Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives de Catégorie: Economie politique

Nouvelles révélations sur les massacres de Sabra et Chatila


 

Dans un livre sur la diplomatie américaine au Proche-Orient, le chercheur Seth Anziska revient sur les massacres de Sabra et Chatila (1982). Il apporte des éléments nouveaux sur l’implication du gouvernement israélien. Analyse de l’ouvrage et entretien avec l’auteur par Sylvain Cypel.

Lire l’intégralité de l’article : Orient XXI.

Lire aussi :
Sabra et Chatila, Palestine en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Géopolitique des mondes arabes


Bibliographie géopolitique

Pourquoi parler des mondes arabes ?
Quel avenir pour les pays arabes ?
La colonisation a-t-elle aujourd’hui encore une influence ? Quelles trajectoires depuis les indépendances ?
Les mondes arabes sont-il bien ou mal partis ?

Ces questions traversent l’histoire contemporaine et resurgissent au fil de l’actualité. Des clichés à la réalité, cet ouvrage nous parle de lieux, de faits et de chiffres pour nous aider à y voir plus clair.
L’auteur propose 40 fiches documentées pour cerner les enjeux et les défis de la région. L’ensemble est illustré de cartes, graphiques et tableaux.

Sommaire :

Les sociétés arabes : entre unité et diversité
Une région taraudée par les conflits
Dynamiques politiques contemporaines
Enjeux régionaux et internationaux

Didier BILLION, Géopolitique des mondes arabes – 40 fiches illustrées pour comprendre le monde, Eyrolles, 2018 [Texte en ligne].

Alors que les médias dominants et les universitaires à leurs bottes utilisent habituellement le singulier sans en expliquer le sens, l’auteur utilise le pluriel – ce qui suffit à recommander cet ouvrage – et s’en explique dans l’introduction :

02/07/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Dossier documentaire Géoéconomie & Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle Géoéconomie, Monde en Question.

Budget militaire des États-Unis


Bibliographie économie

 

Ce graphe, plus éloquent qu’un long discours, montre que le budget militaire des États-Unis est plus important que celui cumulé des huit autres pays les plus dépensiers en matière d’armement.

Lire aussi :
Dossier documentaire USA, Monde en Question.
Index Économie, Monde en Question.
Veille informationnelle Géoéconomie, Monde en Question.

La destruction des Indiens des Plaines


Bibliographie histoire

 

La conquête des Plaines constitue l’un des chapitres mythique de l’histoire du Canada. Mais le mythe a son versant sombre. En quelques années seulement, des milliers d’Autochtones sont morts ; les survivants ont été réduits en sujétion.

Dans cette ouvrage passionnante et bouleversante, James Daschuk analyse les causes de cet effroyable massacre : les maladies venues de l’Ancien Monde ; les rigueurs du climat ; mais surtout, la politique ethnocidaire du gouvernement canadien.

Pour les premiers habitants des Plaines, le « rêve national » de sir John A. Macdonald a tourné au cauchemar. Le Canada actuel continue d’en payer le très lourd tribut : en matière de richesse et de santé, un gouffre sépare Autochtones et Allochtones : le racisme, les différends et les malentendus continuent par ailleurs de les opposer.

James DASCHUK, La destruction des Indiens des plaines – Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone, Presses de l’Université Laval, 2015 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Index Géographie-Histoire, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

La conquête continue…


Bibliographie géopolitique

 

L’an 501 tente de jeter un regard clairvoyant sur les 500 ans de la conquête européenne du monde, depuis l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique le 12 octobre 1492. Dans cet ouvrage publié initialement en 1993, Chomsky expose les mécanismes et principes au fondement de cet envahissement et ce que celui-ci laisse entrevoir pour l’avenir. Car en l’an 501, alors que les États-Unis d’Amérique ont pris le relais de l’hégémonie mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en développant le plus puissant et implacable empire que le monde ait connu, force est de constater que la conquête continue.

