Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Mensuelles: avril 2010

Raison & liberté


L’action politique et sociale doit être animée par une vision de la société future et par des jugements de valeur explicites, qui doivent découler d’une conception de la nature humaine. Si l’esprit humain était dépourvu de structures innées, nous serions des êtres indéfiniment malléables, et nous serions alors parfaitement appropriés au formatage de notre comportement par l’État autoritaire, le chef d’entreprise, le technocrate et le comité central.

Ceux qui ont une certaine confiance dans l’espèce humaine espéreront qu’il n’en est pas ainsi. Je pense que l’étude du langage peut fournir certaines lumières pour comprendre les possibilités d’une action libre et créatrice dans le cadre d’un système de règles qui reflète, au moins partiellement, les propriétés intrinsèques de l’organisation de l’esprit humain.

Ce livre réunit onze textes de Noam Chomsky [parus entre 1968 et 1999] pour la plupart inédits en français. Offrant un large panorama de ses idées, il fait apparaître le fil qui relie son socialisme libertaire à son œuvre de linguiste et à son anthropologie : notre irrépressible besoin de liberté est inséparable de la créativité illimitée du langage qui fait de nous des êtres humains. Chomsky montre comment l’école et l’université pourraient éduquer à autre chose qu’à l’obéissance, les intellectuels de gauche jouer un autre rôle que celui de commissaires du contrôle des esprits, et les mouvements civiques et sociaux imposer des réformes radicales. C’est en héritier des Lumières et de la tradition rationaliste que Chomsky pense et intervient.

Noam CHOMSKY, Raison & liberté – Sur la nature humaine, l’éducation & le rôle des intellectuels, Agone, 2010.

A ceux qui l’accusaient de se comporter, envers son pays, comme « l’oiseau qui salit son propre nid », Karl Kraus a répondu qu’on peut très bien, dans certaines circonstances, se sentir au contraire sali par son propre nid et éprouver le besoin légitime de le rendre, si possible, un peu plus propre ; ce qui a eu pour conséquence qu’il s’est « attiré la haine des gens sales à un degré qui pourrait être sans égal dans l’histoire de la vie intellectuelle ».

C’est, à bien des égards, dans une situation tout à fait semblable que se trouve aujourd’hui Noam Chomsky. Aux yeux d’une bonne partie du monde intellectuel, qui s’accommode, somme toute, assez bien de la saleté qu’il dénonce, il est, lui aussi, l’oiseau dont l’activité principale consiste à souiller le ou les nids dont il est matériellement, et devrait être spirituellement, un occupant : en premier lieu, bien entendu, les États-Unis, mais également l’Europe, les démocraties occidentales en général, l’État d’Israël, les élites intellectuelles, le monde scientifique, l’université, le système d’enseignement, etc.

Celui qui, comme c’était déjà le cas de Kraus, pense et agit en fonction de l’idée qu’un intellectuel doit balayer d’abord devant la porte de son propre pays, en espérant que les autres feront la même chose de leur côté, peut être pratiquement certain de se heurter à la protestation violente de gens qui réagissent à peu près comme si cela revenait ipso facto à affirmer que la vérité, le bon droit et la justice se trouvent toujours entièrement du côté de l’ennemi.

C’est un problème que Chomsky connaît sûrement mieux que personne. S’il dénonce, en choisissant de les appeler par leur nom, les abus de pouvoir, les injustices, les violences et les crimes commis par son propre pays contre d’autres, c’est censé signifier qu’il trouve normales les actions de cette sorte quand ce sont les ennemis qui s’y livrent. S’il qualifie de « terrorisme international d’État » ou de « terrorisme de gros » ce que les États-Unis et les États clients qu’ils soutiennent se considèrent comme autorisés à faire, (…)

BOUVERESSE Jacques, Noam Chomsky et ses calomniateurs, Le Monde diplomatique, Mai 2010.

Lire aussi :
• Articles de et sur Noam Chomsky, Le Monde diplomatique.
Dossier documentaire & Bibliographie Noam CHOMSKY, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Karl KRAUS, Monde en Question.

