Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Journalières: 28/01/2010

Un peuple étranglé par le colonialisme et l'impérialisme


25/01/2010, Bush, Clinton et les crimes de l’impérialisme américain en Haïti, WSWS :

L’administration Obama a annoncé que ce serait les ex-présidents Bill Clinton et George W. Bush qui allaient diriger la collecte des fonds destinés aux opérations de secours après le tremblement de terre d’Haïti. Dans son discours radiodiffusé du 16 janvier, Obama a déclaré : «Ces deux leaders sont porteurs d’un message très clair au peuple d’Haïti et au monde. A l’heure du besoin, les États-Unis sont unis».

La nomination de Clinton et Bush a une signification réelle, mais il ne s’agit pas de celle que la Maison Blanche et les médias ont suggéré. En choisissant ses deux prédécesseurs immédiats — ceux qui on déterminé depuis 1993 la politique américaine dans les Caraïbes — Obama montre que la terrible tragédie humaine d’Haïti ne changera rien au rôle prédateur joué par l’impérialisme américain dans ce pays semi colonial et appauvri.

Clinton et Bush ont été, pendant huit années chacun, directement et au plus haut point impliqués dans une suite de machinations politiques et d’interventions militaires qui ont principalement contribué à perpétuer la pauvreté, l’arriération et la répression en Haïti et qui ont profondément amplifié le désastre ayant frappé ce pays la semaine dernière. Tous deux ont le sang d’ouvriers et de paysans haïtiens sur les mains.

Clinton est arrivé au pouvoir immédiatement après le coup d’État militaire qui a chassé du pouvoir le premier président démocratiquement élu d’Haïti, le prêtre populiste Jean-Bertrand Aristide. Ce coup d’État fut appuyé par l’administration de Bush père, qui considérait Aristide comme trop radical, indésirable et potentiellement dangereux.

La nouvelle administration démocrate introduisit un changement de tactique politique. Clinton imposa à la junte haïtienne des sanctions économiques qui détruisirent les industries d’exportations commençantes d’Haïti, puis il envoya – pour la troisième fois au cours du vingtième siècle – les Marines dans le pays afin de forcer le Général Raoul Cedras, le chef de la junte, à partir. Les États-Unis rétablirent Aristide à la présidence après qu’il ait donné l’assurance qu’il ne ferait rien pour braver la domination de Washington où celle de l’élite haïtienne et qu’il quitterait ses fonctions en 1996 sans chercher une réélection.

Après qu’Aristide, obéissant, ait quitté ses fonctions au moment prévu, c’est René Préval qui lui succéda, passant le premier de ses mandats (1996 à 2001) à mettre en oeuvre les diktats du «programme d’ajustement structurel» du Fonds monétaire international qui détruisit l’emploi, imposa des coupes dans les services publics et ruina les producteurs de riz d’Haïti.

Lorsque le parti d’Aristide, Fanmi Lavalas, remporta une nette victoire aux élections parlementaires de mai 2000, l’administration Clinton et le Congrès contrôlé par les Républicains refusèrent d’accepter le résultat de l’élection et supprimèrent l’aide américaine. Aristide lui-même retourna à la présidence après une large victoire à l’élection présidentielle de novembre 2000, seulement pour trouver devant lui un ennemi irréductible : l’administration Bush nouvellement élue aux États-Unis.

Haïti fut systématiquement affamée pendant trois ans par la suppression de l’aide américaine et par les mesures prises par l’administration Bush afin de bloquer l’aide internationale et d’isoler le gouvernement Aristide. Pour finir, en février 2004, sur fond de mouvements de protestation fomentés par l’élite dirigeante haïtienne, soutenue en secret par les États-Unis, l’armée américaine intervint de nouveau dans le pays, se saisissant d’Aristide et le conduisant hors du pays en exil.

Les Marines donnèrent le contrôle du pays à une force de maintien de la paix des Nations unies dont le Brésil fournit le plus important contingent. Cette force soutint toute une suite de premiers ministres haïtiens non élus jusqu’à l’élection de 2006 d’où furent seuls largement exclus les candidats de Fanmi Lavalas. René Préval fut alors élu président pour la seconde fois, son mandat devant se terminer à la fin de cette année. Jadis partisan et, selon ses propres dires, «jumeau» politique d’Aristide, Préval a depuis longtemps fait la paix tant avec Washington qu’avec l’élite haïtienne et son second mandat s’est caractérisé par une obéissance servile vis-à-vis des injonctions économiques de Wall Street et du Fond monétaire international.

