Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Journalières: 14/11/2016

Élections américaines – Revue de presse


 

26/07/2016, Michael MOORE, Cinq raisons pour lesquelles Trump va gagner, The Huffington Post.

Je crois que Trump va porter une attention particulière aux États « bleus » de la région des Grands Lacs, c’est-à-dire le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin.
L’arc qui va de Green Bay à Pittsburgh est l’équivalent du centre de l’Angleterre. Ce paysage déprimant d’usines en décrépitude et de villes en sursis est peuplé de travailleurs et de chômeurs qui faisaient autrefois partie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Reagan. Ils ont ensuite été abandonnés par les politiciens démocrates qui, malgré leurs beaux discours, fricotent avec des lobbyistes de Goldman Sachs prêts à leur écrire un beau gros chèque.
[…]
Pouvons-nous parler en toute franchise? En premier lieu, je dois avouer que j’aime bien Hillary Clinton. Je crois qu’elle est la cible de critiques non méritées. Mais après son vote en faveur de la guerre en Irak, j’ai promis de ne plus jamais voter pour elle. Je suis contraint de briser cette promesse aujourd’hui pour éviter qu’un proto-fasciste ne devienne notre commandant en chef. Je crois malheureusement qu’Hillary Clinton va nous entraîner dans d’autres aventures militaires, car elle est un « faucon » perché à droite d’Obama.
[…] des millions d’Américains en colère seront tentés de voter pour Trump. Ils ne le feront pas parce qu’ils apprécient le personnage ou adhèrent à ses idées, mais tout simplement parce qu’ils le peuvent. Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera.

20/10/2016, Le discours de Donald Trump au dîner d’Al Smith


Source : Les crises

 

05/11/2016, Patrick MARTIN, La campagne électorale américaine révèle l’écart entre les masses et le système bipartite, WSWS.

La campagne électorale est un signe de plus du dysfonctionnement profond du système politique américain, dans lequel deux partis contrôlés par le grand patronat, chacun défendant les intérêts des super-riches, jouissent d’un monopole politique.
[…]
Clinton est la candidate du statu quo, représentant l’alliance entre Wall Street, l’appareil militaire et des services de renseignement, et la classe moyenne supérieure complaisante et auto-satisfaite dans laquelle règne la politique fondée sur l’identité. Son programme, si elle devait l’affirmer honnêtement, est de diriger vers l’extérieur la crise sociale sous la forme d’une intensification de la violence militaire américaine, d’abord au Moyen-Orient, mais finalement contre la Russie et la Chine, qui possèdent toutes deux des arsenaux nucléaires.
Trump représente une tentative de diriger les tensions sociales dans des voies extrêmement nationalistes, séduisant les forces racistes et fascistes. Alors qu’il prétend, faussement, s’être opposé aux interventions militaires des États-Unis au Moyen-Orient, il glorifie l’armée américaine et promet de déchaîner une violence illimitée contre n’importe quel pays qui résisterait aux exigences américaines. En fin de compte, son slogan « Make America Great Again » (retrouvez la grandeur de l’Amérique) n’est pas autre chose que la traduction anglaise du slogan hitlérien, « Deutschland Über Alles ».

08/11/2016, Joseph KISHORE et David NORTH, La campagne électorale cauchemardesque titube jusqu’à la ligne d’arrivée, WSWS.

Le fait que les deux principaux candidats, la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump soient les plus méprisés dans l’histoire de la politique présidentielle a été étayé dans d’innombrables sondages. Mais le mépris ressenti envers les deux candidats exprime une aliénation plus profonde de toute la structure de la politique capitaliste officielle.
Les candidats et les médias ont ignoré les questions sociales, économiques et politiques qui concernent la majorité écrasante du peuple. Les « débats » électoraux officiels – dans lesquels chaque candidat dénonçait la criminalité de l’autre – embarrassaient et dégoûtaient l’électorat. Clinton et Trump personnifient, chacun à sa manière, le caractère corrompu et réactionnaire du système politique.
[…]
Indépendamment du résultat, le vote d’aujourd’hui ne résoudra rien. Rien de ce qui se passera le jour des élections n’entraînera une hausse des niveaux de vie. En plus, cela ne résoudra aucun des grands problèmes sociaux auxquels la classe ouvrière fera face ou ne mettra pas fin au danger de la guerre mondiale. Il ne servira qu’à établir le cadre de la prochaine étape de la crise politique aux États-Unis.
Cette crise politique aura des conséquences d’envergure mondiale. Les commentateurs des médias internationaux ont suivi ce qui se passe aux États-Unis avec un mélange de choc et d’horreur. Edward Luce, écrivant dans le Financial Times britannique, résume l’inquiétude qui prévaut dans un commentaire publié dimanche sous le titre : « Le procès le plus grave de la démocratie américaine ». Le système politique américain, écrit-il, est « en train de tituber, quel que soit le résultat des élections américaines ».

