Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Cinéma Palestine/Israël

Gett – Le procès de Viviane Amsalem


 

Réalisateur : Ronit Elkabetz, Shlomi Elkabetz
Acteurs : Ronit Elkabetz, Menashe Noy, Simon Abkarian
Durée : 1h56
Année : 2014
Pays : Israël
Genre : Drame
Résumé : Viviane Amsalem demande le divorce depuis trois ans, et son mari, Elisha, le lui refuse.
Or en Israël, seuls les Rabbins peuvent prononcer un mariage et sa dissolution, qui n’est elle-même possible qu’avec le plein consentement du mari.
Sa froide obstination, la détermination de Viviane de lutter pour sa liberté, et le rôle ambigu des juges dessinent les contours d’une procédure où le tragique le dispute à l’absurde, où l’on juge de tout, sauf de la requête initiale.
Dossiers :
Critikat
DVD Toile
IMDb
Sens Critique

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Lire aussi :
Filmographie Anat ZURIA sur le même thème, Monde en Question.
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The Gatekeepers


Face à la caméra de Dror Moreh, Avraham Shalom, Yaakov Peri, Carmi Gillon, Ami Ayalon, Avi Dichter et Yuval Diskin, successivement patrons du Shin Beth de 1980 à 2011, témoignent pour la toute première fois. Depuis la guerre des Six-​​Jours, en 1967, le service de renseignements est chargé du contrôle des opérations dans les territoires occupés, en Cisjordanie et à Gaza. « Je suis allé trouver chacun d’eux et je leur ai demandé de me raconter leur histoire. Je voulais qu’ils témoignent sur leur vision unique du conflit israélo-​​palestinien », explique Dror Moreh, le réalisateur.

Ce documentaire éclaire trente ans de lutte anti-terroriste et d’errements face à la question palestinienne. Chacun à leur tour, ils racontent, intensément, quelque trente ans de lutte anti-terroriste et de gestion désastreuse de la question palestinienne. Un flot d’aveux précis, circonstanciés, d’une remarquable liberté et d’une sidérante acuité. Six anciens chefs du Shin Beth, l’équivalent israélien du FBI, expliquent comment, depuis la guerre des Six Jours en 1967, dont la victoire vaut à l’État hébreu d’occuper Gaza et la Cisjordanie et de faire face à un million de Palestiniens, les responsables politiques n’ont jamais vraiment cherché à construire la paix. Une succession d’erreurs qu’inaugurent les mots d’arabe approximatif avec lequel les jeunes réservistes s’adressent aux populations des nouveaux territoires occupés, leur annonçant qu’ils viennent les « castrer », au lieu de les « recenser ».

Bavures, tortures, méthodes iniques de renseignements et de recrutement d’indicateurs qui amplifient la haine de l’occupé… Ils disent surtout l’absence de vision stratégique ; la résistance et l’hostilité des Palestiniens oubliés explosant avec la première Intifada ; le laxisme face à l’extrémisme juif qui anéantira, avec l’assassinat de Yitzhak Rabin, la seule réelle lueur de paix. « On a gagné toutes les batailles, mais on a perdu la guerre », lâche Ami Ayalon, à la tête du service de 1996 à 2000, quand Avraham Shalom, le plus ancien d’entre eux, compare l’armée d’occupation à celle de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. « Quand vous quittez le Shin Beth, vous devenez gauchiste… », conclut avec ironie Yaakov Péri (1988-1994).

Dror MOREH, The Gatekeepers, 2012, AlloCinéArteDossier de presse ArteSite du filmVoir VF.

Lire aussi :
• 30/12/2012, Gideon LEVY, The gatekeepers?, Ha’aretz.
• 18/01/2013, Les confessions des espions du Shin Beth secouent Israël, Le Figaro-AFPS.
• 01/02/2013, Olivier MILLOT, « The Gatekeepers », un documentaire ravageur pour les dirigeants israéliens, Télérama-CCIPPP.
• 02/02/2013, Ex-Israeli security chiefs speak out in Oscar documentary nominee, Reuters.
• 20/02/2013, Yossi KLEIN, « The gatekeepers » should be nominated for best horror film, Ha’aretz.
• 01/03/2013, Démocratie et espionnage : comment faire face au terrorisme ?, France Culturemp3.
Revue de presse Palestine colonisée 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Palestine, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.

