Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Sionisme

Le CRIF – Un lobby au cœur de la République


Bibliographie politique

 

Huit cents invités au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France. Toute la classe politique présente en rangs serrés afin d’entendre les remontrances, récriminations et requêtes de cette officine représentant, de son propre aveu, quelque 100.000 personnes. 1/6e à peine de l’ensemble de la « communauté » et 0,2 % de la population totale du pays. Dîner de gala relayé par autant de dîners régionaux et de contacts réguliers tout au long de l’année au plus haut niveau de l’Etat.

Comment une telle influence, un tel pouvoir même, sont-ils possibles dans une démocratie laïque ne reconnaissant officiellement que des citoyens tous pareillement égaux ? Pourquoi la classe politique française fait-elle preuve d’une telle complaisance à l’égard du CRIF et de ses dirigeants ? Qui se qualifient eux-mêmes de « porte-parole politiques de la communauté juive de France » mais songent d’abord à défendre les intérêts d’un pays étranger, Israël. Fantasmes ou mensonges, que cette puissance ? Une plongée dans l’histoire de cette institution devenue « interlocuteur essentiel de l’Etat » et l’examen attentif des actions et réactions du CRIF tout au long de l’année 2009 et de la première partie de 2010, permettront au lecteur d’en juger.

Anne KLING, Le CRIF – Un lobby au cœur de la République, Mithra, 2010 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Sionisme, Monde en Question.
Index Politique, Monde en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.

Norman Finkelstein dénonce l’imposture de l’antisémitisme


L’hystérie actuelle qui engloutit le parti travailliste britannique se base sur deux prémisses interdépendantes, quoique discrètes : l’antisémitisme dans la société britannique en général et au sein du parti travailliste en particulier a atteint des proportions critiques. Si aucune de ces prémisses ne peut être admise, alors cette hystérie est une pure fabrication. En réalité, aucun élément de preuve n’a été fourni pour étayer l’une ou l’autre ; au contraire, toutes les preuves vont dans la direction opposée. La conclusion rationnelle est que tout ce brouhaha n’est qu’une mystification calculée – oserons-nous dire un complot ? – visant à chasser de la vie publique britannique Jeremy Corbyn et la politique de gauche attachée à des principes qu’il représente. Mais même si les allégations à son encontre étaient vraies, la solution ne serait pas de limiter la liberté de penser au sein du parti travailliste. À son apogée, la tradition de la gauche libérale a attaché une valeur unique et primordiale à la Vérité ; mais la vérité ne peut pas être connue si les dissidents, si odieux qu’ils soient, sont réduits au silence. Du fait de l’histoire lourde de l’antisémitisme, d’une part, et de sa manipulation éhontée par les élites juives, d’autre part, une appréciation objective et sans parti pris peut sembler irréalisable. Mais il faut tout de même essayer. Sinon, la perspective d’une victoire historique de la gauche pourrait être sabotée, car jusqu’à présent, les partisans de Corbyn, que ce soit par crainte, calcul ou souci du politiquement correct, n’osent pas désigner le mal qui se trame par son nom.

[…]

Même si l’étude du RPJ pouvait résister à un examen sérieux, elle ne prouverait toujours pas que l’antisémitisme menace les Juifs britanniques. Face au spectacle nauséabond et incessant du nombrilisme solipsiste et narcissique et de l’auto-apitoiement, un examen objectif de la situation s’impose. Si les stéréotypes populaires étaient représentés sur un spectre allant de l’inoffensif au malveillant, la plupart des stéréotypes antisémites seraient proches de l’inoffensif, alors que les stéréotypes touchant les minorités véritablement opprimées se retrouveraient à l’extrémité opposée. Oui, les Juifs doivent subir la réputation d’être radins, arrivistes et claniques –mais les musulmans sont catalogués comme des terroristes et des misogynes, les Noirs sont méprisés comme des fainéants chroniques et génétiquement stupides, et les Roms sont honnis comme de vils mendiants et voleurs. Les Juifs ne subissent pas non plus les maux subis par la véritable oppression. Combien de Juifs, en tant que Juifs, se sont vu refuser un emploi ou un appartement ? Combien de Juifs ont été abattus par la police ou jetés en prison ? Alors qu’être noir ou musulman ferme les portes, être Juif les ouvre.

Lire l’intégralité de l’article : Réseau International.

Lire aussi :
Norman FINKELSTEIN, L’industrie de l’Holocauste, La Fabrique, 2001 [Texte en ligne].
Norman FINKELSTEIN, Tuer l’espoir, Aden, 2003 [Texte en ligne].
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire Sionisme, Monde en Question.

Netanyahou négationniste


 

La haine des Arabes, en France comme en Israël, conduit aux pires sottises. Ainsi, à l’occasion de son discours devant le 37ème congrès sioniste mondial, le 20 octobre 2015 à Jérusalem, Benyamin Netanyahou a déclaré: « Le Mufti de Jérusalem (…) s’est rendu à Berlin [en 1941]. Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs à cette époque, il voulait expulser les Juifs. Et Hadj Amin al-Husseini est allé voir Hitler et lui a dit : Si vous les expulsez, il vont tous venir ici [en Palestine]. Alors que devrais-je faire d’eux ?, a demandé Hitler. Brûlez-les, lui a-t-il répondu. »

23/10/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Serge LEFORT, Hitler, utile à la propagande anti-arabe, Monde en Question, 12/12/2013.
• Elie BARNAVI, Les nouveaux nazis de Netanyahou, i24news, 21/10/2015.
• L’inusable grand mufti de Jérusalem, LMSI, 21/10/2015.
• Pauvre Netanyahou !, Tlaxcala, 22/10/2015.
Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire Sionisme, Monde en Question.

Mythologie contre Histoire


 

Comment le peuple juif fut inventé

Quand le peuple juif fut-il créé ? Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d’historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ?

Dans le sillage de la « contre-histoire » née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l’histoire « de longue durée » des juifs. Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l’an 70 de l’ère chrétienne, ou bien s’agit-il ici d’un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ? Et, si les paysans des temps anciens n’ont pas été exilés, que sont-ils devenus ?

L’auteur montre surtout comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d’une nation. Ce détour par le passé conduit l’historien à un questionnement beaucoup plus contemporain : à l’heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d’un ADN spécifique, que cache aujourd’hui le concept d' »État juif », et pourquoi cette entité n’a-t-elle pas réussi jusqu’à maintenant à se constituer en une république appartenant à l’ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ?
En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays. Construit sur une analyse d’une grande originalité et pleine d’audace, cet ouvrage foisonnant aborde des questions qui touchent autant à l’origine historique des juifs qu’au statut civique des Israéliens.

Shlomo SAND, Comment le peuple juif fut inventé – De la Bible au sionisme, Fayard, 2008 [Texte en ligneLà-bas si j’y suisConférence New-York].

Comment la terre d’Israël fut inventée

Les mots « terre d’Israël » renferment une part de mystère. Par quelle alchimie la Terre sainte de la Bible a-t-elle pu devenir le territoire d’une patrie moderne, dotée d’institutions politiques, de citoyens, de frontières et d’une armée pour les défendre ?

Historien engagé et volontiers polémiste, Shlomo Sand a dénoncé à grand bruit le mythe de l’existence éternelle du peuple juif. Poursuivant ici son œuvre de déconstruction des légendes qui étouffent l’Etat d’Israël, il s’intéresse au territoire mystérieux et sacré que celui-ci prétend occuper : la « terre promise » sur laquelle le « peuple élu » aurait un droit de propriété inaliénable. Quel lien existe-t-il, depuis les origines du judaïsme, entre les juifs et la « terre d’Israël » ? Le concept de patrie se trouve-t-il déjà dans la Bible et le Talmud ? Les adeptes de la religion de Moïse ont-ils de tout temps aspiré à émigrer au Moyen-Orient ? Comment expliquer que leurs descendants, en majorité, ne souhaitent pas y vivre aujourd’hui ? Et qu’en est-il des habitants non juifs de cette terre : ont-ils, ou non, le droit d’y vivre ?

