Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

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Cantonales 2011


Les contradictions électoralistes de Lutte Ouvrière :

Le spectacle que nous offrent aujourd’hui la droite, mais surtout la gauche, met en évidence le piège de ces jeux d’alliances électoraux qui font qu’on a vite fait d’abandonner ses idées pour cautionner celles du camp qu’on combattait une semaine plus tôt. Cette formule cache un piège dont les électeurs de gauche sont à coup sûr les dupes.
Lutte Ouvrière

Les grands partis de la gauche réformiste, Parti Socialiste en tête mais allié au Parti Communiste et aux écologistes, ont joué un rôle majeur dans la montée électorale du Front National. Ils ont déçu, démoralisé le monde du travail lors de leur passage au gouvernement. Et, même dans l’opposition, ils sont incapables de proposer une perspective aux masses laborieuses, face à la dégradation de leurs conditions d’existence due aux attaques violentes du grand patronat.

De ce fait et contrairement à ce qu’ils affirment, ces partis ne peuvent pas constituer un barrage à la montée de l’extrême droite.

Par solidarité cependant avec les militants et les électeurs du Parti Communiste, victimes eux-mêmes de la politique de la direction de leur parti, le groupe Lutte Ouvrière de la ville appelle à voter, au deuxième tour des élections cantonales, pour le (la) candidat(e) du Parti Communiste, confronté à un candidat du Front National.
Lutte Ouvrière

Il ne faudrait pas oublier l’essentiel. Les élections, et celles-là en particulier, ne sont que le reflet très déformé de la réalité. Et celle que vivent les classes populaires, c’est l’exploitation durement renforcée par une crise dont les travailleurs et les classes populaires ne voient pas la fin, et qui peut connaître des aggravations brutales. Les échéances importantes ne seront sans doute pas celles que nous proposent les calendriers électoraux, mais ce sont elles que le monde du travail doit préparer.
Lutte Ouvrière

Étrange remaniement


Étrange remaniement réalisé le dimanche 27 février 2011 et annoncé par le Président de la République lui-même au cours d’une allocution radiotélévisée à 20h00.
Étrange remaniement rapporté, mais peu commenté par les médias dominants alors que les remaniements en Tunisie et en Egypte le sont abondamment [1].
Étrange remaniement dont le texte n’est même pas analysé alors qu’il n’est pas habituel de réaliser un remaniement ministériel sous la pression d’événements internationaux.

L’allocution radiotélévisée du Président de la République [2] se décompose ainsi :
1) Un préambule sur la situation au Maghreb et au Moyen Orient (504 mots soit 62%).
2) Les détails du remaniement (137 mots soit 17%).
3) Une conclusion (170 mots soit 21%)

1) Préambule

Nicolas Sarkozy fait un lien entre la crise économique de 2008 et les révoltes populaires en Tunisie, en Egypte et en Libye. L’explication de ce lien se trouve un peu plus loin dans le texte sous la forme d’une injonction négative « Nous ne devons pas en avoir peur ».

Nicolas Sarkozy justifie a posteriori le soutien aux dictatures du Maghreb et du Moyen Orient parce ces régimes « apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme ». Il répète la version bushienne de l’histoire : on construit un ennemi imaginaire (le « monde arabo-musulman« ) contre lequel on mène une croisade en s’alliant avec les gouvernements les plus réactionnaires.

Mais les peuples remettent en cause cette stratégie. En chassant du pouvoir Zine Ben Ali et Hosni Moubarak, les peuples tunisien et égyptien ont forcé les gouvernements occidentaux à abandonner leurs alliés de la veille. Alors Nicolas Sarkozy propose d’accompagner (formule récurrente de la novlangue) les peuples c’est-à-dire faire beaucoup de bruit autour du dogme de la démocratie et masquer la réalité : le maintien au pouvoir de l’armée.

Ce qui préoccupe Nicolas Sarkozy n’est pas le sort des peuples, mais la politique intérieure et particulièrement les élections de 2012 c’est pourquoi il agite le spectre « des flux migratoires » dont nous devrions avoir peur en faisant explicitement le lien entre les « flux migratoires » et le « terrorisme ».