Les mutineries de 1917


Au printemps 1917 des mutineries secouent l’armée française sur le front. Elles n’avaient pas jusqu’alors donné lieu à une étude détaillée des mutins eux-mêmes, dans le surgissement de l’événement, lorsqu’ils s’organisent spontanément, manifestent, voire envisagent de « marcher sur Paris ». Dans les débats entre historiens sur les raisons de la ténacité des combattants, l’ouvrage apporte une pièce manquante, à travers la restitution au plus près de la rupture inouïe de l’obéissance et du consensus. Les mutineries s’inscrivent dans la continuité des refus de guerre esquissés et inaboutis depuis 1914. Dès lors que le conflit s’installa, après la bataille de la Marne, dans la durée, on vit se développer à l’échelle individuelle des stratégies d’évitement de la remontée aux tranchées et au danger, les aspirations au retour rapide au foyer, le doute jeté sur la rhétorique patriotique, les propos critiques et revendicatifs de soldats qui n’oubliaient pas qu’ils étaient aussi des citoyens. André Loez redonne toute leur place aux hésitations des soldats, partagés entre dégoût du conflit et impératif du devoir ; aux incertitudes des officiers, entre désarroi et sévérité ; à la force de l’institution militaire, brièvement défiée ; et à la difficile action collective dans le cadre improbable d’une armée en campagne.

LOEZ André, 14-18 Les refus de la guerre – Une histoire des mutins, Folio Gallimard, 2010 Annexes en PDFEntretien [canempehepasnicolasL’annuel des idéesLa vie des idéesLe MondeLibération].

Lire aussi :
• André LOEZ, BiblioMondeCRID 14-18CRISES
• La Grande Guerre, toujours présente, La vie des idées
• ROUSSEAU Frédéric, La guerre censurée – Une histoire des combattants européens de 14-18, Points Seuil, 2003.

Frédéric Rousseau raconte la Grande Guerre comme on ne le fait pas d’ordinaire : à hauteur d’homme. Une question centrale s’impose à nous, quatre-vingts ans plus tard : comment ont-ils fait ? Comment ont-ils tenu ? Contre les interprétations vertueuses mettant trop facilement l’accent sur le patriotisme, l’auteur avance des explications plus terre-à-terre mais plus authentiques. Les «poilus» ont tenu – du moins ceux qui ont survécu à l’immense massacre – parce qu’ils étaient mis en condition de tenir : contraints, surveillés, punis par les conseils de guerre, éventuellement passés par la armes. Mais cela ne peut être qu’une partie de l’explication. L’auteur analyse un certain nombre de ressorts psychologiques – comme l’esprit de corps, l’admiration du chef, etc. – qui, au total, composent une anthropologie de l’homme en guerre.

Brèves du 27/04/2010 Polygamie


Manipulation des mots

26/04/2010, L’homme taxé de polygamie par Brice Hortefeux contre-attaque, Reuters-Yahoo! Actualités.

L’avocat de l’homme accusé par Brice Hortefeux d’être polygame et de frauder les allocations familiales fait savoir qu’il envisage de poursuivre le ministre français de l’Intérieur en diffamation.

Selon le ministre de l’Intérieur, l’homme qui est né à Alger aurait quatre femmes et chacune bénéficierait de l’allocation de parent isolé – des délits qui méritent selon lui la déchéance de la nationalité française qu’il a obtenue par mariage en 1999.

Liès Hebbadj a admis avoir des « maîtresses ». « Si on est déchu de sa nationalité française parce qu’on a des maîtresses, alors beaucoup de Français peuvent l’être, les maîtresses ne sont pas interdites par l’islam, peut-être par le christianisme, mais pas en France que je sache », a-t-il déclaré à la presse.

L’homme, âgé d’une trentaine d’années, n’est pas décrit par les pouvoirs locaux comme un extrémiste. Il tient une boucherie halal dans le sud de Nantes et préside une association culturelle musulmane à Rezé, dans la banlieue nantaise.
Il ne serait marié civilement qu’avec une de ses compagnes.

Aucun des deux délits évoqués par Brice Hortefeux ne peut provoquer la déchéance de nationalité.
L’annulation de sa naturalisation peut être obtenue, sur avis conforme du Conseil d’Etat, s’il est prouvé que l’homme était déjà marié civilement au moment du mariage de 1999 et a donc obtenu sa naturalisation « par mensonge ou par fraude ».