Shlomo SAND, Comment la terre d’Israël fut inventée – De la Terre sainte à la mère patrie, Flammarion, 2012 [Texte en ligneRencontre à l’iReMMO].

Comment j’ai cessé d’être juif

La problématique principale déroulée dans cet essai ne manquera pas d’apparaître illégitime, et même révoltante, à plus d’un lecteur. Elle sera d’emblée récusée par nombre de laïcs déterminés à se définir comme juifs. Pour d’autres, je ne serai qu’un traître infâme, rongé par la haine de soi. Des judéophobes conséquents ont déjà qualifié d’impossible, voire d’absurde, une telle question, parce qu’ils considèrent qu’un juif sera toujours d’une autre race. La judéité est perçue comme une essence immuable et compacte, qui ne saurait être modifiée. L’Etat dont je suis citoyen définit ma nationalité comme « juif ». Pourtant, j’aurais pu être enregistré sous la nationalité autrichienne ; en effet, je suis né, fortuitement, dans un camp de personnes déplacées, dans la ville de Linz, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le problème est que je ne crois pas en un être suprême. Si l’on excepte une brève crise mystique, à l’âge de douze ans, j’ai toujours pensé que l’homme a créé Dieu et non pas l’inverse ; et cette invention m’est toujours apparue comme l’une des plus problématiques, des plus fascinantes et des plus meurtrières de l’humaine société. Par conséquent, je me retrouve, pieds et poings liés, pris au piège de mon identité démente.

« Supportant mal que les lois israéliennes m’imposent l’appartenance à une ethnie fictive, supportant encore plus mal d’apparaître auprès du reste du monde comme membre d’un club d’élus, je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif »

Shlomo SAND, Comment j’ai cessé d’être juif – Un regard israélien, Flammarion, 2013 [Texte en ligneRencontre à l’iReMMO].

Lire aussi :
• Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie », UJFP.
Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ?
Dossier documentaire Sionisme, Monde en Question.
Veille informationnelle Israël, Monde en Question.

American Radical – The Trials of Norman Finkelstein


Le sionisme et l’instrumentalisation de l’Holocauste

Fils de parents survivants des camps nazis, auteur de L’industrie de l’Holocauste – Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs, professeur de sciences politiques et homme de principes jusqu’à l’intransigeance, Norman Finkelstein est en croisade depuis 1982. Son objectif : dénoncer l’utilisation de l’Holocauste par Israël pour justifier les crimes commis en Palestine.

Suivant Finkelstein à travers le monde, American Radical trace le portrait de cet homme vénéré par les uns et haï par les autres, ami de Noam Chomsky et interdit de séjour en Israël. Le portrait d’un penseur libre, d’un provocateur, d’un homme seul qui a sacrifié sa vie à une cause.

Nous avons une expression en anglais : « La vérité est souvent une pilule amère à faire passer. » Nous sommes supposés examiner sérieusement l’histoire. Mais il suffit que vous mentionnez quelques mots sur des collaborateurs juifs, et les gens deviennent tellement énervés. C’est – je suis désolé de le dire – une forme de chantage émotionnel [53’08].

Norman Finkelstein a payé le prix fort pour avoir dit une vérité dérangeante. Il a été chassé de l’Université, interdit de séjour en Israël et l’Organisation de la Défense Juive a lancé contre lui une campagne « Chassez le traître des Juifs ».

