Monde en Question

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Archives de Catégorie: Arabie Saoudite

Où va l’Arabie Saoudite ?


 

Arabic press review: Saudi Ritz Carlton prisoner dies after torture, Middle East Eye, 22/12/2017.

Middle East Eye vient de rapporter que l’un des invités de Mohammed ben Salmane serait mort sous la torture plutôt que de donner son argent et ses biens à son parent. Il aurait été battu et torturé au point que les membres de sa famille avaient du mal à reconnaître son corps.

Le major général Ali Alqahtani, détenu début novembre dans le cadre d’une prétendue campagne anti-corruption, travaillait dans les forces de la garde royale.

Il était le directeur du bureau privé du prince Turki Bin Abdullah, le fils de l’ancien roi Abdullah Bin Abdulaziz, selon le journal.

Alqahtani est mort le 12 décembre après avoir été torturé par des décharges électriques, et sa famille a eu du mal à le reconnaître après avoir reçu son corps, selon des sources, a rapporté le journal.

Is Saudi Arabia’s Post-Oil Future Realistic?, Oil Price, 24/12/2017.

Le royaume prévoit de dépenser 261 milliards de dollars en 2018, son budget le plus important. Riyad prévoit également de réduire la part des recettes pétrolières à moins de 50% (contre 90% il y a seulement trois ans).

Donc il y a deux questions qui piquent la curiosité des observateurs : d’où viendra l’argent pour financer ce budget record et comment Riyad réalisera-t-il l’énorme réduction des revenus pétroliers ?

Le programme de diversification du prince Mohammed ben Salmane repose presque entièrement sur l’introduction en bourse d’Aramco.

Lire aussi : La guerre contre la Chine passe par Riyad, Chine en Question.

France Inter « conspirationniste »


 

Les informations contenues dans l’émission Secrets d’info – Daech : autopsie d’un monstre, diffusée par France Inter, étaient connues par ceux qui fréquentent les sites qualifiés de « conspirationnistes » par les médias dominants, en clair les sites qui ne relaient pas la doxa politiquement correct.

 

Par contre, il est surprenant que France Inter diffuse ces informations surtout maintenant, après les attentats du 13 novembre à Paris. Attentats qui ont provoqué un virage à 180º du gouvernement français qui soutenait jusqu’à présent al-Nosra, groupe terroriste proche d’al-Qaïda !

À quels réseaux appartient les journalistes Mathieu Aron, Benoit Collombat et Jacques Monin ? Pour qui roulent-ils ? Faut-il voir derrière ces « révélations » la main de Nicolas Sarkozy qui, ne pouvant saboter ouvertement la croisade de François Hollande, en convoite les bénéfices politiques ? Autant de questions à se poser au lieu de faire l’éloge du journaliste d’investigation.

01/12/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Nicolas Sarkozy : l’intervention en Syrie a été « mal calibrée », Sputniknews [référence ajoutée le 03/12/2015, après la rédaction et la publication de mon article].
Syrie, Monde en Question.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.

La France ne peut lutter contre les terroristes en conservant ses liens avec le Qatar et l’Arabie Saoudite qui les arment



Francois Hollande et l’émir du Qatar Sheikh Hamad bin Khalifa al-Thani à l’Elysée (22 août 2012)

 

Que diriez-vous des propos tenus par le président François Hollande : « Le président Assad est à l’origine du problème, il ne peut pas faire partie de la solution ». Considérez-vous qu’il s’agit d’une opinion générale ? Quelle serait votre réponse ?

Je répondrais tout d’abord par la question suivante : le peuple syrien a-t-il désigné le président Hollande pour être son porte-parole ? Accepteriez-vous, en tant que citoyen français, qu’une remarque pareille vienne d’un homme politique étranger, quel qu’il soit ? Ne serait-ce pas une offense au peuple français ? Nous voyons les choses de manière identique. N’est-ce pas insulter le peuple syrien que de tenir de tels propos ? Cela ne veut-il pas dire qu’il ne reconnaît pas ce peuple ?

La France a, par ailleurs, toujours été fière du patrimoine et des principes de la Révolution française, et peut-être aussi de la démocratie et des droits de l’homme. Or, le premier principe de la démocratie étant le droit des peuples à choisir leur président, c’est une honte qu’il dise, lui qui représente le peuple français, une chose qui va à l’encontre des principes de la République française et du peuple français. De même, il est honteux pour lui de tenter d’insulter un peuple civilisé riche d’une histoire de plusieurs milliers d’années comme le peuple syrien. Telle est ma réponse, mais je pense que cela ne changera rien à la réalité des choses en Syrie, car les faits ne seront pas altérés par de telles déclarations.