2) Remaniement

L’enjeu de ce remaniement n’est pas de remplacer la ministre des Affaires étrangères, devenue trop encombrante, mais le ministre de l’Intérieur et de l’Immigration. L’argument de « protéger le présent des Français » et d’assurer « notre sécurité » ne colle pas avec le contexte de « printemps arabe » tant vanté par les médias dominants.

La nomination de Claude Guéant prend tout son sens au vu de son passé de flic qui a fait ses classes sous la direction de Charles Pasqua [3]. Par comparaison Brice Hortefeux était un pied-tendre. Claude Guéant s’occupera non seulement de la sécurité et de l’immigration (en France les deux questions sont liées) mais aussi de l’organisation des élections, cantonales d’abord, présidentielle ensuite.

3) Conclusion

Nicolas Sarkozy veut rassembler « tous les Français autour de nos valeurs républicaines » c’est-à-dire autour de son obsession lepéniste de l’immigration, qui viendrait aujourd’hui de Tunisie, d’Egypte ou de Libye.

28/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Immigration, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Nationalisme, Monde en Question.

Revue de presse :
• 27/02/2011, La lettre de démission de Michèle Alliot-Marie, NouvelObs.
Voici la lettre de démission de Michèle Alliot-Marie de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères, remise dimanche en début d’après-midi « en mains propres » au président Nicolas Sarkozy, selon l’entourage de l’ex-chef de la diplomatie française :

Monsieur le président de la République, cher Nicolas (ajouté à la main),
Depuis neuf ans, je sers notre pays avec fierté et bonheur, à la tête des ministères régaliens que le président Jacques Chirac puis vous-même avez bien voulu me confier.
C’est un honneur. C’est une responsabilité.
Je me suis efforcée d’y répondre en veillant, dans mes fonctions comme dans mon comportement personnel, à toujours respecter les exigences, non seulement de la légalité, mais aussi de la dignité, de la moralité et de la loyauté.
Depuis quelques semaines, je suis la cible d’attaques politiques puis médiatiques véhiculant, pour créer la suspicion, contre-vérités et amalgames. J’y ai répondu point par point afin de rétablir la vérité.
Depuis quinze jours, c’est ma famille qui subit de la part de certains médias un véritable harcèlement dans sa vie privée, pour tenter d’y chercher de quoi m’affaiblir à défaut de l’avoir trouvé chez moi.
Cette campagne n’entrave en rien mes relations avec mes partenaires internationaux ni ma capacité à remplir la mission que vous m’avez confiée, comme chacun a pu le constater récemment au Brésil ou hier encore dans le Golfe. Je ne puis néanmoins accepter que certains utilisent cette cabale pour essayer de faire croire à un affaiblissement de la politique internationale de la France.
J’ai trop de considération pour les hommes et les femmes du ministère des Affaires étrangères et européennes qui servent notre pays avec dévouement et compétence, pour accepter que leur action puisse être affectée par cette manipulation.
J’ai une trop haute idée de la politique au service de la France pour accepter d’être utilisée comme prétexte à une telle opération.
J’ai une trop grande loyauté et amitié à votre égard pour accepter que votre action internationale puisse, en quoi que ce soit, en souffrir.
Bien qu’ayant le sentiment de n’avoir commis aucun manquement, j’ai donc décidé de quitter mes fonctions de ministre des Affaires étrangères et européennes.
En conséquence, je vous demande donc de bien vouloir accepter ma démission.
Je vous prie de croire, Monsieur le président de la République, à l’assurance de ma haute considération. Avec ma fidèle amitié (ajouté à la main).
Michèle Alliot-Marie 

• 27/02/2011, Juppé au Quai d’Orsay, Longuet à la Défense, Guéant à l’Intérieur, NouvelObs.

Dans une intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a annoncé le remaniement du gouvernement afin de pallier à la démission de Michèle Alliot-Marie pour laquelle le chef de l’Etat n’a pas eu un mot. Brice Hortefeux quitte le gouvernement. Le président a également évoqué les révolutions arabes.
Nicolas Sarkozy a au contraire lié le remaniement aux « révolutions arabes » qui ouvraient « une ère nouvelle ».

• 27/02/2011, Reuters-Yahoo! Actualités.