Etz Limon – Les citronniers


 

Salma vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie situé sur la Ligne verte qui sépare Israël des territoires occupés. Sa plantation de citronniers est considérée comme une menace pour la sécurité de son nouveau voisin, le ministre israélien de la Défense.

Il ordonne à Salma de raser les arbres sous prétexte que des terroristes pourraient s’y cacher. Salma est bien décidée à sauver coûte que coûte ses magnifiques citronniers. Quitte à aller devant la Cour Suprême afin d’y affronter les redoutables avocats de l’armée soutenus par le gouvernement.

Mais une veuve palestinienne n’est pas libre de ses actes surtout lorsqu’une simple affaire de voisinage devient un enjeu stratégique majeur. Salma va trouver une alliée inattendue en la personne de Mira l’épouse du ministre. Entre les deux femmes s’établit une complicité qui va bien au-delà du conflit israélo-palestinien.

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Avis de Monde en Question : Malgré les faiblesses du scénario, de la mis en scène et du jeu de certains acteurs, ce film résume parfaitement le quotidien de l’occupation israélienne de la Palestine. Hiam Abbass interprète magnifiquement le rôle de cette femme aussi effacée que volontaire.
Avis de : Ciné-club de CaenCritikatSens Critique

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Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Libres dans la prison de Gaza


Fin 2011, 1028 prisonniers palestiniens ont été relâchés en échange du soldat israélien Gilad Shalit. Nous avons voulu donner un visage à ces résistants, inconnus dans le monde. Pour les rencontrer, nous avons dû passer par un des tunnels à Rafah. Les ex-prisonniers nous ont raconté leur vie en prison : l’interrogatoire, l’isolement, le manque de soins médicaux, la brutalité des geôliers, l’interdiction de visites familiales, les grèves de la faim et aussi la joie de la libération.


Film de Chris DEN HOND et Mireille COURT
Source : Assawra

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Femmes et religions


Joëlle ALLOUCHE-BENAYOUN, La place des femmes dans le judaïsme, AAR, 02/04/2008.
Dans ce séminaire, Joëlle Allouche-Benayoun nous expose les ambiguités et les paradoxes du statut de la femme dans le judaïsme depuis les temps bibliques jusqu’à nos jours. De celui de « femme forte » de la Bible, la femme s’est retrouvée – au fil des âges et des différents courants judaïques – confinée au rôle de gardienne du foyer et chargée de la procréation pour les obédiences juives les plus orthodoxes, ou au contraire promue à la fonction de rabbin pour certaines obédiences libérales.

Conférences : La place des femmes dans le judaïsme, AkademApproche sociologiqueApproche textuelle.
Table ronde : La violence envers les femmes en France, Akadem [Documents à télécharger, Bibliographies, Liens].


Condamnée au mariage

Anat ZURIA, Mekudeshet – Condamnée au mariage, Amythos Films, 2004 [Cinéma MéditerranéenFrance 5MediapartTSRDailymotion 1Dailymotion 2Dailymotion 3].
Une épouse juive est la propriété de son mari. Par le mariage, il l’acquiert et il est le seul à pouvoir lui accorder un divorce. La loi rabbinique permet même à un mari ayant refusé le divorce à son épouse, de vivre avec une autre femme et avoir des enfants avec elle, mais la loi interdit à une femme mariée dont le mari refuse le divorce, de vivre avec un autre homme et de porter ses enfants.

Anat ZURIA, Tehora – Pureté, Amythos Films, 2002 [Cinéma MéditerranéenDailymotion 1Dailymotion 2Dailymotion 3].
Selon la Thora, une femme ne peut avoir aucun contact charnel avec son époux pendant une période allant jusqu’à deux semaines après la fin de son cycle.