Si vous aviez à adresser un message à MM. Hollande et Fabius, notamment à la suite des attentats de vendredi dernier à Paris, serait-ce: « Coupez immédiatement vos relations avec le Qatar et l’Arabie Saoudite ? »

Un tel message comporte plusieurs facettes : sont-ils indépendants pour que je leur adresse un tel message et leur appartient-il d’y répondre favorablement ? À vrai dire, la politique actuelle de la France n’est pas indépendante de celle des États-Unis. Adresser un tel message ne mènerait donc strictement à rien. Néanmoins, s’il m’appartient d’espérer certains changements dans la politique de la France, la première chose qui serait à faire, ce serait de redonner une politique réaliste à la France, une politique indépendante et amie du Moyen-Orient et de la Syrie.

La France devrait aussi prendre ses distances vis-à-vis de la politique américaine de deux poids deux mesures. Ainsi, si MM. Hollande et Fabius veulent soutenir le peuple syrien, comme ils le prétendent, notamment en faveur de la démocratie, ils feraient mieux de soutenir d’abord le peuple saoudien. Si vous avez un problème concernant la démocratie avec l’État syrien, comment pouvez-vous établir de bonnes relations et des liens d’amitié avec les pires États du monde et les plus sous-développés, tels l’Arabie Saoudite et le Qatar ? Une telle contradiction manque de crédibilité.

Enfin, il est normal qu’un responsable oeuvre dans l’intérêt de son peuple. La question que je pose dans ce message est la suivante: « La politique adoptée par la France durant les cinq dernières années a-t-elle été bénéfique au peuple français ? Qu’a gagné le peuple français à une telle politique ? » Je suis certain que la réponse serait: « Rien. » La preuve en est ce que j’ai dit il y a plusieurs années, à savoir que jouer avec la ligne de faille en Syrie, c’est jouer avec un séisme qui aura des répercussions dans le monde entier, notamment en Europe, parce que nous en sommes l’arrière-cour géographiquement et géopolitiquernent parlant. À l’époque, on avait dit: « Est-ce une menace ? » Je ne menaçais personne. L’attentat de Charlie Hebdo a eu lieu en début d’année, j’ai dit à l’époque que ce n’était que le sommet de l’iceberg.

Ce qui s’est produit vendredi en est une preuve supplémentaire. MM. Hollande et Fabius devraient par conséquent changer de politique dans l’intérêt de leur peuple, c’est alors que nos intérêts avec le peuple français convergeront notamment dans la lutte contre le terrorisme. Le message final consisterait donc à les appeler à être sérieux lorsqu’ils parlent de lutte contre le terrorisme. Tel est mon message.

Lire la suite… Arrêt sur Info

Peuples en danger


Napoléon le petit est parti en guerre contre son ancien pote le colonel Kadhafi, le sinistre dictateur en Libye. Pendant ce temps-là, ses autres potes peuvent massacrer leur peuple en silence – au Bahreïn et en Arabie saoudite par exemple. Le « droit d’ingérence » relooké « responsabilité de protéger » ne s’applique pas dans les monarchies pétrolières du Golfe. Qu’on se le dise !

Le NouvelObs a recensé les maigres informations qui filtrent des manifestations au Maghreb et au Moyen Orient :

Bahreïn – Les autorités ont annoncé avoir détruit le monument qui se trouve sur la place de la Perle dans le centre de Manama, devenu un symbole de la contestation. L’opposition a bravé l’interdiction de manifester et des milliers de personnes se sont rassemblées près de la capitale.

Arabie Saoudite – Le roi Abdallah a assuré dans un discours télévisé que les forces de sécurité étaient prêtes à faire face à « tous ceux qui envisageraient de porter atteinte » au royaume, annonçant également une série de décrets royaux sur des subventions sociales.

Yémen – Plus de 41 personnes ont été tuées et plus de 200 blessées par des tirs contre une manifestation réclamant le départ du président Ali Abdallah Saleh vendredi à Sanaa, selon des sources médicales. Le président a décrété l’état d’urgence.
L’opposition a dénoncé « un massacre ». Selon des témoins, des partisans du régime ont ouvert le feu sur des milliers de manifestants depuis les toits des habitations proches de la place de l’Université, où se tient un sit-in depuis le 21 février.