26/04/2010, Polygamie : Du bidonnage absolu, Actualités du droit.

La polygamie est un infraction, ainsi définie par l’article 433-20 du Code pénal :

« Le fait, pour une personne engagée dans les liens du mariage, d’en contracter un autre avant la dissolution du précédent, est puni d’un an d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

« Est puni des mêmes peines l’officier public ayant célébré ce mariage en connaissant l’existence du précédent ».

Donc, c’est très très simple. Tu es polygame si tu te maries devant le maire alors que tu es déjà marié. Comme le premier document qui est demandé par la mairie, c’est un acte de naissance, qui porte la mention de l’état matrimonial, il est en pratique impossible d’être polygame en France. Sauf si le maire est de mèche, et qu’il a fermé les yeux, et c’est pour cela que la loi pénale a prévu que, dans ce cas, il part en prison comme toi pour un an.

[Quant au « retrait de la nationalité »] lisons l’article 25 du Code civil :

« L’individu qui a acquis la qualité de Français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d’Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride :

« 1° S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ;

« 2° S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit prévu et réprimé par le chapitre II du titre III du livre IV du code pénal ;

« 3° S’il est condamné pour s’être soustrait aux obligations résultant pour lui du code du service national ;

« 4° S’il s’est livré au profit d’un Etat étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France ».

Le marché du sexe


La fiction racontée par l’auteure du billet Des putains et des hommes est plaisante, mais tout compte fait très politiquement correct. La dénonciation moralisante de la prostitution, selon des critères catho-laïques ou féministes, évacue en effet les dimensions économique et sociale de la sexualité qui se vend et s’achète à l’acte (prostitution) ou au forfait (mariage) [1]. Tout le reste n’est que littérature !

À la fin du XIXe siècle, des auteurs marxistes ont associé les deux termes pour dénoncer l’hypocrisie du mariage bourgeois :

Le mariage est basé sur la situation de classe des partenaires ; sous ce rapport-là, il est donc toujours un mariage de convenance. Ce mariage de convenance se convertit assez souvent en la plus sordide prostitution – parfois des deux parties, mais beaucoup plus fréquemment de la femme ; si celle-ci se distingue de la courtisane ordinaire, c’est seulement parce quelle ne loue pas son corps à la pièce, comme une salariée, mais le vend une fois pour toutes, comme une esclave.
Friedrich ENGELS, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Archive des Marxistes, 1884.

Si le mariage représente l’un des côtés de la vie sexuelle du monde bourgeois, la prostitution en représente l’autre. Le premier est la face de la médaille, la seconde en est le revers.
August BEBEL, La femme et le socialisme, Archive des Marxistes, 1891.

Au XXe siècle, un auteur libertarien a poussé l’analyse de l’économie sexuelle beaucoup plus loin :

Les circonstances qui conduisent à un échange de consentements pour décider d’un mariage ou d’une vie commune sont celles d’un marché. Les modalités de rencontre sont diverses : petite annonce dans un journal spécialisé, rendez-vous organisé par une agence matrimoniale ou un club, rencontres spontanées. Ces contacts sont indispensables, et les partenaires échangent une série d’informations sur la qualité des services qu’ils peuvent se rendre mutuellement ou sur le type d’aventure qu’ils désirent. Ces renseignements prennent différentes formes : ouïe dire, échange de curricula vitae, etc… Ils requièrent divers intermédiaires : agences matrimoniales, marieurs, amis. L’accord conclu et librement accepté peut être formel (contrat de mariage) ou informel (union libre). Généralement les conditions de travail (femme au foyer ou non), le nombre d’enfants (voire la date à laquelle on les désire), le partage des tâches seront implicitement décidés à l’avance et renégociés dès qu’il sera nécessaire de le faire pour maximiser le bien-être du couple. Ce contrat suppose un échange de services : l’homme désire obtenir de son épouse affection [terme politiquement correct pour dire sexe] ou procréation, services difficiles a acquérir sur le marché ; elle, en retour, exige une compensation monétaire, car le car le temps qu’elle consacre à son mari pourrait être utilisé à autre chose ou offert à un autre homme.