Nicolas Sarkozy a annoncé dimanche soir, sous prétexte de réagir aux crises arabes, le remplacement de ses ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, 106 jours après le dernier remaniement ministériel.
Le remaniement du 14 novembre, après le vote de la réforme des retraites, était censé renforcer le professionnalisme du gouvernement, afin que celui-ci tienne jusqu’à l’élection présidentielle de 2012, à quelques ajustements près.
Nicolas Sarkozy a habillé ce remaniement de crise par une discours sur la nécessité d’adapter la politique française à la nouvelle donne créée par les crises de Tunisie, d’Egypte et de Libye et leur onde de choc dans le reste du monde arabe.
Pour François Miquet-Marty, président de l’institut Viavoice, « la mise en avant des enjeux internationaux camoufle ce remaniement qui répond à la situation difficile de Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux ».
« Il y a une double poupée russe qui vise à masquer aussi les difficultés de Nicolas Sarkozy – tombé à 30% d’opinions favorables dans la dernière enquête Viavoice – face à l’opinion, quoi qu’il fasse », a-t-il déclaré à Reuters.

• 28/02/2011, Nouvelle géopolitique ou fiasco diplomatique : pourquoi ce remaniement ?, Les Matins.

Ce matin, nous avons un nouveau gouvernement. Mais au fait, pourquoi ? Hier, dans son discours télévisé, Nicolas Sarkozy expliquait le remaniement politique par une forme d’insécurité nouvelle : une insécurité liée à un « immense bouleversement » dans les pays « de l’autre côté de la méditerranée ». Il ne faut pas avoir peur, a-t-il annoncé, en même temps qu’il ne manquait pas de souligner le risque migratoire. Et à l’opposé, pour l’opposition, si l’on en croit Benoit Hamon qui a immédiatement réagi, ce remaniement politique est la suite d’un véritable fiasco : celui de la diplomatie française (MAM, Ollier, Marly).

• 28/02/2011, Le départ d’Alliot-Marie est une décision politique, dit Fillon, Reuters-Yahoo! Actualités.

Michèle Alliot-Marie n’a pas commis de faute mais il fallait l’écarter du ministère des Affaires étrangères parce que sa position affaiblissait la voix de la France, a déclaré lundi François Fillon.

• 28/02/2011, France : remaniement ministériel dans un contexte de bouleversement du monde arabe, Xinhua.

Nombre d’observateurs relèvent que c’est la première fois que la France procède à un remaniement ministériel sous pression d’événements internationaux.
D’aucuns voient là la volonté de Nicolas Sarkozy de reprendre en main la politique étrangère dont les soubresauts commençaient à peser sur sa popularité, à l’approche des présidentielles de 2012.

• 28/02/2011, Liste de la nouvelle composition du gouvernement français, Xinhua.

C’est le seul site, à ma connaissance, qui fournit la liste mise à jour du gouvernement français.

• 28/02/2011, Nicolas Sarkozy contraint à un remaniement dans l’urgence, 20 minutes.

Une forme inédite. Dimanche, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a annoncé à 20 h à la télévision le remaniement ministériel. Il a fait précéder l’annonce elle-même par une allocution dans laquelle il justifie le jeu de chaises musicales par l’«immense bouleversement» que représentent les révolutions dans le monde arabe.


[1] Il est significatif que l’im-Monde s’inquiète pour l’avenir de Michèle Alliot-Marie.
[2] Allocution radiotélévisée du Président sur la situation internationale, Présidence de la République :

Mes chers compatriotes,

À peine la plus grave crise économique et financière depuis la deuxième guerre mondiale semble-t-elle s’estomper, à peine l’Europe a-t-elle dominé la crise de l’euro que, de l’autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement. Certains peuples arabes prennent leur destin en main, renversant des régimes qui, après avoir été, au temps de la décolonisation, les instruments de leur émancipation avaient fini par devenir ceux de leur servitude. Ces régimes, tous les États occidentaux et tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis la fin des colonies ont entretenu avec eux des relations économiques, diplomatiques et politiques, malgré leur caractère autoritaire parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme.