Daniel LINDENBERG, Pureté/Impureté, AAR.
Le judaïsme normatif est un système de commandements (en hébreu mitzwoth), ainsi appelés parce qu’ils prescrivent ou interdisent un certain nombre d’actes ou de comportements. L’ensemble constitue la Loi dite mosaïque (Tora). Parmi ces commandements négatifs ou interdits, beaucoup concernent les aspects les plus concrets ou les plus ordinaires de la vie humaine. La cashrouth (du mot hébreu casher qui signifie adéquat) ne concerne donc pas seulement ce qui est licite en matière d’alimentation, mais concerne un domaine beaucoup plus vaste qui organise la vie quotidienne du juif observant la Loi. Mais les lois alimentaires sont, de loin, celles qui sont le plus astreignantes et, de plus, introduisent une différence visible entre le mode de vie des israélites et celui d’autres confessions. Le cours en décrira le système, qui remonte au Pentateuque, et aussi la connexion avec des notions philosophiques essentielles au judaïsme (Pureté, Sainteté). On conclura sur une brève comparaison avec des équivalents dans d’autres religions (islam) et sur les justifications modernes (hygiène, écologie).

Lire aussi :
• ALLOUCHE-BENAYOUN Joëlle, BENSIMON Doris, Juifs d’Algérie – Mémoires et identités plurielles, Stavit, 1999 [Archives des sciences sociales des religionsAnnales de Géographie].
• ALLOUCHE-BENAYOUN Joëlle, Articles, Archives de sciences sociales des religionsClioClio.
• ALLOUCHE-BENAYOUN Joëlle, Comment être juif croyant et moderne dans la France d’aujourd’hui ?, Sociétés n°92, 2006.
• BEBE Pauline – Première femme rabbin en France, Site de l’auteur.
• Israël – Soixante ans après, toujours aussi peu de femmes, Guerre ou paix [Lire aussi les commentaires dont certains contiennent des liens intéressants].

• Un corps pur, Terrain n°31, 1998.
• La pensée juive (vol. 1) – Histoire, tradition, modernité, Raisons politiques n°7, 2002.
• La pensée juive (vol. 2) – Théologie, philosophie, esthétique, Raisons politiques n°8, 2002.
• Archives Juives – Revue d’histoire des Juifs de France, Cairn.

Dossier documentaire Féminismes, Monde en Question.
Dossier Religion, Monde en Question.

Jaffa, symbole de la colonisation sioniste


Les oranges de Jaffa ont longtemps évoqué les champs ensoleillés de l’Orient et les orangeraies à perte de vue de la Méditerranée. Dans les années 20, elles furent utilisées à des fins de propagande par les institutions sionistes. On sait en revanche moins que l’ancienne ville arabe de Jaffa, devenue un quartier de Tel Aviv, était l’un des grands ports exportateurs d’oranges. A la fin du XIXe siècle, plusieurs vagues d’immigration juive en provenance d’Europe arrivent en Palestine, terre majoritairement arabe. La culture des agrumes va passer successivement de la propriété des Palestiniens à celle des cultivateurs arabes et juifs, pour devenir, dès 1948, un monopole israélien.

L’Israélien Eyal Sivan, réalisateur de l’un des films incontournables sur le Proche-Orient, Route 181, sonde l’histoire extirpée de la mémoire de son pays et donne la parole à de nombreux interlocuteurs, palestiniens et israéliens, historiens, écrivains, chercheurs, ouvriers… Leurs témoignages étonnants s’articulent autour de riches fonds d’archives, de photos, peintures, vidéo… Des premières photos de 1839 aux films de 1948, nous découvrons d’abord que, dans les années 1920, Arabes et Juifs cultivaient ensemble le fameux agrume. Jusqu’à ce que se mette en place le discours de la « terre arabe mal exploitée et peu fertile », et que l’orange, devenue monopole israélien en 1948, devienne le symbole du nouvel État.

Eyal SIVAN, Jaffa, la mécanique de l’orange, 2009.

Eyal Sivan est un producteur, réalisateur, essayiste et scénariste israélien. Anti-sioniste, il participe à la campagne de Boycott, désinvestissement et sanctions [Global BDS Movement].

Vous me demandez si je suis antisioniste. Je peux répondre que oui. J’ai été élevé dans une famille sioniste de gauche. Je me suis d’abord défini comme a-sioniste. Je suis né en Israël et je ne m’identifie pas par rapport au sionisme. Plus tard, j’ai compris le piège de ce terme d’a-sioniste : ça voudrait dire que ça ne m’intéresse pas. Ce n’est pas vrai. Je suis anti-sioniste parce que je trouve que le sionisme est une idéologie qui croit résoudre les rapports entre les hommes. Je pense que le sionisme est en train d’enterrer l’État d’Israël et tout le Proche-Orient dans une vraie catastrophe.
Momento !