Les marchés du mariage et du travail sont respectivement semblables et interdépendants. Les services rendus par les individus ont une spécificité unique : ils ne peuvent être que loués. Le commerce des hommes et des femmes est aujourd’hui illégal, mais les services qu’ils rendent à un employeur, en absence d’un droit du travail, serait soumis aux règles du « louage de services ». Il en est de même pour le marché du mariage : l’homme loue les services d’une femme et en contrepartie lui offre une compensation. Mais ici, les à côtés mêmes de cette location : beauté du mari, intelligence, statut socioprofessionnel, etc… sont primordiaux.

Dans un monde où l’incertitude prédomine, les hommes et les femmes n’ont pas connaissance de l’utilité totale attendue en formant un couple. Il faut du temps et de la chance pour trouver l’époux le mieux assorti à ses propres traits. Entre épouser la première personne rencontrée et attendre indéfiniment un amour exceptionnel, existe un moyen terme. Dans un couple, l’assortiment réalisé est donc nécessairement imparfait.

LEMENNICIER Bertrand, Le marché du mariage et de la famille, PUF, 1988 [Revue française de sociologie].
Extrait du chapitre 3 Le choix du conjoint [2].

La fiction caricaturale racontée par l’auteure du billet pré-cité passe à côté d’une réalité taboue en France, celle des femmes qui paient, à l’acte (prostitution) ou au forfait (mariage), la satisfaction de leurs besoins sexuels. Cette réalité est taboue car elle dérange la norme sociale qui, sur le marché du sexe, impose aux hommes le rôle de client-acheteur. Ce tabou en croise un autre, celui de la violence féminine pourtant présente dans la littérature, en particulier dans la tragédie antique, comme dans les faits divers [3].

24/04/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Prostitution :
L’Encyclopédie de L’Agora
L’Encyclopedie canadienne
• Statistiques prostitution :
– 1999, Sénat.
– 26/04/2008, Prostitution étudiante : peu de chiffres et nombre de fantasmes, Rue89.
• Associations prostitution :
Fondation Scelles. Connaître, Comprendre et Combattre l’exploitation sexuelle commerciale.
Institut National de la Prostitution. L’I.N.P. a pour vocation de défendre une prostitution juste et humaniste en France.
Journal de la Rue. Magazine qui se présente comme la référence pour les écoles, les organismes communautaires, les Maisons de Jeunes et les travailleurs sociaux.
Mouvement du Nid. Association catho-laïque et féministe politiquement correct
SOS Femmes. Association qui s’est donnée comme objet de défendre les femmes éternelles victimes de la violence masculine.
Putes. Ni coupables, ni victimes, fières d’être putes.
• Du Genre au Mariage :
Dossier documentaire & Bibliographie Masculin-Féminin, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sexualité, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Séduction, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Mariage, Monde en Question.


[1] Le mot mariage est utilisé ici métaphoriquement pour désigner toutes les formes d’association entre une femme et un homme permettant l’échange forfaitaire sexe-argent.
[2] Lire aussi :
• Extrait du chapitre 1 La nature de la famille et son évolution
• Extrait du chapitre 2 Qui  porte la culotte dans le ménage
• Extrait du chapitre 3 Le choix du conjoint
• Choix du conjoint in Dossier documentaire & Bibliographie Séduction, Monde en Question.
• Extrait du chapitre 4 Le prix de la femme dans nos sociétés contemporaines
• Le prix à payer, Monde en Question
• Extrait du chapitre Liberté et contrat de mariage
[3] Lire aussi :
• Violence féminine, Faits divers.
Sélection bibliographique :
• BADINTER Elisabeth, La vérité sur les violences conjugales, L’Express du 20/06/2005.
• BESNIER Anne, La violence féminine, du vécu au transmis, L’Harmattan, 2004.
• DALLAIRE Yvon, La violence faite aux hommes – Une réalité taboue et complexe, Option Santé, 2002.
• DAUPHIN Cécile, FARGE Arlette (sous la direction de), De la violence et des femmes, Albin Michel, 1997 [Clio].
• KOONZ Claudia, Les mères-patrie du IIIe Reich – Les femmes et le nazisme, Lieu Commun, 1989 [Érudit].
• POIRET Anne, L’ultime tabou – Femmes pédophiles Femmes incestueuses, Patrick Robin, 2006 [Dailymotion].
• VANNEAU Victoria, Maris battus – Histoire d’une « interversion » des rôles conjugaux, Ethnologie française 2006/4 (Vol. 36).
• WYSS Eva, Violence féminine : mythes et réalités – La violence domestique n’est pas l’apanage des hommes, Commission cantonale de l’égalité entre la femme et l’homme, 2006.

