Monde en Question

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Archives Journalières: 15/01/2010

La pauvreté aggrave les catastrophes naturelles


Alors que la communauté internationale se rue au secours d’Haïti après le séisme du 12 janvier, Peter Hallward, du Guardian, met en lumière la part de responsabilité du monde dans la misère économique dont le pays ne parvient pas à sortir.

Aucune mégapole au monde n’aurait réchappé d’un tremblement de terre comme celui qui a ravagé la capitale d’Haïti le 12 janvier. Mais ce n’est pas un hasard si l’essentiel de Port-au-Prince ressemble aujourd’hui à une zone de guerre. Il faut plutôt voir dans les destructions engendrées par cette nouvelle calamité le résultat, tout à fait humain, d’une longue succession d’événements historiques déplorables. Le pays a connu plus que sa part de désastres. Le gigantesque séisme du 7 mai 1842 aurait tué 10 000 habitants dans la seule ville de Cap Haïtien, dans le nord. Les ouragans balaient régulièrement l’île. Les intempéries de septembre 2008 ont inondé la ville de Gonaïves, rasé presque toutes ses infrastructures branlantes et entrainé la mort de plus d’un millier de personnes.

Il faudra sans doute attendre des semaines avant de mesurer toute l’étendue des dommages provoqués par le tremblement de terre. Mais une chose est d’ores et déjà évidente : cet impact dramatique est le résultat d’une histoire faite, à long terme, de paupérisation et d’impuissance. On a coutume de présenter Haïti comme « le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental ». Cette pauvreté est l’héritage direct de ce qui a peut-être été le système d’exploitation coloniale le plus impitoyable de l’histoire du monde, aggravé par des décennies d’oppression postcoloniale systématique. Cette noble « communauté internationale » que l’on voit aujourd’hui se bousculer pour apporter son « aide humanitaire » à Haïti est en grande partie responsable des maux terribles qu’elle s’efforce aujourd’hui d’atténuer. Depuis le jour où, en 1915, les Etats-Unis ont envahi et occupé le pays, tous les efforts entrepris pour permettre au peuple haïtien de passer (pour reprendre les propos de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide) « de la misère absolue à une pauvreté digne » ont été violemment et délibérément sabotés par le gouvernement américain et ses alliés. Le propre gouvernement d’Aristide (porté au pouvoir par environ 75 % de l’électorat) en a été la dernière victime, renversé en 2004 par un coup d’Etat bénéficiant d’un soutien international, au cours duquel plusieurs milliers de personne ont perdu la vie. Depuis, la population, en proie au ressentiment, gronde. C’est pour cette raison que les Nations unies ont déployé sur place une force de stabilisation et de pacification aussi nombreuse que coûteuse.

Depuis 2004, la communauté internationale gouverne Haïti

Haïti est aujourd’hui un pays où, selon les meilleures études disponibles, quelque 75 % des habitants « vivent avec moins de 2 dollars (1,40 euros) par jour, et 56 % – 4,5 millions de personnes – avec moins de 1 dollar (0,66 euro) par jour ». Du fait d’accords commerciaux et financiers léonins, cette indigence et cette impuissance continueront, dans un avenir prévisible, à faire partie intégrante du quotidien des Haïtiens. C’est ce dénuement et cette faiblesse qui expliquent l’étendue de l’horreur qui s’est abattue sur Port-au-Prince. Depuis la fin des années 70, l’agriculture haïtienne a été l’objet des assauts du néolibéralisme, qui a chassé des milliers de petits exploitants vers les bidonvilles surpeuplés. On ne dispose d’aucun chiffre fiable, mais il semblerait que des centaines de milliers d’habitants de Port-au-Prince vivent aujourd’hui dans des logements de fortune, souvent accrochés au flanc de ravines pelées par la déforestation. Ce qui a poussé ces gens à résider dans de tels lieux et dans de telles conditions n’est pas plus « naturel » ou accidentel que les blessures que leur a infligées le tremblement de terre. Les infrastructures de première nécessité de la capitale, l’eau courante, l’électricité, les routes, etc., sont désespérément inadaptées, voire inexistantes. Quant au gouvernement, il est pour ainsi dire incapable de mobiliser des secours.

A vrai dire, depuis le putsch de 2004, c’est la communauté internationale qui gouverne Haïti. Ces pays qui se précipitent maintenant à son chevet ont pourtant systématiquement voté, ces cinq dernières années, contre toute extension du mandat de la mission de l’ONU au-delà de sa vocation principalement militaire. Les projets qui prévoyaient d’utiliser une fraction de cet « investissement » afin de réduire la misère ou favoriser le développement de l’agriculture se sont trouvés bloqués, conformément aux tendances à long terme qui continuent de présider à la distribution de « l’aide » internationale. Si l’on tient vraiment à aider Haïti à surmonter cette nouvelle crise, nous devrions garder cette réalité à l’esprit. Tout en envoyant des secours, nous devrions nous demander ce que nous pouvons faire pour conférer davantage d’autonomie au peuple et aux institutions publiques haïtiennes. Si l’on prétend sérieusement les aider, cessons alors de chercher à contrôler le gouvernement du pays, à pacifier ces citoyens et exploiter son économie. Et tant que nous y sommes, commençons donc à payer pour certains des dégâts que nous avons déjà causés.

Peter Hallward
The GuardianPresseurop

Écouter aussi : Géopolitique – France Inter :

Fatalité, dira-t-on, mais non. Fatalité sans doute pour ce tremblement de terre encore qu’un pays moins totalement misérable aurait eu des bâtiments plus solides et disposé de secours prêts à intervenir, équipés, capables de faire quelque chose devant tant d’horreurs, mais pour le reste ?

