fut candidate sur la liste EuroPalestine pour les régionales de 2004. Il s’agit certainement d’une confusion avec l’article que Badia Benjelloun a écrit sur Ilham Moussaïd et publié par Bellaciao le 11/03/2010. Dedefensa n’a pas publié ces précisions [pdf 1pdf 2].