Monde en Question

Analyse de l'actualité économique, politique et sociale dans le monde

Archives Journalières: 03/11/2009

Hommage à Hamida Ben SADIA


Lorsqu’elle prenait la parole, lors des nombreux meetings et manifestations qui ont rythmé sa vie politique, que ce soit, dernièrement, contre la loi anti-voile, contre le Traité européen, contre la répression des émeutiers de 2005 ou pour les sans-papiers, Hamida Ben Sadia en appelait souvent au « peuple de France, épris de justice et de liberté ». Nous étions nombreu-se-s autour d’elle à n’avoir pas ce vocabulaire et à être plutôt de celles et ceux qu’il fait ricaner, tant ces mots ont servi à justifier le pire : orgueil national, morgue franco-française, mépris du reste du monde, mythification d’une république bourgeoise, patriarcale et coloniale, et pourtant pas un de nous ne ricanait quand Hamida les prononçait. Les plus fatigué-e-s d’entre nous souriaient mais personne ne se formalisait, car tout le monde savait qu’il s’agissait chez elle de tout autre chose.

Un reste de légitimisme bien compréhensible ? Une stratégie rhétorique ? Le tribut à payer, de la part d’une femme française d’origine algérienne, pour s’autoriser une parole publique libre et à rebours de l’idéologie dominante ? Peut-être – car c’est en tout cas d’une parole libre qu’il s’agissait, à rebours de l’ordre assimilationniste, une parole juste et sans concession, une exigence radicale et opiniâtre d’égalité, une solidarité ostensible et décomplexée avec tous les parias de la république : sans-papiers, émeutiers, musulmanes voilées – mais là n’était pas l’essentiel.

Il y avait autre chose encore, dans cette invocation d’un peuple « épris de justice et de liberté », qui forçait le respect. Ce que nous y entendions, et qui étouffait aussitôt toute velléité sarcastique – et Dieu sait pourtant que les raisons sociales et politiques étaient nombreuses d’être sarcastique face à ces mots – c’était une sorte de ruse de la raison linguistique, symétrique d’une autre qui fait que nous ne nous formalisons plus d’être taxés de communautaristes ou de victimaires par les élites politiques et journalistiques : de même que nous avons compris que c’est d’elles-même que parlent en réalité ces élites, nous avons vite compris que l’appel d’Hamida au peuple de France ne disait au fond rien d’autre que sa propre exigence, viscérale, de justice et de liberté.

Ce qui précédait et suivait ces références au peuple de France, dans la parole d’Hamida, dissipait toute ambiguïté. Non, il ne s’agissait pas de flatter l’orgueil national, de narcissiser un État et une société qui se la racontent beaucoup en termes de droits humains et d’universalisme, et encore moins de faire allégeance au « pays des Lumières ». Ce n’était pas un peuple substantiel, existant, qui était invoqué, mais un peuple politique, virtuel, ce peuple qui, selon le mot profond de Paul Klee souvent cité par Gilles Deleuze, est toujours un peuple qui manque. À l’exact opposé des rénégats, bouffons et autres « indigènes de service » passés du col Mao au Rotary Club ou des cités de transit aux cabinets ministériels, Hamida était passée de SOS Racisme et du Parti Socialiste, auxquels elle avait commencé par accorder sa confiance, aux Alternatives citoyennes, aux Collectifs antilibéraux, à Une École Pour Tou-te-s et aux Féministes pour l’Égalité. À l’exact opposé des Fadela Amara, Gaston Kelman et autres Malek Boutih qui se répandent sur leur « amour de la France » et ne parlent du racisme que pour dire que « les Français ne le sont pas », Hamida ne parlait du peuple de France que pour l’appeler, l’interpeller. L’énonciation réfutait l’énoncé : ce peuple épris de justice et de liberté, elle demandait à le voir.

Aujourd’hui, alors que nous apprenons la disparition d’Hamida, ce peuple, plus que jamais, manque. Comme nous manque déjà le visage, la présence et la parole forte d’Hamida. Il nous reste son livre, Itinéraire d’une femme française, dans lequel elle raconte notamment son expérience du mariage forcé et de la violence conjugale mais aussi du racisme républicain, et dans lequel elle affirme, avec la force qui l’a toujours animée, son refus de voir l’une instrumentalisée au profit de l’autre. Il nous reste quelques traces vidéo (une présentation de son livre, une prestation télévisée sur les émeutes de 2005) et d’innombrables souvenirs d’une militante valeureuse, éprise – et là, il faut l’entendre au plus strict premier degré, sans même sourire – de justice et de liberté. Merci pour tout Hamida.

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Droit et cinéma II


Le lien de subordination dans l’oeil de la caméra
Avec Marie-France Mazars, conseiller doyen de la chambre sociale de la Cour de cassation
Comment le cinéma représente t-il la réduction du temps de travail ? La loi sur les 35 heures aurait-elle été mal interprétée ? Comment le lien de subordination est-il vu dans l’œil de la caméra ? Autant de questions auxquelles Marie-France Mazars, conseiller doyen de la chambre sociale de la Cour de cassation, a tenté de répondre lors de la deuxième rencontre à La Rochelle « Droit et cinéma : regards croisés ».

La deuxième rencontre « Droit et cinéma : regards croisés », organisée par la Faculté de droit, de Science politique et de Gestion de la Rochelle, en partenariat avec le Festival International du Film de la Rochelle, le centre Intermondes et l’espace culture de l’Université de la Rochelle, a réunit une nouvelle fois à la Rochelle les 28 et 29 juin 2009 les universitaires et le festival local de cinéma autour du thème du « Travail ». Sujet d’actualité, il constitue le fil conducteur des échanges en s’appuyant sur la projection de trois films.