Lire aussi :
AlloCiné
Les blogs du Diplo
Les Inrocks
Politis
Télérama
Yahoo! Télé
UJFP
• SANBAR Elias, Palestiniens – La photographie d’une terre et de son peuple de 1839 à nos jours, Hazan, 2004.
Dossier Eyal SIVAN.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Le sel de la mer


Il est des films qui marquent et laissent en vous une trace qui ne s’oublie pas. Soit par le sujet qu’il traite, la manière dont il l’aborde ou l’effet profond qu’il instille en chacun. L’an dernier, Le Sel de la mer faisait incontestablement partie de cette catégorie-là et imposa sa surprise aux trop rares qui le virent. Puisqu’il racontait la douleur des territoires occupés, leur absence d’horizon mais aussi la révolte qui en découlait. Parce que simplement il exprimait l’humanité insoutenable d’une condition à l’aune des murs de sa prison. Dès lors, sa sortie en DVD aidant, il semblait opportun de revenir sur le très beau film d’Annemarie Jacir et d’en dégager quelques uns des bienfaits. Et assurément le plus important de ses traits, le portrait qu’il dresse d’une Palestine occupée et meurtrie.

Le présent d’une Palestine emmurée

En narrant le devenir de Soraya, jeune américaine désireuse de renouer avec le sol que sa famille avait dû quitter, Le Sel de la mer impose de suite sa volonté : montrer la difficulté quotidienne de vivre dans les territoires occupés et le dénuement moral qui en résulte. En effet, pour les êtres qui vivent à Ramallah comme va le faire Soraya, l’espoir ne passera que par une radicalité subie chaque jour et le désespoir de promesses incertaines. Promesses que chaque jour les contrôles, les attentes et les humiliations viennent démentir, anéantir. Car avant d’être un drame amoureux sensible et un film remarquable sur la difficulté d’être, Le Sel de la mer se donne pour mission de raconter ses frontières physiques et mentales, ses douleurs d’être perpétuellement enfermé. Ainsi, au soleil d’un Proche Orient où tout parait réuni pour bien vivre, ce métrage documente le quotidien dramatique d’un peuple harassé et son impossibilité à échapper. Donnant à comprendre les dérives sans jamais les excuser, le film à tendance biographique qu’Annemarie Jacir signe s’impose incontestablement comme l’une des plus intenses fictions sur le sujet. Par sa faculté à narrer la claustration, la désolation mais aussi l’insécurité. Et tout autant par ses capacités à ouvrir des brèches dans cette réalité. Par l’illégalité certes mais surtout par le surgissement d’une liberté arrachée au sort et qui mènera les protagonistes de l’Histoire à aller se baigner.

Car Le Sel de la mer a pour richesse essentielle de ne jamais désespérer, de rechercher l’horizontalité et plus encore de guetter la mer comme la métaphorique promesse d’une vie heureuse, rêvée. Et c’est justement cet idyllique état qu’atteindra le film à mesure que sa folle escapade réussit. Or, si l’envol de ses personnages mène le métrage jusqu’au rivage d’une mer qu’ils n’avaient jamais vus, il pose aussi la géométrie d’une soumission, l’implacable de leur occupation. Dès lors, le Sel de la mer n’est plus seulement le récit d’évasion qu’il engage à ses débuts ou celui d’une libération, c’est aussi l’affirmation d’une identité sur fond de mémoire et de ressenti.

Le souvenir du conflit et la douleur d’une identité refusée

A mesure qu’il se construit, Le Sel de la mer laisse en effet une place considérable à l’identité, son élaboration et la passion qu’elle imprime. Ainsi, dés son ouverture, Soraya décide par fidélité aux siens et par quête personnelle, quitte les Etats-Unis et Brooklyn pour connaître ses racines et renouer avec une identité qu’elle n’a finalement jamais connue en tant que fille d’expatriés. De fait, directement héritière d’un exil vécu dès la naissance de l’Etat hébreux et d’un conflit rapporté par ses proches, elle se confronte avec violence à une réalité bien éloignée de ce qu’elle a connu jusqu’alors. Mais tout autant, elle avance en se reportant aux mémoires de ceux qui lui racontent ou lui ont raconté ce qu’était la Palestine, cette patrie qu’ils furent obligés de quitter ou dans laquelle ils sont forcés de rester, engoncés et malmenés. Ainsi, en prise avec l’écriture de son passé et des racines qui la déterminent, Soraya élabore sa double identité, schizophrène dans un sens et outrée surtout par les conditions de vie qu’elle s’est in fine choisie.

En effet, à chaque minute, le conflit affleure et se cristallise dans la monstration d’existences empêchées de vivre pleinement. Et tout autant s’affirme-t-il plus fort dans la parenthèse de liberté qu’il ouvre une fois les check-points franchis. Le Sel de la mer s’emplit effectivement d’une charge politique intense et radicale au fur et à mesure que nos palestiniens échappés et clandestins s’approchent de la maison qui fut celle des parents de Soraya, maison qui est aujourd’hui occupée par une jeune artiste israélienne. De fait, le métrage d’Annemarie Jacir développe alors toutes les rancoeurs, les souffrances et les clichés qui empoisonnent les relations entre israéliens et palestiniens à l’aune du droit de propriété de cette demeure modeste mais fantasmée.

Situant cette demeure comme un lieu métaphorique à posséder absolument et vis-à-vis duquel on exhibe la mémoire de sa propriété, Le Sel de la mer exhibe alors toute l’intime sensibilité à une lutte déjà vieille de plus de six décennies. Et l’aventure de Soraya dans les ruines de Dawayma donne une ampleur encore plus grande à la tragédie historique qui s’est nouée dans ces contrées. Parce qu’elle fait écho à l’un des plus grands massacres subis par les palestiniens en 1948 mais surtout parce qu’elle se double de la perspective heureuse d’une naissance à venir, celle qui potentiellement réconcilierait tout. Le passé et le présent, Israël, la Palestine et son avenir.

De fait, digne continuateur du triptyque Paradise Now – Désengagement -Free zone et contre-point complémentaire à Une Jeunesse comme les autres, Le Sel de la mer gagne son pari de raconter le conflit israélo-palestinien avec sincérité, intensité et poésie. Le tout sans jamais nier son rapport à la constitution des identités et leur impossible nécessité. Par conséquent, précieux et d’une belle sagesse, Le Sel de la mer contribue tout d’abord à enrichir le regard de cinéphiles et de citoyens qui sont autant de lointains spectateurs d’une insupportable terreur qui nous concerne définitivement. Mais plus encore, révèle-t-il la force du cinéma et son utilité dans l’explication d’un tel conflit et l’expression de ses différentes opinions, elles qui sont par trop caricaturées lorsqu’elles nous sont rapportées par d’autres médias. C’est donc pour cela que Le Sel de la mer impose son visionnage et procurera à ceux qui méconnaissent une telle situation le plus impactant des éclairages.

Jean-Baptiste Guegan
06/03/2009

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Valse avec Bachir


Le film Valse avec Bachir est un dessin animé documentaire retraçant la quête du réalisateur à la recherche de sa mémoire des massacres de 1982 au camp de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth, au Liban. Il a été acclamé dans le monde entier.

Le film se présente, et c’est ainsi qu’il a été généralement accueilli, comme une narration honnête et introspective d’un parcours menant à une confrontation avec la culpabilité et la responsabilité. Plus d’un quart de siècle après les atrocités de Sabra et Chatila, au cours desquelles environ 2000 civils ont été brutalement assassinés, nous sommes témoins d’un moment de perversion : un film israélien, en apparence « contre la guerre », remporte plusieurs prix cinématographiques israéliens et internationaux dans le contexte, non seulement de la brutale occupation israélienne, des violations du droit international, du racisme et du refus de leurs droits aux réfugiés, mais aussi dans celui des récentes atrocités commises par les forces israéliennes à Gaza.