09/11/2016, Résultats, The Huffington Post.

09/11/2016, Le discours en intégralité de Donald Trump, élu président, BFM TV.

09/11/2016, Joseph KISHORE, La victoire de Trump et la débâcle de la démocratie américaine, WSWS.

Les commentateurs médiatiques, dont aucun n’avait prévu ce résultat, reviennent à leurs routines, expliquant le vote par le comportement de divers groupements raciaux ou identitaires. Ils ont tous ignoré le fait que l’élection devenait un référendum sur la crise sociale dévastatrice aux États-Unis, que Trump a pu diriger vers la droite.
Qui est responsable de la victoire de Trump ? D’abord, la campagne Clinton et le Parti démocrate, qui ne pouvaient pas et ne voulaient pas présenter un programme qui pourrait attirer un quelconque soutien populaire.
Ensuite, Barack Obama, élu il y a huit ans en promettant « l’espoir » et le « changement ». Il a obtenu le soutien de larges sections des travailleurs, y compris des travailleurs blancs, hostiles à l’inégalité et aux politiques de guerre et de réaction sociale menées par l’Administration Bush.
Troisièmement, les syndicats, qui au cours quatre décennies où l’inégalité sociale montait, ont travaillé systématiquement afin d’étouffer la lutte des classes et maintenir l’influence du Parti démocrate. Ils ont également soutenu un nationalisme économique réactionnaire qui allait dans la même direction que la campagne de Trump.

09/11/2016, Bruno GUIGUE, Trump : les raisons de la victoire, Arrêt sur Info.

Premièrement, de larges couches de la population ont vu dans le candidat républicain un recours contre des politiques libre-échangistes qui les ont appauvries. Les mêmes analystes qui fulminent contre Donald Trump oublient généralement de rappeler qu’aux USA il y a 20 à 25% de pauvres. Les classes moyennes ont encaissé le choc en retour de la crise de 2008 et les travailleurs ont fait les frais de la mondialisation libérale encensée par les démocrates. Après huit années de présidence Obama, ce délabrement de la société américaine peut difficilement être porté au crédit du président sortant. Première leçon de cette élection : quand ceux qui se disent progressistes ne le sont qu’en paroles, le peuple essaie autre chose.
Deuxièmement, Donald Trump a gagné parce qu’il est apparu à tort ou à raison comme un électron libre, sans allégeance particulière, voire étranger au système politique traditionnel. Le milliardaire qui pavoise les gratte-ciel de son nom en lettres géantes, bien sûr, est un pur produit du système capitaliste. Il aime se présenter comme un self-made man qui s’est taillé un empire immobilier dans la jungle new-yorkaise. Evidemment ce n’est qu’une belle histoire enjolivée pour les besoins de la cause, mais peu importe puisque les Américains qui votent pour lui ont follement envie d’y croire.
Troisièmement, Donald Trump doit aussi son succès massif, bien sûr, au climat pestilentiel qui régnait autour de la candidate démocrate. Experte en double langage, Hillary Clinton s’est pris les pieds dans le tapis à force de multiplier les mensonges. Elle s’est mouillée jusqu’au cou avec Wall Street, allant jusqu’à confesser qu’elle se sentait « plus proche des financiers que de la classe moyenne depuis qu’elle et Bill avaient gagné des dizaines de millions de dollars ». Le trucage éhonté des primaires démocrates et l’affaire rocambolesque des emails ont fait le reste. Les ploucs qui se lèvent tôt le matin pour aller nourrir leur famille ou payer les études de leurs enfants viennent de renvoyer l’ascenseur à celle dont ils ne supportaient plus la duplicité. Direction le sous-sol.

09/11/2016, Glenn GREENWALD, Les Démocrates, Trump et le refus actuel dangereux de tirer les leçons du Brexit, Les crises.

Il est indéniable que les institutions occidentales dominantes ont, durant des décennies, sans relâche et dans une totale indifférence, piétiné le bien-être économique et la sécurité sociale de centaines de millions de personnes. Tandis que les cercles des élites se sont gavés de mondialisation, de libre-échange, de jeu au casino de Wall Street et de guerres sans fin (des guerres qui ont enrichi leurs auteurs et fait porter le fardeau aux plus pauvres et aux plus marginalisés), ils ont complètement ignoré les victimes de leur gloutonnerie, sauf lorsque ces victimes prenaient la parole un peu trop fort – quand il y avait du grabuge – et qu’elle étaient traitées avec dédain d’hommes des cavernes et d’avoir mérité leur défaite dans le jeu glorieux et mondial de la méritocratie.
[…]
« Au lieu de reconnaître et de corriger leurs failles profondes, [les élites] consacrent leurs énergies à diaboliser les victimes de leur corruption dans le but de délégitimer ces revendications et ainsi se dédouaner de la responsabilité d’y répondre de manière significative. Cette réaction ne fait que conforter, sinon justifier, la perception dynamique que ces élites institutionnelles sont désespérément centrées sur leurs propres intérêts, sont nocives et destructrices et ne peuvent donc pas être reformées mais doivent plutôt être détruites. Cela garantit en retour qu’il se produira beaucoup plus de Brexits et de Trump dans notre avenir commun. »

09/11/2016, Paul CRAIG ROBERTS, La classe ouvrière a gagné l’élection, Arrêt sur Info.

Il reste encore à voir la réaction de l’oligarchie devant la victoire de Trump. Wall Street et la Réserve fédérale ont la capacité de créer une crise économique afin de mettre Trump sur la défensive, et ils peuvent utiliser la crise pour forcer Trump à nommer l’un des leurs au poste de Secrétaire au Trésor. Des agents sans scrupules de la CIA et du Pentagone peuvent fomenter un attentat sous fausse bannière pouvant perturber les relations amicales avec la Russie. Trump peut faire la faute de conserver les néocons dans son administration.
[…]
Nous ne savons pas qui choisira Trump pour servir dans son gouvernement. Il est probable qu’il ne connaît pas les diverses possibilités et les rapports dans les affaires étatiques. Cela dépend en réalité de qui conseille Trump et des conseils qui lui sont donnés. Au moment où nous connaîtrons son gouvernement, nous saurons si nous pouvons espérer que les changements ont des chances de se réaliser.
Dans le cas où l’oligarchie ne serait pas en mesure de retenir Trump, s’il réussit réellement à modérer le pouvoir et le budget du complexe militaro-sécuritaire et à tenir politiquement responsable le secteur financier, il se pourrait qu’il soit assassiné.
[…]
Hillary est battue, mais pas les oligarques. S’il est conseillé à Trump d’être conciliant, de tendre la main et de faire entrer l’establishment dans son gouvernement, le peuple étasunien sera de nouveau déçu. Dans un pays dont les institutions ont été si parfaitement corrompues par l’oligarchie, il est difficile de réussir à amener de véritables changements sans effusion de sang.

11/11/2016, Lucas MAUBERT, Avec Trump président, la Cour Suprême va basculer, Les Yeux du Monde.

[…] il est également à retenir que les élections du 9 novembre 2016 auront fait basculer les institutions fondamentales de la première puissance du monde dans le camp du conservatisme. Au-delà de la victoire de Trump, les Républicains sont parvenus à conserver une courte majorité au Sénat – 51 sièges sur 100 – ainsi qu’à la Chambre des Représentants.
[…]
Le changement le plus durable aura lieu à la Cour Suprême. Créée par l’article III de la Constitution, cette institution est compétente sur chaque sujet relevant du droit constitutionnel, des lois votées par le Congrès et des traités signés par le pays. Elle est d’autant plus importante qu’il s’agit de la plus haute institution judiciaire aux États-Unis ce qui rend ses décisions irrévocables.
[…]
Actuellement, il y a un équilibre des forces au sein de l’institution, quatre membres étant jugées plutôt comme étant du camp progressiste, quatre du camp conservateur. Trump aura le pouvoir de faire basculer la Cour dans ce dernier camp. Lors de la campagne électorale, il avait annoncé que les juges qu’il nommerait seraient pro-vie et défendraient le deuxième amendement sur le port d’armes. Surtout, il aura l’occasion d’élargir cette nouvelle majorité conservatrice.
[…]
Les juges étant nommés à vie, la Cour Suprême pourrait demeurer conservatrice pour les vingt prochaines années. C’est donc l’ensemble d’une génération qui pourrait se voir affectée par les décisions de la Cour Suprême, que ce soit sur l’avortement, l’immigration, le port d’arme ou l’assurance-maladie. Ce sera peut-être cela, le véritable héritage de la présidence Trump…

Lire aussi : Dossier documentaire USA, Monde en Question.