Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

L’économie des médias


Poursuivant l’analyse de l’évolution des médias, revenons sur un fait passé quasiment inaperçu. Libération, qui fut le premier quotidien des médias dominants en accès libre sur Internet, a cessé d’être en accès libre et gratuit à partir du 25 février 2011. Ce changement de cap est symbolique d’une évolution de l’économie des médias. Beaucoup s’apprêtent à « tuer la poule aux oeufs d’or ».

Mediapart, créé par François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit et Edwy Plenel en 2008, a pour ambition d’être « un journal d’information de référence, indépendant et participatif ». Autrement dit les quatre mousquetaires ambitionnent, comme Iznogood, d’être calife à la place du calife (Mediapart à la place du Monde). C’est ainsi qu’ils se sont associés à Julian Assange.
L’astuce financière est de faire payer non seulement les lecteurs mais aussi les rédacteurs qui, en adhérant, entrent « dans un club, dans un réseau social et dans une communauté ». Que deviennent les droits d’auteur dans cette affaire juteuse… pour les dirigeants du club BCBG ?

Le Monde s’est inspiré de cette formule d’abord en réservant aux seuls abonnés les commentaires de ses articles, puis l’hébergement d’un blog et enfin, consécration suprême, le droit d’écrire des chroniques.
Contrairement à son émule, Le Monde est bourré de publicités écrites et audiovisuelles dont il est difficile d’échapper. Les cochons de lecteur payent pour s’en gaver et les abonnés payent pour avoir la liberté d’écrire dans un support plus connu qu’un blog lambda – les plus narcissiques espérant être un jour sélectionnés par la rédaction. Que deviennent les droits d’auteur dans cette juteuse affaire ?

Dedefensa, blog animé par le journaliste Philippe Grasset, fut d’abord en accès libre et gratuit, puis payant et est revenu le 01/03/2011 à la formule accès libre et appel à donation. C’est si compliqué à suivre qu’il y a une rubrique dédiée à cette question. Entre temps, le 10/01/2010, Philippe Grasset a créé la rubrique Ouverture libre « destinée aux abonnés et donateurs qui souhaitent faire une intervention sous une forme élaborée » (les commentaires restant pour l’instant en accès libre). On se rapproche de la version club de Mediapart.

Le Monolecte, blog animé par Agnès Maillard, est en accès libre et gratuit et sans publicité. Depuis le 05/06/2009, elle a lancé un « appel aux dons » pour « maintenir la force d’écriture » c’est-à-dire « pour vivre ». Voilà une explication claire et compréhensible. Mais il semble qu’il soit difficile de vivre de sa plume hors des sentiers balisés y compris sur Internet malgré les faibles frais de production grâce à la baisse du coût d’un abonnement (30€ par mois) et au partage de ressources (WordPress par exemple).

Wikipédia, dont le contenu est alimenté gratuitement par des bénévoles motivés par le partage, fait périodiquement des campagnes de dons sans qu’on sache à quoi ils servent.

Les médias dominants justifient le paiement de l’information – payée par la publicité, par les auteurs-abonnés et par les lecteurs – en usant et abusant de l’argument de la qualité. Argument risible quand on sait que l’essentiel de leur contenu est le résultat d’un copier-coller des dépêches d’agence (AP, Reuters, AFP, etc.), disponibles en accès libre et gratuit sur Yahoo! Actualités, et le reste de la publicité rédactionnelle. Rappelons que L’im-Monde, qui bavait contre la presse dite gratuite d’une main, la finançait de l’autre.

Il existe un modèle alternatif pour des médias de qualité, celui des revues scientifiques disponibles en accès libre et gratuit selon le modèle freemium :

Ce modèle a été développé par les entreprises du Web qui ne pouvaient ou ne voulaient pas miser sur la publicité et souhaitaient s’inscrire dans la logique du libre accès. Il est appliqué avec succès par FlickR, le célèbre site de partage de photographies, et par Skype, le logiciel de téléphonie. Son modèle est simple : en étant gratuits, les services gagnent des millions d’utilisateurs et un faible pourcentage de ces utilisateurs est intéressé par des fonctionnalités Premium, payantes, qui financent la totalité de la plateforme. C’est le sens du mot freemium, qui associe free (gratuit) et Premium (payant pour des fonctionnalités avancées).
OpenEdition

En France, il existe trois portails de revues en sciences humaines :
Cairn
Persée (menacé de fermeture : argumentaire et pétition, mises au point contradictoires)
Revues.org

10/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Pourquoi la réutilisation des données publiques à des fins commerciales doit être gratuite, LiberTIC.
• Pierre MOUNIER, De l’édition électronique ouverte à OpenEdition », L’édition électronique ouverte.
• Marin DACOS, Pierre MOUNIER, L’édition électronique, La Découverte, 2010 [Blogo-Numericus].
• Articles « opendata », LiberTIC.
• Articles « données publiques », InternetActu.
Serge LEFORT, L’information n’est pas à vendre, Monde en Question.
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Agences de presse, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.

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