Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Journalières: 24/12/2009

République mise à nu


GUÉNIF-SOUILAMAS Nacira (sous la direction de), La république mise à nu par son immigration, La Fabrique, 2006 [Le Monde diplomatique].

Violence, machisme, sécurité, laïcité, intégration ; antisémitisme : les mots partout répandus sur le sujet de l’immigration sont piégés, et ce piège est monté autour de la défense de la République. Dans ce livre collectif, les mécanismes et les discours stigmatisant les immigrants postcoloniaux sont montrés pour ce qu’ils sont : les instruments du maintien de l’ordre (républicain), de la tradition à conserver contre les intrusions barbares, du sauvetage de la belle langue française mise à mal par le parler des banlieues… Le paradoxe de cette lutte d’arrière-garde est qu’elle conduit à abandonner les principes qui ont fondé la cité politique en France – au nom, justement, des « valeurs républicaines ».

Dossier documentaire & Bibliographie Immigration créé le 15/12/2005 et mis à jour le 08/12/2009, Monde en Question.

Écouter aussi : Pourquoi est–il plus difficile de réussir pour les enfants d’immigrés ?, Du grain à moudre – France Culture.

Aux Etats-Unis, 25% des sociétés créées au cours des 15 dernières années et cotées en bourse ont pour fondateur(s) un immigré. Un quart. C’est particulièrement vrai dans les secteurs de pointe, où ce taux s’élève à 40%. Les Américains peuvent se féliciter d’avoir donné leur chance à ces immigrés – qui viennent souvent d’Europe, comme Pierre Omidyar, le fondateur d’eBay. Sur les 400 000 emplois générés en 2005 par ces sociétés créées, aux Etats-Unis, par des immigrés, 245 000 ont pour fondateur un Européen.
Généralement, lorsqu’on prend la décision, lourde et douloureuse, de quitter son pays et d’aller installer sa famille dans un nouvelle contrée, c’est qu’on estime impossible de se dessiner un avenir parmi les siens ; c’est qu’on estime donner de meilleures chances de réussite à ses enfants en rangeant sa vie dans des valises et en s’en allant.
Qu’en est-il de la France à cet égard ? Ceux et celles qui nous ont choisi pour destination peuvent-ils raisonnablement estimer avoir pris la bonne décision ?
Les chiffres les plus récents publiés par l’INSEE pourraient en faire douter. Seuls, 57% des immigrés en âge de travailler et arrivés en France après l’âge de 18 ans ont un emploi – contre 69% chez les non-immigrants. Ils sont deux fois plus nombreux que les non-immigrés à pointer au chômage (12,7% contre 6,2%). Et surtout, ceux qui sont dans l’emploi sont massivement cantonnés dans activités non qualifiées et donc mal payées.
Qu’en est-il lorsqu’on observe la génération suivante, celle des enfants d’immigrés ? Le désir de mobilité sociale, de réussite des parents est-il exaucé et dans quelle mesure ? Le livre de Claudine Attias-Donfut et François-Charles Wolff donne des réponses bien plus optimistes que celles qui sont généralement véhiculées. Est-ce à dire que la France est capable de donner toute leur chance aux talents ? Dans un système de sélection sociale qui passe pour méritocratique et où le diplôme constitue le sésame obligé de toute ambition, comment fait-on pour intégrer Polytechnique ou l’ENA, quand on est né d’un père sénégalais ouvrier et sans qualification ?