Pour le reste, ce n’est pas la fatalité qui explique ces siècles de malheur auxquels se résume l’histoire haïtienne. Avant 1492, on ne sait pas trop mais, sitôt que Christophe Colomb découvre cette île magnifique qu’il baptisa, d’abord, Hispaniola, la Petite Espagne, la soif de l’or transforme les populations indigènes en esclaves, vite décimés par l’épuisement, la sauvagerie des occupants et les maladies qu’ils avaient apportées d’Europe avec eux et contre lesquelles les autochtones n’étaient pas immunisés.

Lorsqu’il n’y a plus d’or à extraire de la partie occidentale de l’île, le territoire de l’actuelle République d’Haïti, l’Espagne s’investit dans la partie orientale, l’actuelle République dominicaine, et c’est la France qui prend le relais, à la fin du XVI°, cultivant le tabac, produisant l’indigo, développant d’immenses richesses, grâce à l’exportation de ses pauvres auxquels elle promettait des terres et à l’importation, surtout, d’esclaves africains.

Le sucre et le café s’ajoutent au tabac. En 1789, cette colonie compte 500 000 esclaves contre 32 000 Blancs et à peu près autant de mulâtres et d’affranchis mais le vent de la Révolution française souffle jusque sur l’île. Conduits par les mulâtres et les affranchis, les esclaves se révoltent et, après bien des épisodes, Haïti devient un mythe en 1804, la première République noire et le plus ancien Etat indépendant des Amériques, après les États-Unis.

Juste retour des choses ? Triomphe de la Justice ? Non, car ces esclaves révoltés qui ont gagné n’ont que leur misère et leur acculturation pour héritage, la faim au ventre et la revanche au cœur. Les victimes ne sont pas forcément les meilleurs des hommes, citoyens sages, exemplaires, aptes à prendre leurs affaires en mains et, pire encore, l’indépendance acquise, un antagonisme social et racial, s’approfondit entre Noirs et mulâtres, entre damnés de cette terre et demi blancs, plus cultivés, plus riches et bien décidés à régner sur la plèbe.

Dénuement de la majorité, atouts d’une minorité et lutte entre les deux, Haïti a souffert jusqu’aujourd’hui de ce legs de l’esclavage, d’un handicap séculaire qui explique son instabilité chronique, ces deux siècles de coups d’Etat incessants, de révolte permanente, de dictatures ubuesques et d’instants d’espoir, fulgurants et aussitôt déçus.

Le paradoxe haïtien est que ce concentré de malheurs ne laisse personne indifférent, ni l’Afrique décolonisée à laquelle Haïti avait ouvert la voie avec 150 ans d’avance ; ni le Vatican et le monde catholique car les Haïtiens sont catholiques ; ni la France parce qu’on parle français à Haïti et que l’intelligentsia haïtienne est l’une des plus brillantes de la francophonie ; ni les États-Unis car chaque crise haïtienne déverse à leurs portes des flots de réfugiés. Quand on dit que tout est à reconstruire, c’est tout, vraiment tout.

Palestiniens de Gaza massacrés et abandonnés


Les civils de Gaza dans l’incapacité de reconstruire un an après « Plomb durci » et « trahis » par la communauté internationale, Oxfam

La communauté internationale a trahi la population de Gaza en ne parvenant pas à traduire ses paroles en actes pour mettre un terme au blocus de Gaza qui empêche la reconstruction, déclare un groupe de 16 ONG humanitaires, de développement et de défense des droits dans un nouveau rapport publié aujourd’hui (22 décembre 2009) à la veille de l’anniversaire du début de l’opération militaire israélienne « Plomb durci ».

Les autorités israéliennes n’ont autorisé que l’entrée de 41 camions de matériaux de construction dans Gaza depuis la fin de l’offensive à la mi-janvier 2009, relèvent les ONG, alors qu’il en faudrait des milliers pour réparer les dommages causés aux maisons, aux infrastructures civiles, aux services publics, aux fermes et aux entreprises.
Le rapport souligne qu’il est interdit à la population civile, ainsi qu’aux Nations Unies et aux ONG, d’importer des matériaux comme le ciment ou le verre, mis à part dans un très petit nombre de cas [Télécharger].

Gaza, un an après l’offensive israélienne…, LDH-Toulon

Dans un entretien publié par L’Humanité, Stéphane Hessel met en cause la France et l’Union européenne qui ont «laissé faire Israël».

Israël veut construire une barrière à la frontière égyptienne, Le Grand Journal du Mexique selon NouvelObs selon AFP…

Le gouvernement israélien a approuvé la construction d’une barrière destinée à combattre l’immigration clandestine à sa frontière avec l’Egypte, a indiqué, dimanche 10 janvier, un responsable gouvernemental. Selon ce responsable, qui a requis l’anonymat, trois barrières seront construites le long des 250 km de frontières au coeur du désert qui bloqueraient les principales voies d’entrée des clandestins. Le projet, présenté par l’armée, devrait coûter entre 1 et 1,5 milliard de dollars, a-t-il précisé à l’AFP.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a souligné dimanche que l’Etat hébreu continuerait à accueillir les demandeurs d’asile, en provenance majoritairement du Darfour. “Israël autorisera l’entrée de réfugiés en provenance de zones de conflit mais ne permettra pas que ses frontières soient utilisées pour inonder le pays de travailleurs illégaux”, a déclaré un haut responsable gouvernemental, citant M. Netanyahu.