Pendant les administrations Clinton et Bush, l’exigence américaine d’adhésion à la politique d’austérité du FMI s’accompagna d’un programme virulent de répression des Haïtiens fuyant leur pays natal afin de chercher refuge et une vie meilleure aux États-Unis. Lors de sa première campagne présidentielle, en 1992, Clinton avait critiqué cette persécution et le rapatriement forcé des réfugiés haïtiens, pour ensuite se dédire et poursuivre, sans aucune modification, cette même politique. Pendant dix sept ans – et cela continue sans aucun changement de la part d’Obama – des centaines de réfugiés sont morts dans de petites embarcations essayant d’échapper au blocus des gardes des côtes américains.

Plus récemment, Clinton, nommé envoyé spécial des Nations Unies à Haïti, a soutenu le régime corrompu de Préval et cherché à faire d’Haïti la base d’une industrie du vêtement rentable, contrôlée par les États-Unis et fondée sur des salaires proche de la famine. Des émeutes de la faim secouèrent le pays en avril 2008 mais cela n’empêcha pas Préval de bloquer des lois qui auraient augmenté le salaire minimum de 1,72 dollar par jour des ouvriers des usines de vêtements.

Quant à George W. Bush, son choix en tant que codirigeant d’une prétendue campagne humanitaire est une insulte tant au peuple haïtien qu’au peuple américain. Sa nomination par Obama est la continuation des efforts persévérants faits depuis l’élection du président démocrate, elle-même le produit de la haine populaire vis-à-vis de Bush et de son parti, pour réhabiliter les Républicains.

L’accomplissement le plus marquant de Bush (un criminel de guerre impénitent responsable du massacre d’un million d’Irakiens) sur le plan de la politique intérieure est l’échec abject de son gouvernement à empêcher que la Nouvelle Orléans et la côte du Golf du Mexique ne soient ravagées par l’ouragan Katrina, puis à organiser des opérations efficientes de secours et de reconstruction.

C’est là le palmarès des deux hommes sélectionnés par Obama en tant que visages publics de la dernière initiative américaine en Haïti. Durant le week-end, Bush et Clinton firent un certain nombre d’apparitions médiatiques parmi lesquelles des interviews sur les cinq chaînes d’informations télévisées où ils insistèrent sur le besoin de restaurer la «stabilité» en Haïti et sur le rôle important que les États-Unis auraient à jouer dans cet effort.

Bush et Clinton incarnent le rôle pernicieux et réactionnaire joué par l’impérialisme américain en Haïti au cours du siècle passé. Il n’est pas exagéré de dire que la politique de leurs administrations ont causé autant de morts et de ravages dans ce pays que le tremblement de terre lui-même.

23/01/2010, Haïti : les effets d’une catastrophe naturelle… et de l’exploitation coloniale puis impérialiste, Lutte Ouvrière :

Le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier a fait des dizaines de milliers de victimes, des millions sans doute de sans-abri et il est évident que l’organisation et la coordination des secours, dans un pays dont la plupart des infrastructures ont été détruites, ne sont pas chose aisée. Mais le sort de la population pauvre est d’autant plus terrible qu’elle vivait déjà dans la misère, que la consommation de galettes de terre pour tromper la faim faisait partie de la vie quotidienne des Haïtiens les plus pauvres, bien avant ce tremblement de terre.

Haïti n’est pas victime d’une malédiction. Haïti a d’abord été victime de l’exploitation coloniale par la France, puis de l’impérialisme nord-américain.

Le commerce et l’exploitation sans frein des esclaves noirs dans les plantations de canne à sucre au XVIIe et au XVIIIe siècles ont été l’une des principales sources d’enrichissement de la bourgeoisie française durant cette période. C’est sur leur sueur et leur sang qu’ont été bâtis les hôtels particuliers de Nantes, de Bordeaux et de bien d’autres villes. Et quand, embrasé par le souffle de la Révolution française, Haïti a aboli l’esclavage, a vaincu les armées que Napoléon Bonaparte avait envoyées pour tenter de rétablir celui-ci, la France n’accepta de reconnaître l’indépendance de l’île qu’en échange d’une indemnisation colossale, qui ruinera les finances de Haïti jusqu’en 1888.

