Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Bibliographie économie

Karl Marx, le retour


 

Moins de cinq cents personnes contrôlent deux mille milliards de dollars en actifs commerciaux. Ces gens sont-ils plus nobles ? Travaillent-ils plus durement ? N’ai-je pas dit, voilà cent cinquante ans, que le capitalisme allait augmenter la richesse dans des proportions énormes mais que cette richesse serait concentrée dans des mains de moins en moins nombreuses ? « Gigantesque fusion de la Chemical Bank et de la Chase Manhattan Bank. Douze mille travailleurs vont perdre leur emploi… Actions en hausse. » Et ils disent que mes idées sont mortes !…

« Je voulais montrer un Marx furieux, truculent et bien vivant ; le sauver non seulement des pseudo-communistes mais aussi des essayistes et des politiciens qui s’extasient devant le triomphe du capitalisme. »

Howard ZINN, Karl Marx, le retour – Pièce historique en un acte, Agone, 2015.

Lire aussi :
• Hommage à Howard ZINN, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie politique, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.
Dossier documentaire Marxisme, Monde en Question.

Le mouvement ouvrier français vu par MARX et ENGELS


 

1. FORMATION DU MOUVEMENT OUVRIER EN FRANCE

Progrès de la réforme sociale sur le continent [38]
Le mouvement ouvrier français dans la révolution de 1789. La lutte entre Montagnards et Girondins [53]
De la Commune parisienne de 1792 à Thermidor [61]
Les révolutions des années 1830 comme prélude à 1848 [66]
Le jugement des charpentiers parisiens [68]
Communisme utopique et communisme grossier dans la vision du socialisme scientifique moderne [69]
Critique du mouvement fouriériste [73]

2. MARX-ENGELS ET LE PARTI SOCIALISTE DÉMOCRATE PETIT-BOURGEOIS

La position de la bourgeoisie française [78]
Les mouvements sur le continent [80]
L’agitation prérévolutionnaire de la petite bourgeoisie et du prolétariat [82]
Le discours de Louis Blanc au banquet de Dijon [88]
Le manifeste de Monsieur de Lamartine [91]
Le mouvement de réforme en France [95]
La Réforme et Le National [99]
Luttes de partis [102]

3. LA RÉVOLUTION PERMANENTE

La révolution à Paris [114]
Aux citoyens membres du gouvernement provisoire de la République française [119]
Réaction en Allemagne à la révolution de février 1848 [121]
Les révolutions de 1648, 1789 et mars 1848 [122]
La Réforme et l’insurrection de juin [125]
La Réforme de Paris sur la situation française [128]
La médiation anglo-française en Italie [131]
La situation à Paris [133]
Offensive de la contre-révolution et victoire de la révolution [136]
Le 13 juin [138]
La constitution de la République française [143]
Les véritables causes de l’inactivité relative des prolétaires français en décembre dernier [146]
Critique de la social-démocratie et du proudhonisme [159]
Explication économique du proudhonisme réactionnaire [163]
Le parti révolutionnaire blanquiste [165]
Révolution et conspiration [167]
Société universelle des communistes révolutionnaires [177]
Présentation et traduction du Manifeste de Blanqui [179]
Lettre au directeur du Times [182]
Passage de la stratégie de la révolution permanente à la stratégie frontale [184]

Karl MARX et Friedrich ENGELS, Le mouvement ouvrier français Tome I, Traduction et notes de Roger Dangeville hélas [Texte en ligne].

1. L’INTERNATIONALE ET LES SECTIONS FRANÇAISES

Le conflit au sein de la section parisienne [24
Résolutions du Conseil central sur le conflit de la section parisienne [26]
Instruction privée à Schily [28]
Au rédacteur de l’Écho de Verviers [29]
Marx et l’Internationale [39]
Déclaration du Conseil général de l’A.I.T. à propos de l’arrestation de membres des sections françaises [41]
Résolution du Conseil général concernant les statuts de la Section française de 1871 [43]
Résolutions du Conseil général sur la Section française de 1871 adoptées dans sa séance du 7 novembre 1871 [46]
Rôle de Marx-Engels dans la Commune [51]
Note à la page 29 de l’Histoire de la Commune [53]
La formation de la Commune et le Comité central [57]
La Commune : les proudhoniens et les blanquistes [61]
La Commune et le raffermissement de la conscience politique [63]
Le programme des réfugiés blanquistes de la Commune [72]

2. FORMATION DU PARTI OUVRIER FRANÇAIS

Considérants du programme du Parti ouvrier français [82]
Influence de Marx sur le Parti ouvrier français [83]
Création du Parti ouvrier français [84]
Cassure dans le Parti ouvrier français [91]
Parti ouvrier français et syndicats [92]
Masses et dirigeants [94]
La polémique dans le mouvement socialiste des années 1880 [96]
La scission de Saint-Etienne au sein du Parti ouvrier français [111]
Déplacement du centre de gravité du mouvement ouvrier [132]

Karl MARX et Friedrich ENGELS, Le mouvement ouvrier français Tome II, Traduction et notes de Roger Dangeville hélas [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Économie sociale, Monde en Question.
Dossier documentaire Marxisme, Monde en Question.

La crise vue par MARX et ENGELS


 

Pour Marx, la crise a deux faces. L’hégémonique Angleterre ne connaît chez elle que les crises économiques, et elle exporte leurs prolongements politiques, militaires ou révolutionnaires dans les autres pays.

Après 1870, devant la concurrence redoutable de nouveaux capitalistes, les docteurs ès économie interviennent pour débloquer la vieille machine productive, en lui injectant les drogues du crédit, de l’inflation, de l’impérialisme colonialiste et de la course à l’armement que centralise l’État-providence. C’est le cycle prolongé de prospérité du capitalisme « idyllique », mais c’est aussi la folle surproduction et 1914, avec ses guerres et ses révolutions.

Karl MARX et Friedrich ENGELS, La crise, Traduction et notes de Roger Dangeville hélas [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.
Dossier documentaire Marxisme, Monde en Question.

Textes en ligne – La Bataille socialiste


La Révolution allemande (1918-1919)
Brochure de 48 pages compilant des textes de Rosa Luxemburg, Otto Rühle et Karl Liebknecht, quelques illustrations (pas trop car ça alourdit les pdf), et le texte La révolte de Wilhelmshaven (Ikarus, 1944, traduction par le CATS de Caen)
La Bataille socialiste

La crise (textes des années 30)
Brochure pdf compilant quelques textes traduits en français d’Otto Rühle, Karl Korsch et Paul Mattick.
La Bataille socialiste

Lire aussi :
Dossier documentaire Révolution allemande 1918-1923, Monde en Question.
Dossier documentaire Économie crise, Monde en Question.

Histoire du travail


La Fabrique de l’Histoire a consacré la semaine dernière quatre émissions sur le thème de l’histoire du travail.

  • Histoire du travail 1/4 Témoignage sans intérêt de Jean Bessière, ancien directeur de l’Institut national du travail.
    Lire :
    – Jean BESSIÈRE (retraité), L’inspection du travail, La Documentation Française, 2005 [Texte en ligne]
    Gérard FILOCHE (bientôt retraité) , BlogDémocratie & SocialismeSolidarité avec Gérard Filoche
  • Histoire du travail 2/4

    En février 1966, les 3000 ouvrières de la Fabrique nationale d’arme d’Herstal (la FN) près de Liège en Belgique partent en grève, sans préavis, pour que soit appliqué l’article 119 du Traité de Rome visant à réduire les écarts salariaux entre hommes et femmes. Dans cette Fabrique (la FN) qui date de la fin du XIX ème siècle, les ouvrières sont ponceuses, colleuses, monteuses d’armes, laveuses, emballeuses, contrôleuses, dégraisseuses. On les appelle les femmes-machines. Leurs tâches sont répétitives, leurs conditions de travail déplorables et elles n’ont pas accès à la formation professionnelle interne à l’entreprise. Elles ne disposent donc d’aucune possibilité de promotion dans l’entreprise et leur salaire est inférieur à celui d’un manoeuvre masculin débutant. Des pourparlers sont en cours entre les syndicats et les entreprises mais la mise en application du principe toujours retardée. Les ouvrières décident spontanément d’arrêter le travail le 9 février. Elles demandent 5 francs d’augmentation. Une dizaine de jours plus tard, les syndicats reconnaissent la grève, un comité de grève est mis en place pour venir en aide aux grévistes. Bientôt l’usine est paralysée puisque les hommes de la FN sont mis au chômage. La direction de la FN résiste et ne propose que 50 centimes d’augmentation alors que d’autres usines du bassin liégeois sont également paralysées par des grèves. Au terme de négociations qui durent trois mois entre les syndicats (CSC et FGTB), la direction de la FN, et un délégué du Ministre de l’emploi et du travail, on aboutit à un accord : une augmentation de 2,5 francs. Lors de l’assemblée générale extraordinaire des grévistes, le 5 mai, le débat est houleux entre les ouvrières et les représentants syndicaux. On en vient finalement au vote par bulletin secret. C’est la reprise du tavail qui l’emporte. La déception est grande, pourtant ce mouvement a une réelle portée européenne : des délégations syndicales françaises, italiennes sont venues soutenir le mouvement ; la grève remet en débat la question de l’égalité des rémunérations à la Commission européenne et dans chacun des Etats membres ; elle marque aussi l’entrée plus massive des femmes dans l’action syndicale et oblige la société à s’interroger sur les problèmes posés aux travailleuses et la condition des femmes en général.