L’article sur le Bahreïn passe sous silence l’intervention militaire des Forces du Conseil de coopération du Golfe, qui comprend outre le Bahreïn, l’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Oman – certainement les plus grandes démocraties du monde.

Pendant ce temps-là, la colonisation de la Palestine s’accélère par le biais de constructions de centaines de logements en territoire palestinien selon le droit international :

« La commission ministérielle chargée des implantations a décidé hier (samedi) la construction de quelques centaines d’unités de logements à Gush Etzion, Maale Adoumim, Ariel et Kyriat Sefer », a annoncé le bureau de Benjamin Netanyahu dans un communiqué.

Ces quatre colonies sont parmi les plus peuplées de Cisjordanie et font partie de ce que les responsables israéliens appellent des « blocs d’implantations » qui doivent, selon eux, être annexés dans tout accord de paix avec les Palestiniens.

Le dirigeant de Yesha, la principale organisation de colons, Danny Dayan, s’est félicité de « ce petit pas dans la bonne direction », en appelant Benjamin Netanyahu à approuver d’autres permis de construire en Cisjordanie occupée.

AFP-NouvelObs

Toute guerre a des motifs économiques camouflés derrières les motifs politiques affichés, qui sont des arguments de propagande. Or, « la Libye compte six terminaux pétroliers. Seulement l’un d’entre eux (Zuwàra) se trouve dans la région de Tripoli, les cinq autres sont situés dans l’Est du pays, tout comme les champs de pétrole et de gaz ».

19/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : No to imperialist intervention in Libya!, WSWS.

Libye, Bahreïn, Arabie saoudite… Israël


La France sarkosyste (droite et gauche confondue [1]) est à l’origine de la déclaration de guerre contre le dictateur libyen, hier encore le protégé par le clan au pouvoir dans l’hexagone. Cette guerre, comme beaucoup d’autres, nous est vendue comme « une opération militaire à but humanitaire ».

Cette « responsabilité de protéger » rappelle étrangement la « responsabilité de civiliser » des puissances occidentales. Cette responsabilité de protéger – nouvelle version en novlangue du « droit d’ingérence » qui sentait trop le souffre colonial – ne fut pourtant pas appliquée aux Palestiniens, victimes d’un massacre en décembre 2008 et janvier 2009 perpétré par l’État d’Israël. Cette responsabilité de protéger ne s’applique pas non plus aujourd’hui aux populations du Bahreïn par exemple, victimes de la répression d’une coalition militaire des pays du Golfe pour tuer dans l’œuf toute contestation. Les États-Unis se contentent d’appeler « à la retenue » c’est-à-dire à tuer en silence. Quant à la situation en Arabie saoudite, c’est le black-out total [2].

S’il s’agissait vraiment de l’assistance à peuple en danger, via des opérations militaires contre son gouvernement, pourquoi la limiter aux révoltés de Benghazi ?

Récemment, la chaîne Euronews a diffusé un reportage produit par la télévision italienne, où il était question d’un martyr de la révolution. Un homme de Benghazi a chargé son véhicule d’explosif et a percuté le portail de la base militaire gouvernementale. Grâce à ce sacrifice, les rebelles ont envahi et détruit le bastion de la tyrannie. Les proches du héros sont profondément attristés, mais sont fiers qu’une personne qui leur est proche soit tombée pour la liberté. L’auteur du reportage présente artistiquement cette histoire touchante.

Cela suscite une question naturelle. Si on nous propose d’admirer ce kamikaze courageux, pourquoi les partisans des mêmes idées qui accomplissent exactement les mêmes actions en Palestine, en Irak, en Afghanistan, et auparavant par exemple au Liban, sont-ils qualifiés de terroristes, d’extrémistes et de fanatiques ? Quitte à soutenir la lutte des peuples pour la liberté, indépendamment de leur perception de cette liberté, pourquoi faire une exception pour quelqu’un ?

RIA Novosti [3].

18/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Note du 19/03/2011 : Lundi 21 mars, le Mexique célèbre le printemps et la naissance de Benito Juárez (jour férié). Ce président reste dans l’histoire nationale le héros de la résistance à l’envahisseur – les troupes françaises de Napoléon III – dont la défaite est célébrée le 5 mai (jour férié). Or, l’expédition militaire au Mexique de Napoléon III fut motivée politiquement pour mettre fin au désordre qui régnait dans ce pays. C’est la version du « droit d’ingérence » à l’époque de l’Empereur des Français.

