Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Wikipédia, une guerre d’édition


 

Pour que lecteur comprenne la nature de la guerre picrocholine d’édition du synopsis du film Compliance sur Wikipédia, plus chronophage qu’efficace, j’en fais un résumé à partir des discussions dispersées sur plusieurs pages.

Historique

Le 21 septembre 2012 à 08:43, Patrick Rogel a créé la page avec ce synopsis‎ :

Sandra (Ann Dowd), la directrice d’un fast-food, reçoit le coup de fil d’un soi-disant policier l’informant qu’une de ses employées a commis un vol. Le pseudo-policier la convainc d’interroger l’innocente…

Le 7 octobre 2012 à 10:35, Jean-Louis Lascoux a modifié substantiellement le synopsis :

Sandra (Ann Dowd), la directrice d’un fast-food, reçoit le coup de fil d’un soi-disant policier l’informant qu’une de ses employées a commis un vol. Le pseudo-policier la convainc de conduire l’interrogatoire en attendant l’intervention de ses collègues. Tout se passe par téléphone. Passant d’un interlocuteurs à l’autre, le combiné est l’instrument qui permet au faux policier de s’imiscer dans l’intimité de chaque protagoniste, jusqu’à conduire au viol de la jeune femme accusée à tort.
Personne, en premier Patrick Rogel, ne lui a demandé de prouver que le film montrait une scène de viol.

Le 8 février 2013 à 14:40, j’ai modifié un détail :

Sandra, la directrice d’un fast-food, reçoit le coup de fil d’un soi-disant policier l’informant qu’une de ses employées a commis un vol. Le pseudo-policier la convainc de conduire l’interrogatoire en attendant l’intervention de ses collègues. Tout se passe par téléphone. Passant d’un interlocuteur à l’autre, le combiné est l’instrument qui permet au faux policier de s’immiscer dans l’intimité de chaque protagoniste, jusqu’à conduire à une fellation imposée à la jeune femme accusée à tort.
Discussion :

  1. Pour la majorité des gens, le terme viol désigne la pénétration sexuelle d’une femme par un homme contre la volonté de cette dernière. Or, le film montre une fellation et non une pénétration.
    La définition du viol dans les dictionnaires a évolué en même temps que la législation :

    – Acte de violence par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre sa volonté.
    Petit Robert, 1978
    – Acte de violence par lequel une personne a des relations sexuelles avec une autre contre sa volonté.
    Petit Robert, 2002

  2. Le film ne montre pas une fellation imposée par son bénéficiaire, mais par un tiers qui manipule les deux protagonistes par téléphone. Tout le film repose sur le dispositif d’une manipulation à distance.

Le 8 février 2013 à 14:41, soit moins d’une minute plus tard,‎ Lepsyleon a révoqué la modification sans donner d’explication et sans respecter ses propres règles :

Depuis peu, j’utilise davantage LiveRC pour lutter contre les vandalismes sur tous les sujets, préférant, dans le doute, m’abstenir de « tirer à vue ».

Le 8 février 2013 à 15:08‎, j’ai rétabli la modification en donnant comme source la version anglaise de Wikipédia.
Le 8 février 2013 à 16:58‎, Patrick Rogel a annulé non seulement cette modification, sous le prétexte qu’elle serait anecdotique, mais il est revenu à la version du 5 octobre 2012 à 12:13 en la modifiant sans donner d’explication.

Plusieurs fronts

La discussion a eu lieu sur différentes pages :
Discussion Serge Lefort
Discussion Lepsyleon
Discussion Theoliane
Candidature Lepsyleon
Discussion Patrick Rogel

Pour résumer l’essentiel de ces bavardages qui partent dans tous les sens sans argumenter sur le fond, il ressort que la preuve que j’avais donnée n’est pas recevable parce que Wikipédia n’est pas une source ! Dont acte.
Comment prouver alors que le film ne montre pas une scène de viol, mais une fellation non imposée par son bénéficiaire ? Personne ne répond à cette question.

Analyse

J’ai décidé de laisser mes détracteurs campés seuls dans leurs tranchés car cette guerre d’édition n’a pas de sens. Elle révèle néanmoins le mode de fonctionnement de Wikipédia.

Tous les contributeurs obéissent aveuglément à des règles décidées par quelques-uns et votées par une poignée d’utilisateurs. Ainsi, certains ont invoqué au cours du débat un sondage qui fut adopté par 33 sur un total de 1 501 342 membres de la communauté soit 0,002% ! Le plus drôle est que l’interprétation de ce sondage est très variable ici et au point d’y perdre son latin.

Le recours aux règles est très largement utilisé pour verrouiller le débat et ne pas répondre sur le fond. Car il est difficile de justifier qu’un contributeur puisse introduire une information sans preuve mais qu’un autre doive prouver qu’elle est fausse. Une règle assez savoureuse est celle qui avoue que Wikipédia n’est pas une source. Ainsi, alors que l’édition française parlait d’un « viol », l’édition américaine évoquait « oral sex ». Mais on n’aurait pas le droit d’évoquer cette incohérence dans la discussion.

Il existe une règle, implicite celle-là, qui consiste à accepter une affirmation émise sans aucune preuve, mais d’exiger des preuves à celui qui ose la contester. C’est, avec le recours aux médias dominants comme preuve (« Le Monde constitue une référence solide »), une manière de procéder qui favorise l’expression servile du politiquement correct.

Vu la taille du travail, et vu le nombre très important d’actes de vandalisme, il est compréhensible que ce soit aux contributeurs de justifier de manière béton leurs contributions, et non les membres de la poignée de patrouilleurs.
Discussion Serge Lefort

S’ajoutent les réseaux informels pour évincer celui qui est perçu comme un intrus dans la course à la reconnaissance d’une pseudo-compétence encyclopédiste. Ceci est plus difficile à mettre en évidence car il faut aller fouiller dans la liste des contributions de chaque utilisateur pour mettre à jour les liens existant entre quelques-uns. Je publierai ultérieurement les résultats de l’étude en cours.

Le recours aux attaques personnelles est aussi largement utilisé pour polluer le débat. Ainsi Juanes852 écrit : « Vous vous prétendez universitaires » (sic). L’individu est retors car il ne s’excuse pas de la même manière dans l’espace discussion d’une page officielle et dans celui de la mienne :

Vous priant de m’excuser pour ce que vous considérez comme une attaque personnelle, je redoublerai d’attention pour que cela ne se reproduise plus. En effet, je dois améliorer mon orthographe.
Candidature Lepsyleon
Vous priant de m’excuser pour ce que vous considérez comme une attaque personnelle. En effet, je dois améliorer mon orthographe.
puis ajoute : P.S J’ai beau me relire, je ne trouve pas mes fautes d’orthographe.
Il a ensuite censuré son texte, mais je l’ai barré afin que son incise reste visible par tous. Et enfin, il a prétendu que j’avais détruit ses commentaires, mais sans naturellement le prouver.
Discussion Serge Lefort

Dans sa thèse Wikipedia, terrain de lutte ?, David Prothais décrit exactement le même fonctionnement pervers de Wikipédia, même s’il considère comme valide le discours officiel d’une « production de savoirs au sein d’un collectif autogéré ». En fait, le modèle de publication de Wikipédia encourage le conservatisme servile d’une pensée formatée par les médias dominants. Je publierai ultérieurement une analyse critique des articles ou mémoires qui traitent des conflits agitant la communauté Wikipédia comme celle des forums où le jeu n’est pas la révocation d’une contribution, mais le bannissement d’un membre.

26/02/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde
Mise au point publiée dans Wikipédia

Lire aussi : Dossier documentaire Wikipédia, Monde en Question.