Dans cette retransmission, Canal Académie vous propose l’intervention de Marie-France Mazars, conseiller doyen de la chambre sociale de la Cour de cassation, évoquer le lien de subordination dans l’œil de la caméra.

Elle rappelle dans un premier temps ce que sont les 35 heures. L’idée initiale était de permettre de nouvelles embauches grâce à la diminution de travail. Les premières lois qui ont permis l’aménagement du temps de travail datent de 1982. Ces accords ont permis de se rendre compte qu’il fallait des représentants syndicaux dans chaque entreprise. Les lois Aubry de 1998 et 2000 ont démontré la nécessité de modifier en France le système de la représentation syndicale. Suite à cela, on a constaté que certains syndicats n’étaient pas représentatifs dans l’entreprise. D’où le texte de la loi du 20 août 2008, qui a modifié les règles de la représentativité syndicale.

Dans un deuxième temps, Marie-France Mazars rappelle que la subordination dans le contrat de travail a été une question qui a agité la chambre sociale à propos de l’Ile de la Tentation. L’Ile de la Tentation est une émission appartenant à la filiale de TF1, dans laquelle des couples testent leur amour face à plusieurs tentateurs. Ce tournage se déroule dans un lieu paradisiaque et les protagonistes doivent être disponibles 24h/24 pendant 14 jours à travers des activités sportives, des animations et des interviews. La problématique était la suivante : ces couples et ces tentateurs étaient-ils des salariés au sens du droit du travail ? Le Conseil des Prud’Hommes ayant répondu par l’affirmative, la filiale de TF1 avait pourvu la Cour de Cassation pour répondre aux trois questions suivantes : S’agit-il d’une activité professionnelle ? Y a t-il rémunération ? Y a t-il subordination ? A cette dernière, la Cour a répondu que les intéressés étaient subordonnés puisqu’ils n’avaient pas accès à leurs passeports, n’étaient pas autorisés à appeler leur famille et pouvaient être sanctionnés d’une amende de 15 000€ s’ils ne respectaient pas les règles de la production.

La vraie question était la prestation de travail. La Cour de Cassation n’avait jamais jusqu’à présent défini le terme de travail. La définition du contrat de travail, c’est la prestation dans un lien de subordination consistant à être soumis à des directives, être contrôle dans ces directives et l’employeur ayant un pouvoir de sanction. Mais la prestation en elle-même n’a jamais été définie. Le travail est censé représenter une souffrance et non un plaisir. La Cour de Cassation n’a pas voulu répondre aux questions séparément. Ils ont conclu ainsi : « Travailler, c’est fournir son corps ! ».

Source : Canal Académie

Le déclin précipité de l’hégémonie américaine


Les prédictions sur un probable déclin de l’hégémonie américaine sont récurrentes. La CIA elle-même s’était récemment livrée à cet exercice, prévoyant qu’à l’horizon 2025, le statut des USA serait révisé à la baisse et leur latitude d’action diminuée d’autant. Mais la crise économique a dramatiquement accéléré la marche de l’histoire. Lors de son audition par les sénateurs américains au printemps dernier, l’économiste Martin Wolf avait annoncé que la crise allait « porter un coup dévastateur à la crédibilité et la légitimité des États-Unis à travers le monde. » Aujourd’hui, les indices de cet affaiblissement sont déjà sensibles sur tous les fronts. Michael Klare en recense six, parmi lesquels le remplacement du G7 par le G20, la remise en cause du dollar, le rôle accru du groupe BRIC, le renforcement des liens entre l’Iran et la Chine, et le refus des alliés d’envoyer des renforts en Afghanistan. A ce catalogue il conviendrait d’ajouter le récent refroidissement des relations avec le Japon, sans oublier la nouvelle orientation de la Turquie, qui elle aussi resserre ses liens avec l’Iran et s’éloigne d’Israël. Bienvenue donc, dès aujourd’hui, dans ce nouveau monde des années 2025.

Lire la suite… ContreInfo d’après TomDispatch repris par The Nation

Philippe Grasset, en reprenant cet article, va plus loin mais sans argumenter sa thèse :
La question centrale devient alors, aujourd’hui de savoir si, et si oui dans combien de temps, la situation présente (« la puissance des USA s’effondre ») risque-t-elle de se transformer en cette situation hypothétique mais selon nous inéluctable (« les USA s’effondrent »). Notre première réponse est que, désormais, le « quand » a complètement supplanté le « si », désormais passé du stade de la question au stade de l’affirmation; notre seconde réponse est que le « quand » risque de concerner un délai très rapide, en fonction de la rapidité des événements et des pressions d’une communication qui continue à farder la réalité au profit du virtualisme en accentuant ainsi tension et pression. Notre constat est que les conséquences sur les relations internationales et, surtout, sur la perception psychologique du poids et de la légitimité du système de l’américanisme dans ces relations, avec sa mise en cause radicale, seront considérables, très rapides et bouleversantes. C’est notre thèse sur les effets de la disparition dans notre psychologie collective du mythe de l’American Dream.
Dedefensa

Lire aussi :
• Michael T. KLARE, Wikipedia.
• Michael T. KLARE, The Nation.
• Michael T. KLARE, TomDispatch.
• Michael T. KLARE, ContreInfo.
• Michael T. KLARE , Géopolitique de l’effervescence, Le Monde diplomatique.
• Après la chute de l’URSS, celle des USA ?, Monde en Question.
• Les empires ont une courte durée de vie, Monde en Question.
• La fin de l’Empire américain (1), Monde en Question.
• La fin de l’Empire américain (2), Monde en Question.