Au XXe siècle, les États-Unis ont pris le relais dans l’exploitation de l’île, en mettant la main sur les meilleures terres agricoles, en utilisant dans la zone industrielle de Port-au-Prince des travailleurs sous-payés : moins de deux dollars par jour ces dernières années. Et, parallèlement à cette présence économique, les USA ne cessent d’intervenir dans la vie politique haïtienne : déposition du président Aristide en 1991, rétablissement de ce dernier en 1994 (après un séjour aux USA destiné à le convaincre de changer de politique), expédition en exil du même Aristide en 2004 et mise en place, sous le couvert de l’ONU, d’une mission de 6 000 militaires et 1 400 policiers chargés de maintenir l’ordre de l’impérialisme en Haïti.

Alors, Obama peut bien faire des discours humanitaires, confier à Clinton et à Bush (tout un symbole) le soin de réunir des fonds pour Haïti. Ses principales préoccupations sont d’une part d’éviter un afflux massif de réfugiés haïtiens aux États-Unis, comme cela s’était produit lors de récents cyclones dévastateurs, où ceux qui fuyaient l’île sur des embarcations précaires avaient été impitoyablement refoulés ; et d’autre part d’éviter tout risque d’explosion sociale menaçant les intérêts de l’impérialisme américain comme ceux des riches Haïtiens qui sont les alliés locaux de celui-ci.

L’une des premières mesures d’Obama a été d’envoyer 10 000 marines à Haïti. Pour assurer la sécurité des transports et des distributions de vivres ? Sans doute, mais prêts aussi à assurer l’ordre impérialiste. Quant à Sarkozy, pour ne pas être en reste, il a proposé à son tour d’y envoyer 1 000 gendarmes européens.

Dans la tragédie qu’il vit, le peuple haïtien a besoin de la solidarité de toutes les bonnes volontés. Et il est bon que la générosité populaire, qui ne fait pas, elle, de calculs politiques, se soit une fois de plus manifestée. Mais ce peuple qui, le premier, a su briser les chaînes de l’esclavage n’échappera vraiment à la misère que le jour où tous les exploités, tous les opprimés de la terre, ceux d’Haïti comme ceux de tous les autres pays, auront mis à bas le système capitaliste, construit une société qui se donnera les moyens de faire face aux conséquences des catastrophes naturelles, au lieu de consacrer des fortunes à produire des engins de guerre.

Car que représentent les 100 millions de dollars débloqués par Obama, les 20 millions d’euros débloqués par la France pour Haïti, au regard des 377 millions de dollars que coûte chaque jour l’intervention militaire des USA en Irak et en Afghanistan ?

Commentaires : Combat Ouvrier, qui est une organisation proche de Lutte Ouvrière dans les Antilles, ne dit rien sur Haïti.

15/01/2010, Séïsme en Haïti : Les États capitalistes sont tous des charognards, Courant Communiste International :

Assassins, le capitalisme, ses États, sa bourgeoisie, ne sont rien d’autres que des assassins. Des dizaines de milliers de personnes viennent de mourir de par la faute de ce système inhumain.

Mardi, à 16h53, heure locale, un séisme de magnitude 7 sur l’échelle de Richter a ravagé Haïti. La capitale Port-au-Prince, bidonville tentaculaire comptant près de deux millions d’habitants, a été purement et simplement rasée. Le bilan est terrible. Et il s’alourdit encore d’heure en heure. Quatre jours après la catastrophe, en ce vendredi 15 janvier, la Croix-Rouge dénombre déjà de 40 000 à 50 000 morts et «une quantité énorme de blessés graves». D’après cette association caritative française, au moins trois millions de personnes ont été touchées directement par le tremblement de terre . En quelques secondes, 200 000 familles ont perdu leur «maison», souvent faites de bric et de broc. Les grands bâtiments se sont aussi effondrés comme des châteaux de cartes. Les routes, déjà délabrées, l’aéroport, les vieilles lignes de chemin de fer,… rien n’a résisté.

