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La guerre trouble des GAFAM


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Les géants du web brassent des milliards de dollars et tiennent à ce que cela continue, quitte à frapper fort pour protéger leurs affaires.

Entre Facebook et Apple, la guerre est déclarée depuis plusieurs mois. Les critiques récurrentes de Tim Cook, le PDG de la marque à la pomme, sur le manque de respect de la vie privée et la gestion des données des internautes, ont visiblement touché Mark Zuckerberg. À tel point que le patron de Facebook exige désormais que son équipe managériale abandonne ses iPhones pour des smartphones tournant sous Android – officiellement parce que le système d’exploitation de Google compte davantage d’utilisateurs et utilisatrices.

Apple vs Facebook: fight!

Mais Mark Zuckerberg et Facebook ne se sont pas arrêtés là. Le New York Times a récemment révélé que Facebook avait engagé le cabinet de communication Definers pour s’en prendre à ses critiques via un site conservateur, sur lequel sont apparus des articles au vitriol. Si les attaques contre le milliardaire George Soros ont été particulièrement relayées par la presse parce qu’elles se nourrissent d’un certain complotisme, le quotidien new-yorkais notait également la présence d’articles critiques contre Apple et Tim Cook.

« Le travail de Definers sur Apple est financé par une entreprise tierce du monde de la tech, assure Tim Miller, l’un des responsables de Definers, au New York Times. Mais Facebook s’en prend à Apple parce que les critiques de Tim Cook énervent Facebook. Si le sujet de la vie privée revient sur le tapis, Facebook sera heureux de semer la confusion. »

Ce genre de guéguerre livrée par proxy au sein de la Silicon Valley n’est pas nouvelle. En décembre 2018, Wired remontait le cours de l’histoire et revenait sur l’affaire Oracle-Microsoft de 1999 pour expliquer que les « sales coups de Facebook » n’avaient rien de nouveau. « Finalement, tout le monde avait alors compris que si elles étaient attaquées, les entreprises de la tech géreraient leurs relations publiques avec le zèle d’une campagne politique, que ce soit en discréditant les critiques, en formant des alliances avec des adversaires ou en forçant les gens à aller regarder du côté de leurs compétiteurs », pouvait-on lire.

Des millions contre la régulation

Le but est bien sûr de protéger sa petite entreprise. Et pour ça, les géants du web n’hésitent pas à dépenser beaucoup d’argent – comme n’importe quel autre leader dans son secteur. Cela dure depuis un moment déjà, mais en avril 2018, Les Échos parlaient des records atteints par Google, Apple, Facebook et Amazon (les GAFA) quant aux sommes consacrées au lobbying.

« Google est le plus généreux en la matière. Le groupe a dépensé environ 5 millions de dollars [4,4 millions d’euros] sur les trois premiers mois de l’année. C’est 43% de plus qu’il y a un an. Amazon a également augmenté ses investissements en lobbying, avec une enveloppe de 3,38 millions de dollars [3 millions d’euros], soit 17% de hausse sur un an. Facebook se situe juste derrière, avec 3,30 millions de dollars [2,9 millions d’euros] en dépenses trimestrielles de lobbying. Enfin, Apple se contente pour l’instant de 2,14 millions de dollars [1,9 million d’euros], même si l’entreprise enregistre la plus forte hausse sur un an, soit 53% de plus qu’au premier trimestre 2017. »

Et ces données ne prennent même pas en compte les dépenses européennes des GAFA. Bloomberg expliquait ces montants record en partie par le fait que les temps ont changé, et que ces entreprises ne sont plus vénérées comme elles l’étaient à une certaine époque. Apple, Google, Facebook : aux États-Unis, tous sont désormais « critiqués par des législateurs des deux bords politiques sur une pléthore de sujets ».

Alors les géants du web essaient de trouver des solutions. Que ce soit pour protéger leur réputation -comme pour Facebook face au scandale Cambridge Analytica – ou pour consolider leur business, ils n’ont pas peur de mettre la main au porte-monnaie.

Au moment de l’audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain, The Verge avait dressé la liste des responsables politiques ayant reçu de l’argent de la part de Facebook. Le site avait calculé qu’en douze ans, l’entreprise avait dépensé sept millions de dollars [6,1 millions d’euros] en contributions à des campagnes politiques – un peu plus pour les Démocrates que pour les Républicains.

Les membres du Congrès chargés d’interroger le PDG de Facebook avaient reçu plus 640.000 dollars [560.000 euros] de la part du réseau social, mais The Verge précisait cependant qu’il n’y avait « pas de corrélation entre le montant reçu par les élus et l’hostilité des questions posées lors de l’audition ».

Si les GAFAM dépensent autant d’argent, c’est que la régulation leur fait peur. Entre Donald Trump et ses menaces d’un côté et l’Union européenne de l’autre, ces entreprises ont décidément connu des temps plus sereins.

Dernièrement, Google n’a pas hésité à sortir l’artillerie lourde. Via les médias friands du trafic apporté par Google Actualités ou via les YouTubeurs et YouTubeuses, la firme tente grâce à une intense campagne de lobbying de faire sauter les articles 11 et 13 de la proposition de directive européenne sur le droit d’auteur, qui lui seraient grandement défavorables.
Ennemis, main dans la main

Peut-être l’entreprise de Mountain View trouvera-t-elle dans sa campagne européenne un soutien parmi les autres membres du club des GAFA. Pourtant si prompts à se tirer dans les pattes, les géants du web sont parfois prêts à travailler main dans la main quand ils se trouvent un objectif commun.

C’est ce que l’on a notamment pu observer en 2017, lorsque la section 230 du Communications Decency Act – grâce à laquelle ces acteurs ne sont pas tenus responsables du contenu posté par les internautes sur leur site – a été remise en cause. « Des avocats embauchés par les entreprises de la tech ont férocement bataillé pour empêcher la moindre érosion de cette loi. Des lobbyistes ont travaillé jour et nuit pour bloquer une législation qui fragiliserait cette immunité », écrivait Wired. Le tout avant de finalement changer leur fusil d’épaule quelques mois plus tard.

Ensemble, et pour mieux défendre leurs intérêts, ces mastodontes ont créé une association de lobbying, l’Internet Association, qui intervient par exemple sur les questions de propriété intellectuelle ou de neutralité du net.

En plus du combat mené sur cette fameuse section 230, Recode annonçait en janvier 2018 que l’Internet Association s’était lancée dans une bataille judiciaire pour restaurer la neutralité du net, abolie aux États-Unis par la Commission fédérale des communications.

Les GAFA abordent également des questions qui ne sont pas purement technologiques, mais néanmoins tout aussi cruciales pour leur succès. En 2017, les quatre entreprises s’étaient retrouvées sur la question de l’immigration. « Le décret anti-immigration, signé début 2017, a fortement inquiété la Silicon Valley, qui emploie beaucoup d’ingénieurs étrangers et a donc tout fait pour limiter la portée de cette décision », résumaient Les Échos en avril 2018.

Cette vogue consistant à dépenser toujours plus en matière de lobbying risque de perdurer. Au vu de la défiance aujourd’hui générée par les géants du web, il est difficile d’imaginer comment la tendance pourrait s’inverser.

Source : Grégor BRANDY, Korii, 01/02/2019.

Lire aussi :
La Quadrature du Net déclare la guerre aux GAFAM… et vous ?, La Tribune, 30/04/2018.
Index Médias, Monde en Question.
Dossier documentaire Médias, Monde en Question.
Veille informationnelle GAFAM, Monde en Question.

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