Mais voici qu’à l’initiative des peuples s’esquisse une autre voie. En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par l’histoire et par la géographie. Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Il porte en lui une formidable espérance car il s’est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de l’homme et de la démocratie. Pour la première fois dans l’histoire, elles peuvent triompher sur toutes les rives de la Méditerranée. Nous ne devons avoir qu’un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d’être libres. Entre l’ingérence qui ne serait pas acceptée et l’indifférence qui serait une faute morale et stratégique, il nous faut tout faire pour que l’espérance qui vient de naître ne meure pas car le sort de ces mouvements est encore incertain. Si toutes les bonnes volontés ne s’unissent pas pour les faire réussir, ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes.

Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C’est toute l’Europe alors qui serait en première ligne. Nous avons donc le devoir d’agir avec une ambition qui soit à la dimension des événements historiques que nous vivons. C’est pourquoi la France a demandé que le Conseil européen se réunisse pour que l’Europe adopte une stratégie commune face à la crise libyenne dont les conséquences pourraient être très lourdes pour la stabilité de toute la région. De même l’Europe doit se doter sans tarder de nouveaux outils pour promouvoir l’éducation et la formation de la jeunesse de ces pays du Sud de la Méditerranée, imaginer une politique économique et commerciale pour favoriser la croissance de ces jeunes démocraties qui veulent naître.

L’Union pour la Méditerranée, fondée à l’initiative de la France le 13 juillet 2008, doit permettre à tous les peuples de la Méditerranée de bâtir enfin une destinée commune. Le moment est venu de refonder cette Union à la lumière des événements considérables que nous vivons. La France fera des propositions en ce sens à ses partenaires.

Mon devoir de Président de la République est d’expliquer les enjeux de l’avenir mais tout autant de protéger le présent des Français. C’est pourquoi, avec le Premier Ministre François Fillon, nous avons décidé de réorganiser les ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité.

Alain Juppé, ancien Premier ministre, homme d’expérience qui a déjà exercé ces fonctions avec une réussite unanimement reconnue sera Ministre des Affaires étrangères. Pour le remplacer au ministère de la Défense, j’ai choisi Gérard Longuet, lui aussi homme d’expérience. J’ai souhaité dans le même temps confier la responsabilité de ministre de l’Intérieur et de l’Immigration à Claude Guéant qui m’a accompagné depuis neuf ans dans toutes les responsabilités que j’ai exercées, en particulier au ministère de l’Intérieur dont il connaît tous les rouages et dont il a occupé tous les postes de responsabilité.

Ainsi les fonctions régaliennes de l’État se trouveront-elles préparées à affronter les événements à venir dont nul ne peut prévoir le déroulement.

Mes chers compatriotes, c’est mon devoir de prendre les décisions qui s’imposent quand les circonstances l’exigent. Je connais vos attentes qui sont grandes à juste titre. Je me suis engagé à moderniser la France pour que notre modèle survive à tous les changements si brutaux de ce début du XXIème Siècle. Pour obtenir les résultats que vous attendez et que nous obtiendrons, je me dois de ne faire prévaloir aucune autre considération que le souci de l’efficacité et de l’intérêt général dans le choix de ceux auxquels sont confiées les plus hautes responsabilités de l’État.

Dans ces circonstances si troublées la nécessité du rassemblement de tous les Français autour de nos valeurs républicaines est plus nécessaire que jamais. La peur, l’affrontement, l’exclusion n’ont jamais permis de préparer l’avenir, au plan international comme au plan national. A l’inverse le refus de voir les réalités en face exacerbe les tensions.

Mes chers Compatriotes, vous pouvez compter sur ma détermination et sur mon engagement.

Vive la République !
Vive la France !

[3] Portraits de Claude Guéant :
• Claude Guéant, portrait du bras droit de Sarkozy devenu ministre de l’Intérieur, Politique.net, 02/03/2011.
• En six minutes cinquante, Sarkozy s’est chiraquisé, Les Inrocks, 02/03/2011.
• Claude Guéant prend la tête du ministère de l’Intérieur, France Info, 27/02/2011.
• Claude Guéant, vice-président de la République, Nonfiction, 22/10/2008.

Vacances aux frais des dictateurs


Le Président de la République, la ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre (pour ne citer qu’eux) prétendent donner des leçons de « démocratie » au monde entier – nouvel évangile des puissances occidentales -, mais trouvent tout à fait naturel d’être invités à titre privé par Mohammed VI, Zine Ben Ali ou Hosni Moubarak… Le cynisme des actes révèle celui des discours.