Lire aussi :
• Libye : la France va participer aux frappes imminentes, Le Figaro.
• La résolution 1973 sur la Libye met en avant la « protection des civils », Bruxelles2.
• Texte du projet de la Résolution 1973 [Original en Anglais], ONU.
• Texte de la Résolution 1973 [Traduction officielle en Français], ONU.


[1] Revue de presse :
• La gauche française s’aligne derrière Sarkozy‎, LibérationParlement européen.
• Hubert Védrine : « La résolution sur la Libye est historique », NouvelObs.
[2] Revue de presse :
• Les troupes du CCG arrivent à Bahreïn pour maintenir l’ordre, Xinhua, 14/03/2011.
• Bahreïn : opérations contre les manifestants anti-gouvernementaux, Xinhua, 16/03/2011.
• Obama appelle les rois d’Arabie saoudite et de Bahreïn à la retenue, Xinhua, 16/03/2011.
[3] Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, anime une chronique « Un monde changeant » présentée ainsi : La Russie est-elle imprévisible ? Peut-être, mais n’exagérons rien : il arrive souvent qu’un chaos apparent obéisse à une logique rigoureuse. D’ailleurs, le reste du monde est-t-il prévisible ? Les deux dernières décennies ont montré qu’il n’en était rien. Elles nous ont appris à ne pas anticiper l’avenir et à être prêts à tout changement. Cette rubrique est consacrée aux défis auxquels les peuples et les États font face en ces temps d’incertitude mondiale.

L’Arabie saoudite envahit le Bahreïn


Des troupes de l’Arabie saoudite sont entrées au Bahreïn le 14 mars sans que les médias dominants n’y accordent une grande importance car ils focalisent l’attention sur le tremblement de terre, le tsunami et surtout la « menace nucléaire » au Japon. C’est plus vendeur et cela permet aussi aux charognards de l’humanitaire de faire des affaires. Il suffit de comparer le nombre d’articles consacrés au Bahreïn et au Japon pour s’en rendre compte. Quant à l’Arabie saoudite, elle ne semble même pas exister.

Face à ce silence assourdissant, la compilation d’articles de la presse anglaise (The Independent et The Guardian), publiée par Dedefensa, est utile même si ce site ne se donne pas la peine de traduire les extraits (copier-coller bas de gamme). Les commentaires factuels qui les accompagnent tranchent avec la vision catastrophique de l’histoire et même la vision eschatologique et donc biblique de l’histoire de Philippe Grasset, qui est un disciple du très réactionnaire comte Joseph de Maistre.

15/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• L’avenir du printemps arabe se joue au Bahreïn, Le Quotidien d’Oran.
• Les troupes du CCG arrivent à Bahreïn pour maintenir l’ordre, Xinhuan.
Serge LEFORT, Analyse du discours de Obama, Monde en Question.

Les impasses de Wallerstein


Immanuel Wallerstein est admiré comme un sociologue proche du mouvement altermondialiste. Ses analyses ne sont pourtant pas toujours à la hauteur de sa réputation, à propos de la Chine (nous y reviendrons) ou de qu’on nomme le monde arabe. Son dernier commentaire, traduit en français, révèle des failles [1].

La première faille de Wallerstein concerne l’impasse du colonialisme :

La Révolte arabe de 1916 avait été conduite par Chérif Hussein ibn Ali pour arracher l’indépendance arabe à l’empire ottoman. Les Ottomans furent évincés. Cette grande révolte avait, toutefois, été cooptée par les Britanniques et les Français. Après 1945, les différents États arabes devinrent progressivement membres indépendants des Nations unies. Mais dans la plupart des cas, ces indépendances furent cooptées par les États-Unis, ceux-ci étant devenus les successeurs de la Grande-Bretagne comme puissance tutélaire extérieure, tandis que la France continuait de jouer un rôle seulement au Maghreb et au Liban.

Wallerstein ne précise pas que les puissances impérialistes britannique et française se sont partagées les dépouilles de l’empire ottoman en occupant les territoires arabes (Syrie, Palestine, Liban, Irak, Arabie) avec la complicité de la Société des Nations. La France s’était emparée de l’Algérie en 1830 et de la Tunisie en 1881 et la Grande-Bretagne de l’Egypte en 1882.