Vingt-cinq ans après sa parution, L’an 501 demeure un incontournable pour comprendre les dynamiques géopolitiques actuelles et pour s’initier à la pensée politique de Noam Chomsky. Dans un style tout imprégné d’une âpre ironie qui n’est pas sans rappeler Voltaire, le célèbre linguistique et intellectuel analyse la situation en Haïti, en Amérique latine, à Cuba, en Indonésie et ailleurs, tout en décrivant la constitution d’un tiers-monde au coeur même des États-Unis. Chomsky dresse des parallèles entre les génocides de l’époque coloniale et l’exploitation et les meurtres associés à l’impérialisme contemporain. Véritable cours d’histoire des cinq derniers siècles dont le propos est encore criant d’actualité, cette nouvelle édition est bonifiée d’une préface inédite de l’auteur dans laquelle il rappelle que la conquête se poursuit toujours.

Noam CHOMSKY, L’an 501 – La conquête continue, L’Herne, 2007 [Chapitre 8 – La tragédie d’HaïtiTexte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Noam CHOMSKY, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Conquistadors


Bibliographie littérature

 

Conquistadors raconte un épisode de la conquête du monde telle que je l’ai rêvée, ouragan ou invasion de sauterelles. C’est en tous les cas un grand raout d’or et de sang, épopée glorieuse et vulgaire, comme elles le sont toutes, assortiment de hautes manœuvres et de mauvais coups.

Cet épisode est celui de la conquête du Pérou par Francisco Pizarro et de la destruction de l’Empire inca. On y voit s’ouvrir la tragédie de notre monde, celui où nous vivons, par un grand fait divers où la mappemonde, Dieu, l’or et la poudre se rencontrent.
Ainsi, s’accrochant aux pentes sèches de la Cordillère pour la grande chasse à Dieu, les mercenaires d’Espagne soufflèrent sur les premières braises de l’empire le vent glacial du progrès.

Eric VUILLARD, Conquistadors, Actes Sud, 2015 [Critica LatinoamericanaMediapartStalkerTexte en ligne].

Voilà encore un récit qui déplaira aux Charlie de Panurge qui privilégient la glorification des Empires coloniaux et en particulier de l’Empire colonial français.

29/06/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Articles Charlie Hebdo, Monde en Question.
Dossier documentaire Littérature, Monde en Question.
Veille informationnelle Livres, Monde en Question.

Nos ancêtres les Arabes


Bibliographie littérature

 

La langue arabe offre à la langue française force mots, sans que personne ne s’en doute. Que la langue arabe vienne en troisième position après l’anglais et l’italien a de quoi surprendre. Dans l’alimentation, par exemple, une pastèque, des artichauts, des aubergines, des épinards à l’estragon, une mousseline, un sorbet arrosé de sirop, en buvant de la limonade ou une orangeade, pour finir avec un café, sans sucre, et un alcool, tout cela vient du monde arabe.

Pour la mode, une jupe de coton, un gilet de satin, un caban ou une gabardine… Pour le savant, l’algèbre, les algorithmes, les chiffres… Tous les domaines de l’existence sont ainsi répertoriés pour rappeler les mots arabes que nous utilisons, qu’il s’agisse de la flore, de la faune, des parfums et bijoux, de l’habitat, des transports, de la guerre, des couleurs, des fêtes, de la musique, des lettres et des arts, des religions, etc.
Sans oublier les effets sur notre langue de la colonisation, de la guerre d’Algérie, du rap…

Pour Lavisse, « Nos ancêtres les Gaulois » étaient avant tous des barbares et sans les Romains et la civilisation arabe, qui a irrigué tous le Moyen-Age, la Renaissance aurait encore tardé. Jean Pruvost nous offre une nouvelle fois l’occasion de nous plonger dans le grand voyage des mots de la langue française..

Jean PRUVOST, Nos ancêtres les Arabes – Ce que notre langue leur doit, JC Lattès, 2017 [Texte en ligne].

N’en déplaise aux Charlie de Panurge, la culture européenne doit beaucoup aux Arabes, qui nous ont transmis non seulement les textes grecs et latins, mais ont innové notamment dans les mathématiques, la médecine et la littérature. Ainsi, la littérature de « l’amour courtois » puisa son inspiration chez le poète Ibn Dawoud qui en fut le théoricien.

Depuis la Renaissance (mouvement profondément réactionnaire), les intellectuels européens, ardents défenseurs de la Reconquista qui s’acheva en 1492, ont milité pour un « retour aux sources » de la civilisation européenne expurgées de toutes connotations orientales et ont totalement occulté le précieux héritage arabe.

26/06/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Voir aussi : Ils ont changé le monde – Les Arabes, France 5 – YouTube.
Avis de Ciné Monde : Ce moins mauvais épisode de la série détaille ce que la culture européenne doit aux Arabes.

Lire aussi :
Jean Pruvost évoque son livre, RFILa Grande Librairie – YouTube.
Webdoc : Nos ancêtres sarrasins, Institut du monde arabe.
Articles Charlie Hebdo, Monde en Question.
Dossier documentaire Littérature, Monde en Question.
Veille informationnelle Livres, Monde en Question.

Exporter la liberté


Bibliographie politique

 

« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique », dit Robespierre, « est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution.
Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme ennemis. »

Depuis toujours, les gouvernements ont masqué sous des motifs vertueux les vraies raisons qui les faisaient entrer en guerre.

À partir d’exemples empruntés de l’Antiquité à nos jours, Luciano Canfora dénonce cette « perversion morale, culturelle et politique » qui permet à un État de poursuivre une politique d’hégémonie tout en se drapant du titre de défenseur de la liberté.

Luciano CANFORA, Exporter la liberté – Échec d’un mythe, Desjonquères, 2008 [FeuilleterTexte en ligne].

Lire aussi :
Luciano CANFORA, L’imposture démocratique – Du procès de Socrate à l’élection de G. W. Bush, Flammarion, 2003 [Monde en Question].
Luciano CANFORA, La démocratie – Histoire d’une idéologie, Seuil, 2006 [Monde en Question].
Dossier documentaire Sciences sociales, Monde en Question.

Le livre noir de la colonisation de Jérusalem Est


 

Mediapart publie le rapport confidentiel des consuls européens à Jérusalem et Ramallah, qui vient d’être transmis à Bruxelles. Selon ce texte, dont nous publions quelques extraits, « la situation à Jérusalem n’a jamais été aussi menaçante depuis 1967 ».

« L’expansion des colonies et l’exclusion politique, économique, sociale des Palestiniens, qui ne cesse de s’aggraver, ont un impact négatif sur la situation à Jérusalem. La polarisation et la violence croissante dans la ville menacent de plus en plus la viabilité de la solution à deux États, avec Jérusalem comme capitale commune. Et le niveau des tensions risque de s’élever encore en 2017 avec le cinquantième anniversaire de l’annexion de la ville, compte tenu de ce que prévoient, à cette occasion, les autorités israéliennes », écrivent les chefs de missions diplomatiques de l’Union européenne à Jérusalem et à Ramallah, récemment transmis au Comité politique et de sécurité du Service européen d’action extérieure – le ministère des affaires étrangères de l’Europe, alors que cette politique de colonisation impunie d’Israël vient d’être condamnée, fin décembre, par l’adoption au Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2334, qui demande, avec l’aval des USA, à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de respecter toutes ses obligations légales dans ce domaine ».

Première constatation des diplomates européens : le mécanisme complexe de règles, de pratiques bureaucratiques, de lois ad hoc et d’impératifs sécuritaires que met en œuvre Israël à Jérusalem-Est, véritable machine infernale contre une paix négociée et pérenne, obéit à un choix de planification ethnique arrêté en 2007 par la municipalité de Jérusalem. La population palestinienne de la ville ne doit pas excéder, en effet, 40 % de la population municipale totale.

Dans cet arsenal de lois kafkaiennes, les Palestiniens de Jérusalem-Est disposent d’une carte d’identité spéciale qui leur permet de résider à Jérusalem-Est et de circuler en Israël, mais pas d’y voter lors des élections législatives. Un statut particulièrement précaire puisqu’il peut être révoqué par les autorités, si elles estiment que Jérusalem-Est n’est pas le « centre de vie » du résident.

Entre 1967 et 2015, 14 500 Palestiniens ont ainsi perdu leur droit de résidence. En outre, le statut de résident permanent, déjà difficile à préserver, ne s’applique pas automatiquement, en cas de mariage, aux conjoint(e)s des résident(e)s et ne se transmet pas automatiquement aux enfants. Et la procédure « d’unification de famille » nécessaire pour tenter de régler un telle situation est longue et coûteuse. Selon le ministère israélien de l’Intérieur, près de 8 000 Palestiniens vivaient ainsi en 2015 à Jérusalem, avec un simple permis de séjour temporaire. Autrement dit, ils étaient expulsables du jour au lendemain. Une bonne partie d’entre eux étaient des enfants dont l’un des parents possède une carte d’identité de résident à Jérusalem-Est et l’autre des papiers d’identité de Cisjordanie. Benjamin Netanyahou l’a admis publiquement en octobre 2015, rappellent les auteurs du rapport : la révocation du droit de résidence est l’une des mesures qui peuvent être prises à titre de punition ou de dissuasion, en cas d’escalade de la violence.

Autre obstacle quotidien à la liberté de mouvement des Palestiniens : le mur ou la barrière de séparation construite par Israël en Cisjordanie, officiellement pour des raisons de sécurité, en réalité pour annexer de fait à Israël de larges sections du territoire palestinien, en particulier celles où se trouvent les principaux blocs de colonies. En matière de commerce et d’emplois, le préjudice causé à l’économie palestinienne est évalué par le rapport à 200 millions de dollars par an. « La barrière de séparation et le régime de permis qui lui est associé, écrivent les diplomates européens, continuent d’avoir un impact social, humanitaire et économique très négatif sur Jérusalem-Est et son arrière-pays palestinien. Elle déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare physiquement des communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est. Et, en même temps, elle incorpore des colonies israéliennes, situées au-delà de la Ligne verte de 1967 [limite de la Cisjordanie – ndlr] dans la ville. »

Selon le document européen, au moins 70 000 Palestiniens résidant à Jérusalem-Est qui vivent dans des zones rejetées en Cisjordanie par les méandres savants de la barrière ou du mur ont désormais besoin de franchir un check-point pour se rendre à leur travail ou avoir accès aux services – santé, éducation – auxquels leur donne droit leur statut de résidents et de contribuables de Jérusalem. Pour les Palestiniens qui n’ont pas de permis de résidence à Jérusalem-Est, c’est-à-dire ceux de Cisjordanie, la vie est en encore plus compliquée, relèvent les diplomates. Ils doivent disposer d’un permis, très difficile à obtenir car soumis à une multitude de conditions. Ils ne sont pas autorisés à entrer à Jérusalem en automobile et à y passer la nuit. Et ils ne peuvent entrer que par 4 des 16 check-points qui entourent la ville.

Alors que les 316 000 Palestiniens de Jérusalem-Est représentent environ 37 % de la population de la ville, la part du budget municipal affecté à leurs quartiers ne dépasse pas 10 %. Ce qui se traduit par un manque criant de classes dans les écoles, de services d’urgence médicale, de bureaux de poste, de véhicules et de personnels pour la collecte des ordures. En matière d’éducation, note le rapport, Jérusalem-Est manque de 2 672 classes. Plutôt que de mettre en chantier des classes nouvelles, la municipalité de Jérusalem s’est limitée, pour contenir le mécontentement, à louer 800 locaux, pour la plupart mal adaptés à l’enseignement.

À ce manque de locaux scolaires s’ajoute, comme pour les six hôpitaux de Jérusalem-Est, un sérieux problème de liberté de circulation du personnel. Entre 70 et 80 % du personnel des hôpitaux de Jérusalem-Est a besoin d’un permis – renouvelable tous les six mois – pour entrer en ville. Et le quota d’employés originaires de Cisjordanie, qui est variable, est notifié verbalement aux directeurs d’hôpitaux. Une centaine de médecins sont autorisés à entrer à Jérusalem en voiture, les infirmières et le reste du personnel doivent franchir les check-points à pied.