Publicités

4 réponses à “Wikipédia, une guerre d’édition

  1. Pingback: Wikipédia, l’Encyclopédie picrocholine | Wikibuster : Les dessous de Wikipédia

  2. Wikibuster 02/03/2013 à 21:25

    Excellent article sur Wikipédia encore une fois, comme je le disais Bourdieu n’est peut-être pas la bonne « grille » pour analyser WIkipédia car la pseudo-encyclopédie est faussement ouverte sur la société, j’en veux pour preuve qu’il n’y a que 8,5 % de femmes parmi les contributeurs.

  3. brice 23/05/2017 à 21:34

    Bonsoir Monsieur Lefort.

    Merci pour les trois excellents articles de fin février 2013.

    Tout le fonctionnement de wikipédia (pas de majuscule, cela se mérite) y est résumé en quelques actes.

    Un site prétendument encyclopédique, géré par une poignée d’administrateurs hyperactifs (une vingtaine tout au plus, sur de plus de 160 au total, sur un panel total de millions de contributeurs et de milliers d’actifs réguliers) s’imaginant détenir la « Vérité Suprême », imbus d’eux-mêmes et n’ayant rien d’autre à faire que de passer leurs journées sur wikipédia, tels Hégésippe Cormier, Sebk, Esprit Fugace, Do not follow, Akéron, Habertix ou encore Starus. Ils bénéficient du soutien de quelques contributeurs bien en vue, qu’ils « gardent sous la main », qui se gardent bien de devenir administrateurs, comme Nomen ad hoc (ex Pro patria semper), Celette (qui a tenté de devenir admin, mais sa candidature a échoué) ou Jean-Jacques Georges. Ces gens-là, vindicatifs, agressifs, non-diplomates, arrogants, hautains, cassants, malpolis, etc., imposent leur point de vue, sont sans pitié avec les nouveaux ou les personnes dérangeantes et bafouent les règles dont ils imposent pourtant le plus strict respect aux autres. Eux peuvent tout se permettre. Ainsi, le dialogue est verrouillé. Ils soutiendront toujours le camp qui a les mêmes idées qu’eux, envers et contre tout, y compris les évidences et … les sources.

    Et si on insiste ou que l’on craque, on finit bloqué/banni pour « attaque personnelle ». Pratique pour éviter de parler du fond.

    Je vois que vous avez été puni ([ https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Sp%C3%A9cial:Journal/block&page=Utilisateur%3ALefort ]). Voilà ce que c’est que de contester les rois autoproclamés de wikipoubelle. Rassurez-vous, c’est eux que cela rabaisse, pas vous. Ils n’ont tout simplement pas supporté que vous leur balanciez la vérité en pleine face. Car la vérité blesse souvent plus que les mensonges. Leur ego en a pris coup.

    Amicalement.

    • Monde en Question 29/05/2017 à 16:35

      Je suis totalement indifférent aux sanctions et, comme annoncé le 20 mai [1], je réplique par le silence – l’expression la plus parfaite du mépris (George Bernard Shaw).

      Les administrateurs ne sont que les pions visibles d’une hiérarchie qui sous-traite les basses besognes. Il ne s’agit pas de déviances individuelles, mais du produit d’un système inspiré par Friedrich Hayek [2] le maître à penser de Jimmy Wales.

      Jimmy Wales, très discret sur ses activités passées [3], a réalisé un énorme lobbying pour promouvoir son nouveau business, qualifié de « véritable fer de lance d’une culture libre » ! Ainsi, Pierre-Yves Gosset de Framablog [4] et Jean-Marie Hullot du Collège de France [5] le soutiennent.

      Il faut se rendre à l’évidence que tout est verrouillé par les GAFAM [6] qui se sont partagés le marché internet. Ainsi, Wikipedia est largement financé par Google [7] qui le place en premier lors d’une recherche (la boucle est bouclée).

      Cordialement
      Serge

Commentaire pour cet article sinon utilisez le Forum

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :