Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Journalières: 18/03/2011

Libye, Bahreïn, Arabie saoudite… Israël


La France sarkosyste (droite et gauche confondue [1]) est à l’origine de la déclaration de guerre contre le dictateur libyen, hier encore le protégé par le clan au pouvoir dans l’hexagone. Cette guerre, comme beaucoup d’autres, nous est vendue comme « une opération militaire à but humanitaire ».

Cette « responsabilité de protéger » rappelle étrangement la « responsabilité de civiliser » des puissances occidentales. Cette responsabilité de protéger – nouvelle version en novlangue du « droit d’ingérence » qui sentait trop le souffre colonial – ne fut pourtant pas appliquée aux Palestiniens, victimes d’un massacre en décembre 2008 et janvier 2009 perpétré par l’État d’Israël. Cette responsabilité de protéger ne s’applique pas non plus aujourd’hui aux populations du Bahreïn par exemple, victimes de la répression d’une coalition militaire des pays du Golfe pour tuer dans l’œuf toute contestation. Les États-Unis se contentent d’appeler « à la retenue » c’est-à-dire à tuer en silence. Quant à la situation en Arabie saoudite, c’est le black-out total [2].

S’il s’agissait vraiment de l’assistance à peuple en danger, via des opérations militaires contre son gouvernement, pourquoi la limiter aux révoltés de Benghazi ?

Récemment, la chaîne Euronews a diffusé un reportage produit par la télévision italienne, où il était question d’un martyr de la révolution. Un homme de Benghazi a chargé son véhicule d’explosif et a percuté le portail de la base militaire gouvernementale. Grâce à ce sacrifice, les rebelles ont envahi et détruit le bastion de la tyrannie. Les proches du héros sont profondément attristés, mais sont fiers qu’une personne qui leur est proche soit tombée pour la liberté. L’auteur du reportage présente artistiquement cette histoire touchante.

Cela suscite une question naturelle. Si on nous propose d’admirer ce kamikaze courageux, pourquoi les partisans des mêmes idées qui accomplissent exactement les mêmes actions en Palestine, en Irak, en Afghanistan, et auparavant par exemple au Liban, sont-ils qualifiés de terroristes, d’extrémistes et de fanatiques ? Quitte à soutenir la lutte des peuples pour la liberté, indépendamment de leur perception de cette liberté, pourquoi faire une exception pour quelqu’un ?

RIA Novosti [3].

18/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Note du 19/03/2011 : Lundi 21 mars, le Mexique célèbre le printemps et la naissance de Benito Juárez (jour férié). Ce président reste dans l’histoire nationale le héros de la résistance à l’envahisseur – les troupes françaises de Napoléon III – dont la défaite est célébrée le 5 mai (jour férié). Or, l’expédition militaire au Mexique de Napoléon III fut motivée politiquement pour mettre fin au désordre qui régnait dans ce pays. C’est la version du « droit d’ingérence » à l’époque de l’Empereur des Français.

Lire aussi :
• Libye : la France va participer aux frappes imminentes, Le Figaro.
• La résolution 1973 sur la Libye met en avant la « protection des civils », Bruxelles2.
• Texte du projet de la Résolution 1973 [Original en Anglais], ONU.
• Texte de la Résolution 1973 [Traduction officielle en Français], ONU.


[1] Revue de presse :
• La gauche française s’aligne derrière Sarkozy‎, LibérationParlement européen.
• Hubert Védrine : « La résolution sur la Libye est historique », NouvelObs.
[2] Revue de presse :
• Les troupes du CCG arrivent à Bahreïn pour maintenir l’ordre, Xinhua, 14/03/2011.
• Bahreïn : opérations contre les manifestants anti-gouvernementaux, Xinhua, 16/03/2011.
• Obama appelle les rois d’Arabie saoudite et de Bahreïn à la retenue, Xinhua, 16/03/2011.
[3] Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs, anime une chronique « Un monde changeant » présentée ainsi : La Russie est-elle imprévisible ? Peut-être, mais n’exagérons rien : il arrive souvent qu’un chaos apparent obéisse à une logique rigoureuse. D’ailleurs, le reste du monde est-t-il prévisible ? Les deux dernières décennies ont montré qu’il n’en était rien. Elles nous ont appris à ne pas anticiper l’avenir et à être prêts à tout changement. Cette rubrique est consacrée aux défis auxquels les peuples et les États font face en ces temps d’incertitude mondiale.

Le Fatah et le Hamas unis contre les Palestiniens


Alors que les peuples arabes du Maghreb et du Moyen Orient se révoltent contre leurs gouvernements y compris dans la sombre monarchie d’Arabie saoudite, rempart des puissances occidentales, les Palestiniens des bantoustans de Cisjordanie et du ghetto de Gaza ne peuvent manifester non du fait de l’armée d’occupation mais de celui du Fatah et du Hamas qui gèrent l’occupation israélienne [1].

Les manifestations de solidarité avec le peuple égyptien ont été impitoyablement réprimées tant dans la Bande de Gaza contrôlée par le Hamas qu’en Cisjordanie qui est sous contrôle de l’OLP.
Il y a quelques jours le Hamas a physiquement brisé une manifestation de solidarité avec l’Egypte. Selon Human Rights Watch et Spiegel Online, six femmes et dix hommes ont été arbitrairement arrêtés et matraqués.
En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne, dirigée par le président Mahmoud Abbas, a imposé une interdiction totale de manifester en solidarité avec l’Egypte.
WSWS, 10/02/2011

Pour détourner l’attention l’Autorité palestinienne va organiser des élections, reportées depuis janvier 2010, et le Hamas appelle à un gouvernement d’unité nationale [2]. Les deux organisations sont d’accord sur une chose : empêcher toute contestation de leurs privilèges d’intermédiaires entre l’occupant et l’occupé. C’est pourquoi ils maintiennent la fiction de négociations en vue de l’hypothétique création d’un futur État palestinien… sur quelques fragments de la Palestine mandataire.

Les organisations pro-palestiniennes se taisent sur la collaboration ou dénoncent les compromissions de l’Autorité palestinienne en dissimulant celles du Hamas. Beaucoup d’organisations pro-palestiniennes sont devenues « porteurs de valises » du Hamas [3]. En attendant d’approfondir cette question, voici un exemple parmi d’autres du soutien inconditionnel au Hamas de la part du Comité Action Palestine :

L’élément politique essentiel de l’année 2008 est la répression massive des résistants palestiniens en Cisjordanie, notamment ceux du Hamas, par les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne : 515 prisonniers politiques sont détenus par celle-ci, l’emploi de la torture est généralisé. La collaboration avec l’ennemi sioniste a quasiment été officialisée par le clan au pouvoir en Cisjordanie. Ses forces de sécurité sont équipées et entraînées par les Américains. Un article récent publié dans le journal israélien Yediot Aharonot décrit parfaitement la collaboration très étroite entre les appareils sécuritaires israéliens et palestiniens, pour maintenir la clique dirigeante actuelle en Cisjordanie, après la fin du mandat officiel d’Abbas en janvier 2009. Le Hamas est devenu l’ennemi commun d’Israël et de l’Autorité Palestinienne. La détermination de cette dernière semble maximale pour éliminer le Hamas mais aussi réprimer le peuple palestinien si la situation l’exige. Les massacres de Gaza en février 2008 ne l’ont aucunement dissuadé de continuer les « négociations » avec les sionistes.

Cette trahison a atteint le point de non-retour : en août 2008, Abbas remettait en question le droit au retour en déclarant : « Je ne peux pas demander qu’Israël accepte tous les réfugiés, mais ça ne veut pas dire qu’aucun d’entre eux ne rentrera ». Une lettre ouverte adressée à Abbas, et signée par 72 organisations (dont tous les partis politiques palestiniens, Fatah compris), rappelle notamment que ce droit est non négociable. Aucun dirigeant palestinien n’a la légitimité de le négocier au nom des réfugiés. Toutefois, malgré cette unité sur la défense du droit au retour, les divisions politiques demeurent très profondes. Il ne peut d’ailleurs en être autrement. Pour simplifier, il faut distinguer d’un côté ceux qui soutiennent la résistance comme le Hamas et le Jihad Islamique et, de l’autre, ceux qui soutiennent globalement la politique répressive et collaborationniste de Abbas. L’allégeance du leadership du FPLP à Abbas est totale, signe que ce parti autrefois leader de la résistance armée, a abandonné ses principes fondateurs. Des divisions sont également présentes au sein du Fatah où une polarisation croissante se développe entre le camp des nationalistes, fidèles à Yasser Arafat et le camp des pragmatiques, bénéficiaires d’Oslo et qui collaborent ouvertement avec l’occupant sioniste; les premiers considérant, à juste titre, les seconds comme des traîtres.

11/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde
Lire aussi :
• Manifestations unitaires palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie, Reuters-Yahoo! ActualitésAFP-Google, 15/03/2011.

Répondant à un mot d’ordre diffusé sur le réseau social Facebook, plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens ont manifesté mardi à Gaza et quelque 4.000 autres en Cisjordanie pour une réconciliation entre les mouvements rivaux Hamas et Fatah.
En fin de manifestation, des heurts ont opposé à Gaza quelques 2.000 manifestants à un demi-millier de miliciens du Hamas, qui tentaient de les disperser à coups de bâton, a rapporté un protestataire. On ignore s’il y a eu des blessés.
A Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne d’Abbas, où quatre mille personnes ont répondu à l’appel à manifester, Abbas a réitéré son invitation au Hamas à accepter le déroulement d’élections législatives et présidentielle simultanément à Gaza et en Cisjordanie, ce que le mouvement islamiste refuse.

Chronique Colonisation de la Palestine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.


[1] Lire aussi :
• Amira HASS, Palestinian security suppressing West Bank fervor over Egypt protests, Ha’aretz, 07/02/2011.
• Pourquoi l’Autorité palestinienne est mise à mal, L’Express, 16/02/2011.
[2] Références :
• Pourquoi l’Autorité palestinienne est mise à mal, L’Express, 16/02/2011.
• Hamas et Fatah, vers une réconciliation ?, Guysen News, 06/03/2011.
• Gaza : le Hamas mobilise pour « l’unité palestinienne », Romandie News, 11/03/2011.
[3] Sélection d’articles sur l’Autorité palestinienne :
• 21 articles, CAPJPO – EuroPalestine
• 28 articles, CCIPPP.
• 64 articles, Info-Palestine.
• 2790 articles, International Solidarity Movement.
• 827 articles, Palestine Solidarité.
Sélection d’articles sur le Hamas :
• 621 articles, CAPJPO – EuroPalestine.
• 50 articles, CCIPPP.
• 64 articles, Info-Palestine.
• 2930 articles, International Solidarity Movement.
• 6680 articles, Palestine Solidarité – Dossier Hamas baptisé « Mouvement de la résistance islamique », Palestine Solidarité.