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Archives Journalières: 17/04/2020

Les biais cognitifs des croyances


Bibliographie sciences

 

Cela est contre-intuitif, mais souvent nous ne pensons et n’agissons pas de façon rationnelle. Par exemple, après les attaques du World Trade Center, beaucoup d’entre nous ont eu peur de prendre l’avion et ont privilégié les déplacements en voiture lorsqu’ils étaient possibles. Pourtant la probabilité de mourir en avion est très inférieure à celle de mourir en voiture.

Pourquoi avons-nous tendance à accorder plus de poids aux informations qui confirment nos croyances qu’à celles qui les infirment ? Pourquoi les narrations construites par notre cerveau peuvent être parfaitement cohérentes et néanmoins totalement erronées ? Bref, pourquoi sommes-nous biaisés ? Comprendre et savoir remédier aux biais cognitifs est fondamental car leurs conséquences tant au niveau individuel qu’au niveau collectif sont loin d’être anodines.

Maniement des probabilités, compréhension du hasard, prise de décision : dans chacun de ces domaines, l’influence des biais cognitifs est majeure. En s’appuyant sur de nombreux exemples de notre quotidien et dans un style très vivant, Vincent Berthet met en lumière notre rationalité limitée. Et montre comment certains acteurs en tirent parfois profit.

Voici un extrait de la conclusion :

Notre rationalité limitée nous pousse à développer et à entretenir des croyances erronées. L’effet d’échelle d’Internet en général et des réseaux sociaux en particulier a décuplé l’ampleur de ce phénomène. D’un côté, le Web a renforcé la polarisation des opinions par la mécanique du communautarisme idéologique. Quelle que soit votre opinion, vous trouverez toujours sur le Net un groupe de personnes partageant la même opinion que vous, ce qui renforcera votre conviction. Or les animaux rationnellement limités que nous sommes tendent à croire que l’intersubjectif et l’objectif possèdent le même statut épistémique : croyance partagée équivaut à vérité. À côté de cette polarisation des opinions coexiste une certaine crédulité des citoyens. Le Web permet de toucher en masse cette « démocratie des crédules » selon les termes du sociologue Gérald Bronner, sur laquelle prospèrent les désinformateurs, les marchands de doute, et les auteurs de fake news. La polarisation des opinions et la crédulité collective préservent la liberté d’expression et d’opinion, mais obscurcissent la vérité. Ainsi, à l’ère de la post-vérité, l’opinion est première et la vérité secondaire.
p.143-144

Vincent BERTHET, L’erreur est humaine – Aux frontières de la rationalité, 2018 CNRS, [Texte en ligne].

Le chapitre Rationalité limitée et pouvoirs publics présuppose que les pouvoirs publics agiraient plus rationnellement que les individus :

La rationalité limitée est un phénomène dont la réalité est scientifiquement établie. Comment les pouvoirs publics devraient-ils intégrer la rationalité limitée des individus dans leur action ? Les pouvoirs publics doivent avant tout protéger les individus des conséquences néfastes (pour eux-mêmes et pour autrui) de leur rationalité limitée.
p.127

Les décideurs politiques sont eux-mêmes soumis aux biais cognitifs des croyances. Ainsi, le gouvernement mexicain a copié-collé les décisions du gouvernement français alors que le pays totalisait seulement 12 cas et 0 mort (Les croyances sont plus têtues que les faits). Ces mesures drastiques de confinement sur tout le territoire pour une période indéterminée ne servent qu’à alimenter la psychose !

15/04/2020
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

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