Critiques :
ISM
Lectures
Panorama
The New York Times
Site du filmLes Mutins de Pangée

14/11/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Norman FINKELSTEIN, L’industrie de l’Holocauste – Réflexion sur l’exploitation de la souffrance des juifs, La Fabrique, 2001 [Texte en ligne].
Dossier documentaire FINKELSTEIN Norman, Monde en Question.
Dossier documentaire Sionisme, Monde en Question.
Revue de presse Cinéma 2013, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

Palestine/Israël et désinformation


Réfutation de 7 idées reçues concernant la Palestine et Israël, classées en 4 thèmes :
• Histoire
• Paix et guerre
• Terrorisme et Résistance
• Antisémitisme

Lire aussi :
Chronique Colonisation de la Palestine 2010, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

La mauvaise conscience d'Israël


LEIBOWITZ Yeshayahou, La mauvaise conscience d’Israël – Entretiens avec Joseph Algazy, Le Monde, 1994 [Texte en ligne].

Chapitre 7 Essence et naissance de l’État d’Israël

J.A. — Quelle est, d’après vous, l’essence de l’État d’Israël ?
Y. L. — L’État d’Israël est le cadre constitutif de l’indépendance nationale et politique que le peuple juif avait perdue il y a deux mille ans.
C’est également la définition que je donne du sionisme. Mais j’ajoute aussitôt que la création de l’État d’Israël n’a pas résolu le problème du peuple juif, ni la crise d’identité dont il souffre…

— …Ni le problème de sa sécurité ?
— Jamais le peuple juif n’avait bénéficié, dans le monde, d’autant de sécurité qu’aujourd’hui. Le seul pays au monde dans lequel les Juifs sont en danger, c’est… l’État d’Israël.

— Pourquoi l’État d’Israël n’inclurait-il pas aussi la Cisjordanie, tout Jérusalem ?
— Parce qu’alors il cesserait d’être l’État du peuple juif, pour devenir un État de Juifs et d’Arabes. Avec les Territoires, l’État d’Israël n’est pas l’État du peuple juif : il comprendrait deux millions et demi d’hommes qui ne sont pas juifs (y compris les 800 000 citoyens arabes d’Israël). En soi, je ne trouve évidemment rien de mal à ce que des non-Juifs vivent en Israël.
Ce qui est mauvais, c’est que l’État d’Israël occupe ces territoires contre le gré de ces deux millions et demi de personnes, qu’il prive de droits civiques, de droits politiques.
Si bien que l’État d’Israël aujourd’hui n’est pas l’État du peuple juif, mais l’appareil d’un pouvoir violent sur un autre peuple. Moi, au contraire, je veux que l’État d’Israël soit uniquement l’État du peuple juif. Le « Grand Israël » ne peut pas être l’État du peuple juif. Disant cela, je ne me réfère pas à un quelconque postulat moral : j’établis un fait.

Chapitre 10 Le piège de l’occupation (1967-1993)

« Placer un million et demi d’Arabes sous l’autorité juive, c’est ébranler l’essence humaine et juive de l’État [d’Israël] et détruire la structure sociale que nous avons établie ; c’est couper l’État [d’Israël]du peuple juif dans le monde comme de la continuité de l’histoire et de la tradition juives, c’est anéantir le peuple juif et pervertir l’homme israélien. »
« Eretz Israël hashlema [le « Grand Israël »] n’est qu’un monstre catastrophique. Tout autre expédient – annexion, protectorat ou fédération – ne sera que de sales trucs colonialistes. Dans ce « Grand Israël », il n’y aura ni ouvrier juif ni paysan juif. Les Arabes formeront le peuple travailleur et nous deviendrons le peuple des managers, des inspecteurs, des fonctionnaires et des gendarmes, et en particulier des barbouzes. Dans ce monstre baptisé « Grand Israël », l’organisme le plus important et le plus structurant sera le Shin Beit [les services israéliens de renseignements]. Il y a quelques années, le mot d’ordre le plus répandu en Israël était : « Les meilleurs pour l’aviation ! » Dans l’avenir, on dira : « Les meilleurs pour le Shin Beit ! »»
« Quand je dis « les meilleurs pour le Shin Beit », ce n’est pas de la démagogie. Les autorités auront vraiment besoin pour les services secrets des hommes les meilleurs, les plus qualifiés. Et cela influera inévitablement sur l’atmosphère spirituelle de l’État et de la société. Cela empoisonnera l’éducation, cela nuira à la liberté de pensée et de critique dans la population juive. Pour les Arabes, on installera des camps de concentration, on dressera des potences. Un tel État ne méritera pas d’exister, mieux vaudrait ne pas le laisser naître. »