On imagine bien que, dans de telles conditions, l’économie de Jérusalem-Est, qui repose essentiellement sur un tissu de petites ou très petites entreprises, vit des temps difficiles, d’autant que « le secteur du tourisme palestinien ne reçoit qu’une part très modeste des revenus générés par le tourisme international ». « En raison de son isolement et du système strict des permis israéliens, la ville a largement cessé d’être un centre économique et commercial, constatent les diplomates. Surtout, la contribution globale de Jérusalem-Est au PNB palestinien a décliné de 15 % avant les Accords d’Oslo à moins de 7 % aujourd’hui. » Le taux de chômage avoisine 35 % chez les jeunes et 19,9 % chez les femmes. Et le taux de pauvreté est passé entre 2006 et 2016 de 64 à 75 %.

Quant aux infrastructures de transport, « elles servent surtout, constate le rapport, à renforcer le contrôle israélien sur Jérusalem-Est ». « Le tramway illustre la politique israélienne qui consiste à relier les colonies israéliennes de Jérusalem-Est avec le centre-ville à Jérusalem-Ouest, affirme le document. À l’exception de quelques stations, à Shu’afat et Beit Hanina, le tram ne dessert pas les quartiers palestiniens. La municipalité de Jérusalem prévoit de doubler pratiquement la longueur de la ligne de tram existante jusqu’à la colonie de Neve Yaakov, pour relier d’autres colonies (Neve Yaakov, Gilo, Ramot) à Jérusalem-Ouest. » D’autres infrastructures, notamment un téléphérique urbain et des routes en construction ou en projet dont la liste figure dans le rapport, illustrent l’intention israélienne de « consolider la liaison entre les principales colonies israéliennes et Jérusalem ».

C’est pourquoi, en dépit d’une diminution des actes de violence depuis le milieu de l’année 2016, le tramway demeure un détonateur des tensions ». Tensions que les responsables palestiniens ont de plus en plus de mal à contrôler. D’autant que leur absence a été organisée par Israël. La fermeture par le gouvernement israélien des principales institutions palestiniennes de la ville – Orient House, siège de l’OLP, ou la Chambre de commerce –, comme le harcèlement dont sont victimes les institutions culturelles ou la répression qui se poursuit contre toute forme de vie politique palestinienne à Jérusalem-Est, ont « largement contribué à la fragmentation de la société palestinienne, à l’isolement des communautés locales palestiniennes et à l’affaiblissement de l’identité collective ».

Après avoir rappelé que pour l’UE « les colonies sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la solution à deux États et à la paix », et que 211 000 colons, sur les quelque 600 000 implantés dans les territoires occupés, vivent aujourd’hui à Jérusalem-Est, à côté de 316 000 Palestiniens, les auteurs du rapport passent en revue les différentes stratégies employées par Israël pour densifier la population juive de Jérusalem-Est. Et cela, tout en séparant les quartiers palestiniens les uns des autres par des colonies urbaines qui bloquent l’extension de l’habitat palestinien et en coupant la ville de la Cisjordanie par un chapelet de colonies périphériques qui interdisent tout développement des faubourgs palestiniens vers le nord, l’est et le sud. Aujourd’hui, constate le document, 2 500 colons vivent dans des « enclaves » au cœur des quartiers palestiniens de Jérusalem-Est.

Dans certains quartiers, tel Silwan, au pied des remparts de la Vieille ville et de l’Esplanade des Mosquées, où les organisations privées de colonisation comme El’ad ou Ataret Cohanim sont particulièrement actives, ces « récupérations » de propriétés ont donné lieu à un nombre croissant d’expulsions d’habitants palestiniens. Selon le rapport, près de 500 Israéliens vivent aujourd’hui sous haute protection militaire parmi les 10 000 Palestiniens du secteur de Silwan, où le nombre de colons a quadruplé en moins de deux ans.

Parmi les autres procédés utilisés par les planificateurs de la colonisation pour contenir, voire empêcher le développement des quartiers palestiniens tout en étendant la présence juive dans Jérusalem-Est, le rapport examine longuement la multiplication des parcs nationaux et des espaces archéologiques, qui servent, en outre, à établir un « récit historique national » destiné à exalter « la continuité de la présence juive dans le secteur, au détriment des autres religions et cultures ». L’avantage, pour les autorités israéliennes, est que dans de tels cas, l’autorité sur le terrain est transférée de la municipalité de Jérusalem à l’Autorité des parcs et des réserves naturelles, qui n’a aucune obligation à l’égard des habitants palestiniens et peut donc obtenir leur expropriation et leur expulsion sans indemnité.