La deuxième faille de Wallerstein concerne l’impasse de l’État d’Israël dans son décompte des gagnants et des perdants :

Mais qu’en est-il des puissances extérieures, lourdement impliquées dans des tentatives visant à contrôler la situation ? Le principal acteur extérieur sont les États-Unis. Un deuxième est l’Iran. Tous les autres (la Turquie, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine) sont moins importants mais néanmoins significatifs.

Wallerstein oublie de mentionner que l’État d’Israël a peur du changement en cours au Moyen Orient car il redoute que la vague de soulèvements populaires dans la région puissent inspirer les Palestiniens qui vivent sous l’occupation depuis plus de 40 ans. [2]. C’est pourquoi le gouvernement israélien a soutenu Hosni Moubarak comme il avait soutenu le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud… jusqu’à la dernière seconde.

La troisième faille de Wallerstein concerne sa référence convenue aux « peuples arabes » :

Et bien entendu, les plus grands gagnants de la deuxième Révolte arabe seront, avec le temps, les peuples arabes.

Wallerstein, obnubilé par le jeu géopolitique des puissances régionales et mondiales au Moyen Orient, oublie de rappeler que, s’ils font les révolutions, les peuples restent exclus du pouvoir [3].

28/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Immanuel WALLERSTEIN, Monde en Question.


[1] Immanuel WALLERSTEIN, La deuxième Révolte arabe : gagnants et perdants, Fernand Braudel Center, 01/02/2011.
[2] Lire aussi :
• Revue de presse Egypte, Monde en Question, 07/02/2011.
• Serge LEFORT, Le changement dans la continuité en Egypte, Monde en Question, 12/02/2011.
[3] Lire aussi :
• Serge LEFORT, Le spectre d’une révolution sociale, Monde en Question, 07/02/2011.
• Les révolutions ne garantissent pas la démocratie, Reuters-Yahoo! Actualités, 13/02/2011.

Un printemps arabe



1959 – 2000

L’Express a publié le 18/01/2011 un article intitulé « Après la Tunisie: un printemps arabe ? », L’auteur faisait explicitement référence au livre de Benoist-Méchin publié en 1959 [1] :

Au terme d’un long périple en Orient, Benoist-Méchin écrivait en exergue de son Printemps arabe (1959) : « Le monde se transforme plus rapidement qu’on ne le croit et rejette comme des épaves tous ceux qui ne se transforment pas au même rythme que lui. »

L’auteur aurait pu citer le paragraphe entier et éviter ainsi de faire un contresens :

Tranformé et libéré d’une foule de conceptions que je croyais encore vivaces, mais que le temps avait desséchées et rendues caduques. Il faut s’incliner devant l’évidence : le monde se transforme plus rapidement qu’on ne le croit et rejette comme des épaves tous ceux qui ne se transforment pas au même rythme que lui. Il faut un certain effort pour le faire et pour le dire. Mais, comme l’a écrit le Prophète : « Rien n’est plus méprisable que ceux qui savent et ne disent pas, si ce n’est ceux qui disent et ne font pas. » Le courage n’est qu’un prolongement de la lucidité.
Op. cit. p.15

Le voyage au Moyen-Orient, réalisé par Benoist-Méchin entre le 17 décembre 1957 et le 30 avril 1958, fut son « chemin de damas ». Benoist-Méchin convertit son admiration pour l’Allemagne nazie en une passion pour le monde arabe comme le fera Jean Genet un peu plus tard [2].

La majorité des journalistes, qui reprennent par copier-coller l’expression un « printemps arabe », ignorent que Benoist-Méchin évoquait non pas un changement du monde arabe, mais le sien vis-à-vis de la réalité découverte au cours de son voyage :

Les quatre mois que j’ai passés en Orient ne m’ont pas seulement beaucoup appris sur le monde arabe et l’Islam. Ils m’ont amené à m’interroger sur moi-même, sur mon pays, sur cette civilisation occidentale dont j’étais un des héritiers. […] Pourquoi ne pas l’avouer ? Les assises de ma pensée en ont été ébranlées. Certaines notions, auxquelles je me référais habituellement et que je ne songeais pas à remettre en question, ont vacillé sur leurs bases.
Op. cit. p.14

N’est-ce pas ce qui arrive au milieu politico-médiatique qui est contraint par les événements à remettre en cause leurs préjugés contre le monde arabe – un monde que l’Europe colonialiste avait figé dans l’orientalisme imaginaire ? Mais à entendre les prêches sur la démocratie, destinés à étouffer les aspirations sociales, on doute que l’Europe ait abandonné son rêve d’une race de Seigneurs.

23/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Jacques BENOIST-MÉCHIN, SiteArchives et souvenirs historiques de Jacques Benoist-Méchin.
• Edward SAÏD, L’orientalisme – L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980 [Monde en Question].
Dossier documentaire & Bibliographie Afrique du Nord, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.


[1] BENOIST-MÉCHIN, Un printemps arabe, Albin Michel, 1959 réédition 2000 [Population].

Au cours de ce voyage, il visita dans l’ordre : l’Egypte, l’Arabie saoudite, le Koweit, le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Irak et la Turquie.

[2] Jacques Benoist-Méchin, BiblioMonde :

Jacques Benoist-Méchin est, dans les années 1930, un journaliste admirateur de Hitler Pendant la Seconde Guerre mondiale, Il est un des haut dirigeant du ministère des Affaires étrangères du gouvernement de Vichy. Cette collaboration avec le IIIe Reich, lui vaut un procès et une condamnation à mort en 1945 qui ne sera pas exécutée. Emprisonné à Clairvaux, il est finalement gracié en 1953.

L’Arabie saoudite dernier rempart de l’Occident


L’Arabie saoudite est certainement une démocratie puisque le royaume est toujours soutenu par les puissances occidentales alors qu’elles lâchent les uns après les autres les dictateurs chassés par leur peuple. Elles craignent en effet que les salauds de pauvres ne déstabilisent la production pétrolière ce qui entraînerait une hausse de prix du baril et une menace pour la croissance.

Ainsi, la France appelle à une intervention militaire contre la Libye [1], qui sera menée par les États-Unis, pour rétablir l’ordre dans les champs de pétrole (en Afrique du Nord et au Moyen-Orient) et maintenir le roi Abdallah sur le trône de l’Arabie saoudite – pays démocratique, laïque et féministe comme chacun sait.

25/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Revue de presse :
• Le roi Abdallah d’Arabie rentre en pleine tourmente arabe, Reuters-Yahoo! Actualités, 23/02/2011.

Après les révoltes qui ont eu raison en moins de deux mois des régimes autoritaires de Tunis et du Caire, et qui secouent maintenant la Libye, le Yémen et Bahreïn, menaçant également l’Algérie, le Maroc et la Jordanie, l’Arabie sent le vent du boulet.

Dès avant son retour au pays, le vieux souverain, presque nonagénaire, a fait annoncer l’octroi d’une série d’allocations en faveur des étudiants à l’étranger et des jeunes chômeurs, ainsi que des aides au logement, pour un montant global estimé à plus de 35 milliards de dollars.

L’Occident, les États-Unis au premier rang, partage avec la famille régnante sa préoccupation pour la sécurité et la stabilité de l’Arabie, premier producteur et exportateur mondial de pétrole, qui dispose d’un cinquième des réserves connues d’or noir.

• Explosion des prix du pétrole : Les États-Unis et l’Europe envisagent une intervention en Libye, WSWS, 24/02/2011.

La plus grande préoccupation des puissances impérialistes est de restabiliser l’État d’Afrique du Nord et de relancer les exportations de pétrole. Les diverses critiques des chefs occidentaux faites à l’endroit du gouvernement libyen et de son recours à la violence sont totalement hypocrites – Mouammar Kadhafi a profité de relations des plus chaleureuses avec les États-Unis et l’Europe durant la dernière décennie. Son régime a été financé et armé par ces puissances, en récompense de son appui aux objectifs géostratégiques de Washington dans la région et de sa collaboration avec les sociétés pétrolières étrangères établies en Libye.

Toute intervention menée par les États-Unis viserait d’abord à rétablir la production de pétrole en Libye et non à mettre un terme à la violence brutale déployée par les forces de Kadhafi.

Le soulèvement en Libye a aussi suscité des craintes sur les marchés financiers quant à l’instabilité d’autres pays producteurs de pétrole, comme l’Algérie et l’Arabie Saoudite, le plus grand exportateur de pétrole au monde. « Personne ne sait où cela va s’arrêter », a dit au New York Times Helima Croft, directrice chez Barclays Capital. « Il y a quelques semaines, c’était la Tunisie et l’Égypte. On croyait que le mouvement allait être limité à l’Afrique du Nord et aux pays pauvres en ressources du Moyen-Orient. Mais les manifestations à Bahreïn, le cœur du golfe, viennent alimenter les inquiétudes. »

• Le spectre d’un nouveau choc pétrolier plane sur la croissance mondiale, AFP-Google Actualités, 25/02/2011.

La flambée des cours de l’or noir provoquée par la crise libyenne fait peser une lourde menace sur une économie mondiale en voie de convalescence, alors qu’une contagion de la contestation à l’Arabie saoudite ou à l’Algérie pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier.

• Le prix du pétrole inquiète l’économie, euro|topics, 25/02/2011.

Le prix du pétrole ne cesse d’augmenter en raison des troubles en Afrique du Nord. Le baril de Brent a atteint brièvement les 120 dollars, soit le niveau le plus haut depuis deux ans et demi. Les révolutions ont leur prix, estime la presse européenne, qui appelle à sortir du pétrole.

• Rentré précipitamment chez lui, Abdallah d’Arabie saoudite arrose ses sujets, Liberté, 26/02/2011.

Changement de génération, des appels à des journées de colère prolifèrent sur le royaume des Wahhabites. Ce sont des jeunes, étudiants ou chômeurs qui donnent le tempo de la révolte. Dans les monarchies pétrolières, c’est toute une génération éduquée et au fait des affaires du monde qui ne parvient plus à trouver sa place dans les fonctions publiques civiles et militaires qui absorbaient jusqu’à récemment les intelligentsias nationales en mal de promotion sociale. La jeunesse piaffe d’impatience pour bousculer les anciens équilibres des pouvoirs, comme en Égypte et en Tunisie, pour entrer dans le jeu politique.

Et puis, en voie de paupérisation depuis une dizaine d’années pour cause de tarissement des budgets pétroliers, c’est aussi toute une classe sociale en Arabie saoudite qui a vu s’effacer l’État providence de sa monarchie pétrolière. C’est d’ailleurs dans la péninsule arabique que le système de redistribution des recettes pétrolières s’essouffle et la génération montante frappe à la porte du pouvoir.


[1] Revue de presse :
• Faut-il intervenir militairement en Libye ?, Les blogs du Diplo, 24/02/2011.
• Intervenir pour la paix en Libye, euro|topics, 24/02/2011.

Les États-Unis soutiennent la colonisation de la Palestine


Le président américain Barack Obama a condamné vendredi l’usage de la violence par les gouvernements contre les manifestants à Bahreïn, en Libye et au Yémen. Le même jour, les États-Unis ont opposé leur veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant la poursuite de la politique israélienne de colonisation dans les territoires palestiniens et a donc encouragé la violence du gouvernement israélien contre les Palestiniens.

Ce projet de résolution, « condamnant la poursuite des activités de colonisation par Israël dans les territoires palestiniens occupés, y compris à Jérusalem-Est, et la poursuite de toutes les autres mesures visant à modifier la composition démographique et le statut des territoires palestiniens, en violation des droits de l’Homme internationaux et des résolutions afférentes », a été en gestation pendant deux mois, avant que ne surviennent les manifestations anti-gouvernementales au Moyen-Orient.

Les dirigeants de certains pays entraînés dans ce vaste mouvement de contestation avaient bénéficié du soutien de Washington. Aujourd’hui, le veto américain est aux yeux de beaucoup un geste qui vise à protéger Israël.

Selon un décompte non officiel, c’est la 83e fois que les États-Unis mettent leur veto afin de protéger leur allié israélien. Mais il s’agit du tout premier veto utilisé par le gouvernement du président Barack Obama.

Le message est clair : les appels « à respecter les droits fondamentaux de l’homme » ne s’applique pas à Israël, qui peut massacrer les Palestiniens en toute impunité. Le cynisme du « deux poids deux mesures », dans un contexte de contestation politique et sociale au Moyen-Orient, sera le tombeau des États-Unis.

19/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Sources :
• Obama condamne les violences à Bahreïn, en Libye et au Yémen, Xinhuan, 19/02/2011.
• Veto américain à une résolution de l’Onu sur les colonies juives, Reuters-Yahoo! Actualités, 19/02/2011.
• Premier veto d’Obama aux Nations Unies [Analyse], Xinhuan, 19/02/2011.
• Les Palestiniens condamnent le veto américain sur les colonies, Reuters-Yahoo! Actualités, 19/02/2011.