— Durant l’invasion du Liban, en juin 1982, pour la première fois, je crois, aucune justification d’ordre religieux ne fut avancée. L’establishment israélien s’est fondé sur la conscience de la force, de la supériorité d’Israël.
— Justement. L’invasion du Liban a été [en français] une folie criminelle. Reste à savoir ce qui, de la folie ou du crime, était dominant. L’establishment israélien voulait notamment installer au Liban un protectorat dirigé par un Quisling, comme celui que Hitler avait mis en place en Norvège. Mais l’invasion du Liban a échoué, et Israël occupe toujours une partie du territoire libanais, dite « zone tampon », où il entretient une milice composée de mercenaires, la prétendue « armée du Liban-Sud ».
L’invasion du Liban en 1982, je le répète, c’était [en français] une folie criminelle. N’oubliez pas que l’année précédente avait été une année de calme pour le nord d’Israël. Pas un seul missile Katioucha n’était tombé sur notre territoire. Aucun terroriste ne s’était infiltré. On n’avait pas relevé d’acte de sabotage. Pas un habitant du nord d’Israël n’avait dû se réfugier dans les abris. C’est nous qui avons rompu le calme, et cassé l’accord officieux intervenu entre Israël, l’OLP et les alliés libanais des uns et des autres. C’est nous qui avons envahi le Liban pour liquider l’OLP et installer un « nouvel ordre » au pays du Cèdre.

— Admettons qu’Israël, tout en refusant de se retirer des territoires occupés, accepte d’accorder aux habitants palestiniens des droits politiques et civiques, est-ce que…
— (Haussant le ton.) Non ! Octroyer des droits politiques et civiques aux Palestiniens des territoires occupés, cela voudrait dire que 40 % de la population de l’État d’Israël seraient désormais arabes.

— Vous parliez à l’instant de catastrophe. Qu’entendez-vous par là ? La guerre ?
— D’une part, effectivement, il y a le risque d’une guerre continue avec les Arabes. Mais également, d’autre part, le risque que l’État d’Israël devienne un État fasciste. L’État d’Israël n’est pas encore fasciste, mais il en a pris le chemin. Quand je parle d’un danger fasciste, j’inclus l’installation de camps de concentration pour des Juifs.

— Pour quels Juifs ?
— Des Juifs comme moi, comme vous.

— Vous pensez vraiment qu’en Israël quelqu’un oserait faire une chose pareille ?
— Non seulement ils oseront le faire, mais ils le feront ! Si la situation actuelle empire. Ce sera indispensable pour sauvegarder ce pouvoir. Nous mènerons, je vous l’ai dit, une guerre [en français] à outrance avec l’ensemble du monde arabe, du Maroc à l’ouest jusqu’au Koweït à l’est. Dans cette situation, le reste du monde manifestera sa sympathie aux Arabes. Israël se ruinera du dedans et du dehors. La seule alternative, c’est le partage de la terre entre les deux peuples qui y vivent.

— Permettez-moi d’insister : comment Israël se transformerait-il en un État fasciste ?
— Je vous ai dit que nous en avions pris le chemin.

— Comment ? Vous parlez librement, moi aussi, et d’autres comme nous disent ce qu’ils veulent. Aucun d’entre nous n’a été arrêté.
— Je n’ai pas dit que nous étions un État fasciste, mais que nous en avions pris le chemin.

— Quand et comment se produira le tournant ?
— Nous avons déjà des camps de concentration dans lesquels sont internés plus de dix mille personnes.

— Oui, mais ces prisonniers-là sont des Arabes, des Palestiniens.
— C’est vrai. Mais notre tour viendra.