09/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Revue de presse du 09/02/2011 :

• Après MAM… François Fillon !

On apprend donc, grâce au Canard Enchaîné que le Premier ministre s’est fait payer ses vacances, avion intérieur, balade sur le Nil et hébergement en Egypte, par Hosni Moubarak, ou plutôt par le contribuable égyptien. Voilà qui vient sauver in extremis Michèle Alliot-Marie. Imaginez la ministre des affaires étrangères renvoyée du gouvernement (avec son mari, également ministre), il faudrait que François Fillon soit logé à la même enseigne! Le gouvernement serait alors décapité. Donc il ne se passera rien. C’est vrai, rien d’illégal n’ayant été commis, on peut en rester là et ce sera le cas parce que c’est comme ça en France. Pourtant en juin, après l’affaire Joyandet, le président avait été obligé de réaffirmer ce qui paraissait la moindre des choses pour tout le monde : les ministres doivent payer leur vacances. Il y a – c’est vrai – dans les relations internationales, une part de relations personnelles nécessaires entre les chefs d’États et aussi entre les ministres des affaires étrangères ; on s’invite un week-end dans sa maison de campagne en marge d’un voyage officiel, pourquoi pas. On peut même comprendre une certaine proximité avec des chefs d’État de pays qui, disons, n’ont pas les mêmes standards démocratiques que nous mais c’est aux dirigeants de trouver la limite entre ce qui relève des relations professionnelles plus ou moins amicales et ce qui pourrait relever du conflit d’intérêts ou tout simplement du mauvais goût. Les vacances privées offertes par des chefs d’État peu démocratiques et de pays pauvres sont largement au-delà de la limite !
L’édito politique

• Les vacances de la diplomatie française

François Fillon, dit-on, n’aurait pas pu refuser de laisser payer ses vacances par Hosni Moubarak sans blesser le président d’un pays ami auquel la France est nécessairement iée. C’est vrai. C’est absolument vrai mais c’est bien la raison pour laquelle le Premier ministre n’aurait pas dû aller passer ses vacances en Egypte alors qu’il était évident que ce problème se poserait. François Fillon, ajoute-t-on, n’est pas le premier dirigeant français à aller bronzer en famille aux frais d’un dictateur et c’est encore vrai.
Hassan II, l’ancien souverain marocain, c’était ainsi fait une spécialité d’offrir des vacances de rêve à tout ce qui comptait dans la politique française mais ce n’est pas parce que d’autres se sont compromis dans ces facilités qu’il faut les perpétuer car ce n’est parce que tant de gens traversent hors des clous que le Premier ministre devrait en faire autant.
Géopolitique

• Sous le regard du Sphinx…

L’été dernier, raconte Libération, Angela Merkel a pris ses vacances dans le Tyrol, son mari sous un bras et une biographie de Staline sous l’autre. Voilà ce qu’on peut appeler un voyage irréprochable.
Et dans le gouvernement, « Est-ce que ça décolle à plein tube ? » comme le titre Le Canard Enchaîné cette semaine… Le Canard qui révèle donc que François Fillon a passé ses vacances de Noël en Egypte, aux frais de Moubarak.
Mais que diable allait-il faire dans cette felouque ? se demande Bruno Dive dans Sud-Ouest… « il est choquant que le premier ministre ait passé ses vacances aux frais d’un chef d’Etat étranger »… Choquante « cette connivence persistante de nos dirigeants avec les autocrates arabes ».
Connivence… le mot est également utilisé par Laurent Joffrin. Nos gouvernants deviennent « une confrérie suprême qui finit par mépriser les critères éthiques du commun des mortels ».
Le Figaro rappelle les arguments de Matignon : à l’étranger, le Premier Ministre doit bénéficier de mesures de sécurité d’où l’utilisation d’un avion du gouvernement égyptien. Et refuser l’invitation de Moubarak aurait été une forme d’affront à une époque où le Raïs était considéré comme un élément de stabilité au Proche-Orient.
Et puis, il y a l’argument de l’hypocrisie de la gauche que ces pratiques n’ont pas toujours choqué. Libération mentionne les voyages de François Mitterrand en Egypte. Et dans Le Point, Robert Badinter lui-même rappelle que toute la galaxie politique française a été reçue par l’ancien roi du Maroc, Hassan 2.
Seulement, il y a la promesse de République irréprochable qu’avait faite Nicolas Sarkozy.
La revue de presse