[…]

Dire que les Palestiniens sont absents dans Valse avec Bachir, dire qu’il s’agit d’un film qui ne traite pas des Palestiniens, mais des Israéliens qui ont fait leur service au Liban, traduit à peine la violence que ce film fait aux Palestiniens. Il n’y a rien d’intéressant ou de nouveau dans la manière dont on décrit les Palestiniens – ils n’ont pas de nom, ils ne parlent pas, ils sont anonymes. Mais ce ne sont pas simplement des victimes sans visage. Au contraire, les victimes de l’histoire racontée par Valse avec Bachir ce sont des soldats israéliens. Leur angoisse, les questions qu’ils se posent, leur confusion, leur douleur – voilà qui est censé nous émouvoir. L’animation en rotoscope est très bien faite, les expressions du visage sont tellement engageantes, subtiles et torturées, et nous nous surprenons à grimacer et haleter devant les épreuves et les tribulations des jeunes soldats israéliens et devant l’angoisse qu’ils vivent plus tard. Nous ne voyons pas d’ expression sur les visages des Palestiniens ; on ne s’attarde que sur des visages morts, anonymes. Alors que les Palestiniens ne sont jamais pleinement humains, les Israéliens le sont et sont de fait humanisés de bout en bout du film.

Nous voyons souvent les Palestiniens – pour autant qu’on les voie – explosant en morceaux ou gisant morts, mais il y a une scène où des femmes palestiniennes en deuil occupent une rue. Elles ne parlent pas ; elles pleurent et elles crient. Nous ne voyons pas les rides amères de leur deuil, nous ne voyons pas leurs larmes. La caméra zoome plutôt sur le visage de Folman-jeune qui les regarde : sa respiration devient plus haletante, et il fait fonction d’ancre émotionnelle dans la scène. Ceci est très typique du film en ce que la souffrance et les expériences des Palestiniens ne valent que pour l’effet qu’elles ont sur les soldats israéliens et jamais en tant que telles.

[…]

Ce n’est pas que l’absence des Palestiniens soit nécessairement un problème en soi. Il y a effectivement des films où l’absence est la clé et devient donc une présence d’autant plus significative. Dans le film d’Alfred Hitchcock Rebecca par exemple, l’absence obsédante du véritable personnage central, les traces qu’elle a laissées, les allusions qui y sont faites rendent Rebecca d’autant plus présente. Ce n’est pas le cas avec les Palestiniens de Valse avec Bachir. Ils sont périphériques à l’histoire de la vie émotionnelle des anciens combattants israéliens, une histoire de découverte de soi et de rédemption israéliennes. Effectivement, on se rend compte que le réalisateur n’a pas besoin de découvrir les événements de Sabra et Chatila pour pleinement comprendre le rôle qu’il a joué là-bas, ce qui s’est passé, sa responsabilité ou vérité. Sabra et Chatila sont plutôt des portails vers « d’autres camps ». Le psychologue – ami – philosophe – prêtre, – référence morale – dit à Folman que ceci concerne en fait « un autre massacre » « les autres camps ». À ce stade, on apprend que les parents de Folman étaient des survivants des camps. « Tu étais impliqué dans le massacre bien longtemps avant qu’il ne se produise » dit le psychologue « par le biais des souvenirs d’Auschwitz de tes parents ». L’ami suggère comme solution que Folman aille à Sabra et Chatila pour découvrir ce qui s’est passé. Tout devient clair. Voilà le sens de Sabra et Chatila – un moyen, un mécanisme, un chapitre dans la découverte de soi des Israéliens, un moyen de faire la paix avec soi-même. Les Palestiniens sont doublement absents.

[…]

S’il n’est pas si facile de dire qui faisait le sale boulot et pour le compte de qui, Israël n’était quand même le sous-traitant de personne quand il a envahi le Liban. Le film ne nous montre ni les bombardements israéliens de Beyrouth, qui ont tué 18000 personnes et en on blessé 30.000, ni les violations commises contre les civils, ni la destruction de la résistance palestinienne et libanaise. Et qu’en est-il du fait que l’Organisation de libération de la Palestine et les résistants armés avaient été évacués plus de deux semaines avant les massacres et que c’est le lendemain du départ des forces multinationales de Beyrouth, que Sharon, le ministre israélien de la défense, a annoncé qu’il restait 2000 « terroristes » dans les camps ? La quête de Folman au sujet de la responsabilité dans Valse avec Bachir s’attache à l’allumage des balises lumineuses pendant que les phalangistes « nettoyaient » les camps. Dans Valse avec Bachir on ne dit pas que deux mois avant les massacres, Sharon avait annoncé qu’il comptait envoyer les phalangistes dans les camps, que l’armée israélienne avait encerclé et bloqué les camps, qu’elle avait bombardé les camps, que des francs-tireurs avaient visé les habitants des camps pendant les jours qui avaient précédé les massacres et qu’ensuite, ayant donné le feu vert aux phalangistes pour qu’ils entrent à Sabra et Chatila, l’armée israélienne avait empêché les Palestiniens de s’échapper des camps.

Le film place la responsabilité des massacres sans équivoque sur le dos des phalangistes libanais. Les soldats israéliens ont des réticences, mais ne font rien, les responsables israéliens sont informés et ne font rien : ce sont les phalangistes que l’on décrit comme des êtres brutaux et inutilement violents. Mais,ce n’est pas un film au sujet des Palestiniens, pas plus qu’un film sur les phalangistes libanais, c’est un film au sujet des Israéliens. Apparemment, l’argument c’est que les jeunes soldats israéliens sont moralement supérieurs à ces bêtes assoiffées de sang, non seulement parce que ce ne sont pas eux, mais les phalangistes qui ont effectivement massacré et exécuté les victimes, mais aussi parce qu’ils sont supérieurs de par leur simple existence.

[…]

Les suites immédiates de Sabra et Chatila montrent un moment rare, mais limité, où les Israéliens s’interrogent. Il semble bizarre qu’un film israélien aux prises avec la responsabilité des massacres supprime complètement ce moment de l’histoire israélienne et de sa mémoire collective. Après des manifestations réunissant plus de 300 000 personnes, le gouvernement israélien a établi la commission Kahan pour mener une enquête sur ce qui s’était passé à Sabra et Chatila. Les enquêteurs avaient plusieurs limitations et une de leurs conclusions a été que le ministre de la défense, Ariel Sharon, était indirectement, mais personnellement responsable des massacres ; on lui enleva son portefeuille ministériel. Bien entendu, le même Ariel Sharon a été plus tard élu et réélu comme premier ministre d’Israël.

[…]

En dernière analyse, c’est de cela que parle Valse avec Bachir : la dérobade devant la responsabilité. Ce n’est pas que l’introspection offerte par le film n’est que partielle et que nous serions simplement négatifs en nous disant insatisfaits. C’est parce que nous n’avons aucune idée du rôle joué par Israël au Liban, parce qu’il s’agit de racheter de façon éthique et morale le réalisateur et ses contemporains – et par extension le soi israélien, l’armée et la nation israélienne, la collectivité israélienne en d’autres termes – que ce film est un acte, non pas d’introspection limitée, mais une auto justification. Il essaie de démêler les scrupules pour que le soi retrouve sa stabilité tel qu’il est actuellement constitué ; le film ne pose pas de questions dérangeantes qui déstabiliseraient le soi. Et on nous rappelle le commentaire fait par le psychologue au début du film « nous ne nous rendons pas dans les endroits où nous ne voulons pas aller. La mémoire nous emmène là où nous voulons aller. » Cela explique peut-être comment, alors que Gaza était décimée, Israël acclamait et récompensait Valse avec Bachir ; outre les nombreux prix internationaux, le film a raflé six récompenses de l’académie israélienne du film. En fait, ces mêmes Israéliens qui se pressaient pour voir le film ont approuvé avec enthousiasme l’opération plomb fondu à Gaza. Selon un sondage diffusé le 14 janvier par l’université de Tel-Aviv, une majorité écrasante de 94 % des Israéliens juifs appuyait ou soutenait fortement l’opération.

Publié par Info-Palestine selon Electronic Intifada.

Le massacre de Jenin


Des cinéastes israéliens et palestiniens dénoncent la déprogrammation du film « Jenin, Jenin » par ARTE, Le Grand Soir.

Forum Documentaire Israélien 2006, Confluences.