Brèves du 25/04/2010 Retraites


Économie sociale

13/04/2010, La société française à l’épreuve de la réforme des retraites, La vie des idées.

Pour comprendre les enjeux de la réforme des retraites qui s’annonce, La Vie des idées propose une série d’entretiens avec des chercheurs. Quel diagnostic peut-on faire du système actuel ? Quels enjeux doit affronter sa réforme ? Sur quels paramètres travailler ? Quel est le rôle des partenaires sociaux ? Quel usage faire des comparaisons internationales ? Thomas Piketty, Bruno Palier, Anne-Marie Guillemard, Louis Chauvel et Pierre Concialdi (à venir) répondent à ces questions.

Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.

Brèves du 24/04/2010 Burqa


France catho-laïque et raciste

21/04/2010, Nicolas Sarkozy tranche pour une interdiction totale de la burqa, Reuters-Yahoo! Actualités.

Nicolas Sarkozy s’est prononcé pour une loi d’interdiction totale, dans tous les lieux publics en France, du port du voile intégral – la burqa – en dépit de recommandations contraires du Conseil d’Etat.

Le député communiste du Rhône André Gerin, président de la mission parlementaire qui s’est penchée pendant plusieurs mois sur le sujet, s’est réjoui de la décision de Nicolas Sarkozy, pourtant plutôt faite pour plaire à l’électorat de droite.

21/04/2010, Burqa : une loi pour 367 femmes voilées, SERIATIM.

Agiter la burqa, c’est mettre le voile (mais oui) sur les Français pour qu’ils ne s’angoissent pas de tous les problèmes sociaux et économiques à venir : les tensions sociales n’iront-elles pas en grandissant avec des risques accrus de dérapage ? Focaliser nos concitoyens sur ce point, c’est aussi éviter qu’ils s’indignent , en plus du coût de la grippe H1N1, des 20 milliards d’euros gagnés par les banques comme l’écrit Serge Halimi dans Le Monde diplomatique.

Dans cette France « burqaphobe » pense-on que la police arrêtera les femmes voilées des émirs asiatiques et des millionnaires africains sur les Champs-Élysées ? Non.
Quant aux femmes et la laïcité, ne sont-elles pas embarquées dans un navire qui tangue de Charybde en Scylla ?

22/04/2010, L’interdiction totale de la burqa, un risque juridique, Reuters-Yahoo! Actualités.

Le Premier ministre François Fillon s’est dit prêt mercredi à prendre « des risques juridiques », allusion à l’avis du Conseil d’Etat pour qui le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pourraient rejeter ce texte.
Selon lefigaro.fr, le gouvernement va décréter l’urgence sur le projet de loi dans l’espoir qu’il soit adopté avant la fin de la session extraordinaire, prévue autour du 20 juillet.

Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, a ironisé sur le risque de situations ubuesques pour un problème qui, selon le gouvernement, concerne 2.000 femmes. « Je ne sais pas comment on va faire avec les Saoudiennes qui viennent acheter sur les Champs-Élysées », a-t-il dit mercredi sur RMC.

L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a accusé sur i>Télé le gouvernement de « vouloir éternellement appuyer là où ça fait mal, vouloir cliver, prendre le risque de diviser et de stigmatiser un peu plus ».

Le gouvernement a choisi d’ignorer les recommandations du Conseil d’Etat, pour qui l’interdiction du voile intégral dans les lieux publics était préférable à l’interdiction totale, qui soulèverait de « sérieux risques » constitutionnels.
« Les risques en question, pour réels qu’ils peuvent être, n’apparaissent absolument pas considérables », a dit Guy Carcassonne sur France Info.
Le professeur de Nanterre expliquait devant la mission parlementaire que la loi ne passerait les obstacles juridiques qu’en étant fondée sur l’ordre et la sécurité publics, soulignant qu’il ne fallait pas utiliser comme fondement la laïcité ou les contraintes faites aux femmes.

22/04/2010, La France fait tomber le voile, Revue de presse internationale.

Non, décidement ce matin, les journalistes de la presse internationale ont du mal à comprendre quelle mouche a piqué le Président Français. Le site de la chaine américaine ABC rappelle pour sa part que des lois interdisent déjà de porter des vêtements qui recouvrent intégralement le corps et le visage dans la fonction publique et dans les écoles… qu’une autre loi, avait été votée en 2004 pour interdire les signes religieux ostentatoires.

Dossier documentaire & Bibliographie Voile & Burqa, Monde en Question.

L'argent et les mots


Aussi loin du catastrophisme ambiant («Tout va disparaître») que de l’angélisme bêtifiant («On en a vu d’autres»), André Schiffrin, dans ce nouveau livre, trace des pistes pour sauvegarder l’indépendance de l’édition, de la librairie, du cinéma et de la presse. Il ne se contente pas de faire un triste état des lieux: s’inspirant de tentatives qui ont réussi, d’Oslo à Paris, du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) à Minneapolis (Minnesota), il propose des solutions, simples ou sophistiquées, qui ont en commun de pouvoir être appliquées dès demain sans ruiner les finances publiques. Toutes ces solutions, Schiffrin le souligne, nécessitent des décisions politiques mais pas nécessairement gouvernementales : les municipalités, les régions, les États en Amérique ont un rôle important à jouer, qui peut partout contrebalancer les néolibéralismes nationaux.

Ce livre, écrit par un homme qui a derrière lui un bon demi-siècle dans l’édition indépendante, est une incitation lucide et optimiste à prendre conscience que nous ne sommes ni impuissants ni condamnés à la seule consommation de best-sellers, de journaux misérablement asservis ou de séries télévisées ineptes. L’Argent va-t-il l’emporter sur les Mots ? La réponse, nous dit Schiffrin, dépend de chacun de nous.

SCHIFFRIN André, L’argent et les mots, La Fabrique, 2010 [Blog à partDu grain à moudrel’HumanitéLa BrècheLe Fil RougeLe LittéraireLe MondeNouvelObsPolitisRTBFTournezlespages’s].

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Médias, Monde en Question.

Brèves du 22/04/2010


Débat politique

• 18/04/2010, Jean Bricmont : « La gauche morale est devenue le substitut de la religion », Montpellier journal.

Jean Bricmont était à Montpellier le 8 avril à l’invitation des Amis du Monde diplomatique. L’intellectuel belge, proche de Noam Chomsky, a brossé un «panorama idéologique de l’histoire de la gauche et du socialisme». Il a fustigé «la gauche des valeurs».

À partir du moment où des individus possèdent les moyens de production, ils peuvent dicter aux gens qui n’ont à vendre que leur force de travail, leurs conditions de vie, d’habitat, etc. qui fait que la réalisation de l’individu, dans ses aspirations personnelles, devient de facto impossible même si, en principe, les droits de l’homme existent, il y a la démocratie, etc. De plus, le processus démocratique est intrinsèquement perverti par cette concentration entre quelques mains des moyens de production puisqu’ils peuvent acheter les députés, faire pression sur les parlements, sur les gouvernements en disant (ça c’est la version moderne) : «Si vous n’êtes pas gentils avec nous, on délocalise.» De plus, j’anticipe mais au XXe siècle, la concentration entre quelques mains des médias fait que même l’information, la liberté de discussion et de débat qui étaient les conquêtes du libéralisme classique, sont perverties. Alors que de ces processus de discussion libre devraient émerger les solutions d’un point de vue libéral.

L’erreur des communistes occidentaux n’est pas qu’ils ont commis le crime de soutenir l’horrible Staline mais qu’ils ont détruit, d’une certaine façon, l’idée du socialisme ici en identifiant les aspirations du socialisme avec ce qu’il se passait en Union soviétique. […] En particulier ça a renforcé l’idée que le socialisme, c’est l’étatisme. Alors que c’est la socialisation.

Un autre problème qui se posait au socialisme, c’est qu’il y a un impensé du socialisme du XIXe siècle – et ça, c’est leur erreur : c’est le colonialisme et l’impérialisme. Je ne crois pas que l’occident soit purement un produit de l’exploitation coloniale.
Commentaires : Je pense au contraire que le capitalisme européen est fondé sur l’exploitation coloniale.

Sur le plan intérieur, l’idée de socialisme, de socialisation des moyens de production, a été remplacée, dans le discours, par les Droits de l’homme. Si vous écoutez la gauche, elle est toujours pour les Droits de l’homme, contre les discriminations,… Mais, si vous parlez de la gestion et du contrôle de l’économie, elle ne vous dit rien.

On a fait un retour en arrière gigantesque : avant 1845, avant les premières critiques que Marx faisait, dans l’idéologie allemande, à ce qui était la gauche morale de son temps. C’est Marx et les autres qui ont dit : «Le problème ce n’est pas la morale, les idées, la dialectique hégélienne, la religion. Ce n’est pas de ça dont il faut parler. C’est des structures sociales. Si vous voulez changer les choses, vous devez vous attaquer aux structures sociales.»

On a abandonné la démocratie. Un des résultats c’est la dépolitisation. […] Les gens ne votent plus. […] Vous n’avez pas d’autre politique possible. Si vous veniez avec un programme commun de gouvernement comme en 78 ou 81, l’Europe ne l’accepterait pas. Ça entrerait en contradiction avec toutes les règles de libre-échange de l’Europe. Et vous ne pouvez pas l’imaginer. Et si vous ne pouvez pas l’imaginer, de quoi discute-t-on ? Ah ! De la burqa. Eh oui ! On trouve ça ridicule de discuter de la burqa mais qui a créé ce problème si ce n’est la gauche morale qui a remplacé le discours sur les structures sociales par un discours sur les valeurs ? À partir du moment où on a porté le discours sur les valeurs, on se ramasse dans la gueule, le discours sur les valeurs de droite. […] Et on est coincé, coincé, coincé.

Afghanistan

• 09/04/2010, MARGOLIS Eric, Karzai, la marionnette qui a coupé ses fils, ContreInfo.

Le Président Hamid Karzaï s’oppose de plus en plus ouvertement à Washington, qui non seulement refuse mais entrave le dialogue de réconciliation nationale entamé par Kaboul avec les talibans et le Mollah Omar, note le journaliste Eric Margolis, fin connaisseur de la région. Cette querelle reflète selon lui une divergence fondamentale d’intérêts : les afghans, épuisés par trente ans de conflits qui ont ravagé le pays, aspirent à la paix et savent qu’elle ne peut être obtenue sans redonner leur place aux Pashtounes, alors que la coalition emmenée par les USA tient avant tout à s’assurer un contrôle stratégique sur une région riche de ressources. En arrière plan, les puissances régionales ont pleinement conscience des opportunités que leur offrirait un Afghanistan redevenu indépendant. Le conflit afghan est emblématique de l’impasse et de l’inefficacité d’une vision géostratégique bâtie sur la domination militaire. En choisissant la confrontation, l’occident non seulement inquiète mais il expose aussi ses faiblesses et compromet son avenir. Par la confrontation armée, il s’aliène tous les peuples du monde qui voient jour après jour les civils innocents mourir sous les balles et les bombes de ceux qui se prétendent pourtant les dépositaires de la plus haute exigence morale et revendiquent le privilège de dire le droit. En inquiétant, il incite les dirigeants à rechercher la protection de l’arme nucléaire, comme c’est le cas en Iran, pour éviter à leur peuple le destin terrible de l’Irak, où l’invasion occidentale – qui a très sûrement provoqué plus de morts et de souffrances que le régime pourtant honni de Saddam Hussein – est un crime qui restera de toute évidence impuni. En ne parvenant pas à imposer sa loi, il révèle à tous son destin d’empire sur le déclin dont l’heure de toute puissance est vouée à « disparaitre des pages du temps », pour reprendre une formule célèbre mais si souvent déformée. Tous ensembles, ces facteurs concourent au résultat inverse des objectifs affichés : on assiste à une aggravation des tensions régionales, une dissémination des armements et à une accélération des processus de recomposition dans les relations internationales, les nations émergentes cherchant à se protéger et à s’éloigner d’un centre, affaibli certes, mais qui reste un facteur de désordre et non de stabilisation. Enfin, ce faisant, il se prive de ce qui serait sa capacité d’influence sur les affaires du monde la plus inspirante : une coopération pacifiée entre pairs, qui donnerait, elle, quelques raisons de partager les idéaux des lumières, dont, piètres héritiers, nous offrons aujourd’hui une détestable caricature.