    Documentaire passionnant sur une grève méconnue, qui fut récupérée par les féministes institutionnelles…
    Lire :
    – Éliane GUBIN, Éliane Vogel-Polsky, une femme de conviction, Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, 2007 [Texte en ligne]
    – Marie-Thérèse COENEN, Grève des ouvrières de la FN, à Herstal, Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire
    – Marie-Thérèse COENEN, La grève des femmes de la FN en 1966 – Une première en Europe, POL-HIS, 1991
    – Jean PELTIER, « A travail égal, salaire égal ! » La grève des femmes de la FN de Herstal, Parti Socialiste de Lutte – Marxisme.be, 2005
    – Éliane VOGEL-POLSKY, Agir pour les droits des femmes, Raisons politiques n°10, 2003

  • Histoire du travail 3/4 On découvre que le même mot ouvrier a recouvert des réalités bien différentes du XVIIIe à nos jours, d’où la source de malentendus. L’évolution fut régressive…
    Lire :
    – Alain COTTEREAU, L’usure au travail, Espace contre ciment, 1983 [Centre d’étude des mouvements sociauxBibliographie CEDIAS-Musée socialPublications diffusées sur Cairn].
    Philippe LEFEBVRE, L’invention de la grande entreprise – Travail, hiérarchie et marché (France, fin XVIIIe-début XXe siècle), PUF, 2003 [AmazonHistoire, économie et sociétéLe Mouvement Social]

    Comment la hiérarchie, avec tous ses échelons intermédiaires entre ouvriers et dirigeants, a-t-elle été inventée ? Comment et pourquoi a-t-elle acquis les traits modernes que nous lui connaissons aujourd’hui ? Dévoilant les limites des réponses en provenance de l’économie, cette enquête conduit à revisiter l’histoire du travail et l’histoire des entreprises à construire une théorie originale qui s’appuie sur des comparaisons de longue durée à divers niveaux (ateliers, entreprises, secteurs industriels, pays). La hiérarchie telle qu’on la connaît n’a pas toujours existé. Pendant toute la Première Révolution industrielle, elle est réduite dans les grandes entreprises à d’infimes effectifs et son rôle ne réside pas dans la supervision du travail. Pour le comprendre, il faut notamment revenir sur les formes de la division du travail, en réalité éloignées du célèbre modèle d’Adam Smith. L’ouvrage analyse ensuite les processus multiples de « la grande transformation hiérarchique » qui bouleversera travail et entreprise au cours de la Seconde Révolution industrielle. Il offre une alternative convaincante à la théorie de Williamson sur l’essor de la hiérarchie. Modifiant certaines idées reçues sur l’histoire du travail et sur la formation des grandes entreprises, il instaure un rapport critique aux oeuvres de Marx et de Chandler. Sur ces bases, et nourri de son expérience des transformations contemporaines des entreprises, Philippe Lefebvre propose in fine les bases d’une théorie des processus de rationalisation par lesquels, aujourd’hui encore, les entreprises poursuivent leur invention.

  • Histoire du travail 4/4 Cet épisode est hors sujet puisqu’il traite de questions d’environnement : l’évolution staturale et les conditions de santé des ouvriers.
    Lire :
    – Laurent HEYBERGER, La révolution des corps – Décroissance et croissance staturale des habitants des villes et des campagnes en France 1780-1940, Presses universitaires de Strasbourg/UTBM, 2005 [L’HarmattanPublications diffusées sur Cairn]
    – Jean-François JARRIGUE, Au temps des tueuses de bras – Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), Presses universitaires de Rennes, 2009 [Le Mouvement SocialLa Vie des idéesPublications diffusées sur Cairn]

20/06/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Alain DEWERPE, Histoire du travail, QSJ PUF, 2001.
• Chronologie : histoire des relations de travail de la loi Le Chapelier (1791) à la réforme du dialogue social (2004), Vie publique.
• Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire, Centre de documentation
• Centre d’histoire du travail, Nantes.
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.
• L’actualité des podcasts
DKPOD
Tous les podcasts
RSS One
• L’actualité des livres
Centre National du Livre
Veille littéraire CNL

L’économie chinoise – Une perspective historique


MADDISON Angus, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [BooksGooglePerspectives chinoisesTélécharger].

Angus Maddison est un économiste et historien anglais souvent pillé, mais rarement cité. En France, les articles de ou à propos de l’auteur sont quasi inexistants… Cela traduit le peu d’intérêt pour l’histoire sur la longue durée – le temps long du Monde décrit de Braudel à Grataloup – parce qu’elle va à contre-courant des prescriptions journalistiques auxquelles se soumettent les politiques et les intellectuels.

Le journalisme tue la pensée. La chasse aux nouvelles, l’une remplaçant l’autre qui tombe aussitôt dans l’oubli, fait de nous des bêtes consentantes pour l’abattoir.

Contemple le troupeau qui passe devant toi en broutant. Il ne sait pas ce qu’était hier ni ce qu’est aujourd’hui : il court de-ci de-là, mange, se repose et se remet à courir, et ainsi du matin au soir, jour pour jour, quel que soit son plaisir ou son déplaisir. Attaché au piquet du moment il n’en témoigne ni mélancolie ni ennui.
NIETZSCHE Friedrich, De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie in Considérations intempestive, 1874.

Dans la préface à cette seconde considération à contre-temps, Friedrich Nietzsche faisait de l’histoire une nécessité «pour vivre et pour agir» :

Nous avons besoin de l’histoire, mais autrement que n’en a besoin l’oisif promeneur dans le jardin de la science, quel que soit le dédain que celui-ci jette, du haut de sa grandeur, sur nos nécessités et nos besoins rudes et sans grâce. Cela signifie que nous avons besoin de l’histoire pour vivre et pour agir, et non point pour nous détourner nonchalamment de la vie et de l’action, ou encore pour enjoliver la vie égoïste et l’action lâche et mauvaise. Nous voulons servir l’histoire seulement en tant qu’elle sert la vie. Mais il y a une façon d’envisager l’histoire et de faire de l’histoire grâce à laquelle la vie s’étiole et dégénère. C’est là un phénomène qu’il est maintenant nécessaire autant que douloureux de faire connaître, d’après les singuliers symptômes de notre temps.
NIETZSCHE Friedrich, De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie in Considérations intempestive, 1874.

15/02/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Autres ouvrages :
• MADDISON Angus, L’économie mondiale – Une perspective millénaire, OCDE, 2001 [Alternatives EconomiquesBooksGoogleNumilog].
Angus Maddison présente un panorama complet de la croissance et des niveaux de la population mondiale depuis l’an Mil. Au cours de cette période, la population de la planète a été multipliée par 22, le PIB par habitant par 13 et le PIB mondial par près de 300. Les progressions les plus fortes ont eu lieu dans les pays riches d’aujourd’hui (Europe occidentale, Amérique du Nord, Australasie et Japon). L’écart entre le leader mondial – les États-Unis – et la région la plus pauvre – l’Afrique – est à présent de 20 pour 1. En l’an Mil, les pays riches d’aujourd’hui étaient plus pauvres que l’Asie et l’Afrique.
L’auteur s’est fixé plusieurs objectifs. Il fait oeuvre de pionnier en s’efforçant de chiffrer la performance économique des nations sur le très long terme. Il entreprend aussi d’identifier les facteurs qui expliquent la réussite des pays riches et d’explorer les obstacles qui ont freiné le parcours des pays qui n’ont pas connu la même progression. Enfin, il analyse l’interaction entre les nations riches et les autres pour évaluer la part de l’exploitation dans cette relation.

• MADDISON Angus, L’économie mondiale – Statistiques historiques, OCDE, 2003 [BooksGoogleBooksGoogle EnglishNumilog].

Articles :
• MADDISON Angus, L’Occident et le reste du monde dans l’ordre économique international, OCDE, 2002.
• MADDISON Angus, La Chine dans l’économie mondiale de 1300 à 2030, Outre-Terre n°15, 2006.
• McRAE Hamish, 1000 ans de mondialisation, OCDE, Septembre 2001.
Les empires naissent et meurent, l’économie demeure. Le dernier millénaire a été marqué par l’ascendance de l’Occident, mais son déclin est inévitable.

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Chine Tibet Xinjiang, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.

L’Occident malade de l’Occident


BULARD Martine et DION Jack, L’Occident malade de l’Occident, Fayard, 2009 [Blog de Malakinel’HumanitéMarianne].

L’Occident se vit aujourd’hui comme une citadelle assiégée. Miné de l’intérieur par une crise systémique, donc durable, voyant son leadership de plus en plus contesté, il se sent assailli par une multitude d’«ennemis» extérieurs. Vu à travers le prisme occidentalo-centriste, le monde se résume à un éternel affrontement entre «eux» — les Chinois, les Russes, les Arabo-musulmans… — et «nous». Singulière réécriture du passé, singulière lecture du présent.

L’élite oublie que l’Occident ne représente qu’une partie de l’humanité et que d’autres puissances, anciennes ou nouvelles, sont en droit de revendiquer une place sur l’échiquier mondial. Elle omet de rappeler que la domination occidentale n’a pas toujours existé. Elle ignore les échanges perpétuels entre civilisations, entre cultures, entre peuples, qui ont bâti les fondements d’une humaine civilisation dont personne ne peut revendiquer le monopole.

À travers un vaste panorama des événements internationaux de ces dernières années – de la crise géorgienne d’août 2008 à l’élection de M. Barack Obama, en passant par le retour de la France dans le giron de l’OTAN -, Martine Bulard et Jack Dion prennent à contre-pied le discours dominant. Au lieu de s’arc-bouter sur des mythes qui ont disparu avec le XXe siècle, il est temps, selon eux, de prendre acte de la nouvelle donne planétaire et de définir un nouvel universalisme. Car de quoi l’Occident est-il malade, sinon de lui-même ?

Le Monde diplomatique qui, comme l’éditeur, ne dit pas que Martine Bulard fut aussi rédactrice en chef de l’Humanité-Dimanche pendant dix ans.

Il m’est difficile de critiquer un livre dont je n’ai lu que l’introduction. Néanmoins, me dérangent le ton journalistique de l’ouvrage, qui brasse beaucoup de faits sans idée directrice, et surtout le manque de perspective historique. Focalisée sur l’actualité de la crise financière de septembre 2008, l’auteur oublie de la situer dans le temps long des cycles économiques.

Post-américain ou pas, le monde ne sera plus le même. On peut même dire qu’un bouleversement planétaire est en train de s’opérer. Quatre siècles durant, du XVIe au XXe siècle, les Européens ont imposé leur domination. Puis la fin du XXe siècle a été marquée par la toute puissance de l’empire américain, lequel pouvait alors rêver d’un univers redessiné selon ses codes, ses mœurs, ses valeurs, ses rites.

Cette période est révolue. Une nouvelle commence, symbolisée à la fois par la fin brutale de la contre-révolution néo-conservatrice et l’amorce de déclin des Etats-Unis, malgré la volonté de Barack Obama de redonner sa place perdue à l’Amérique.

Beaucoup d’analystes évoquent le basculement du monde. Comme 1492 est la date symbolique de la naissance du monde moderne, 2001 est la date symbolique de sa chute. En 1492, l’Europe s’élança à la conquête du monde avec la bible dans une main et l’épée dans l’autre. Le 11 septembre 2001, s’écroulèrent les deux tours du World Trade Center de New York symbole du modèle européen imposé par la colonisation aux autres peuples en Amérique, en Afrique et en Asie et de la domination américaine de l’économie mondiale.

Une autre histoire s’écrit par les colonisés d’hier : «Le monde a basculé et il est en passe de devenir multipolaire. Les Etats-Unis ont plus de difficultés à imposer leur leadership, y compris à l’égard de leurs plus proches alliés. La Chine, l’Inde, le Brésil et, d’une façon plus générale, les pays émergents revendiquent un nouveau partage du pouvoir, mettant en cause un système international qu’ils jugent périmé. [1

Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• BULARD Martine, Finance, puissances… le monde bascule, Le Monde diplomatique, Novembre 2008.
• La Chine va-t-elle dominer le monde ?, Alternatives économiques.
À l’échelle de l’histoire, l’éclipse de la Chine est un phénomène très récent. Selon les estimations de l’historien de l’économie Angus Maddison, le produit intérieur brut (PIB) de la Chine aurait constamment représenté autour du quart de l’économie mondiale entre l’an 0 et 1820, avant de plonger brutalement jusqu’au milieu du siècle dernier. Cette part remonte à grande vitesse depuis les années 1980, tout en restant encore loin de son niveau historique.
Histoire du monde au XVe siècle, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Géo-Histoire globale, Monde en Question.


[1] Une revue et un livre :
• Le basculement du monde – De la chute du Mur à l’essor de la Chine, Manière de voir n°107, Octobre – novembre 2009.
• BEAUD Michel, Le basculement du monde – De la Terre, des hommes et du capitalisme, La Découverte, 1997 et 2000 [UQAC].