— Que doit-il se passer pour que nous, des Juifs, nous soyons aussi internés ?
— Pour maintenir sa domination sur les territoires occupés, le pouvoir sera un jour amené à réprimer l’opposition intérieure à cette politique.

— Vous voulez dire l’opposition juive ?
— Oui.

Chapitre 13 Regards sur le siècle

— L’État d’Israël n’admet ni ne nie disposer de la bombe atomique.
— Qu’est-ce que ça veut dire, n’admettre ni ne nier ? C’est
un peu comme — j’en ai déjà parlé, mais c’est essentiel – quand l’État d’Israël est le seul État occidental à autoriser légalement, au cours des interrogatoires de suspects, la pratique de la torture pour arracher des informations ou des aveux. Interdite légalement dans plusieurs pays d’Europe avant même la Révolution française, la torture reste autorisée légalement chez nous ! Israël compte aujourd’hui parmi les États les plus barbares au monde : torturer, c’est un acte de barbarie primitive. Et tout cela sous couvert d’intérêt national !

— La même logique nationale permet de présenter la possession de la bombe atomique comme une sorte de police d’assurance.
— L’arme atomique n’est pas une police d’assurance, mais un instrument de menace. Mais il est clair que ce sont des menaces en l’air : Israël ne pourra pas utiliser l’arme nucléaire. Car, s’il le faisait, il s’anéantirait lui-même.

— Ce que vous dites là, les autorités israéliennes ne le savent-elles pas ?
— N’oubliez pas Voltaire. L’histoire est un ramas de crimes, mais aussi de folies.

— Voulez-vous dire que les dirigeants de l’État d’Israël sont fous ? Criminels ?
— (D’un ton catégorique.)Oui.

— Nous ne parlons pas de tel ou tel dirigeant, mais de tout un pouvoir.
— Je le sais. Et je répète : ce pouvoir est criminel. Absolument. Quand un organisme judiciaire autorise la pratique de la torture durant les interrogatoires, je ne peux que parler de crime. D’un énorme crime.

Chapitre 14 L’imbroglio moyen-oriental

J. A. — Alors que nous nous entretenons, Israël est à nouveau confronté au terrorisme. A Jérusalem, à Tel Aviv et ailleurs, des Palestiniens ont poignardé des passants. Et ce, malgré le processus de négociations israélo-arabes et israélo-palestiniennes.
Y. L. – Cela ne m’étonne pas. A partir du moment où nous dominons les Palestiniens par la violence, ils réagissent. C’est tout. Quant aux négociations, depuis un an, elles n’ont pas progressé d’un pouce ; en fait, elles sont en panne. Tant que l’occupation se perpétuera, nous serons confrontés à des actes de violence en tout genre, et notamment à des actes terroristes. Il en fut de même en Algérie jusqu’à l’indépendance. Ce matin [le 24 novembre 1992 – J.A.], la presse rapporte que nous avons tué un garçon de douze ans dans les territoires occupés : les deux phénomènes, les passants poignardés à Tel Aviv et les gosses tués par des balles à Ramallah sont inséparables et [en français]inévitables.

— Revenons à la guerre du Golfe. On dit qu’elle a empêché Saddam Hussein d’accéder aux armes de destruction massive, ou au moins retardé cet accès.
— J’ignore – et vous aussi – si Saddam Hussein possédait de telles armes…

— …Plusieurs délégations d’enquête de l’ONU ont conclu que l’Irak n’était pas loin d’accéder à ces armes.
— L’Irak dispose des mêmes armes que les autres. Mais l’unique pays qui, au Moyen-Orient, menace aujourd’hui d’utiliser l’arme atomique, c’est Israël.

Le professeur Yechayahou Leibovitz est décédé le 18 août 1994.

Lire aussi :
Chronique Colonisation de la Palestine 2010, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

Apologie du terrorisme


À l’heure où certains découvrent la réalité de l’État d’Israël, il est utile de rappeler que le terrorisme fut revendiqué et pratiqué bien avant 1948. Voici des extraits d’un texte de l’Irgoun de juillet 1943 :


Frontières sionistes d’Eretz Israel

Il est généralement admis que le terrorisme est illégal mais, en fin de compte, qu’est-ce que la légalité ? Pouvons-nous douter qu’un grand nombre de lois – surtout les lois politiques – ne sont qu’une forme déguisée de terrorisme, c’est-à-dire de contrainte ? Si nous disposons de la force (la force : cela signifie la politique et l’armée), nous pouvons promulguer des lois nous convenant et tous ceux qui les enfreignent sont des révolutionnaires, des terroristes ou des anarchistes. […] Sors et va vérifier, et tu découvriras facilement que la loi est fondée sur la « terreur », c’est-à-dire appliquée par la contrainte.

Ni l’éthique d’Israël, ni la tradition d’Israël ne peuvent rejeter cette forme de combat. […]
Si la question posée est la suivante : Est-il possible d’engendrer la révolution ou de mener la libération par le terrorisme ? La réponse est Non ! Si la question est : est-il possible de progresser vers la révolution et la libération pas de telles actions [terroristes] ? La réponse est Oui !

Nous sommes loin d’avoir des hésitations morales sur le terrain de la guerre nationale […]. Avant tout, pour nous, le terrorisme fait partie de la guerre politique dans les conditions actuelles, et son rôle est très important. Il fait entendre clairement notre guerre contre l’occupant dans le monde entier et chez nos malheureux frères à l’extérieur de ce pays.

ENDERLIN Charles, Par le feu et par le sang, le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël 1936-1948, Albin Michel, 2008 p.126 à 128 [Monde en Question].

Lire aussi :
Chronique Colonisation de la Palestine 2010 Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

Brèves du 20/04/2010 Palestine


Palestine/Israël

• 18/04/2010, STAMBUL Pierre, Pas de paix sans justice en Palestine, revenir aux droits fondamentaux, UJFPInfo-Palestine.

Il y a plus de 60 ans, 800000 Palestiniens ont été expulsés de leur propre pays au terme d’un « nettoyage ethnique » délibéré et organisé par les dirigeants et l’armée du nouvel État israélien.

Cette idéologie [le sionisme] n’est pas seulement une forme particulière de nationalisme et de colonialisme. C’est aussi un messianisme perverti qui a créé une histoire et une identité mythique, qui a fabriqué un « homme nouveau » avec la théorie fumeuse du « peuple en exil qui a fait son retour ». Le sionisme ne s’est pas achevé en 1948 au contraire. Il est plus que jamais à l’œuvre et il ne laissera jamais la moindre place à l’identité palestinienne. Son modèle, ce sont l’Australie ou les États-Unis où les peuples indigènes ont été tellement marginalisés qu’ils ne sont plus en capacité de réclamer leurs droits.

Israël est une démocratie pour les Juifs mais une dictature impitoyable pour les PalestinienNEs. Les institutions créées au début du XXe siècle (le KKL, l’Agence Juive, la Histadrouth…) pour aboutir à une société « ethniquement pure » sont illégitimes.

60% des Juifs du monde entier ne vivent pas en Israël. Ils sont sommés d’être des complices d’un Etat criminel. Faute de quoi ils sont dénoncés comme « Juifs traîtres ayant la haine de soi ». Le sionisme n’est pas seulement criminel pour la Palestine. Il est une impasse suicidaire pour les Israéliens et pour les Juifs. Personne ne peut penser que cette politique de massacres périodiques et de négationnisme vis-à-vis de la Palestine pourra se prolonger indéfiniment et impunément.

Une partie du mouvement de solidarité avec la Palestine se trompe, je n’ai pas peur des mots. Elle atténue terriblement la critique sur la nature de l’Etat d’Israël en oubliant qu’au départ la Nakba est totalement illégitime. Elle a tendance à reprendre la diabolisation du Hamas ou du Hezbollah. Elle a peur d’utiliser les mots « colonialisme », « apartheid » pour caractériser l’occupation et les discriminations. Comme si ce que l’Etat d’Israël inflige à la Palestine n’était pas aussi grave que ce que l’ancienne Afrique du Sud a fait. Elle s’abrite derrière la légalité internationale pour ne plus exiger l’égalité des droits.