La raison de ce carnage est révoltante. Haïti est l’un des pays les plus pauvres du monde, 75 % des habitants y survivent avec moins de 2 dollars par jour et 56 % avec moins de 1 dollar ! Sur ce bout d’île frappé du sceau de la misère, rien, évidemment, n’a été construit pour faire face aux tremblements de terre. Pourtant, Haïti est une zone sismique connue. Tous ceux qui prétendent aujourd’hui que cette secousse a été d’une violence exceptionnelle et imprévisible mentent. Le professeur Eric Calais, lors d’un cours de géologie donné dans ce pays en 2002, affirmait ainsi que l’île est traversée par «des failles capables de magnitudes 7.5 à 8» . Les autorités politiques d’Haïti étaient elles aussi officiellement informées de ce risque comme le prouve cet extrait tiré du site du Bureau des Mines et de l’Energie (qui dépend du ministère des travaux publics) : «chacun des siècles passés a été marqué par au moins un séisme majeur en Hispaniola (Nom espagnol de cette île séparée aujourd’hui en deux pays, Haïti et la République Dominicaine, NDLR) : destruction de Port au Prince en 1751 et 1771, destruction de Cap Haïtien en 1842, séismes de 1887 et 1904 dans le nord du pays avec dégâts majeurs à Port de Paix et Cap Haïtien, séisme de 1946 dans le nord-est de la République Dominicaine accompagné d’un tsunami dans la région de Nagua. Il y a eu des séismes majeurs en Haïti, il y aura donc des séismes majeurs dans le futur à l’échelle de quelques dizaines ou de la centaine d’années : c’est une évidence scientifique.» (souligné par nous). Et alors, face à cette «évidence scientifique», quelles ont été les mesures prises ? Aucune ! En mars 2008 encore, un groupe de géologues avait alerté sur un risque majeur de séisme de grande amplitude dans les deux ans à venir et certains scientifiques avaient même tenu une série de réunions en mai de la même année à ce sujet avec le gouvernement haïtien . Ni l’État haïtien, ni tous les États qui aujourd’hui versent des larmes de crocodiles et lancent des appels à la «solidarité internationale», États-Unis et France en tête, n’ont pris la moindre mesure préventive pour éviter ce drame prévisible. Les bâtiments construits dans ce pays sont si fragiles qu’ils n’ont d’ailleurs même pas besoin d’un séisme pour s’effondrer : «en 2008, déjà, une école de Pétionville avait enseveli, sans aucune raison géologique, près de 90 enfants» .

Maintenant qu’il est trop tard, Obama et Sarkozy peuvent bien annoncer une «grande conférence internationale» pour «la reconstruction et le développement», les États chinois, anglais, allemand ou espagnol peuvent bien envoyer tous leurs colis et leurs ONG, ils n’en resteront pas moins des criminels aux mains couvertes de sang.

Si Haïti est aujourd’hui si pauvre, si sa population est dénuée de tout, si les infrastructures sont inexistantes, c’est que depuis plus de 200 ans, la bourgeoisie locale et les grandes bourgeoisies espagnole, française et américaine se disputent les ressources et le contrôle de ce petit bout de terre. A travers son quotidien The Guardian, la bourgeoisie britannique ne manque d’ailleurs pas d’épingler la responsabilité criante de ses rivaux impérialistes : «Cette noble « communauté internationale » que l’on voit aujourd’hui se bousculer pour apporter son “aide humanitaire” à Haïti est en grande partie responsable des maux terribles qu’elle s’efforce aujourd’hui d’atténuer. Depuis le jour où, en 1915, les États-Unis ont envahi et occupé le pays, tous les efforts […] ont été violemment et délibérément sabotés par le gouvernement américain et ses alliés. Le propre gouvernement d’Aristide […] en a été la dernière victime, renversé en 2004 par un coup d’État bénéficiant d’un soutien international, au cours duquel plusieurs milliers de personne ont perdu la vie […] A vrai dire, depuis le putsch de 2004, c’est la communauté internationale qui gouverne Haïti. Ces pays qui se précipitent maintenant à son chevet ont pourtant systématiquement voté, ces cinq dernières années, contre toute extension du mandat de la mission de l’ONU au-delà de sa vocation principalement militaire. Les projets qui prévoyaient d’utiliser une fraction de cet “investissement” afin de réduire la misère ou favoriser le développement de l’agriculture se sont trouvés bloqués, conformément aux tendances à long terme qui continuent de présider à la distribution de “l’aide” internationale.»

Et il ne s’agit là que d’une toute petite partie de la vérité. Les États-Unis et la France se battent pour le contrôle de cette île à coup de putsch, de manœuvres et de corruption de la bourgeoisie locale depuis des décennies, favorisant ainsi le développement de la misère, de la violence et de milices armées terrorisant en permanence hommes, femmes et enfants !

Le cirque médiatique actuel autour de la «solidarité internationale» est donc insupportable et répugnant. C’est à l’État qui fera la plus grande publicité autour de «ses» ONG, autour de «ses» colis. C’est à celui qui fera la plus belle image des vies que «ses» sauveteurs auront extirpé des gravats. Pire encore, sur les décombres et les cadavres, la France et les États-Unis continuent de se livrer une guerre d’influence sans merci. Au nom de l’humanitaire, ils envoient sur zone leur flotte militaire et essayent de prendre le contrôle des opérations prétextant la «nécessité d’une coordination des secours par un chef d’orchestre».

