Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Bibliographie histoire

Les défis de la Catalogne au tournant du siècle (1996-2006)


Bibliographie histoire

 

Le modèle d’autonomie sociopolitique, culturelle et linguistique qu’est, vue de l’extérieur, la Catalogne, « nation sans état » arc-boutée contre l’Espagne à laquelle elle inspire toujours défiance, est aujourd’hui en proie au doute.

À vingt-trois ans de stabilité politique incarnée par Jordi Pujol, ont succédé depuis 2003 des coalitions incertaines ; après avoir assis la normalisation linguistique dans le cadre espagnol, comment faire face à la mondialisation, qui désormais menace les acquis, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur, du fait de l’immigration ? Sous différents angles, sept études – autant de regards croisés – tentent de mettre en évidence les enjeux et les défi s de la Catalogne en ce début de siècle.

Christian LAGARDE (sous la direction de), Les défis de la Catalogne au tournant du siècle (1996-2006), Presses universitaires de Perpignan, 2008 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Publicités

Les racines orientales de l’Europe


Bibliographie sciencesBibliographie histoire

 

L’idée selon laquelle les mathématiques seraient apparues avec Thalès et Pythagore a eu la vie longue. On sait désormais que la notion de calcul est apparue bien avant, de manière à peu près certaine avec les civilisations paléo-babyloniennes et peut-être même avant.
Une équipe de mathématiciens australiens vient de proposer la relecture d’une célèbre tablette babylonienne comme posant les rudiments de la trigonométrie, la question reste entière : quand et comment les humains ont-ils appris à calculer ?

Quand l’humanité a-t-elle appris à compter ?, France Culture.

Zeus, s’étant épris d’Europe, envoya Hermès pour mener le troupeau d’Agénor jusqu’au rivage de Tyr [Liban], où elle et ses compagnes avaient coutume de se promener. Il se joignit lui-même au troupeau ayant pris la forme d’un taureau blanc avec de grands fanons et de petites cornes pareilles à des bourgeons et séparés par une bande noire. Europe fut frappée par sa beauté et, trouvant qu’il était doux comme un agneau, elle surmonta sa frayeur et se mit à jouer avec lui ; elle lui mit des fleurs dans la bouche et suspendit des guirlandes à ses cornes ; à la fin elle grimpa sur ses épaules et il descendit tout doucement jusqu’à la mer. Brusquement il entra dans l’eau et se mit à nager tandis qu’elle, la tête tournée vers la terre ferme, était prise de panique à la vue du rivage qui s’éloignait ; d’une main elle était agrippée à sa corne droite, et de l’autre elle retenait encore un panier de fleurs.
Zeus toucha terre non loin de Gortyne, en Crète ; là il devint un aigle et viola Europe dans un bois de saules, auprès d’une source ; ou, selon certains, sous un platane.
Robert GRAVES, Les mythes grecs, Fayard, 1967 p.211.

Ce récit est symbolique des origines orientales de l’Europe car les Grecs ont hérité, en plus des sciences et techniques du Moyen-Orient, de l’alphabet inventé par les Phéniciens.

13/10/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Bill CASSELMAN,The Babylonian tablet Plimpton 322, University of British Columbia, 2003.
Christine PROUST, Trouver toutes les diagonales – Plimpton 322 : à la recherche des rectangles sexagésimaux, une version mésopotamienne de la recherche des « triplets pythagoriciens », Images des mathématiques, 2015.

BRUINS, Aperçu sur les mathématiques babyloniennes, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, 1950.
Alain HERREMAN, La mise en texte mathématique, Methodos, 2001.
L’auteur commence par rappeler la diversité d’aspects des textes mathématiques. Il s’appuie pour cela sur plusieurs études historiques récentes consacrées à l’analyse et aux conséquences de cette diversité dans le cas des mathématiques babyloniennes, grecques et chinoises. Il propose ensuite une analyse sémiotique de la transcription de l’un des textes latins par lesquels l’arithmétique fondée sur les chiffres arabes a été diffusée en Occident.
Benoît RITTAUD, À un mathématicien inconnu ! – Tablette YBC 7289, entre 1900 et 1600 avant notre ère, à Babylone, BibNum, 2008.
Christine PROUST, Mathématiques en Mésopotamie, Images des mathématiques, 2014 – Autres articles sur la Mésopotamie .