Revue de presse internationale

Les ventes d'armes prospèrent malgré la crise


Récemment, les États-Unis ont annoncé une vente d’armes modernes d’une valeur de 60 milliards de dollars à l’Arabie Saoudite, une des plus grandes ventes d’armes réalisées par les États-Unis à ce jour. Que ce soit lors de la crise financière ou actuellement, en période de reprise économique solide, les ventes d’armes ont prospéré au fil des années. Selon un rapport récemment publié par l’institut de Stockholm International Peace Research, ces dernières années, le nombre de ventes d’armes à l’échelle mondiale n’a cessé d’augmenter et les États-Unis et la Russie sont les deux grands gagnants.

Les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la France, les quatre plus grands pays exportateurs d’armes du monde

Les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la France, ces quatre plus grands pays exportateurs d’armes du monde ont engrangé d’énormes bénéfices économiques avec les ventes d’armes.

Toujours selon le rapport, le chiffre d’affaires des exportations d’armes des États-Unis a atteint 38,1 milliards de dollars, soit le plus grand du monde entier, ce qui a créé un nouveau record. La Russie s’est classée à la 2e place avec un chiffre d’affaires de 10,4 milliards de dollars en 2009, grâces à ses armes avancées, de bonne qualité et bon marché. En tant que pays européen de vieille tradition militaire, la France est toujours un géant du marché des exportations d’armes. Selon le rapport publié le 6 octobre 2010 par le ministère de la défense du pays, le chiffre d’affaires des ventes d’armes de la France a augmenté de 13% en 2009 par rapport à celui de 2007 et de 2008, créant le nouveau record du siècle pour se classer à la 4e place des pays exportateurs d’armes les plus grands du monde, suivant les États-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne.

Le mois dernier, peu après l’annonce étonnante de la vente d’armes d’une valeur de 60 milliards de dollars à Arabie Saoudite par les États-Unis, la Russie a déclaré publiquement qu’elle exécutera un contrat signé avec la Syrie en 2007 dont la valeur s’élève à 300 millions de dollars. Selon le contrat, la Russie va livrer à cette dernière 72 missiles « Yakhont P-800 ».

90% des grandes commandes d’armes ont été faites par des acheteurs asiatiques

Parmi les grandes commandes d’armes à l’échelle mondiale, celles faites par les acheteurs asiatiques en ont représenté 90%. L’Inde constitue ces dernières années un des acheteurs principaux de l’Asie. Elle demande des navires de guerre, des sous-marins, des avions militaires, des chars de combat et autres armes modernes à tous les vendeurs possibles et a signé sans cesse de grandes commandes d’armes, que convoitent les commerçants d’armes internationaux. Les États-Unis, l’Europe et la Russie se sont tous disputés le marché indien, en transférant même certaines technologies modernes à l’Inde pour se procurer des commandes.

En entrant dans l’année 2010, en tant que plus grand pays exportateur d’armes, les États-Unis ont déjà vendu des armes à Taiwan, à l’Inde, au Koweït, à Israël et au Mexique, etc, alors que le président russe Medvedev effectuera en décembre une visite en Inde et lui proposera une importante offre d’armes.

Selon la presse russe, lors de la visite de Medvedev en Inde, les deux parties signeront officiellement une entente sur la recherche et le développement d’avions militaires de la 5e génération, selon laquelle la Russie livrera d’ici 10 ans 250-300 avions militaires de 5e génération et 45 avions de transport militaire.

Par ailleurs, le Moyen-Orient constitue un autre grand marché d’armes où les États-Unis et la Russie sont en concurrence. Ce n’est pas simplement pour l’argent mais aussi pour des intérêts stratégiques et l’influence.

25/11/2010
Renmin Ribao

La France vue de Chine


Le Quotidien du Peuple a consacré un dossier sur les « Grèves et manifestations contre la réforme des retraites » et une analyse comparative sur les « Deux Europes dans la crise de la protection sociale ».
À l’heure où la Chine rachète la dette des pays européens plombés par la crise financière de 2008, il est temps de savoir qu’elle est sa perception de la question sociale en France et en Europe car prochainement les gouvernements l’Union européenne l’imposera comme un horizon indépassable.

Lire aussi :
• Grèves et manifestations contre la réforme des retraites, Renmin Ribao.
• Deux Europes dans la crise de la protection sociale, Renmin Ribao, 15/11/2010.
• Ce que cherche à obtenir Nicolas Sarkozy en France et dans le monde, Renmin Ribao, 12/11/2010.

Facebook et les élections présidentielles


A travers l’analyse des interactions entre hommes politiques et internautes sur Facebook après les élections présidentielles de 2007 en France, cet article vise à montrer comment les réseaux sociaux sont exploités par les deux parties. Au départ un réseau décentralisé qui lie les gens sans intervention politico-hiérarchique, Facebook est mobilisé par les hommes politiques au service de leur besoins. Quelles en sont les conséquences pour la sphère publique : s’agit-il d’un outil qui permet à l’internaute de déjouer les usages de marketing politique qu’en fait l’homme politique ?

Les réseaux sociaux et l’échange entre l’homme politique et les internautes : le cas de Facebook après les élections présidentielles en France, Argumentation et Analyse du Discours n°5, Octobre 2010.

Gagnants et perdants


Alors que le mouvement social continue, mais s’essouffle comme cela était prévisible, le PS l’a déjà enterré en même temps que son « grand élu visionnaire et bâtisseur dont le nom restera à jamais lié à » ses alliances avec l’extrême droite !

« Il sortira de tout ça un perdant, Nicolas Sarkozy, et des gagnants, les syndicats et le Parti socialiste », estime le député PS Pierre Moscovici.
NouvelObs

Pierre Moscovici ne manque pas d’air de claironner, en novlangue que le PS « aura été en accompagnement et en propositions politiques » alors que, comme les directions syndicales, il a accompagné le mouvement pour mieux le briser. Quant aux propositions politiques, il faut se rappeler que, dès 1982-1983, le PS avait accompagné l’offensive néo-libérale et que, en 2002, Lionel Jospin avait accepté la casse des retraites [1].

Les perdants sont tous ceux qui avaient encore des illusions sur les directions syndicales et politiques qui se disent de gauche, mais aussi ceux qui avaient des illusions sur la spontanéité révolutionnaire des manifestants et l’auto-organisation des grévistes [2].

27/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde
Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Léninisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Luxemburgisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Stalinisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Trotskysme, Monde en Question.


[1] Lire :
• Tournant de la rigueur, Monde en Question.
• L’offensive Jospin contre les retraites, Convergences Révolutionnaires.
[2] Texte, à partir de « mais aussi », et note ajoutés le 28/10/2010.
Les trotskystes à la remorque des directions syndicales :
• Les directions syndicales iront-elles jusqu’au bout ?, Convergences Révolutionnaires, 18/10/2010.
• Le 28 octobre et après : contre la réforme des retraites, la lutte continue !, Lutte Ouvrière, 25/10/2010.
Les luxemburgistes dans l’illusion spontanéiste et auto-organisationnelle :
• Sur la lutte contre la réforme des retraites, La Bataille socialiste, 21/10/2010.

SOS racisme !


Harlem Désir représentera le PS aux obsèques de Frêche. Oui, vous avez bien lu Harlem Désir, ex-président de SOS racisme, représentera le PS aux obsèques de Frêche, qui s’est allié l’extrême droite issue de l’OAS tout en restant député, maire et conseiller régional socialiste !

Ce sera Harlem Désir. Après le décès de Georges Frêche, le PS avait annoncé son intention d’être représenté lors des obsèques « au plus haut niveau ». Le parti a donc désigné son numéro deux pour conduire la délégation mercredi à Montpellier pour les obsèques du président de la région Languedoc-Roussillon. Harlem Désir sera accompagné du député François Lamy, conseiller politique de Martine Aubry, et de Pascale Boistard, secrétaire nationale du PS aux organisations et adhésions.
Le Figaro

L’antiracisme ne fut pour Harlem Désir qu’un marchepied pour ramper vers les sommets de l’appareil du PS malgré sa condamnation pour recel d’abus de biens sociaux [1].