Comme à chaque catastrophe, toutes les déclarations d’aide sur le long terme, toutes les promesses de reconstruction et de développement, resteront sans lendemain. Depuis dix ans, suite à des tremblements de terre, il y a eu :

15 000 morts en Turquie, en 1999.
14 000 morts en Inde, en 2001.
26 200 morts en Iran, en 2003.
210 000 morts en Indonésie en 2004 (le séisme sous-marin avait engendré un gigantesque Tsunami qui avait fait des victimes jusque sur les côtes africaines).
88 000 morts au Pakistan, en 2005.
70 000 morts en Chine, en 2008.

Chaque fois, la «communauté internationale» s’est émue et a envoyé de misérable secours ; mais jamais de véritables investissements n’ont été réalisés pour améliorer durablement la situation, en construisant des bâtiments antisismiques par exemple. L’aide humanitaire, le soutien réel aux victimes, la prévention ne sont pas des activités rentables pour le capitalisme. L’aide humanitaire, quand elle existe, ne sert qu’à dresser un rideau de fumée idéologique pour faire croire que ce système d’exploitation peut être humain, quand elle ne constitue pas directement un alibi pour justifier l’envoi de forces militaires et gagner de l’influence dans une région du monde.

Un seul fait révèle toute l’hypocrisie bourgeoise de l’humanitaire et de la solidarité internationale des États : le ministre français de l’immigration, Eric Besson, vient de décréter qu’il suspendait «momentanément» les reconduites de personnes en situation irrégulière vers Haïti ! Tout est dit.

L’horreur qui frappe la population vivant en Haïti ne peut que soulever un immense sentiment de tristesse. La classe ouvrière va, comme lors de chaque hécatombe, réagir en répondant présent aux différents appels aux dons. Elle montrera une nouvelle fois par-là que son cœur bat pour l’humanité, que sa solidarité ne connaît pas les frontières.

Mais surtout, une telle horreur doit nourrir sa colère et sa combativité. Les véritables responsables des 50 000 morts ou davantage en Haïti ne sont pas la nature ou la fatalité mais le capitalisme et ses États, qui sont autant de charognards impérialistes.

Liens :
• 2006, Aléa et risque sismique en Haïti, Bureau des Mines et de l’Energie.
• 13/10/2010, Séisme en Haïti, les causes connues du gouvernement, Libération.
• 14/10/2010, Requiem pour Port-au-Prince, Courrier international.
• 14/10/2010, Bien plus qu’une catastrophe naturelle, The GuardianPresseurop.
• 15/01/2010, Haïti : l’ONU veut récolter 560 millions de dollars pour l’aide, Libération.

Janvier 2010, Haïti : sauver les meubles… du capital, et laisser crever les prolétaires !, Groupe Communiste Internationaliste :

Des barrages de cadavres. Voilà ce que les prolétaires de Port-au-Prince ont dressé en travers des rues huit jours après le tremblement de terre. «Ils protestent contre le manque criant de secours d’urgence», nous dit-on. Au-delà de cette évidence à laquelle les medias préfèrent s’en tenir, comment ne pas voir que ces prolétaires survivants en sursis renvoient à la face de cette société, de sa classe dominante mais également de tous ses braves citoyens: ce sont vos morts, ils sont morts de l’entassement dans lequel nous vivions, si peu a été entrepris pour sauver les survivants des premiers jours et depuis lors vous nous laisser crever dans ce charnier géant. En effet, ce n’est pas aux prolétaires d’Haïti qu’il faut expliquer que les États aujourd’hui mobilisés sur l’île se foutent bien de leur sort. Ainsi que nous le dénonçons régulièrement avec force dans notre presse, militaires et humanitaires sont plus que jamais les deux faces d’un même programme étatique visant à casser sur le terrain toute solidarité de classe, toute action directe pour la survie. Déjà en temps «normal», dans une région qui a son histoire riche en soulèvements, les prolétaires sont bien placés pour se rendre compte dans quel camp travaille le secteur humanitaire (indépendamment des bonnes intentions individuelles) et a fortiori les Nations Unies : le camp du maintien de la paix, de la paix sociale, du maintien de l’ordre, ou encore du fameux «développement», c’est-à-dire le développement du profit et de l’exploitation, par la destruction de toute pratique autonome de survie et de lutte de notre classe. Dans les faits, toutes ces préoccupations fondamentalement capitalistes d’encadrement, de domestication, de mise au pas civilisatrice sont inséparables de la répression brutale des luttes par les armes et la torture. Il ne se trouvera pas beaucoup de prolétaires pour pleurer les morts de la «Minustah», la mission de l’ONU en Haïti!

Face au désastre que provoque un tel tremblement de terre au sein d’une telle concentration purement capitaliste de misère (soulignons-le), et tandis que la bourgeoisie pleure des larmes de crocodile sur ce qu’elle aime nommer une «crise humanitaire», le rôle de ses agents de «bienfaisance» ne fait que se confirmer. Un porte-avions américain mouille au large d’Haïti, avions civils et militaires défilent en une ronde incessante sur la seule piste opérationnelle de l’aéroport (très rapidement contrôlée par l’US Army),… mais ce n’est pas pour sauver des prolos de Haïti que cette débauche de moyens est mobilisée. Il y a bel et bien secours d’urgence… mais pour le capital: rétablir l’État, défendre la propriété privée, assurer l’approvisionnement et la logistique des forces de l’ordre (journalistes inclus) et des institutions stratégiques (ONU, ambassades,…), sauver ses propres ressortissants (y compris des décombres des hôtels de luxe), et surtout redéployer une présence militaire internationale durable, dans le but essentiel de ne pas laisser s’organiser les prolétaires révoltés par leur situation, fruit de la haine bourgeoise internationale, historique et présente, à leur égard. Quand la bouffe et l’eau arriveront aux portes des quartiers populaires dévastés (et au bout de dix jours ce n’est toujours pas le cas!), la distribution parcimonieuse sera comme toujours subordonnée à la docilité et à la soumission de ses bénéficiaires.

Tandis que l’on extrait quelques survivants des ruines devant les caméras et que l’on tente de nous convaincre que «toutes les couches sociales» sont indistinctement touchées, les télés du monde entier diffusent en boucle les images de prolos armés de machettes «faisant la loi dans la rue». Dans leur entreprise commune de division de notre classe, medias internationaux et presse gauchiste sont à nouveau en puante connivence pour nous resservir leurs clichés racistes selon lesquels les hordes de démunis négroïdes, face au délitement de l’État, retournent avidement à leur effrayant état de nature, celui de la guerre cannibale de tous contre tous. On nous les décrit tantôt mus par «le désespoir», tantôt par «la cupidité», organisés en bandes qui sèment la terreur pour «s’approprier» les vivres et dont les rangs se grossissent certainement des 6000 prisonniers qui sont parvenus à s’évader à la faveur du séisme. Révulsés par cette déferlante vague de bestialité, nous voilà conviés à applaudir le déploiement salvateur des dites forces de «sécurisation» tout en versant notre obole culpabilisée aux numéros de compte affichés à l’écran des shows télévisés de la «solidarité».

Derrière ce lieu commun journalistique de la «multiplication de scènes de pillage» se cache (mal) un paroxysme de cynisme capitaliste, un fleuron notable dans les progrès accomplis en matière d’inhumanité par la dernière – et la plus «civilisée» – des sociétés de classe: tandis que «tout est désorganisé» et que l’État s’est soi-disant évaporé dans le séisme, flics et soldats patrouillent en armes au milieu des gravats et des monceaux de cadavres en décomposition pour empêcher (à balles réelles) les prolétaires affamés et assoiffés de fouiller les décombres de magasins à la recherche de ce qui leur permettrait, à eux et leurs enfants, de ne pas crever comme des chiens! Voilà ce qu’est la prosaïque réalité de la lutte contre les infâmes bandes de pillards! Voilà qui rappellent furieusement – oui, furieusement ! – la situation à la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina en été 2005.

Et comme pour la Louisiane, lorsque la bourgeoisie et ses commentateurs évoquent avec une émotion et un empressement obscènes les perspectives de «reconstruction», on ne peut douter que les investissements à consentir, animés du plus pur désintéressement, ne manqueront pas de suivre avec zèle les plans de nettoyage social déjà sortis des tiroirs des Q.G. de la gendarmerie mondiale.

Alors les prolétaires renvoient la politesse aux crapules larmoyantes du monde entier: venez déblayer vous-mêmes ces barrages de cadavres dressés contre l’hypocrisie meurtrière de votre société, c’est bien celle-ci et pas «l’injustice de la Providence» ou «la nature» qui les a produits !

Lire aussi :
Dossier Haïti, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Aide humanitaire – Colonialisme humanitaire, Monde en Question.