Jean-Louis HUOT, Vers l’apparition de l’État en Mésopotamie – Bilan des recherches récentes, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2005.
Calendrier et calcul du temps en Mésopotamie, France Culture, 2012.
Dominique CHARPIN, Comment peut-on être assyriologue ?, Collège de France, 2014 [Texte en ligne].
Lettres d’une Assyrienne à son mari et réponse de ce dernier (XIXe siècle av. J.-C.) : comptes entre époux, Images des mathématiques, 2015.
Dominique CHARPIN, Faire revivre la civilisation mésopotamienne, France Culture, 2015.
Histoire de la Mésopotamie, France Culture 1/4France Culture 2/4France Culture 3/4France Culture 4/4, 2016.
Dominique CHARPIN, Civilisation mésopotamienne, Collège de FranceFrance Culture, 2014-2017.

Mésopotamie, Antikforever.
Mésopotamie [Ressources multilingues], ETANA.
Mésopotamie, Histoire du monde.

Jean BOTTÉRO, Babylone – À l’aube de notre culture, Découvertes Gallimard, 1994.
Dominique CHARPIN, Lire et écrire à Babylone, PUF, 2008.
COLLECTIF, L’histoire commence en Mésopotamie – Catalogue Exposition, Louvre, 2016.
Jean-Jacques GLASSNER, Écrire à Sumer – L’invention du cunéiforme, Seuil, 2000.
Frances JOANNÈS (sous la direction de), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Bouquins Laffont, 2001.
Samuel Noah KRAMER, L’histoire commence à Sumer, Flammarion, 1993 réédition Champs Flammarion, 2017.
Il y a plus de trente ans, l’auteur de ce livre révélait au grand public la civilisation sumérienne, née en Mésopotamie, le sud de l’actuel Irak, voici quelque 5 000 ans.
L’intérêt de ce livre, qui mériterait de s’intituler L’histoire connue commence à Sumer, est qu’il nous donne à lire les textes originaux, traduits en français bien sûr, dans les domaines aussi variés que : Relations entre époux, Relations parents-enfants, Éducation, Délinquance juvénile, Gouvernement, Littérature, Médecine, Philosophie, etc.
Georges ROUX, La Mésopotamie – Essai d’histoire politique, économique et culturelle, Seuil, 1985 réédition 1995.
« On commence à s’aviser qu’une meilleure intelligence de la continuité historique nous interdit d’arrêter la remontée de notre passé au monde grec, d’une part, biblique de l’autre, mais nous incite à poursuivre plus haut encore, jusqu’aux limites de la connaissance historique, jusqu’aux plus anciens documents écrits – en Mésopotamie, vers trois mille ans avant notre ère. C’est là qu’est née alors la plus vieille haute civilisation connue. » Jean Bottéro

Dossier documentaire Sciences, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

La thèse des racines grecques et de l’identité chrétienne du monde occidental


Bibliographie histoire

 

On sait qu’à la parution de cet Aristote au Mont-Saint-Michel, des organes de presse éminents (Le Monde, Le Figaro, etc.) ont applaudi ce qu’ils ont appelé une thèse courageuse, alors que la plupart des médiévistes, rappelant, comme le font ci-après Jean Jolivet et Abdelali Elamrani-Jamal, que cette thèse remontait à Renan, se sont indignés qu’on puisse faire abstraction des acquis de plus d’un siècle d’études médiévales. Essayons d’abord de préciser de quelle thèse il s’agit. Là encore, il faut lire attentivement le livre et ne pas se contenter des articles qui lui ont été consacrés ou des propos modérés de la quatrième de couverture.

Dans son introduction Sylvain Gouguenheim déclare qu’il va discuter ce qu’il appelle l' »opinion commune » : l’Europe a une dette envers le monde arabo-musulman de l’époque abbasside qui aurait assimilé l’essentiel du savoir grec, l’aurait transmis aux Européens, et ainsi serait à l’origine du réveil culturel et scientifique du Moyen Âge puis de la Renaissance ; corollairement, la pensée, la culture, l’art européens auraient pour origine, au moins partiellement, la civilisation des Abbassides. Gouguenheim souligne alors que l’opinion qu’il va s’efforcer de réfuter contredit la thèse des « racines grecques » et de l' »identité chrétienne » du monde occidental, dont on sait qu’elle n’est pas étrangère à une certaine actualité politique. Il accuse donc certains médiévistes d’avoir mis une « civilisation abbasside » en lieu et place de la civilisation grecque. Si on laisse de côté le fait qu’aucun historien sérieux n’a jamais soutenu une telle opinion, on ne peut refuser a priori une certaine légitimité au fait de la combattre malgré tout.

Mais les choses se compliquent si on compare cette déclaration d’intentions à la conclusion. Gouguenheim y oppose les civilisations chrétienne et islamique : la première « combinait l’héritage grec et le message des Évangiles, l’esprit scientifique et l’enracinement dans une tradition religieuse dont l’Église se voulait garante. L’autre était fille du livre de Dieu, du Livre incréé. Elle était fondamentalement amarrée à son axe central, le Coran ». Et il ajoute qu’il existe une « structure intellectuelle propre à la foi chrétienne d’où est né le savoir européen ». On comprend alors que Gouguenheim ne se propose pas simplement d’établir que les racines de la civilisation européenne sont grecques et ne doivent rien à peu près rien à la civilisation islamique, mais de montrer que, contrairement au monde occidental, le monde islamique, du fait de sa religion, ne pouvait pas intégrer le savoir grec puis le dépasser. C’est ce qu’il affirme quand il dit que « la façon dont l’héritage grec fut exploité constitue un solide critère d’identification des civilisations médiévales chrétienne et islamique ». En fait sa conclusion montre que son objectif, ou l’un de ses objectifs, est finalement d’établir qu’il existe entre ces civilisations une hiérarchie qu’on peut établir à partir de « leur rapport aux textes sacrés et du degré de liberté laissé à la raison humaine ».

Même si on n’éprouve pas la moindre sympathie pour un tel objectif, on peut avoir quelque curiosité pour son argumentaire ; pour qu’il réussisse une entreprise aussi risquée, on attend de l’auteur qu’il développe une démonstration habile et particulièrement serrée. Or il faut bien le reconnaître : sur le strict plan de la technique argumentative, la déception est grande.

Les silences sur les faits embarrassants, les incohérences, l’usage de concepts mal définis, les interprétations tendancieuses, les inventions pures et simples, les erreurs factuelles, pullulent. Les règles les plus communément admises du travail universitaire sont bafouées ; quant à celles de la vulgarisation, évoquée par l’auteur dans certaines interviews, elles le sont tout autant.

Nous donnons ci-dessous quelques exemples particulièrement caractéristiques de la rhétorique mise en œuvre dans Aristote au Mont-Saint-Michel. Bien entendu, nombre d’entre eux sont développés dans les contributions qui suivent, auxquelles, alors, nous renverrons pour une démonstration plus serrée.

Max LEJBOWICZ (sous la direction de), L’Islam médiéval en terres chrétiennes – Science et idéologie, Presses universitaires du Septentrion, 2009 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

« Nos ancêtres les Gaulois »


Bibliographie histoire

 

L’expression « nos ancêtres les Gaulois » a longtemps eu vocation à dire, sans contestation possible, les origines de la nation française. Ce roman national commençait par un lever de rideau qui présentait ces lointains ancêtres, intelligents mais bagarreurs, joyeux mais buveurs, braves mais désunis, glorieux mais vaincus. Au-delà de son illusoire évidence, l’expression pose de nombreux problèmes historiques et épistémologiques. Cette fabrique des ancêtres révèle une conception particulière de l’identité et de la nation par un usage politique, moral et éducatif de l’histoire.

Le grand historien Ernest Lavisse en est un des forgerons par ses écrits universitaires et ses célèbres manuels scolaires, les Petits Lavisse. Car il s’agit bien de faire la nation, et c’est à l’école qu’elle se forge. Il faut donc s’intéresser au façonnage de « nos ancêtres les Gaulois », aux choix et aux silences des discours scientifiques et scolaires, en les replaçant au cœur des débats archéologiques, historiques et politiques du demi-siècle lavissien (1876-1922).

Instituteur de la République, Ernest Lavisse a forgé de sa plume, par l’écriture historique, une conception nationale du Gaulois, l’un des personnages majeurs dont la IIIe République naissante avait besoin. Cette histoire des savoirs montre que les propos historiques sur les origines antiques de la nation se révèlent être un discours sur le présent, qui prend la voix du passé.

Étienne BOURDON, La forge gauloise de la nation – Ernest Lavisse et la fabrique des ancêtres, ENS Éditions, 2017 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Suzanne CITRON, Le mythe national – L’histoire de France revisitée, Éditions Ouvrières, 1987 réédition Éditions de l’Atelier, 2017, Monde en Question
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

La guerre d’Indochine


Bibliographie histoire

 

Saigon, avril 1956 : la France quitte le sol vietnamien. Près d’un siècle après la conquête, au terme de dix années de guerre et de centaines de milliers de morts, la page de l’Extrême-Orient français se referme.

Au printemps 1940, l’effondrement de la France sonne le glas de l’Indochine française. L’intrusion japonaise et le réveil des nationalismes locaux bouleversent les rapports que la métropole entretient avec le Vietnam, le Laos et le Cambodge. Après 1945, cependant, les Français ne saisissent pas l’ampleur des changements survenus au cours du second conflit mondial chez les peuples colonisés. Au Vietnam, les revendications du Viêt-minh sont en totale opposition avec la politique menée depuis Paris. Fin 1946, la rupture est consommée : la guerre d’Indochine commence. Elle va durer neuf ans. Neuf ans de guerre sans front, et au cours desquels le corps expéditionnaire français ne parvient pas à vaincre un ennemi insaisissable mais omniprésent.

Face à la tactique de guérilla du Viêt-minh, notamment, le matériel moderne de l’armée française se révèle peu adapté. Embuscades et pièges démoralisent les soldats et le haut commandement perd progressivement l’initiative du combat. En mai 1954, la défaite de Diên Biên Phu porte le coup de grâce aux forces du corps expéditionnaire et accélère la fin des hostilités.

Les officiers français sortent profondément marqués de ce combat, meurtris par l’indifférence, le mépris et l’opprobre dont ils se sont sentis victimes de la part de la nation. Nombreux sont les cadres bien décidés à ne plus revivre l’humiliation de l’expérience indochinoise, alors qu’une nouvelle guerre les attend sur un autre théâtre d’opérations, en Algérie.

Ivan CADEAU, La guerre d’Indochine – De l’Indochine française aux adieux à Saigon 1940-1956, Tallandier, 2015 [Texte en ligneDiploweb].

Lire aussi :
La Guerre d’Indochine (1946-1954), Histoire pour tous
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

La question de Palestine


Bibliographie histoire

 

En 1799, l’armée de Napoléon Bonaparte entre en Palestine. C’est le débat d’une redécouverte de la Terre sainte, qui dés lors s’ouvre progressivement aux Occidentaux. Les Puissances vont aller jusqu’à se faire la guerre pour établir leur protectorat sur les Lieux saints, les archéologues font des rouilles pour démontrer la véracité du texte biblique aria à mal par la critique historique,
La petite Palestine devient ainsi un enjeu de luttes politiques et de confits scientifiques. Elle-même se transforme considérablement durant un long XIXe siècle marqué par les reformes modernisatrices de l’Empire ottoman. Société levantine, elle découvre au début du XXe siècle les premières formes de nationalisme.
De l’opposition entre science et religion naît historicisation du texte sacre qui fait du peuple juif un acteur de ]’Histoire. A partir de l880, au moment cor le libéralisme européen s’épuise, la montée des différentes formes d’antisémitisme génère l’expression d’un nationalisme dont la forme la plus radicale sera le sionisme.
Ce livre rapporte comment, grâce aux « israélites » français, la première colonisation juive a été possible. Dès les années 1900, le sionisme commence à se heurter au nationalisme arabe palestinien. Durant la Grande Guerre, Français et Anglais mènent une politique hésitante et contradictoire destinée à leur assurer le soutien des mondes ,juif et musulman dont la force véritable est surestimée. De 1919 à 1922, les Britanniques obtiennent bien un. mandat sur la Palestine, mais, au moment où la charte dudit mandat est: ratifie par la Société des nations (juillet I922), la contradiction des engagement pris est patente en dépit d’une savante construction politique.
De 1799 à 1922, la vieille Terre sainte des religions devient la Terre sainte ces nations. Plus le monde est censé se désenchanter, plus la sacralité de cette région se renforce pour devenir la cause de nouvelles violences.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard , 1999 [Texte en ligne].

Il n’existe aucun équivalent dans aucune langue de l’entreprise exceptionnelle que représente la trilogie de Henry Laurens sur les origines du conflit israélo-arabe, dont voici le deuxième volume. C’est précisément durant le mandat britannique (1922-1947) que s’est noué l’antagonisme qui ensanglante le Proche-Orient : premières véritables implantations juives, achats de terres, dissolution de l’Empire ottoman, rôle prépondérant du pétrole dans l’économie de la région… Jérusalem est plus que jamais un symbole. En 1917, la déclaration Balfour promet la création d’un « foyer national juif ». La guerre mondiale réduit très fortement l’immigation juive. Même après les abominations de la Shoah, la création d’un État d’Israël mettra du temps à se réaliser. Ni les Arabes ni les Juifs ne peuvent se montrer satisfaits des vingt-cinq années du mandat.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), Fayard , 2002 [Texte en ligne].

Ouverte dès le XIXe siècle, la question de Palestine a pris un caractère particulièrement aigu après la Seconde Guerre mondiale. En dépit des apparences et des idées reçues, ce n’est pas la Shoah qui a accéléré le dessein des Juifs de fonder un « foyer national », mais plutôt le déclin de la puissance européenne, en particulier de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. Durant le conflit et juste après, ce sont en effet le Liban, la Syrie, l’Irak, la Jordanie qui se trouvent débarrassés des mandats confiés en 1919 par la SDN à la France et à l’Angleterre, et quelques années plus tard, l’Égypte elle-même acquiert son indépendance. Pour les sionistes, le moment est venu. La création d’Israël est décidée à l’arraché à l’ONU. Mais les pays arabes, estimant que ce nouvel État, créé à leurs dépens, n’a été voulu par les Européens que pour se racheter de la destruction des Juifs d’Europe, ne s’inclineront jamais devant le partage de la Palestine. Incursions des uns dans le territoire des autres, sabotages, luttes pour la terre et pour l’eau douce, rancoeurs et haines, jeu des grandes puissances et des puissances déclinantes empêcheront jusqu’à nos jours qu’une issue soit trouvée. Quant aux souffrances des Palestiniens, elles seront bien longues à être prises en compte.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), Fayard , 2007 [Texte en ligne].

5 juin 1967-4 juin 1982 est une étape décisive de la question de Palestine, le moment où le conflit israélo-arabe connaît son apogée pour ensuite tendre à se transformer en conflit israélo-palestinien. L’occupation par Israël de la totalité de la Palestine mandataire remet en avant la dimension première du conflit, l’opposition des deux peuples. La révolution palestinienne contrecarre les projets des États arabes au risque d’une confrontation armée. La guerre de 1973 restaure l’honneur des États arabes et ouvre un processus de paix bien ambigu tandis que le Liban bascule dans une guerre civile qui attire à elle Israéliens et Palestiniens.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), Fayard , 2011 [Texte en ligne].

Juin 1982-janvier 2001 : si cette vingtaine d’années est marquée, en Israël et dans les territoires palestiniens, par de nombreuses violences, elle voit aussi la mise en place de ce qu’on appelle depuis le processus de paix.
Se confrontent ici deux logiques : la situation sur le terrain et les initiatives diplomatiques. Henry Laurens propose une chronique détaillée de la première comme des secondes, tout en exposant les évolutions politiques internes aux différentes parties impliquées – l’Autorité palestinienne et Israël, mais aussi les États-Unis, la Syrie, l’Égypte. Il explique avec clarté les avancées, les revirements, les blocages et les principaux points d’achoppement, rendant intelligibles des notions et des événements qui paraissent parfois obscurs aux non-spécialistes. En se plaçant au plus près des acteurs, il montre toute l’importance du facteur humain dans des négociations qui concernent des peuples et des territoires.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 5 – La paix impossible (1982-2001), Fayard , 2015 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Henry LAURENS, CairnCollège de FranceFayard.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Le mythe national


Bibliographie histoire


MAJ le 10/10/2017

 

Vingt-huit ans après sa parution, cet ouvrage reste une référence. Livre pionnier, il a fait date en démontant le schéma mythique et apologétique du « roman national » fabriqué pour l’école de la III e République. À l’heure où certains inventent une France aux racines exclusivement chrétiennes et gauloises, où la campagne électorale place la question de l’identité nationale au coeur des débats, la réédition de ce livre pionnier de l’historienne Suzanne Citron, qui critique la construction du mythe national français, semble indispensable.

Revisitant d’anciens manuels scolaires, Suzanne Citron montre la volonté de leurs auteurs de présenter l’histoire de France comme un récit continu et linéaire, occultant victimes et vaincus, exaltant pouvoir et conquêtes, et donnant aux écoliers une représentation magnifiée de leur pays. Elle s’attache à repérer les diverses strates historiographiques qui ont notamment abouti à l’ histoire républicaine nationaliste d’avant 1914. Or ce récit d’une France pré-incarnée dans la Gaule n’est-elle pas encore présente dans les programmes et les manuels élémentaires actuels ?

Par ailleurs, les avancées de la recherche des trois dernières décennies sur l’ histoire de Vichy, sur celle de la colonisation, de l’immigration, de la guerre d’Algérie ont-elles suffi à réviser la logique historiographique héritée du XIX e siècle, ou n’en ont-elles égratigné que quelques pans ? En s’appuyant sur la rigueur du travail historique, Suzanne Citron s’attache à revisiter le passé pour donner sens à une France aux multiples racines, morceau de la planète et segment de l’ histoire humaine.

Suzanne CITRON, Le mythe national – L’histoire de France revisitée, Éditions Ouvrières, 1987 réédition Éditions de l’Atelier, 2017 [Texte en ligneNonfiction].

Lire aussi :
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Histoire mondiale de la France


Bibliographie histoire

 

Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015.

Une histoire qui ne s’embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l’identité, mais prend au large le destin d’un pays qui n’existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l’incarner tout entier. Une histoire qui n’abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c’est par dates qu’elle s’organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue.

Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l’ouvrage réunit, sous la direction de Patrick Boucheron, un collectif d’historiennes et d’historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : il s’agit de prendre la mesure d’une histoire mondiale de la France, c’est-à-dire de raconter la même histoire – nul contre-récit ici – qui revisite tous les lieux de mémoire du récit national, mais pour la déplacer, la dépayser et l’élargir. En un mot : la rendre simplement plus intéressante !

Patrick BOUCHERON (sous la direction de), Histoire mondiale de la France, Seuil, 2017 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

1917-1919 des millions de mutins


Bibliographie histoire

 

1917-1919 des millions de mutins et le monde a changé !, Guerres & Histoire n°36, avril 2017.

Lire aussi :
Mutineries de 1917, Académie de VersaillesArchives d’Ille-et-VilaineBDICCRID 14-18.
André LOEZ, Les refus de la Guerre 1914-1918 – Une histoire des mutins, Folio Gallimard, 2010 [Nonfiction].
Dossier documentaire Révolution Russie-1917, Monde en Question.

Les mots qui transforment le réel



camps de concentration vs camps d’internement

 

La presse comme les cartes postales de l’époque parlent clairement de camps de concentration ouverts pour tous les indésirables, dont les réfugiés espagnols que le gouvernement français du socialiste Léon Blum n’avait pas aidés dans leur lutte contre Franco.

Aujourd’hui, les camps de concentration français sont renommés camps d’internement – expression politiquement correcte. Ce procédé langagier, hérité de Joseph Goebbels, permet de transformer rétrospectivement la réalité et de reconstruire l’histoire pour minimiser la responsabilité des autorités françaises.

Naturellement, Wikipédia participe à cette falsification en prétendant que « il convient de distinguer camp de concentration, camp d’internement et camp d’extermination ». Sous l’influence du lobby sioniste, l’usage de l’expression camp de concentration est désormais réservée aux camps nazis.

Mais les faits sont têtus. Les articles et cartes postales de l’époque comme les témoignages, publiés après la guerre, permettent de les rétablir.

10/04/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Lisa FITTKO, Léa MARCOU, Le chemin des Pyrénées – Souvenirs 1940-41, Maren Sell & Cie, 1987 [France Culture].
R. GRANDO, J. QUERALT, X. FEBRÉS, Vous avez la mémoire courte… – 1939, 500000 républicains venus du Sud, indésirables en Roussillon, Chiendent, 1981 [Camps de la honte].
Henri-François IMBERT, No pasarán, album souvenir – Cartes postales [Ce texte est une retranscription littérale de la narration du film No pasarán, album souvenir du même auteur], Multitudes.
Émile VALLÈS, Itinéraires d’internés du camp de Gurs – 1939-1945, Cairn, 2016.
Camp de Gurs « camp de concentration pour miliciens espagnols », Histoire pénitentiaire et Justice militaire – [camp de réfugiés], Wikipédia.
Musique dans les Camps d’Internement en France, Claude Torres [bibliographie intéressante même si l’auteur a choisi l’expression négationniste « Camps d’internement »].
Dossier documentaire Révolution Espagne 1936-1939, Monde en Question.