Et les restrictions et interdictions de construction créent une évidente pénurie de logements pour les résidents palestiniens, souvent obligés de construire sans obtenir de permis de la municipalité, s’exposant ainsi au risque d’être expulsés. Aujourd’hui, relève le rapport, le nombre de constructions palestiniennes menacées de démolition par un ordre administratif, judiciaire ou militaire s’élève à 24 000, ce qui expose 144 000 Palestiniens au risque d’expulsion.

À cette accumulation d’inégalités, d’injustices, d’abus et d’humiliations, génératrice de frustration et de révolte, s’ajoute une série d’initiatives et de déclarations, à propos de la gestion des lieux saints juifs et musulmans, qui visent à modifier un statu quo vieux de deux siècles et ont favorisé l’accroissement des tensions sur le terrain. Sous la pression des religieux juifs extrémistes et des colons, qui exercent une influence croissante au sein de sa majorité parlementaire, Benjamin Netanyahou a fait preuve d’une « tolérance accrue » à l’égard de ceux qui entendent modifier le régime des accès aux lieux saints, au bénéfice des seuls fidèles juifs.

« Compte tenu de l’importance du Haram al-Sharif/Mont du Temple pour les juifs et les musulmans, écrivent les auteurs du rapport, toute menace ou perception de menace sur son intégrité ou sur le statu quo ne risque pas seulement de saper toute reprise du processus de paix, mais a le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions sur la planète entière, tout en amplifiant la dimension religieuse du conflit. »

Cette politique israélienne, selon les auteurs du rapport, a fortement contribué au renforcement de la polarisation et au regain de violence. Entre le début de l’année et les premiers jours de décembre, notent les consuls, trois Israéliens et vingt-six palestiniens ont été tués à Jérusalem. En représailles, certains Palestiniens, auteurs d’attaques individuelles, ont apparemment été tués dans des situations où ils ne représentaient plus une menace. Parallèlement, les autorités israéliennes ont remis en vigueur la pratique punitive de démolition des maisons des Palestiniens accusés d’attentats. Approuvée par la Cour suprême, cette technique de dissuasion a provoqué la colère des Palestiniens, qui la jugent unilatérale : elle n’a pas été appliquée, en effet, aux trois Israéliens qui avaient tué un jeune Palestinien en juillet 2014.

Les auteurs de ce rapport rappellent qu’il revient aux États membres de l’UE d’appliquer les mesures qui permettent de distinguer clairement les produits fabriqués en Israël et ceux en provenance des territoires occupés…

« On a déjà vu plus audacieux. Mais peut-on en attendre davantage de l’Union européenne », s’interroge Mediapart ?

Source : CAPJPO-EuroPalestine

Lire aussi :
Zeev STERNHELL, Le livre noir de l’occupation israélienne, Autrement, 2013 [Texte en ligne].
Henry LAURENS, Les accords Sykes-Picot, Arrêt sur Info.
Dossier documentaire Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Un rêve oublié entre Guyane et Brésil


Bibliographie histoire

 

Dernier refuge du mythe de l’Eldorado, territoire ouvert aux ambitions des aventuriers, aux visions des illuminés, proie des trafiquants de toute espèce, l’espace compris entre l’Oyapock et l’Amazone n’a cessé d’enflammer les imaginations. Un faisceau de circonstances diverses mais convergentes devait faire de ces étendues apparemment sans maître, le lieu de naissance d’un état rêvé, la République de Counani.

Entre Paris, Cayenne et Rio elle devait faire couler beaucoup d’encre et engendrer bien des déceptions avant de sombrer dans l’oubli. Que fut Counani ? Un vaudeville ? La vanité manifeste d’Européens en mal de reconnaissance sociale ? Le dernier avatar de la France équinoxiale ? Ou le commencement de l’émergence brésilienne dans la région ? Comme souvent à l’époque, l’intrigue s’est jouée sans que l’avis des autochtones fût sollicité.

Odon ABBAL, Un rêve oublié entre Guyane et Brésil – La République de Counani, Ibis Rouge, 2015 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.