Brèves du 20/04/2010 Palestine


Palestine/Israël

• 18/04/2010, STAMBUL Pierre, Pas de paix sans justice en Palestine, revenir aux droits fondamentaux, UJFPInfo-Palestine.

Il y a plus de 60 ans, 800000 Palestiniens ont été expulsés de leur propre pays au terme d’un « nettoyage ethnique » délibéré et organisé par les dirigeants et l’armée du nouvel État israélien.

Cette idéologie [le sionisme] n’est pas seulement une forme particulière de nationalisme et de colonialisme. C’est aussi un messianisme perverti qui a créé une histoire et une identité mythique, qui a fabriqué un « homme nouveau » avec la théorie fumeuse du « peuple en exil qui a fait son retour ». Le sionisme ne s’est pas achevé en 1948 au contraire. Il est plus que jamais à l’œuvre et il ne laissera jamais la moindre place à l’identité palestinienne. Son modèle, ce sont l’Australie ou les États-Unis où les peuples indigènes ont été tellement marginalisés qu’ils ne sont plus en capacité de réclamer leurs droits.

Israël est une démocratie pour les Juifs mais une dictature impitoyable pour les PalestinienNEs. Les institutions créées au début du XXe siècle (le KKL, l’Agence Juive, la Histadrouth…) pour aboutir à une société « ethniquement pure » sont illégitimes.

60% des Juifs du monde entier ne vivent pas en Israël. Ils sont sommés d’être des complices d’un Etat criminel. Faute de quoi ils sont dénoncés comme « Juifs traîtres ayant la haine de soi ». Le sionisme n’est pas seulement criminel pour la Palestine. Il est une impasse suicidaire pour les Israéliens et pour les Juifs. Personne ne peut penser que cette politique de massacres périodiques et de négationnisme vis-à-vis de la Palestine pourra se prolonger indéfiniment et impunément.

Une partie du mouvement de solidarité avec la Palestine se trompe, je n’ai pas peur des mots. Elle atténue terriblement la critique sur la nature de l’Etat d’Israël en oubliant qu’au départ la Nakba est totalement illégitime. Elle a tendance à reprendre la diabolisation du Hamas ou du Hezbollah. Elle a peur d’utiliser les mots « colonialisme », « apartheid » pour caractériser l’occupation et les discriminations. Comme si ce que l’Etat d’Israël inflige à la Palestine n’était pas aussi grave que ce que l’ancienne Afrique du Sud a fait. Elle s’abrite derrière la légalité internationale pour ne plus exiger l’égalité des droits.

• 18/04/2010, L’occupant israélien prive d’eau les villages palestiniens de la vallée du Jourdain, Ma’an NewsInfo-Palestine.

Les forces israéliennes d’occupation ont envahi le village de Khirbet Al-Farsieyah au nord de la vallée du Jourdain, et saisi quatre pompes à eau utilisées pour l’irrigation et l’approvisionnement en eau potable de la petite communauté agricole, selon des témoins.
Commentaires : Cet article montre, à partir d’un exemple de la vie quotidienne, la barbarie de l’occupation israélienne.

• 18/04/2010, GRESH Alain, Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem,, Les blogs du Diplo.

• Journal vidéo, Sleepless in Gaza…and Jerusalem, YouTube.

Chronique de la Colonisation de la Palestine 2010 Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.

Brèves du 20/04/2010


Presse servile

• 17/04/2010, L’im-Monde est à vendre… bon débarras !, L’Observatoire des médias.

Économie sociale

• 15/04/2010, Assurance maladie : des comptes à régler, Temps Présent – TSR.

Temps Présent a mis le nez dans les petits comptes des assureurs, pour comprendre comment fonctionne ce système opaque, où la transparence n’existe pas. Comment le mélange des comptes entre assurance de base et privée est-il géré ? Comment s’effectue la chasse aux bons risques ? Une enquête fouillée et troublante.

Algérie

• 23-26/11/2009, France-Algérie : une tragédie méditerranéenne, La Fabrique de l’Histoire, 1/42/43/44/4 [Transcription, 1/42/43/44/4].