• 18/04/2010, L’occupant israélien prive d’eau les villages palestiniens de la vallée du Jourdain, Ma’an NewsInfo-Palestine.

Les forces israéliennes d’occupation ont envahi le village de Khirbet Al-Farsieyah au nord de la vallée du Jourdain, et saisi quatre pompes à eau utilisées pour l’irrigation et l’approvisionnement en eau potable de la petite communauté agricole, selon des témoins.
Commentaires : Cet article montre, à partir d’un exemple de la vie quotidienne, la barbarie de l’occupation israélienne.

• 18/04/2010, GRESH Alain, Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem,, Les blogs du Diplo.

• Journal vidéo, Sleepless in Gaza…and Jerusalem, YouTube.

Chronique de la Colonisation de la Palestine 2010 Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.

Brèves du 13/04/2010


Palestine/Israël

NON à la « Promenade David Ben Gourion » à Paris !, Monde en Question.

• 13/04/2010, Editorial : We’re not nearing a Holocaust, Ha’aretz.

Ce n’est pas la première fois Netanyahou assimile la menace iranienne avec l’Holocauste des Juifs en Europe. La comparaison est erronée et préjudiciable. Indépendant et souverain l’État d’Israël n’est pas faible comme les communautés juives en Pologne, en Hongrie ou en Allemagne, qui ne pouvaient pas se défendre contre les nazis meurtriers et leurs collaborateurs. Israël peut se protéger contre ceux qui menacent son existence et de sa sécurité, comme il l’a fait dans le passé alors que la communauté internationale avait minimisé la gravité d’une menace.
Si Netanyahou voulait encourager les dirigeants du monde à agir contre l’Iran, il aurait pris part au Sommet de Washington sur le nucléaire cette semaine et aurait ses avertissements poignants directement à ses homologues. Mais Netanyahou était préoccupé par la critique de la capacité nucléaire de l’Israël, alors il a choisi de rester à la maison et de parler au mémorial plus sûr de Yad Vashem. Il a ainsi raté une chance de participer à l’effort international, ce qui souligne seulement l’isolement croissant d’Israël.

• 12/04/2010, Dépêches d’agences, Info-Palestine.

• 08/04/2010, Rapport sur les violations israéliennes des droits humains du 01/04/2010 au 07/04/2010, Info-Palestine.

• Journal vidéo, Sleepless in Gaza…and Jerusalem [26 minutes par jour], YouTube.

Chronique de la Colonisation de la Palestine 2010 Monde en Question.

Économie Monde

• Avril 2010, RAMONET Ignacio, La question sociale en Europe, Mémoire des luttes.

Au sein de l’Europe des Vingt-sept, quelque 85 millions de pauvres… Un Européen sur six vit dans le besoin. Et la situation continue de se dégrader à mesure que s’élargit l’onde expansive de l’explosion de la crise. La question sociale vient se replacer au coeur du débat. La colère populaire se manifeste contre les Plans d’austérité en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Irlande, en Islande, etc. Des grèves et des protestations violentes se multiplient. De nombreux citoyens expriment également leur refus de l’offre politique (l’abstention et le vote blanc atteignent des niveaux record) ou une adhésion à l’égard de divers fanatismes (l’extrême droite et la xénophobie progressent). Parce que la pauvreté et le désespoir social mettent aussi en crise le système démocratique. Faut-il s’attendre à un explosif printemps du mécontentement européen ?

• Avril 2010, Lettre n°73, Politiques Sociales.

Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.

Culture

• 12/04/2010, Bac philo 1/5 : La politique doit-elle faire le bonheur des citoyens ?, Les nouveaux chemins de la connaissance.