26/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Il fut condamné en 1998 à 18 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour recel d’abus de biens sociaux. De novembre 1986 à octobre 1987, alors qu’il était président de SOS Racisme il était également salarié par l’Association régionale pour la formation et l’éducation des migrants en tant que « formateur permanent », il percevait pour cet emploi fictif un salaire mensuel brut de 10.500 francs.
Les salaires embarrassants de Harlem Désir, Libération.

Hommage du PS à un facho


Georges Frêche fut militant de la Fédération des cercles marxistes-léninistes de France puis du Centre marxiste-léniniste de France, groupes maoïstes [1], avant de s’engager à la SFIO, qui avait abandonné depuis longtemps l’idéal de l’Internationale ouvrière et devint, l’année de son adhésion, le Parti socialiste.

Il a suivi le parcours classique des opportunistes les plus immondes du PS. En mars 1973, Georges Frêche, candidat PS pour la première fois aux élections législatives à Montpellier, tente de se rapprocher des milieux de l’ancienne Algérie française et rencontre à l’issue du premier tour le candidat battu du Front national, ancien membre de l’OAS, André Troise, qui soutiendra officieusement le candidat, victorieux au second tour [2].

Frêche a toujours fricoté avec les nostalgiques de l’Algérie française, pour attraper le vote des 25.000 pieds-noirs que comptait Montpellier en 1977, année où il est élu maire. Ainsi, en 1976, il demande à Guy Montero, ancien officier de la Légion étrangère condamné à cinq ans de prison pour appartenance à l’OAS, de lui fournir un service d’ordre pour la campagne des municipales. Montero apparaît sur sa liste en position éligible et entre au conseil municipal.
En 1982, Frêche met en berne tous les drapeaux de Montpellier… parce que Claude Cheysson, ministre [PS] des Relations extérieures de François Mitterrand, vient de s’incliner à Alger devant la tombe des héros du FLN. En 1994, lorsqu’Henri Alleg, militant communiste et premier à avoir dénoncé la torture en Algérie, donne une conférence dans la ville, le maire le qualifie de « cadre français du FLN, le mouvement des égorgeurs de harkis et de pieds-noirs », coupable d’une « trahison » qui « a valu à d’autres douze balles dans la peau ». Plus récemment, en 2005, lors du débat sur « le rôle positif » de la colonisation, Frêche entonne « Le Chant des Africains » en plein conseil régional. Ravis, les élus FN reprennent en choeur ce qui est devenu l’hymne de l’Algérie française.

Georges Frêche est passé de l’extrême gauche maoïste à l’extrême droite issue de l’OAS tout en restant député, maire et conseiller régional socialiste. Un parcours sans faute pour les responsables du PS :

La secrétaire générale du Parti socialiste, Martine Aubry a salué dans un communiqué « un grand élu visionnaire et bâtisseur dont le nom restera à jamais lié à Montpellier et sa région ». « Au-delà des désaccords que nous avons pu avoir, je souhaite me souvenir d’un homme courageux et engagé », a-t-elle ajouté.
L’ancien numéro un du parti François Hollande a, quant à lui, rendu hommage à un homme doté d' »une conviction telle qu’il pouvait déplacer des montagnes ».
Le Monde

25/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

 


[1] BOURSEILLER Christophe, Les maoïstes – La folle histoire des gardes rouges français, Points Seuil, 2008 p.67.
[2] GUILLEDOUX Fred, Georges Frêche, socialiste tendance OAS, La Provence, 28 janvier 2010.

 

Médias copier-coller


Un Premier Ministre qui prend ses distances avec le Président de la République à la veille d’un remaniement ministériel est une figure classique de la politique, mais les médias dominants, experts en amnésie, en font un événement.

Les médias dominants, pratiquant allègrement le copier-coller, titrent Fillon : « Sarkozy n’est pas son mentor » pour unanimement nous faire croire que François Fillon serait le premier opposant à Nicolas Sarkozy.

Son avenir passe-t-il par un parachutage à Paris pour briguer en 2014 la succession de Bertrand Delanoë ? Ou bien vise-t-il déjà la présidentielle de 2017 ?
Le Figaro

Il faut dire que les débris de la gauche, qui n’ont pas de politique alternative, encouragent cette absence d’analyse qui passe pour une analyse.

25/09/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde