Monde en Question

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Archives de Catégorie: Bahreïn

Peuples en danger


Napoléon le petit est parti en guerre contre son ancien pote le colonel Kadhafi, le sinistre dictateur en Libye. Pendant ce temps-là, ses autres potes peuvent massacrer leur peuple en silence – au Bahreïn et en Arabie saoudite par exemple. Le « droit d’ingérence » relooké « responsabilité de protéger » ne s’applique pas dans les monarchies pétrolières du Golfe. Qu’on se le dise !

Le NouvelObs a recensé les maigres informations qui filtrent des manifestations au Maghreb et au Moyen Orient :

Bahreïn – Les autorités ont annoncé avoir détruit le monument qui se trouve sur la place de la Perle dans le centre de Manama, devenu un symbole de la contestation. L’opposition a bravé l’interdiction de manifester et des milliers de personnes se sont rassemblées près de la capitale.

Arabie Saoudite – Le roi Abdallah a assuré dans un discours télévisé que les forces de sécurité étaient prêtes à faire face à « tous ceux qui envisageraient de porter atteinte » au royaume, annonçant également une série de décrets royaux sur des subventions sociales.

Yémen – Plus de 41 personnes ont été tuées et plus de 200 blessées par des tirs contre une manifestation réclamant le départ du président Ali Abdallah Saleh vendredi à Sanaa, selon des sources médicales. Le président a décrété l’état d’urgence.
L’opposition a dénoncé « un massacre ». Selon des témoins, des partisans du régime ont ouvert le feu sur des milliers de manifestants depuis les toits des habitations proches de la place de l’Université, où se tient un sit-in depuis le 21 février.

L’article sur le Bahreïn passe sous silence l’intervention militaire des Forces du Conseil de coopération du Golfe, qui comprend outre le Bahreïn, l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Oman – certainement les plus grandes démocraties du monde.

Pendant ce temps-là, la colonisation de la Palestine s’accélère par le biais de constructions de centaines de logements en territoire palestinien selon le droit international :

« La commission ministérielle chargée des implantations a décidé hier (samedi) la construction de quelques centaines d’unités de logements à Gush Etzion, Maale Adoumim, Ariel et Kyriat Sefer », a annoncé le bureau de Benjamin Netanyahu dans un communiqué.

Ces quatre colonies sont parmi les plus peuplées de Cisjordanie et font partie de ce que les responsables israéliens appellent des « blocs d’implantations » qui doivent, selon eux, être annexés dans tout accord de paix avec les Palestiniens.

Le dirigeant de Yesha, la principale organisation de colons, Danny Dayan, s’est félicité de « ce petit pas dans la bonne direction », en appelant Benjamin Netanyahu à approuver d’autres permis de construire en Cisjordanie occupée.

AFP-NouvelObs

Toute guerre a des motifs économiques camouflés derrières les motifs politiques affichés, qui sont des arguments de propagande. Or, « la Libye compte six terminaux pétroliers. Seulement l’un d’entre eux (Zuwàra) se trouve dans la région de Tripoli, les cinq autres sont situés dans l’Est du pays, tout comme les champs de pétrole et de gaz ».

19/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : No to imperialist intervention in Libya!, WSWS.

Libye, Bahreïn, Arabie saoudite… Israël


La France sarkosyste (droite et gauche confondue [1]) est à l’origine de la déclaration de guerre contre le dictateur libyen, hier encore le protégé par le clan au pouvoir dans l’hexagone. Cette guerre, comme beaucoup d’autres, nous est vendue comme « une opération militaire à but humanitaire ».

Cette « responsabilité de protéger » rappelle étrangement la « responsabilité de civiliser » des puissances occidentales. Cette responsabilité de protéger – nouvelle version en novlangue du « droit d’ingérence » qui sentait trop le souffre colonial – ne fut pourtant pas appliquée aux Palestiniens, victimes d’un massacre en décembre 2008 et janvier 2009 perpétré par l’État d’Israël. Cette responsabilité de protéger ne s’applique pas non plus aujourd’hui aux populations du Bahreïn par exemple, victimes de la répression d’une coalition militaire des pays du Golfe pour tuer dans l’œuf toute contestation. Les États-Unis se contentent d’appeler « à la retenue » c’est-à-dire à tuer en silence. Quant à la situation en Arabie saoudite, c’est le black-out total [2].

S’il s’agissait vraiment de l’assistance à peuple en danger, via des opérations militaires contre son gouvernement, pourquoi la limiter aux révoltés de Benghazi ?

Récemment, la chaîne Euronews a diffusé un reportage produit par la télévision italienne, où il était question d’un martyr de la révolution. Un homme de Benghazi a chargé son véhicule d’explosif et a percuté le portail de la base militaire gouvernementale. Grâce à ce sacrifice, les rebelles ont envahi et détruit le bastion de la tyrannie. Les proches du héros sont profondément attristés, mais sont fiers qu’une personne qui leur est proche soit tombée pour la liberté. L’auteur du reportage présente artistiquement cette histoire touchante.

Cela suscite une question naturelle. Si on nous propose d’admirer ce kamikaze courageux, pourquoi les partisans des mêmes idées qui accomplissent exactement les mêmes actions en Palestine, en Irak, en Afghanistan, et auparavant par exemple au Liban, sont-ils qualifiés de terroristes, d’extrémistes et de fanatiques ? Quitte à soutenir la lutte des peuples pour la liberté, indépendamment de leur perception de cette liberté, pourquoi faire une exception pour quelqu’un ?

RIA Novosti [3].

18/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Note du 19/03/2011 : Lundi 21 mars, le Mexique célèbre le printemps et la naissance de Benito Juárez (jour férié). Ce président reste dans l’histoire nationale le héros de la résistance à l’envahisseur – les troupes françaises de Napoléon III – dont la défaite est célébrée le 5 mai (jour férié). Or, l’expédition militaire au Mexique de Napoléon III fut motivée politiquement pour mettre fin au désordre qui régnait dans ce pays. C’est la version du « droit d’ingérence » à l’époque de l’Empereur des Français.

Lire aussi :
• Libye : la France va participer aux frappes imminentes, Le Figaro.
• La résolution 1973 sur la Libye met en avant la « protection des civils », Bruxelles2.
• Texte du projet de la Résolution 1973 [Original en Anglais], ONU.
• Texte de la Résolution 1973 [Traduction officielle en Français], ONU.


[1] Revue de presse :
• La gauche française s’aligne derrière Sarkozy‎, LibérationParlement européen.
• Hubert Védrine : « La résolution sur la Libye est historique », NouvelObs.
[2] Revue de presse :
• Les troupes du CCG arrivent à Bahreïn pour maintenir l’ordre, Xinhua, 14/03/2011.
• Bahreïn : opérations contre les manifestants anti-gouvernementaux, Xinhua, 16/03/2011.
• Obama appelle les rois d’Arabie saoudite et de Bahreïn à la retenue, Xinhua, 16/03/2011.
[3] Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, anime une chronique « Un monde changeant » présentée ainsi : La Russie est-elle imprévisible ? Peut-être, mais n’exagérons rien : il arrive souvent qu’un chaos apparent obéisse à une logique rigoureuse. D’ailleurs, le reste du monde est-t-il prévisible ? Les deux dernières décennies ont montré qu’il n’en était rien. Elles nous ont appris à ne pas anticiper l’avenir et à être prêts à tout changement. Cette rubrique est consacrée aux défis auxquels les peuples et les États font face en ces temps d’incertitude mondiale.

L’Arabie saoudite envahit le Bahreïn


Des troupes de l’Arabie saoudite sont entrées au Bahreïn le 14 mars sans que les médias dominants n’y accordent une grande importance car ils focalisent l’attention sur le tremblement de terre, le tsunami et surtout la « menace nucléaire » au Japon. C’est plus vendeur et cela permet aussi aux charognards de l’humanitaire de faire des affaires. Il suffit de comparer le nombre d’articles consacrés au Bahreïn et au Japon pour s’en rendre compte. Quant à l’Arabie saoudite, elle ne semble même pas exister.

Face à ce silence assourdissant, la compilation d’articles de la presse anglaise (The Independent et The Guardian), publiée par Dedefensa, est utile même si ce site ne se donne pas la peine de traduire les extraits (copier-coller bas de gamme). Les commentaires factuels qui les accompagnent tranchent avec la vision catastrophique de l’histoire et même la vision eschatologique et donc biblique de l’histoire de Philippe Grasset, qui est un disciple du très réactionnaire comte Joseph de Maistre.

15/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• L’avenir du printemps arabe se joue au Bahreïn, Le Quotidien d’Oran.
• Les troupes du CCG arrivent à Bahreïn pour maintenir l’ordre, Xinhuan.
Serge LEFORT, Analyse du discours de Obama, Monde en Question.

L’Arabie saoudite dernier rempart de l’Occident


L’Arabie saoudite est certainement une démocratie puisque le royaume est toujours soutenu par les puissances occidentales alors qu’elles lâchent les uns après les autres les dictateurs chassés par leur peuple. Elles craignent en effet que les salauds de pauvres ne déstabilisent la production pétrolière ce qui entraînerait une hausse de prix du baril et une menace pour la croissance.

Ainsi, la France appelle à une intervention militaire contre la Libye [1], qui sera menée par les États-Unis, pour rétablir l’ordre dans les champs de pétrole (en Afrique du Nord et au Moyen-Orient) et maintenir le roi Abdallah sur le trône de l’Arabie saoudite – pays démocratique, laïque et féministe comme chacun sait.

25/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Revue de presse :
• Le roi Abdallah d’Arabie rentre en pleine tourmente arabe, Reuters-Yahoo! Actualités, 23/02/2011.

Après les révoltes qui ont eu raison en moins de deux mois des régimes autoritaires de Tunis et du Caire, et qui secouent maintenant la Libye, le Yémen et Bahreïn, menaçant également l’Algérie, le Maroc et la Jordanie, l’Arabie sent le vent du boulet.

Dès avant son retour au pays, le vieux souverain, presque nonagénaire, a fait annoncer l’octroi d’une série d’allocations en faveur des étudiants à l’étranger et des jeunes chômeurs, ainsi que des aides au logement, pour un montant global estimé à plus de 35 milliards de dollars.

L’Occident, les États-Unis au premier rang, partage avec la famille régnante sa préoccupation pour la sécurité et la stabilité de l’Arabie, premier producteur et exportateur mondial de pétrole, qui dispose d’un cinquième des réserves connues d’or noir.

• Explosion des prix du pétrole : Les États-Unis et l’Europe envisagent une intervention en Libye, WSWS, 24/02/2011.

La plus grande préoccupation des puissances impérialistes est de restabiliser l’État d’Afrique du Nord et de relancer les exportations de pétrole. Les diverses critiques des chefs occidentaux faites à l’endroit du gouvernement libyen et de son recours à la violence sont totalement hypocrites – Mouammar Kadhafi a profité de relations des plus chaleureuses avec les États-Unis et l’Europe durant la dernière décennie. Son régime a été financé et armé par ces puissances, en récompense de son appui aux objectifs géostratégiques de Washington dans la région et de sa collaboration avec les sociétés pétrolières étrangères établies en Libye.

Toute intervention menée par les États-Unis viserait d’abord à rétablir la production de pétrole en Libye et non à mettre un terme à la violence brutale déployée par les forces de Kadhafi.

Le soulèvement en Libye a aussi suscité des craintes sur les marchés financiers quant à l’instabilité d’autres pays producteurs de pétrole, comme l’Algérie et l’Arabie Saoudite, le plus grand exportateur de pétrole au monde. « Personne ne sait où cela va s’arrêter », a dit au New York Times Helima Croft, directrice chez Barclays Capital. « Il y a quelques semaines, c’était la Tunisie et l’Égypte. On croyait que le mouvement allait être limité à l’Afrique du Nord et aux pays pauvres en ressources du Moyen-Orient. Mais les manifestations à Bahreïn, le cœur du golfe, viennent alimenter les inquiétudes. »

• Le spectre d’un nouveau choc pétrolier plane sur la croissance mondiale, AFP-Google Actualités, 25/02/2011.

La flambée des cours de l’or noir provoquée par la crise libyenne fait peser une lourde menace sur une économie mondiale en voie de convalescence, alors qu’une contagion de la contestation à l’Arabie saoudite ou à l’Algérie pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier.

• Le prix du pétrole inquiète l’économie, euro|topics, 25/02/2011.

Le prix du pétrole ne cesse d’augmenter en raison des troubles en Afrique du Nord. Le baril de Brent a atteint brièvement les 120 dollars, soit le niveau le plus haut depuis deux ans et demi. Les révolutions ont leur prix, estime la presse européenne, qui appelle à sortir du pétrole.

• Rentré précipitamment chez lui, Abdallah d’Arabie saoudite arrose ses sujets, Liberté, 26/02/2011.

Changement de génération, des appels à des journées de colère prolifèrent sur le royaume des Wahhabites. Ce sont des jeunes, étudiants ou chômeurs qui donnent le tempo de la révolte. Dans les monarchies pétrolières, c’est toute une génération éduquée et au fait des affaires du monde qui ne parvient plus à trouver sa place dans les fonctions publiques civiles et militaires qui absorbaient jusqu’à récemment les intelligentsias nationales en mal de promotion sociale. La jeunesse piaffe d’impatience pour bousculer les anciens équilibres des pouvoirs, comme en Égypte et en Tunisie, pour entrer dans le jeu politique.

Et puis, en voie de paupérisation depuis une dizaine d’années pour cause de tarissement des budgets pétroliers, c’est aussi toute une classe sociale en Arabie saoudite qui a vu s’effacer l’État providence de sa monarchie pétrolière. C’est d’ailleurs dans la péninsule arabique que le système de redistribution des recettes pétrolières s’essouffle et la génération montante frappe à la porte du pouvoir.


[1] Revue de presse :
• Faut-il intervenir militairement en Libye ?, Les blogs du Diplo, 24/02/2011.
• Intervenir pour la paix en Libye, euro|topics, 24/02/2011.

Les États-Unis soutiennent la colonisation de la Palestine


Le président américain Barack Obama a condamné vendredi l’usage de la violence par les gouvernements contre les manifestants à Bahreïn, en Libye et au Yémen. Le même jour, les États-Unis ont opposé leur veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant la poursuite de la politique israélienne de colonisation dans les territoires palestiniens et a donc encouragé la violence du gouvernement israélien contre les Palestiniens.

Ce projet de résolution, « condamnant la poursuite des activités de colonisation par Israël dans les territoires palestiniens occupés, y compris à Jérusalem-Est, et la poursuite de toutes les autres mesures visant à modifier la composition démographique et le statut des territoires palestiniens, en violation des droits de l’Homme internationaux et des résolutions afférentes », a été en gestation pendant deux mois, avant que ne surviennent les manifestations anti-gouvernementales au Moyen-Orient.

Les dirigeants de certains pays entraînés dans ce vaste mouvement de contestation avaient bénéficié du soutien de Washington. Aujourd’hui, le veto américain est aux yeux de beaucoup un geste qui vise à protéger Israël.

Selon un décompte non officiel, c’est la 83e fois que les États-Unis mettent leur veto afin de protéger leur allié israélien. Mais il s’agit du tout premier veto utilisé par le gouvernement du président Barack Obama.

Le message est clair : les appels « à respecter les droits fondamentaux de l’homme » ne s’applique pas à Israël, qui peut massacrer les Palestiniens en toute impunité. Le cynisme du « deux poids deux mesures », dans un contexte de contestation politique et sociale au Moyen-Orient, sera le tombeau des États-Unis.

19/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Sources :
• Obama condamne les violences à Bahreïn, en Libye et au Yémen, Xinhuan, 19/02/2011.
• Veto américain à une résolution de l’Onu sur les colonies juives, Reuters-Yahoo! Actualités, 19/02/2011.
• Premier veto d’Obama aux Nations Unies [Analyse], Xinhuan, 19/02/2011.
• Les Palestiniens condamnent le veto américain sur les colonies, Reuters-Yahoo! Actualités, 19/02/2011.

Analyse du discours de Obama


Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama, et le paradigme du choc des civilisations, qui constitue la trame de son discours, cet article fait l’analyse politique de son contenu.

La traduction de référence du discours de Barack Obama fut réalisée selon la transcription publiée par America.gov.

Plan du discours de Barack Obama :

Introduction
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
4. La démocratie
5. La liberté de religion
6. Les droits des femmes
7. Le développement et les opportunités économiques
Conclusion

Analyse statistique du discours de Barack Obama :

Introduction

L’introduction est particulièrement longue, la première quantitativement (26,82%), et elle contient le plus grand nombre d’occurrences liées à la religion (35,20%).
Barack Obama parle abondamment des «musulmans» (38,30%) et de l’«islam» (65,22%) en termes positifs car il souhaite réduire la «tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier». Il va plus loin en disant que «les tensions ont été nourries par le colonialisme» et par la «guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés».

Ce discours tourne incontestablement la page de l’idéologie qui soutendait la politique étrangère américaine depuis vingt ans (depuis le mandat de George H. W. Bush) et surtout pendant les huit années du mandat de George W. Bush.

Mais Barack Obama a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter ce que ce changement de doctrine modifiera concrètement. Il entend poursuivre la politique antérieure en Afghanistan et en Irak et il n’avance aucune proposition nouvelle sur la question de la Palestine.

Reconnaître l’erreur tragique du «combat du Bien contre le Mal», en proposant «le respect mutuel» entre «l’Amérique et l’islam», ne suffit pas pour inaugurer une nouvelle politique. Barack Obama, restant acquis au choc des civilisations, propose une paix absurde… aux musulmans parce que les États-Unis n’ont plus les moyens de poursuivre la guerre absurde contre l’islam.

Barack Obama, président de l’Empire en déclin, a réduit les ambitions géopolitiques des États-Unis à son pré-carré au Moyen-Orient et en Afghanistan. Il faut lire aussi son discours en creux en pointant ce qu’il omet de dire pas ou ce qu’il dissimule.

1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes

Ce chapitre, le troisième quantitativement (15,36%), n’apporte rien de nouveau sur les objectifs de contrôle militaire et politique de l’Afghanistan et de l’Irak.

Barack Obama évite de prononcer le mot «terrorisme», qui fut le prétexte de la guerre contre l’Afghanistan, mais parle de manière alambiquée «de l’extrémisme violent sous toutes ses formes» en commençant par un mensonge : «l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam». C’est pourtant bien une croisade que George W. Bush a lancé en 2001.

Sur l’Afghanistan, Barack Obama reprend à son compte l’argumentaire de George W. Bush pour justifier la guerre : «les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans». Pire encore, il est prêt à étendre la guerre au Pakistan, qui abrite des «éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains». Mais il ne rappelle pas que les groupes mercenaires se revendiquant de l’islam furent armés, instruits et payés par les États-Unis pour chasser l’armée soviétique de l’Afghanistan [1].

Sur l’Irak, Barack Obama paraît en retrait des objectifs de George W. Bush, mais il assume le choix de son prédécesseur en prétendant que le peuple irakien est «libéré de la tyrannie de Saddam Hussein». Une libération imposée par la destruction des infrastructures économiques, par le bombardement de la population, par l’occupation militaire et la mise en place d’un gouvernement dominé par les religieux chiites et sunnites. Belle exemple de l’imposition de la démocratie par les armes !

Sur Guantánamo, Barack Obama justifie l’usage d’une prison de non-droit au nom de «la peur et la colère [… ] provoquées» par «les événements du 11 Septembre». Argument dérisoire car les attentats du 11 septembre 2001 furent la conséquences de l’instrumentalisation des groupes islamistes en Afghanistan, au Pakistan, au Moyen-Orient et au Maghreb.

2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe

Cet chapitre, le deuxième quantitativement (17%), n’apporte rien de nouveau sur l’absence de réel engagement des États-Unis pour une solution qui reconnaisse les droits des peuples israélien et palestinien.

Sur Israël, Barack Obama a réaffirmé les «liens solides qui unissent l’Amérique à Israël». Les gouvernements des États-Unis et d’Europe justifient tous les crimes des gouvernements d’Israël pour se faire pardonner d’avoir abandonné les Juifs entre 1933 et 1947.

Il n’a pas évoqué le fait que les gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la Palestine depuis 1948. Il n’a pas dit que l’occupation coloniale depuis 1967 était une la violation du droit international. Il n’a rien dit des crimes de guerre commis contre la population palestinienne à Gaza.

Sur la Palestine, Barack Obama a dénié le droit à la résistance du peuple palestinien. Il n’a pas dit un mot sur la violence de l’occupation, dénoncée par de nombreux Israéliens, mais a condamné celle de la résistance. C’est toujours le deux poids, deux mesures.

Il a réitéré le vœu pieux de la création d’un État palestinien. Vœu pieux quand on sait que les gouvernements israéliens ont toujours refusé cette solution en faisant à chaque fois monté les enchères :

Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
Yahoo! Actualités [2]

Vœu pieux quand on sait que les gouvernements américains n’ont jamais usé de leur influence pour faire respecter le plan de partage voté par l’ONU en 1947.

L’analyse statistique révèle l’importance du facteur religieux – troisième en importance (16%) après l’introduction (35,20%) et le chapitre sur la religion (18,40%) – dans l’approche d’Obama de la question israélo-palestinienne. Elle reflète les obsessions religieuses du gouvernement israélien (application de la halakha – code de jurisprudence juive, notamment les lois sur le mariage et le divorce – à tous les Israéliens et reconnaissance du «caractère juif de l’État d’Israël») et celles du Hamas (application de la charia – code de jurisprudence musulmane – à tous les Palestiniens).

3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires

Ce chapitre très court (5,46%) est néanmoins le plus important car il précise le tournant politique des États-Unis au Moyen-Orient, tournant qui impliquent surtout l’Iran et Israël.

C’est en des termes alambiqués que Barack Obama a parlé de l’Iran. En quelques mots, il a effacé trente années de conflits avec la république islamique instituée par l’ayatollah Khomeini. Il a avoué, en passant, que «les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu» [3].

À propos du «Traité de non-prolifération nucléaire», il a souhaité «que tous les pays de la région pourront partager cet objectif». Ce qui implique directement Israël, qui n’a jamais annoncé publiquement posséder l’arme nucléaire et qui n’a pas signé le traité.

Obama ne dit rien sur les autres pays, ceux qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (Inde, Israël et Pakistan) et celui qui s’est retiré (Corée du Nord en janvier 2003).

On voit bien que l’essentiel du discours de Barack Obama concerne le Moyen-Orient et, plus précisément, l’Iran et Israël. Le lien entre la question israélo-palestinienne avec la question nucléaire iranienne a été analysé par Philippe Grasset :

La question de la divergence des « intérêts stratégiques » entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la « menace existentielle » contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (« menace existentielle ») que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
Dedefensa

4. La démocratie

Ce chapitre court (6,43%) n’apporte rien de nouveau sinon cette phrase «aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre», qui annule la légitimité de la guerre de libération contre l’Irak.

Barack Obama ne dit rien sur les régimes des pays du Moyen-Orient, notamment de l’absence de démocratie des pays soutenus par les États-Unis : Arabie saoudite (monarchie absolue), Bahreïn (monarchie pétrolière), Égypte (Mohammed Hosni Moubarak réélu par référendum depuis 1981), Émirats arabes unis (sept émirs non élus dirigent le Conseil suprême), Jordanie (monarchie constitutionnelle qui légalisa les partis politiques en 1992), Koweït (monarchie pétrolière), Oman (monarchie pétrolière), Qatar (monarchie pétrolière).

5. La liberté de religion

Ce chapitre court (6,22%) apporte une idée nouvelle par rapport à la longue introduction consacrée à la religion en générale et à l’islam en particulier : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques.».

Cet appel, venant du président des États-Unis et non d’une autorité religieuse, paraît totalement décalé. Seule la dernière partie est de nature politique : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak».

Barack Obama supporte l’absence de démocratie au Moyen-Orient, mais ne supporte pas les divisions religieuses qui ont compliqué l’occupation de l’Irak.

6. Les droits des femmes

Ce chapitre, le plus court (4,22%), fait partie de la novlangue du politiquement correct.

Barack Obama innove pourtant en rappelant ce que la gauche française semble ignorer à savoir que «En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.»

Quant à la question du voile, qui obséde les médias franco-français, Obama a remis les pendules à l’heure par deux fois :

«il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.»

«Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité.»

7. Le développement et les opportunités économiques

Ce chapitre, le quatrième quantitativement (9,75%), fait partie de la novlangue du économiquement correct sur le thème de la mondialisation.

Barack Obama innove pourtant en associant la religion à l’économie. L’occurrence «musulman» est la seconde en importance (21,28%). Il conclue d’ailleurs ce chapitre par cette phrase ahurissante : «Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.»

Conclusion

La conclusion est plus dense (8,73%) que les chapitres sur l’Iran (5,46%), la démocratie (6,43%), la religion (6,22%) et les femmes (4,22%). Elle vient en quatrième position pour le nombre d’occurrences liées à la religion (10,40%).

Barack Obama conclue logiquement son discours par des citations du Coran («Saint Coran»), du Talmud et de la Bible et par une salutation œcuménique «Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.».

Tous ces trémolos sur le thème « aimons-nous les uns les autres », utilisé par Marie-Ségolène Royal pendant sa campagne à l’élection présidentielle de 2007, masquent l’absence de moyens pour changer l’ordre du monde.

L’Empire n’a plus les moyens de sa politique :

Pour un ensemble tel que le Pentagone, totalement improductif, constamment en état de dépassement de ses prévisions, vivant dans le gaspillage et l’absence complète de maîtrise de ses dépenses budgétaires, bref dans un état d’absence complète de contrôle de soi-même, passer de $634 milliards (chiffre nominal, en réalité destiné à être dépassé si l’on s’en tient aux habitudes établies depuis 2001, où les dépenses de fonctionnement et les dépenses opérationnelles sont mélangées sans contrôle) à $440 milliards en quatre ans signifie des contraintes extraordinaires sur les acquisitions et les processus bureaucratiques. Une telle programmation ne peut être obtenue par de simples mesures de rationalisation et de rentabilisation, de simples décisions de freinage d’équipements voire même d’abandons de programmes, etc. Si une telle programmation doit être tenue, elle supposera inéluctablement des réductions très importantes dans d’autres domaines, essentiellement dans les domaines de l’activité opérationnelle du Pentagone. Cela pose donc la question de savoir si les USA pourront continuer la politique d’engagement outre-mer de leur puissance militaire, qui pèse d’un fardeau considérable sur le budget; certes, poser la question dans les conditions où on le fait, c’est y répondre, et négativement cela va de soi.
Dedefensa

En réduisant les ambitions des États-Unis au Moyen-Orient, Barack Obama a amorcé un tournant politique. Aura-t-il le temps, le soutien du Congrès et surtout celui des Américains (la campagne pour l’élection de 2012 a déjà commencé) ou sera-t-il emporté par la poursuite de la guerre en Afghanistan, par le retrait de l’Irak, par l’inflexibilité des gouvernements israéliens ou iraniens ?

Serge LEFORT
10/06/2009


[1] Sélection bibliographique :
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L’Express, 2001.
[2] Revue de presse :
Au lendemain de son discours historique du Caire, le président américain Barack Obama a appelé vendredi la communauté internationale à redoubler d’efforts en faveur de la création d’un État palestinien au côté d’Israël. « Le moment est maintenant » venu « pour nous d’agir », a-t-il dit à l’issue d’un entretien en privé à Dresde avec Angela Merkel.
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Barack Obama a observé que les États-Unis ne pouvaient pas contraindre les parties au Proche-Orient à la paix.
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Barack Obama a annoncé que l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell allait retourner dans la région la semaine prochaine, dans le sillage de son discours du Caire, au cours duquel il a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à progresser sur le chemin de la paix.
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Au premier jour de sa nouvelle mission dans la région, le représentant spécial américain au Moyen-Orient, George Mitchell, a redit le souhait du président Barack Obama de voir la colonisation juive cesser et Israël accepter l’idée d’un État palestinien indépendant.
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George Mitchell doit rencontrer dans la journée Benjamin Netanyahu, auquel le président Barack Obama a réitéré la veille au téléphone certains éléments du discours qu’il a prononcé jeudi au Caire sur le gel des colonies et l’avènement d’un État palestinien, ainsi que « son engagement à garantir la sécurité d’Israël ».
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Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
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Barack Obama presse Israël d’arrêter les constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et relancer les pourparlers de paix en soutenant la création d’un État palestinien, ce que Benyamin Nétanyahou s’est abstenu jusqu’ici de faire.
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Ces jours-ci, les éditorialistes israéliens annoncent que Nétanyahou va droit au clash avec Washington, citant des conseillers anonymes du Premier ministre qui disent penser que Barack Obama veut la tête de leur patron.
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George Mitchell a précisé que Washington était en quête d' »une paix régionale globale qui n’implique pas seulement Israël et les Palestiniens, mais aussi les Syriens, les Libanais et tous les pays environnants [Iran] ».
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[3] Lire l’analyse de Philippe Grasset : Obama et la chute de Mossadegh en 1953, Dedefensa.